Crédits : Ce chapitre est directement inspiré du film des studios Disney : A nous quatre (en VO The parent trap). J'en ai repris toute la première partie en ne modifiant que quelques éléments, et bien sûr en changeant le point de vue.


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Le camp Cluster pour filles

Heather regarda un moment ses parents en se donnant l'air effarée. Elle savait pourquoi ils lui demandaient ça, mais il n'empêchait qu'elle se sentait un peu trahie par cette exclusion. Elle décida donc de jouer un peu avec les nerfs de ses parents.
- Si je comprends bien, dit-elle d'un ton peu naturel, je ne vous ai en fait pas manqué une seconde !
- Quoi ? fit son père qui ne s'attendait pas à cette remarque.
- Oui, vous disiez que je vous avais manqué pendant ces mois passés à Poudlard, mais à peine revenue, vous me réexpédiez immédiatement le plus loin possible de vous… j'en déduis donc que je n'ai pas dû vous manquer tant que ça.

Les Wright étaient blêmes. Ils n'avaient visiblement pas pensé que Heather pourrait prendre la chose sur ce ton.
- Mais… mais non chérie… ce n'est pas ça ! essaya de se défendre Mrs Wright. C'est que ton père et moi nous allons être…
- … très occupés, oui ! coupa Heather. Merci ! J'ai bien entendu ce passage. Mais je suis curieuse de savoir comment une enseignante d'école primaire peut-être occupée en pleine période de vacances scolaires !
- Euh… hésita-t-elle en lançant un regard furtif vers son mari. Tu sais ma puce… il y a différentes façons d'être occupé et…

Heather ne tint pas plus longtemps et éclata de rire devant le visage rougissant de sa mère.
- Ca va ! Ca va ! fit-elle secouée par son hilarité. Je vous faisais marcher ! Bien sûr que ça m'intéresse d'aller dans ce camp de vacances ! Et puis vous avez bien droit à un peu d'intimité pour votre quinzième anniversaire de mariage !

Heather se retrouva donc, au premier août, à l'entrée du camp Cluster. Un camp de vacances réservé aux jeunes filles de dix à quinze ans. Situé au bord d'un assez grand lac des Monts Cambrians, au nord du Pays de Galles. Le camp était entouré d'une forêt de feuillus qui commençaient déjà doucement à prendre les couleurs mordorées de l'automne. Il y avait plusieurs cabanons en bois parsemés de façon un peu chaotique. Des autocars amenaient des jeunes filles de diverses grandes villes comme Londres, Birmingham, Liverpool, Manchester ou même Glasgow. Les jeunes filles étaient réparties à cinq ou six par dortoirs, qui portaient des noms d'animaux. Dans la grande bousculade de l'arrivée, Heather observa les conducteurs des autocars jeter les sacs de voyage sur de gros tas, et certaines filles peu habituées des camps de vacances se retrouver à attendre que leur sac soit dégagé de la dizaine d'autres se retrouvant au-dessus. Debout sur une estrade, une femme qui devait avoir à peu près l'âge de la mère de Heather s'époumonait dans un mégaphone à appeler les noms des jeunes filles et leur indiquer leur dortoir. Un des chauffeurs de car, visiblement exaspéré passa à côté d'elle, et elle comprit ce qui pouvait ennuyer le pauvre chauffeur. En effet, il était suivi comme son ombre par un… garçon !
- Mes parents ont dû faire une erreur quand ils m'ont inscrit ! Se plaignait-il. Mais le problème c'est que je n'ai pas l'argent pour me payer un billet de train de retour, donc si vous acceptiez de me ramener chez moi…
- Écoute petit ! répondit le chauffeur à bout de nerfs. Même si je le voulais, je ne pourrais pas ! Et je n'ai pas vraiment envie d'avoir encore un gamin sur les pattes pendant je ne sais combien d'heures ! Ca m'a bien suffit de toutes ces pestes qui n'arrêtaient pas de pousser des piaillements suraigus ! Alors va plutôt voir avec les responsables du camp !
- Adrian Jones ! Hurla la voix dans le mégaphone.
Il y eut un instant de flottement quand le garçon s'avança vers l'estrade. La monitrice prit une minute pour discuter un peu avec lui, puis le fit se mettre en retrait, le temps qu'elle termine l'appel.

Peu à peu, les noms avançaient dans l'alphabet et les tas de sacs de voyages s'amenuisaient. Enfin, alors qu'il ne restait plus beaucoup de monde. Heather fut appelée.
- Heather Wright !
- Ici ! fit Heather en levant la main.
- Dortoir des cerfs.
En un sens, cela ne surprit pas trop Heather. Elle s'attendait également à la possibilité d'être envoyée dans le dortoir des lions. Elle prit son sac et alla résolument vers les dortoirs, à la recherche de la porte portant le dessin d'un cerf. Elle finit par le trouver. Il y avait quatre autres fillettes dans la chambrée et deux lits de vides. Heather en choisit un et se présenta aux autres.
Claris Clay était l'aînée et devait avoir quinze ans. Elle sembla assez hautaine à Heather qui la catalogua comme une Romilda Vane bis. Diana Hart était elle la plus petite et n'avait eu dix ans que quelques jours plus tôt. Sandy Lewis et Ginger Lakewood qui étaient en pleine discussion, avaient apparemment le même âge que Heather, et étaient visiblement déjà amies avant d'arriver au camp. Heather avait fini de s'installer quand la porte du dortoir s'ouvrit. La monitrice qui faisait l'appel arriva avec deux autres.
- Mesdemoiselles. Fit la femme d'une voix fatiguée. Nous avons un léger souci, et je crains qu'il ne vous faille partager votre dortoir avec Monsieur Adrian Jones.
Le garçon malchanceux apparu alors derrière les monitrices, soulevant un tollé de protestations, de la part de Clay, Lewis et Lakewood. Les monitrices les calmèrent et installèrent des rideaux de douche autour du sixième lit.
- Ainsi, l'intimité de chacun pourra être respectée ! dit la femme qui semblait être la chef des monitrices.

Finalement, et malgré les protestations des filles. L'intégration d'Adrian se fit assez bien. D'autant que l'ensemble du camp eut un autre sujet de discussion bien plus intéressant. On était le premier après-midi, et Heather s'était inscrite dans le groupe qui pratiquait l'escrime. Plusieurs duels furent organisés. Heather réussi à battre une fille du dortoir des écureuils, mais se fit battre juste après par Adrian qui remporta encore deux matchs avant de se faire battre par une fille du dortoir des aigles, Annie James. Une fille aux manières un peu ampoulées selon Heather, mais pas particulièrement antipathique. Quand elle eut gagné, personne n'osa lui disputer son titre, si ce n'est une fille du dortoir des dauphins, Aline Parker, qui arrivait tout droit de New York.
- Y a même des enfants qui viennent des États-Unis dans ce camp ! s'étonna Heather.
- Oh ! Y a qu'elle ! assura Adrian. Mais c'est vrai que le camp est assez réputé, même à l'étranger.

Les deux filles, une fois habillées et masquées se firent face. La monitrice donna le signal du départ, et ce fut un véritable festival. Apparemment, elles étaient aussi douées l'une que l'autre, et impressionnèrent tout le monde par leur duel qui sortit largement du cercle pour se finir… dans l'abreuvoir à côté d'un des cabanons. C'était l'américaine qui l'avait emporté en faisant tomber sa rivale. Celle-ci, trempée, saisit la main que la gagnante lui tendit sportivement et l'entraîna avec elle à la flotte. Les deux filles, furieuses l'une envers l'autre, se tournaient le dos alors qu'elles enlevaient leur masque. La monitrice insista pour qu'elles se serrent la main. Et alors qu'elles se retournaient. Tout le monde put constater à quel point les deux filles se ressemblaient. Certes, l'une avait les cheveux longs et l'autre jusqu'aux épaules. Mais à part ça, elles étaient parfaitement identiques. Cependant, cette étrange coïncidence ne sembla pas leur plaire, et dès lors, la guerre fut engagée. Le soir-même, Annie vint défier Aline au poker. Lors des enchères jeu en main, Annie, sûre d'elle, proposa que la perdante prenne un petit bain de minuit. Aline, apparemment très sûre d'elle également accepta et dévoila une quinte flush avec l'as, le deux, le trois, le quatre et le cinq de carreau. Tout le monde voyait déjà Annie piquer une tête, mais celle-ci posa ses cartes : dix, valet, dame, roi et as de pique. Ce fut à l'américaine de plonger. Elle s'exécuta courageusement, mais les autres disparurent aussitôt qu'elle eut la tête sous l'eau, emportant tout ses vêtements.
Le lendemain, Aline éternuait bruyamment toutes les cinq minutes. Mais son regard laissait comprendre qu'elle n'en resterait pas là. En effet, lorsque Heather rentra d'une séance de natation, elle aperçut, en passant devant le dortoir des aigles les lits fixés sur le toit du cabanon, un drapeau américain trônant fièrement au dessus du bâtiment. Heather pouffa et se dépêcha de disparaître des lieux du crime. Elle n'avait aucune envie d'être accusée à la place d'une autre.
La nouvelle fit le tour du camp en moins de temps qu'il n'en fallait pour dire Johnny Depp. Les filles du dortoir des aigles, à défaut de pouvoir prouver la responsabilité de celles du dortoir des dauphins, durent elles-même tout remettre en ordre. Elles y passèrent la majeure partie de l'après-midi.
Le lendemain matin, arriva la goutte d'eau qui fit déborder le vase. La chef des monitrices et deux autres firent le tour des chalets pour une inspection surprise. En entrant dans le dortoir des dauphins, elles reçurent le contenu d'un sceau de chocolat liquide sur la tête, et furent passées à la mélasse et aux plumes. Mais apparemment, ce n'était là que trois des nombreux pièges que les aigles avaient tendu pendant la nuit, et destinées aux occupantes du dortoir incriminé. Les deux sosies furent envoyées directement dans la cabane d'isolation pour la fin de la semaine. Dès lors, le camp retrouva le calme.

De son côté, Heather évitait d'avoir trop de contacts avec les autres filles. Il était toujours gênant de répondre à des questions du style : « Où vas-tu à l'école ? » ou encore : « C'est quoi ta matière préférée ? » Bien sûr, quand de telles questions arrivait, Heather n'hésitait pas une seconde et mentait comme une arracheuse de dents. Mais ça lui faisait inévitablement penser à ses amies Linda et Morgan, et après coup, elle déprimait. Du fait, elle choisissait de s'inscrire essentiellement dans des sports se pratiquant chacun pour soi, ou à la limite, en duel. C'est ainsi qu'elle se découvrit à la fois un don et une véritable passion pour l'escalade (1). Dès son premier cours, elle escaladait sans problème des murs de catégorie intermédiaire. Elle y retourna aussi souvent que possible et à la fin de la première semaine, elle arrivait à grimper le mur expert, qui avait notamment un passage incliné dans le vide particulièrement difficile et disposait en général de prises réduites et assez espacées.

La deuxième semaine au camp ressembla beaucoup à la première, si ce n'est que la rivalité entre les deux sosies avait cessé. Personne ne sut ce qu'il avait bien pu se passer dans la cabane d'isolement, mais les deux filles en étaient ressorties parfaitement complices, et plus ressemblantes que jamais, Annie s'était fait couper les cheveux et percer les oreilles et elles passèrent toute la semaine qui leur restait collées l'une à l'autre. De son côté, Heather attendit impatiemment le vendredi matin, car elle s'était inscrite pour une randonnée-escalade. Deux monitrices accompagneraient les volontaires jugées aptes vers une falaise où elles pourraient tester leurs aptitudes à l'escalade en conditions réelles.
Mais avant cela, elle dut faire ses preuves. En effet, s'étant inscrite comme débutante la semaine dernière, les monitrices n'étaient pas très enclines à lui accorder le droit de participer à cette journée. Mais force fut de constater qu'elle escaladait aussi bien, sinon mieux que des filles qui avaient des années de pratique derrière elles.

Lorsque le grand jour arriva, Heather était excitée comme une puce. Elle fut prête un quart d'heure avant toutes ses camarades. Le car les amena sur un site du versant sud ouest de la montagne. Elles marchèrent ensuite pendant deux heures avant d'atteindre ladite falaise. Et là, Heather prit une claque. Le mur de roche n'avait rien à voir avec le mur artificiel. C'était bien plus impressionnant, et les prises n'étaient pas signalées par des couleurs vives. L'une des monitrices s'harnacha et passa en premier. Elle installa pitons et mousquetons le long du tracé. Heather la regarda progresser, toute en souplesse, comme si elle ne faisait qu'un avec la paroi. Elle observa précautionneusement ses appuis et ses prises, les mémorisa pour son futur parcours. Arrivée en haut, la monitrice renvoya la corde en bas et une autre qui s'était également équipée la passa à sa ceinture. Une à une, les filles accrochèrent l'autre extrémité à leur baudrier et entamèrent l'ascension. Heather en laissa passer plusieurs, dont une qui était également bien plus douée qu'elle, pour observer leur progression, et noter dans certains cas, les erreurs à ne pas faire. Puis vint son tour.

Elle se laissa harnacher par la monitrice, tout en se concentrant, et en respirant profondément pour évacuer son appréhension. Puis elle se lança. Les premiers mètres ne furent pas très difficiles. Mais elle dévia légèrement du parcours idéal et se retrouva au bout d'un moment assez loin de la prise suivante. Avec une lenteur et une précaution extrême elle ramena son pied gauche sur l'appui de son pied droit, et sa main gauche à la prise de sa main droite. La moitié du corps dans le vide, elle s'étira vers la prise à atteindre, mais il allait malgré tout lui manquer quelques centimètres. Elle assura son appui, se replia légèrement, puis fit un truc qui faillit causer une crise cardiaque à la monitrice. Elle bondit jusqu'à la prise qu'elle souhaitait atteindre. Elle s'y agrippa de toutes ses forces, les jambes dans le vide patinant à la recherche d'un appui sûr. Elle crut un instant qu'elle n'en trouverait pas et tomberait, mais elle finit par se stabiliser. Souffla, et reprit son ascension.
Un autre passage difficile se présenta bientôt. Un peu après un replat où elle eut le loisir de souffler un peu, cette fois la roche partait sur l'extérieur, comme pour le mur expert au camp. Suspendue au-dessus du vide, elle avançait prudemment, prenant garde à ne décoller qu'un pied à la fois de la paroi, et à ne décoller l'autre que lorsque le précédent avait trouvé un bon endroit où se fixer. Si son pied d'appui lâchait, c'était fini, elle pouvait se laisser tomber, elle ne réussirait jamais à reprendre appui sur la roche. Le plus délicat, à ce stade, fut lorsque la paroi redevint verticale. L'angle était nettement plus prononcé que sur le mur d'entraînement.
Heather repéra de bonnes prises sur la partie verticale où elle accrocha ses mains. Elle ramena ses pieds sur les prises les plus proches du bord de la paroi oblique. Elle avait ainsi les fesses dans le vide. Elle avait déjà repéré de nouvelles prises pour ses mains. Elle donna l'impulsion et tendit les bras aussi haut qu'elle put. Sa main droite rata la prise recherchée, mais elle put accrocher la gauche à une autre, un peu plus basse. Le problème était qu'alors elle ne pourrait se hisser à la force des bras pour amener ses pieds sur la roche Elle décida donc de lever la jambe droite à l'horizontale, de sorte qu'elle soit au niveau du bas de la paroi. Elle chercha un appui à tâtons et fini par en trouver un. Dès lors, elle poussa comme elle put pour se redresser, tout en cherchant des prises plus hautes avec les mains. Elle réussit, souffla, et termina l'ascension, bien plus facile à partir de ce point. Ce fut néanmoins à bout de force et de souffle qu'elle arriva au sommet.
La vue de là haut était magnifique, on voyait même le lac, plus bas à l'est.

En attendant que tout le monde fût monté, les filles commencèrent déjà leur pique-nique. C'est qu'il était près de treize heures, et qu'il restait encore cinq filles plus la monitrice en bas.
Quand tout le monde fut arrivé en haut et rassasié, soit environ une heure et demie plus tard, elles regagnèrent un chemin proche et redescendirent la montagne par un trajet nettement plus accessible. La monitrice qui était restée en bas sermonna Heather pour les risques qu'elle avait pris, mais dût également la féliciter pour avoir réussi du premier coup, ce qui n'avait pas été le cas de deux autres, pourtant plus expérimentées.

Avec le dimanche, arriva l'heure des au-revoir. Heather, qui avait tout fait pour, n'avait pas d'amie qu'elle regretterait vraiment, elle salua néanmoins ses camarades de dortoirs, y compris Claris Clay, qui finalement, n'était pas si méchante que ça et fondit même en larmes en faisant ses adieux à Adrian, qui avait finalement été la mascotte du dortoir des cerfs. Claris le maternait, Sandy et Ginger en était tombées amoureuses ce qui n'avait pas pour autant entamé leur amitié, et Diana était devenue très complice avec lui et ils faisaient les quatre cents coups ensemble, reprenant le flambeau d'agitateurs après que les deux sosies se soient calmées.

Finalement, Heather admit qu'elle ne garderait que de bons souvenirs de cette colonie, une nouvelle passion, et aussi deux ou trois idées à mettre en application si les Serpentard lui cherchaient des poux dans la tête cette année encore !


(1) : L'idée de faire faire de l'escalade à Heather m'est inspirée de la fanfiction d'Alohomora intitulée "Les Portes" publiée sur ce site. Une excellente fic sur l'époque des Maraudeurs que je vous conseille grandement de lire.