Note : dans ce chapitre, je fais allusion au procès de Sirius Black. Je sais que dans l'histoire originelle, Sirius n'a pas eu la chance d'avoir un procès… C'est l'un des rares cas où j'ai trahi sciemment l'histoire (voir le première partie « Azkaban Break »), pour coller à l'intrigue de Prison Break. Et parce que j'ai toujours trouvé trop invraisemblable qu'un personnage tel que Dumbledore ait cru d'emblée à la culpabilité de Sirius, mais ça, c'est une autre histoire…
Chapitre 27
« Chez les Lestrange… murmura Sirius, lorsque le silence devint trop étouffant. L'horcruxe est chez les Lestrange…
- Comment le sais-tu ? demanda aussitôt Rogue, pragmatique.
- Par hasard, répondit Regulus. Alors que j'étais invité chez eux…
- Ils t'ont dit qu'ils avaient la coupe ? fit Sirius, se penchant vers son frère.
- Rodolphus se vantait de la confiance que le Seigneur des Ténèbres témoignait à sa famille depuis le début. Et il a évoqué le cadeau que Voldemort aurait fait à son père, à l'époque où il a fondé les Mangemorts.
- Et tu es sûr qu'il parlait de la coupe ? insista Rogue.
- A peu près. »
Les quatre hommes échangèrent un regard.
« Eh bien, il n'y a plus qu'à aller au manoir des Lestrange ! fit Sirius, se renversant en arrière dans son fauteuil. Facile ! Bellatrix et Rodolphus sont à Azkaban ! Comme Rabastan ! Du gâteau !
- Du gâteau, hein… Je suppose qu'entrer dans la propriété ne sera pas aussi facile que tu l'espères, Black.
- Oui, forcément, tu vois toujours tout en noir ! Franchement, qu'est-ce qu'on risque ?!
- De se faire arrêter par les Aurors, intervint Remus.
- D'avoir les Mangemorts sur le dos, compléta Regulus.
- Et alors quoi ?! Vous préférez attendre sagement ici ?! Que Voldemort repointe le bout de son nez et s'en prenne encore à Harry ?! »
Regulus enfouit sa tête entre ses mains en soupirant. Sirius s'en voulait presque, de le brusquer ainsi. Il n'était pas encore remis des dernières épreuves, et il ne le serait certainement pas avant quelques jours. En espérant qu'on lui laisse le temps pour cela.
Le temps jouait contre eux.
« Allez ! insista-t-il. Je peux le faire ! Sous ma forme animagus, qui me remarquera ?!
- Je ne sais pas, Sirius… murmura Regulus, réticent. Hier encore, tu étais à deux doigts de recevoir le baiser du Détraqueur…
- Mais je suis sain et sauf ! Laisse-moi le faire… »
Comment faire comprendre à Regulus son besoin impérieux d'agir ? Il avait été emprisonné pendant si longtemps, confiné entre les quatre murs sordides de son cachot, à revivre l'horreur jour après jour. Il n'avait passé que trop de temps replié sur lui-même à penser, ressasser ses erreurs. Il voulait enterrer tout cela. Reprendre la lutte. Cela lui permettrait peut-être de sentir qu'il était encore vivant… ?
« Rogue et toi, vous vous occuperez du médaillon, continua-t-il. Et moi, je vous rapporterai la coupe.
- Et moi ? demanda Remus, l'air contrarié.
- Toi… ? »
Il considéra son ami brièvement. Remus était encore passablement fatigué. Pourtant, l'idée de tenter l'aventure avec lui le réchauffait étrangement. Ce serait comme avant, à Poudlard… Cachés sous la cape de James, ils se glisseraient silencieusement dans les couloirs du manoir des Lestrange, baguette au poing…
« Qu'est-ce que je suis censé faire ? appuya Remus.
- La nounou, proposa Rogue, avec un rictus. Tu t'en sors très bien, dans ce rôle, Lupin… Maintenant que tu as repris figure… humaine…
- Tu ne peux pas t'empêcher d'être désobligeant, Severus… remarqua Regulus.
- Rogue a raison… coupa Sirius, prononçant le dernier mot avec une grimace éloquente. J'aimerais que tu continues à prendre soin de Harry… Il a confiance en toi, il t'aime bien. Et j'ai besoin de savoir qu'il est entre de bonnes mains. »
Remus soupira. La perspective d'être laissé derrière ne le réjouissait pas, mais Sirius savait qu'il se plierait à ce qu'on attendait de lui. Ce n'était pas comme si le bien-être de Harry lui était égal, après tout…
« De toute façon, je reviendrai très vite, conclut Sirius. Une fois que nous aurons détruit ces deux horcruxes, nous songerons à un autre abri. »
Rogue se leva. « Je retourne à la bibliothèque, dit-il à Regulus. Je suis sûr que je peux y trouver quelque chose d'intéressant. »
Regulus ouvrit la bouche, comme s'il voulait protester. Mais il ne trouva aucun argument à avancer, apparemment. Sirius se leva à son tour, imité aussitôt par Remus.
« Tu feras attention, Patmol ? demanda Remus. Pas de risques inutiles et stupides ?
- Hé, tu me connais ! sourit Sirius.
- Oui, justement… Je suis sérieux, Sirius.
- Je sais. Ne t'inquiète pas pour moi. Je serai de retour ce soir au plus tard, je te le promets. Je prends la cape de James avec moi. Même si les Aurors surveillent la maison des Lestrange, ils ne me verront pas. »
Remus lui donna une petit tape sur l'épaule. « Si tu te fais encore prendre, c'est moi qui te tuerais ! »
Sirius l'attrapa par le cou et l'étreignit vivement. Lorsqu'il en aurait fini, avec ces histoires d'horcruxes, il faudrait qu'il trouve du temps pour Remus. Il avait besoin de lui parler, réalisa-t-il. De savoir comment il avait vécu les dix mois qui avaient suivi la mort des Potter et son emprisonnement. Il avait certainement souffert, lui-aussi.
« Harry doit avoir fini de prendre son bain, dit Remus, se dégageant de son étreinte. Je vais voir si Kreattur a besoin d'un coup de main. »
Lorsque Remus eut quitté lui-aussi le salon, Sirius reporta son attention sur Regulus. Celui-ci n'avait pas bougé de son siège, profondément songeur.
« Tu sais que c'est la meilleure chose à faire, n'est-ce pas ? lui demanda-t-il doucement. Ce n'est qu'une question de temps, avant que les Aurors ne nous retrouvent. Et si les Mangemorts préparent le retour de Voldemort… »
Regulus ne répondit pas, mais Sirius était sûr de l'avoir vu frissonner.
« Ce que tu as fait… C'était très courageux, Regulus, reprit Sirius. Tu as pris beaucoup de risques…
- J'ai mis le pied dans un nid de vipères, mais je mentirais en affirmant que ce n'était pas mon choix, répondit Regulus avec une espèce de résignation dans le ton. J'ai adhéré aux Mangemorts parce que c'était ce qu'on attendait de moi, mais j'y trouvais mon compte, d'un certain point de vue.
- Cela ne change rien au fait que tu as su choisir le bon camp, au bout du compte… »
Il devait lui dire qu'il avait finalement compris. S'il devait partir maintenant et ne plus revenir, il fallait que Regulus sache. Il se pencha légèrement sur lui pour croiser son regard.
« Tu avais raison, Regulus, dit-il. Je n'ai jamais rien compris. Je n'avais pas le droit de te juger comme je l'ai fait. Au bout du compte, nous sommes du même côté, tous les deux. Tu n'es pas mon ennemi. Sans doute ne l'as-tu jamais été… »
Il avait l'impression d'un immense gâchis. Tous ces moments passés à l'éviter, dans les couloirs de Poudlard, ou à le railler, quand il ne l'agressait pas ouvertement. Parce qu'il était à Serpentard. Parce qu'il avait l'approbation de leurs parents. Si seulement il ne s'était pas arrêté à son ressentiment…
Il l'attira contre lui, comme il l'avait fait pour Remus un instant avant. C'était aussi réconfortant que cette première étreinte, lorsque Regulus l'avait rejoint dans son cachot à Azkaban, et qu'il avait réalisé que son frère n'était pas mort, qu'il avait encore l'occasion de lui dire ses regrets de l'avoir perdu.
« Tu feras vraiment attention à toi, Sirius ? lui demanda Regulus contre sa poitrine.
- J'ai l'intention de revenir très vite, et en un seul morceau.
- Tu as intérêt. Nous avons tous besoin de toi, ici.
- Oui. Il faut que je m'occupe de mon filleul, de mon dernier ami et de mon petit frère… Et il n'y a que moi, pour botter efficacement le cul de Rogue !
- Lui-aussi, est de ton côté, tu sais ? remarqua Regulus, esquissant un sourire.
- Tu n'arriveras pas à me le faire aimer, Regulus ! trancha Sirius, s'écartant de lui. N'essaye même pas ! Même s'il devait exterminer Voldemort de ses propres mains, je ne l'apprécierai jamais !
- Mais s'il le faisait, il gagnerait un peu de ton respect, non ? »
Sirius ne répondit pas. Penser à Rogue en des termes positifs était trop troublant pour lui.
« Accorde-lui le bénéfice du doute, même si tu le détestes… insista Regulus.
- Si je ne lui accordais pas déjà le bénéfice du doute, je l'aurais mis lui-aussi sous imperium depuis longtemps ! grommela Sirius. Mais méfie-toi quand même de lui, Regulus. Il a l'air de notre côté, c'est vrai. Et c'est aussi grâce à son aide que nous sommes ici, à peu près en sécurité, et non coincés à Azkaban. Mais je n'aime pas l'intérêt qu'il porte au médaillon. Il a toujours été avide de pouvoir, Regulus. Rien ne nous prouve qu'il ne nous manipule pas à ses propres fins.
- Je sais, Sirius. Mais je peux t'assurer aussi qu'il veut autant que nous la destruction de Voldemort.
- Comment peux-tu en être certain ?! »
Regulus hésita un moment avant de répondre. Et lorsqu'il ouvrit la bouche, Sirius vit aussitôt qu'il le faisait presque à contrecœur.
« L'assassinat des Potter… C'est lui, qui a prévenu Dumbledore qu'ils étaient la cible de Voldemort. »
XXXXXXX
Millicent Bagnold avait le visage crispé des mauvais jours, remarqua Scrimgeour en fermant la porte du bureau derrière lui. A raison. La conférence de presse organisée par Fudge venait de prendre fin, et elle n'annonçait rien de bon.
« Nous savions qu'il en viendrait là, avança-t-il en guise de préambule.
- Certes. Mais j'aurais espéré davantage de réaction, de la part des journalistes. Pas un n'a eu l'air choqué, quand il a avancé qu'il était sans doute préférable de me destituer de mes fonctions… »
Millicent s'assit dans son fauteuil. Elle avait vieillie de dix ans, et l'amertume accentuait le pli déjà soucieux de son front.
« Les ingrats… murmura-t-elle. Après tout ce que j'ai fait pour le bien-être de notre communauté… Il y a un moins d'un an, ils tremblaient tous devant Vous-Savez-Qui et ses Mangemorts, et maintenant…
- Ils veulent tourner la page, oublier les atrocités dont ils ont été les témoins. »
Des lieux communs. Scrimgeour le savait, mais que dire d'autre ?
« Mais je ne me laisserai pas faire ! s'exclama soudainement Millicent. Le Lord Noir a essayé plus d'une fois d'ébranler mon Ministère, et j'ai toujours fait front ! Ce n'est pas pour céder aux menaces d'un pinailleur tel que Fudge ! »
Elle croisa les mains sur son bureau et respira profondément. Scrimgeour était toujours impressionné de voir la maîtrise dont cette femme faisait preuve. Il connaissait peu de sorciers avec une telle pugnacité.
« Isabelle Fudge. Peut-on avancer son procès ? » demanda la Ministre.
Scrimgeour se rembrunit. Il avait passé une partie de la nuit à retourner dans sa tête ce que lui avait dit la jeune femme. Isabelle Fudge était une carte maîtresse, dans le futur affrontement pour le Ministère, mais une carte dangereuse, qu'il fallait utiliser avec précaution et à bon escient.
« Je lui ai parlé hier soir, dit-il.
- Elle a avoué ?
- Elle a avoué avoir tenté de protéger Regulus Black. Je crois qu'elle l'aime très sincèrement.
- Mmmpppfff… Une petite oie, voilà ce qu'elle est ! Pourquoi ces jeunes filles sont-elles incapables de voir au-delà du physique ?! Les Black ont beau être de jolis garçons, ce sont des monstres !
- En fait… »
Il hésitait à poursuivre. Il n'avait rien, pour étayer les dires d'Isabelle, même s'il était presque convaincu qu'il lui fallait creuser un peu plus dans la direction qu'elle avait suggérée.
Le regard de Millicent sur lui était particulièrement aigu.
« Miss Fudge pense que les Black ne sont pas si coupables que nous le pensons tous… »
Millicent Bagnold laissa échapper un rire ironique.
« Allons donc ! En voilà une bien bonne, Rufus !
- Mais surtout, elle met en cause Lucius Malefoy, poursuivit Scrimgeour, refusant de se laisser démonter. Le même Lucius qui tire les ficelles derrière Fudge, comme vous le savez parfaitement. »
Millicent perdit son sourire, subitement beaucoup plus attentive.
« D'accord, mais cela n'innocente pas Regulus Black pour autant, remarqua la Ministre.
- Regulus Black passe pour avoir été assassiné par les Mangemorts. Il se serait retourné contre eux. Si Malefoy est effectivement un Mangemort, comme nous l'avons toujours soupçonné…
- Ils sont de la même famille. Black et Malefoy. Ce n'est peut-être qu'une connivence entre eux. Et puis, il y a Sirius Black. Sa culpabilité est indéniable !
- Je ne suis plus si sûr… »
Et c'était vrai. Sa vision des faits avait toujours été conditionnée par cette donnée majeure : Sirius Black était coupable. Mais s'il s'était trompé ?
Il devait tout remettre en perspective.
« Allons ! protesta Millicent. Black a assassiné Pettigrow ! Nous avons des témoins ! Et ses propres aveux !
- Sauf que les témoins ont peut-être mal vu, ou mal interprété ce qu'ils ont vu… Je peux vous assurer que c'est chose courante. Quant aux aveux…
- Vous allez dire qu'on l'a forcé à les faire ?
- Peut-être. J'aimerais reprendre son dossier à zéro.
- Sur les allégations d'Isabelle Fudge ?!
- Il n'y a pas que cela. Albus Dumbledore aussi, nourrit de sérieux doutes quant à la culpabilité de Sirius Black. Et s'il y a un Sorcier qu'on ne peut pas soupçonner de connivence avec l'ennemi, c'est bien lui…
- Vous avez parlé de ceci à Dumbledore ?
- Pas exactement. Mais il est venu me trouver dans l'espoir de repousser la sentence d'exécution de Sirius Black, hier. Il le pense innocent. »
Millicent croisa les bras en soupirant.
« Si Dumbledore le croit innocent… Que devons-nous faire, Rufus ? Si je fais rouvrir officiellement le dossier de Sirius Black, mes adversaires verront cela comme une manœuvre politique et ils en profiteront pour hâter ma chute…
- C'est pourquoi nous ne ferons rien officiellement.
- Et pour Isabelle Fudge ?
- Je propose le status quo. Pour le moment. Il faut que je lui parle. »
XXXXXXX
Shacklebolt savait qu'il était à la fois ridicule et dangereux de s'introduire secrètement dans le Département des Mystères, alors que le Ministère entier était sur le pied de guerre, mais il avait absolument besoin de réponses.
Après avoir répondu aux questions de ses collègues et leur avoir assuré qu'il ne se souvenait de rien qui puisse les aider à comprendre comment Sirius Black avait pu s'enfuir, il était rentré chez lui, fourbu.
Il n'avait pas menti, avait-il songé pendant tout le trajet qui le séparait de son petit appartement. Il ne savait vraiment rien. Pourquoi aurait-il eu intérêt à couvrir l'évasion de Sirius Black ? C'était un Mangemort, et il haïssait ces gens-là !
Pourtant, quelque chose le mettait mal à l'aise, sans qu'il puisse parvenir à cerner quoi.
Il avait été fort surpris de trouver le hibou camper sur sa fenêtre. Un hibou du Ministère. Et plus encore, de voir ce que contenait le paquet ficelé à sa patte : une petite fiole au contenu grisâtre.
Des pensées.
Les siennes, apparemment. C'était son écriture, sur le paquet.
Son malaise avait encore augmenté, à cette découverte. Il avait le sentiment affreux d'avoir menti à tout le monde.
Aussi était-il maintenant en route pour le Département des Mystères. Il savait qu'il trouverait sans doute une pensine, dans le fatras que les langues-de-plomb conservaient là. Lui-même n'en possédait pas, et il était impatient de voir quels souvenirs étaient conservés dans la fiole. Quitte à s'exposer au danger.
Si on me découvre et qu'on me demande des comptes, je n'aurais qu'à dire que Scrimgeour veut le compte-rendu de leur expertise concernant l'évasion d'Azkaban, se dit-il.
Dans le climat suspicieux qui s'était installé au Ministère, Shacklebolt n'était pas sûr que cela suffirait.
Le Département des Mystères avait quelque chose d'angoissant, même pour un homme tel que lui. Il avait vu nombre de choses, depuis qu'il était Auror, mais cela ne l'empêchait pas d'être mal à l'aise.
Il finit par dénicher ce qu'il cherchait. Dans l'une des armoires de la salle aux cerveaux, il trouva une pensine, reléguée en haut d'une étagère. D'un coup de baguette, il la fit léviter et la déposa sur le sol devant lui. Il sortit la fiole de sa poche et en versa le contenu dans la bassine, sans hésiter.
Il se vit parlant à Sirius Black, puis avec Dumbledore. Il se vit remettre au prisonnier la cape d'invisibilité qui lui permettrait de sortir du Ministère sans être vu.
Un peu choqué, il remit la pensine à sa place.
Au moins comprenait-il, maintenant, d'où lui venait son sentiment de malaise. C'était lui, qui avait permis à Sirius Black de s'enfuir. Et il avait mis ses souvenirs à l'abri, avant d'effacer sa mémoire en même temps que celle de son collègue.
Il avait cru en l'innocence de Sirius Black. Sinon, jamais il n'aurait commis un tel acte. Il ne lui restait plus, maintenant, qu'à obtenir des preuves indubitables, pour être totalement en paix avec sa conscience.
XXXXXXX
Sirius s'était arrêté sur le pas de la porte, et regardait Harry jouer avec Remus, sur le sol de la chambre. Son ami avait déniché une boîte de chevaliers miniatures qui avait appartenu à Regulus, dans le temps, et les alignait soigneusement devant un Harry attentif.
Il était un peu jeune, pour ce genre de jeu, songea Sirius, mais l'enfant ne semblait pas se plaindre. Sirius avait la désagréable impression que le simple fait que quelqu'un accepte de passer du temps avec lui comblait le petit garçon. Signe qu'il avait dû singulièrement manquer d'attention. Et cela révoltait Sirius.
Une fois les chevaliers alignés, Remus tendit une petite balle à Harry, qui éclata de rire lorsque celle-ci envoya valdinguer les figurines sur le tapis. Bon, évidemment, de cette façon, le jeu était sûrement plus amusant.
Sirius quitta le pas de la porte et entra dans la chambre. Harry redevint brusquement sérieux. Trop sérieux. Pourquoi ne s'autorisait-il pas à rire en sa présence ?
« Tu t'amuses bien ? demanda Sirius, sentant son cœur se serrer lorsque l'enfant se contenta d'un vague oui de la tête. J'adorais faire ça aussi, quand j'étais petit… Dégommer les chevaliers de Regulus, après qu'il les avait soigneusement installés pour la bataille. Cela le rendait fou de colère… Mais qu'est-ce que je trouvais ça drôle !
- Charmant grand frère, remarqua Remus.
- Oui. Le grand frère idéal, vraiment… soupira Sirius.
- Tous les enfants se disputent.
- Chez nous, c'était trop fréquent. »
Il s'assit par terre, près de Harry. Il n'était pas venu pour parler de ses relations avec Regulus. Même s'il savait que Remus l'écouterait toujours avec bienveillance.
« J'ai du travail à faire, Harry, dit-il, prenant la main du petit garçon dans la sienne. Il faut que je m'en aille. »
Harry fronça les sourcils. Sirius fut presque content de voir que la nouvelle ne lui plaisait guère. Peut-être finiraient-ils par s'entendre vraiment, tous les deux…
« Tu vas rester ici avec Remus et Kreattur. Tu n'auras pas peur ?
- Remus est gentil, répondit Harry.
- Et Kreattur ?
- Il est drôle ! »
Jamais Sirius n'aurait songé à qualifier Kreattur de « drôle », mais le sourire de Harry avait quelque chose de rassurant. Au moins, l'Elfe ne lui faisait pas peur.
« Je reviendrai vite, promit Sirius.
- Vite ?
- Le plus vite possible. J'ai très envie de jouer aux quilles avec les chevaliers de Regulus, moi-aussi ! »
Harry se fendit d'un large sourire. Sirius lui déposa un baiser sur la joue. « Prends soin de Remus, d'accord ? Il est encore très fatigué. » Harry acquiesça avec sérieux et posa un regard concerné sur le jeune homme. Sirius lui ébouriffa les cheveux avant de se lever. Mais il n'avait pas fait trois pas en direction de la porte que Harry se pendait brusquement à ses jambes.
Plus ému qu'il n'aurait pensé l'être, Sirius souleva l'enfant de terre et le serra contre lui. « Ça va bien se passer, je serai là ce soir », lui murmura-t-il à l'oreille. Il l'embrassa une nouvelle fois, avant de le remettre à Remus.
Ce soir. Il serait de retour ce soir, avec l'horcruxe. Parce qu'il était bien décidé à se débarrasser une fois pour toute de la menace que Voldemort faisait encore planer sur la tête du petit garçon.
