Chapitre 23

Rita ne savait vraiment plus quoi penser… Comme tout le monde, elle avait fermement cru en la culpabilité de Sirius Black. N'avait-il pas avoué, au procès ? Et qui d'autre que lui aurait pu trahir les Potter ? N'était-il pas leur Gardien du Secret ?

Pourtant…

Pourtant, tout ce qu'elle voyait et entendait maintenant ne faisait que confirmer que Sirius Black était simplement victime d'une énorme erreur judiciaire !

Son attitude avec l'enfant, d'abord ! Il était indubitablement attaché à Harry. Cette façon qu'il avait eu de lui parler de ses parents ! Cette tendresse si perceptible, lorsqu'il lui s'adressait à lui, lorsqu'il le prenait dans ses bras ! Lui, un monstre ? C'était aussi aberrant qu'imaginer Remus Lupin massacrer la famille Dursley et enlever Harry pour se livrer sur lui à des actes abominables ! Rita ne connaissait pas Lupin. Il n'avait même pas été cité au procès de Black. Mais là encore, en le voyant prendre soin du petit Harry, il était simplement impensable qu'il ait pu lui vouloir du mal.

Non, ces deux hommes étaient trop attachés à l'enfant pour le blesser. C'était une évidence.

Et il y avait le comportement de Black vis-à-vis de son frère. Rita n'avait manqué aucun des mots échangés entre les deux hommes, les rangeant soigneusement dans sa mémoire – une mémoire prodigieuse ! – pour les examiner encore et encore. Et absolument rien dans les propos de Sirius ne laissait supposer qu'il ait pu être attiré d'une manière ou d'une autre par la magie noire ! C'était même le contraire ! Le jeune homme semblait trouver ces procédés tellement ignobles qu'il lui apparaissait maintenant clairement que lui-même n'y avait pas recours.

Contrairement à Regulus Black.

S'il y avait un mage noir dans la famille, c'était de son côté à lui qu'il fallait chercher, c'était évident.

Rita hésita un moment, alors que Regulus quittait sa chambre, laissant Sirius et Lupin derrière lui. Que devait-elle faire ? Le suivre, et tenter d'en apprendre un peu plus sur ces choses dont parlait Sirius et qui semblait tant l'inquiéter ? Ou rester là, en espérant que les deux amis finiraient par évoquer les événements qui avaient conduits à la mort des Potter ?

Tu pourrais aussi reprendre ta forme humaine et les interroger directement, songea-t-elle. Si tu leur fais prendre conscience du bénéfice qu'ils pourraient en tirer pour eux-mêmes…

Ce qui signifierait qu'elle prendrait le parti de réhabiliter Sirius Black… Mais ce n'était pas une décision à prendre à la légère. Elle risquait sa carrière sur un seul papier.

Et si tu te montres, ils te fermeront certainement certaines portes…

Regulus Black avait des choses à cacher. Des choses palpitantes, pariait-elle. Des choses qu'elle pourrait découvrir en toute discrétion, si elle restait sous sa forme animagus. A elle, ensuite, de voir comment exploiter ce qu'elle aurait découvert…

Il lui fallait prendre une décision. Sirius ou Regulus ?

Sirius, elle pourrait toujours l'interroger plus tard, une fois qu'elle aurait percé les sombres secrets de son frère.

Elle choisit de suivre le cadet.

XXXXXXX

« Une audience exceptionnelle au Magenmagot aura lieu dès demain soir, dit Scrimgeour, l'air totalement impassible. Nous vous y ferons lecture de vos chefs d'accusation. »

Isabelle s'efforça de ne rien laisser paraître de l'effroi qu'elle ressentait à ces mots. Un procès… Jusqu'à la dernière minute, elle avait espéré que son père interviendrait, que grâce à son influence, elle serait libérée.

« Vous aurez droit à une visite de votre avocat demain matin, continua Scrimgeour. A ce que j'ai cru comprendre, Lucius Malefoy vous représentera, n'est-ce pas ? »

Isabelle se mordit les lèvres. Elle ne voulait pas de Malefoy. Et d'ailleurs, pourquoi celui-ci se chargeait-il de sa défense ? Quel était son but ? C'était un Mangemort, Regulus le lui avait certifié.

Il cherche à atteindre Regulus à travers moi, songea-t-elle. Ou il pense que Regulus m'a fait des confidences… Peut-être même qu'il soupçonne que je sais qu'il est un Mangemort…

Ce qui la mettait dans une position particulièrement délicate. Malefoy était dangereux, et rien de ce qu'il faisait n'était pour son bien à elle. A sa place, elle ferait tout pour la museler, s'assurer qu'elle ne parlerait pas. En sabordant son propre procès pour faire en sorte qu'elle finisse à Azkaban ? C'était plus que probable…

« Je n'ai jamais demandé que Malefoy se charge de ma défense… avança-t-elle à mi-voix.
- Il s'est spontanément proposé, répondit Scrimgeour. Votre père et lui sont très liés, apparemment ! »

Son ton s'était refroidi, et Isabelle compris qu'il y avait là quelque chose qui le gênait particulièrement. Et après tout, ce n'était pas si surprenant. Si Malefoy était effectivement un Mangemort, Scrimgeour devait bien l'avoir soupçonné à un moment ou à un autre. Ce n'était pas parce qu'il n'avait pas été inquiété qu'il n'y avait pas eu d'enquête à la base…

« Il me fait peur ! avoua-t-elle. Je ne veux pas qu'il s'occupe de mon procès ! »

Ses doigts se crispèrent sur sa robe. Si seulement cet homme voulait bien l'écouter ! L'écouter vraiment au lieu d'essayer de lui faire dire ce qu'il attendait d'elle ! Peut-être serait-il en mesure de l'aider ? Peut-être même arriverait-elle à lui faire comprendre qu'il se trompait, en considérant les Black comme des ennemis à abattre !

Scrimgeour fronça les sourcils et la considéra avec curiosité. Très bien, elle avait réussi à attirer son attention…

« Je n'ai pas confiance en lui, insista-t-elle. Il ne cherche pas à m'aider !
- Pourquoi dites-vous cela ? »

Isabelle se mordit les lèvres, hésitante. C'était le moment de décider si oui ou non elle allait lui faire confiance…

C'est le chef des Aurors, c'est un homme bien…Il déteste les Mangemorts, il n'a pas pu ne pas soupçonner Malefoy d'en être un…

Mais il lui faisait peur. La façon dont il l'avait interrogée… Il y avait eu une absence totale de compassion, chez lui.

« C'est un Mangemort… » avoua-t-elle pourtant à mi-voix. Parce qu'elle n'avait pas le choix, dans le fond.

Scrimgeour ne répondit pas tout de suite. Il se contenta de prendre l'unique chaise de la cellule et de s'asseoir dessus, tourné vers elle. Puis, il se pencha en avant, les coudes posés sur les genoux.

« Intéressant, ce que vous dites là… » avança-t-il finalement.

Il avait des airs de gros chat matois, pensa Isabelle. Sans être aussi sournois que Malefoy, c'était vraisemblablement un homme avait lequel il fallait soigneusement peser ses mots…

« Et d'où tenez-vous cela ? Malefoy a été écarté de la liste des suspects bien avant les premiers procès des Mangemorts…
- Mais cela ne veut rien dire, n'est-ce pas ?! répliqua Isabelle bravement. Il a suffisamment d'influence pour garantir sa tranquillité ! »

Scrimgeour haussa un sourcil broussailleux et se fendit d'un léger sourire.

« Alors ? insista-t-il. D'où tenez-vous qu'il est un Mangemort ?
- De Regulus Black , répondit-elle franchement.
- De Regulus Black… Il vous dit que Malefoy est un Mangemort, et vous le croyez comme cela, sur parole ?
- Regulus Black était aussi un Mangemort, il doit bien savoir de quoi il parle ! » répliqua-t-elle.

En se lançant ainsi, elle prenait des risques, elle en était parfaitement consciente. Elle avouait du même coup qu'elle connaissait la réelle identité de Finnigan Fox, qu'elle savait qu'il appartenait aux Mangemorts… Et de fait, elle risquait de compromettre sa propre défense…

« Tiens donc ! Vous êtes au courant de cela !
- Oui.
- Depuis quand savez-vous que Finnigan Fox était en réalité Regulus Black ? » demanda-t-il encore.

Il n'avait pas élevé la voix, mais son ton était pourtant maintenant singulièrement menaçant. Mais Isabelle était lancée.

« Je l'ai su après avoir vu Sirius Black. Lorsque je les ai vu tous les deux à l'infirmerie, pendant que j'effectuais la transfusion sanguine. »

Elle avait été frappée par leur ressemblance physique, se souvenait-elle. Mais plus encore par l'évidente inquiétude de Sirius. Une inquiétude qui n'avait rien à voir avec la pitié qu'on pourrait ressentir devant un inconnu sur le point de mourir…

« J'ignorais totalement qu'ils étaient frères, mais il y avait cette anomalie sanguine… C'est pour cela que j'ai demandé à faire venir Sirius Black à l'infirmerie. Parce que son sang était le seul compatible. Pas parce que je voulais les mettre en rapport, ni soutenir je ne sais quel plan d'évasion dont votre inspecteur veut me rendre responsable ! »

Elle avait dit ces derniers mots sur un air de défi. Elle n'avait que trop tremblé devant les menaces qu'on faisait planer sur sa tête. Elle n'allait plus se laisser faire. Elle ne laisserait plus McPherson lui lancer ses élucubrations au visage sans réagir, ni Malefoy la manipuler. C'était fini.

Scrimgeour était plus attentif, maintenant, visiblement intrigué.

« Mais ensuite ? Quand vous avez compris qu'ils étaient frères… ?
- Ce n'était pas de mon ressort, non ? Je me suis contentée de sauver la vie de Regulus Black grâce au sang de son frère. Je n'ai rien planifié du tout !
- Mais en sachant que ce Finnigan Fox était en fait Regulus Black, vous n'avez pas jugé bon d'en avertir Mr Jorkins ?
- Et pour quel motif l'aurais-je fait ?
- Regulus Black est un Mangemort !
- Etait, corrigea Isabelle. Il a été déclaré mort. Assassiné par les sbires de Voldemort, n'est-ce pas ? Il a renié les Mangemorts et Celui-dont-on-doit-taire-le-nom a voulu l'éliminer pour cela.
- C'est ce qu'il vous a dit ?
- Oui.
- Et vous l'avez cru ?!
- Pourquoi pas ? Oui, je l'ai cru. »

Elle baissa les yeux. Elle n'avait toujours aucune certitude que Regulus lui ait bien dit la vérité. Aucune si ce n'était qu'elle avait été profondément touchée par le jeune homme, par la simplicité de ses aveux. Il y avait eu un tel accent de sincérité, dans ses mots !

Mais évidemment, cet homme devant elle ne se contenterait pas de cela. Le terrain était bien trop glissant, mieux valait en revenir au sujet initial…

« J'ai surpris une conversation entre mon père et Malefoy, reprit-elle, plantant son regard dans celui de Scrimgeour. Malefoy voulait s'introduire à Azkaban. Il disait savoir que Regulus Black y était enfermé. »

Elle vit avec un réel plaisir la surprise s'afficher sur le visage du chef des Aurors. Peut-être arriverait-elle à quelque chose, finalement…

« Je vous jure que c'est vrai ! insista-t-elle. Je suis prête à vous le redire sous veritaserum ! Il disait savoir de source sûre que Regulus Black était vivant, et enfermé à Azkaban ! Pourquoi tenait-il tant à le voir, à votre avis ?
- Comment aurait-il pu… Et puis… murmura Scrimgeour, fronçant les sourcils.
- Regulus avait peur de Malefoy. Il pensait vraiment être en danger. Les Mangemorts ont essayé de le tuer, vous vous souvenez ?
- Si Malefoy est un Mangemort… Il aurait pu souhaiter libérer Regulus, non ?
- Vous croyez ? Vous imaginez vraiment Lucius Malefoy risquer de se compromettre pour libérer un prisonnier suspecté de connivence avec les Mangemorts ?! »

Elle croisa les bras, laissant l'idée faire son chemin dans l'esprit de Scrimgeour. Peut-être l'homme n'arriverait-il pas spontanément à la conclusion que Regulus Black n'était pas le monstre qu'il imaginait… Mais au moins espérait-elle avoir réussi à éveiller suffisamment son intérêt pour qu'il creuse un peu plus autour de l'histoire des frères Black.

« Etes-vous prête à coopérer avec nous, Miss Fudge ? demanda Scrimgeour.
- Protégez-moi de Malefoy. Ne le laissez pas prendre part à mon procès. Il ne me veut aucun bien… Regulus Black n'est pas celui que vous croyez. Et Sirius... J'ai parlé à Sirius. Et je pense que vous avez fait une erreur, en ce qui le concerne. »

XXXXXXX

Rogue était nerveux. Et cela n'avait rien à voir avec la présence de Sirius sous le même toit que lui. Enfin presque. Il ne serait jamais à l'aise, avec lui dans les parages… Mais Lupin avait promis de le tempérer, et bien qu'il n'ait qu'une faible estime pour lui, il était tout de même enclin à lui faire confiance sur ce chapitre.

Non, ce qui le rendait si nerveux, c'était l'idée que Regulus allait le rejoindre d'un instant à l'autre. Et il avait beau avoir promis de faire son possible pour lui venir en aide, ce qu'il allait devoir faire lui donnait la chair de poule.

Il s'assit dans un fauteuil, les mains bien à plat sur les accoudoirs, et inspira profondément.

Comment Regulus avait-il manœuvré pour qu'il se sente maintenant si concerné par son sort ?!

Il t'intrigue, pensa-t-il. Il t'a toujours intrigué…

Et ce, dès Poudlard.

Alors que ses condisciples le regardaient avec dédain – il n'avait jamais su s'attirer la sympathie des autres… – Regulus, lui, ne cachait pas une certaine curiosité à son égard. Au début, il avait pensé que cette curiosité venait de l'animosité que Sirius éprouvait pour lui : Regulus cherchait seulement à comprendre pourquoi son frère l'avait autant pris en grippe. Mais alors que les années passaient, il avait bien dû se rendre à l'évidence qu'il y avait autre chose. Regulus n'avait pas de contacts avec Sirius, ils s'ignoraient royalement. Et l'ayant finalement remarqué, Severus s'était senti moins sur la défensive, lorsqu'il croisait le regard du cadet des Black.

Et puis, un soir, alors qu'il était en sixième année, Regulus l'avait finalement abordé. Il avait attendu que la salle commune des Serpentards soit à peu près vide pour le rejoindre dans le coin où il s'était installé pour lire et s'était planté devant lui jusqu'à ce qu'il lève les yeux sur lui, vaguement agacé.

« Qu'est-ce qu'il y a ?! Tu t'ennuies ?! Tu as besoin de quelqu'un pour faire la conversation ?! Trouve quelqu'un d'autre pour ça !
- Est-ce que c'est vrai que tu es doué en magie noire ? »

La question l'avait pris au dépourvu. Il savait qu'il avait cette réputation, même chez les Serpentards. Et même s'il était loin d'être aussi calé que ce qu'on pouvait supposer, il s'était bien gardé de mettre fin aux rumeurs le concernant. Il y gagnait indubitablement une certaine tranquillité. Tant qu'il ne croisait pas les imbéciles de Gryffondor.

« C'est ton frère, qui t'a raconté ça ?!
- Tout le monde le dit, pas seulement Sirius. Est-ce que c'est vrai ?
- Je n'ai pas envie de discuter le sujet avec toi. Pas du tout ! Laisse-moi finir ma lecture, tu veux ? »

Regulus ne s'était pas laissé démonter. Il avait tiré un fauteuil jusqu'à lui et s'était assis sous son nez.

Severus avait bien cherché à l'ignorer. D'ordinaire, cela suffisait à décourager les meilleures volontés. Mais il avait bien dû se rendre à l'évidence que Regulus, contrairement à Sirius, était d'une patience d'ange.

Après une heure de ce petit jeu, il avait fini par refermer son livre. Regulus n'avait pas bougé.

« Qu'est-ce que tu attends, au juste ?! avait-il soupiré.
- Est-ce que tu connais quelque chose à la nécromancie ?
- La nécromancie ! Rien que ça !
- Si c'est vrai que tu consultes des ouvrages de Magie noire, tu as dû lire des articles qui en parlent !
- Oui… »

Le sujet n'était vraiment pas de celui qu'il avait envie d'aborder. Surtout que la nécromancie et tout ce qui s'y rapportait le mettaient en général mal à l'aise.

« Est-ce qu'ils parlent des esprits ?
- Des esprits ?
- Les esprits des morts… Est-ce que tu connais des ouvrages qui en font mention ?
- Je croyais que la bibliothèque des Black était particulièrement bien fournie, côté livres défendus… !
- Mon Père ne m'en permet pas l'accès…
- Ah ? Etonnant… A en croire ton frère, vous êtes tous des mages noirs en puissance, dans votre famille !
- Toi plus que quiconque tu devrais savoir ce que valent les grandes phrases de Sirius ! »

Regulus avait esquissé un sourire… qu'il lui avait rendu.

Une sorte de connivence s'était installée entre eux, depuis lors. Sans parler de réelle amitié, ni de confiance, ils arrivaient à s'entendre, à parler ensemble. Et à mesure que le temps passait, Severus avait fini par réalisé à quel point Regulus et lui partageaient de points communs. Un même goût pour la solitude et l'étude, une curiosité intellectuelle indéniable, doublée d'un même désintérêt pour ce qui faisait le quotidien des jeunes gens de leur âge. Regulus, comme lui-même, ne se souciait pas d'être populaire, comme s'il avait d'ores et déjà compris que ce désir-là ne pouvait entraîner que des désillusions.

Et comment aurait-il pu en être autrement, lorsqu'on avait été élevé dans l'ombre de Sirius… ?

Severus avait fini par ressentir quelque sympathie pour ce garçon sans cesse ramené et comparé à son brillant aîné.

« Severus ? »

La voix de Regulus le tira brusquement de ses souvenirs. Il tourna la tête vers lui, inspira profondément pour calmer l'emballement subit de son cœur, et lui fit signe de fermer la porte derrière lui.

« Lupin dit que tu veux me voir…
- Tu sais pourquoi, non ?
- J'ai vraiment essayé de refermer la porte, Severus, je te le jure… Mais j'ai été interrompu…
- N'en parlons plus. Assieds-toi. »

Sans un mot, Regulus obtempéra. Et Severus se demanda si c'était vraiment une bonne idée, de se lancer dans une entreprise pareille maintenant. Regulus était visiblement épuisé. Ces choses drainaient son énergie plus que de raison, et l'affrontement avec Sirius n'avait rien fait pour arranger les choses…

« Peut-être que tu devrais dormir un peu avant… avança-t-il, maintenant hésitant.
- Non, tu as raison. Il faut en finir.
- En finir… parce que tu en ressens le besoin ou parce que c'est ce que veut ton frère ?
- Est-ce que c'est important ? soupira Regulus.
- Peut-être que non…
- Je ne me contrôle plus, Severus… Je ne veux pas risquer de devenir un menace pour vous. Nous avons un peu de temps devant nous, cela ne durera peut-être pas. Il ne faut pas laisser passer l'occasion.
- Tu as raison… Je peux te seconder, mais tu auras l'essentiel du travail à faire, tu sais…
- Si tu es avec moi, ça ira. Guide-moi, Severus… »

Quand en étaient-ils arrivés à un tel degré de confiance, tous les deux… ?

Il déplaça son fauteuil pour faire parfaitement face à Regulus et sortit sa baguette.

« On y va ? » Il s'aperçut d'un seul coup qu'il n'avait pas du tout envie de le faire… Ses doigts se crispèrent sur sa baguette, et il fut tenté de la ranger. De laisser tomber. Mais Regulus acquiesça d'un signe de tête. Déterminé.

« Alors allons-y… » soupira Severus, résigné.

Il se concentra un court instant avant de lever sa baguette. Et il projeta son esprit dans celui du jeune homme.

Regulus se crispa brusquement et tendit la main vers lui comme pour le repousser. Severus l'arrêta. Non ! lui intima-t-il mentalement, s'accrochant à lui.

Il sentait un déferlement d'énergie incontrôlable autour de l'esprit de Regulus, quelque chose d'absolument sauvage, qui prenait pourtant racine au fond du jeune homme. Une force terrifiante, obscure et éblouissante à la fois, et un instant, il fut furieusement tenté de se fondre lui-même dans cette énergie, de sentir cette puissance le traverser et l'emplir. Jusqu'à ce qu'il se heurte à la conscience de Regulus.

Au milieu de ce maelström se dressait Regulus. Son essence, composée de sa personnalité, de ses souvenirs, de tout ce qui l'ancrait dans sa propre existence. Et tout convergeait vers lui. Il était la source et le pilier autour duquel se déroulait ce déferlement sauvage de magie. Il était la porte.

Ferme-toi, Regulus ! supplia-t-il de toute la force de sa pensée. Reprends le contrôle !

Il porta son esprit vers le jeune homme et il le sentit se tendre vers lui, s'appuyer sur lui. Et toute l'énergie se rassembla d'un seul coup, se concentra, se comprima, contrainte par la volonté de Regulus.

C'est trop dur !

La pensée fusa vers l'esprit de Severus, pleine de panique, et celui-ci se sentait à deux doigts de céder lui-aussi. Ce qui possédait Regulus était trop grand, trop sombre… Et Severus pensa irrésistiblement au Seigneur Noir, à la sensation que lui-même éprouvait lorsqu'il cherchait à bloquer son esprit aux intrusions intempestives de son Maître…

Tu vas y arriver, Regulus ! affirma-t-il, pris d'un regain de courage à ce souvenir.

Et il projeta sa propre expérience au fond de la mémoire de Regulus, lui fit partager d'une pensée sa maîtrise et sa détermination. Un instant, leurs esprits se confondirent pour faire front ensemble.

Regulus reprenait finalement le contrôle.

Severus le sentit dominer le flux d'énergie qui les enveloppait et quelque chose s'éteignit d'un seul coup.

Il ne restait plus, maintenant, que Regulus. Regulus et sa seule dimension humaine, faite de sentiments, de désirs et de souvenirs.

Et Severus. Severus qui était là, au fond de son esprit, un esprit totalement ouvert, vulnérable.

Tes secrets sont miens, maintenant, Regulus, réalisa-t-il subitement. Il avait une occasion unique d'obtenir les questions à ses réponses… Et il n'hésita pas une seconde. Il plongea au fond des souvenirs du jeune homme, pénétrant son esprit plus profondément qu'il n'avait jamais osé le faire avec quiconque, chose d'autant plus facile que Regulus était maintenant trop faible pour repousser son intrusion. Il survola ses souvenirs d'enfance, ignora la souffrance latente qui les entourait, chercha encore, passa sur la cérémonie d'intronisation des Mangemorts. Il ressentit un sursaut de la part de Regulus, comme si celui-ci, comprenant brusquement ce qu'il cherchait à faire, tentait de l'expulser de son esprit. Mais Regulus était trop faible, et lui-même, trop profondément ancré en lui, et il poursuivit sa lecture compulsive, jusqu'à atteindre, enfin, le secret que Regulus avait protégé avec tant de force.

Stupéfait, Severus quitta brusquement les pensées de Regulus, tremblant, le souffle coupé par ce qu'il avait découvert.

« Des Horcruxes… » murmura-t-il, consterné.