Chapitre 16

Regulus avait parcouru le quartier en tous sens, et il dut bien finir par l'admettre : s'il pensait passer outre le barrage des policemen, il perdait son temps. Quoi que leur aient dit les Aurors, les autorités moldues avaient pris les menaces suffisamment au sérieux pour se montrer vraiment efficaces.

Il ne savait plus quoi faire. Sirius était si proche… et tellement inaccessible ! Même s'il passait les barrières en force, il serait rattrapé avant d'avoir pu atteindre le Ministère.

Il était presque 15h30, maintenant. Le Détraqueur allait arriver, vraisemblablement en empruntant la cheminée du bureau de Jorkins, à Azkaban. Et on le conduirait jusqu'à Sirius…

Regulus se mordit les lèvres. Songer à cela ne servait à rien, n'est-ce pas ? Rien, si ce n'était à attiser son désespoir, son sentiment d'impuissance. Sa colère. D'ordinaire, Regulus ne se laissait pas facilement aller à la colère, c'était plus la façon d'être de son frère. Pourtant, il la sentait gronder au fond de lui, enfler, jusqu'à prendre le pas sur tout autre sentiment.

Il devait absolument se calmer. Maîtriser les tremblements convulsifs de ses mains, la sensation de pesanteur dans ses jambes, et la douleur sourde qui lui enserrait la tête comme dans un étau.

Pourquoi se sentait-il si mal ?! Il s'écarta des barrières, bousculant quelques personnes au passage. « Qu'est-ce qu'il a, le monsieur ? » s'exclama une voix d'enfant tout près de lui. Il baissa les yeux sur lui et nota le regard dégoûté et vaguement horrifié que le petit garçon posait sur lui. Sa mère reculait déjà, l'attirant contre elle, et il comprit. Le polynectar ne faisait plus effet, il reprenait sa véritable apparence. Il porta une main à son visage et sentit sa peau se distendre sous ses doigts, pour reprendre ses traits originels.

Autour de lui, il y eut des cris de stupeur, et un brusque mouvement de foule le laissa seul au milieu de la rue, juste sous le regard ahuri des policemen.

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Sirius avait finalement trouvé l'escalier qui le mènerait loin du quartier des Aurors. Mais la main sur la poignée, il hésitait. Il n'arrivait pas à s'enlever de la tête l'image de la jeune guérisseuse penchée sur son frère, si manifestement inquiète pour lui qu'il en avait été touché. Elle aimait Regulus, n'est-ce pas ? C'était pour cela qu'elle prenait tant soin de lui, pour cela qu'elle avait accepté de le rencontrer lui, Sirius, qui faisait figure de monstre, malgré la peur qu'il lui inspirait manifestement.

« C'est stupide, pensa-t-il. Même si je trouve sa cellule, si j'arrive à l'en faire sortir… Ce serait un véritable coup de chance si nous parvenions à quitter le Ministère ! Et là encore, dehors, avec les Aurors et les Mangemorts à nos trousses… »

Sans vraiment réaliser ce qu'il faisait, il rebroussait déjà chemin dans le couloir. Oui, c'était déraisonnable… Mais c'était plus fort que lui.

Si Isabelle était bien sous le contrôle des Aurors, elle devait certainement être là, à ce même étage, dans une pièce ressemblant à celle qu'il venait de quitter. Il longea des portes aveugles, jusqu'à revenir dangereusement près de l'endroit qu'il devait pourtant fuir au plus vite. Là, les portes présentaient toutes une partie vitrée. Vraisemblablement des cellules. Il jeta un coup d'œil à l'intérieur des premières. Vides.

« Bon sang, Sirius, pesta-t-il intérieurement. Tire-toi d'ici au plus vite ! A quoi cela te mènera-t-il, hein ? Le Détraqueur va arriver, et il te trouvera, cape d'invisibilité ou pas ! »

S'il poursuivait dans cette direction, il reviendrait à sa cellule. Sa cellule devant laquelle stationnaient les Aurors. Il devait s'arrêter avant de tourner l'angle du couloir, qu'il trouve Isabelle ou pas.

Il jeta un coup d'œil dans la pièce suivante et son cœur frémit de joie. Elle était là, il l'avait trouvée. Il actionna la poignée, en vain évidemment. Et il n'avait pas de baguette pour venir à bout de la serrure, et pas le temps nécessaire pour la forcer.

« Qui est-là ? » demanda la jeune femme, au travers du battant.

Elle s'était levée de sa couchette lorsqu'il avait touché à la poignée et elle fixait la porte d'un air vaguement effrayé.

« Ne craignez rien », chuchota Sirius.

Isabelle écarquilla les yeux et fit quelques pas vers la porte. Sans doute n'avait-elle pas entendu ce qu'il disait, mais il ne pouvait pas se permettre de parler plus fort. Au moins se doutait-elle maintenant que quelqu'un était derrière la porte.

« Qui est-ce ? répéta-t-elle avec insistance, cherchant à raffermir sa voix. Votre manière de faire est déplorable, mon père le saura !
- C'est moi, Sirius », coupa le jeune homme.

Il la vit sursauter et comprit qu'elle avait entendu.

« Je suis désolé, tellement désolé de ce qui vous arrive… poursuivit-il aussitôt, de peur qu'elle réagisse mal. Vous n'auriez jamais dû être mêlée à tout ceci ! Est-ce que vous allez bien ? »

L'œil fixé sur la petite ouverture vitrée, il vit la jeune femme pâlir, et prendre appui sur le dossier de la chaise près d'elle.

« J'aimerais tellement vous aider ! insista Sirius, la gorge serrée. Vous avez été bonne pour nous, vous avez sauver mon frère… Et voilà comment vous en êtes récompensée ! Je suis désolé…
- Qu'est-ce que vous faites ici ? demanda-t-elle d'une vois blanche.
- J'ai été arrêté. Ils m'ont condamné au baiser du Détraqueur… Je ne peux pas rester ici plus longtemps, il faut que je sorte… J'aimerais vous emmener avec moi. »

La jeune femme fit les quelques pas qui la séparaient de la porte d'une démarche incertaine.

« Malefoy se propose de me tirer d'affaire, il dit qu'il faut que je vous charge au procès », murmura-t-elle contre le battant. Elle chercha à l'apercevoir par la fenêtre vitrée. Il dégagea son visage de la cape qui le recouvrait. « Malefoy est venu vous voir ? demanda-t-il, inquiet.
- Il m'a posé des questions sur votre frère et vous… Je… Je ne sais plus où j'en suis ! »

Sirius s'escrima sur la porte, en vain. Si seulement il avait une baguette… De colère, il balança un coup de pied dans le montant, et le regretta aussitôt lorsque le son se répercuta dans le couloir, de façon bien trop forte à son goût.

« Méfiez-vous de lui ! reprit-il. Il vous fera du mal, s'il pense que vous êtes de notre côté. Bon sang, si seulement… ! Protégez-vous, Miss. Prétendez que nous vous avons menacé s'il le faut, faites en sorte que tout le monde s'aperçoive que vous n'avez été qu'une victime malheureuse dans toute cette histoire… Parce que c'est ce que vous êtes, hélas ! Nous ne voulions pas cela… Quand Regulus saura cela… »

Regulus n'apprécierait pas. Et Sirius n'était pas sûr du tout de la réaction de son frère. Il le connaissait bien mal, finalement…

« Partez, Sirius, murmura la jeune femme. Si vous êtes en danger… Je sais que Malefoy est dangereux, je sais que je ne dois pas lui faire confiance… Ne vous en faites pas pour moi…
- Nous trouverons une solution, promit Sirius. Nous ne les laisserons pas vous enfermer à Azkaban. »

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« Hé, ce type ! s'exclama l'un des policemen. C'est Regulus Black !
- Bon sang, tu as raison ! Vous, là, ne bougez pas ! »

Regulus brandit aussitôt sa baguette devant lui, alors que des armes moldues étaient pointées sur lui.

« Baissez ce truc et levez les mains en l'air ! commanda l'un des hommes, tandis que les autres contournaient la barrière pour avancer vers lui. Tout de suite ! » Le policeman avait à peine finit sa phrase qu'un éclair lumineux jaillit et le projeta contre ses collègues. Un coup de feu parti, il y eut des hurlements, une bousculade générale. Regulus leva une nouvelle fois sa baguette et d'un sort muet, envoya valdinguer toutes les barrières métalliques. L'un des policemen se rua vers lui, sur sa droite, un stupefix le cloua sur place. Et il se mit à avancer.

Il n'avait plus aussi mal à la tête, maintenant, et il se sentait étrangement détaché de la scène de panique qu'il avait sous les yeux, comme s'il n'était pas, lui, à l'origine de ces cris, de ces regards affolés qu'il interceptait.

« Arrêtez-le ! hurla une voix. Il va finir par tuer quelqu'un ! »

D'un nouveau coup de baguette, il imposa le silence à l'impudent. C'était tellement facile, de combattre les moldus… Ils n'avaient pour arme que ces stupides revolvers qu'il avait balayés en même temps que les hommes qui les maniaient. Tellement facile, et si… grisant ? Pauvres choses, qui avaient pensé se mettre entre son frère et lui !

Il perçut un mouvement, plus loin, dans la rue devant lui. D'autres moldus, ou les Aurors qui venaient à la rescousse ?

C'est égal, pensa Regulus. Je vais percer leurs défenses, je vais entrer dans le ministère et en sortir Sirius…

Et pourquoi pas ? Il se sentait tellement puissant ! Il sentait la force irradier en lui, se concentrer au bout de sa baguette, un flot d'énergie pure. Il n'avait même pas besoin de se concentrer, ses pensées à peine formulées trouvaient seules le moyen de se concrétiser.

Les vitrines de la boutique de lingerie, sur sa gauche vola brusquement en éclat, provoquant un long hurlement affolé de la part des passants qui s'étaient réfugiés là. Une alarme de voiture retentit lorsque son sort ricocha contre un mur de briques et la percuta dans un flot d'étincelles.

« Abaissez votre baguette immédiatement ! » hurla un homme en robe d'Auror qui surgit brusquement à deux pas de lui.

Transplanage, pensa Regulus avec détachement. Il n'était pas encore entré dans la zone protégée qui entrait dans le périmètre du Ministère. Faisant fi de l'avertissement qui lui était donné, Regulus lança un sort contre l'Auror qui le repoussa aussitôt. Mais avant qu'il ait eu le temps de placer la moindre contre-attaque, Regulus disparut pour réapparaître sur sa droite, protégé par une rangée de poubelles.

« Impero ! »

L'Auror s'était baissé instinctivement pour parer le sort, mais celui-ci ne lui était pas destiné. Alors qu'il relevait la tête, il vit un policeman foncer sur lui. Un instant, un court instant, il hésita à user de sa baguette contre lui. Et ce fut suffisant pour que l'homme le projette sur le sol, emporté par son élan, et ils roulèrent tous les deux sur le trottoir.

Regulus s'était déjà détourné. Les Aurors n'hésiteraient pas à le bombarder de sorts, mais il était certain qu'ils n'oseraient pas s'en prendre à leurs collègues moldus. Alors il concentra ses attaques sur les policemen qui tentaient de gérer tant bien que mal le flot de badauds devenu incontrôlable, à coup d'imperium. Il allait utiliser les forces mobilisées contre lui à son avantage.

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« Ils sont passés à l'attaque ! déclara l'Auror essoufflé à Scrimgeour. Là, dehors ! »

Scrimgeour se mordit les lèvres et fronça les sourcils. Il avait fini par ne presque plus croire à l'attaque. Le Détraqueur allait arriver d'une minute à l'autre. Et c'en serait fini de Sirius Black.

« Renforcer la sécurité aux accès, il est vital qu'ils ne s'introduisent pas dans l'enceinte du Ministère ! ordonna-t-il.
- Nous n'opérons pas une sortie ?
- Certainement pas ! La pire des choses que nous puissions faire, c'est d'ouvrir les issues ! Tant que les portes seront fermement closes, nous aurons une chance d'empêcher les complices de Black d'accéder jusqu'à lui !
- Mais dehors… »

L'Auror n'acheva même pas sa phrase. Le regard de son chef était catégorique. Le monde pouvait bien s'écrouler, là, dehors, il n'esquisserait pas le moindre geste pour envoyer des renforts aux troupes mobilisées devant le Ministère.

« Gardez vos positions. Brown, Collins, allez renforcer la garde devant la cellule de Black ! »

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Sirius ne s'était écarté de la cellule d'Isabelle qu'à contre-cœur. Mais il était au moins rassuré sur un point : elle ne ferait pas confiance à Malefoy.

Il montait les escaliers qui l'éloignaient du quartier des Aurors lorsqu'il perçut une cavalcade à l'étage supérieur. Il se drapa correctement dans la cape et se cala contre le mur.

« C'est la guerre, là-haut ! Les policemen ont donné l'alerte ! dit un homme, dévalant les marches quatre à quatre.
- Scrimgeour ne veut pas qu'on sorte ! J'espère qu'ils tiendront le coup ! »

Le cœur de Sirius se mit à bondir plus vite dans sa poitrine. Ainsi, il y avait quelqu'un là, dehors, qui tentait de parvenir jusqu'à lui ? Regulus ? Ou Remus ? A moins que ce soit Dumbledore, qui ait fini par choisir ce moyen-là pour lui éviter le pire… Après tout, le vieux sorcier lui avait bien envoyé un moyen de s'évader…

« Mais qu'est-ce qu'on attend pour en finir ?! s'exclama l'Auror, apparaissant devant Sirius. On ne peut pas hâter la procédure et éliminer Black tout de suite ?!
- Ce serait une bonne idée, en effet… » acquiesça son compagnon.

Sirius se serra davantage contre le mur. Les deux hommes descendaient de front, et l'escalier n'était pas bien large…

« Si le Détraqueur avalait l'âme de Black, on aurait les mains libres pour aller écraser son fichu frangin ! »

L'Auror le frôla. Son bras s'empêtra dans la cape, tira légèrement... Sirius réagit immédiatement. Il projeta un pied dans les jambes de l'homme et le poussa en avant. Avec un cri, l'Auror s'affala sur les marches, sous le regard stupéfait de son co-équipier. Mais avant que celui-ci n'ait réalisé ce qui venait de se passer, Sirius lui tomba dessus, frappant de toutes ses forces sur l'arrière de son crâne, avant de se saisir de sa baguette pour les stupéfixer tous les deux.

Essoufflé, Sirius regarda les deux corps avachis sur l'escalier. Il n'avait même pas eu le temps d'avoir peur… Mais l'attaque, pour aussi soudaine qu'elle ait été, l'avait vidé de ses forces. Il s'assura d'un regard que les deux hommes étaient bel et bien hors de combat, ramassa sa cape et s'assit sur les marches pour reprendre son souffle.

Au moins était-il armé, maintenant.

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McPherson remonta la marée humaine au pas de course, écartant sans ménagement les Moldus qui le percutaient. Son intuition avait été juste, les complices de Black avaient lancé l'attaque. Il espérait simplement que Scrimgeour avait vraiment pris toutes les mesures nécessaires pour les empêcher de s'introduire dans le Ministère.

Il tourna le pâté de maisons et s'arrêta un bref instant pour détailler la scène qu'il avait sous les yeux.

Ses collègues Aurors semblaient débordés. Ils étaient assaillis de toutes parts par des Moldus enragés, au milieu de la rue dévastée, et tentaient de les contenir sans leur faire de mal. Des débris de verre jonchaient le sol, les barrières avaient été projetées contre les murs, de larges crevasses s'ouvraient dans le bitume, éventrant la chaussée.

McPherson regarda autour de lui, cherchant ses adversaires des yeux. Il ne vit que Regulus Black, loin devant lui.

Comment un homme seul pouvait-il être responsable d'un tel carnage ?! Un flot de souvenirs désagréables remonta à la mémoire de McPherson : une rue moldue, littéralement soufflée par un sort trop violent, et des cadavres…

Apparemment, la férocité de Regulus Black ne cédait en rien à celle de son frère…

Il dépassa un Auror aux prises avec trois Moldus. Il avait perdu sa baguette, apparemment. Avant de s'éloigner, McPherson lança quelques sorts pour lui permettre de se dégager. « Merci ! » souffla l'Auror. Sans répondre, McPherson dépassa l'amas de barrières tordues rejeté sur le côté de la route et se lança à la poursuite de Regulus Black. Il devait l'arrêter avant qu'il n'atteigne le Ministère.

« Impedimenta ! »

Regulus esquiva au dernier moment et jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. « Stupéfix ! » cria McPherson, à bout de souffle. Il le manqua une nouvelle fois, sa course effrénée l'empêchant de viser correctement. Alors, il tourna sa baguette vers le bâtiment devant le jeune homme, concentrant le summum de sa puissance dans un sort destructeur qui pulvérisa le béton. Regulus se couvrit la tête d'instinct, tandis que l'immeuble s'affaissait brusquement dans un craquement sinistre, jonchant la rue de débris et de poussière.

McPherson laissa échapper un éclat de rire jubilatoire. Il avait réussi à ralentir Regulus, il allait bientôt le rattraper…

Un sort de mort lui frôla presque la joue et il ravala son rire.

Black lui faisait face, maintenant, baguette brandie et une lueur assassine au fond des yeux.

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Scrimgeour faisait les cent pas dans son bureau, comme un lion en cage. Le fait de ne pas savoir combien d'ennemis devaient affronter ses hommes, ni de quelle façon s'étaient engagées les hostilités le rendait malade. Il brûlait de sortir du Ministère et de rejoindre ses troupes, baguette au poing. Histoire d'en finir une bonne fois pour toute avec la famille Black.

Il jeta un coup d'œil sur sa montre. Le Détraqueur serait là dans moins d'une vingtaine de minutes.

Vingt minutes de trop. Vingt minutes pendant lesquelles les alliés de Black pouvaient percer les défenses externes du Ministère. Abattre ses hommes. Massacrer les Moldus qui se dresseraient malgré eux entre eux et leur objectif. Scrimgeour ne se faisait aucune illusion, il avait affaire à des Mangemorts. Il savait de quelles atrocités ces hommes étaient capables.

Non, décidément, c'était trop. Il fallait en finir immédiatement.

Il quitta son bureau et courut jusqu'à la cheminée que devait emprunter le Détraqueur. La seule qui n'était pas condamnée. Quatre de ses hommes montaient la garde devant.

« Beckerman, allez à Azkaban ! Tout de suite ! On doit hâter la procédure ! Jorkins doit envoyer le Détraqueur dès maintenant. »

Il y eut un flottement, mais l'Auror acquiesça, prit une pincée de poudre de cheminette et disparut dans l'âtre.

« Quand le Détraqueur sera là, conduisez-le immédiatement à la cellule de Black ! »

Il tourna les talons, revint en trombe dans son bureau pour prendre les formulaires adéquats, et se rendit au pas de course jusqu'à la cellule occupée par Sirius Black. Là, Scrimgeour eut l'impression que quelque-chose clochait, sans parvenir à déterminer quoi.

« Il n'est pas 16 heures… remarqua Shacklebolt, vaguement surpris.
- Le Ministère est attaqué. Je refuse d'attendre davantage et de prendre le risque que Sirius Black s'échappe de nouveau. Le Détraqueur arrive. »

Shacklebolt et Graham s'écartèrent de la porte. Scrimgeour jeta un coup d'œil par l'ouverture vitrée. Black était absolument immobile, fixant d'un regard vide la table devant lui.

« Il n'a pas bougé ?
- Non, répondit Graham.
- Il ne s'est pas manifesté ? A aucun moment ? Il n'a pas tenté d'attirer votre attention ?
- Non, Monsieur », confirma Shacklebolt.

Scrimgeour fronça les sourcils. Il avait du mal à croire que Black se soit simplement résigné à sa condamnation. Ne serait-ce que par provocation, il aurait dû au moins donner de la voix.

Il leva les sorts de protection de la porte et entra dans la cellule.

Le prisonnier ne fit pas l'ombre d'un mouvement. Il ne cilla même pas.

« Black ? C'est l'heure ! Le Détraqueur quitte Azkaban à l'instant même ! »

L'absence totale de réaction du prisonnier précipita un peu plus les battements déjà désordonnés du cœur de Scrimgeour. Alors, il se rua vers la table et tendit la main pour saisir le bras de Black. Ses doigts se refermèrent sur du vide. Scrimgeour jura. « Monsieur ? fit Graham, pointant son visage à la porte.
- Sirius Black ! Il n'est plus là ! Il s'est enfui, encore, nom de… ! Donnez l'alerte ! Immédiatement ! Je veux tous les Aurors en bas, dans le hall ! Vite ! »

Graham se retira précipitamment pour obéir aux ordres, pendant que Scrimgeour retournait la table, dans un geste de rage pure. Après lui avoir jeté un regard inquiet, Shacklebolt allait imiter son collègue, mais Scrimgeour l'arrêta d'un geste.

« Qui est venu ?!
- Personne, Monsieur… répondit l'Auror, l'air déconfit.
- J'avais envoyé des renforts pour garder la porte ! se souvint brusquement Scrimgeour. Ils devraient être là ! »

C'était cela, qui l'avait fait tiquer, en arrivant devant la cellule. Il aurait dû y avoir quatre Aurors, et pas deux.

« Personne n'est venu, Monsieur, répéta Shacklebolt, embarrassé.
- Comment Sirius Black a-t-il pu sortir de cette pièce sans passer devant vous ?!
- Je ne sais pas… Absolument pas… Nous étions là, dehors, devant la porte, avec Graham, et… nous n'avons rien vu. »

C'était impossible. Tout comme il était impossible de s'évader d'Azkaban…

« Je saurais ce qui s'est passé ! promit Scrimgeour, avec un regard venimeux en direction du jeune Auror. Je le saurais. Et s'il s'avère que Graham ou vous aient quoi que ce soit avec cette évasion… »

Shacklebolt eut le bon goût de baisser les yeux d'un air gêné.

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Sirius s'était remis en route. Maintenant qu'il laissait derrière lui deux hommes hors de combat, il n'était plus question, pour lui, de s'attarder davantage au Ministère. N'importe qui pouvait les découvrir et donner l'alerte. Et il avait beau être armé, maintenant, il doutait fort de pouvoir faire le poids si la totalité des Aurors restés au Ministère se lançait à sa poursuite.

Il arriva finalement au dernier étage. Il ne lui restait plus qu'à traverser le grand Hall. Et ensuite ? Il était certain que les issues seraient bloquées. Mais s'il parvenait à se glisser jusqu'à l'une d'elle, peut-être qu'il pourrait lever les sorts de protection et gagner l'extérieur…

Il entrebâilla doucement la porte des escaliers. Il n'y avait que quelques Aurors en faction, devant les portes des ascenseurs. Il lui serait assez facile d'arriver jusque là, grâce à la cape, mais ce n'était certainement pas la meilleure des sorties. Il était impossible d'actionner les ascenseurs sans se faire repérer. Il devait trouver une autre issue.

Alors qu'il se faisait cette réflexion, une puissante sirène retentit dans tout le Ministère, faisant frémir ses murs épais et résonner ses allées désertes. Un groupe d'Auror surgit brusquement dans le hall, criant à leurs collègues médusés de serrer les rangs.

Sirius comprit aussitôt. La ruse de Shacklebolt était éventée, sa fuite était découverte.

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Je vais mourir, je vais mourir, je vais mourir… ! se répétait Rita en boucles, enfoncée au plus profond de la poche du manteau de Regulus Black.

Elle ne voyait pas ce qui se passait, mais les sorts crépitaient autour d'elle et Regulus Black en avait bien essuyé quelques-uns. Le dernier, un sort cuisant, avait tellement fait augmenter la température de son abri qu'elle avait bien cru finir rôtie.

Oh, bien sûr, elle s'était montrée plus maligne que les Aurors, elle avait démasqué Regulus Black ! Mais pour quel bénéfice, hein, si elle venait à trouver la mort en pleine bataille, avant d'avoir pu écrire le moindre article ?!

Un brusque mouvement du Sorcier la fit rouler sur le dos, et elle s'agrippa de toutes ses pattes pour se rétablir. Si seulement elle pouvait reprendre sa forme humaine, elle serait tellement plus rassurée ! Non, mauvaise idée ! Comment se garantir des sorts, si elle apparaissait comme cela, en pleine bataille, sans espoir de pouvoir transplaner à l'abri ?

Une sirène rugit, quelque part, sous elle. Si seulement cela pouvait signifier l'arrivée de renforts et l'arrestation définitive de Regulus Black !

A moins que les Aurors n'usent du sort de la mort sur lui… ? Risquait-elle quelque chose, dans ce cas ? Mourrait-elle en même temps que Regulus ?

« Rends-toi, Black ! hurla un Auror. C'est fini, ton frère est mort ! Qu'est-ce que tu crois ? Que tu réussiras tout seul à entrer dans le Ministère ?! Que tu trouveras sa cellule sans obstacles sur ton chemin ?!
- Je ferai sauter le Ministère s'il le faut ! » répliqua le jeune homme d'une voix vibrante.

Rita en aurait eu la chair de poule, si elle avait encore disposé de sa peau… Car elle comprit une chose : Regulus Black irait jusqu'au bout, quoi qu'il arrive.