Chapitre 26

Dumbledore se faufila avec une étonnante agilité au milieu des journalistes massés devant le Ministère de la Magie. Quelques-uns tentèrent de le retenir, on le héla plus d'une fois, mais le vieux sorcier ne comptait pas perdre davantage de temps. Il lui fallait parler à Cornelius Fudge au plus vite, avant que celui-ci ne commette la sottise irréparable.

Il aurait préféré lui parler la veille, après la conférence de presse de Millicent Bagnold. Mais Fudge s'était aussitôt éclipsé, suivi de près par Lucius Malefoy. Ce qui n'avait fait que confirmer ce qu'il soupçonnait déjà.

Malefoy allait propulser Fudge sur le devant de la scène, tirant les ficelles dans l'ombre.

L'Auror à qui il se présenta le laissa aussitôt passer. Il accéléra le pas jusqu'aux ascenseurs. D'un instant à l'autre, Fudge risquait de faire entrer tous les journalistes massés dehors, et il n'aurait alors plus aucune chance de lui faire entendre raison…

Fudge était nerveux. Il arpentait son bureau à grands pas et sursauta violemment lorsque Dumbledore referma la porte derrière lui. «Oh, c'est vous… lâcha-t-il du bout des lèvres. Evidemment, j'aurais dû savoir que vous viendriez…
- Vous attendiez quelqu'un d'autre, je présume? supposa le vieux sorcier sans sourire. Lucius Malefoy?
- Mmmpppfff…
- Je sais ce que vous vous apprêtez à faire, Cornelius.
- Ah oui? Et quoi donc?
- Vous allez ébranler notre communauté. Et ouvrir la brèche à de nouveaux conflits.
- De nouveaux conflits?!répéta Fudge, s'essuyant le front avec son mouchoir, apparemment mal à l'aise. Dumbledore… Ouvrez les yeux et regardez autour de vous! Les Mangemorts s'évadent d'Azkaban, ils enlèvent – font enlever par des loups-garous – le petit Potter, et qu'a fait Millicent? Rien!»

Dumbledore traversa le bureau et se planta devant le petit sorcier, accentuant de fait son malaise de façon sensible.

«Franchement, Cornelius! Lucius Malefoy?! Etes-vous conscient de l'énormité de ce que vous vous préparez à faire?» Fudge se tendit un peu plus. «Je ne vois pas de quoi vous parlez! répliqua-t-il.
- Malefoy va vous mener exactement là où vous lui serez le plus utile, et ensuite? Qu'arrivera-t-il?»

Fudge cilla plusieurs fois, le front mouillé de sueur, et finit par détourner le regard.

«Revenez à la raison, Cornelius. Ne laissez pas Malefoy prendre les rênes de notre pays!
- Mais ce n'est pas son intention! protesta Fudge, étourdiment. C'est juste que… Maintenant que Vous-Savez-Qui est mort, nous avons besoin de tourner la page…
- En sacrifiant le gouvernement de Millicent?
- Cela aurait dû être fait dès la fin des procès des Mangemorts! Du sang neuf, pour permettre à tous de tourner la page!»

Fudge fit quelques pas de côté pour s'éloigner de l'ombre menaçante de Dumbledore. La discussion le mettait de toute évidence au supplice. Tant mieux, songea Dumbledore. Si cela peut l'amener à réfléchir!

«Que vous a fait miroiter Malefoy, Cornelius? Le poste de Ministre de la Magie? Avec l'appui inconditionnel de ses précieux amis fortunés? Et à quelles conditions?
- Il n'a posé aucune condition! protesta Fudge. Ce n'est pas du tout ce que vous imaginez, Dumbledore! Il m'a juste fait part du ras-le-bol de certains de nos concitoyens devant la politique de Millicent, et a suggéré qu'il était grand temps de changer… pour quelqu'un comme moi…
- Je vois…
- Non, vous ne voyez pas! explosa Fudge. Ils tiennent ma fille! Ils vont lui faire payer l'évasion des frères Black uniquement parce qu'ils ne sont pas fichus de garder quelques Mangemorts dans leur prison! Si je prends les choses en main, alors je serai sûr qu'ils ne feront pas de mal à Isabelle…!»

Dumbledore haussa les sourcils, surpris. Il savait Fudge arriviste, et cela faisait un certain temps déjà qu'il le soupçonnait de vouloir accéder aux plus hautes fonctions… mais qu'il soit prêt à tout pour sa fille…

«Je suis certain que personne ne fera de mal à votre fille, Cornelius.
- Ils sont persuadés qu'elle est coupable… Vous ne me convaincrez pas, Dumbledore. Je vais faire ce que j'estime être le mieux.»

XXXXXXX

Regulus prit tout son temps pour se préparer, avant de descendre jusqu'à la cuisine pour le petit-déjeuner. Il se sentait nettement mieux, mais la perspective d'avoir à répondre aux questions des autres ne l'enchantait guère. Severus ne le lâcherait pas tant qu'il ne saurait pas où et quels étaient les horcruxes restants. Sirius devait très certainement se demander comment son frère en était arrivé à percer ce secret-là. Et Remus? Regulus ne connaissait pas suffisamment Remus pour que celui-ci aille jusqu'à lui poser directement des questions… sauf si Sirius l'envoyait en médiateur.

Dans le hall, il croisa sa mère, qui lui adressa un sourire jusqu'aux oreilles, avant de monter l'escalier d'un pas mécanique. Il fronça les sourcils. Encore une chose qu'il aurait à régler avec les autres…

«Ah, Regulus! fit Sirius, en le voyant entrer dans la cuisine. Bien dormi?
- J'ai croisé Mère…
- Oh… Rogue a eu la bonté de lui permettre de descendre prendre son petit-déjeuner. Avant de la renvoyé illico dans sa chambre…»

Sirius adressa un sourire faux à Severus, assis à l'autre bout de la table. Celui-ci ne leva même pas les yeux, plongé dans le livre posé près de sa tasse de thé.

Sirius et Severus, attablés ensemble… et sans se disputer! Voilà bien quelque chose que Regulus aurait juré ne jamais voir…

Entre eux, Remus s'occupait du petit déjeuner d'un Harry aux yeux lourds de sommeil. Quelle que soit la direction qu'ils choisiraient de prendre, ils devraient tous compter avec l'enfant. Sirius avait raison.

«Assieds-toi et mange un peu, dit Sirius, avant d'engloutir un toast.
- Je n'ai pas très faim…
- Mange, Regulus! lâcha Severus. Tu vas avoir besoin de toute ton énergie sous peu.» Il poussa son livre vers lui et lui indiqua quelques lignes du doigt. «C'est tout ce que j'ai pu trouver, sur les Horcruxes, indiqua-t-il. Apparemment, les détruire ne sera pas une partie de plaisir!
- Mmmhhh… fit Sirius. Encore faut-il les trouver, ces horcruxes!
- Ne parle pas la bouche pleine, le morigéna Rogue, c'est répugnant! Et puis, tu es vraiment obligé de te goinfrer de la sorte?!
- Va faire un séjour à Azkaban, goûte à leur cuisine, et on verra! répliqua Sirius.
- Sûr que Sirius a besoin de manger… intervint Remus. Il n'a plus que la peau sur les os!
- Tu n'es pas bien gras non plus, Lunard.»

Regulus se versa une tasse de thé. Il n'avait vraiment pas envie de se pencher maintenant sur le livre de Rogue. Que les horcruxes soient difficiles à détruire, il le savait déjà, de toute façon. Mais le regard de Severus restait posé sur lui, perçant.

«Je vais aller fouiller un peu plus dans votre bibliothèque, reprit-il. Je trouverai peut-être quelque chose de plus intéressant… utile… Vous avez une sacré collection!
- Notre père était une sacré ordure, trancha Sirius. Tu te serais certainement beaucoup entendu avec lui!
- Sirius… soupira Regulus.
- Ce n'est pas la magie blanche, qui te servira, dans ce cas présent, remarqua Severus sans se démonter. Tu t'imagines qu'on va détruire l'horcruxe comment?
- Ah, ça, c'est typique! s'emporta Sirius. Il n'y a vraiment qu'un pourri comme toi pour s'imaginer qu'il n'y a que la magie noire qui soit puissante! Comme si la bonne magie ne pouvait pas venir à bout de ton horcruxe!
- Ce n'est pas mon horcruxe! répliqua Severus, rougissant brusquement. Et je doute que tu sois assez doué pour en venir à bout avec l'enseignement que tu as reçu à Poudlard, bonne magie ou pas!»

Regulus soupira. Finalement non, le miracle n'avait pas eu lieu, Sirius et Severus recommençaient à se bouffer le nez…

«Ne me sous-estime pas, Rogue! prévint Sirius, brandissant son toast d'un air qui aurait voulu être menaçant.
- Tu crois que tu me fais peur?!
- Bon, ça suffit! coupa Remus, exaspéré. Vous ne pouvez pas grandir un peu, tous les deux?!
- Mais tu entends ce qu'il insinue, ce sale…
- Sirius! Pas de gros mots devant Harry!
- Est-ce qu'on pourrait manger dans un climat un peu plus serein? demanda Regulus, qui se sentait déjà épuisé.
- Mmmmh…» ronchonna Severus, replongeant dans son livre. Sirius ne dit rien, mais noya sa colère dans une gorgée de café.

Remus se hâta de finir de faire manger Harry et lui dit gentiment de monter faire sa toilette. Le petit garçon s'exécuta avec une docilité exemplaire et suivit Kreattur, qui quittait la cuisine.

«Harry a l'air de bien aimé Kreattur, remarqua Regulus, lorsqu'il vit l'enfant glisser sa main dans celle de l'Elfe.
- On se demande bien pourquoi… fit Sirius avec une grimace.
- Sirius… Kreattur a bien des qualités, tu sais… Il est fidèle et dévoué.
- Evidemment, c'est un Elfe de maison! répliqua Sirius, haussant les épaules. Quand je l'entends parler, j'ai l'impression d'entendre nos parents!
- Alors c'est eux, que tu dois blâmer, pas lui.
- Il y avait des vers de terre dans mon lit, hier soir, je suis sûr que c'est lui qui les y a mis!»

Rogue eut un ricanement sec, qui lui valut un regard noir de la part de Sirius.

«A moins que ce ne soit toi, Servilus… C'était toi?
- J'avais mieux à faire que te jouer des tours de gamin!
- Alors c'était Kreattur.
- Vous voulez détruire le médaillon, coupa Lupin, sentant visiblement la discussion s'engager une nouvelle fois sur une mauvaise pente. Et après?
- Après quoi? demanda Sirius.
- Après? Qu'est-ce qu'on est censé faire? Regulus a parlé de plusieurs horcruxes… Vous comptez partir à leur recherche?
- Evidemment! répondit Sirius, l'air absolument sûr de lui.
- Avec les Aurors à vos trousses? insista Remus. Avec les Mangemorts qui cherchent Harry? Tu crois que c'est prudent?
- Et qu'est-ce que tu suggères, Lupin? Qu'on attende ici les bras croisés?» demanda Rogue.

Remus s'assit à la table. Il avait toujours l'air aussi fatigué, remarqua Regulus. Combien de temps cela lui prenait-il, pour se relever des effets de la pleine lune?

«Les horcruxes sont vraisemblablement à l'abri quelque part, non? reprit Remus, tournant la tête vers Regulus.
- Oui.
- Ce qui veut dire que les atteindre ne sera pas une chose aisée.
- Peut-être que non, en effet, admit Regulus. Le médaillon était bien protégé. Par une armée d'inferi.
- Où est-ce que tu l'as trouvé? demanda Rogue, se penchant vers lui avec intérêt.
- Dans une grotte…
- Et comment as-tu su qu'il se trouvait là? intervint Sirius.
- Par hasard…
- Tu devrais peut-être te décider à tout nous raconter, non?» fit Rogue, un peu durement.

Regulus leva la tête et les regarda tour à tour. Il ne pouvait plus se défiler, comprit-il.

XXXXXXX

Mondingus Fletcher avait eu beau jurer qu'il ne trahirait jamais la confiance que Finnigan Fox – Regulus Black! – avait mise en lui, il sentait maintenant sa résolution flancher très nettement. La présence constante des Détraqueurs dans les couloirs de la prison l'avait sérieusement ébranlé. Aussi ne se faisait-il plus trop d'illusions lorsqu'il se trouva face à l'Inspecteur McPherson. L'homme était du genre hargneux, et il n'avait simplement plus la force de le contrer.

«Vous ne me ferez pas croire que vous n'étiez pas au courant, pour l'évasion, lui asséna l'inspecteur. J'ai trouvé le trou dans le placard… Celui par lequel vous êtes passés dans les cuisines. Vous allez prétendre ne pas vous être rendu compte de ce que Black faisait?
- Nous n'avons rien fait d'autre que voler un peu de nourriture… du chocolat…
- Bien sûr… Et les barreaux de la fenêtre?
- C'était son problème, pas le mien… protesta Mondingus faiblement.
- Comment avez-vous fait pour percer le mur du placard et vous introduire dans le placard au nez et à la barbe de vos gardiens?
- Ils dormaient…
- Comment? Black maîtrise la magie sans baguette?
- Il est très fort, vous savez… Je me suis contenté de faire ce qu'il disait. Tant que ça ne nuisait à personne! Nous n'avons fait de mal à personne! Quand il y a eu l'émeute, nous sommes simplement revenus dans nos cellules!
- Vous avez été ensemble tout le temps? Il n'en a pas profité pour aller se promener ailleurs?»

Mondingus hésita. Le regard de McPherson était menaçant. Et c'était de cet homme, que dépendait désormais son avenir. S'il lui donnait ce qu'il voulait, peut-être lui permettrait-il enfin de quitter la prison? Il ne supportait plus les Détraqueurs…

«Il m'a dit de rester avec le gardien. De le protéger. Il ne voulait pas qu'on lui fasse du mal.
- Quel gardien?
- Pills… Darius… un autre détenu, qui travaillait avec nous… Darius l'avait assommé. Et puis, un Détraqueur est venu nous a attaqués.
- Et Black était avec vous tout le temps? Ne me mentez pas, Fletcher! Si vous le faites, je le saurai… et vous passerez les dix prochaines années dans votre cellule!
- Vous n'avez pas le droit! protesta Mondingus.
- Répondez!»

Mondingus se mordit les lèvres.

«Ce n'est pas ce que vous croyez, reprit-il lentement. Ce n'est pas un mauvais type, pas du tout… Il voulait juste protéger Miss Fudge… notre médecin… Cole allait lui faire du mal, il en était sûr. Il est allé jusqu'à l'infirmerie pour la protéger.
- Ah… fit McPherson, le regard brillant. Il est allé voir Isabelle Fudge.
- Elle était l'otage de Cole!
- Cole qui a été massacré par un inferius, lui rappela l'inspecteur. D'où venait-il?
- Je ne sais pas… Je n'étais pas là-bas, moi! J'étais dans le placard, avec Pills! Ecoutez, Finn… Regulus n'a tué aucun gardien! Il aurait pu le faire, mais il ne l'a pas fait! Il s'est mis en danger pour protéger Miss Fudge! Ce n'est pas quelqu'un de mauvais!
- C'est un Mangemort, lui rappela McPherson.
- Un Mangemort repenti! Ils ont essayé de le tuer!»

L'inspecteur griffonna quelques mots dans son calepin. Mondingus était exaspéré. Si seulement ce type pouvait comprendre…!

«Pourquoi était-il en prison? Cela avait-il un rapport avec Sirius Black?
- Il voulait le faire évader, c'est vrai.
- Il vous l'a dit?
- Oui.
- Mais vous n'en avez averti personne.
- Tous les mecs ici disent qu'ils préparent leur évasion! Et personne ne s'évade jamais!
- Sauf les frères Black…
- Qu'est-ce que cela change?! Je n'étais pas supposé le savoir! Et puis, ce n'était pas mon problème! Qui aurais-je gagné? A passer pour une balance aux yeux des autres prisonniers! Et puis… Il disait que Sirius Black était innocent.
- Et vous l'avez cru.
- Oui.»

Il ne se l'expliquait toujours pas. Comment ce jeune homme avait-il pu avoir une telle influence sur lui?

«Je ne sais rien de plus! Il m'a simplement dit qu'il voulait sortir son frère de là avant qu'il ne soit trop tard, parce qu'il ne méritait pas ce qu'on lui faisait subir. Vous croyez vraiment qu'il m'a fait part de son plan? Vous l'auriez fait, vous?»

McPherson ne releva pas, mais Mondingus était persuadé qu'il venait de marquer un point.

«Peut-être, inspecteur, que vous vous posez les mauvaises questions… Ce qui est important, ce n'est pas de savoir comment les frères Black se sont évadés, mais s'il n'était pas légitime qu'ils le fassent…»

McPherson referma son calepin d'un mouvement sec et quitta la cellule sans un mot.

XXXXXXX

«Depuis tout petit, je vois les morts, disait Regulus. Je les entends. Ils veulent se servir de moi pour communiquer avec ceux qui leur sont chers…»

Sirius se sentait mal à l'aise. Il aurait voulu que cette discussion se tienne ailleurs, autre part que dans cette bibliothèque lugubre aux rayonnages couverts de livres dangereux. Dans un endroit où brillait le soleil. Comme si cela pouvait atténuer les propos de son frère.

«Ce ne sont pas des fantômes, mais autre chose, poursuivait-il. Et ils sont partout.»

Regulus avait essayé de lui en parler plus d'une fois, petit. Il s'en souvenait. Il n'avait jamais voulu écouter. Il s'en voulait, maintenant. Peut-être que s'il avait été plus présent, Regulus ne serait pas allé chercher chez les Mangemorts les réponses aux questions qu'il se posait.

«Il y en a beaucoup, chez le Lord Noir.»

Remus était aussi mal à l'aise que lui. Même Rogue, qui dévorait Regulus des yeux, paraissait troublé par ses confidences.

«Je suppose que c'est ce qui arrive, lorsqu'on joue avec la mort… murmura Regulus. S'il avait vu l'âme de ses victimes l'environner comme moi je les vois, peut-être qu'il ne serait pas allé aussi loin…
- Qu'est-ce que tu as vu? demanda Severus, la voix altérée.
- Je sens leur présence… Ses victimes… Mais leur empreinte n'est pas toujours suffisamment forte pour que je les entende.»

Regulus fit une pause. Sirius voyait à quel point cela lui coûtait, de parler ainsi. Et il comprenait à la manière dont son frère évitait son regard, que sa présence à lui ne faisait que rendre les choses plus difficiles encore. Il lui était manifestement plus difficile de se confier à lui, son propre frère, qu'à Rogue. Et il ne pouvait pas lui en vouloir pour ça.

«Continue, Regulus, lui dit-il, le plus gentiment possible.
- Il y a un esprit qui m'est familier… reprit Regulus. Celui d'une vieille tante à nous… Elle a toujours été là, près de moi.
- Une tante? fit Sirius.
- Belvina. C'est elle, qui a attiré mon attention sur l'un des esprits qui hante Voldemort…
- Qui s'était? demanda Rogue, tendu comme une corde.
- Une femme… Une femme qui pleurait après son trésor perdu… Voldemort lui avait volé deux objets extrêmement précieux. Le médaillon de Serpentard…»

Toutes les têtes se tendirent vers Regulus. La tension était affreuse.

«Et la coupe de Poufsouffle…»

Les quatre hommes se regardèrent. Regulus était pâle, comme si livrer de pareils secrets le vidait de se substance.

«Il en a fait des horcruxes… murmura Rogue.
- Ce sont des objets puissants, renchérit Remus. Et lourds de symboles.
- Voldemort n'est qu'un taré mégalomane, ça vous étonne?! lança Sirius.
- L'esprit me mettait en garde contre ces objets. Mais le message n'était pas clair. J'ai donc commencé à fouiller dans la bibliothèque de Voldemort…»

Rogue manqua presque s'étouffer, remarqua Sirius. Il aurait sans doute aimé être à la place de Regulus…

«Il t'a laissé faire?! s'exclama Rogue.
- Il savait que je m'intéressais à la nécromancie… Je lui ai dit que je voulais être capable de lui créer une armée d'inferi…»

Sirius fit un grand effort sur lui-même pour ne pas laisser transparaître son dégoût. Regulus n'avait certainement pas besoin de cela…

«Il y a peu de sorciers qui se lancent dans cette voie, même chez les Mangemorts, remarqua Rogue avec pragmatisme. Si tu as montré le plus petit talent dans ce domaine, tu devenais forcément intéressant à ses yeux…
- Il m'a ouvert lui-même l'accès à ses livres. Et ce que j'y ai découvert…»

D'une main tremblante, Regulus se saisit du verre d'eau posé sur la table près de lui et en but une gorgée. Lorsqu'il reprit la parole, son regard était posé sur Sirius.

«C'est là que j'ai réalisé ce qu'il était vraiment… et à quel point ce qu'il faisait était mal… J'ai lu des choses affreuses sur les horcruxes, sur les conséquences de la création de tels objets… Voldemort voulait vaincre la mort… Il n'a rien compris…»

D'un seul coup, Sirius réalisa qu'il n'avait absolument rien compris de son frère. Que Regulus avait des perceptions des choses si différentes des siennes qu'il n'était absolument pas légitime qu'il le juge selon ses critères. Regulus avait toujours évolué dans un monde qui lui était totalement étranger. Comment pouvait-il prétendre comprendre ses choix?

«Il a peur de la mort… Il veut la soumettre, mais sans la connaître… murmura Regulus. Et il fait des choses atroces pour ça…»

Sirius tendit la main pour la poser sur la sienne. Regulus avait besoin de lui, il avait besoin qu'il fasse l'effort de voir que les choses étaient beaucoup plus complexes qu'elles ne lui semblaient à lui. Et il était prêt à le faire.

«Quand j'ai compris qu'il avait créé ses horcruxes… J'ai tenté de savoir quels objets il avait utilisés, et où ils étaient cachés. J'étais déjà à peu près sûr que le médaillon et la coupe en étaient.
- Et? demanda Rogue. Qu'est-ce que tu as trouvé?
- Pas grand-chose… répondit Regulus. C'est presque par hasard, que j'ai découvert cette grotte.
- Mais la coupe, tu sais où elle est cachée?» demanda encore Rogue.

Regulus échangea un regard avec Sirius. Celui-ci serra ses doigts entre les siens, en forme d'encouragement.

«Voldemort l'avait confiée à la famille Lestrange.»