Pour les traits d'union manquants, c'est le site qui me les a avalés ! J'espère que ça ira cette fois-ci !

Chapitre 17

Sirius devait lutter de toutes ses forces pour ne pas céder à son impulsion naturelle. Alors qu'il brûlait de foncer en avant, de balayer les Aurors qui lui barraient le passage à coups de baguette, il avançait pas à pas, glissant sur le sol du hall principal tel un fantôme. Ne pas se faire repérer. Etre parfaitement silencieux. Rester totalement invisible.

« Dis-toi que tu es à Poudlard, se répétait-il. Dis-toi que tu te glisses hors de l'école pour rejoindre Remus dans la cabane hurlante, et que Rusard traîne dans les parages… »

Il avait utilisé cette cape tant de fois, avec James… Ce n'était pas la première fois qu'il devait se faufiler de la sorte. Mais il n'était pas à l'aise. Il avait l'impression que tout le monde pouvait entendre les battements précipités de son cœur, que ses pas étaient bien trop pesants. Et puis, l'enjeu était énorme. S'il se faisait reprendre, il serait exécuté immédiatement. Il n'avait pas le droit à l'erreur.

« Restez sur vos gardes ! lança Scrimgeour, en déboulant subitement dans le hall. Sirius Black va chercher à sortir, il passera forcément devant nous !
- Est-il armé ? demanda un Auror.
- Je suppose qu'il n'attaquera pas sans baguette ! Il a dû trouver une façon de s'en procurer une.
- Mais comment a-t-il fait pour quitter sa cellule… ? Il a forcément un complice ! »

Sirius vit Scrimgeour acquiescer d'un air grave. Et il se surprit à s'inquiéter pour le jeune Auror qui lui avait remis la cape et ouvert la porte de la liberté. La dernière chose que voulait Sirius, c'était bien de voir encore quelqu'un souffrir par sa faute. Sa dernière rencontre avec la jeune guérisseuse d'Azkaban lui avait laissé un goût de cendre des plus désagréables.

« Mais Dumbledore ne l'aurait pas compromis sans s'assurer qu'il ne risquait rien… »essaya-t-il de se persuader. Mais il avait bien du mal à croire à l'argument. Dumbledore ne l'avait pas protéger lui d'Azkaban. Pas plus qu'il n'avait pu déceler la traîtrise de Peter… Le vieux Sorcier n'était pas tout puissant.

Les Aurors s'étaient déployés dans le hall, tous tournés vers les ouvertures conduisant dans les entrailles du Ministère. Sirius avait l'impression que Scrimgeour avait concentré ses forces là, sur le dernier rempart qu'il pouvait dresser entre lui et la liberté. S'il parvenait à passer outre, il était sauvé.

Il contourna prudemment les hommes devant lui et longea le mur. A petits pas, tel un fantôme. Ne pas faire de bruit. Ne pas foncer stupidement dans le tas. Il savait qu'il ne ferait pas le poids, face à tous ces hommes armés, même en bénéficiant de l'effet de surprise. Non, ce qu'il fallait faire, c'était rester le plus loin possible d'eux, se glisser derrière leur défense et gagner l'une des issues qu'ils gardaient avec tant de soin.

Il y avait une porte, dans un coin, qui lui semblait pleine de promesses. Sans doute une porte de service, qui pouvait aussi bien l'entraîner dans les entrailles du Ministère qu'à l'extérieur, mais Sirius avait décidé de rester optimiste. Le fait que les trois hommes postés devant elle lui tournaient le dos était également de bon augure. Ils semblaient s'attendre à ce que quelqu'un cherche à l'emprunter venant du hall, et non le contraire.

Si Sirius parvenait à l'atteindre…

Il lui resterait encore à affronter les forces de l'ordre postées devant le Ministère… La partie était loin d'être gagnée.

XXXXXXX

Rogue tournait en rond. Maintenant qu'il n'avait plus le loup-garou et le gamin dans les pattes, il lui était extrêmement difficile de ne pas penser à Regulus. A ce que cet imbécile était en train de faire. A ce qu'il risquait.

Y avait-il vraiment la plus petite chance qu'il parvienne effectivement à sortir Sirius du Ministère ? Non, sûrement que non.

Il l'avait sorti d'Azkaban.

Ce n'était pas pareil. Personne ne s'attendait à ce que Sirius Black s'évade d'Azkaban, Regulus avait bénéficié de l'effet de surprise. Mais là, avec tous les Aurors sur le pied de guerre…

Regulus ne s'en sortirait pas, cette fois-ci.

Comment avait-il pu le laisser partir ?! Il aurait dû le retenir. L'assommer, si nécessaire. Ne pas lui permettre de mettre un pied hors de la maison jusqu'à ce que son frère reçoive le Baiser du Détraqueur. Et non, cela n'avait définitivement rien à voir avec le fond de jubilation qu'il ressentait, à l'idée que Sirius allait finalement recevoir ce qu'il méritait. Il était au-dessus de ça.

Un instant, l'image d'un Sirius aux yeux dénués de vie gisant sur le sol crasseux d'une cellule le détourna de son inquiétude pour Regulus. Il se demanda si les journalistes auraient le droit de photographier le corps sans âme du condamné. Ce serait la moindre des choses, considérant l'angoisse que Black suscitait chez les sorciers du commun… Et ce serait tout bonnement jouissif.

Il n'avait aucun moyen de venir en aide à Regulus. Celui-ci avait pris le polynectar qui lui restait. Il lui était maintenant impossible de quitter la maison sans se faire repérer. Et quand bien même il y parviendrait, que ferait-il ensuite ? Se ruer à son tour au Ministère ? C'était ridicule.

Il restait tout de même une toute petite chance pour que Regulus reprenne ses esprits devant le Ministère, en voyant de ses yeux qu'il se battait pour une cause perdue.

« Ma Maîtresse demande si vous avez besoin de quelque chose… »

Severus se tourna vers la porte, où l'Elfe de maison attendait sa réponse d'un air peu amène.

« Non… fit-il, par automatisme.
- Je peux vous préparer une collation, si vous avez faim. »

S'il avait faim ? Severus avait l'estomac tellement noué qu'il aurait bien été en peine d'avaler quoi que ce soit. Il n'avait pas besoin de manger. Il avait juste besoin de savoir que Regulus allait revenir vite.

XXXXXXX

« Qu'est-ce que tu t'imagines, Black ! cria McPherson. Que tu réussiras à t'en sortir ?! Tu es fini ! Même si tu me tues, tu auras encore une douzaine d'Aurors à affronter ! »

Regulus Black laissa échapper un rire sinistre. S'il avait espéré l'impressionner, il s'était trompé sur toute la ligne. Regulus était décidément aussi dingue que son frère…

« Ah oui ?! Et où sont-ils, vos vaillants Aurors ?! répliqua le jeune homme. Vous êtes tout seul ! »

McPherson jeta un très bref coup d'œil derrière lui. Les renforts n'arrivaient pas, coincés à un pâté de maisons de là par les Moldus placés sous imperium.

« Dès que Sirius aura reçu le Baiser, les Aurors sortiront du Ministère pour te tomber dessus !
- Peut-être… admit le jeune homme. Mais vous, vous serez mort ! »

Il y eut un craquement sinistre, presque au-dessus de sa tête, et McPherson se rua brusquement vers l'avant, sans se donner le temps d'identifier la menace. Il roula sur lui-même et se réfugia derrière une voiture, alors que le balcon qui surplombait la rue s'écrasait juste à l'endroit qu'il occupait précédemment, dans un fracas épouvantable.

Il serra les dents. Regulus faisait preuve d'une puissance qu'il n'aurait jamais soupçonnée. Qu'il trouve encore la force de pulvériser les bâtiments autour de lui était simplement terrifiant. Lui-même sentait les premiers effets de la lassitude, ses sorts étaient moins précis, et ses mouvements, ralentis.

Si les renforts n'arrivaient pas très vite, il allait finir par y laisser sa peau.

XXXXXXX

Sirius avait finalement atteint la porte. Il ne lui restait plus qu'à tenter sa chance et à l'ouvrir. Il dégagea légèrement sa baguette de sous la cape et la dirigea vers un coin du hall. S'il espérait ouvrir la porte sans alerter les hommes devant, il lui fallait les distraire. Attirer l'attention de tous loin de lui.

La détonation parut étonnamment sonore, au milieu du silence pesant qui étouffait le hall. Tendus comme des arcs, les Aurors se tournèrent tous en direction du sort, baguette prête, et Sirius en profita pour actionner la poignée de la porte.

Elle était fermée.

Sirius sentit son front se mouiller de sueur, ses doigts devenir glissants sur sa baguette. Les Aurors allaient faire le tour de la salle pour le trouver, il n'avait pas une minute à perdre. Il essaya un sortilège d'ouverture, priant pour que Scrimgeour n'ait pas poussé le zèle jusqu'à barder chaque porte d'une batterie de défenses infranchissables.

La porte s'ouvrit enfin, et il entrebâilla rapidement le battant pour se glisser hors de portée des Aurors.

Etait-il passé inaperçu ? Il ne l'aurait pas juré. Et il n'avait de toute façon pas le temps de s'en inquiéter davantage. Il referma la porte aussitôt, replaçant le sort de fermeture adéquat, avant d'examiner les lieux.

Il était dans un grand placard. Evidemment. Sinon, la porte aurait été autrement protégée.

Décidément, songea Sirius avec ironie, Scrimgeour méritait presque qu'il ne parvienne pas à s'échapper, tant il avait érigé ses défenses avec minutie…

Mais Sirius refusait de se laisser abattre. Il y avait de la lumière, dans le placard. Une faible lueur qui filtrait de derrière l'étagère appuyée contre le mur du fond. Une fenêtre, peut-être ?

Il écarta les seaux et les produits ménagers des rayonnages et découvrit un soupirail. Il y avait donc effectivement une sortie… Impraticable pour son gabarit. C'était décourageant.

Mais le découragement était un luxe que Sirius ne pouvait pas se permettre. S'il baissait les bras, autant rebrousser chemin et se livrer à Scrimgeour !

Prenant appui sur l'étagère, il se hissa jusqu'à l'ouverture. Trop petite pour sa taille, effectivement. Mais il avait bien réussi à passer au travers des barreaux de sa cellule à Azkaban, non ? Sous sa forme canine, il parviendrait peut-être à sortir par là.

Il se débarrassa de la cape de James, la plia et la glissa dans sa ceinture, avant de revenir au soupirail. Il était à peu près certain que Scrimgeour avait placé un sort de détection d'ouverture sur toutes les issues menant à l'extérieur du Ministère. Il était très vraisemblable qu'une alarme se mette à hurler aussitôt qu'il aurait touché à la vitre. Ce qui signifiait qu'il aurait très peu de temps pour sortir et se mettre à l'abri, surtout sous sa forme canine. Il lui faudrait reprendre forme humaine, revêtir la cape…

Il prit une profonde inspiration et se jucha tant bien que mal sur l'étagère. Il lui fallait être au plus près de l'ouverture, pour permettre au chien de passer. D'un coup de baguette, il pulvérisa la vitre. La sirène qui hulula brusquement ne le surprit même pas. Il se métamorphosa aussitôt et se jeta par l'ouverture. Etroite, tellement étroite ! Il battit furieusement des pattes pour se dégager, portant tout son poids vers l'avant. Et soudain, il se sentit tomber, brusquement libre.

Le souffle un peu court, il inversa aussitôt la métamorphose. Il était sûr que les Aurors se ruaient à l'instant même dans le placard. Dans quelques secondes, ils apparaîtraient au soupirail. Et les hommes placés devant le Ministère interviendraient. Il ne leur faudrait pas longtemps pour le localiser.

Il déplia la cape d'un mouvement sec et s'en couvrit fébrilement.

XXXXXXX

« Il est sorti ! s'exclama Scrimgeour, furieux. Il a trouvé un moyen de sortir… ! »

Il contempla le soupirail ouvert d'un œil incrédule. Comment un homme de la taille de Sirius Black était-il parvenu à passer par là ?!

« Mais nous n'avons vu passé personne… remarqua l'un de ses hommes à voix haute, profondément perplexe.
- C'est peut-être un piège pour nous attirer dehors ? suggéra un autre. Peut-être que c'est son frère qui a fait ça… ? »

C'était une éventualité. Il était possible, effectivement, que tout ceci ne soit qu'une diversion, Scrimgeour ne devait pas le perdre de vue.

Il devait prendre une décision, maintenant. Rester campé sur ses positions en maintenant le Ministère complètement clos, ou en ouvrir les portes pour envoyer des troupes à l'extérieur. Les alliés de Black n'attendaient peut-être que cette occasion pour se ruer à son secours. Mais si Sirius était effectivement sorti…

« Que fait-on, Monsieur ? demanda Smithers.
- Ce qu'on fait… »

Sirius n'était plus dans sa cellule. Il avait vraisemblablement un allié au moins dans la place. Il pouvait se cacher n'importe où dans le Ministère. A moins qu'il ne l'ait déjà quitté.

A l'extérieur, ses hommes affrontaient les Mangemorts venus le libérer. Peut-être même juste devant les portes.

« Je veux quinze hommes dehors. Cinq sous ce soupirail et dix devant l'entrée principale. Et surtout, je veux que personne ne soit en mesure de mettre ne serait-ce qu'un orteil dans l'enceinte du Ministère ! »

XXXXXXX

Sirius s'éloigna du Ministère à grands pas, soigneusement caché sous la cape d'invisibilité. Il devait sortir de la zone de protection au plus vite et transplaner à l'abri. Où, il n'en avait pas la moindre idée.

Un bruit d'explosion lui rappela subitement qu'on se battait sans doute, là, devant lui. Les Aurors avaient dit que Regulus les attaquait. Tout seul ? Si tel était le cas, c'était une vraie folie ! Il se mit à courir, sa baguette prête.

La rue était saturée de poussière. Stupéfait, Sirius constata que le sol était jonché de gravats, comme si quelqu'un s'était amusé à pulvériser les murs des bâtiments alentour. « Bon sang… » murmura-t-il. Où étaient les belligérants ? Ceux qui avaient transformé ce coin de Londres en véritable champ de bataille ?

Il repéra son frère. Tout seul, au milieu des décombres, baguette brandie devant lui. Il semblait sain et sauf, et pourtant, Sirius se sentit frissonner en le regardant. Il y avait quelque chose d'anormal. De malsain. Où étaient les Aurors ? Regulus n'était tout de même pas responsable de ces dégâts à lui tout seul… si ?

Un rai de lumière rouge jaillit de derrière une voiture, devant le jeune homme. Il avait donc au moins un adversaire. En se penchant légèrement, Sirius reconnut McPherson – encore lui ! La riposte de Regulus vint immédiatement, et Sirius frémit en voyant la voiture brutalement repoussée sur le côté, mettant l'Auror à découvert. McPherson se redressa prestement et recula, manquant de peu le sort de mort qui suivit.

Sirius sentit une vague de dégoût l'envahir. Cela ne devrait pas l'étonner, pourtant, il s'agissait de Regulus… Regulus, le partisan de Voldemort… Il avait changé de camp ? Mais jusqu'à quel point s'était-il enfoncé du mauvais côté ? Ce qu'il avait vu à Azkaban en disait long sur son appétence pour la magie noire.

Sirius se remit à courir, vers son frère. Il devait l'arrêter. Le sortir de là, avant qu'il ne cause davantage de dégâts.

XXXXXXX

« Regulus ! »

L'appel claqua si près de lui que le jeune homme sursauta. « Qui… » murmura-t-il. Il aurait juré que c'était la voix de Sirius. Mais c'était impossible, n'est-ce pas ? Sirius était enfermé dans le Ministère… Et d'ailleurs, il était seul, dans la rue, avec McPherson.

« Regulus, baisse-toi ! » insista la voix.

Regulus sentit ses bras se couvrir de chair de poule. Ce n'était pas la première fois qu'il entendait la voix de personnes absentes… Mais si tel était le cas, cela ne pouvait que signifier que Sirius était mort. Sa gorge se serra douloureusement. « Sirius…
- Baisse-toi ! »

Quelque chose l'attrapa par la manche et le tira impérieusement vers le sol. Un instant après, il avait devant lui le visage pâle de Sirius, comme s'il s'était brusquement matérialisé devant lui. « Mais que… bredouilla-t-il.
- Il faut arrêter ça tout de suite ! lâcha Sirius d'une voix impérieuse. Tu vas finir par tuer quelqu'un ! »

Tuer quelqu'un ? C'était bien le dernier de ses soucis, en cet instant. Il tendit la main pour effleurer le visage de son frère. Bien réel. Vivant. « Comment… ?
- Viens sous la cape, vite ! »

D'un geste vif, Sirius le recouvrit du fin tissu qui lui dissimulait les épaules. Une cape d'invisibilité, comprit-il, sans qu'il puisse expliquer comment elle était venue en la possession de son frère.

« On va courir, dépasser McPherson, et quitter la zone de protection, lui dit celui-ci. Ensuite, on transplanera. »

Transplaner… Oui, bien sûr. Pourtant, l'idée ne plaisait pas à Regulus, et il n'arrivait pas à se souvenir pourquoi.

« Tu es tout seul ? demanda Sirius.
- Oui.
- Où sont les autres ? Où est Harry ?
- En sécurité.
- Alors on y va ! »

Il sentit le bras de son frère encercler sa taille et tous deux se mirent à courir, trébuchant sur les gravats qui encombraient le trottoir, dépassèrent un McPherson hébété et se ruèrent vers l'angle de la rue. Le cœur de Regulus battait la chamade, maintenant, et il était épuisé, comme si son énergie s'était évaporée en même temps que son inquiétude.

XXXXXXX

Sirius devait presque soutenir son frère, tant celui-ci avançait d'un pas incertain. Il s'en serait vraiment inquiété s'il n'était pas aussi horrifié par ce qu'il avait vu. Il était clair que l'état de Regulus venait essentiellement de l'usage particulièrement violent qu'il avait fait de la magie. Et Sirius était loin d'être à l'aise avec cette pensée.

Ce fut pire lorsqu'ils tournèrent l'angle de la rue. Ils débouchèrent en plein chaos. Des Aurors débordés cherchaient tant bien que mal à contenir des Moldus fous furieux, à les repousser loin de la zone de sécurité, visiblement démunis. Ils n'osaient pas faire usage de leur magie, comprit Sirius.

« Qu'est-ce qui se passe, ici… murmura Sirius.
- Ils sont sous imperium, expliqua Regulus laconiquement.
- Sous imperium… répéta Sirius. Et c'est toi qui a fait ça ? »

Il avait l'impression d'avoir avalé des litres d'eau glacée tant il se sentait gelé à l'intérieur. Regulus ne répondit pas. Il ne semblait même pas se rendre compte de la gravité de ce qu'il avait fait. Sirius se sentit prit d'une furieuse envie de le secouer, de lui crier à quel point il désapprouvait tout ce qu'il voyait, à quel point cela le révoltait. Mais ce n'était ni le moment, ni le lieu. Les explications viendraient plus tard.

Il serra le coude de Regulus – un peu trop fort – et l'entraîna à sa suite. A une distance raisonnable de la foule, il s'arrêta de nouveau pour regarder derrière lui. « Tu peux lever les sorts que tu as placés ? demanda-t-il.
- Ce n'est pas prudent. Autant laisser les Aurors s'en charger, contra Regulus.
- Quelqu'un va finir par être blessé, Regulus ! gronda Sirius d'un ton menaçant. Un Auror ou un Moldu ! Alors arrête-ça tout de suite !
- Je… »

Sirius se donna un instant pour regarder Regulus. Pour le regarder vraiment.

Il semblait réellement à bout. Aussi épuisé que lorsqu'il avait ouvert ce passage qui leur avait permis de quitter Azkaban. Et son visage était comme… brouillé. Comme si quelque chose s'était glissé sous sa peau, compromettant l'intégrité de ses traits.

Sirius se sentit frissonner.

« D'accord… murmura-t-il. Allons-nous-en… »

Une partie de lui avait acquis l'affreuse impression que Regulus n'était plus vraiment lui-même. Qu'il était désormais quelque chose d'autre, une chose terrifiante. Dangereuse.

Il était devenu urgent qu'ils s'éloignent au plus vite, maintenant. Sirius en était persuadé.

« Nous allons transplaner, ajouta-t-il. Où devons-nous aller ? Où est Harry ?
- En fait… Je crois que ça ne va pas te plaire, Sirius, répondit Regulus, la mine sombre.
- Pourquoi ?! Tu as dit qu'il était en sécurité !
- Il l'est ! Remus est avec lui, de toute façon.
- Alors ? »

Regulus se força à croiser son regard. Et ce qu'il vit le troubla, apparemment. Sirius n'en était pas particulièrement surpris. Il était tellement en colère contre lui !

« Il est à la maison. Place Grimmaurd. »