Chapitre 20 :
Sirius quitta la chambre d'un pas décidé, et gagna les escaliers. Il devait absolument parler à son frère, il aurait dû le faire dès le moment où ils s'étaient retrouvés hors d'Azkaban. Bien sûr, Regulus avait été éprouvé par ce qu'il avait fait pour permettre leur évasion. Mais justement. Ils auraient dû mettre tout cela à plat tout de suite. Regulus aurait peut-être réfléchi à deux fois, avant d'utiliser de nouveau la magie noire…
A mesure qu'il descendait les marches, il sentait l'adrénaline accélérer les battements de son cœur et sa bouche s'assécher. Ce n'était pas particulièrement bon signe. Sirius savait qu'il était important qu'il maîtrise sa colère, s'il souhaitait vraiment faire comprendre à son frère à quel point le chemin qu'il avait choisi d'emprunter était mauvais. Regulus ne l'écouterait pas s'il se mettait à crier et à s'emporter contre lui. Il n'avait vraiment pas envie que les choses dégénèrent entre eux.
Dans le hall, il percuta presque sa mère, qui venait à sa rencontre, le visage sévère et aussi peu avenant que dans ses souvenirs.
« Maintenant que tu es rassuré sur la façon dont nous avons traité ce sale petit vermisseau, dit-elle de but en blanc, peut-être auras-tu la courtoisie de t'expliquer… ? »
Ce n'était vraiment pas le moment ! S'il y avait une chose que Sirius était incapable de faire, en ce moment précis, c'était bien de se montrer conciliant avec cette harpie de Walburga !
« Mère… lâcha-t-il du bout des lèvres. Il faudrait que je vois Regulus. J'ai à lui parler.
- Ah, bien sûr ! répliqua-t-elle, son regard aigu posé sur lui. Tu dois parler à Regulus. Et moi, on me laisse dans l'ombre, évidemment ! Mais cette maison est encore la mienne et j'entends savoir précisément ce qui s'y passe ! »
Sirius retint un soupir d'exaspération et obliqua vers le petit salon.
« Sirius ! appela Walburga d'une voix sèche.
- Où est Regulus ? Dans le salon ? Dans sa chambre ?
- Reviens ici tout de suite ! »
Ignorant sa mère, il ouvrit la porte du salon. Regulus était là, debout au milieu de la pièce, les bras étroitement croisés sur sa poitrine. Toute sa physionomie reflétait une tension rendue plus frappante encore par son évident épuisement. Un bref instant, Sirius sentit sa colère céder le pas à l'inquiétude. Cette même inquiétude qui l'avait empêché de crever l'abcès dès le début.
Regulus n'était pas seul. Rogue était là également. A la crispation de sa mâchoire, Sirius comprit que celui-ci était aussi peu ravi de le voir que lui.
« Regulus, il faut que je te parle, annonça-t-il d'emblée.
- Plus tard, Sirius, je suis occupé… soupira Regulus.
- Servilus attendra son tour ! coupa Sirius, se plantant devant son frère sans même accorder un regard de plus à son ennemi.
- Tu ne veux pas parler, intervint Rogue froidement. Tu viens juste régler tes comptes, Black. Ce qui est loin d'être sensé, en la circonstance…
- Tais-toi ! C'est à mon frère, que je m'adresse ! »
La porte se rouvrit brusquement sur une Walburga aux joues empourprées et à l'œil passablement mauvais. Sirius, cette fois-ci, ne retint pas le soupir d'exaspération qui lui monta aux lèvres.
« Belle réunion de famille ! commenta Rogue, sarcastique. Qui s'annonce des plus intéressantes !
- Vous l'avez dit, Monsieur ! déclara Mrs Black, hautaine. Il s'agit-là d'une réunion de famille ! A laquelle vous n'avez pas à assister ! Veuillez nous laisser seuls, mes fils et moi ! »
Jamais Sirius n'aurait pensé trouver un point d'accord avec sa mère. Même s'il était par ailleurs fermement décidé à ne pas laisser sa mère s'immiscer entre Regulus et lui.
« Et moi, je préfère que Severus reste, intervint Regulus d'une voix presque trop calme.
- Tu sais très bien que sa présence ne fera que rendre la discussion plus difficile encore ! protesta Sirius. Il passe son temps à me provoquer !
- C'est toi, qui utilise des sobriquets ridicules, pas moi ! remarqua Severus, acerbe. Tu dis que je te provoque, mais tu es incapable de rabattre ton vilain caquet ! »
Sirius allait répliquer, mais sa mère choisit ce moment précis pour se glisser entre eux, sa baguette à la main. Une baguette qu'elle pointa directement sur lui. Elle n'hésiterait certainement pas à s'en servir, il en était sûr.
Comment réagir ? Devait-il tirer sa baguette lui-aussi ? S'il le faisait, il ne valait pas mieux qu'elle. Il répugnait à le faire.
« Mère… intervint Regulus. Rangez votre baguette…
- Non non non ! coupa Walburga. Il vient dans cette maison avec ses airs de conquérant ! Comme s'il y avait été toujours le bienvenu ! Et moi, je le regarde, et je ne vois rien d'autre que l'ingrat qui nous a reniés pour une poignée de sang-de-bourbe !
- N'utilise pas ce mot-là ! gronda Sirius malgré lui.
- Tu vois bien, Regulus ! Il est égal à lui-même ! Un traître à son sang ! Je m'en doutais, pourtant ! La pourriture a corrompu son cœur, bien trop profondément ! Il n'y a aucun remède ! »
Regulus tendit la main pour effleurer son poignet, mais la vieille femme s'écarta brusquement.
« Et toi, Regulus ! poursuivit-elle sèchement. Comment as-tu pu te laisser abuser ?! Tu viens m'affirmer qu'il n'a pas trahi la Famille ! Qu'il partage nos idéaux ! Comment n'as-tu donc pas vu le mensonge ?! Ne connais-tu donc pas ton frère ?! »
Son regard se mit à briller d'une lueur inquiétante. Elle était âgée, certes, mais elle n'en était pas moins dangereuse. Et à moitié folle.
« A moins que tu n'ais cherché à me leurrer consciemment, Regulus ? suggéra-t-elle d'une voix lourde de menaces.
- Pourquoi l'aurait-il fait ? demanda Rogue, comme si l'assertion frôlait l'ineptie.
- As-tu trahi la cause, toi-aussi, Regulus ? continua Walburga, les doigts crispés sur sa baguette. Lorsqu'ils sont venus me dire que les Mangemorts t'avaient éliminé parce que tu t'étais retourné contre eux, je n'ai pas voulu le croire… »
Elle se retourna brusquement vers Sirius qui fit instinctivement un pas en arrière.
« C'est de ta faute ! cracha-t-elle, avec toute la violence dont elle était capable. Tu as perverti ton frère ! Tu l'as détourné de nous ! J'aurais dû le prévoir et t'éliminer moi-même, au lieu de te laisser simplement quitter mon toit ! »
La situation dégénérait franchement. Sirius approchera lentement sa main de sa ceinture, dans laquelle il avait passé sa baguette. Il entendit la porte du salon s'ouvrir une nouvelle fois, au milieu du silence tendu qui avait suivi la dernière menace de sa mère.
« Sirius… ? fit la voix de Remus, incertaine.
- Ah, très bien, il ne manquait plus que le loup-garou ! s'exclama Rogue, sarcastique.
- Loup-garou ?! releva aussitôt Walburga, son visage passant de la fureur au dégoût. Vous avez permis à un loup-garou de pénétrer dans ma demeure ?!
- Et après, il prétendra que c'est moi qui ne sais pas la fermer ! s'exclama Sirius, furibond, en direction de Severus.
- Un loup-garou ! répéta Walburga, dont l'hystérie haussa encore d'un cran. Je veux qu'il sorte de ma maison tout de suite ! Je ne veux pas d'un de ces ignobles hybrides chez moi ! Faites-le sortir !! »
Elle pointa sa baguette droit sur Remus qui se figea sur le pas de la porte, pâlissant.
« Ne menace pas mes amis ! s'écria Sirius, s'interposant aussitôt.
- Amis ?! Comment peux-tu prétendre être ami avec un monstre ?! As-tu donc vraiment perdu l'esprit, Sirius ?!
- Et ne le traite pas de monstre !
- Ecarte-toi de mon chemin tout de suite ! hurla Walburga. Et toi, créature dégénérée, sors de ma maison immédiatement, ou je t'abats sur le champ ! »
Il y eut quelques secondes d'intense tension. Remus était visiblement prêt à effectuer une prudente retraite hors du salon, Regulus semblait sur le point de fondre sur sa mère pour la maîtriser, et Sirius lui-même était à deux doigts de tirer sa propre baguette pour en faire usage contre elle.
Mais ce fut Severus qui réagit le premier.
« Imperio ! »
XXXXXXXX
Le bruit était assourdissant, dans la salle de conférence du Ministère, et Millicent Bagnold n'avait plus qu'une envie : se soustraire à la masse écrasante des journalistes pour se réfugier dans son bureau.
Elle était plus qu'épuisée. Depuis l'évasion des frères Black d'Azkaban, elle n'avait pas connu une seule minute de répit. Et si elle avait cru, un moment, pouvoir se détendre un peu, la nouvelle évasion de Sirius avait balayé ses minces espoirs.
Elle avait aussitôt demandé des comptes à Scrimgeour. Comment un homme blessé et épuisé comme l'était Sirius Black avait-il pu s'échapper du Ministère malgré toutes les précautions prises ?
La réponse de Scrimgeour l'avait plus qu'ennuyée : Sirius bénéficiait nécessairement d'un appui au sein du Ministère. Vraisemblablement parmi les Aurors. Millicent savait que Scrimgeour avait lancé une enquête interne. Mais elle n'aurait pas ses conclusions avant deux-trois jours.
Or, elle devait affronter les journalistes maintenant. Et elle n'avait pas l'ombre d'une réponse à leur avancer.
Elle se fraya un chemin jusqu'à l'estrade, au fond de la pièce. Le chef des Aurors était déjà là, ainsi que le chef du Département des Mystères, Fudge, qui représentait le département des catastrophes magiques, et Amelia Bones pour la justice. Alors qu'elle prenait place au centre de la longue table de conférence qui la séparait des journalistes, elle aperçut du coin de l'œil ce parvenu de Malefoy faire un léger signe de tête en direction de Fudge. Cela n'augurait rien de bon. Millicent se défiait des Malefoy. Elle était à peu près persuadée que Lucius était un Mangemort. Malheureusement, le bonhomme était prudent et malin. Malgré toutes les enquêtes qu'elle avait ordonnées, elle n'avait jamais rien pu prouver.
Par contre, elle trouvait étrange de le voir de connivence avec Fudge. Fudge était ambitieux, certes, mais il n'avait pas d'accointance avec les Mangemorts, elle en était certaine.
Elle coula un regard en direction du petit homme. Il transpirait abondamment et paraissait trop crispé à son goût.
Ce n'était pas bon signe.
« Un peu de silence, s'il vous plait, lança-t-elle à l'assemblée. S'il vous plait, Mesdames et Messieurs. Nous allons commencer. »
Les rumeurs de voix s'estompèrent et toutes les têtes se tournèrent vers l'estrade. Millicent s'éclaircit la gorge avant de commencer.
« Comme vous le savez certainement déjà, l'assassin Sirius Black, qui s'était évadé il y a trois jours d'Azkaban en compagnie de son frère Regulus, et que nous avions réussi à appréhender la nuit passée, Sirius Black, disais-je, s'est une fois de plus enfui. Pour le moment, malheureusement, nous ne sommes guère en mesure de vous fournir de plus amples informations, l'enquête n'en est encore qu'au stade préliminaire. »
Il y eut un brusque brouhaha, sur ses derniers mots. Millicent posa ses mains à plat sur la table, déterminée à ne pas se laisser déborder. Elle avait la nette impression de jouer sa tête sur cette seule conférence de presse. Que les journalistes aient le moindre doute sur son efficacité, et l'opinion publique oublierait aussitôt tout ce qu'elle avait fait pour la société des Sorciers il y avait moins d'un an, avant la défaite du Lord Noir.
Il suffisait de voir avec quelle promptitude Bartemius Croupton était passé de l'encensement à la déchéance…
« S'il vous plaît ! intima-t-elle encore. Tout ce que je puis vous dire à l'heure actuelle, c'est que Sirius Black a effectivement bel et bien quitté le Ministère, alors que celui-ci était sous l'étroite surveillance des Aurors, et interdit d'accès à toute personne venant de l'extérieur. Regulus Black a bien tenté de percer le barrage des policemen moldus qui cernait le périmètre du Ministère, mais nous sommes sûrs qu'il n'a pas mis un pied dans notre enceinte.
- Madame le Ministre ! l'interpella un journaliste. Se pourrait-il que l'attaque de Regulus Black n'ait été qu'une diversion, destinée à concentrer la défense des Aurors sur lui, pendant qu'un autre complice pénétrait de son côté dans le Ministère ? »
Millicent hocha la tête.
« Tout est possible, Monsieur. Comme je vous l'ai dit, l'enquête vient tout juste de débuter. Pour le moment, ce dont nous sommes sûrs, c'est qu'il n'y a pas eu d'effraction de l'extérieur vers l'intérieur des bâtiments. Apparemment, Sirius Black est passé par l'un des soupiraux du rez-de-chaussée pour s'enfuir.
- Il est passé par un soupirail ?! s'exclama une rouquine au premier rang. A-t-il fait usage d'une potion quelconque ou d'un sortilège pour réduire sa taille ?
- Nous l'ignorons.
- En sait-on plus, sur la manière dont les frères Black se sont enfuis d'Azkaban ? Doit-on craindre une nouvelle évasion de Mangemorts ?
- Pour ce dernier point, soyez assurés que nous avons pris toutes les dispositions nécessaires pour prévenir toute nouvelle fuite d'Azkaban. Les gardes ont été doublées, les Détraqueurs ont désormais un libre accès à l'intégralité de la prison, au lieu de se cantonner comme avant dans les quartiers de Haute Sécurité. J'ai alloué des crédits exceptionnels destinés à la réfection des locaux d'Azkaban, qui selon toutes les enquêtes préliminaires, sont apparus comme trop vétustes. Une équipe d'entretien est d'ores et déjà au travail. »
Elle fit une pause. Il était vital que toutes ces personnes soient rassurées. Qu'elles sachent que toutes les dispositions avaient été prises.
« Les frères Black ont fait appel à des procédés de Magie Noire particulièrement pointus, ajouta-t-elle. Je doute qu'il y ait parmi la population carcérale d'autres Sorciers capables d'une telle maîtrise. Y compris chez les Mangemorts.
- Les Mangemorts ont pourtant fait preuve de leur inventivité en la matière, il me semble… intervint un autre journaliste.
- Sirius Black n'a pu s'évader qu'avec la complicité de son frère. Si celui-ci avait été enfermé dans le quartier de Haute Sécurité, l'évasion aurait été impossible. J'ai demandé personnellement au directeur Jorkins de passer en revue les dossiers de chacun des prisonniers communs de la prison, afin de détecter d'éventuelles connivences avec les Mangemorts. De plus, tous les détenus sont confinés dans leurs cellules. Ils n'ont plus accès à la cour, ni au réfectoire, et les promenades dans les couloirs ne sont plus non plus autorisées. »
Il y eut de nouveaux murmures, trop confus pour que Millicent puisse déterminer qu'elle était la tendance : confiance ou défiance ? Avait-elle convaincu ?
« Avez-vous la moindre piste, pour retrouver les frères Black ? demanda une voix au fond de la salle.
- Nous y travaillons, intervint Scrimgeour.
- La population est-elle en danger ?
- Nous ferons notre possible pour que les frères Black ne commettent pas de nouvelles horreurs. Je vous demanderai à tous d'insister sur ce point dans vos articles : la population doit se tenir sur ses gardes. J'ai fait rappeler tous les Aurors ici, afin de les mettre au service de notre communauté. Ils sont prêts à intervenir à la moindre alerte. La police moldue est également sur le pied de guerre.
- Je ne pense pas qu'il y ait de danger immédiat pour notre Communauté, reprit Millicent. Selon toute vraisemblance, les frères Black et leurs acolytes vont avant tout chercher à se cacher. Ils vont faire leur possible pour disparaître de la circulation. Il n'y a que peu de probabilités qu'ils prennent le risque de se démasquer par un nouvel acte de violence ! »
Elle vit quelques têtes acquiescer, dans les premiers rangs. Elle esquissa un sourire encourageant.
« Et qu'en est-il du petit Potter ? » demanda quelqu'un.
Le sourire de Millicent s'effaça malgré elle. Le sujet Potter était celui qu'elle craignait le plus d'aborder. Prétendre que l'enfant était sans doute en sécurité n'était certainement pas crédible.
« Les Aurors ont fait montre d'une incroyable incapacité, en ce qui concerne cet enfant ! appuya la voix. Comment a-t-on pu laisser sa famille se faire massacrer de la sorte ?! N'était-il pas gardé en sécurité ?!
- L'enfant était sous la garde d'Albus Dumbledore », nota Millicent. Il lui était désagréable de mêler le vieux Sorcier à cette interview. Elle savait mieux que personne ce que la société des Sorciers lui devait, et elle ne voulait certainement pas suggérer une quelconque incompétence de sa part. Mais elle devait également s'assurer que la population ne perdrait pas la confiance qu'elle plaçait dans les Aurors. Elle s'éclaircit la gorge, avant de poursuivre :
« Il semblerait que nous ayons, une fois de plus, affaire à une trahison… Albus Dumbledore s'est assuré de la protection de Harry Potter, certes… En le soustrayant aux recherches des Mangemorts. Malheureusement, il paraît de plus en plus indiscutable que l'enlèvement de l'enfant ne soit pas dû à un Mangemort, mais à un individu du nom de Remus Lupin, un autre sois-disant ami des Potter, tout comme Sirius Black. Nous savons que Black a trouvé le moyen de communiquer avec Lupin après son incarcération. Ils étaient de connivence. »
L'annonce plomba un peu plus l'atmosphère pesante de la salle de conférence.
« Ainsi, à vous entendre, personne n'est responsable de la disparition du petit Potter… reprit la voix, pernicieuse. Vraisemblablement, vous nous direz aussi que personne n'est responsable de l'évasion des Black ! Tout ce déploiement de forces que vous nous présentez n'est donc que poudre aux yeux ?! Quand les Aurors feront-ils quelque chose de vraiment efficace ?! »
D'un seul coup, tout le monde se mit à parler en même temps. Millicent échangea un regard avec Scrimgeour.
« S'il vous plait ! s'exclama le chef des Aurors. Calmez-vous ! Nous comprenons parfaitement vos inquiétudes, mais soyez assurés que nous faisons notre possible pour assurer la sécurité de tous… !
- Votre possible ?! C'est là la réponse que vous nous faites ! Sirius Black est un dangereux criminel ! Et il a le petit Potter entre les mains !
- De cela, nous n'avons aucune certitude !
- Et comment se fait-il ?! Avec tous les moyens dont vous disposez… ?! »
Millicent finit par repérer le sorcier à la voix dissidente. L'homme ne lui disait rien, mais elle ne put retenir un frisson en voyant la silhouette qui le flanquait. Lucius Malefoy.
Ainsi, elle avait eu raison, de s'inquiéter. Malefoy croisa son regard, esquissa un rictus particulièrement déplaisant, et prit la parole, d'une voix assez haute et claire pour couvrir le bruit ambiant.
« A la vérité, dit-il, nous retrouvons ici les mêmes disfonctionnements flagrants que nous constations déjà l'année dernière… Toute cette débauche de moyens, et pour quels effets ? Vous n'avez jamais fait qu'entretenir l'illusion d'une parfaite sécurité, Madame le Ministre… Tous les Sorciers qui ont perdu des êtres chers contre les Mangemorts savent à quoi s'en tenir, sur l'efficacité de vos services ! »
Millicent vit tous les regards converger vers Malefoy, et Scrimgeour se renfrogner très nettement.
« Qu'est-ce que vous racontez-là, Malefoy ?! gronda celui-ci.
- Les Aurors n'ont eu une efficacité que très relative, contre les Mangemorts ! Et ils n'ont eu aucune part dans la défaite de Celui-dont-on-doit-taire-le-nom. Toutes les mesures que vous annoncez maintenant à grand renfort de conférences… Ce n'est que du vent, Scrimgeour, et vous le savez parfaitement bien ! Vous ne mettrez jamais la main sur les Black. Et je vous l'annonce d'ores et déjà : cette première évasion ne fait qu'annoncer des événements pires encore ! »
Il y eut des murmures tendus. Millicent savait qu'elle se devait de réagir, mais quels arguments pouvait-elle avancer, qui n'avaient pas déjà été dits ?!
« Vous nous promettez que tout ira bien, Madame le Ministre, j'aimerais avoir votre optimisme… Pour ma part, je crois qu'il serait bon d'envisager une prise en charge plus… énergique… des problèmes qui minent notre communauté depuis bien trop longtemps, maintenant. Moins de discours et de promesses, plus d'action. »
Il fit une pause calculée, de façon à s'assurer que tous, dans la salle, l'écoutaient avec attention. Et de fait, toutes les conversations privées s'étaient brusquement tues. Et les mots qu'il prononça ensuite le furent dans un silence de mort.
« Sans doute est-il temps de placer une personne plus apte et plus ferme à la tête de notre gouvernement. »
XXXXXXX
Tous les regards se tournèrent vers Severus, stupéfaits.
« Très bien, dit-celui, d'un air parfaitement sûr de lui. Maintenant, Mrs Black, vous allez retrouner dans votre chambre et y rester bien sagement. Vous n'en sortirez que lorsque nous vous le demanderons, bien évidemment. »
Walburga tourna les talons et se dirigea vers la porte d'un pas raide. Remus s'écarta pour la laisser passer.
« Bon… Maintenant que nous avons l'assurance que la vieille restera sagement à sa place, reprenons cette charmante discussion ! dit Rogue.
- Tu l'as mise sous imperium ! s'exclama Regulus, sonné.
- Tu aurais préféré qu'elle sorte dans la rue en hurlant qu'un loup-garou a investi sa maison ?
- Si tu avais tenu un peu mieux ta langue… ! lâcha Regulus, froidement.
- Si Sirius avait eu deux sous de jugeote… ! répliqua Severus, se tournant vers celui-ci. Tu ne pouvais pas simplement jouer le jeu ?! Mais non, il faut toujours que tu fasses ton intéressant ! »
Sirius se trouva sans réponse. Rogue venait de sauver la mise à Remus. Il avait réussi à écarter son embarrassante mère, et à s'assurer qu'elle les laisserait tranquilles. Il l'avait mise sous imperium.
Et Sirius ne savait plus s'il devait partager la désapprobation de Regulus ou embrasser Rogue pour son initiative. Avant de grimacer à cette dernière pensée.
« Imagine qu'elle soit allée trouver ta cousine ! poursuivit Rogue en direction de Regulus. Je t'assure que je ne tiens pas à une visite de courtoisie des Malefoy ! Il sait maintenant de façon certaine que je ne t'ai pas abattu comme j'ai prétendu le faire. Ce qui veut dire clairement que je suis ton complice. Et le sien… »
Il lança un coup d'œil vaguement dégoûté à Sirius.
« Je ne tiens pas à passer les jours suivants à me demander quand ta mère contactera le reste de votre charmante petite famille. Maintenant, je suis sûr qu'elle ne fera rien dans notre dos !
- Je pouvais la convaincre sans avoir à la mettre sous imperium ! protesta Regulus. Je suis sûr qu'elle m'écouterait, si je pouvais lui parler calmement… Sirius… ? »
Le regard de Regulus quêtait son approbation. Et Sirius ne savait plus sur quel pied danser. Lui qui venait faire la morale à son frère sur l'usage qu'il faisait de la magie noire, voilà qu'il avait presque envie de remercier Rogue d'en avoir usé contre sa propre mère !
Non. Il ne pouvait pas cautionner ce qui venait de se produire. C'était contre ses principes !
« Je trouve qu'on fait un peu trop usage de la mauvaise magie à mon goût, ces derniers temps… »
