Chapitre 22

Remus avait la désagréable impression d'avoir assisté à un immense gâchis. Il avait suffi à Sirius d'un mot mal choisi pour envenimer un peu plus la situation. Et bien sûr, Rogue n'avait rien fait pour simplifier les choses…

« Vous vous comportez vraiment comme des gamins, tous les deux… soupira-t-il. Nous n'en sommes plus aux querelles de collégiens, si ?
- Dis ça à ton copain ! répliqua Rogue, acerbe. A croire que la prison ne lui a pas remis la tête en place !
- Je ne pense pas qu'une prison soit l'endroit idéal, pour mûrir… murmura Remus. Tu n'étais pas obligé d'en rajouter, la situation est assez tendue comme cela !
- Regulus a pris des risques pour lui. La seule chose qu'il aurait dû lui dire, c'est « merci » ! Mais évidemment, Sirius Black est trop au-dessus du commun des mortels pour condescendre à remercier !
- Non, c'est faux. »

Il s'assit sur le canapé. Il se sentait plus épuisé, encore, qu'à son arrivée. Comme si l'état de tension de Sirius avait des répercussions sur lui-même…

« Qu'est-ce qui se passe, au juste, avec Regulus ? » demanda-t-il.

Si Sirius n'arrivait pas à s'entendre avec son frère, il jouerait les médiateurs entre eux. Il était à peu près sûr que Regulus ne refuserait pas de lui parler, à lui. Encore fallait-il qu'il ait une vision globale de la situation… Et Rogue semblait en savoir assez pour lui expliquer.

Rogue le dévisagea un long moment, comme s'il tergiversait. Et sans doute était-ce le cas… Remus savait qu'il ne le tenait pas en grande estime, même s'il ne le détestait probablement pas autant qu'il pouvait détester Sirius.

« Severus ! insista-t-il. Nous sommes tous coincés ici, dans cette maison lugubre, avec à la fois les Aurors et les Mangemorts aux trousses… Si Regulus va mal, si vraiment il constitue un risque pour nous, pour Harry, dis-le moi ! Et je ferai entendre raison à Sirius. Qu'est-ce que Sirius voulait dire, tout à l'heure, par « ce n'était pas Regulus » ?
- Regulus… » commença Rogue.

Il hésita encore, avant de s'asseoir sur une chaise, loin de Remus.

« Regulus a fait appel à la nécromancie, pour sortir son frère d'Azkaban », lâcha-t-il finalement.

Aussi choqué que puisse être Remus, il s'efforça de ne rien en laisser paraître.

« Ils sont passés sur un autre plan d'existence, pour abolir l'espace physique. Ils ont donc pu quitter l'île, via le Département des Mystères, au Ministère.
- Regulus sait faire ça… ? murmura Remus.
- Mais il y a toutes sortes de créatures, qui vivent dans cet autre plan… Certaines, particulièrement puissantes. »

Le cerveau de Remus fonctionnait à toute vitesse, maintenant, effectuant les connexions nécessaires.

« Regulus a ouvert une porte, c'est cela ? Une porte qu'il n'a pas refermée derrière lui ? Et ces… créatures… en ont profité pour investir notre monde ? »

Rogue le regarda, visiblement surpris qu'il soit parvenu si vite à une telle conclusion. Il acquiesça d'un signe de tête.

« Quel est le lien entre ces créatures et Regulus ? demanda Remus.
- Elles n'ont qu'un pouvoir extrêmement limité sur notre plan physique. Je pense qu'elles utilisent Regulus comme catalyseur.
- Et il en est conscient ?
- Je ne suis pas sûr qu'il mesure vraiment à quel point ces entités l'influencent… »

Il y eut un silence. Remus comprenait parfaitement ce que voulait dire Severus. Et il se sentait plus proche de Regulus qu'il ne l'aurait pensé de prime abord… Lui-aussi avait à combattre des forces qui le dépassaient, lui-aussi devait se battre à chaque instant pour l'intégrité de son âme…

« Est-ce que nous pouvons faire quelque chose pour lui ? demanda-t-il.
- Oui. A condition qu'il joue le jeu. Ce qui veut dire qu'il faut que Sirius arrête de le provoquer comme il le fait ! Honnêtement… Je pense que la colère de Regulus est le meilleur vecteur qui soit pour ces entités-là… Et si elles prennent plus de pouvoir, Regulus risque fort de ne plus rien contrôler du tout !
- Je vois.
- Je peux aider Regulus à faire ce qu'il faut, ajouta Severus. A condition qu'il veuille bien me laisser faire. »

Remus se leva, s'efforçant de ne pas penser à la douleur qui martyrisait ses membres. Se reposer maintenant était un luxe qu'il ne pouvait pas se permettre…

« Je vais retrouver Sirius avant que les choses n'empirent… » dit-il, avant de quitter le salon.

XXXXXXX

McPherson relut une troisième fois le rapport de Julius, incrédule. Apparemment, son collègue n'avait rien trouvé de suspect chez les deux Aurors qu'il avait examinés. Ils avaient été soumis au sortilège d'oubliette, il en était persuadé.

L'Inspecteur laissa tomber la liasse de parchemin sur son bureau avec un soupir. Encore une piste qui s'avérait caduque. Il se sentait découragé.

Scrimgeour s'était décidé à aller interroger Isabelle Fudge lui-même. C'était une bonne chose. McPherson avait fait sa part du travail, estimait-il. Il lui livrait la demoiselle sur un plateau. A lui, maintenant, de manœuvrer la barque dans le bon sens.

Regulus Black avait disparu subitement devant ses yeux. Mais il n'avait pas transplané – c'était impossible – et il n'avait pas usé du même sort qu'à Azkaban. De cela, il était certain. Il se souvenait encore de la charge de magie particulièrement forte qui saturait l'air, dans le cimetière de la prison, et cela n'avait pas été le cas devant le Ministère.

Non, décidément, toutes ces pensées ne menaient à rien… Aurait-il le rapport détaillé des Langues de Plomb qu'il ne serait pas plus avancé, d'ailleurs. Peu lui importait les moyens utilisés par les Black, finalement. Cela ne lui indiquerait pas où ils se cachaient à l'heure actuelle.

Non, il devait trouver autre chose…

La solution ne viendrait pas d'Isabelle Fudge non plus. Il doutait que Regulus Black soit allé jusqu'à lui indiquer où il comptait se cacher.

Il sortit l'épais dossier dans lequel il avait réuni toutes les information dont il disposait, pour y ranger la copie du rapport de Julius, et le feuilleta machinalement.

Il avait peut-être laissé passer quelque chose ?

Il reprit ses parchemins depuis le début, relut quelques une de ses notes… et décida qu'il était plus que temps qu'il retourne faire un saut à Azkaban.

XXXXXXX

Regulus était assis sur son lit, se massant les tempes nerveusement, lorsque Sirius entra dans sa chambre. Il hésita un court instant. Il pouvait presque sentir physiquement le désir de son frère de ne pas lui parler. Il y avait comme de l'électricité dans l'air. Cela acheva de le calmer.

« Excuse-moi, Regulus, dit-il le plus posément possible.
- Tu n'es qu'un salaud, Sirius, répliqua Regulus, tendu. Tu t'imagines toujours savoir mieux que tout le monde…
- Ne me dis pas que tu ne sens pas à quel point la magie que tu utilises a de répercussions négatives sur toi ! Regulus… Je t'ai vu te battre avec McPherson, tout à l'heure… Et j'ai eu peur ! Vraiment peur !
- Je voulais vraiment te sauver ! poursuivit Regulus d'une voix tremblante. Tu n'as pas le droit de me retirer ça !
- Je sais. J'ai été maladroit. Ecoute… Peut-être que nous pourrions parler de tout cela calmement ?
- Tu n'écouteras pas ! Tu n'as jamais su écouter ! Si tu l'avais fait, peut-être que les choses auraient été différentes dès le départ ! Si tu avais été là… »

Regulus se tut, hésitant à poursuivre. Sirius croisa les bras, attendant qu'il veuille bien préciser sa pensée. Même s'il n'était pas vraiment sûr d'avoir envie d'entendre ce que son frère pensait devoir lui dire.

« Tu as décrété que cette famille était la pire des choses qui soit, et tu es parti. Tout simplement, murmura Regulus.
- Il n'y avait pas grand chose à faire d'autre, il me semble ! répliqua Sirius, sur la défensive. La vie, ici, était devenue infernale !
- Parce que tu t'ingéniais à faire en sorte que cela le soit ! Tu ne manquais pas une occasion de provoquer nos parents ! Tu te plaisais à afficher tes convictions, que tu savais si contraires aux leurs, uniquement dans le but de les blesser !
- Et eux ?! Se souciaient-ils de mes opinions, pour les déclarer ineptes ?! Pourquoi aurais-je fait des concessions lorsqu'ils n'en faisaient aucune ?! Pourquoi aurais-je dû continuer à les écouter dénigrer mes amis, parce qu'ils n'étaient pas d'aussi bonne famille que la nôtre ?!
- Tu aurais pu tout aussi bien les ignorer !
- Et je me serais retrouvé Mangemort moi-aussi ?! Ils m'auraient embringué dans je ne sais quelle alliance sans m'en avertir ?! Non ! Je ne suis pas comme toi, Regulus !
- Comme moi ?! répéta Regulus, les yeux brillants de colère. Et qu'est-ce que tu sais, de ce que je suis, Sirius ?! Tu m'as tourné le dos aussitôt après avoir mis un pied à Poudlard ! Il n'y en avait plus que pour ton cher James Potter ! »

Sirius pâlit brusquement. Il était prêt à entendre ce que son frère avait à lui dire… à la condition qu'il ne touche pas à la mémoire de James !

« Ne mêle pas James à ça ! gronda-t-il. Il n'a rien à voir avec les décisions que toi tu as prises !
- Du jour au lendemain, tu as fait comme si je n'existais plus ! continua Regulus, sans l'écouter. Je me suis retrouvé à passer mes journées seul dans cette maison ! Seul avec… Tu ne sais rien, Sirius ! Tu n'as jamais pris le temps de m'écouter !
- Mais ce n'était pas à moi de le faire ! protesta Sirius. Quand ai-je été responsable de toi, Regulus ?!
- Il ne s'agit pas de responsabilité, mais d'intérêt ! Pourquoi n'as-tu pas vu que j'avais besoin de toi ?! »

Regulus se tut, le souffle court. Il tremblait, remarqua Sirius, mal à l'aise. Il ne s'était jamais vraiment demandé comment Regulus avait pris son départ de la maison. Qu'il ait pu lui manquer lui semblait même incongru… Ils s'étaient si fort éloignés l'un de l'autre, au fil des ans !

« J'ai fait comme j'ai pu… tout seul… murmura le jeune homme.
- Tu penses vraiment que j'aurais pu faire quelque chose, si j'étais resté… ? Regulus… Tu ne peux pas m'en vouloir à moi pour avoir versé dans la nécromancie !
- Ce n'est pas ça ! répliqua Regulus. Ce que je ne supporte pas, c'est que tu te permettes de juger, alors que tu ne sais rien ! Tu n'as jamais eu à affronter les voix des morts, toi ! Tu ne sais pas ce que c'est, de sentir leur énergie tourbillonner autour de toi, chercher à se raccrocher à toi parce que tu es simplement vivant ! Il fallait que je comprenne ce qui m'arrivait ! Et ce n'est certainement pas avec l'enseignement qu'on nous dispensait à Poudlard que cela était possible ! La magie blanche ne s'intéresse pas à ces questions ! Qu'est-ce que j'étais censé faire… ? »

Il y eut un silence. Sirius se souvenait maintenant des étranges accès de frayeur de son frère, lorsqu'il le rejoignait la nuit dans sa chambre… Ce n'était certainement que des cauchemars, pensait-il alors. Comment aurait-il pu savoir que des choses bien plus sombres tourmentaient déjà le petit garçon ?

Regulus voyait les esprits, d'accord… Mais il y avait une grande différence entre les voir et les utiliser, non ? Rien ne justifiait que Regulus ait usé de ses dons pour maîtriser cette énergie-là. Une énergie que Sirius sentait mauvaise…

« Je veux bien croire que tu ais été poussé par une curiosité naturelle, reprit-il. Et peut-être légitime… Mais de là à créer des inferi ! C'est du domaine de Voldemort, cela ! Est-ce que tu en es conscient ?
- Oui.
- Mais tu le fais quand même ! C'est ça, que je trouve insupportable, Regulus ! Que tu ais recours à des procédés que tu sais condamnables ! Et que moi, en tout état de cause, je ne peux pas cautionner ! Et puis, c'est dangereux, Regulus ! Vraiment dangereux ! La puissance est grisante ! Je ne veux pas que tu finisses comme ces Mangemorts que j'ai affrontés, sans plus aucun sens moral, pas toi ! Je ne supporterais pas de te voir devenir ce que Voldemort est devenu… »

Regulus ne répondit pas, mais il semblait plus calme. Prêt à se fissurer, en fait… Il y avait de la douleur, dans son regard.

« Ce n'est pas ce que je veux, Sirius… murmura-t-il.
- Est-ce que tu peux me promettre de ne plus faire ce genre de trucs… ? avança Sirius avec précaution.
- Je… Non. Je ne peux pas te promettre ça. Parce que je sais que si je n'ai pas le choix, je serais prêt à utiliser ces armes-aussi. Tu es persuadé que c'est mal, mais je t'assure que tu te trompes ! C'est la finalité, qui importe ! Pour te sauver toi, pour sauver les gens…
- Regulus…
- Tu ne me convaincras pas, Sirius. Grâce à la nécromancie, j'ai compris les desseins de Voldemort. J'ai pénétré son secret… Et j'ai commencé à défaire ce qu'il avait fait !
- Quoi ?
- Si tu voulais bien seulement laisser tes préjugés de côté et m'écouter… Nous ne serons jamais d'accord, Sirius… Cela veut-il dire que nous restons ennemis ? »

Ils se regardèrent un long moment. Sirius savait qu'il leur faudrait certainement bien plus de temps pour renouer de vrais liens. Mais il y avait un premier pas à faire : commencer par ne plus accuser. Et cela, il pouvait le faire, bien sûr… Il ne supportait pas de voir son frère si manifestement malheureux.

« Non, nous ne sommes pas ennemis… Je suis vraiment désolé de t'avoir blessé, Regulus… Et je te remercie de m'avoir libéré. Ce que je voulais dire, c'était… Enfin… Je ne veux pas qu'il t'arrive du mal, tu sais… Comme à l'infirmerie, à Azkaban, tu étais mourant… Ne risque plus ta vie pour moi, tu veux ? »

Il était vraiment embarrassé. Il était tellement plus facile de se mettre en colère que d'exprimer sa tendresse… ! Il se sentait effroyablement gauche. Stupide.

Alors, peu désireux de verser dans la mièvrerie, il attrapa son frère par le cou et le serra contre lui, espérant que le geste aurait autant de valeur que tous les mots qu'il pourrait prononcer.

« Essaye de ne plus te mettre bêtement en danger, alors… ! » suggéra Regulus, au creux de son cou. Sirius sourit. Et se sentit subitement plus à l'aise qu'il l'avait été avec son frère depuis bien longtemps.

« Bon, je vois que vous avez fait la paix… »

Il tourna la tête vers la porte et Remus qui venait d'entrer. Regulus se dégagea de son étreinte. « Severus aimerait finir la discussion qu'il a commencé avec toi, reprit Remus, dans sa direction.
- Rogue… grogna Sirius. Il va encore remuer la merde…
- Non, Sirius, coupa Remus, catégorique. Même si cela te dépasse, il est clair qu'il veut vraiment aider ton frère. Tu devrais le laisser faire, Regulus. Vraiment.
- Je sais. »

Regulus se leva de son lit. « Garde un œil sur mon frère, hein, Remus ?
- Promis ! »

XXXXXXX

Fudge était incroyablement excité. Plutôt bon signe, pensa Malefoy. Il n'en serait que plus facile à manipuler…

« Tout de même, mon cher Lucius… ! s'exclama Fudge. Réclamer des élections anticipées…
- Il n'y a pas de moment plus approprié, pourtant ! certifia Malefoy. L'incapacité du gouvernement à mettre la main sur les frères Black est un signe qu'il y a quelque chose de pourri au sein du Ministère ! Comment Sirius aurait-il pu s'évader, s'il n'avait eu des connivences ici-même ?! C'est l'évidence même ! Cela, Millicent Bagnold ne le sait que trop bien. Et il est temps que l'opinion publique en soit elle-aussi avisée !
- Et vous allez vous présenter comme candidat… ? » demanda Fudge, les yeux brillants de convoitise.

Malefoy esquissa un sourire. Mûr à point…

« Moi ?! Vous n'y pensez pas, mon cher ! Mon nom a malheureusement été trop cité à mon goût lors des procès contre les Mangemorts…
- Ridicule… !
- Preuve de l'aveuglement du gouvernement ! Je pourrais même parler de discrimination ! Sous prétexte que ma famille est de sang-pur… !
- Mais rien n'a jamais été retenu contre vous…
- Parce qu'il n'y avait rien à trouver ! s'exclama Malefoy, avec un air de vertu outragée particulièrement bien rendu. Diffamation, que tout cela ! Mais hélas, nos concitoyens risquent de ne pas être aussi clairvoyants ! Je refuse de gâcher l'opportunité qui est la nôtre de changer le gouvernement pour un mieux en me présentant. J'ai peur de ne pas être crédible
- A tort, cependant !
- Oui, à tort ! Mais que voulez-vous… Non, ce qu'il nous faut, c'est un candidat à la réputation irréprochable, proche des citoyens, intelligent, et doté de bons appuis… »

L'envie qui se lisait maintenant sur le visage de Fudge était presque risible. Malefoy le sentait pendu à ses lèvres, frémissant de l'entendre prononcer les mots fatidiques… Il allait bien sûr lui faire ce plaisir… !

« Quelqu'un comme vous, mon cher Cornelius ! »

Le bonhomme rosit de plaisir et sourit de toutes ces dents. « Moi ?! protesta-t-il pourtant, sans mettre la moindre conviction dans sa voix. Vous n'y pensez pas, Lucius ! Moi, Premier Ministre ?!
- Les gens ont confiance en vous, Cornelius… Ils savent que vous ne leur avez jamais fait défaut ! Vous êtes le candidat idéal, vraiment ! »

Fudge était aux anges… Maintenant que le poisson était vraiment ferré, Malefoy devait s'astreindre à la plus grande vigilance. Il n'allait pas risquer de tout gâcher par un mot mal venu…

« La seule chose qui pourrait compromettre vos chances de réussite, pourtant… Eh bien… Votre fille, Cornelius… »

Fudge se raidit brusquement, et son visage passa du rose à l'écarlate.

« Ma fille ?!
- Elle va passer en jugement pour complicité dans l'évasion des frères Black… Cela risquerait sérieusement de nuire à vos chances… Souvenez-vous de ce qui est arrivé à ce pauvre Croupton. La condamnation de son fils a signé sa mort politique…
- Pourtant, il l'avait fait incarcéré lui-même… » murmura Fudge, soudain désemparé.

Il sortit son mouchoir et s'épongea le front, mouillé de sueur. Sa belle humeur s'était brusquement volatilisée.

« Je ne ferai pas cela, Lucius… Je ne pourrai pas m'en prendre à elle… Isabelle est… Non, je ne pourrai pas…
- Je comprends… De toute façon, je ne pense pas que charger votre fille outre mesure facilitera votre élection. Cela n'a pas été le cas, pour Croupton… Non, il faut trouver une autre parade. Je vous ai déjà dit que je m'occuperai personnellement de sa défense, lors de son procès…
- Oui, et je vous en remercie.
- Il faut faire d'elle un symbole. Montrer comment le gouvernement actuel s'est si peu montré capable, dans le traitement des Mangemorts, qu'une jeune femme aussi douce et innocente que votre fille en a fait les frais… »

Le regard hagard de Fudge fit presque pitié à Malefoy. Pauvre homme, qui n'entendait rien aux subtilités des arcanes du pouvoir…

« Vous allez faire campagne, Fudge. En réclamant que les Mangemorts reçoivent finalement le traitement qu'ils méritent…
- Que pourrait-il y avoir de pire qu'Azkaban… ? murmura Fudge, déboussolé.
- Nous trouverons quelque chose ! assura Malefoy. L'important, c'est que les citoyens en soient persuadés… Et pour bien marquer le coup, vous allez commencé par exiger la destitution de Jorkins. Il est temps d'avoir un homme à nous à la tête d'Azkaban… »