16
Le désarroi de Harry
Heather déboucha au deuxième étage, non loin de la sorcière borgne, et elle se dirigea tranquillement, l'air de rien, vers la salle commune de Gryffondor. Elle y retrouva Ron et Hermione qui avaient été amenés juste à côté du bureau des préfets. Ils avaient croisé Millicent Bulstrode et Ombrage elle-même, mais elles n'avaient rien à leur reprocher, puisqu'ils ne venaient pas du septième étage. Par contre, Harry ne revenait pas, et Heather se demanda ce qu'il en était. Si le fayot qui était allé les balancer avait dit que Harry était leur chef, il était certain que même en faisant des détours, il n'échapperait pas à un interrogatoire poussé. En plus, c'était lui qui avait la Carte du Maraudeur, donc il leur était impossible de savoir où et avec qui il se trouvait.
Ils attendirent près d'une heure, de plus en plus inquiets. Quand Harry passa enfin le cadre de la Grosse Dame, sa mine déconfite les alarma encore plus.
- Harry ! s'écria Hermione. Que s'est-il passé ? Tu t'es fait attraper ? Ils t'ont interrogé ? Tu n'es pas renvoyé j'espère ?
Harry secoua la tête.
- Moi ça va. Mais…
- Calmons nous ! dit Heather surtout à l'attention d'Hermione, mais aussi de Ron qui semblait lui aussi prêt à poser mille questions. Je pense que ce serait mieux, Harry, si tu nous racontais dans l'ordre tout ce qui t'es arrivé depuis que tu as pris le passage secret.
Harry prit une profonde inspiration et se lança.
- En sortant du passage, je me suis retrouvé vers le bureau de McGonagall. Je me suis dit c'était pas mal éloigné de la bande de Serpentard qui nous courrait après, mais j'ai tout de même essayé de prendre un chemin éloigné des endroits où ils patrouillaient la dernière fois que j'avais consulté la Carte. Je préférais ne pas la réutiliser, en cas de problème, cette Carte m'aurait valu encore plus d'ennuis.
- Et alors, t'as pu échapper aux Serpentard et à Ombrage ? demanda Ron impatient.
- A eux, oui, répondit Harry. Mais je suis tombé sur cette plaie de Rusard, il m'a pris par le bras et m'a menacé de toutes sortes de tortures en m'entraînant vers le bureau du directeur. Là, Ombrage nous a rejoint précédée par Miss Teigne. Elle a renvoyé Rusard et nous a fait monter dans le bureau de Dumbledore. Il y avait le professeur McGonagall, Cornelius Fudge, Kingsley Shacklebolt, un autre auror et Percy qui devait servir de greffier.
- Ah le sale petit rat puant ! s'indigna Ron.
- Non, Ron, le corrigea Hermione. Le rat puant c'était Queudver, et j'ose espérer que Percy ne soit pas encore tombé aussi bas que lui. Alors, qu'est-ce qu'il s'est passé Harry ?
- Quand Fudge m'a demandé si je savais pourquoi j'étais là, j'ai joué les idiots, sur tes conseils Heather, et aussi ceux de Dumbledore qui avait secoué la tête presque imperceptiblement. Fudge a parlé d'une organisation illégale d'élèves. C'est alors qu'Ombrage est allée chercher notre mouchard, et vous devinerez jamais qui c'est ! Marietta ! La copine de Cho !
Un certain ressentiment pouvait se sentir au moment où Harry avait dit cela.
- En tout cas Hermione, ton sortilège a été efficace ! lui sourit-il.
- N'est-ce pas ? sourit-elle en retour. Elle n'aurait pas pu s'en cacher.
- Euh… et qu'est-ce qu'elle avait, exactement ? demanda Heather.
- Elle avait le mot cafard écrit sur le visage à coup de pustules énormes !
- Bien fait pour elle ! ragea Ron. Et alors, qu'est-ce qu'elle a dit ?
- Marietta, reprit Harry. Plus rien. Elle avait trop peur que d'autres pustules apparaissent. Alors Ombrage a expliqué ce qu'elle lui avait dit. Rien de bien compromettant sur l'AD : juste qu'une réunion devait avoir lieu ce soir, elle n'a pas parlé plus longuement de ce que nous faisions. Le problème, c'est que Ombrage avait bel et bien eu quelqu'un qui l'avait informée de ce qui s'était dit à la Tête de Sanglier. Willy Larebrouss. C'est pour ça qu'il a été disculpé pour les histoires de toilettes régurgitantes. Là, Dumbledore a été magistral. Il a souligné le fait qu'à l'époque, notre rassemblement n'était pas illégal, puisque le décret n'avait pas encore vu le jour, et que comme tu l'avais fait remarquer, Heather, toute autre réunion jusqu'à la date du huit janvier et ce en vertu des droits que tu as justement fait valoir lors de ta grande manifestation en début d'année scolaire.
- Donc c'est génial ! Fudge n'avait rien à nous reprocher !
- Ils ont ensuite parlé des séances suivantes, dit Harry. Et Ombrage a posé la question à Marietta, et c'est là que aussi bien Marietta que moi avons vu la faille dans la question et dans le décret numéro vingt-quatre : les réunions n'étaient pas régulières, et donc elle n'a pas pu répondre par l'affirmative. A ce moment là, j'étais certain que nous étions tirés d'affaire mais…
Harry marqua une pause. Ron et Hermione qui avaient souri à la phrase précédente retrouvèrent un visage sombre.
- …Mais quand ils en sont venus à la réunion de ce soir, Ombrage a admis que la salle était vide lorsque elle et Parkinson sont entrés dans la Salle sur demande, cependant, ils ont retrouvé les restes du parchemin sur lequel nous avions tous signé.
- Mais il avait été brûlé ! dit Hermione. Ils ne pouvaient rien en faire.
- Ombrage à réussit reconstituer l'en-tête, qui laissait apparaître les mots Armée de Dumbledore, dit alors Harry d'une voix lugubre.
Hermione mit la main devant sa bouche, et Heather sentit un frisson lui parcourir l'échine. Cependant, Harry retrouva un petit sourire.
- Dumbledore n'a même pas cherché à nier. Il a admis qu'il avait formé ce groupe pour lutter contre le ministère. Fudge semblait au comble de la félicité. Et quand il a parlé d'emmener Dumbledore à Azkaban, celui-ci a continué à sourire et a dit qu'ils en arrivaient à une "petite difficulté". Il a alors calmement affirmé à Fudge qu'il n'avait pas l'intention de se laisser faire, mais le plus fort, c'était son plaidoyer, il a bien précisé qu'il pourrait se laisser amener à Azkaban, que ça ne lui poserait aucun problème de s'en évader, mais qu'il n'avait pas envie de perdre son temps et qu'il avait des choses plus utiles à faire à la place !
Hermione était atterrée, Ron et Heather étaient écroulés de rire, et même Harry avait du mal à se retenir.
- Vous auriez dû voir leur tête ! Fudge était en rage, et il demanda à Dumbledore s'il comptait vraiment affronter Shacklebolt, Dawlish – c'est l'autre auror – lui et Ombrage. Dumbledore a assuré que tant qu'ils ne seraient pas assez idiots pour s'opposer à lui, il ne comptait rien leur faire, McGonagall voulait ajouter qu'elle défendrait Dumbledore, mais celui-ci lui ordonna de ne rien faire, que les élèves ici avaient besoin d'elle. Ensuite, tout s'est passé très vite : McGonagall nous a tiré, moi et Marietta hors de portée des sortilèges, Shacklebolt a modifié la mémoire de Marietta, et Dumbledore a assommé Fudge, Ombrage, Percy, Dawlish et Shacklebolt. Il a donné quelques consignes à McGonagall, puis il est parti alors que les autres allaient se réveiller.
- Grandiose ! s'exclama Ron. J'aimerais pouvoir faire ça moi aussi plus tard !
- Vu comme tu fais tes devoirs et que tu révises tes cours, c'est pas demain la veille ! se moqua Hermione. Mais je dois admettre qu'il a un sacré culot Dumbledore. Tenir ainsi tête au pouvoir en place. Il faut qu'il ait une totale confiance en ses capacités.
- Quoi qu'il en soit, il n'est plus là, dit Harry qui avait à nouveau cessé de sourire. Et je suis prêt à parier que c'est pas McGonagall qui va le remplacer en tant que directrice.
Harry avait raison, dès le lendemain, des écriteaux affichaient partout que Ombrage remplaçait Dumbledore. De plus, les Serpentard gravitant autour de Malefoy constituaient ignominieusement ce qui s'appelait la Brigade Inquisitoriale et avaient le droit de retirer des points comme bon leur semblait. Grey, Parkinson frère et Montague sœur en faisaient partie et avaient retiré une vingtaine de points à Heather sous des prétextes aussi fallacieux que de les avoir regardé de travers ou d'avoir répliqué sur un ton provoquant. Mais le plus impressionnant était de voir que tout le monde semblait au courant de ce qu'il s'était passé la veille dans le bureau du directeur, avec une précision des détails assez impressionnante. Bien sûr, Heather en avait parlé à Abigail et Rebecca, et sans doute Ron l'avait-il répété à ses frères et sa sœur. Mais qui avait bien pu aller raconter la scène aux Serdaigle de l'année de Heather ?
A midi, dans la Grande Salle, Heather attendait avec impatience l'arrivée de Harry, Ron et Hermione qui devaient revenir d'un cours de botanique. Mais à peine ceux-ci avaient-ils pénétré dans la Grande Salle que Rusard entraîna à nouveau Harry à l'extérieur. Heather interrogea du regard les deux autres, mais ceux-ci ne semblaient pas en savoir plus qu'elle. Ils lui apprirent juste qu'apparemment Ombrage voulait voir Harry. Ils commencèrent à manger quand une détonation retentit en provenance du hall. Tout une série de pétarades se fit entendre et la Grande salle dans son entier se déversa dans le hall. Aux étages, des feux d'artifice magiques avaient été allumés et fusaient dans tous les sens : il y avait des dragons et des chauves-souris composés d'étincelles colorées, des soleils qui tourbillonnaient à toute vitesse, des fusées qui sifflaient et rebondissaient sur les murs. Au deuxième étage, Heather aperçut Ombrage qui tenta de stupéfixer une fusée. Grave erreur ! Le projectile explosa violemment carbonisant une pauvre toile qui n'avait rien demandé à personne. Sous le nez de Heather, un dragon et une fusée se heurtèrent et de leur rencontre jaillit une dizaine d'hirondelles bleues filant dans tous les sens, l'une d'elle passa entre Heather et Alicia Spinnet pliée de rire et manqua de brûler la robe de Charlotte Hornet qui poussa un hurlement de goret qu'on égorge.
De l'après-midi, pas un professeur ne fit le moindre geste pour aider Ombrage à se débarrasser des pétards et autres animaux d'étincelles qui vagabondaient dans le château. En fait, quand trois cierges magiques pénétrèrent dans la classe de Sortilèges, en fin de journée, le professeur Flitwick se contenta d'envoyer Matthew Cunning chercher le professeur Ombrage. Il ne revint avec elle qu'une bonne demi-heure plus tard, alors que le cours touchait à sa fin. Heather faillit éclater de rire. Ses cheveux étaient tout éméchés et certains étaient même roussis. Elle avait les mains noires de suie et était toute essoufflée.
- Vous m'avez fait appeler ? demanda-t-elle.
- Oui ! Il se trouve que trois cierges magiques sont venus perturber mon cours. Auriez-vous l'obligeance de nous en débarrasser, Madame la directrice ? demanda le petit professeur de sa voix flûtée.
Ombrage se saisit d'un râteau qu'elle avait dû emprunter au professeur Chourave – pour rien au monde elle ne serait allée demander quelque chose à Hagrid – et essaya de faire passer les cierges par la fenêtre que Narasimban n'avait ouverte qu'après l'avoir laissée se débattre, et uniquement parce qu'elle le lui avait ordonné. Mais les cierges mirent toute la mauvaise volonté du monde à se faire chasser de la salle de classe. L'un d'eux vint cracher ses étincelles magiques au visage de la "directrice intérimaire" comme avait décidé de l'appeler Heather. Mais elle finit par les chasser tous les trois, juste au moment où sonnait la fin du cours. Elle s'assit pour reprendre son souffle tandis que les élèves s'empressaient de quitter la pièce. Heather dans le couloir aperçut Harry et l'interpella.
- Viens par là Harry ! Tu vas voir quelque chose qui devrait t'intéresser !
Ils se redirigèrent vers la salle de Sortilèges, de toute façon, elle était sur le chemin que comptait emprunter Harry, et virent sortir Ombrage le visage noirci, suivie par le professeur Flitwick qui disait :
- …Certes j'aurais pu me débarrasser moi-même de ces cierges magiques, mais je n'étais pas sûr d'avoir l'autorité nécessaire pour cela.
Harry et Heather passèrent rapidement avant d'éclater de rire.
Le soir, dans la salle commune, les jumeaux furent acclamés en héros, même Hermione les félicita et proposa à Harry et Ron de laisser les devoirs de côté pour ce soir.
Heather par contre, proposa à Harry une petite séance de légilimancie/occlumancie pour le préparer au cours qu'il aurait le lendemain avec Rogue. Ils pratiquèrent la chose discrètement, assis à leur place, tandis que Ron et Hermione s'affrontaient aux échecs. Tous deux avaient progressé. Harry opposait maintenant des défenses psychiques très solides, mais Heather parvenait en forçant bien, à en faire plier certaines. C'est ainsi qu'elle vit que Harry faisait toujours le rêve à propos du Département des Mystères.
- Je sais ! Pourtant je ferme mon esprit en me couchant, expliqua Harry. Mais ça n'empêche pas que je continue à faire ces rêves.
- Tu devrais en parler à Rogue demain, proposa Heather. Peut-être pourra-t-il t'indiquer un truc pour te protéger même lorsque tu es endormi.
Harry se leva le lendemain et expliqua qu'il avait de nouveau fait le rêve, et que cette fois, il était encore allé plus loin. Mais Heather le rassura, Rogue ne lui dirait rien. Après tout, il avait pu lui-même constater les progrès faits par Harry lors de leur dernière séance. Pourtant, le soir, quand Harry revint du bureau de Rogue, il avait une petite mine, et il ne mangea pas beaucoup. Heather essaya de lui parler, mais il s'esquiva dans sa chambre. Et quand elle et Ron arrivèrent et lui demandèrent si ça allait bien, il évita la question en disant qu'il était fatigué. Si la réponse suffit à Ron, Heather, elle, sentait qu'il y avait autre chose. Mais elle n'insista pas plus pour l'instant.
Le samedi matin, c'était le premier jour des vacances de Pâques. Par ordre du ministre, et en vertu de l'État d'Alerte, tous les élèves devraient passer les vacances à Poudlard. Heather avait quelques devoirs à faire pour la reprise des cours, mais avec l'aide de Rebecca et d'Abigail, ils seraient vite réglés. Aussi les trois filles profitèrent de leur journée pour faire le point sur leurs explorations.
- Alors ! fit Abigail. Grâce à nos dernières explorations et à une brillante idée de Becky, nous avons maintenant un plan qui n'a plus grand chose à envier à celui des Maraudeurs si l'on excepte bien sûr le fait qu'il n'affiche pas le nom de chaque personne se trouvant dans le château. Il y a cependant une partie du château qu'il reste à explorer et qui va nous demander sans doutes mille précautions et nous prendre beaucoup de temps, puisqu'il s'agit des cachots !
- Quoi ! s'exclama Rebecca. Mais c'est le territoire des Serpentard ! Si on s'y fait prendre par un membre de la Brigade Inquisitoriale, on aura de sérieux ennuis.
- Du calme Becky ! reprit Abigail. Je n'ai jamais dit qu'on ferait ça tout de suite. En fait, je pensais garder ça pour l'année prochaine. Ce sera notre sujet de recherche principal.
- Mais on va s'ennuyer si on ne fait plus rien d'ici à la fin de l'année ! dit Heather.
- Qui a dit que l'on ne ferait rien ? Les Feuxfous Fuseboum des jumeaux m'ont donné une idée. On va en faire baver à Ombrage et Rusard. Ils croyaient qu'ils seraient tranquilles maintenant que Dumbledore est parti ! Oh que non ! Ces vacances ne seront qu'un bref répit. Je peux vous assurer que à la fin de l'année, Ombrage elle-même demandera à quitter Poudlard !
Après le conciliabule des trois amies, celles-ci se rendirent à la Grande Salle pour le repas de midi. Heather remarqua que Harry n'avait toujours pas le moral, et en attendant de l'interroger plus avant, elle demanda des précisions à Hermione.
- Apparemment, il s'est disputé avec Cho hier au sujet de Marietta.
Heather laissa passer le repas puis demanda à Harry s'il voulait bien la rejoindre dans la salle de la Dame Bleue. Rebecca et Abigail voulaient y aller aussi, mais elle leur demanda de leur laisser quelques instants pour qu'ils puissent discuter tranquillement.
- Alors… Hermione m'a dit que tu t'étais disputé avec Cho !
- Oui ! répondit Harry. On s'est emportés parce qu'elle essayait de trouver des excuses à son amie et qu'elle a accusé Hermione de perfidie. Cette fille est jalouse comme un pou ! En plus sans raison ! Elle sait très bien que Hermione n'est qu'une amie.
- Ah, que veux-tu frérot ! Les filles, c'est souvent comme ça. Mais j'ai l'impression que ce n'est pas ta dispute d'avec Cho qui te met d'humeur si maussade. Du moins pas uniquement. Je me trompe ?
Harry la regarda un moment et semblait se demander s'il allait parler ou tout garder pour lui.
- Non, tu as raison, il y a autre chose. Je ne voulais pas en parler à Ron ou à Hermione, mais toi, je pense que tu as le droit de savoir. Hier, quand je suis allé chez Rogue, on allait commencer le cours quand Malefoy est arrivé. Il venait de retrouver Montague dans un sale état. Rogue et lui sont alors repartis aussi sec, me laissant seul dans le bureau. J'allais partir, et puis la pensine a attiré mon attention. J'avais tellement envie de savoir ce que Rogue pouvait vouloir me cacher. Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour plonger dans un de ses souvenirs…
Harry s'arrêta. Apparemment, il n'avait guère envie de raconter plus avant ce qui s'était passé.
- Si… Si tu as du mal à raconter, peut-être pourrais-tu me laisser voir ? proposa Heather.
Harry acquiesça et la laissa donc plonger dans ce souvenir qui n'était pas vraiment le sien. Elle revit l'épreuve de Défense des BUSEs de 1976. Elle sentit la joie de Harry au moment où il s'était retrouvé face à son père. Elle vit Remus plaisanter sur la question à propos des loups-garous et James jouer avec le Vif d'or. Jusque là, rien de bien traumatisant. Mais quand James et Sirius attaquèrent Rogue, elle sentit toute la déception qu'avait éprouvé Harry de voir son père se conduire ainsi. Elle ressentit un regain de fierté quand Lily prit la défense de Rogue, mais à nouveau, un profond désespoir quand elle cria après James qu'il la faisait vomir.
Un profond silence s'installa quand Heather rompit le contact. Finalement, ce fut Harry qui parla le premier.
- J'avais toujours pensé que Rogue déformait les choses quand il disait que mon père était un crétin arrogant qui se pavanait dans l'école. Mais là… Il… Il se comportait exactement comme Malefoy. Et puis tu as vu ce que Maman lui a dit. Elle le détestait. Je me demande s'ils s'aimaient vraiment où si Papa n'aurait pas…
- Quoi ? demanda Heather. Tu crois qu'il lui aurait forcé la main ? Franchement, ça m'étonnerait. Et puis… si on lit à travers les lignes…
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a à lire à travers les lignes ? demanda Harry d'un ton morne.
- Et bien… Sirius et Remus ignoraient que Papa avait piqué ce Vif d'or, pourtant, Maman en a parlé quand elle l'a sermonné. Donc ça voulait dire qu'elle l'observait. Et si elle l'observait, et qu'elle n'a pas réagit avant qu'il n'attaque Rogue, c'est qu'elle ne devait pas vraiment trouver à critiquer qu'il s'amuse avec ce Vif d'or.
- Si t'arrêtais de tourner autour du pot et que tu m'expliquais clairement ce à quoi tu penses, demanda Harry qui hésitait entre agacement et espoir.
- Et bien je crois qu'elle avait, contrairement à ce qu'elle a prétendu, déjà des sentiments pour lui. Seulement, quand lui et Sirius se sont attaqués à Rogue à deux contre un, ça l'a déçue et elle s'est mise en colère. Si tu réfléchis, Hermione ne réagirait-elle pas de la même façon envers Ron, si lui était à la place de Papa, toi à celle de Sirius, et Malefoy à la place de Rogue ?
- Si… Probablement, dit Harry après un instant de réflexion.
- Alors tu vois, tu n'as pas à t'en faire pour ça. Même s'ils se disputaient à l'époque, ils ont sans doute fini par admettre les sentiments qu'ils avaient l'un pour l'autre. Si tu veux, on pourra demander confirmation de cela à Sirius.
- Parlons-en de Sirius ! C'est lui qui a entraîné Papa. Et Remus ! Il aurait pu réagir ! Ils l'ont attaqué sans raison, et ça les faisait rire !
- Harry ! souffla Heather. Tu sais quel est ton problème ? Tu prends tout au pied de la lettre. Honnêtement, je doute que Papa et Sirius l'aient attaqué s'il ne leur avait rien fait avant. Ils étaient en cinquième année, sans doute avaient-il un long passé de rivalité avec Rogue, un peu comme toi et Malefoy. Et je suis sûre que Rogue ne devait pas être en reste question crasses et coups bas faits à l'ennemi.
- Oui ! Mais moi je ne me conduirait jamais comme ça ! Même avec Malefoy !
- Et c'est bien dommage ! Pourquoi t'en priver ? Ça soulage de taper sur les cons de temps en temps ! D'autant que tu ne serais pas celui qui a commencé. Tu n'as pas oublié je pense la petite embuscade l'année dernière, le jour de l'examen des baguettes. Parce que moi, je m'en souviens très bien, et je peux te dire que ces larves de Serpentard n'ont pas encore assez payé pour ça ! Et qu'en plus, en ce moment, les mesquineries de la Brigade Inquisitoriale viennent s'ajouter à l'addition, et qu'il faudra bien qu'ils la règlent un jour.
- Mais que veux-tu faire ! Ombrage donnera toujours raison à Malefoy ! On est pieds et poings liés.
- Pour l'instant oui… Mais qui sait, peut-être que plus tard... En tout cas, je veux que tu comprennes que même si les apparences sont contre lui, ne condamne pas Papa parce qu'il a été bête une fois dans sa vie.
Harry fit un faible sourire.
- Tu as sans doute raison !
- Bien sûr que j'ai raison ! répliqua Heather d'un ton qui élargit le sourire de son frère. Alors, fini ce gros chagrin ?
- Ça va aller, merci !
Il serra Heather dans ses bras. Abigail et Rebecca arrivèrent à ce moment là.
- Hum ! fit Abigail pour se faire remarquer. Vous en avez encore pour longtemps à vous peloter ? En plus, c'est bizarre de faire ça entre frère et sœur !
- Abby ! siffla Heather.
- Quoi ? C'est vrai que c'est louche, hein Becky ?
- Je dois admettre que c'est pas très catholique ! se moqua la Poufsouffle.
- Vous allez voir toutes les deux ! grogna Heather. Harry ! Tu te charges de Becky, moi je prends Abby. Sortilège de chatouillis, dosage extra !
- Quoi ! Tu veux me prendre ? s'offusqua Abigail, toujours sur le ton de la moquerie. Mais t'es vraiment une grosse perverse !
Les sortilèges de chatouillis fusèrent dans tous les sens. Et c'est après avoir rit presque jusqu'à l'étouffement que Harry quitta la pièce. Heather et ses amies décidèrent de se rendre dans le parc, tandis que Harry alla rejoindre Ron et Hermione à la bibliothèque.
Le lendemain, Heather prit un bout de papier sur lequel elle écrivit :
Bonjour Hagrid,
Pourriez-vous s'il vous plait essayer de faire venir Sniffle pour une journée, pendant les vacances ? Harry et moi voudrions discuter avec lui de certaines choses qui nous tiennent à cœur.
Merci d'avance,
Heather.
PS : tâchez de me faire parvenir discrètement une réponse précisant si Sniffle pourra venir, et quel jour.
Le soir même, le demi-géant lui glissa un mot après avoir fait semblant de la bousculer malencontreusement. Sirius viendrait dès le lendemain.
Le lendemain matin, alors qu'un temps maussade n'incitait guère à quitter la chaleur de son lit, Heather s'habilla rapidement et se rendit dans la chambre de son frère pour le tirer de son sommeil.
- Heather, qu'est-ce que tu…?
- Viens Harry, on va aller voir Adhara, dit Heather avec entrain.
- Quoi ! Mais j'ai pas envie de… voulu se défendre son frère.
- Oh si ! Je suis certaine que tu as très envie de voir Adhara. Je pense même que ça pourrait éclairer ta lanterne sur des choses que tu as apprises récemment.
Harry dut réfléchir quelques instant avant de pouvoir mettre les pièces du puzzle en place. Finalement, ce fut avec entrain qu'il répondit :
- D'accord ! Descends déjà prendre ton petit déjeuner, je m'habille et j'arrive.
Pour Heather comme Harry, le petit déjeuner fut très frugal. Ils s'empressèrent de se rendre dans la cabane de Hagrid. A peine le demi-géant eut-il refermé la porte que Sirius reprit forme humaine.
- Alors ? demanda-t-il. Que se passe-t-il pour que vous vouliez me voir avec une telle urgence ?
Harry regarda Heather avec étonnement. Celle-ci se sentit obligée de s'expliquer.
- Après notre discussion d'avant-hier, j'ai pensé que le meilleur moyen pour toi de tourner la page serait d'entendre la version d'une personne qui était là. Alors j'ai demandé à Hagrid de contacter Sirius.
- Bien, fit Harry, je… Hagrid, vous voulez bien nous laisser seuls, s'il vous plait ? demanda Harry.
Devant l'air contrit du jeune garçon, le demi-géant ne pu qu'accéder à sa demande et s'en alla vaquer à ses occupations habituelles. Harry expliqua alors à Sirius ce qu'il avait vu dans la pensine de Rogue, et lui parla de la déception qu'il avait eu en voyant le comportement de son père, et la colère de sa mère. Avant de laisser répondre Sirius, Heather lui expliqua ce qu'elle en avait pensé. Elle se disait que ça aiguillerait sans doute Sirius sur sa manière de répondre, mais sa voix trahissait un besoin qu'on lui dise que son point de vue optimiste sur ses parents était juste.
Sirius sourit à la jeune fille.
- Effectivement, dit-il. Nous n'avions pas analysé ça de cette façon à l'époque, mais avec le recul, je crois que Heather doit être dans le vrai en disant que Lily avait déjà des sentiments pour James à l'époque. C'est vrai que nous étions un peu idiots. On détestait Rogue et la plupart de ses amis Serpentard, et on répondait aux coups bas par des coups bas. Ça a duré ainsi jusqu'en fin de cinquième année. Après, d'une part James s'est assagit, nous faisions toujours des blagues à d'autres élèves, mais on se faisait plus discrets, et seulement quand on nous avait provoqué. Ensuite, les relations entre Lily et Rogue s'étaient dégradées, du coup James n'éprouvait plus autant le besoin de l'humilier.
- Les relations entre ma mère et Rogue ! manqua de s'étrangler Harry.
- Tu ne le savais pas ? demanda Sirius avant de se fustiger lui-même. Bien sûr que non, suis-je bête ! Tu ne pouvais pas savoir. Rogue et ta mère étaient amis d'enfance. Ils se connaissaient avant d'entrer à Poudlard, et leur connivence s'est renforcée par la suite car ils étaient les deux meilleurs élèves en cours de Potions. C'est pour ça que de voir James s'en prendre à lui rendait ta mère tellement furieuse. En fait, ton père était jaloux de Rogue, du moins à partir du moment où il s'est rendu compte qu'il aimait Lily. Ce qui était ridicule, car je suis certain que Lily n'a jamais eu plus que de l'amitié pour Rogue.
Harry semblait avoir du mal à digérer la nouvelle, mais Heather elle, passée la surprise de la révélation, trouvait que ça expliquait pourquoi Rogue appelait Lily par son prénom. D'ailleurs, si les sentiments de Rogue allaient plus loin que l'amitié, ça expliquait aussi pourquoi il détestait tant Harry. Voir les yeux de celle qu'il aimait sur le visage de son éternel rival devait être un peu dur à encaisser. Ça pouvait même expliquer pourquoi Rogue avait trahi Voldemort. Quand il avait appris que Lily était devenue sa cible, il ne devait plus pouvoir cautionner les actions du Seigneur des Ténèbres, et ça expliquait même sans doute pourquoi Dumbledore avait une telle confiance en l'ancien mangemort.
- Quand à l'attaque même, reprit Sirius, elle n'était pas complètement gratuite non plus. C'est à la fin de notre cinquième année que la tension entre nous et les futurs mangemorts était la plus palpable. Nous commencions à prendre conscience de ce qui se jouait à l'extérieur de Poudlard, et forcément, nous ne pouvions pas supporter que des camarades de classe soutiennent de telles actions, et parlent même de rejoindre les rangs des mangemorts. De plus, Rogue venait d'essayer de nous faire renvoyer, James, Remus et moi, suite à la "blague" que je lui ai faite en lui expliquant comment passer sous le Saule Cogneur. Certes, je l'aurais mérité, mais James n'avait rien fait, et n'a pas vraiment apprécié que Rogue en profite. Parce qu'à l'époque, pour nous, le seul responsable, c'était Rogue et sa curiosité mal placée.
Quand Harry fut rassuré, ils rappelèrent Hagrid, Ron et Hermione les rejoignirent également un peu plus tard, et tous discutèrent plus ou moins joyeusement des évènements des dernières semaines, du passé, de la pluie et du beau temps.
RAR : (réponse à la review... vu que y en a eu qu'une seule)
Et oui Auctor, c'est bien Marietta qui a trahi l'AD. Et pour l'adrénaline, attends un peu le final au ministère, sinon tu vas faire une overdose.
