16
Mort programmée

Les jours, et même les semaines qui suivirent, Heather était sur un petit nuage, et visiblement, Abigail aussi. Les deux filles se retrouvaient régulièrement dans la salle de la Dame Bleue pour pouvoir passer un peu de temps seules. Un jour cependant, Rebecca les surprit en pleine séance de bouche à bouche intensif, mais elle ne sembla pas surprise outre mesure. Elle expliqua que ça se voyait que les choses avaient changé entre elles, puis elle leur promit de leur laisser l'intimité nécessaire à un couple, à condition qu'elles n'oublient pas qu'à elle trois, elles formaient une équipe.

Le soir-même, inquiète de laisser trop transparaître l'état de sa relation avec Abigail, Heather alla trouver Hermione, dans un coin de la salle commune, alors que la plupart des élèves étaient déjà montés se coucher et que Ron et Harry travaillaient sur un devoir de Métamorphoses qui leur posait visiblement de sérieux problèmes.
- Dis-moi Hermione, je voulais te demander un truc, chuchota-t-elle pour ne pas être entendue.
- Quoi donc ? demanda la préfète.
- Et bien… Tu sais ce que je t'avais dit, il y a quelques mois, au sujet de Abby…
- Oui… répondit Hermione en affichant un grand sourire.
- Et bien… il se trouve que depuis quelques temps, Abby et moi nous…
- Vous sortez ensemble, termina Hermione en voyant que Heather n'arrivait pas à se lancer. Je suis heureuse pour vous. Vous sembliez si malheureuses toutes les deux en décembre.
- Alors ça se voit tant que ça ? paniqua Heather. Est-ce que Harry aussi sait que…
- Oh ! C'est ça qui t'inquiétais ! Non, ne t'inquiète pas, pour tous les autres élèves, vous n'êtes que deux amies qui s'étaient brouillées et qui se sont réconciliées, la rassura Hermione.
- Mais tu…
- J'ai compris parce que justement, tu m'avais déjà parlé des sentiments d'Abigail, et parce que le professeur McGonagall m'a parlé de ce qui s'était passé avec les trois filles de Serpentard.
- McGonagall t'a parlé de…
- Elle s'inquiétait pour toi, expliqua Hermione. Elle voulait que tu puisses te confier à une amie au besoin.
- Mais, donc, reprit Heather pour se rassurer, Harry ne le sait pas encore ?
- Non.
- Bien, parce que je voudrais le lui apprendre moi-même.
- Et bien dans ce cas… pourquoi ne pas faire ça maintenant, puisque tu semble décidée à en parler ce soir !
- Quoi ! paniqua à nouveau Heather. Comme ça ! Sans préparation, et si dans la surprise il attirait l'attention de toute la salle sur nous ?
- Vous n'avez qu'à vous rendre dans la Salle sur Demande, elle n'est pas bien loin.
Hermione se dirigea vers la table où travaillaient les deux garçons sans pour autant accorder un seul regard au rouquin. Harry regarda vers Heather et sortit sa cape d'invisibilité de sa robe. Heather n'avait pas la sienne, mais ils pouvaient tenir à deux sous une seule.

Ils se rendirent donc devant la tapisserie de Barnabas le Follet et passèrent trois fois en pensant à un endroit tranquille pour discuter. Quand ils se retournèrent, ils furent cependant surpris de ne pas voir de porte apparaître.
- Qu'est-ce qui se passe ? se demanda Harry après qu'ils aient à nouveau essayé de faire apparaître une porte.
- Peut-être qu'il y a déjà quelqu'un qui utilise la Salle sur Demande, suggéra Heather.
- Mais qui ? demanda son frère. A part nous…
- Il y a tous les anciens membres de l'A.D. qui la connaissent. Sans compter certains profs. Je sais que Trelawney vient ici pour cacher ses bouteilles de xérès. Ca doit être elle qui est là-dedans, elle s'y est probablement endormie ivre morte.
La voyante ayant souvent été vue récemment dans un état d'ébriété très prononcé, Harry ne chercha pas plus loin. Ils descendirent donc un étage pour rejoindre la salle de la Dame Bleue.

- Alors, dit Harry. Qu'avais-tu à me dire qui demandait qu'on se retrouve seuls ?
- Tu te rappelles que je t'avais dit que je te parlerais de choses qui se sont passés en janvier, le jour où tu es venu me réveiller alors que je m'étais endormie ici-même.
- Oui… mais il me semblait que ça allait mieux. Ces temps-ci tu avais l'air plus heureuse.
- C'est le cas, je suis très heureuse… En fait, il y a une personne qui m'a avoué son amour en septembre. Au début, je l'ai rejetée parce que je croyais ne pas pouvoir éprouver la même chose qu'elle. Et puis, récemment, je me suis aperçue que moi aussi je l'aimais, et depuis la mi-janvier, nous sommes ensembles.
- Ah ! fit Harry qui sentait poindre en lui son côté grand frère protecteur. Et je connais cette personne ?
- Oui… mais ça risque de te surprendre, et même de te faire un sacré choc.
- Non… je… Je ne vois pas pourquoi ça me choquerait. Tant que ce n'est pas un Serpentard !
- Ben… justement…
Le visage de Harry pâlit.
- D'accord, dit-il, visiblement en contenant une réaction plus violente. Écoute, je sais que les sentiments, ça ne se commande pas, mais tu crois pas que tu aurais pu choisir mieux que Malefoy ?
Heather tira des yeux ronds comme des soucoupes. Il y avait visiblement un malentendu.
- Mais Harry, je ne…
- Écoute, tu es ma sœur, et je ne peux pas tolérer que tu sorte avec ce… Enfin Heather ! Tu étais toi-même d'accord pour dire qu'il y avait de fortes chances pour qu'il soit devenu un mangemort ! Est-ce que tu as au moins vérifié qu'il ne l'était pas ?
- Harry ce n'est pas de Malefoy dont il s'agit ! cria presque Heather pour arrêter son frère dans sa diatribe.
Harry se figea momentanément, puis poussa un profond soupir de soulagement.
- Tu m'as fait peur, tu sais. Me dire que ça me ferait un choc, puis me parler d'un Serpentard. Mais si ce n'est pas Malefoy, c'est qui ? Se serait ce Daniel Doge, qui est dans ta classe, et qui a intégré le Club de Duels ?
- Non, ce n'est pas lui non plus… Voilà, depuis plus de deux semaines, je sors avec Abigail.

Harry resta tout à fait immobile pendant de longues secondes, son visage ne transcrivait aucune émotion. Puis, il réagit.
- Oui, mais… tu te balades avec Abigail depuis bientôt quatre ans… je ne…
- Harry ! le coupa-t-elle. Je ne fais pas que passer du temps avec Abby, je suis amoureuse d'elle, et elle est amoureuse de moi.
A nouveau Harry se figea quelques instants.
- Ah ! Et bien c'est… inattendu, c'est vrai… Je ne pensais pas que tu…
- Je ne le pensais pas non plus, sourit Heather devant l'embarras de son frère. Je te l'ai dit, je l'ai d'abord repoussée. Mais quand elle a été attaquée, j'ai compris que je tenais à elle par dessus tout.
Elle parla à Harry de son explosion de rage contre les trois filles de Serpentard ainsi que de sa conversation avec McGonagall.
- J'arrives pas à le croire ! souffla le garçon.
- Tu trouves vraiment ça si bizarre que j'aime une autre fille ?
- Hein ? Ah, non ! Ca c'est pas un problème ! Ce que j'arrive pas à croire, c'est que Maman était aussi puissante ! Elle a vraiment fait de la magie sans baguette, et surpassé les professeurs McGonagall et Flitwick ?
- C'est McGonagall qui me l'a dit, fit Heather, hésitant entre se fâcher parc que Harry ne faisait plus attention à elle, ou être heureuse que sa relation avec Abigail ne choque pas son frère plus que cela. Et pourquoi aurait-elle menti ?
- J'arrive vraiment pas à le croire !
Heather cette fois pouffa de rire devant l'air ahuri de son frère. Et quand Harry eut enfin assimilé ce qu'il avait appris, ils remontèrent tous deux à la salle commune. Cependant, en cours de route, Heather reprit la parole.
- Au fait Harry… il y a une chose que je voulais te demander depuis longtemps, mais avec tout ce qui m'est arrivé ces derniers mois…
- Quoi donc ? demanda-t-il.
- Est-ce que tu voudrais bien m'aider à pratiquer l'occlumancie. Je sais qu'il n'y a aucun risque que Voldemort essaie de lire dans mon esprit, mais il n'est pas le seul legilimens sur terre. Qui sait, ça pourrait s'avérer utile plus tard… enfin après, quand il sera mort.
- Je veux bien… on pourra faire d'ailleurs des cours là-dessus au Club de Défense.
Heather acquiesça, et ils donnèrent le mot de passe à la Grosse Dame et se séparèrent pour aller chacun à son dortoir.

Février passa tranquillement, entre entraînements de quidditch et séances du Club de Défense. Les première à troisième années maîtrisaient maintenant bien Expelliarmus et Petrificus Totalus, mais il restait encore de gros progrès à faire avec le charme du bouclier. Il n'était certes pas vraiment de leur niveau, mais dans les circonstances actuelles, le maîtriser s'avérait de la première importance. Si les mangemorts semblaient s'être tenus tranquilles à la fin de l'année, ils avaient depuis janvier reprit leurs activités, et chaque semaine, un nouveau drame était annoncé par la Gazette. Avec le groupe des quatrième et cinquième année, ils en étaient venus à la pratique du Patronus. Les anciens de l'A.D. conseillaient et encourageaient les autres, mais il n'y avait pour l'instant pas de quoi s'extasier. Enfin, avec le groupe des sixième et septième année, augmenté donc des cinquième et quatrième année maîtrisant déjà le Patronus, les simulations de combat avaient commencé, en alternance avec des cours sur la pratique de la légilimancie/occlumancie. Harry, Brittany et Neville excellaient au jeu des simulations de combat, et à moins qu'ils ne se retrouvent les uns contre les autres, personne n'arrivait à les battre sans s'y mettre à trois contre un. Becky n'était pas mauvaise non plus, et pour peu qu'elle fasse équipe avec Hermione, Neville ou Luna, elle remportait tout ses combats. Heather, elle, n'avait pas de chance, comme les types de combats et les équipes étaient décidés par tirage au sort, elle fut presque toujours seule contre deux ou trois adversaires, et les rares fois où elle pu faire équipe avec quelqu'un, elle tombait sur un sixième ou septième année qu'elle ne connaissait ni d'Ève ni d'Adam et leur équipe était vaincue par une équipe adverse plus soudée. Pour ce qui était de la légilmancie/occlumancie, Harry avait dans un premier temps fait équipe avec elle, et elle s'était vite rendu compte que défendre ses souvenirs était bien plus compliqué que d'attaquer ceux des autres. Mais à la troisième séance, Hermione vint trouver Harry pour lui conseiller de pratiquer aussi l'occlumancie pendant qu'elle essaierait de lire ses pensées, que Dumbledore voulait qu'il apprenne à se protéger contre Voldemort, et que même s'il parvenait à ériger de bonnes défenses, un peu de pratique supplémentaire ne lui ferait pas de mal. Heather s'empressa alors de demander à Abigail d'être sa partenaire, souhaitant éviter que d'autres puissent lire ses pensées et découvrir des éléments gênants.

Le seul changement notable qui eut lieu courant février fut que la fixation que faisait Harry sur Malefoy s'intensifia quand il eut la certitude que ce dernier tramait quelque chose et se servait de Crabbe et Goyle pour faire le guet. Le temps resta maussade, hésitant entre nuages et pluie battante, ce qui rendait les entraînement de quidditch particulièrement pénibles. La sortie à Pré-Au-Lard prévue pour le premier mars fut annulée, ce qui ne fut pas du goût de Ron qui se faisait une joie de passer son anniversaire hors de l'enceinte du château.

Le Samedi matin, Heather revint très tard, ou au contraire de bonne heure, selon la façon dont on voyait la chose, dans la salle commune. Avec Becky et Abigail elles avaient passé la nuit à l'exploration des cachots qui n'en finissaient pas de s'étendre sous le château, et sur plusieurs niveaux en plus. La Nouvelle Carte du Maraudeur comptait pas moins de quatre niveaux en sous-sol, cinq en fait, en comptant celui des cuisines et des quartiers de Poufsouffle. Par contre, la monotonie régnait en maître dans les derniers endroits explorés. Ce n'était que couloirs de pierre et cellules d'emprisonnement. Il restait cependant un grand trou dans le plan au niveau moins trois, vers le lac. Heather soupçonnais que cela devait correspondre à la Chambre des Secrets, mais elle n'avait aucun moyen de vérifier cette théorie, du moins tant qu'elles n'auraient pas trouvé comment indiquer la position des personnes sur la carte. Alors, elle pourrait toujours demander à Harry d'y faire un tour et de regarder si son étiquette se trouvait bien dans la zone blanche du niveau en question.

Épuisée, Heather n'en alla pas pour autant se coucher. Elle avait encore pas mal de devoirs à faire, et avait prévu de passer son dimanche à travailler la métamorphose humaine avec ses amies. Elles étaient encore loin de pouvoir devenir des animagi, mais en continuant à ce rythme, Heather estimait qu'elles pourraient y arriver pour la fin de l'année suivante.

Elle travaillait sur un essai pour le cours de Potions quand Harry et Ron arrivèrent dans la salle commune. Il était presque huit heures, et plusieurs élèves étaient déjà allés prendre leur petit-déjeuner. Lavande attendait visiblement son petit-ami.
- Tu es en retard, Ron-Ron, dit-elle d'un ton boudeur. J'ai un cadeau d'anniv…
- Laisse-moi tranquille, l'interrompit Ron, surprenant Heather qui pensait qu'il allait enfin la larguer pour se rabibocher avec Hermione. Harry va me présenter à Romilda Vane.
La remarque ne manqua pas de scotcher aussi bien Lavande que Heather. Qu'est-ce que Romilda pouvait bien venir faire dans cette histoire ?
Quand elle eut assimilé les paroles du rouquin, Lavande reparti en courant vers sa chambre, les larmes aux yeux. Heather, intriguée, essaya de les rattraper, mais ils avaient déjà disparu dans les étages inférieurs. Aussi retourna-t-elle ranger ses affaires avant de descendre prendre son petit-déjeuner.

Hermione était attablée. Peut-être qu'elle aurait une explication.
- Salut Hermione, je peux te parler un moment ?
- Bien sûr, répondit Hermione qui de toute façon n'avait personne avec qui discuter. C'est à propos d'Abigail ?
- Oh, non ! Tout va très bien avec Abby. Non, c'est à propos de Ron.
- Alors je t'arrête tout de suite, je ne veux pas…
- Écoute au moins ce que j'ai à te dire avant de monter sur tes grands chevaux. Il y a à peine dix minutes, il a fait quelque chose d'étrange.
- Ca c'est pas nouveau ! lança la préfète.
- Hermione s'il te plait… Voilà, Lavande l'attendait pour son anniversaire, et il la jetée comme une malpropre en disant que Harry devait le présenter à Romilda Vane. Je voulais savoir si tu avais une idée de ce qui avait bien pu lui prendre. Je ne crois pas qu'il ait jamais manifesté d'intérêt pour elle.
- Bah ! Tu sais, Ron, du moment que ça porte une jupe et que ce n'est pas moi, j'ai l'impression qu'il pourrait sortir avec n'importe qui !
- Ne dit pas ça… Ron n'est pas un coureur, il est juste…
- Quoi ? Vas-y ! Explique-moi ce qu'il est ? A moins que tu ne penses à un crétin indécrottable auquel cas je ne peux que t'approuver.

Ginny arriva alors à la table de Gryffondor et s'invita dans la conversation.
- Excusez-moi les filles, mais vous savez où est Ron ?
- Aucune idée, répondit Heather. Il a traversé la salle commune en trombe avec Harry, et ils ont disparu avant que je puisse réagir.
- C'est bizarre… grommela la rouquine. Je suis allée dans leur chambre pour savoir ce que les parents lui avait offert, j'ai vu ses cadeau à moitié déballés, et une boite de chaudrons en chocolats partiellement entamée sur son lit. C'est toi Hermione qui les lui a offerts ?
- Je ne vois pas pourquoi j'aurais offert quoi que ce soit à ce…
- C'est bizarre, reprit Ginny… parce que je sais que les jumeaux voulaient lui remettre leur cadeau en main propre, que les parents lui ont offert quelque chose "de plus joli que les années précédentes", ça doit être la montre qu'il y avait parmi les paquets, et je ne vois ni Charlie ni Bill lui offrir des chocolats. Moi je lui ait acheté une robe des canons avec son nom au dos, et je crois que les gants de gardiens venaient de Harry. Alors je me demande bien qui a pu lui offrir ces chaudrons ? Peut-être Lav…
- Bon sang mais c'est bien sûr ! s'écria soudain Hermione.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Heather.
- Les chaudrons, Romilda Vane, ça ne te dit rien Heather ? renvoya la préfète.
- Non ! Tu crois qu'il aurait avalé par erreur des chaudrons au philtre d'amour que Romilda avaient offerts à Harry pour Noël ?
- Que veux-tu que ce soit d'autre ? Harry a dû le conduire à l'infirmerie aussitôt quand il s'en est aperçu dit Hermione. Venez, ils doivent y être.

Elles se dirigèrent toutes les trois vers l'infirmerie, mais Harry et Ron n'y étaient pas, du moins pas encore. A peine Madame Pomfresh les avait-elle congédiées que Harry et le professeur Slughorn arrivèrent, transportant un Ron inconscient.
- Poppy ! Vite ! C'est une urgence ! lança le professeur ventripotent. Ce garçon a avalé du poison !
En entendant ces six mots, Ginny devint hystérique, et Hermione s'écroula, ses genoux l'ayant lâchée.
- Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi Ron a avalé du poison ? Qui a essayé de le tuer !
- S'il vous plait Ms Weasley, laissez-nous nous occuper de lui. Potter, allez prévenir le professeur McGonagall, ainsi que le directeur s'il est là. Ms Wright, veuillez aider Ms Granger à se relever et à quitter la pièce. Et empêchez quiconque autre que les professeurs McGonagall, Dumbledore, et éventuellement Rogue d'entrer dans l'infirmerie. Nous devons nous concentrer sur ce jeune homme si nous voulons avoir une chance de le sauver.
- Mais ! protesta Ginny. Dites-nous au moins ce qu'il…
- Ginny, la coupa Heather. Qu'est-ce que tu préfères ? Que Slughorn t'explique comment c'est arrivé et qu'il laisse mourir Ron ou qu'il s'occupe de le soigner ?

Ginny se tut et aida Heather à faire sortir Hermione. Elles s'installèrent sur des chaises empruntées aux salles de classe les plus proches, et attendirent dans le couloir, en observant le va et viens incessant des professeurs Slughorn et McGonagall toute la journée. Harry, après avoir cherché en vain le directeur, était venu les rejoindre et leur avait expliqué pour les chocolats au philtre d'amour, comment Slughorn lui avait administré un antidote, et comment Ron s'était écroulé après avoir bu de l'hydromel débouché par le professeur, et enfin, comment il s'était empressé de lui enfoncer un bézoard dans la gorge.

A midi, Harry se proposa pour aller chercher quelques sandwiches. Ginny se rapprocha d'Hermione.
- Il… Tu crois qu'il va s'en sortir ? demanda la rouquine.
Hermione releva les yeux, pour la première fois depuis le dernier passage d'un adulte. Ses yeux s'embuèrent de larmes et elle éclata en sanglots sur l'épaule de son amie. Heather vint pour essayer de les soutenir.
- Hey ! Faut pas te mettre dans cet état ! essaya-t-elle pour réconforter la préfète.
- Je… toutes les horreurs que j'ai dites sur lui ce matin ! S'il venait à mourir, je ne pourrais jamais me le pardonner !
- Allons ! reprit Heather. Ron ne mourra pas pour si peu. S'il a survécu dix-sept ans à Fred, George et Percy, c'est pas un petit poison de rien du tout qui va avoir raison de lui.
Ginny eut un sourire mi-figue mi-raisin, mais elle alla dans le même sens que son amie.
- Heather a raison, dit-elle. Ron est plus costaud que ça ! Tu n'as pas à t'en faire. Et puis Harry a eu la présence d'esprit de lui faire avaler un bézoard, ça a sans doute laissé à Slughorn le temps d'analyser le poison et de créer un antidote efficace, il n'y a plus qu'à attendre qu'il fasse effet, j'en suis sûre.
Quand Harry revint avec des sandwiches, il n'y eut guère que Heather pour en manger un. Les autres restèrent dans le panier que les elfes lui avaient donné. Après cette frugale collation, Heather, qui sentait ses yeux se fermer tout seuls, s'excusa auprès de son frère et de ses amis, puis retourna dans sa chambre pour se reposer un peu.

Elle s'éveilla au soir, alors que le soleil, qui parvenait à transpercer certains nuages, commençait à décliner. Heather descendit pour se rendre à la Grande Salle, mais le repas n'était pas encore servi. Par contre, Abigail attendait au pied de l'escalier de marbre.
- Salut ! Bien dormi ?
- Oui, mais comment sais-tu que… demanda Heather.
- Quand il s'agit de toi, je sais toujours tout, répondit Abigail la coupant et lui donnant un rapide baiser.
- Abby ! On aurait pu nous voir !
- Et alors ?
La question laissa Heather interdite. Effectivement, maintenant qu'elle avait pu le dire à Harry, elle ne voyait aucun inconvénient à ce que le bruit coure qu'elle sortait avec Abigail. Elle était heureuse et se fichait bien de l'avis de personnes qu'elle connaissait à peine.
- Je rigole, dit Abby. J'avais bien regardé avant. Si ça venait à se savoir... enfin je sais pas comment pourraient réagir des gens comme McGonagall, et les Serpentard ne cesseraient plus de se moquer de nous.
Heather acquiesça.
- Tu viens, dit Abigail. Je pensais aller dans la forêt ramasser quelques plantes.
- Et quel usage tu leur destine, à ces plantes ? demanda Heather.
- Antipoison, répondit-elle. J'ai appris pour Weasley. Il y a quelqu'un dans ce château qui est une cible, et celui qui cherche à l'atteindre ne semble pas craindre de faire d'autres victimes en cours de route. Si d'aventure il devait retenter le coup du poison, j'aimerais avoir à dispositions quelques antidotes parmi les plus courants, parce qu'on aura pas toujours la chance d'avoir un bézoard à portée de main.

Les deux filles sortirent donc et se dirigèrent discrètement vers la forêt. Mais à peine l'avaient-elle atteinte qu'elle virent Rogue et Dumbledore venir dans leur direction. Heureusement, les deux professeurs ne les avaient pas encore vues, absorbés qu'ils étaient dans leur conversation. Heather, qui depuis quelques jours suivait l'exemple de Harry et ne se séparait plus de sa cape d'invisibilité, la sortit de sous sa robe et disparut avec Abigail aux yeux de tous. Ainsi dissimulées, elles espionnèrent la conversation entre les deux hommes, conversation qui semblait assez houleuse.
- …ne peut supporter un contact étroit avec une âme comme celle de Harry, disait Dumbledore. Telle la langue sur l'acier gelé, ou la chair dans le feu…
- L'âme ? Nous parlions d'esprit ! contra le professeur de Défense.
- Dans le cas de Harry et de Lord Voldemort, quand on parle de l'un, on parle aussi de l'autre, expliqua le directeur.
Dumbledore regarda tout autour, comme s'il craignait d'être entendu.
- Après m'avoir tué, Severus…
- Vous refusez de tout me dire, mais vous voulez quand même que je vous rende ce petit service ! gronda Rogue, visiblement furieux.
- Vous m'avez donné votre parole, Severus. Et puisqu'il est question des services que vous me rendez, je croyais que nous nous étions mis d'accord pour que vous teniez à l'œil notre jeune ami de Serpentard.
Rogue paraissait révolté. Dumbledore poussa un soupir.
- Venez dans mon bureau ce soir, Severus, à onze heures, et vous ne pourrez plus vous plaindre en disant que je n'ai pas confiance en vous.
Ce fut au tour de Rogue de soupirer, visiblement en signe de résignation.
- Bien, dit-il. Je le ferai… Les deux choses.

L'ancien Maître des Potions tourna les talons et se redirigea vers le château. Dumbledore le regarda s'éloigner, puis, quand il fut assez loin, dit :
- Vous pouvez sortir de sous cette cape mesdemoiselles.
- Co… Comment saviez-vous que… bégaya Abigail alors que Heather ôtait la cape d'invisibilité.
- J'ai senti votre présence, répondit Dumbledore. Vous avez entendu ce que le professeur Rogue et moi nous sommes dit, je suppose. Ce que j'ignore, c'est à partir de quand. Et j'aimerais bien que vous me le disiez.
Bien que Dumbledore avait parlé d'un ton très calme, Heather sentit que sa demande ne souffrait aucune contestation. Il avança pour s'éloigner de la forêt, tout en restant dans un endroit du parc ou personne ne pourrait les entendre.
- Depuis le passage sur l'âme de Harry et celle de Voldemort, dit-elle. Et vous avez… J'ai dû mal comprendre, mais il m'a semblé que vous aviez demandé au professeur Rogue de vous tuer ?
- C'est effectivement le cas, répondit-il. Voyez vous, je suis de toute façon condamné.
Avant que toute question ne fut posée, il montra à Heather et Abigail sa main calcinée.
- Le mauvais sort qui m'a touché en juillet dernier ne me laisse guère plus de quatre ou cinq mois. Aussi, comme Voldemort a demandé au jeune Malefoy de me tuer, j'ai décidé de jouer le jeu, et de le laisser mener à bien son plan, à la différence que ce sera à Severus de me donner le coup de grâce. C'est peut-être là le seul moyen d'épargner la vie de Drago.
- Mais, protesta Heather… Drago est un mangemort, fils de mangemort, et élevé depuis toujours avec des idées malsaines. Ne serait-il pas plus simple de le faire arrêter puisque vous savez que…
- Hélas, le faire arrêter, serait désigner Severus comme un traître à Voldemort, expliqua Dumbledore. Qui plus est, il ne serait sans doute pas en sécurité bien longtemps à Azkaban. Non, le meilleur moyen de conserver l'avantage sur l'ennemi, c'est de lui laisser croire que nous ignorons ses plans, et le piéger au seul moment où cela puisse paraître pour de l'habileté, et non pour le fruit d'une dénonciation, c'est à dire quand il se décidera à passer à l'action.
- Dites, professeur, demanda Abigail. Vous êtes sûrs que le Choixpeau vous a bien réparti en vous envoyant à Gryffondor ?
Le vieil homme sourit.
- Oh ! Pour ça, je doit dire qu'il a longtemps hésité avec Serpentard, ainsi qu'avec Serdaigle et Poufsouffle d'ailleurs.
- Bon, et bien nous allons rentrer au… commença Heather en faisant mine de tourner les talons.
- Oh, non pas si vite jeune fille, la rattrapa Dumbledore. Avant de rentrer, je dois vous demander une chose. Il va falloir, toutes les deux, que vous me promettiez sur ce que vous avez de plus cher de ne rien dévoiler de ce que vous avez appris ce soir à qui que ce soit, pas même à votre frère Miss Wright. Il y a trop de choses en jeu pour prendre le risque, aussi infime soit-il, que ce que nous savons parvienne aux oreilles de Voldemort ou même du Ministre.

Après quelques tentatives de négociations, les deux filles furent contraintes de jurer sur la tête l'une de l'autre qu'elles ne diraient rien, et elles comprirent que pour des raisons mystérieuses et profondes, il valait mieux tenir leur promesse pour éviter des ennuis à l'autre.