Chapitre 18

Chapitre 18

McPherson avait beau écarquiller les yeux, il n'y avait plus personne, dans la rue. Regulus s'était évaporé. Un instant, il avait cru qu'il avait mis à profit l'instant fugace où lui-même s'était mis à couvert pour faire de même. Mais il devait bien se rendre à l'évidence : Regulus n'était plus là.

Alors où était-il ?

Il était impossible qu'il ait transplané. Il sentait encore les barrières anti-transplanage mises en place par Scrimgeour, toujours aussi actives. Il était également impossible qu'il ait pu gagner l'une des rues transversales. Il l'aurait vu.

Non, Regulus avait tout simplement disparu.

McPherson jura et se remit prestement debout. Il avait un pressentiment particulièrement désagréable. Parce que si Regulus avait si subitement renoncé à se battre, lui qui se montrait si déterminé à le tuer un instant avant, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : sa présence en cet endroit n'était plus nécessaire. Ce qui voulait dire que les événements avaient dû se précipiter au Ministère.

Il devait se rendre compte par lui-même.

Devant le Ministère, il croisa une escouade de cinq Aurors, qui venaient à sa rencontre au pas de course. L'un d'eux l'interpella.

« Où en sommes-nous ? lui demanda celui-ci. Comment cela se présente ?
- Regulus Black… Il est parti, répondit-il, reprenant son souffle.
- Parti ?! s'exclama l'Auror, sans comprendre.
- Nous étions en plein affrontement. Et d'un seul coup, plus rien ! Il n'était plus là !
- Il a transplané…
- Impossible, nous étions dans la zone de sécurité, juste là-bas ! protesta McPherson, désignant la rue derrière lui du doigt. Est-il possible qu'il soit dans le Ministère ?
- Non. Nous venons juste d'en sortir, toutes les issues sont sécurisées.
- Et Sirius Black ? »

Il suffit à McPherson d'intercepter le regard qu'échangèrent ses collègues pour voir ses pires angoisses se cristalliser brusquement. « Bon sang ! cracha-t-il, reprenant sa course vers le Ministère.

XXXXXXX

« Tu as laissé Harry avec Mère ?! s'exclama Sirius, à la fois choqué et abasourdi.
- C'est l'endroit le plus sûr que je connaisse ! protesta Regulus.
- Et si elle appelle Malefoy pour lui dire qu'elle a mis la main sur le petit ?! riposta Sirius, furieux.
- Elle ne le fera pas. Et d'ailleurs, Severus et Remus sont avec elle, ils ne la laisseront pas faire. »

A la simple mention du prénom de son ennemi, Sirius sentit la rage bouillonner avec plus de force en lui.

« Il a donc réussi à s'en tirer, ce sale traître ! gronda-t-il. Très bien, allons Place Grimmaurd, que je lui troue la peau ! »

Il leva sa baguette, prêt à transplaner, mais Regulus lui saisit aussitôt le bras. « Non ! s'exclama-t-il. Attends, Sirius ! » Sirius se dégagea d'un coup sec. « Sirius ! insista le jeune homme. Tu ne peux pas transplaner ! Les Aurors ont lancé un sort de traçage sur toi !
- Quoi… ?
- Laisse-moi faire ! »

Sirius hésita. Sans doute aurait-il été plus enclin à faire confiance à Regulus, s'il n'était pas si profondément en colère contre lui. « Allez, Sirius ! » insista celui-ci.

Sirius lui prit le bras, et ils transplanèrent.

XXXXXXX

McPherson eut le plus grand mal à convaincre les Aurors en faction devant la porte du Ministère de le laisser passer. Lorsqu'il déboucha finalement dans le hall, il fut aussitôt entouré par quatre de ses pairs, son co-équipier Smithers en tête.

« Black s'est encore échappé ? lui demanda-t-il sans préambule.
- Difficile de savoir, lui confia l'Auror. Il n'est plus dans sa cellule, c'est tout ce dont nous sommes certain.
- Regulus a levé le camp, lui-aussi. Ils sont partis, Smithers ! Ils nous ont encore glissé entre les doigts !
- McPherson… intervint Scrimgeour, les rejoignant. Vous devriez être chez vous.
- J'étais dehors, aux prises avec Regulus Black, expliqua l'Auror. Et il est parti ! Simplement évanoui dans les airs ! »

Scrimgeour ne releva pas, mais il était évident qu'il prenait la bonne mesure de l'information. Subitement, il eut l'air très las.

« Monsieur ? demanda Smithers. Nous restons sur nos positions ?
- Inutile, soupira Scrimgeour. McPherson a raison, ils nous ont encore filé entre les doigts. Bons sang de bonsoir ! Nous n'en aurons donc jamais terminé avec eux ?! »

Il tourna les talons, se ravisa, et lança un dernier ordre à ses hommes.

« Passez le Ministère au peigne fin. Je veux le moindre indice ! Et dites à la police moldue de quadriller Londres. Je veux que chaque citoyen de cette ville, Sorcier ou non, soit alerté sur le danger que représentent les frères Black. Nous allons faire appel à toutes les bonnes volontés. Peut-être quelqu'un les dénoncera-t-il… McPherson ? Puisque vous n'êtes décidément pas prêt à raccrocher, suivez-moi. »

McPherson lui emboîta le pas aussitôt, tandis que les autres s'organisaient pour obéir aux dernières directives.

XXXXXXX

Sirius était si tendu, si nerveux, que Regulus était mal à l'aise. Le jeune homme semblait prêt à exploser dans une de ses colères dont il avait le secret. Et il ne se sentait absolument pas en mesure de le contenir.

Pourtant, il allait bien devoir le calmer, s'il ne voulait pas que la situation s'envenime un peu plus. Dans quelques instants, ils allaient affronter à la fois leur mère et Severus.

« Sirius, je t'en prie… tenta-t-il, alors que le jeune homme le foudroyait du regard. Essaye de te calmer, tu veux ? Tu n'aideras personne, en débarquant à la maison en colère…
- Je vais juste entrer là, et emmener Harry avec moi, répliqua Sirius. Qui sont ces hommes ? Des Aurors ou des Mangemorts ?! »

Il désigna les trois hommes en faction devant la porte du domicile familial, à une distance raisonnable d'eux.

« Des Aurors, répondit Regulus. La maison est sous surveillance.
- Parfait ! L'endroit rêvé, en effet !
- Père a bardé la maison de sorts anti-intrusion ! protesta Regulus. C'est la place la plus sûre qui soit !
- Mère ouvrirait grand sa porte au premier Mangemort qui s'aviserait de se montrer !
- Les Mangemorts ne sont pas assez stupides pour passer sous le nez des Aurors ! contra Regulus, cherchant à adopter le ton le plus raisonnable qu'il put, malgré sa lassitude.
- Et les cheminées ?
- Severus les a toutes condamnées lorsque je suis parti te retrouver. »

Du moins, il espérait qu'il l'avait fait. Severus était tellement furieux de le voir partir au secours de Sirius qu'il doutait un peu que ses dernières recommandations aient eu le moindre poids sur le jeune homme.

« Ecoute, Sirius, il faut absolument que tu joues le jeu… insista Regulus. J'ai dit à Mère que tu étais bien le bras droit de Voldemort. » Il essaya d'ignorer le regard dégoûté de son frère, de se concentrer sur l'argumentation. C'était difficile, tant il sentait d'hostilité chez Sirius. « Elle croit que tu as épousé la cause… Ce n'est qu'une vieille femme pleine de préjugés, Sirius… !
- De préjugés meurtriers ! contra Sirius, blême de rage.
- Si tu pars avec Harry, où irez-vous ? Poudlard est sous surveillance ! Et pense à Remus ! Il a besoin de se reposer, il était épuisé, lorsqu'il nous a rejoints ! »

La mâchoire de Sirius se crispa, mais Regulus comprit qu'il venait de marquer un point.

« Accepte le mensonge, Sirius ! Reprenons des forces, et quand nous aurons l'esprit plus clair, nous trouverons une meilleure solution en remplacement.
- Depuis le début, tu voulais revenir là, n'est-ce pas ? demanda Sirius, froidement. Pourquoi ? »

Regulus jeta un coup d'œil aux Aurors, loin devant. Hors de portée. Et de toute façon, la cape leur garantissait une discrétion absolue. Mais ce coin de rue était loin d'être l'endroit le plus sûr pour déballer ses secrets !

« Je te dirais tout ce que tu voudras savoir, mais à l'intérieur, promit-il.
- Y compris quel sort tu as utilisé exactement pour nous sortir d'Azkaban ? Tu me diras aussi jusqu'à quel point tu t'es enfoncé dans la Magie Noire ? »

Regulus savait que son frère finirait par lui demander des comptes. Tout ce qu'il espérait maintenant, c'était qu'il lui laisse au moins le temps de se ressaisir. Il n'était pas en mesure de l'affronter sur ce terrain-là maintenant.

« Nous parlerons de tout ceci à tête reposée, Sirius. S'il te plaît… »

Le regard que lui renvoya Sirius n'avait plus rien de compatissant, ni d'affectueux. Regulus s'en sentit blessé, même s'il savait depuis le premier moment de leurs retrouvailles qu'on ne balayait pas quinze ans d'inimité et de rancœur d'un simple revers de la main.

Pourtant, Sirius acquiesça lentement de la tête. Regulus lui prit le bras pour transplaner sur le seuil de la maison.

XXXXXXX

Scrimgeour avait fait venir les deux Aurors qui gardaient la porte de la cellule de Black dans son bureau pour les interroger. McPherson ne quitta pas Shacklebolt des yeux tout le temps que dura l'interrogatoire. Cet homme, qui avait parlé à Sirius Black… Qui s'était peut-être laissé monter la tête, jusqu'à commettre l'impardonnable…

« Donc, vous maintenez que personne ne s'est approché de la cellule, disait Scrimgeour.
- Pas que je m'en souvienne, monsieur… répondit Graham, visiblement mal à l'aise.
- Et vous n'êtes pas entrés vous-même dans la cellule ? » intervint McPherson, tourné vers Shacklebolt.

Le jeune Auror se contenta d'un hochement de tête négatif.

« Vous en êtes absolument certain ? insista l'Inspecteur.
- Comme vous l'avez dit vous-même, fréquenter Sirius Black n'apporte rien de bon, répondit Kingsley. Et d'ailleurs, les ordres étaient formels…
- Alors comment expliquez-vous la disparition de Black ? demanda Scrimgeour en soupirant.
- N'importe qui aurait pu nous mettre hors course, avança Graham du bout des lèvres. Et nous en faire perdre le souvenir après coup…
- Un sortilège d'Oubliette… murmura McPherson.
- Rien ne nous prouve que les Mangemorts n'ont pas infiltré nos rangs, Monsieur, renchérit Shacklebolt. D'ailleurs… Qui a tiré sur le petit Potter ? Nous avions pourtant ordre de ne pas le faire… L'Auror qui a fait cela aurait pu blesser le petit, ou même le tuer. N'était-ce pas son intention véritable ? »

McPherson s'abîma dans ses pensées. Le fait l'avait chiffonné. Et ce que disait Shacklebolt était tout bonnement sensé.

« Des traîtres dans nos rangs… grommela Scrimgeour. N'en aurons-nous donc jamais terminé, avec tout ceci ?! Quoi qu'il en soit… Je veux que vous alliez voir Julius. Tous les deux. Si l'on vous a effectivement soumis à un sort d'Oubliette, il en trouvera la trace, et vous serez mis hors de cause. En attendant, veuillez me laisser vos baguettes, messieurs. »

Graham et Shacklebolt échangèrent un regard ennuyé, mais s'exécutèrent, avant de quitter le bureau.

« S'ils sont responsables de l'évasion de Black, Julius devrait être capable de les démasquer, déclara Scrimgeour.
- Et s'il y a effectivement des traîtres dans nos rangs ? demanda McPherson.
- Je vais lancer une enquête interne. En commençant par là : qui a initié l'affrontement avec les frères Black la nuit dernière ?
- Puis-je m'en charger, Monsieur ? »

Scrimgeour ne répondit pas tout de suite.

« Il faut alerter Madame le Ministre… murmura-t-il, comme pour lui-même. Et chercher. Chercher encore. Vous n'avez pas de sublime intuition, McPherson ?
- Pour le moment ? Non. Il manque trop d'éléments.
- D'accord. Occupez-vous donc d'interroger les Aurors qui ont participé au raid sur la maison de Rogue. Et si vous avez la moindre idée… »

McPherson acquiesça d'un signe de tête.

XXXXXXX

Sirius replia la cape d'invisibilité tandis que Regulus refermait la porte d'entrée derrière lui. Les Aurors avaient peut-être remarqué le mouvement du battant, mais Sirius était bien trop énervé pour se demander ce qui pouvait s'ensuivre.

« Regulus ?! s'exclama Rogue, déboulant subitement dans le hall. Bon sang, tu… »

Il s'arrêta net, en voyant Sirius.

« Servilus ! Charmé de te revoir ! lança Sirius, grinçant. Les Aurors ne t'ont pas trop inquiété à ce que je vois !
- Tu as réussi… ? commença Rogue, tourné vers Regulus.
- Non. Non, il n'a pas réussi ! Je suis sorti du Ministère tout seul. Enfin, presque… Regulus n'a rien fait d'autre que de mettre une sacré pagaille dans les rues de Londres ! Pas vrai, Regulus ?! »

La mine de Regulus s'assombrit un peu plus. Mais Sirius n'en avait cure. Il était bien trop en colère pour cela. Et voir la tête de Rogue ne l'aidait pas.

« Est-ce que tu vas bien ? demanda Rogue, les yeux posés sur Regulus.
- Il est fatigué ! répliqua Sirius, exaspéré par… l'inquiétude ? qu'il décela dans sa voix. On le serait à moins ! Il a explosé la moitié des bâtiments autour du Ministère !
- Regulus ? »

Rogue fit les quelques pas qui le séparait de Regulus et tendit la main pour lui effleurer le bras. Sirius préféra tourner les talons. Que Regulus trouve du réconfort auprès de son copain Mangemort ! Lui, il avait mieux à faire !

La gorge serrée, il avança jusqu'à l'escalier.

« Sirius… commença Regulus.
- Fous-moi la paix ! coupa-t-il. Pas maintenant ! Je veux voir Harry. Il est là-haut ? »

Il avait besoin de se calmer. Il ne voulait pas parler à Regulus, pas dans cet état-là.

« Oui, il est en haut », répondit une voix, sur sa droite.

Il sursauta malgré lui.

Sa mère.

Elle se tenait tout près de lui, maintenant.

S'il y avait bien une personne qu'il ne tenait pas à revoir, c'était bien elle. Mais il se força à lui faire face. A la détailler.

Une vieille sorcière aigrie. Mais n'était-ce pas ainsi, qu'il l'avait toujours vue ?

« Mère.
- Je ne pensais pas te revoir un jour entre ces murs. » La voix était sèche, emplie de suspicion.

« Je ne pensais pas, moi non plus », répliqua Sirius du tac au tac.

Elle fronça les sourcils, apparemment peu satisfaite par la réponse. Ou peut-être du ton qu'il avait employé. Mais cela lui était parfaitement égal. Elle n'était qu'une vieille femme. Elle ne l'impressionnait déjà plus lorsqu'il n'avait que seize ans, il n'allait pas se laisser intimider maintenant.

« Le Seigneur des Ténèbres avait d'autres desseins… intervint Regulus, cherchant à se placer entre eux.
- Sûr ! acquiesça Sirius. Il n'était certainement pas dans ses projets de se voir défait par un bébé ! Harry est en haut ? »

Walburga avait pâli, et ses lèvres se pincèrent davantage.

« Mère ? insista Sirius. Je dois d'abord m'assurer que l'enfant est en bonne santé !
- Pourquoi ? demanda-t-elle.
- Parce qu'il est nécessaire qu'il le soit ! répliqua Sirius vertement.
- Il va bien, et oui, il est en haut », répondit Rogue, du ton exaspéré qu'il avait toujours lorsqu'il s'adressait à lui.

Sans un regard de plus pour sa mère, Sirius gravit l'escalier quatre à quatre.

XXXXXXX

Après son bain, Remus s'était rendu dans la chambre qui lui était destinée et s'était allongé sur le lit, Harry blotti contre lui. Il n'avait pas l'intention de dormir, mais ses jambes avaient encore du mal à le soutenir. Et l'enfant, lui, avait besoin de sommeil.

Harry s'était assoupi quelques minutes plus tard et Remus était resté seul avec ses pensées. Des pensées bien peu joyeuses.

Regulus avait beau être déterminé, Remus ne voyait vraiment pas comment il pourrait venir en aide à Sirius, cette fois-ci. C'était si cruel, de perdre encore une fois Sirius… Ils n'avaient même pas eu vraiment le temps de se retrouver, et maintenant…

La porte s'ouvrit brusquement, et il sursauta.

C'était Sirius. Sirius qui le regardait avec un large sourire.

Remus se redressa vivement, se leva un peu trop vite et chancela. Alors que la chambre tanguait devant ses yeux, il sentit la poigne ferme de son ami se refermer sur ses bras. Il s'agrippa à lui pour retrouver son aplomb.

« Est-ce que tu vas bien ? demanda Sirius avec inquiétude.
- Oui … C'est juste la fatigue. Et un peu trop d'émotion, je crois… »

Il lui sourit. Il ne fallait pas que Sirius s'inquiète, non. Tout allait bien, maintenant !

Alors pourquoi Sirius paraissait-il si sombre ?

« Et toi ? demanda-t-il. Est-ce que ça va ?
- Si on met de côté que je suis de retour dans cette foutue maison, et que Rogue est en bas ? Oui, ça va. Je suis tellement content de te revoir, Remus ! »

Il le serra contre lui, si fort que Remus fut à peu près persuadé qu'il allait lui casser une ou deux côtes. « Moi-aussi, je suis content… souffla Remus. Tu m'étouffes…
- Ah, pardon ! » Il le relâcha et resta planté devant lui, un peu gauche, comme s'il ne savait plus comment gérer émotionnellement la situation.

« Je suis désolé, tu sais… murmura Remus.
- Pourquoi ?
- De t'avoir cru coupable… »

Sirius haussa les épaules et s'assit sur le lit, près d'Harry.

« J'aurais dû savoir que c'était impossible… poursuivit Remus. Et faire en sorte que les autres le sachent aussi… Chercher la vérité…
- C'est du passé, Remus, coupa Sirius. Harry ? »

Le petit garçon s'était réveillé et regardait Sirius avec curiosité.

« Tu vois, Remus est là, comme il te l'avait promis ! poursuivit Sirius. Et je suis là aussi. Nous nous occuperons de toi, maintenant. »

Le petit garçon se redressa, parut balancer un court moment, avant de s'enfouir dans les bras de son parrain. Visiblement ému, Sirius le serra contre lui.

XXXXXXX

Rita risqua une antenne prudente hors de la poche de Regulus. Elle avait eu beaucoup de mal à se contraindre à rester cachée, alors que son bon sens lui hurlait de décamper au plus vite, maintenant qu'elle était loin des combats. Seule la perspective d'obtenir le scoop du siècle l'avait décidée à poursuivre l'aventure au fond de la poche de Black.

Elle était finalement parvenue à entrer dans la maison des Black, elle était en première ligne pour découvrir les plans macabres de toute cette clique de Mangemort. Et surtout – surtout ! – elle avait retrouvé Harry Potter !

Il ne lui restait plus qu'à espionner tout le monde, qu'à prendre le maximum d'informations, avant de courir prévenir Scrimgeour.

Non seulement elle aurait de quoi écrire son scoop, mais en plus, elle serait celle qui a sauvé Harry Potter !

Elle se demanda si elle ne devait pas trouver quelqu'un pour l'interviewer… Histoire de donner plus de poids au rôle qu'elle avait joué dans cette affaire.

Sirius Black était monté pour rejoindre Harry. Il était hors de question qu'elle manque les premiers mots que ce monstre dirait à l'enfant ! Elle prit le risque de se faufiler le long du manteau de Regulus, jusqu'à gagner la rambarde. Elle grimpa à l'étage à toute vitesse.

Elle arriva sur un palier sinistre. Le cadre idéal pour une famille de Mages Noirs, vraiment ! Elle allait particulièrement s'appliquer à la description de tout ceci – elle était douée pour les descriptions – pour que les sorciers du commun se rendent bien compte à quel point les Black étaient dérangés ! Mais elle n'avait pas le temps de détailler les lieux davantage. Elle aurait bien l'occasion de le faire plus tard. Elle remonta le couloir, à la recherche de Sirius.

Des bruits de voix devant elle attirèrent son attention. Elle accéléra. Une petite voix au fond d'elle lui demanda quelle serait sa réaction, si elle voyait Black s'en prendre physiquement à Harry. Elle ne pouvait décemment pas le laisser maltraiter l'enfant, non ? « Tu ne ferais pas le poids contre lui, de toute façon », décréta-t-elle.

Elle entra dans la chambre. Et ce qu'elle vit la cloua sur place.

Black ne maltraitait pas Harry, non. Il le serrait dans ses bras, apparemment au bord des larmes. C'était tellement inattendu que cela en était presque choquant ! Le monstrueux Sirius Black, responsable de la mort de tant de gens, le bras droit de Celui-dont-on-doit-taire-le-nom, berçant l'enfant avec une douceur que Rita n'aurait même pas pu imaginée !

« Non, plus personne ne te fera de mal, Harry, murmurait Black à l'oreille du petit garçon.
- La vieille dame ? fit Harry, d'une toute petite voix.
- Ma mère ? Elle te fait peur ? Oh, oui, je suppose qu'elle doit te faire peur… Ne t'inquiète pas. Elle ne te touchera pas, je ne le permettrai pas. Ni elle, ni Rogue, et aucun Mangemort. »

« Ce n'est pas possible, j'entends mal ! pensa Rita, traversant la chambre pour se dissimuler sous le lit. Black, promettant à Harry de le protéger des Mangemorts ?! »

Bien sûr, ce n'était peut-être qu'une manœuvre pour apaiser l'enfant… Une façon de s'assurer de sa docilité.

Parce que si tel n'était pas le cas, si Sirius ne mentait pas, cela signifiait que tout le monde s'était trompé sur lui. Et Rita ne savait pas comment composer avec ce fait-là : Sirius aimant l'enfant.

Son cœur de journaliste se mit à exulter. Le scoop risquait d'être plus énorme encore que ce qu'elle avait imaginé.