Disclaimer : Comme toujours, l'univers et les persos ne m'appartiennent pas mais sont la propriété de JKR
11
Un match détraqué
Lorsqu'elle s'éveilla le samedi matin, Heather crut qu'il faisait encore nuit. Le temps n'avait cessé de se dégrader la veille, et un violent orage sévissait actuellement sur les Highlands. Le ciel entier était recouvert d'épais nuages qui s'illuminaient de temps à autre dans un éclair. La pluie tombait drue et le vent soufflait fort.
- Ils ne vont pas jouer par un temps pareil ? demanda Heather à Lucy Farmer, une de ses camarades de dortoir.
- Et pourtant si ! répondit Farmer. Jamais aucun match de Quidditch n'a été annulé en raison du mauvais temps !
Heather s'habilla et descendit dans la Grande Salle prendre son petit déjeuner. Les jumeaux Weasley étaient encore attablés, mais les autres membres de l'équipe avaient déjà fini. Heather ne vit même pas Harry. A part les jumeaux, ils n'avaient pas l'air très heureux. Et ça se comprenait. Pendant deux mois, ils s'étaient préparés à affronter Serpentard, et voilà qu'ils se retrouvaient contre Poufsouffle. A la table de Serpentard, Malefoy et ses deux gorilles ne cessaient de ricaner. Et Heather se demanda si une telle fourberie ne mériterait pas une autre petite leçon d'humilité.
Quoi qu'il en soit, elle remonta dans son dortoir pour s'habiller chaudement et se protéger contre la pluie. Puis elle redescendit pour se diriger vers le terrain. Malgré le vent et la pluie, c'était le premier match auquel elle allait assister, et elle voulait être au premier rang et dût jouer des pieds et des mains pour y parvenir, personne ne voulant se retrouver sur les gradins les plus hauts.
Les joueurs de Gryffondor furent les premiers à pénétrer sur le terrain. Et ne tardèrent pas à être suivis par ceux de Poufsouffle. Les deux capitaines se serrèrent la main, puis tous enfourchèrent leur balai et décollèrent au coup de sifflet de Mrs Bibine. Harry et l'attrapeur de Poufsouffle décrivaient des cercles en hauteur, Harry éprouvant de la difficulté à lutter contre les bourrasques de vent. De ce point de vue là, l'attrapeur de Poufsouffle semblait avantagé par son gabarit.
Plus bas, les poursuiveurs tentaient tant bien que mal de faire parvenir le souaffle jusqu'aux buts. Mais la pluie et le vent étaient un tel handicap que bien souvent, un joueur se retrouvait à faire, bien malgré lui, la passe à un adversaire. Les batteurs voletaient autour de la masse compacte des poursuiveurs, se contentant souvent de repousser les cognards vers l'extérieur quand l'un d'eux les prenait pour cible.
Dans ce chaos total, les poursuiveuses de Gryffondor montrèrent malgré tout leur talent en ouvrant la marque. Un poursuiveur de Poufsouffle égalisa quelques minutes plus tard. Dans l'ensemble, le jeu était intéressant, et les joueurs faisaient tous preuve de beaucoup d'adresse et de courage pour lutter contre les éléments. Gryffondor marqua encore. Leur gardien sauva deux buts, ce qui permit aux filles de prendre l'avantage. Il faisait froid, et malgré son parapluie, Heather était trempée. Elle se dit que ça devait être bien pire encore pour les joueurs sur leurs balais. Le match durait depuis bien une heure déjà, et aucun des deux attrapeurs n'avait aperçut le vif d'or. Gryffondor menait de quarante points et étaient à l'attaque. Ils se firent subtiliser le souaffle, puis le récupérèrent grâce à un cognard bien placé d'un des jumeaux. Les trois poursuiveuses avancèrent et Alicia Spinnet marqua un nouveau but. Elle était la véritable héroïne de ce match. Elle récupérait et marquait sans discontinuer. Et quand elle ne marquait pas, elle signait la passe décisive. Ce qu'elle fit d'ailleurs quelques minutes plus tard. Gryffondor menait de cinquante points, mais tout le monde s'impatientait. Quand donc les attrapeurs se décideraient-ils à mettre un terme à ce foutu match ?
Quand Olivier Dubois encaissa un nouveau but, il demanda un temps mort. Mrs Bibine siffla et tous les joueurs se posèrent et regagnèrent leurs vestiaires. Après quelques minutes, ils revinrent sur le terrain.
Quand il s'éleva à nouveau, Harry semblait redevenu bien plus alerte. Il donnait des coups d'œil dans toutes les directions et volait nettement mieux. Heather le suivit un moment. Il volait à l'autre bout du terrain, et sans les éclairs qui semblaient s'intensifier en nombre et en proximité, il aurait été difficile de suivre sa silhouette. Il prit un virage serré pour revenir vers le jeu quand un éclair particulièrement intense déchira le ciel. Heather tourna machinalement la tête vers la lumière, et vit se découper au sommet des gradins la silhouette… de Sirius ! Pas Sirius Black, non ! Sirius, son berger belge. Quand elle regarda de nouveau, il n'y avait plus rien. Elle avait dû rêver. Son chien ne pouvait pas se trouver ici.
Soudain la voix de Dubois se mit à hurler :
- Harry ! Harry, derrière toi !
Tous le stade retint son souffle. Derrière Harry, il y avait le vif d'or, mais l'attrapeur de Poufsouffle fonçait déjà dessus. Harry réagit au quart de tour et fonça également sur la balle dorée.
Subitement, ce fut le silence. Comme si la clameur de la foule et le hurlement du vent s'étaient arrêtés. Puis le froid, un froid terrible, qui glaça Heather jusqu'aux os. Sous les joueurs, des dizaines de Détraqueurs se trouvaient sur le terrain. Harry stoppa et bascula. Heather hurla le nom du garçon, et entendit comme une voix, une voix de femme, lointaine et très faible, comme si elle provenait d'au-delà de l'orage.
- Pas Harry ! Pas Harry, je vous en supplie !
- Pousse-toi, espèce d'idiote…lança une voix froide et aiguë, presque sifflante. Allez, pousse-toi !
- Non, pas Harry, je vous en supplie. Tuez-moi si vous voulez, tuez-moi à sa place
Puis, Heather ressentit à nouveau ce terrible froid, et un sentiment horrible d'abandon, comme si tout ceux qui l'aimaient l'avaient laissée seule sur la Terre. Et Harry toucha le sol. Une lumière argentée intense fondit sur les Détraqueurs. Un oiseau de lumière les força à déguerpir. Dumbledore s'était levé. Il était alors aussi imposant que le soir d'Halloween, et semblait furieux contre les créatures. Un coup de sifflet retentit. Dans les airs, n'en croyant pas ce qu'il voyait, le poursuiveur de Poufsouffle observait les professeurs porter secours au jeune Potter. Il se posa et discuta avec Mrs Bibine, puis alla voir si Harry allait bien, de même que tous les joueurs. Ils transportèrent le corps inerte du garçon aux vestiaires, et la tribune de Gryffondor se vida en un temps record. Heather voulu lâcher la rampe empêchant aux spectateurs de tomber sur le terrain mais ses jambes la lâchèrent. Rebecca, Abigail et Ceridwen arrivèrent alors.
- Et bien ! Sacré match ! fit Abigail.
- Ca va aller ? demanda Rebecca.
- T'es livide, expliqua Ceridwen devant le regard d'incompréhension de Heather. Viens ! On va t'amener à l'infirmerie.
- Comme ça tu pourras y voir ton beau Harry ! sourit Abigail.
- Abby ! souffla Ceridwen en fronçant les sourcils. Au lieu de dire des bêtises aide-moi ! Ses jambes ne la tiennent plus du tout.
Les deux filles portèrent leur amie, suivies par Rebecca, jusqu'à l'infirmerie où l'équipe de Quidditch au grand complet attendait que Mrs Pomfresh leur donne l'autorisation d'entrer. Elles poussèrent les portes.
- J'ai dit que je n'autorisais pas les visites tant que… protesta l'infirmière.
- C'est pas pour une visite, madame ! dit tout de suite Rebecca. C'est Heather, elle se sent pas bien !
- Je crois que c'est à cause des Détraqueurs, expliqua Ceridwen.
- Sans compter le choc de voir son amoureux faire une chute de vingt mètres, renchérit Abigail moqueuse.
- Abby ! protestèrent les deux autres filles.
- Ah ! Bien ! fit Madame Pomfresh. Alors installez-la sur un lit, je m'occupe d'elle dans une minute !
L'infirmière humidifia le front de Harry, puis partit dans son bureau et en revint avec un gros bloc de chocolat dont elle détacha quelques morceaux.
- Tenez Ms…
- Wright ! dit Abigail. Heather Wright.
- Tenez Ms Wright ! Mangez donc ça ! Ca vous remontera.
Heather mit un morceau de chocolat en bouche. Tout ce qui s'était glacé en elle à la fin du match sembla fondre, ce sentiment de solitude et d'abandon se dissipa comme une brume matinale. Elle prit un autre morceau avec plus d'entrain et reprit des couleurs.
- Que s'est-il passé ? demanda Madame Pomfresh.
- Je… commença Heather. Il y a eu tout ces Détraqueurs, j'ai vu Harry tomber.
- Ca on sait ! fit Abigail. Tout le stade t'a entendu hurler son nom.
Heather rougit, ses amies et l'infirmière la regardaient. Elle n'avait pas eu conscience de crier si fort.
- Quoi qu'il en soit, j'ai entendu… une voix, une voix de femme, très étouffé, mais… elle suppliait quelqu'un de ne pas faire de mal à Harry.
- Vous êtes sûre ? demanda Madame Pomfresh.
- Oui, pourquoi ?
- Et bien… reprit la vieille femme. Normalement, les Détraqueurs nous font revivre les pires moments de notre vie. Pourquoi auriez-vous donc entendu quelque chose qui concernait la vie de Mr Potter ?
- Moi c'que j'en dis… fit Abigail l'air amusée.
- Harry ! Est-ce qu'il… ? demanda soudain Heather paniqué en voyant le garçon dans le lit voisin, et voulant se lever pour le voir.
- Il va s'en remettre ! dit sèchement l'infirmière en repoussant Heather dans son lit. On peut remercier le professeur Dumbledore d'avoir réagit aussi vite ! S'il n'avait pas ralenti sa chute…
Heather ferma les yeux et soupira.
- Bon, mesdemoiselles, je suis désolée, mais je vais devoir vous chasser toutes les trois, reprit Madame Pomfresh. Ms Wright va garder le lit encore une heure ou deux. Et je ne vais pas pouvoir retenir les admirateurs de monsieur Potter bien longtemps.
- Et bien justement, protesta Ceridwen. On pourrait rester puisqu'il va y avoir du monde !
- Hors de question, répondit Madame Pomfresh. Mon infirmerie n'est pas un bazar où l'on va et vient comme on veut. Allez ! Dehors !
Madame Pomfresh fit sortir les trois filles et autorisa les membres de l'équipe de Quidditch à rentrer, de même que Ron Weasley et Hermione Granger.
- Mais je vous préviens, je ne veux pas entendre de bruit ! Monsieur Potter devrait se réveiller dans quelques minutes. Je veux que ça se fasse naturellement, et pas parce qu'une bande de sauvages sera venue le perturber !
Ils entrèrent donc tous silencieusement. Étonnés de voir Heather dans un lit, Ron, Hermione et les jumeaux Weasley vinrent à son chevet.
- Salut Heather ! dit George à voix basse. Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
- Oh ! répondit celle-ci comme s'il n'y avait rien eu. On dirait juste que les Détraqueurs n'ont guère de meilleur effet sur moi que sur notre champion de Quidditch.
- Terrifiante quand même, cette chute ! fit remarquer Fred.
A ce moment, la porte de l'infirmerie s'ouvrit à nouveau. Heather ne put pas voir sur qui.
- Excusez-moi ! fit une petite voix flûtée que Heather reconnue comme celle du professeur Flitwick. Est-ce que monsieur Potter s'est réveillé ?
- Pas encore, répondit Katie Bell.
- Ah ! Euh… je venais lui rapporter son balai.
- Où ça ? demanda Ron Weasley.
Heather se redressa et vit le professeur tendre un sac en toile, qui ne pouvait certainement pas contenir un balai. Angelina Johnson prit le sac et regarda dedans.
- Oh non ! fit-elle comme si on venait de lui amener un animal mort.
- Le vent l'a malheureusement emporté jusqu'au Saule Cogneur.
Hermione mit sa main devant sa bouche.
- Super nouvelle à lui annoncer ! fit Ron d'une ironie motivée par l'abattement.
- Si vous voulez je… proposa le professeur Flitwick.
- Non, merci professeur, répondit Hermione. Nous le lui expliquerons.
Le professeur Flitwick quitta l'infirmerie.
- J'espère qu'il n'aura pas de séquelle, fit Alicia Spinnet en regardant Harry.
- Heureusement que le sol était trempé, ajouta Angelina Johnson. La boue a amortie sa chute.
- Moi, j'ai cru qu'il s'était tué, dit Fred.
- Mais ses lunettes ne sont même pas cassées, remarqua George.
- C'est la chose la plus effrayante que j'aie jamais vu de ma vie, expliqua Katie Bell.
Harry ouvrit alors les yeux.
- Harry, s'exclama Fred, livide. Comment te sens-tu ?
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Harry en se redressant d'un coup.
- Tu es tombé, répondit Fred. Une chute d'une bonne quinzaine de mètres.
- On croyait que tu étais mort, sanglota presque Alicia Spinnet.
Hermione Granger eut un petit gémissement aigu.
- Et le match ? demanda Harry. Qu'est-ce qui s'est passé ? On va le rejouer ?
Personne n'osa répondre.
- On n'a quand même pas… perdu ? murmura-t-il.
- Diggory a attrapé le vif d'or, expliqua George. Juste après ta chute. Il ne s'est pas rendu compte de ce qu'il se passait. Quand il a vu que tu étais étendu sur le sol, il a essayé de faire annuler le match. Il voulait qu'on le rejoue. Mais il n'y a rien à faire. La victoire des Poufsouffle est indiscutable… Même Dubois l'a reconnu.
- Où il est, Dubois ? demanda Harry.
- Toujours à la douche, répondit Fred. Je crois bien qu'il essaye de se noyer.
Heather ne vit pas bien à cause des autres, mais il lui sembla que Harry se recroquevilla.
- Allons Harry ! fit Fred d'un ton réconfortant. C'est la première fois que tu n'arrives pas à attraper le vif d'or.
- Il fallait bien que ça arrive un jour, dit George sur le même ton.
Par la suite, les jumeaux s'embarquèrent dans des calculs sur leurs chances de remporter encore le tournoi.
Harry resta silencieux. Une dizaine de minutes plus tard, Madame Pomfresh vint chasser les membres de l'équipe qui quittèrent la pièce en laissant des traces de boue derrière eux. Ron Weasley et Hermione Granger se rapprochèrent de Harry. Hermione lui raconta alors dans le détail sa chute, l'intervention de Dumbledore, sa fureur contre les Détraqueurs. Et comment il l'avait ramené à l'infirmerie. Harry semblait déprimé, mais Heather, elle n'aurait su dire comment, eu l'impression qu'il se sentait aussi un peu honteux. Il posa alors la pire des questions.
- Est-ce que quelqu'un à récupéré mon Nimbus ?
- Heu… hésita Ron après un bref regard à Hermione.
- Quoi ?
- Quand… quand tu es tombé, reprit Hermione, il a été emporté par le vent.
- Et ? insista Harry qui commençait à s'inquiéter.
- Et il est tombé sur le… le… sanglota presque Hermione. Oh Harry, je suis désolée… Il est tombé sur le Saule cogneur.
- Et ? répéta Harry après quelque secondes, et sans que sa voix ne parvienne vraiment à franchir ses lèvres.
- Tu connais le Saule cogneur, dit Ron. Il n'aime pas qu'on lui tombe dessus.
- Le professeur Flitwick a ramené ton balai juste avant que tu ne reprennes connaissance, dit Hermione d'une petite voix.
Elle prit le sac de toile à ses pieds et fit alors tomber sur le lit une douzaine de morceaux de bois et de brindilles. Le Saule cogneur n'avait pas cassé le balai de Harry, il le lui avait littéralement explosé.
Aucun d'eux ne dit plus rien pendant un bon moment. Finalement Harry demanda à rester seul. Hermione et Ron quittèrent l'infirmerie à contre-cœur. Quand ils eurent franchi la porte, Harry se retourna pensant pouvoir laisser aller son chagrin. Il fit alors de grands yeux en se retrouvant face à Heather, qui était restée tournée vers lui.
- Mauvaise journée hein ? dit-elle pour essayer de détendre l'atmosphère.
- Qu'est-ce que tu fais là ? lui demanda-t-il.
- Je te l'ai déjà dit. Moi non plus, je ne suis pas très fan des Détraqueurs.
- Tu t'es encore évanouie ? demanda-t-il, presque avec espoir.
- Non, mais je n'arrivais plus à marcher. Mes amies ont dû me porter jusqu'ici.
A ce moment, Madame Pomfresh revint de son bureau.
- Ah ! Bien ! fit-elle. Je vois que tout le monde est parti !
Elle s'approcha de Heather et observa ses pupilles.
- Bien ! Vous allez pouvoir y aller aussi Miss Wright ! Je vais juste vous donner une cuiller de pimentine. Vous êtes encore trempée.
Elle lui fit avaler une potion très épicée. Heather en eut les larmes aux yeux, et une grande chaleur se répandit en elle. Elle ne se rendit pas compte cependant que de la fumée lui sortait carrément des oreilles.
- Allez ! Dehors maintenant ! Et filez immédiatement mettre des vêtements secs ! ordonna l'infirmière en poussant Heather vers la porte.
Heather l'entendit se diriger vers Harry, et celui-ci protester comme elle semblait vouloir jeter les restes de son balai. Elle se dirigea vers son dortoir et se changea. Mais ne bougea plus avant le repas du soir. Elle avait deux mystères de plus à élucider, et ne savait pas si elle pouvait parler de ceux-là à ses amies.
