Chapitre 28

Sirius avait transplané juste devant les grilles du manoir des Lestrange, bien à l'abri sous la cape d'invisibilité de James. Il s'assit sous un arbre, en bordure du chemin. Il voulait profiter un instant de la chaleur du soleil, avant de plonger dans l'antre malsain de ses cousins.

Le soleil. L'air du dehors. Un air qui n'était pas vicié par les relents nauséabonds des cellules voisines. Un air qui n'était pas rendu glacial par la présence des Détraqueurs. Depuis qu'il s'était enfui d'Azkaban, il n'avait pas vraiment eu l'occasion de savourer sa liberté retrouvée. Remus avait eu du mal à comprendre qu'il se lance ainsi à la recherche de la coupe, alors qu'il avait les Aurors et les Mangemorts aux trousses. Mais comment lui expliquer qu'il ne faisait là que répondre à un besoin dévorant. Il devait agir. On l'avait privé bien trop longtemps de sa liberté d'action.

Il profita de cet instant de répit pour observer attentivement les alentours de la propriété. Il ne voyait aucun signe de vie. Mr Lestrange père était décédé, et sa femme avait cédé la propriété à son fils Rodolphus, à son mariage. Rodolphus qui était toujours emprisonné à Azkaban, ainsi que son frère Rabastan et Bellatrix. La maison était donc vide. Et apparemment, personne ne la surveillait. Une bonne chose : il aurait les coudées franches pour ses recherches. Regulus lui avait dessiné la coupe, avant qu'il parte, il savait donc à peu près à quoi ressemblait l'horcruxe.

Si on lui avait dit que son frère allait devenir l'un de ses plus précieux alliés dans la guerre contre Voldemort…

Si on lui avait dit que Severus Rogue et lui-même se battraient dans le même camp…

Il avait toujours du mal à y croire. Autant il comprenait les motivations de Regulus, autant celles de Rogue lui échappaient.

C'est lui, qui a prévenu Dumbledore que Voldemort allait s'en prendre aux Potter

Regulus était sûr et certain de ce qu'il avançait.

« Il était mal à l'aise, avec l'idée que Voldemort puisse s'en prendre aux Potter, lui avait rapporté Regulus. Je lui ai dit que c'était monstrueux, qu'on ne pouvait pas laisser tuer un enfant innocent. Que si Voldemort s'attaquait aux Potter, rien ni personne ne pourrait les sauver. Et Severus… Il est resté muet un long moment, avant de m'apprendre qu'il allait alerter l'Ordre du Phénix. »

Regulus ne mentait pas, Sirius était prêt à le croire. Seulement, il ne parvenait pas à se persuader que Rogue avait pu prendre ces risques-là pour le bien de Harry. Il n'était qu'un enfant innocent ? Sirius était certain que ce genre de considérations n'était pas de celles qui pouvaient arrêter un homme de sa trempe. Et puis, Harry était le fils de James… Il n'avait absolument aucune raison de s'intéresser à son sort.

Non, il y avait autre chose.

Peut-être, en sauvant la vie de Regulus, avait-il vraiment réalisé le danger que Voldemort représentait ? Il avait pris des risques en alertant l'Ordre du Phénix, certes… Mais il en avait pris un bien plus gros en épargnant la vie de son frère. Si cela se découvrait, c'en était fini, de sa carrière de Mangemort… Peut-être, en définitive, avait-il pensé que la défaite de Voldemort était devenue la seule alternative pour lui, le traître… Peter avait bien choisi le camp des Mangemorts pour sauver sa peau. Et si Sirius était bien certain d'une chose, concernant Rogue, c'était qu'il était le genre d'homme à agir avant tout dans son intérêt.

Certes, il paraissait sincère, dans son désir de trouver et détruire les horcruxes. Peut-être souhaitait-il donc réellement la fin de Voldemort. Sirius l'espérait de tout cœur. Parce que l'idée que Rogue soit dans les parages de Harry et qu'il joue la carte de l'amitié avec Regulus n'était pas pour lui plaire.

Sirius se leva. Plus vite il aurait retrouvé la coupe, plus vite ils avanceraient dans leur chasse aux horcruxes, et plus vite ils pourraient se débarrasser de l'encombrante présence de Rogue à leurs côtés.

Il jeta un coup d'œil à la baguette qu'il tenait encore en main. C'était celle de son père. Avant de quitter la maison, il avait hésité à garder celle qu'il avait prise à l'Auror, en s'enfuyant du Ministère. C'était une bonne baguette, mais elle ne lui convenait pas vraiment. Il avait préféré se rabattre sur l'une de celles conservées dans le bureau de son père. Il avait fini par opter pour celle qu'il tenait maintenant en main. La baguette avec laquelle son père avait appris la magie, à Poudlard, sa première baguette. Ce n'était pas encore l'idéal, mais c'était toujours mieux que les baguettes qu'il avait eues en main depuis qu'il avait quitté Azkaban.

Sa vieille baguette lui manquait.

Il ravala un soupir et se dirigea vers le portail.

Il sentit les sorts de protection sans même avoir à poser la main sur la grille. Il esquissa un sourire. Des sorts anti-moldus pour la plupart, assez simple à désamorcer. Entrer dans la maison elle-même serait peut-être plus difficile ?

Non. Il ne trouva qu'un simple sort anti-intrusion, vraisemblablement mis là par les Aurors qui avaient arrêté Bellatrix et son époux, d'ailleurs. Remus lui avait dit que toutes les maisons de Mangemorts avaient été fouillées de fond en comble, afin de trouver des pièces à charge pour leurs procès. Il espérait qu'ils n'aient pas mis la main sur la coupe.

Le sort était destiné à écarter les étrangers, afin de garantir la sécurité des biens des Lestrange. Mais il ne réagit pas à sa présence, et pour cause : il n'était pas un étranger. Il appartenait à la même famille que Bellatrix. Les Aurors s'étaient assurés que la maison resterait ouverte à Mrs Lestrange mère, ou à Narcissa. Sirius était même prêt à parier qu'Andromeda également pouvait venir ici sans être inquiétée. Les Aurors ne partageaient pas les vues de la famille sur ses membres « traîtres à leur sang ».

Après un dernier coup d'œil alentours, il entra dans le manoir.

XXXXXXX

Scrimgeour fronça les sourcils et leva les yeux vers l'Inspecteur McPherson. « Qu'est-ce que c'est ? lui demanda-t-il.
- La demande de remise en liberté d'un prisonnier d'Azkaban. Puisque le Directeur Jorkins est suspendu, je ne sais pas à qui l'adresser…
- Il s'agit de quel prisonnier ?
- Mondingus Fletcher. »

Le nom ne disait rien à Scrimgeour.

« Qui est-ce ?
- Le détenu qui partageait la cellule de Regulus Black.
- Vous voulez qu'on le relâche…
- Il a terminé sa peine.
- Et ?
- J'ai l'impression qu'il sait comment retrouver Black.
- L'impression ?
- Tous les détenus que j'ai interrogés s'accordent pour dire que ces deux-là s'entendaient vraiment bien. Et je suis convaincu qu'il en sait plus qu'il ne veut bien nous le dire, sur l'évasion des Black.
- Et vous pensez qu'il essayera de reprendre contact avec Regulus, une fois sorti de prison ?
- Ce n'est pas impossible. »

Scrimgeour croisa les doigts sur son bureau et réfléchit longuement. McPherson était compétent. Mais pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, il semblait mû par un sentiment de vengeance personnelle, à l'égard de Sirius Black. Comme si l'homme lui avait causé du tort directement. Et cela ne le prédisposait certainement pas à l'impartialité.

« Ce Fletcher… Que vous a-t-il dit, à propos de Regulus Black ? Savait-il qu'il partageait sa cellule avec un Mangemort ?
- Oui. Un Mangemort repenti, selon ses termes. Fletcher est un escroc, mais il n'a rien d'un sympathisant de Vous-savez-qui. Je suppose que Regulus Black l'a manœuvré dans le sens qui l'arrangeait le mieux.
- A moins qu'il n'ait dit la vérité… » murmura Scrimgeour.

Du coin de l'œil, il vit McPherson se rembrunir.

« Quoi d'autre ? enchaîna-t-il.
- Il existe bien une connivence entre Regulus Black et Isabelle Fudge. Apparemment, Black a quitté le bâtiment via la fenêtre des cuisines pour la rejoindre, lors de l'émeute. D'après Fletcher, il voulait la protéger… Mais il l'a peut-être simplement fait pour servir ses plans d'évasion. Prendre contact avec son alliée dans la place. »

Tout se résume à qui est vraiment Regulus Black, songea Scrimgeour. Si j'arrive à comprendre de quel côté il est vraiment et comment il fonctionne, toute l'affaire prendra un nouveau tour…

« Il faudrait que je ré-interroge Miss Fudge, reprit McPherson. Elle finira bien par craquer et nous dire quelque chose d'utile.
- A la vérité… Je lui ai parlé hier soir.
- Ah ? »

L'Inspecteur ne semblait pas enchanté par la nouvelle. Décidément, il avait trop tendance à traiter cette affaire comme la sienne exclusivement. N'était-il pas revenu au Ministère pour s'assurer que Sirius Black ne s'échapperait pas, malgré son ordre explicite de rentrer chez lui ?

« Elle-aussi, pense que Regulus Black s'est repenti, continua-t-il.
- Evidemment ! Elle est amoureuse de lui ! Il aurait pu lui certifier qu'il était la réincarnation de Merlin lui-même, elle l'aurait cru !
- Sauf que… Tout ce qu'elle m'a dit m'a paru très sensé, et pas le fait de quelque midinette énamourée.
- Ce qui veut dire ?
- Je veux reprendre toute l'enquête depuis le début. L'enquête qui a conduit Sirius Black en prison. »

Le regard de McPherson se fit perçant.

« Pourquoi ? lâcha-t-il du bout des lèvres.
- Parce que si Regulus Black n'est pas le salaud que l'on croit, s'il a fait évader son frère de prison, c'est que nous nous sommes trompés sur toute la ligne.
- Vous ne croyez pas sérieusement…
- Que Sirius Black est innocent ? »

Scrimgeour poussa un profond soupir.

« Pourtant, McPherson, il semble bien que ce soit le cas. »

XXXXXXX

Severus avait l'air déprimé, songeait Regulus. Et un Severus déprimé était un Severus irritable. C'était une bonne chose, que Sirius ne soit pas dans les parages. Il y aurait eu à coup sûr des pics échangés, et Regulus n'était pas d'humeur à jouer les médiateurs.

Il était découragé. La pile de livres devant lui tanguait dangereusement, et il la redressa machinalement. Cela faisait plus de deux heures, qu'il avait rejoint Severus dans ses recherches, et ses efforts n'avaient toujours pas été récompensés. Pourtant, ce n'était pas les ouvrages de magie noire qui manquaient, dans la bibliothèque de son père !

« Et ne peut-on pas vider l'horcruxe du morceau d'âme qu'il contient ? demanda-t-il.
- Parce que tu penses que ce sera plus facile que de détruire le médaillon ?! railla Severus.
- C'est juste une question comme ça ! protesta Regulus. Sait-on si l'on peut réveiller un morceau d'âme… ? Le faire revenir à la conscience… ?
- Je n'en sais rien ! avoua Severus, découragé.
- Parce que cela voudrait dire que toute personne en possession d'un horcruxe serait potentiellement capable de ramener Voldemort à la vie… poursuivit Regulus, songeur.
- En admettant que ce soit possible… Qui saurait le faire ?! Ton père a l'une des bibliothèques les plus complètes que je connaisse ! Et j'ai beau chercher, je ne trouve rien de probant, dans ces livres ! »

Il referma l'ouvrage qu'il consultait d'un claquement sec et se saisit d'un autre.

« Et puis… Cela voudrait dire qu'il faudrait fournir une essence corporelle, à ce morceau d'âme. Combien de temps survivrait-il, autrement, dans notre monde physique ? Tu sais mieux que moi ces choses-là, Regulus… »

Regulus ne répondit pas. L'âme de Voldemort, désincarnée, n'aurait de prise sur le monde qu'en acquerrant de la matérialité. Ce qui pouvait sembler à peu près impossible. Mais Regulus n'était pas prêt à le jurer.

Il y avait bien des façons, pour un esprit, de prendre corps dans leur niveau d'existence…

« Si on ne trouve rien dans la bibliothèque de mon père… La seule qui soit mieux fournie, c'est celle de Voldemort ! »

Un léger frisson agita les longues mains de Severus, alors qu'il tournait les pages.

« Voldemort a bien trouvé la façon de créer ses horcruxes quelque part… poursuivit Regulus.
- Pratiquement tous ses biens ont été saisis par les Aurors, après sa disparition, releva Severus. Où compte-tu trouver ses ouvrages ? Dans les archives du Ministère ?
- Peut-être… »

A moins que les livres n'aient été détruits… Les Aurors auraient-ils vraiment conservé des livres pareils ?! Ce n'aurait pas été très judicieux de leur part de ne pas le faire, eux qui combattaient la magie noire…

« Les livres ont peut-être atterris au Département des Mystères… Pour y être étudiés… Je doute que cela effraye les Langues-de-plomb…
- Oh, très bien ! Brillante idée, vraiment, Regulus ! Je suggère qu'on envoie ton frère s'en assurer de visu aussitôt qu'il sera revenu de chez ta cousine !
- Très drôle…
- Je ne plaisante pas. On sera peut-être obligé d'en passer par là, si on ne trouve rien ici !
- D'accord, mais pas Sirius ! S'il se fait attraper, il est sûr d'être condamné. Moi, en revanche…
- Oh, tais-toi, et cherche ! »

Il poussa un livre vers lui, que Regulus prit avec un soupir de résignation.

XXXXXXX

Sirius s'affala sur le divan, complètement découragé. Il avait littéralement retourné le manoir, cherchant partout, dans les placards, dans les malles, au fond des tiroirs. Il n'avait rien trouvé. Même dans le coffre fort qu'il avait déniché dans une cache restée ignorée des Aurors eux-mêmes.

Si la coupe avait vraiment été un jour en possession des Lestrange, elle n'était pas pour autant dans leur manoir, Sirius en était à peu près sûr.

Réfléchis ! Peut-être que tu n'as pas pensé à tout ! se morigéna-t-il. Si Voldemort avait confié une chose aussi importante à Lestrange, où l'aurait-il cachée… ?

Il ne voyait vraiment pas.

Rester davantage ne serait qu'une perte de temps. Autant revenir Place Grimmaurd et faire le point avec Regulus. Peut-être que lui aurait une idée. Après tout, il avait fréquenté les Lestrange bien plus que lui.

Il se leva et jeta un dernier regard au salon, autour de lui. Ses yeux se posèrent sur la porte de la bibliothèque.

Peut-être y aurait-il là des ouvrages utiles ? Peut-être trouverait-il quand même quelque chose à ramener à son frère ?

XXXXXXX

Ils avaient fini par abandonner.

Ce n'est qu'une pause, se dit Severus. Une petite pause, avant de reprendre les recherches… Il était démoralisé, mais pas autant que Regulus, apparemment. Celui-ci gardait le nez plongé dans sa tasse de thé, muet.

Ils avaient retourné la bibliothèque des Black, mais en vain. Même au sein des arts obscurs, la création d'horcruxes était taboue, apparemment. Où alors, ils ne possédaient pas les bons ouvrages.

« Mon père n'était pas très porté sur la nécromancie, lui avait dit Regulus. Conserver son âme pour se prémunir de la mort… Même lui savait qu'il y avait un seuil à ne pas franchir. »

A l'autre bout de la table, Lupin grignotait un biscuit d'un air pensif. Lui non plus, n'était pas en grande forme. Il avait passé une partie de la matinée à jouer avec le gosse – incroyable ce qu'il pouvait être patient ! Lui, Severus, ne l'aurait pas supporté cinq minutes ! – ne les rejoignant qu'après le déjeuner. Un plat de légumes cuits à l'eau absolument insipide. A quoi bon avoir un elfe de maison, s'il n'était pas capable de cuisiner correctement ?!

Lorsque Regulus lui avait demandé où était Harry, Lupin avait répondu qu'il faisait sa sieste de l'après-midi et qu'il avait donc près de deux heures devant lui pour leur donner un coup de main. Et de fait, les recherches avaient avancé beaucoup plus vite. Lupin était à l'aise, dès qu'il s'agissait de livres.

Mais ils n'avaient rien trouvé.

Et ils se morfondaient maintenant tous les trois, assis à la table de la cuisine, devant une tasse de thé.

Severus avait bien remarqué que l'abattement de ses deux compagnons se doublait maintenant d'anxiété. Sirius n'était pas encore rentré, et ces deux-là s'inquiétaient pour lui.

« Si nous pouvions contacter Dumbledore, dit Severus, brisant le silence morne de la cuisine, il pourrait peut-être nous aider à détruire cet horcruxe…
- Sans doute, répondit Lupin. De toute façon, il faudrait songer à le prévenir, pour Harry… Il doit être inquiet.
- Mmmpfff… S'il s'était mieux occupé de sa protection, les Mangemorts n'auraient jamais retrouvé sa trace, et nous n'en serions pas là !
- Dumbledore ne pouvait pas prévoir que Pettigrow était encore vivant et passé à l'ennemi », remarqua Regulus.

Lupin baissa les yeux, visiblement troublé.

« Dès que Sirius sera de retour, nous envisagerons la manière de prendre contact avec Dumbledore, déclara Regulus, soudain déterminé. Vous devez bien avoir des possibilités de contacter d'autres membres de l'Ordre du Phénix, non ?
- Peut-être… répondit Lupin, incertain. J'ai coupé les ponts avec tout le monde, après… l'arrestation de Sirius… »

Severus se remémora la discussion qu'il avait eu avec Dumbledore et McGonagall, à Poudlard, alors qu'il cherchait à mettre la main sur Lupin. La perte de ses amis avait tellement ébranlé le jeune homme qu'il avait dû passer plusieurs mois enfermé à Sainte-Mangouste… C'était une chose que Severus avait bien du mal à comprendre.

Kreattur apparut dans la cuisine, un tablier crasseux noué autour des reins.

« Que désire manger maître Regulus, ce soir ? demanda-t-il de ce ton obséquieux que Severus trouvait insupportable.
- Ce que tu veux, Kreattur, je n'ai pas très faim…
- Quelque chose qui tienne un peu plus au corps que des navets cuits à l'eau, intervint Severus. Ton maître a besoin d'énergie ! Et nous aussi… »

L'elfe lui concéda un bref regard en coin, avant de reporter son attention sur Regulus.

« Il faudrait que j'aille faire quelques commissions, dans ce cas… Ma maîtresse mange peu, d'ordinaire, et là, avec trois hommes en plus et un enfant… »

Severus et Regulus échangèrent un regard. Severus n'était pas très enthousiaste, à l'idée de laisser sortir Kreattur. Après tout, il avait beau être dévoué à Regulus, il était également l'elfe de Mrs Black. Et s'il lui prenait l'envie d'aller avertir le reste de la famille du retour de son maître adoré au domicile ?

Regulus sembla penser de même.

« Tu vas aller faire les courses, mais je t'interdis de parler à qui que ce soit, dit-il à l'elfe. Tu ne dois pas laisser entendre que Sirius et moi sommes revenus ici, ni que Lupin, Severus et Harry sont hébergés chez nous. Achète ce dont tu as besoin et reviens tout de suite ! »

Un instant, l'elfe parut curieusement blessé. Etait-il touché de voir son maître se montrer si méfiant à son égard ? Regulus parut le penser. Il se pencha vers lui et posa une main amicale sur son épaule. « Il y a des gens qui me veulent du mal, là dehors, expliqua-t-il gentiment. Je ne voudrais pas que tu les mettes sur ma piste par inadvertance… »

Kreattur acquiesça d'un air grave.

« Et ramène donc quelques journaux, intervint Severus. J'aimerais bien avoir quelques nouvelles du monde extérieur. » Regulus approuva d'un signe de tête. « Ce sera tout ? demanda Kreattur.
- Oui… répondit Regulus.
- Où est Harry ? demanda Lupin, avant que l'elfe ne disparaisse.
- Je l'ai laissé dans le salon, avec quelques livres d'images.
- Merci, Kreattur.
- Reviens vite », ajouta Regulus.

L'elfe disparut, laissant les trois hommes se replonger dans leurs réflexions.

XXXXXXX

Rita se faufila sous le buffet de la cuisine de toute la vitesse de ses six pattes. Elle avait passé la nuit à fouiller la maison sans parvenir à trouver l'horcruxe. En désespoir de cause, elle avait pensé que la façon la plus simple de découvrir sa cachette, c'était encore de coller à l'elfe. Après tout, c'était lui qui l'avait dissimulé.

Suivre Kreattur était loin d'être aussi aisé qu'elle aurait pu le penser. La plupart du temps, l'elfe disparaissait sans avertissement, passant d'une pièce à l'autre sans qu'elle puisse déterminer à l'avance quels étaient ses projets.

Elle avait essayé de s'accrocher à lui, mais il ne portait que cette espèce de pagne informe autour des reins, qui n'était vraiment pas l'endroit idéal pour se cacher.

Elle avait fini par abandonner, et par décider de se rabattre sur Regulus. Lui au moins avait des poches confortables et ne sentait pas comme une vieille croûte de fromage moisie.

Passer l'après-midi avec Regulus Black avait été profondément décevant. Et d'un ennui mortel. Le jeune homme n'avait pas quitté la bibliothèque, passant son temps à feuilleter de gros livres poussiéreux, sans trouver, apparemment, ce qu'il recherchait. Ce qui avait un peu rassuré Rita. Elle tremblait de peur à l'idée que ces hommes puissent détruire l'horcruxe avant qu'elle ne mette la main dessus. S'ils le faisaient, elle n'aurait plus aucune preuve pour étayer son histoire.

Elle aurait bien aimé faire comme l'elfe, et quitter cette maison sinistre. Commencer à rédiger son papier. Ou pourquoi pas, aller révéler leur cachette aux Aurors. Elle aurait été celle qui aurait permis la libération de Harry Potter. Sauf qu'elle savait maintenant que ce ne serait pas vrai. Harry n'était pas en danger. Et puis, l'aurait-elle fait qu'elle aurait dû abandonner l'idée de révéler au grand jour la menace que le Lord Noir faisait encore peser sur toutes les têtes.

Non, il valait mieux qu'elle reste là, à attendre le retour de Sirius Black.

Après tout, elle pourrait peut-être s'emparer de l'horcruxe qu'il ramènerait, à défaut du médaillon…

XXXXXXX

Harry avait fini par délaisser les livres que l'elfe lui avait donnés. Il s'ennuyait un peu. Remus était passé vérifier qu'il allait bien, mais il était reparti à ses occupations de grandes personnes, et il se retrouvait maintenant tout seul.

Il aurait voulu que Sirius soit là. Finalement, il aimait bien son parrain. Maintenant qu'il s'était lavé, il n'était plus aussi effrayant. Et puis, il avait bien compris que Sirius ne laisserait personne lui faire de mal. Dormir près de lui, la nuit passée, lui avait apporté un vrai réconfort. Il n'avait rêvé ni de lumière verte, ni de rire sinistre, ni de l'affreux gros rat. Il y avait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi en sécurité.

Sirius était plus attentif à son bien-être que sa tante Pétunia ne l'avait jamais été, et Harry en était parfaitement conscient.

La seule chose qui dérangeait profondément Harry, dans cette nouvelle vie qui était la sienne, c'était cet endroit. Pas parce qu'il était entouré de magie. Confusément, il savait pertinemment que tout cela était normal. Mais il y avait quelque chose, dans cette maison, qui lui déplaisait grandement.

Ce grand salon, dans lequel où on l'avait laissé seul, lui paraissait glacial. Et maintenant qu'il n'était plus plongé dans ses livres, il se sentait mal à l'aise, de s'y trouver enfermé.

Il se leva du tapis et se dirigea vers la porte. Il allait retourner dans la cuisine. C'était la pièce qu'il préférait, avec la chambre de Sirius.

Il traversa le hall et hésita, devant les portes qui s'ouvraient devant lui. Il n'avait pas encore bien repéré les lieux. Il poussa un battant au hasard, et découvrit la bibliothèque. C'était là que Remus avait passé une partie de l'après-midi, avec les deux autres hommes – l'affreux au grand nez qui disait toujours des choses désagréables à Sirius et l'autre, qui lui faisait toujours froid dans le dos.

La bibliothèque était vide, pour le moment. Harry se demanda vaguement ce qu'il y avait de si chouette, ici, pour retenir l'attention de Remus. Il fit quelques pas dans la pièce. Il n'y avait que des livres. Des livres sans images, comme il le découvrit en jetant un coup d'œil sur les volumes restés ouverts sur la table.

Il s'apprêtait à partir lorsque quelque chose attira son regard. C'était au fond de la pièce, entre les rideaux et l'une des étagères de bois massif.

Intrigué, il s'approcha.

Ce n'était rien qu'une tache, apparemment. Une marque sombre sur le papier-peint défraîchi.

Il tendit la main.