Chapitre 19

Regulus regarda son frère gravir les escaliers quatre à quatre avec l'envie terrible de le rappeler. Sirius était fâché contre lui, terriblement fâché. Et c'était injuste. Tout ce qu'il avait fait, c'était pour lui, pour le sauver d'un sort affreux. Cela n'entrait-il pas en ligne de compte ? Et puis, personne n'avait été blessé ! Ce n'était pas comme s'il avait tué quelqu'un !

« Cet enfant est donc tellement plus important que nous ? lâcha sa mère du bout des lèvres. Après toutes ses années… »

Regulus se tourna vers elle. Que pouvait-il dire ? Sa mère n'était pas dupe, il en était certain. Sirius n'avait pas joué le jeu, il s'était comporté comme un imbécile.

« Le Seigneur des Ténèbres a besoin de l'enfant vivant et en bonne santé », avança Regulus, sans conviction. Il se força à ignorer le ricanement de Rogue. « Sirius ne fait que s'assurer que nous avons bien exécuté les ordres. »

Le regard que Walburga posa sur lui était si lourd qu'il peina à le soutenir. Comment oses-tu me sortir un mensonge pareil ?! semblait-il dire…

Il tourna les talons. Que pouvait-il faire de plus ? Si Sirius n'y mettait pas du sien, ils allaient droit dans le mur. Et il n'avait plus du tout envie de porter le tout sur ses épaules. Il était bien trop fatigué pour cela. Fatigué, mais aussi irrité. Désabusé. Que Sirius se débrouille avec Mère, qu'il se batte avec Rogue, il n'en avait plus rien à faire.

Il se réfugia dans le salon. Ce ne fut qu'au moment de fermer la porte derrière lui qu'il réalisa que Severus l'avait suivi. Il soupira. « Tu veux bien me laisser seul ? demanda-t-il, sachant par avance qu'il parlait en vain. Je suis fatigué…
- Plus que fatigué, nota Severus.
- C'est vrai. Alors, laisse-moi me reposer. »

Le regard de Severus était aussi dérangeant que celui de sa mère. Bien trop inquisiteur.

« Cela te réjouit, n'est-ce pas ?! fit Regulus, sentant ses nerfs céder. Que Sirius soit tellement en colère contre moi !
- Je t'avais prévenu.
- Evidemment, tu m'avais prévenu ! Ce n'était pas très difficile ! Sirius est… »

Il balaya le reste de sa phrase d'un geste de la main et se laissa tomber sur le canapé, crispé.

« J'aurais juste pensé qu'il montrerait un peu plus de compréhension… » murmura-t-il. Une vague de tristesse l'envahit, dominant presque sa colère et son ressentiment. La dernière chose qu'il souhaitait, c'était bien de se mettre à pleurer devant Rogue. Celui-ci se délecterait bien trop de son chagrin… Non, il ne se laisserait pas aller. Il fit un gros effort pour refouler ses sentiments.

« Qu'est-ce que tu as fait, Regulus ? » demanda Severus. Sa voix manquait curieusement de son mordant habituel. Regulus leva les yeux vers lui, un peu surpris. Severus le détaillait avec moins de curiosité que… d'inquiétude ? Etait-cela ? De l'inquiétude ?

« Les Aurors avaient fait évacuer la population des abords directs du Ministère, tout était cerné par la police moldue… Il n'y avait pas moyen de passer, je ne savais pas quoi faire… »

Severus l'écoutait sans un mot, sans un geste, apparemment impassible. Mais c'était presque réconfortant.

« J'ai mis les Moldus qui étaient là sous imperium, pour les pousser contre les barrières des policemen. Pour déborder les Aurors. Pour les occuper. Mais McPherson m'a attaqué devant le Ministère, je n'ai pas réussi à m'en dépêtrer avant que Sirius ne me rejoigne… »

Il y eut un silence. Rogue le fixait à s'en brûler les yeux, comme s'il essayait de se figurer la scène et de voir ce que Regulus lui cachait. Celui-ci baissa la tête, vaguement gêné.

« Et c'est tout ? demanda finalement Severus.
- Oui. Sirius m'a surpris en plein combat.
- Tu as utilisé des impardonnables.
- Evidemment ! Mettre les Moldus sous imperium…
- Des doloris ?
- Je ne sais plus… Peut-être. »

Il ne gardait qu'un souvenir très flou de la bataille, comme s'il l'avait plus rêvée que vécue.

« Et tu dis que tu n'as blessé personne ? demanda encore Severus.
- Pas que je sache… »

Bien sûr, il était toujours possible que l'un des Moldus ait été blessé par les Aurors… Mais il en doutait. Les Aurors, apparemment, n'avaient même pas osé lever leurs baguettes contre eux.

Severus prit une chaise et la tira près de lui. Il lissa sa robe sur ses genoux maigres, plongé dans ses pensées. Quelque chose semblait le chiffonner, mais Regulus n'arrivait pas à se figurer quoi.

XXXXXXX

« Regulus a réussi, en fin de compte… dit Remus, une fois que Sirius eut relâché son étreinte sur Harry.
- Non. Regulus n'a rien fait de bien, en l'occurrence. »

Remus fronça les sourcils, interrogatif. Le ton de Sirius disait assez clairement qu'il en voulait à son frère, sans qu'il puisse s'expliquer pourquoi.

« Il n'a pas franchi le seuil du Ministère, poursuivit Sirius. Je suis sorti par moi-même.
- Comment ?
- Dumbledore. »

Le visage de Remus s'illumina d'un sourire. « Tu as vu Dumbledore… Et il sait que tu es innocent, maintenant… ?
- Oui. Nous avons eu un peu de temps pour parler, tous les deux. Je lui ai tout dit. Comment James et moi avons finalement décidé de faire de Peter le Gardien du Secret, et comment il nous a trahi… »

Remus perdit son sourire.

« Qui l'aurait cru, hein, Lunard, poursuivit Sirius avec amertume. Le petit Peter, nous doubler… Je pensais vraiment que c'était le meilleur choix, pourtant. Parce que personne n'aurait pu soupçonner Peter de protéger les Potter… Cela les mettait tous à l'abri. »

Sa voix se brisa sur les derniers mots, et il serra Harry contre lui, presque sans y penser. Le visage de Remus s'était assombri, et Sirius réalisa soudainement qu'il était blessé. « Je suis désolé, Remus… murmura-t-il.
- Pourquoi ? demanda celui-ci, s'efforçant visiblement de dompter ses sentiments.
- D'avoir cru que tu pouvais être l'espion… »

Combien de fois s'en était-il fait le reproche, dans sa cellule ! Il comprenait à quel point Remus devait se sentir blessé. Il ne lui avait pas fait confiance. Parce qu'il était un loup-garou. Rien ne pouvait mortifier Remus davantage.

« J'aurais dû savoir, pourtant, poursuivit Sirius. Ne pas…
- Je t'ai cru coupable aussi, Sirius… coupa Remus. N'en parlons plus. »

Ils échangèrent un regard. Remus avait raison. Se répandre en excuses ne changerait rien. Ils devaient simplement tourner la page. « Mais cela m'aura servi de leçon, dit cependant Sirius. Je ne douterai plus de toi, plus jamais. » Remus lui sourit.

Harry se tortilla pour se libérer des bras de Sirius. « Ta mère lui fait vraiment peur, tu sais ? remarqua Remus.
- Oh, ça ne m'étonne pas vraiment ! Et toi ? Elle n'a rien dit de désobligeant pour toi ?
- Je n'ai fait que la croiser. Et toi ? Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? Elle doit trouver bizarre de te voir débarquer ici, non ?
- Regulus lui a dit que j'étais un Mangemort…
- Et elle le croit ? demanda Remus, dubitatif.
- Je n'en sais rien, et ça m'est égal.
- Sirius… » soupira Remus.

Sirius haussa les épaules et se leva. « Harry ? Tu veux bien venir avec moi ? Il doit rester quelques photos de tes parents, dans ma chambre, tu veux les voir ? »

Le petit garçon le regarda d'un air hésitant. Sirius s'accroupit devant lui. « Tu te souviens de ton papa et de ta maman ?
- Un peu…
- Peut-être que tu te souviendrais mieux avec une photo, non ?
- Sirius… intervint Remus.
- Viens, Harry ! »

Il attrapa la main du petit garçon et l'entraîna à sa suite.

XXXXXXX

Rita regarda Sirius et Harry sortir de la chambre, encore sous le choc. Sirius Black innocent. Sirius Black se comportant avec le petit Harry comme un oncle bienveillant. C'était complètement inattendu. Et Rita ne savait pas quoi faire de l'information.

Bien sûr, c'était un scoop en puissance.

Mais qui le croirait ?

Si elle débarquait à la gazette avec, sous le bras, un article clamant que Sirius Black n'était pas responsable de la mort des Potter et qu'il ne voulait certainement pas de mal à Harry, on risquait tout simplement de lui rire au nez. Parce que c'était tellement incroyable… !

Et elle n'avait pas de preuves. Absolument aucune, pour étayer son article. Rien pour prouver qu'elle n'était pas simplement en pleine élucubration.

Alors, qu'allait-elle faire de l'information ?

Machinalement, elle suivit Black et le petit Harry.

XXXXXXX

Severus ne parvenait pas à cerner ce qui le mettait si mal à l'aise. Il fixait toujours Regulus, conscient que la réponse ne pouvait venir que de lui, mais sans savoir comment s'y prendre. Il répugnait à tenter la legilimancie… Pas parce qu'il trouvait choquant de s'immiscer dans la tête du jeune homme, mais bien parce qu'il avait peur de ce qu'il y découvrirait. Parce qu'il avait peur de la fascination qu'il pourrait ressentir. La Magie Noire avait une aura incomparable. Et Regulus s'était enfoncé bien plus loin que lui dans ses arcanes…

Mais il savait que la puissance qu'on ressentait à utiliser cette magie-là était illusoire. Il avait fini par le comprendre. Et il ne voulait certainement pas risquer d'y replonger de nouveau. Ouvrir le passage au Département des Mystères avait été suffisamment éprouvant…

« Ton frère est furieux, Regulus… reprit-il finalement. Même si cet idiot semble incapable de dominer ses nerfs, je pense que tu as dû faire quelque chose en particulier qui l'a fait sortir de ses gonds, non… ?
- Je ne sais pas. Je ne me souviens pas vraiment de ce que j'ai fait, Severus. » Il croisa son regard, l'air tellement perdu et ennuyé que Severus en fut presque gêné. « Il y avait beaucoup de Moldus ? Ceux que tu as mis sous imperium…
- Je crois… Ils étaient tous là, à regarder, contre les barrières. Et puis, le polynectar a cessé de faire effet, et l'un des policeman m'a reconnu. J'ai dû réagir vite. J'étais à peu près sûr que les Aurors n'utiliseraient pas leurs baguettes sur les Moldus.
- Combien de Moldus ? répéta Severus, dardant sur lui un regard un peu plus aigu encore.
- Une quinzaine, peut-être… »

Severus sentit un frisson désagréable lui parcourir l'échine.

« Tu as mis une quinzaine de Moldus sous imperium, comme ça, d'un seul coup… ? »

Le ton de sa voix suffit à embarrasser Regulus un peu plus. Il détourna le regard.

« Depuis quand possèdes-tu une puissance pareille, Regulus ? » demanda Severus.

Le jeune homme ouvrit la bouche pour répondre, la referma aussitôt. Ses mains s'étaient crispées sur ses genoux, et il paraissait maintenant en proie à une tension extraordinaire. Severus n'aimait pas du tout cela.

Peut-être Sirius avait-il une bonne raison d'en vouloir à son frère, finalement…

Severus se pencha légèrement vers lui. Il devait se montrer circonspect, maintenant.

« Tu es sûr que tu as bien fait ce que je t'ai demandé ? demanda-t-il. Tu as bien refermé ton esprit, Regulus ?
- Je… Je l'ai fait, oui, affirma Regulus.
- Vraiment ? »

Il fixa Regulus, le forçant à le regarder droit dans les yeux. Celui-ci cilla plusieurs fois, mal à l'aise.

« Je l'ai fait, réafirma le jeune homme. Et vous avez commencé à crier, Sirius et toi… Alors je vous ai rejoints.
- Et ?
- Les Aurors ont attaqué. »

Un silence gênant s'installa entre eux. Regulus finit par se lever et lui tourner le dos.

« Je ne sais pas ce qui s'est passé, honnêtement, conclut-il, à mi-voix.
- Vraiment honnêtement ? Ou cela t'arrangeait-il, de fermer les yeux sur la source de cette énergie que tu sens au fond de toi ? » lâcha Severus, implacable.

Il vit très nettement le frisson parcourir les épaules et le dos du jeune homme. Il touchait juste, il en était persuadé.

« Les choses se sont enchaînées tellement vite… Ce n'est pas comme si j'avais pu réellement penser aux conséquences ! protesta Regulus.
- C'est faux ! répliqua Severus. Parce que les conséquences, tu les connaissais déjà ! Je t'avais mis en garde !
- Et qu'est-ce que je pouvais faire, hein ?! s'exclama Regulus, se retournant vers lui avec colère. Vous ne m'avez pas facilité la tâche, Sirius et toi !
- Rejette la faute sur nous, Regulus, c'est si facile !
- Oh, tais-toi ! »

Severus croisa les bras. Renvoyer Regulus à ses responsabilités n'arrangerait pas la situation. Le plus urgent, c'était de mettre fin à tout ça. L'obliger à se débarrasser de… De quoi, au juste ? Si Severus se doutait que le jeune homme puisait sa force dans les puissances occultes qu'il avait sans doute côtoyées sur cet autre plan qu'il avait traversé, il n'avait aucune idée de ce que celles-ci pouvaient être. Ses connaissances en magie noire ne s'étendaient pas jusque là.

« Et tu comptes réagir ? demanda-t-il, d'un ton presque détaché.
- Réagir ? répéta Regulus, sur la défensive.
- Tu comptes reprendre le contrôle, ou laisser cette force-là s'installer, jusqu'à ce qu'elle ne fasse plus qu'un avec toi ? »

La mâchoire de Regulus se crispa, comme ses poings. Severus l'avait rarement vu en colère. Mais ainsi, il ressemblait de façon plus frappante encore à Sirius.

Raison de plus pour qu'il reprenne le contrôle de lui-même au plus vite.

« Je ne comprends pas ce que tu racontes, affirma-t-il. Toute cette discussion…
- Arrête-ça, Regulus ! Tu sais très bien de quoi je veux parler ! Comme tu sais très bien ce qui se passe précisément au fond de toi, lorsque tu utilises certains sorts ! »

Il se leva à son tour. Il ne pouvait pas laisser les choses prendre une telle tournure. Sinon, Regulus était perdu. Et qui pouvait l'aider ? Son frère ? Sirius était prompt à juger, mais il était certainement incapable de comprendre. Non, il ne pouvait pas comprendre. Il n'avait jamais fait usage de la magie noire, lui.

« Laisse-moi t'aider, Regulus… »

XXXXXXX

Remus soupira profondément. L'attitude de Sirius lui faisait l'effet d'une fuite en avant. Sirius préférait tourner le dos à sa mère plutôt que de l'affronter. Sans doute était-ce encore douloureux, malgré tout ce qu'il pouvait prétendre. Le simple fait d'être revenu dans cette maison devait lui peser effroyablement. Cela, Remus pouvait le comprendre. Mais leur situation était précaire. Ils ne pouvaient pas se permettre de se mettre Mrs Black à dos.

Il se leva du lit, étira ses membres encore douloureux, et partit à la recherche de Sirius. Ils n'avaient pas fini leur discussion, après tout. Il brûlait aussi d'envie de savoir de quelle façon Dumbledore avait pu aider à son évasion.

Il trouva Sirius dans sa chambre. Assis sur son lit, il montrait quelques photos à Harry, installé sur ses genoux. Le petit garçon était absorbé par la contemplation de ses parents, et un léger sourire errait sur son petit visage bien trop sérieux.

En voyant Sirius parler doucement à l'enfant, Remus comprit subitement ce qu'il cherchait à faire. Apprivoiser Harry. Et se calmer. Sirius puisait dans l'enfant et dans ses souvenirs la force nécessaire pour se rasséréner, avant d'affronter les autres. Sa mère. Son frère. Sirius en voulait à Regulus, il en était persuadé, même s'il ne savait toujours pas pourquoi.

Le Sirius qu'il connaissait aurait depuis longtemps déversé sa colère sur Regulus. Il ne savait pas prendre de recul par rapport à ses sentiments, il avait toujours une fâcheuse tendance à lâcher ses mots « à chaud ».

Pour la première fois, Remus réalisa que le jeune homme qu'il avait devant lui n'était plus tout à fait le même, qu'il avait changé. Et cela le mit mal à l'aise. Il était illusoire de penser qu'ils pourraient se contenter d'ignorer l'année qui les avait séparés. Les épreuves qu'ils avaient enduré les avaient profondément marqués l'un et l'autre, et il leur faudrait apprendre aussi à composer avec.

« Tiens, regarde, il y a aussi Remus, avec ton père, sur celle-ci », disait Sirius, désignant une photo à Harry. L'enfant s'empara de celle-ci, et son sourire s'élargit franchement, dissipant momentanément les angoisses subites de Remus.

« Je me souviens de ce jour-là, dit-il, avançant jusqu'à eux. C'était le jour où nous avons gagné le match contre les Poufsouffles…
- Et nous avons fêté ça en vidant une caisse de confiseries de chez Honeydukes…
- Que tu étais allé piquer en douce dans les réserves du magasin, compléta Remus.
- C'était sacrément dur, de traîner ça tout seul dans le passage secret jusqu'à l'école ! » rit Sirius.

Harry se mit à rire aussi. C'était la première fois que Remus l'entendait rire. Mais il était prêt à prendre le pari que ce ne serait pas la dernière. Sirius avait toujours amusé l'enfant.

« Tiens, garde cette photo-là, Harry, proposa Sirius. Et celle-ci, avec ta mère. Je suis désolé de ne pas en avoir de meilleur d'elle, mais j'ai quitté cette maison avant que nous soyons en suffisamment bons termes, elle et nous, pour qu'elle se laisse dûment photographier. J'ai de meilleurs clichés dans mon appartement… »

Il avait perdu son sourire. Remus estima qu'il était tant de revenir à des considérations plus pratiques. Laisser Sirius s'enliser dans ses regrets n'était certainement pas une bonne chose.

« Harry ? Va donc ranger ces photos dans la chambre que Kreattur a préparée pour toi, tu veux ? proposa-t-il.
- Oui ! » acquiesça l'enfant, se dégageant des bras de son parrain.

Lorsqu'ils furent seuls, Sirius s'accorda un long soupir, avant d'interroger Remus du regard. « Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? demanda-t-il. Je ne tiens pas à rester ici.
- Où pouvons-nous aller, Sirius ? A Poudlard ? Dumbledore t'a dit quelque chose ?
- Il veut faire rouvrir mon dossier, pour prouver mon innocence. Mais Poudlard est certainement surveillé.
- Comment s'y est-il pris, pour ton évasion ?
- Il m'a fait parvenir la cape de James. L'un des Aurors m'a aidé à quitter ma cellule. Dumbledore l'a convaincu de mon innocence, apparemment.
- Il ne t'a pas dit comment le retrouver en toute sécurité ?
- Non. »

Remus hésitait à poser la question suivante. Mais mieux valait percer l'abcès tout de suite, non ?

« Et Regulus ? demanda-t-il. Tu es fâché contre lui… »

Sirius s'assombrit. Il ne restait plus aucune trace de gaîté, sur son visage.

« Regulus fait un usage un peu trop intensif de la magie noire, répondit-il, laconiquement.
- Il a tué quelqu'un ?
- Non. Remus… La rue était dans un tel état qu'on avait l'impression que deux armées s'étaient affrontées là ! Et il était tout seul, avec McPherson ! Les bâtiments étaient pulvérisés, il y avait des gravats partout ! Et tous ces Moldus qu'il a mis sous imperium… Et il faisait tout ça sans comme s'il ne s'en rendait même pas compte ! Il me fait peur, Remus… »

Remus ne répondit pas. Il connaissait peu Regulus, Sirius avait toujours mis un point d'honneur à ne pas le fréquenter, à Poudlard.

« Et ce qu'il a fait, pour nous sortir d'Azkaban, poursuivit Sirius d'une vois sourde. Les morts sont sortis des tombes… ! Qu'est-ce que je dois penser de lui, qui est capable de prendre possession de cinq cadavres en même temps ! Je pensais qu'il n'y avait que Voldemort qui soit capable de telles horreurs…
- Il a fait quoi… ? demanda Remus, désorienté.
- Il a conjuré cinq inferi. Et ensuite… Je ne sais pas ce qu'il a fait, exactement. Apparemment, il nous a fait changer de plan. Nous sommes passés dans le monde des morts. Cinq morts dans le monde des vivants pour deux vivants dans le monde des morts. C'est ce que j'ai lu dans son fichu bouquin… Nous avons fini au Ministère, et Rogue était là. Rogue… Même lui, il ne comprend pas exactement ce que Regulus a fait ! »

L'angoisse de Sirius était presque palpable.

« Est-ce que tu en as parlé avec lui ?
- Avec Rogue ? Il s'est contenté de me repasser le bouquin de Regulus ! Et de se moquer de moi, évidemment… Il était tellement content de me démontrer à quel point mon frère était mauvais ! Si ravi de me notifier que je devais ma liberté à la magie noire !
- Non, je parlais de Regulus. Tu en as parlé avec lui ?
- Comme si nous avions eu le temps de parler… !
- Alors, tu devrais peut-être commencer par là, Sirius. Lui parler. Et prendre le temps de l'écouter. »

Sirius passa une main nerveuse dans ses cheveux. Evidemment, c'était ce qu'il devait faire, il le savait. Mais Remus était sûr qu'il avait besoin de se l'entendre dire.

« Tu as raison… J'y vais. »