9
Le retour de Becky
Heather dormit très mal cette nuit-là. A chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle revoyait le visage décomposé d'Abigail lorsque celle-ci avait fini par laisser tomber ses tentatives d'approche la veille. Elle se sentait coupable. Après tout, elle aurait peut-être pu… Mais c'était tellement dérangeant de savoir ce que son amie éprouvait pour elle. Cela faisait une semaine qu'elle évitait Abigail, qu'elle ne lui adressait la parole en classe que lorsqu'elle n'avait pas le choix, mais elle savait que ça ne pourrait pas durer. Il fallait qu'elle lui explique… mais lui expliquer quoi ? Abigail n'était pas idiote. Elle avait bien compris que Heather n'éprouvait pas, n'éprouverait jamais les mêmes sentiments qu'elle lui vouait. Sa fuite, le jour où Abigail l'avait embrassée, était la plus claire des réponses. En repensant à son expression triste, Heather avait eu envie de lui dire quelque chose comme : « Je ne pourrai jamais te rendre les sentiments que tu me portes, mais je suis toujours ton amie, alors faisons comme si de rien n'était ! ». Mais c'était ridicule, Heather ne pouvait pas faire comme si de rien n'était. La boîte de Pandore avait été ouverte, et tous les malheurs du monde devaient maintenant s'abattre sur elles.
Ce fut très fatiguée que Heather s'éveilla, le lendemain à l'aube. Fatiguée d'avoir mal dormi, fatiguée de cette situation. Il fallait qu'elle se confie, qu'elle dise à quelqu'un sa détresse et que cette personne lui dise ce qu'elle devait faire. Il n'y avait qu'une seule personne au monde qui puisse remplir ce rôle. Elle se leva, prit plusieurs parchemins, une plume et de l'encre, et se dirigea dans la salle commune pour écrire une lettre à sa mère. La première chose, ce serait de lui demander de ne surtout pas la laisser lire à son père. Elle préférait qu'il n'en sache rien. Ensuite, elle lui expliquerait ce qui s'était passé, et ce qu'elle ressentait depuis, enfin, elle pourrait lui demander conseil. Cela semblait très simple dans sa tête, mais il lui fallu près de deux heures et une dizaine de brouillons pour obtenir un résultat satisfaisant. Pratiquement tous les élèves de Gryffondor étaient levés, et Harry avait même essayer de voir ce qu'elle écrivait, heureusement, avec l'aide de Hermione, elle réussit à l'empêcher d'y parvenir et à lui faire abandonner l'idée. Elle jeta les brouillons au feu et enferma le parchemin dans une enveloppe. Elle y écrivit le nom de sa mère et grimpa à la volière où elle demanda expressément à Endymion de ne remettre cette lettre qu'à sa mère, surtout pas à son père. Le hibou hulula en guise d'assentiment et s'envola en direction du sud.
Heather avait maintenant très faim et s'empressa de descendre prendre son petit déjeuner. Alors qu'elle descendait les dernières marches de l'escalier de marbre, les portes du château s'ouvrirent et Hagrid entra en portant une malle bien petite comparée à la taille du demi-géant, mais imposante pour n'importe qui d'autre. Derrière le professeur de Soin aux créatures magiques apparut alors Rebecca. Heather s'arrêta un instant, comme si le temps s'était figé. La Poufsouffle avait les yeux pleins d'étoiles et un grand sourire. Elle était visiblement très heureuse de revenir enfin. Puis leurs regards se croisèrent, et Heather se précipita dans les bras de son amie.
- Becky ! Ça fait plaisir de te voir ! Comment vas-tu ? Et tes blessures ?
- Ça va bien, merci ! répondit Rebecca. Et les guérisseurs de Ste Mangouste ont fait des merveilles avec les cicatrices. On ne les voit presque plus.
Effectivement, le visage de la jeune fille semblait intact. En fait, on pouvait distinguer malgré tout des zones plus claires aux endroits où elle avait été brûlée, mais il fallait vraiment y regarder de près.
- Par contre, ils m'ont interdite de sport pour l'année, continua-t-elle. Moi qui voulait essayer d'entrer dans l'équipe de quidditch de Poufsouffle !
- Bah ! C'est pas plus mal, dit Heather. Je n'aurais pas aimé t'humilier en public !
- Vantarde, va !
Les deux amies rirent de bon cœur. Heather allait lui proposer de l'accompagner jusqu'à sa salle commune quand les portes de la Grande Salle s'ouvrirent laissant sortir une poignée d'élèves parmi lesquels il y avait Brittany et Abigail. La première se figea, inquiète quand à la réaction de la Poufsouffle quand elle la verrait, la deuxième, elle, eu peu ou prou la même réaction que la Gryffondor.
Rebecca se dirigea donc vers l'escalier menant aux quartiers des Poufsouffle en compagnie de ses deux amies.
- Maintenant que tu es là, on va pouvoir reprendre nos activités de Maraudeuses ! dit Abigail avec excitation. J'ai demandé un emploi du temps à un de tes camarades, on pourra se voir toutes les trois les mardis matins avant la récréation et les vendredis après-midi à partir de quinze heures. Bien sûr, on pourra aussi se retrouver tous les soirs après les cours, sauf quand Heather aura ses entraînements de Quidditch.
- Tout ça c'est très bien, mais j'aimerais savoir une chose, dit Rebecca avec un ton de reproche. Qu'est-ce que tu faisais avec Yaxley ?
Ni Abigail, ni Heather ne répondirent, elles ne pouvaient pas parler de ça en plein milieu du couloir, avec le va et vient des élèves. Elle s'avancèrent plus loin et ouvrirent un passage secret qu'elles refermèrent derrière elles. Elles lui expliquèrent alors ce qu'il s'était passé le premier jour de cours. Rebecca ne parut que moyennement satisfaite par cette explication. Mais elle ne fit aucune remarque.
Abigail planifia avec enthousiasme leurs activités pour la semaine.
- Je te ferais remarquer que Becky doit d'abord rattraper le retard de deux semaines de cours, intervint Heather avant de se tourner vers Rebecca. Je travaillerai avec toi la Métamorphose, les Sortilèges et les Soins aux créatures magiques. On pourra se voir dès demain, à onze heures, et aussi après les cours. Par contre, tu devrais passer la journée avec Abigail, elle te fera travailler les Potions, la Botanique et la Divination, ce sont les trois cours que tu as dès demain. Moi je vais vous laisser, j'ai encore des devoirs à terminer.
- Attends ! fit Rebecca. Pourquoi ne pas travailler toutes les trois ?
- C'est vrai ! appuya d'un ton faussement innocent Abigail. On travaillera mieux toutes ensemble.
- Ça aurait été avec plaisir, mais j'ai un devoir assez compliqué en Runes anciennes, et comme aucune de vous deux n'a pris cette option…
Heather avait réussit à s'esquiver cette fois-ci, mais une chose était certaine, elle ne pourrait pas le faire éternellement. Elle espéra de toutes ses forces que sa mère lui réponde au plus vite.
Le lendemain matin, pourtant, il n'y avait toujours pas d'Endymion en vue au petit déjeuner. Ce fut avec angoisse que Heather se dit que le soir, elle ne couperait pas à une réunion à trois, et elles voyait les minutes s'égrainer inlassablement. Mais finalement, une lueur d'espoir arriva en plein cours d'Histoire. Endymion s'était posé sur le rebord de la fenêtre et avait tapoté du bec pour attirer l'attention. Seulement voilà, à la place à côté de la fenêtre il y avait Romilda Vane, et Heather sentait bien que si elle lui demandait de laisser entrer son hibou, cette dernière prendrait un malin plaisir à le lui refuser. Heureusement, à la fenêtre devant celle de Romilda, il y avait Andrew Kirke qui ouvrit au hibou, le fit passer à Sloper qui essaya aussi discrètement que possible de le tendre à Heather à travers l'allée principale. Elle défit la lettre, mais elle n'avait guère envie de l'ouvrir et de la lire ici, alors que les yeux curieux de Lucy Farmer et Kate Lewis pesaient sur elle. Elle pourrait la lire dans la salle de la Dame Bleue, mais Rebecca la rejoindrait très vite, d'ailleurs, elle serait peut-être même là-bas avant elle. Il n'y avait qu'une chose à faire, trouver le moyen de quitter le cours plus tôt. Harry l'avait bien fait l'année précédente, mais il avait une excellente excuse, Hedwige avait été blessée, ce qui n'était pas le cas d'Endymion.
Après cinq bonnes minutes d'hésitations, Heather se rendit compte que les deux filles s'en étaient retournées à des choses qui les intéressaient davantage, à savoir le catalogue Automne-Hiver d'une célèbre marque de prêt-à-sorcier.
Elle ouvrit donc la lettre.
Bonsoir ma puce,
Ou plutôt bonjour vu que tu ne recevras pas cette lettre avant quelques heures. Je suis désolée d'avoir été longue à répondre, mais ton père ne me lâchait pas et insistait pour savoir ce que tu avais à lui cacher… Enfin ! Tu sais bien comment il est ! Bref, j'ai dû attendre que le match des Rangers commence pour pouvoir m'isoler un peu. J'avoue que ton problème n'est pas des plus courants. Mais la question à se poser, je pense, c'est comment réagirais-tu si ça avait été un garçon ? Si ton meilleur ami te déclarait sa flamme, mais que toi tu n'éprouves pour lui que de l'amitié. Je crois assez bien te connaître pour affirmer que tu lui aurais expliqué posément ce que toi tu ressentais, et que tu aurais fait en sorte que votre relation continue comme avant. Je me trompe ?
Je pense que tu ne devrais pas agir différemment avec Abigail. Déjà, parce que tu l'apprécies trop pour te passer d'elle, et réciproquement, tu me l'as dit toi-même dans ta lettre, ça vous rend toutes les deux malheureuses.
En ce qui concerne tes petits problèmes "annexes", je conçois que cet événement t'ait troublée, et que tu voies maintenant le regard des autres d'un autre œil. Mais il ne faut pas généraliser. C'est vrai, certaines personnes peuvent éprouver de forts sentiments pour des personnes du même sexe, mais contrairement à ce que tu m'as écrit, il serait faux de croire qu'il y en a de plus en plus. Cela a toujours existé depuis l'antiquité grecque (et avant aussi sans doute, mais il n'y en aucune trace historique). La seule différence, c'est qu'à notre époque, avec la libération des mœurs et l'ère médiatique, on en entend plus souvent parler, les gens n'en ont plus honte et affichent clairement leurs homosexualité. Mais en règle générale, la plupart des personnes sont hétérosexuelles. Tu n'as donc pas à t'en faire si tes camarades de chambres te voient nue. Ça ne développerait probablement rien de ce que tu pouvais craindre. Je ne peux bien sûr pas être catégorique, mais ce que je veux, c'est avant tout te rassurer. Et quand bien même une fille aillant tendance à préférer les filles te verrait en tenue légère, la question qu'il faut te poser c'est est-ce que ça te gêne toi ? Au niveau de la pudeur, chacun a son propre seuil de tolérance. Certains ne se mettraient jamais nus en public, même s'ils étaient assurés qu'il n'y ait que des personne du même sexe et tout à fait hétérosexuelles. D'autres au contraire n'ont aucun problème à se montrer nus aux yeux de tous. C'est à toi de voir quel est ton seuil de tolérance, le seul conseil que je peux te donner, c'est de ne pas confondre nudité, sexualité et désir. Même si ces trois choses sont interconnectées, il s'agit de trois choses différentes.
Voilà, j'espère t'avoir été utile, et je suis heureuse que tu te sois confiée à moi. Après tout, c'est bien à cela que servent les mères.
A bientôt ma puce !
Ta maman qui t'aime.
Heather replia la lettre et la rangea dans ses affaires. Elle ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Les conseils de sa mère s'imposèrent à elle avec un tel naturel qu'elle s'étonna d'avoir eu besoin de demander conseil. Oui, il fallait qu'elle aille parler à Abigail, et non, être vue nue par ses camarades de chambre ne la dérangeait pas, ça ne l'avait jamais dérangée jusque là, il n'y avait pas de raison que ça change. Elle se demanda presque comment elle avait pu réagir comme elle l'avait fait. Elle avait bêtement cédé à la panique, alors que son calme et son esprit d'analyse avaient toujours été ce qui faisait sa force, elle s'en voulut presque.
Elle passa l'heure avant le repas à expliquer à Rebecca le contenu des cours de Métamorphoses et de Soins aux créatures magiques, essayant de répondre au mieux aux questions de son amie.
- Bon ! Je trouve qu'on a bien avancé en une heure ! dit Heather en entendant sonner la cloche. Ce soir, je te prêterai mes notes. Tu recopieras ce que tu pourras.
Elle se dirigèrent vers la Grande Salle et se séparèrent pour s'installer à leur table respective.
En quittant la Grande Salle, Heather se posta près de l'une des deux armures qui trônaient de part et d'autres de la grande porte. Elle ressentait encore un peu d'appréhension, mais les conseils de sa mère l'aidaient à rester calme. Enfin, un groupe de Serpentard d'années disparates passa dans le hall.
- Abby ! appela Heather.
La Serpentard se retourna un peu surprise.
- Tu viens ? J'ai envie de faire un tour dehors.
La question n'en était pas vraiment une, et même si elle l'avait été, Abigail n'aurait sans doute pu avoir qu'une seule réaction vu la joie qui éclaira son visage à la demande de son amie. Dehors, il y avait des résidus d'un brouillard qui avait tenu toute la matinée, mais le soleil commençait à faire son trou. Heather entraîna son amie dans un coin peu fréquenté du parc, près de l'endroit où elle jouait au football avec Dean et quelques autres enfants de moldus.
- Écoute, je… je voulais qu'on parle de ce qui s'est passé il y a dix jours. Je dois dire qu'au début, j'ai été plutôt choquée.
- Ah bon ? fit ironiquement la Serpentard. Je n'avais pas remarqué.
- Quoi qu'il en soit, maintenant j'y vois un peu plus clair. Abby, je t'aime vraiment beaucoup, tu es ma meilleure amie. Jusqu'à il y a peu, je pensais que je vous considérais toi et Becky exactement de la même façon, mais je me suis rendu compte que ce n'était pas le cas. Certes, l'absence de Becky pour ce début d'année m'a chagrinée, mais je m'en suis bien accommodée quand même. Ces dix jours que j'ai passés loin de ta compagnie m'ont été un calvaire insoutenable. Cependant, je veux que tu saches que je ne partage pas les sentiments que tu éprouves pour moi. Même si elle est très forte, mon affection pour toi n'est rien de plus que de l'amitié.
- Je vois… dit Abigail s'arrêtant et tournant le dos à Heather. Je me doutais bien que tu me dirais quelque chose dans ce style. J'ai été vraiment stupide. Pendant un instant, j'ai cru que… si j'avais su, j'aurais gardé mes sentiments pour moi. Tout aurait continué comme avant, ça aurait été bien plus simple.
- Plus simple pour moi, peut-être, dit Heather… mais toi, qu'aurais-tu ressenti en me voyant sortir avec des garçons, en épouser un, avoir mon premier enfant ? Tu serais restée murée dans des regrets ? Dans des "Et si je le lui avais dit ?". Maintenant, c'est fait, tu me l'as dit, tu n'as donc plus de regrets à avoir. Tu sais ce qu'il en est et tu vas pouvoir avancer dans la vie. Et j'aimerais bien qu'on avance ensemble dans cette grande aventure. J'ai besoin de ton amitié. J'espère que je l'ai toujours ?
Abigail inspira un grand coup et se retourna en affichant un grand sourire. Heather savait bien que ce sourire était feint, mais il recelait l'espoir de devenir sincère, et c'était tout ce qui comptait.
- Bien sûr que tu l'as toujours. Toi, moi et Becky, c'est à la vie, à la mort ! Je dois dire que je craignais bien pire que cette réaction. Quand je t'ai vu t'enfuir après… ça. Je me suis dit que j'avais tout foutu en l'air, et plus le temps passait, plus mes craintes semblaient se confirmer. Le pire, ça a été à la soirée de Slughorn, j'ai vraiment cru qu'on ne pourrait jamais plus se reparler. Alors quand je t'ai vue avec Becky, j'ai décidé de jouer mon va-tout. Je voulais absolument que tu acceptes de me parler, mais en même temps, je savais que si cette tentative échouait, ce serait véritablement fini. Tu n'imagines pas le courage qu'il m'a fallu pour avoir l'air naturelle et parler de futures réunions qui n'existeraient peut-être jamais.
- Oh… je pense qu'il a dû t'en falloir à peu près autant qu'à moi pour te proposer cette balade, dit Heather. Et, puisqu'on en est au courage… je voulais m'excuser pour t'avoir plantée à la soirée de Slughorn, et hier avec Becky. C'étaient des coups bas, mais je ne me sentais pas encore prête.
- Ça va, fit Abigail qui affichait cette fois un sourire sincère. Je te pardonne, espèce de Serpentard ratée !
- Comment oses-tu m'appeler ainsi ! dit Heather d'un ton faussement outré. Toi la Gryffondor en puissance !
- Verte et argent déguisée !
- Rouge et or camouflée !
- Guivre infiltrée !
- Lionne clandestine !
Dans les semaines qui suivirent, les trois amies mirent en œuvre leurs principaux projets pour ce début d'année. Elles avaient donc entamé une exploration minutieuse des cachots qui s'étendaient bien au-delà des quartiers des Serpentard. Outre diverses salles laissées à l'abandon, elles trouvèrent une salle de torture qui devait dater des premiers siècles d'existence du château, et encore, était-elle cachée derrière un portrait particulièrement peu aimable à qui il fallait donner le bon mot de passe, qui n'avait heureusement pas changé depuis des siècles, et qui était consigné dans la Carte du Maraudeur. Il y avait des douves qui devaient sans doute rejoindre la caverne passant sous le château et par laquelle les premières années arrivaient à bord des barques en début d'année. Mais le temps s'était tellement rafraîchit qu'aucune d'elles n'avait le cœur d'aller vérifier. La salle qui les surpris le plus cependant, dans ces méandres sombres et humides fut une pièce où l'on se serait cru dans l'immensité infinie du ciel, ce n'était qu'horizon bleu et nuages où qu'on regarde. Si sur les murs, le plafond et le sol, il s'agissait d'une illusion d'optique, leur présence bien physique ayant été éprouvée par Abigail qui, terrorisée, avait décidé d'y progresser à genoux et par Becky qui avait percuté un mur sans s'en rendre compte. Il y avait aussi des nuages qui flottaient dans la pièce et sur lesquels ont pouvait s'asseoir ou même s'allonger pour les plus gros. Par contre, on ne pouvait guère rester sur un même nuage bien longtemps, car ils avançait au gré d'une légère brise et allaient rejoindre le décor illusoire des murs.
Elles avaient également suivi Trelawney et s'étaient rendues compte qu'elle cachait ses bouteille de Xérès dans la Salle sur Demande. Elle ne purent d'abord pas y accéder lorsqu'elle demandèrent à se rendre à l'endroit où le professeur de Divination cachait son alcool. Mais après quelques réflexions, elle demandèrent une salle où elles pourraient cacher quelque chose et découvrirent une salle immense, peut-être aussi grande qu'un terrain de football, en tout cas largement aussi grande qu'un terrain de quidditch. Il y avait des centaines de meubles et d'objets en tout genre. Des bibelots cassés, de vieux objets qui figuraient dans les premières lignes de la liste des objets interdits de Rusard, des livres, des accessoires de coquetterie. Tout n'était pas posé de façon anarchique cependant. En effet, les générations d'élèves – et visiblement donc aussi de professeurs – qui étaient venus cacher ici des objets, ayant fait en sorte de pouvoir les retrouver, tout ce fatras formait une sorte de labyrinthe, où plutôt de plan de ville, car les allées se croisaient comme des rues. Il fallu trois bonnes heures de recherches intensives aux trois filles pour mettre la main sur ce qu'elles cherchaient. Elles versèrent l'élixir dans une bouteille entamée et les remirent à l'endroit précis où elles les avaient trouvées. Le résultat eut lieu le lendemain, à l'heure du dîner. Le professeur Trelawney était sortie de sa tour, s'était jointe à ses confrères et consœurs enseignants, avait trinqué avec le centaure Firenze, et avait explosé de rire à une remarque de Flitwick à McGonagall. Beaucoup avaient pouffé de rire aux quatre tables. Abigail ne fut aucunement inquiétée, car quand la directrice adjointe s'enquit de l'état de sa collègue, l'haleine aux relents d'alcool de celle-ci laissa évidemment à penser qu'elle était ivre. McGonagall avait raccompagné Trelawney jusque dans ses appartements, et le repas avait continué normalement, mais Heather vit Dumbledore, qui pour une fois était présent, poser ses yeux respectivement sur elle, Rebecca et Abigail. Il ne pouvait quand même pas… Bah ! Après tout, venant de ce vieux grigou, plus rien n'étonnerait Heather.
Les séances de quidditch se déroulaient beaucoup mieux que celles de l'année précédente. Ron ne semblait plus faire de complexe et prouvait maintenant qu'il était un très bon gardien. Le tandem de batteurs que formaient Heather et Jimmy Peakes faisait des étincelles. Quant aux poursuiveuses, bien que n'ayant jamais joué ensemble, elles trouvèrent rapidement leur rythme, et le duo Ginny - Katie fut très vite presque aussi redoutable que celui que formaient Alicia et Angelina.
Un jour, Becky donna rendez-vous à Heather dans la salle de la Dame Bleue. En trois semaines, les filles avaient également travaillé pour devenir animagus, pour cela, il fallait maîtriser des métamorphoses humaines du niveau de sixième, voir septième année. Elles n'étaient pas encore arrivées aussi loin, mais elles avaient déjà pris plusieurs mois d'avance sur le programme de quatrième année. Becky cependant avait un peu de mal depuis la semaine précédente, et sans doute voulait-elle lui demander conseil.
- Alors, Becky ! lança Heather en entrant dans la pièce. Qu'est-ce que tu voulais me demander ?
- Je vais aller droit au but, qu'est-ce qu'il s'est passé en mon absence ? demanda la Poufsouffle d'un ton décidé.
- Je ne vois pas ce que tu veux dire. fit Heather après un léger tremblement de surprise qu'elle espérait avoir bien dissimulé.
- Je veux parler de toi et Abby, en apparence, vous avez l'air de toujours vous entendre aussi bien. Mais j'ai bien vu qu'il y avait comme un malaise. Parfois, je te vois sursauter sans raison, et tu ne la regardes quasiment plus dans les yeux quand vous vous parlez. Est-ce que vous vous seriez disputées ?
Heather commençait à paniquer. Pourquoi Becky avait-elle choisit ce moment pour devenir perspicace ?
- Non… je t'assure Becky, tout va bien entre Abby et moi ! mentit-elle assez mal.
- Je… J'espère que vous ne faites pas semblant que tout va bien juste pour moi ! fit Becky d'un ton plus émotif. Je sors peut-être de deux mois de convalescence, mais s'il s'est passé quelque chose entre vous… enfin je ne voudrais pas être un fardeau qui vous oblige à rester ensemble si vous ne le voulez pas.
- Tu… Tu n'y es pas du tout ! Si nous passons du temps ensemble, c'est parce qu'on en a envie ! se défendit Heather avec conviction cette fois.
- Bien… Mais il s'est quand même passé quelque chose, non ?
- Écoute Becky… si je te demande de ne pas chercher plus avant, tu l'accepterais ? demanda-t-elle d'un ton presque suppliant
- Euh… Ben si tu insistes tant… Mais tu m'assures que vous ne faites pas semblant uniquement pour moi ?
- Promis, juré !
- Bien, fit Becky soulagée, parce que j'aimerais pas être celle qui vous cause du tracas.
Les deux amies se sourirent et reprirent le sujet des Métamorphoses, car Becky avait également une question à poser sur la dernière qu'elles avaient vue.
RAR :
Auctor : Non, désolé, Becky n'éprouve pas ce genre de sentiments, que ce soit pour Heather ou pour Abby. Pour le reste, tu peux constater que tu n'étais pas bien loin de la vérité.
Pour le T-shirt, pourquoi pas un brin de bruyère ?
Emihawk : Laotseu l'a dit, après un bon coup de balai, il faut toujours laisser retomber la poussière avant de donner un autre coup de balai (avec la voix du chinois fou dans le Lotus Bleu). Et finalement, tu as pu voir que Heather a su surmonter ses craintes.
Daffy : Déjà, merci pour la correction ! En plus c'est tout à fait logique, mais dans le feu de l'écriture... (c'est comme avec l'expression "Au temps pour moi", j'ai toujours tendance à écrire "Autant"). Oui, Dumby avait des sentiments pour Grindelwald. Mais je te rassures, tu n'as rien raté dans le tome 7, c'est Rowling qui l'a précisé lors d'une interview en réponse justement à une question sur l'amitié Dumby - Grindelwald.
Allez, à bientôt tout le monde pour la suite !
