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Les malheurs de Becky
Inutile de dire que les Wright ne furent pas très contents d'apprendre tout ce que leur fille leur avait caché dans le courant de l'année. Si Mr Wright s'emporta contre l'aveuglement de Fudge, et l'incompétence d'un Ministère qui permettait aussi facilement à son dirigeant de se montrer tyrannique, Mrs Wright, elle, passa plutôt un savon à sa fille pour s'être rendue au ministère, en sachant qu'il y aurait là-bas des assassins qui essaieraient de s'en prendre à elle.
- Tu aurais préféré que je laisse Harry se débrouiller tout seul ? répondit-elle. Que je fasse comme si je ne savais pas qu'il allait risquer sa vie, et que je reste lâchement à attendre qu'on vienne m'annoncer que lui ou un de ses amis ne s'en était pas sorti ?
- Là n'est pas le problème ! contra Mrs Wright. Tu aurais pu alerter des professeurs plutôt que de foncer tête baissée au devant du danger.
- C'est ce qu'on a fait ! On est allées trouver Rogue, on penserait qu'il empêcherait Harry de foncer tête baissée dans un piège, mais comme il en avait été incapable, et qu'en plus il n'était plus sur place, il fallait bien qu'on aille là-bas prêter main forte aux autres !
Toutes les défenses que pu présenter Heather en réponses aux critiques de sa mère ne suffirent pas cependant à lui éviter une semaine de punition où elle dût accomplir diverses tâches ménagères et fut privée de sortie. Elle obtint quand même le droit de faire les magasins, le samedi, pour trouver un cadeau pour l'anniversaire de Harry. Mais de toutes ses aventures au sein de l'école et au ministère, Heather se garda bien de parler de l'homme qu'elle avait tué. Elle se sentait déjà assez mal à cause de ça sans que ses parents en rajoutent une couche.
Au matin du premier août, Endymion lui revint. Elle s'empressa d'ouvrir la missive qu'il transportait.
Salut Heather,
Merci pour le T-shirt et le jean. C'est agréable pour une fois de porter des vêtements neufs, et qui en plus sont à ma taille (ras-le-bol du XXXL). Mrs Weasley te fait savoir que si tu veux venir passer la fin de tes vacances au Terrier, ça ne posera aucun problème, et Ginny appuie la proposition d'une supplication larmoyante à base d'yeux de cocker. Elle se joint également à Hermione, Ron et moi pour souhaiter par ton intermédiaire tout notre soutien et nos vœux de rétablissement à ton amie.
Le sang de Heather se glaça. Son amie ? Il était arrivé quelque chose à Abigail ? Ou peut-être à Rebecca ? Elle avait trouvé étrange de ne pas avoir de réponse aux cartes postales qu'elles leur avait envoyées de Los Angeles, mais là, elle sentit un vent de panique et ses intestins se nouèrent.
On a appris ce qui lui était arrivé dans la Gazette et on est profondément désolés. La Gazette n'a plus donné de nouvelles depuis le lendemain de l'attaque, on espère tous qu'elle s'est réveillée.
Si tu veux venir, renvoie-nous Endymion. Bill viendra te chercher. Il passe l'été au Terrier avec une personne que tu connais, et qui serait également ravie de te revoir .
A bientôt, j'espère.
Harry
Heather ne fit ni une ni deux, elle dévala les escaliers à toute allure, attirant la curiosité de sa mère.
- Hey ! Où tu cours comme ça ?
- A Ste Mangouste ! répondit Heather. L'hôpital des sorciers. Il est arrivé quelque chose !
Mrs Wright n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit, Heather était déjà dans la rue et courait en direction du parc, et donc de la maison de Mrs Tourdesac.
Heather frappa à la porte avec empressement, ne se doutant pas que ça la ralentirait plus qu'autre chose.
- Qui est-ce ? demanda la vieille dame sans ouvrir la porte.
- C'est Heather… Heather Wright. J'aurais besoin d'utiliser votre cheminée pour me rendre à Ste Mangouste. Est-ce que vous voulez bien me laisser entrer ?
- Quelle preuve ai-je que vous êtes bien celle que vous prétendez ? demanda Mrs Tourdesac.
- Une preuve, une preuve ! Vous avez qu'à ouvrir ! Vous verrez bien que c'est moi !
- On ne me la fait pas à moi ! Je ne suis pas née de la dernière pluie ! Fichez-le camp où j'appelle les aurors !
Heather essaya de se calmer. En apprenant qu'une de ses amies avait été blessée, apparemment grièvement, elle n'avait pas pensé que Mrs Tourdesac se méfierait d'éventuels visiteurs. Mais c'était très logique, comme toute personne qui avait connu le premier règne de Voldemort, elle se méfiait de qui pouvait venir la voir, surtout qu'elle avait des contacts avec Dumbledore. Elle réfléchit donc à ce qui pourrait justifier qu'elle était bien elle.
- Mrs Tourdesac ! reprit-elle au bout de quelques instants. L'année dernière, vous avez établi la filiation de mon père avec la famille Wright, qui vivait dans ce village au siècle dernier.
L'historienne consentit à ouvrir la porte. Elle gardait néanmoins sa baguette pointée sur Heather.
- Tu m'excuseras de rester méfiante petite, mais par les temps qui courent…
- Je comprends, dit Heather. Je suis désolée de vous déranger, mais c'est vraiment urgent ! J'ai appris qu'une de mes amies avait été blessée lors d'une attaque de mangemorts.
- D'accord, fit la vieille dame. Viens, tu sais où est la cheminée.
Heather acquiesça et se dirigea vers le salon suivie par Mrs Tourdesac.
- Tu sais… Ton père a reprit une maison où avaient vécu les Duke jusqu'à ce qu'ils déménagent pour la banlieue de Liverpool. C'était à peine trois mois avant que tes parents n'emménagent. Si tu faisais une demande au ministère, ils pourraient rétablir la connexion de ta propre cheminée au réseau.
- Vraiment ? s'étonna Heather tout en prenant une poignée de poudre de cheminette.
- Bien sûr ! répondit Mrs Tourdesac. Ils ont coupé la liaison, mais toute l'installation magique sous-jacente est restée. Ce ne serait qu'une simple formalité.
Heather remercia Mrs Tourdesac pour ces renseignements, la salua, puis disparut dans l'âtre.
Elle réapparut au bout du couloir du rez-de-chaussée de l'hôpital. Elle le traversa et se dirigea vers l'accueil. L'endroit était toujours aussi rempli de patients avec des problèmes des plus bizarres. Il y avait quatre personnes qui faisaient la queue devant elle. L'homme juste avant elle avait la peau violette et transpirait tant que ses vêtements étaient complètement trempés. L'odeur n'était pas des plus agréable, mais Heather prit son mal en patience. Il lui fallut attendre une bonne dizaine de minutes.
- Suivant ! lança la sorcière de l'accueil. Heather remarqua que ce n'était pas la même que la fois où elle était venue rendre visite à Mr Weasley.
- Bonjour, j'ai appris qu'une de mes amies avait été blessée récemment…commença-t-elle.
Elle sentait son cœur accélérer, et l'appréhension la gagner. De qui pouvait-il bien s'agir ? Abigail ou Rebecca ? De toute façon, que ce fut l'une ou l'autre…
- …mais je ne sais pas s'il s'agit d'Abigail Carpenter ou de Rebecca Swanson.
- Alors… fit la sorcière en parcourant un carnet assez épais. Nous avons une Rebecca Swanson, chambre 117, au quatrième étage gauche.
- Merci !
Heather se précipita vers l'escalier et monta les quatre étages si vite qu'elle fut à bout de souffle en entrant dans le couloir de gauche. Elle continuait cependant à avancer à un rythme soutenu, observant les numéros de chambre. Elle se rapprochait, et fixa la quatrième porte sur sa droite, ce serait celle-là. Elle allait à nouveau presser l'allure quand la porte en question s'ouvrit et Mrs Swanson, que Heather reconnaissait pour l'avoir déjà vue sur le quai 9 ¾, en sortit en pleurant. Heather s'immobilisa, ses jambes refusant d'avancer. Elle sentit son cœur tomber dans ce qui semblait être un vide sans fond et ses poumons se bloquèrent à vide. Mrs Swanson releva la tête et la vit.
- Oh… tu… tu viens voir Rebecca, articula-t-elle malgré ses sanglots. Ça lui fera plaisir. Elle s'est réveillée avant-hier, mais je n'ai pu la voir que ce matin.
Heather réussit à inspirer et se détendit un peu. Rebecca était vivante. Mais alors pourquoi sa mère…
- Elle… est-ce qu'elle va bien ? demanda-t-elle.
- Les docteurs disent que ce sera long, mais qu'elle pourra s'en remettre, répondit Mrs Swanson. Elle a vraiment été héroïque. Les mangemorts nous avaient désarmés son père et moi. C'est grâce à elle que je suis là aujourd'hui. Elle s'est battue avec tant de courage. Ils étaient quatre, et pourtant, elle a réussi à récupérer nos baguettes. J'ai pu prévenir les aurors. Mais quand ils sont arrivés…
Heather s'était rapprochée et fit s'asseoir Mrs Swanson sur une des chaises qui jalonnaient le couloir.
- Ils… hésita-t-elle à demander. Ils l'ont torturée ?
Mrs Swanson hocha la tête.
- Ils n'ont pas eu le temps. Mais elle s'est pris un très mauvais maléfice, et son père… Je… Je viens de lui apprendre que Edward avait été tué.
La mère de son amie repartit dans des sanglots incontrôlés. Heather lui présenta ses condoléances et lui caressa le dos en s'asseyant à côté d'elle dans un geste qui lui paru dérisoire, mais qui calma les pleurs.
- Va… Va voir Rebecca, dit Mrs Swanson. Elle sera contente. Comme un médecin arrivait, Heather l'interpella du regard. Il comprit et vint voir Mrs Swanson tandis qu'elle entrait dans la chambre.
Heather eut un haut le cœur en voyant son amie. Elle avait sur la main et la joue d'horribles marques sanguinolentes. Elle tourna la tête vers elle, et Heather vit qu'il y en avait aussi une sur le front qui descendait le long de la tempe jusque dans le cou. Et une autre sur la main avec laquelle elle appliquait un mouchoir au coin de son œil.
- Hey ! Salut Heather, dit Rebecca d'une voie rauque. Pas joli-joli hein ? Le pire, c'est que je peux même pas pleurer, les larmes me brûlent quand elles passent dessus.
- Mon dieu, qu'est-ce qui t'a fait ça ?
- Apparemment, un sortilège qui lance des éclairs. J'ai été salement brûlée, mais les médicomages ont retiré les chairs mortes juste après mon réveil. Ils disent que ça devrait bien cicatriser, mais que j'en garderait probablement des traces à vie.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Enfin, je veux dire... J'ai appris que vous aviez été attaqués par des mangemorts, mais pourquoi ? Et est-ce qu'ils ont été arrêtés ?
Rebecca hocha négativement la tête. Elle expliqua tout à Heather. Comment elle avait trouvé un mangemort à la porte de chez elle en revenant de faire les courses, son entrée fracassante chez elle, puis dans le salon, le combat, sa mère qu'elle avait envoyée chercher de l'aide, son frère pris en otage et le sortilège qu'on lui avait lancé.
- Il paraît que les aurors sont arrivés quelques secondes à peine après que j'aie perdu connaissance. Mais les mangemorts ont transplané.
- Si je tenais celui qui t'a fait ça ! ragea Heather.
- Oh ! Mais je sais qui c'est. Son chef a laissé échapper son nom dans la bataille.
- Qui c'est ?
- C'est le père de cette chère Brittany Yaxley ! cracha Rebecca. On peut dire qu'elle s'est bien fichu de nous !
- C'est pas possible ! s'exclama Heather. Tu es sûre d'avoir bien entendu ?
- Certaine !
Heather serra les mâchoires. Elle sentait une colère indicible grandir du plus profond de ses entrailles.
A ce moment là, un médicomage entra.
- Ah ! Bonjour, dit-il. Vous êtes une amie de Miss Swanson ?
Heather hocha la tête.
- Comment se portent ces brûlures ? demanda-t-il à Rebecca.
- Elles, elles vont bien. Elles se font une joie de se rappeler à mon bon souvenir chaque fois que j'esquisse le moindre geste.
Heather vit une expression grave passer sur le visage du mage.
- Est-ce que… Est-ce que Rebecca guérira vite ? demanda-t-elle.
- Je crains que non. Plusieurs organes internes ont été touchés. C'est même un miracle que son cerveau soit indemne. Et comme il s'agit de magie noire, la repousse des tissus risque de prendre du temps. Il faudra bien compter six à huit semaines.
- Ah ! Bien…
Le mage observa les blessures de Rebecca tandis que Heather attendait à côté, détournant le regard pour observer deux oiseaux se chamailler sur l'arbre le plus proche. Quand le médicomage fut reparti, Heather se rapprocha à nouveau de son amie.
- Alors, qu'est-ce que tu as fait de ces vacances ? Tu avais dit que ta mère devait te faire une surprise, c'était quoi ?
Sans vraiment réussir à y mettre le ton, Heather raconta son séjour à Los Angeles. Comme elle s'y attendait, Rebecca la jalousa, mais elle n'eut pas le cœur d'apprécier son avantage.
- Tu sais, L.A., c'est pas aussi intéressant qu'on croit. Entre la pollution et la criminalité. En plus, on logeait dans un hôtel miteux au cœur d'un quartier pauvre. Et puis certains autochtones sont franchement pas recommandables !
Quand les deux filles ne trouvèrent plus rien à se dire, Heather décida de rentrer. Elle promit de repasser plusieurs fois d'ici à la rentrée, et dit qu'elle enverrait son hibou pour prévenir.
En rentrant chez elle, Heather expliqua tout à sa mère qui la prit dans ses bras alors qu'elle fondit en larmes. Quand elle fut calmée, elle apprit qu'un hibou de Poudlard était arrivé avec la liste des fournitures. Le soir, elle parla à ses parents de la proposition des Weasley.
- Je sais pas… dit Mrs Wright. Je… quand je vois ce qui est arrivé chez ton amie. Si les… mangemorts attaquaient les Weasley ?
- C'est vrai que c'est une possibilité. Mais je pense que Dumbledore a dû barder le Terrier de protections avant d'accepter que Harry y passe les vacances. Et puis je pourrais aller sur le Chemin de Traverse avec eux. Comme ça en cas d'attaque, il y aura des sorciers adultes pour me protéger.
- Tu ne seras pas restée bien longtemps avec nous, se plaignit Mr Wright.
- Je sais mais… Dans les circonstances actuelles, rester sans nouvelles du monde sorcier… Je passerais tout le mois d'août à me faire du soucis pour les gens que je connais. Au moins, chez les Weasley, j'aurais la Gazette pour me tenir informée.
Les Wright s'observèrent. D'habitude, quand leur fille leur demandait quelque chose, elle était bien plus véhémente. Elle contrait leurs arguments avec passion. Là, ils sentaient surtout dans sa voix de la détresse, et comprirent que c'était presque vital pour elle de pouvoir rejoindre son frère et ses amis. Heather adorait ses parents. Même depuis qu'elle avait appris qu'ils n'étaient pas ses parents biologiques. Son amour pour eux resterait toujours le même. Mais dans la situation actuelle, ils ne pouvaient rien faire pour apaiser ses angoisses. Aussi finirent-ils par céder, et s'en remettre à Harry pour lui faire retrouver le sourire. Le soir même, Heather renvoya Endymion aux Weasley. Il revint le lendemain matin avec un mot disant que Bill passerait la chercher le soir du jour suivant.
Avant que Bill ne vienne la chercher, Heather passa pratiquement tout son temps avec son chien Sirius. Elle ne voulait pas l'emmener, car sa ressemblance avec la version animagus de Sirius risquait de replonger Harry dans les mauvais souvenirs de la fin de l'année scolaire, et Heather allait au Terrier pour passer un mois d'août joyeux, pas pour le passer à se lamenter sur la disparition d'un être cher.
Le jeudi soir, Heather n'attendait plus que la venue de l'aîné des Weasley. Sa valise, son balai et la cage d'Endymion avec le hibou à l'intérieur étaient dans le hall, prêts pour le départ. Heather quant à elle était dans le jardin, et jouait une dernière fois avec Sirius. A moins que Dumbledore n'accepte que Hagrid l'héberge à nouveau, comme l'année dernière, elle ne le reverrait pas avant Noël. Et pourquoi Dumbledore ferait-il cela ? Maintenant que Sirius était mort, et que Dumbledore était revenu dans les bonnes grâces du Ministère, il n'y avait plus de change à donner.
Elle serrait son chien contre elle lorsque la voix de sa mère s'éleva.
- Heather ! Le frère de ton ami est arrivé !
Elle se leva et se précipita à l'intérieur, suivie par le berger belge.
- Bonjour Bill ! dit-elle en faisant la bise au jeune homme.
- Salut Heather. Ça fait une paye ! Maman sera contente de te voir. Elle ne voudra jamais l'admettre, mais je crois que depuis le départ des jumeaux, elle trouve le Terrier trop calme.
- Désolée, s'excusa Heather. J'étais pas là pour faire les présentations.
- Bah ! Ce n'est rien ! dit Bill.
Les parents d'Heather offrirent une tasse de thé à Bill qui accepta volontiers. Ils apprirent que le jeune homme travaillait à Gringotts, autrefois comme briseur de sorts, mais que depuis un an, il avait prit un poste sédentaire à Londres, tout en restant un peu dans le même domaine. En fait, il continuait à conjurer les mauvais sorts, mais cette fois, c'était les objets ensorcelés qui venaient à lui, et non lui qui allait aux objets.
Quand le thé fut fini, Heather pressa ses parents de les laisser partir. Elle avait hâte de retrouver son frère. Elle dit un dernier au revoir à son chien, embrassa ses parents, et prit le bras de Bill en tenant fermement ses affaires. Comme l'année précédente avec Lupin, elle sentit cette déplaisante sensation de forcer le passage à travers un tube de caoutchouc trop étroit. Et elle se retrouva à quelques mètres devant la maison bancale qu'elle connaissait pour y avoir déjà passé deux semaines de vacances deux années plus tôt.
RARA :
Daffy : Eh bien ! Le moins qu'on puisse dire c'est que ma fic te fais de l'effet ! . Pour le début tranquille... C'est normal, un bon récit doit savoir varier le rythme, après un chapitre intense comme le premier, il en fallait un plus tranquille, et à la fin, on peu refaire monter la sauce ! Pour ce qui est de tes questions qui tuent... il te faudra attendre la rentrée scolaire (au moins) pour être fixée.
