NDLA :

Chose promise, chose due, voici un chapitre bonus qui se situe l'année suivant la victoire finale sur Voldemort. J'ai essayé d'y glisser un maximum d'informations sur ce que j'avais imaginé de cette sixième année de Heather à Poudlard. J'espère que ça vous plaira.
Bonne lecture et à bientôt !


Chapitre Bonus

Je ne veux plus te voir

Un feu ronflant réchauffait la pièce souterraine, les flammes orangées ternissaient le vert émeraude des tentures et des fauteuils. Assise dans l'un d'eux, Abigail fixait la danse lumineuse qui se jouait dans l'âtre. A ses côtés, inquiets, Melany Mulciber et Connor Foley essayaient de lui parler, ils prenaient un ton réconfortant pour l'inciter à leur expliquer ce qui n'allait pas. Elle les voyait et les entendait, mais n'avait pas conscience de ce qu'ils disaient. Melany avait beau lui tenir la main, elle ne ressentait aucun contact, les mots lui parvenaient assourdis et déformés, incompréhensibles, encore eut-il fallu qu'elle cherche à les comprendre, elle ne ressentait plus rien, plus rien d'autre qu'une terrible douleur, comme si on lui avait arraché tout ce qu'il y avait en elle. Et en quelque sorte, c'était le cas. En l'espace de quelques instants, tout son monde c'était écroulé, et son cœur lui avait été arraché et pulvérisé.

La journée avait pourtant bien commencé. Dean était venu la trouver avant le petit-déjeuner et lui avait remis l'aquarelle qu'il avait réalisée à sa demande. L'œuvre était tout simplement magnifique, bien qu'il se fut agit d'une peinture moldue, parfaitement immobile, elle cristallisait et sublimait toute la beauté et les sentiments contenus dans la photo sur laquelle elle et Heather se reposaient à l'ombre d'un chêne, tendrement enlacées. Elle avait donné dix gallions à Dean, qui n'en avait pas accepté plus, mais l'œuvre était si belle qu'elle se jura intérieurement d'aider Dean à percer dans le monde magique. Elle avait attendu Heather avec impatience pour la lui offrir, mais celle-ci ne s'était pas montrée au petit-déjeuner. Sa marmotte devait profiter de ce qu'il s'agissait d'un dimanche pour faire la grasse matinée. Qu'à cela ne tienne, Abigail l'attendrait dans la salle de la Dame Bleue. Mais elle n'était pas dans ladite pièce secrète depuis dix minutes que Harry entra à son tour, il lui expliqua que Ron avait gagné la Salle sur Demande pour lui et Hermione à pile ou face, et l'implora tant et si bien, qu'elle accepta de lui laisser la salle de la Dame Bleue pour qu'il passe cette Saint-Valentin seul avec Ginny.

Ce fut en redescendant vers la cour intérieur qu'elle finit par retrouver la trace d'Heather. Au détour d'un couloir, elle tomba nez à nez avec Romilda Vane qui n'avait pas l'air contente du tout.

- Ah tu tombes bien ! réagit la Gryffondor à la vue de la Serpentard. Puisqu'elle est partie avant que je puisse lui dire le fond de ma pensée, c'est toi qui va me servir d'intermédiaire avec Wright !
- Tu peux courir ! Si tu veux lui dire quelque chose, t'as qu'à le faire toi-même !
- Alors là, il n'est pas question que je lui adresse la parole autrement que contrainte et forcée. Elle… elle a… Enfin bref, tu diras à ta petite-amie que ce qu'elle a fait n'était pas drôle du tout et que si jamais elle s'amuse encore à ça, toutes ses esquives ne lui suffiront pas pour éviter un virulent Furonculus !

Sans lui laisser le temps d'ajouter quoi que ce soit, Romilda s'enfuit dans le couloir d'où venait Abigail d'un pas chargé de toute sa fureur.

Abigail avait alors continué sa route, en demandant aux élèves qu'elle croisait s'ils avaient vu Heather, quoi que son amie ait fait à Romilda Vane, elle était certaine que cela la ferait bien rire. Elle finit ainsi par être dirigée vers les quartiers de Serdaigle. En empruntant d'un passage secret qui amenait à quelques mètres de la salle commune des bleus et bronze, elle trouva Jack Strode, un grand gaillard de près de deux mètres de haut, à la peau bronzée et aux cheveux blonds adossé contre le mur, la tête en arrière, et les yeux clos. Il faisait sombre dans le passage et elle ne put en être assurée, mais il lui sembla qu'il avait pleuré.

- C'est si bon que ça, l'odeur du plafond ? lança-t-elle d'un ton mordant.
- Carpenter ? sursauta-t-il en essayant de se redonner une contenance. Je… Tu veux bien me fiche la paix au moins pour la journée s'il te plait ! continua-t-il d'un ton las, ce qui ne lui ressemblait guère.

Strode était un nouvel élève, en cinquième année, qui arrivait des Etats-Unis. En association avec le Ministère, et plusieurs gouvernements magiques étrangers, Poudlard accueillait cette année une bonne centaine d'élèves venant des Etats-Unis, d'Inde, et de Nouvelle-Zélande. Il s'agissait d'un programme d'échange scolaire qui entrait dans le cadre d'une politique internationale dont le but était d'améliorer les relations magiques afin que plus jamais un mage noir ne puisse prendre le pouvoir dans un pays sans que le reste du monde n'intervienne. L'année prochaine, ce serait des élèves de Poudlard qui partiraient en Australie. Bien sûr, Heather et Abigail s'étaient portées volontaires pour en faire partie. Mais pour l'heure, c'était Poudlard qui recevait, et Heather avait faillit en avaler sa chique quand elle découvrit que dans les rangs des élèves venus des Etats-Unis se trouvait ce Jack Strode. Elle avait expliqué à Abigail qu'il s'agissait du garçon qui avait gâché ses vacances à Los Angeles, deux années plus tôt. Elle était d'autant plus surprise de voir qu'il entrait en cinquième année, comme il était très grand, elle avait pensé qu'il était plus âgé qu'elle, et qu'il n'avait absolument rien laissé paraître qui puisse laisser penser qu'il était un sorcier. Et hélas pour elle, Strode l'avait également reconnue, et depuis le début de l'année, ils n'arrêtaient pas de se tirer dans les pattes. Bien qu'étant à Serdaigle, Strode ne mettait pas les études au-dessus de tout, en fait, il préférait le sport. Mais il n'en était pas moins très doué, et aimait à mettre son intellect au service de blagues qu'il ne cessait de faire à Heather, qui le lui rendait bien. Il avait également toujours quelques mots sarcastiques à l'attention d'Heather. Le coup le plus dur pour la Gryffondor fut quand celui-ci avait annoncé que son père étant un ambassadeur du gouvernement magique américain, il resterait à Poudlard pour finir sa scolarité. Il ne cherchait pas de lui-même la confrontation verbale avec Abigail, mais quand elle répondait à la place de son amie, il lui renvoyait la balle avec brio. Alors le voir avec aussi peu de mordant était des plus étranges.

- Pas en forme ? tant mieux ! lâcha-t-elle. Ca nous fera des vacances à Heather et à moi ! Au fait, tu l'aurais pas vue, on m'a dit qu'elle était venue dans les environs.
- Si… elle est repartie vers Gryffondor il me semble, souffla-t-il, le moral visiblement dans les chaussettes.
- Comme ça me ferait mal, j'te dirai pas merci… mais le cœur y est, sourit Abigail.
- Tu devrais éviter de la voir, arrêta-t-il la Serpentard.
- Ah oui ! Et pourquoi donc ? reprit-elle d'un ton signifiant clairement qu'il pouvait toujours causer.
- Crois-moi c'est tout, répliqua-t-il. Tu devrais attendre demain, ça vaudrait mieux.
- Honnêtement, aujourd'hui, même la plus ridicule des métamorphoses que tu aies pu imaginer ne m'empêcherait pas de passer la journée avec elle, renvoya-t-elle avant de quitter le passage secret.

Elle se dirigea résolument vers Gryffondor, se disant que de toutes façons, s'il avait encore joué un mauvais tour à Heather, il le paierait d'ici quelques jours.

Abigail trouva finalement Heather en pleine discussion, visiblement assez houleuse, avec Demelza Robins à propos de Quidditch. Ah ! Ces sportifs !
- Alors, on est pas d'accord sur la composition de l'équipe d'Angleterre pour la prochaine coupe du monde ? lança Abigail depuis le bout du couloir en affichant un grand sourire.
Pourtant, son apparition ne sembla pas enchanter Heather. Celle-ci s'avança vers la Serpentard les sourcils froncés.
- Tu veux me dire quelque chose ? demanda-t-elle d'un ton sec.
Sans faire attention au comportement de sa bien aimée, Abigail passa ses bras autour de son cou et lui déposa un tendre baiser sur les lèvres.
- Joyeuse Saint-Valentin, dit-elle en plongeant ses yeux dans ceux de la Gryffondor. C'est quoi cette mine boudeuse ? T'as encore eu une altercation avec Strode ?
- Tu veux bien me lâcher s'il te plait ! répondit Heather agacée tout en rejetant en arrière les bras de la Serpentard. Et si tu veux tout savoir, je pense que dorénavant je pourrais très bien m'entendre avec Jack, je lui ai même proposé de cesser nos escarmouches et de devenir amis.
- Ouh là ! Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu es souffrante ? plaisanta Abigail en mettant la main sur le front de la rousse.
- Arrête avec ces familiarités ! protesta Heather en enlevant la main de la brune de sur son front. Je ne veux plus que tu me touches, tu entends !

Cette fois, le sourire quitta les lèvres d'Abigail.

- Mais qu'est-ce qui t'arrive mon cœur ? s'inquiéta la Serpentard
- Ce qui m'arrive, c'est qu'il est grand temps qu'on mette un terme à notre relation, répondit Heather d'un ton froid. Je ne suis pas amoureuse de toi et j'en ai marre de faire semblant.
- Heather, reprit Abigail maintenant très inquiète. Tu sais ce qu'on dit des plaisanteries, les plus courtes sont les meilleures. Tu devrais arrêter maintenant que je puisse t'offrir ton cadeau.
- J'en ai rien à faire de ton cadeau.

Abigail observait Heather, elle ne lui avait jamais vu une expression aussi froide, on dirait qu'elle observait quelque chose qui la dégoûtait. Mais le pire, c'est qu'elle ne faisait pas semblant. Abigail la connaissait trop bien pour pouvoir être dupée par une mauvaise plaisanterie, et de toutes façons, ce n'était pas le genre de Heather de faire des plaisanteries aussi cruelles.

- Si tu veux tout savoir, je te déteste au plus haut point. Maintenant disparais, je ne veux plus jamais te voir !

Elle tourna les talons et passa le portrait de la Grosse Dame.

Abigail tomba à genoux, et laissa échapper l'aquarelle de Dean, qu'elle avait sortie de sa poche entre temps. Heather était sérieuse, elle venait de rompre avec elle, et rien de ce que la Serpentard pourrait dire ou faire ne la ferait changer d'avis. Un froid glacial se répandit dans sa poitrine, c'était comme si une armée de détraqueurs venait subitement de fondre sur elle. Des larmes coulèrent toutes seules, en silence, de ses yeux. Demelza vint la voir et essaya de la réconforter, mais devant l'absence de réaction de la Serpentard, elle décida d'aller chercher Mulciber et Foley qui l'avaient donc ramenée dans la salle commune de Serpentard.

Après maints efforts pour faire réagir leur amie, les deux Serpentard abdiquèrent, et décidèrent de l'amener sur son lit et de la laisser se remettre du choc. Melany la conduisit donc dans la chambre des filles de sixième année et la fit s'allonger sur son lit. Elle allait ressortir quand enfin, Abigail eut une réaction.

- Nooooooooooon ! hurla-t-elle dans un cri déchirant , mêlé d'effroi et de détresse.

Melany se précipita pour la voir éclater en sanglots, appelant désespérément une Heather fantomatique qu'elle suppliait de lui dire que ce n'était pas vrai.

Melany ne trouva rien d'autre à faire que de prendre son aînée dans ses bras et de lui prêter son épaule pour lui laisser verser toutes les larmes de son corps.

***

Harry et Ginny ne quittèrent la salle de la Dame Bleue qu'en début de soirée, alors que l'heure du repas approchait. Ils avançaient comme sur un petit nuage. Ne pouvant détacher leur regard l'un de l'autre, et un sourire béat solidement accroché aux lèvres. Ca avait été leur première fois, et ce fut carrément magique, bien que leurs baguettes n'y furent absolument pour rien. A peine eurent-ils pénétré dans la salle commune qu'une voix les fit redescendre sur terre.

- Ah ! Vous voilà enfin ! lança Ron d'un ton taquin.
- Ron voyons ! reprocha Hermione.
- Vous nous attendez depuis longtemps ? demanda Ginny un peu gênée, et rougissant légèrement.
- Une éternité ! les taquina Ron. Je me demande bien ce que vous avez pu faire pour être aussi longs…
- Ron ! Tu veux arrêter ! rouspéta Hermione. Ils n'ont sans doute rien fait que nous n'ayons pas fait nous-mêmes. Et puis n'écoutez pas ce qu'il raconte, ça fait à peine un quart d'heure qu'on est là.
- En tout cas, je dis que des journées comme ça, il en faudrait plus souvent, lança le rouquin tout à trac.
- Mais il ne tient qu'à toi de faire en sorte qu'il y en ait d'autres mon cœur, renvoya Hermione amusée dans une légère pique. Et pas forcément pour des occasions particulières.

Harry et Ginny rirent de bon cœur devant le visage défait de Ron qui disait qu'il n'avait pas les moyens de recommencer ça aussi souvent qu'il le voudrait tout en retournant ses poches de pantalon.

Dean entra alors et s'approcha de leur table.

- Heu Harry, excuse-moi de te déranger… je… est-ce que tu as vu ta sœur aujourd'hui ?
- Dean… sans vouloir te vexer, je pense qu'elle a dû passer la journée avec Abigail, et qu'elles doivent encore être seules dans un coin reculé du château, répondit Harry.
- Justement, je me demande s'il ne se serait pas passé quelque chose entre elles.

Le jeune homme tendit à Harry une feuille de papier à dessin enroulée, d'un format assez grand. Harry la déroula pour voir la magnifique œuvre de son camarade.

- C'est Abigail qui m'avait commandé cette aquarelle dit-il. Je l'ai retrouvée dans le couloir, à quelques mètres de la Grosse Dame, vers onze heures ce matin. Ca m'étonnerait que l'une ou l'autre ait laissé tomber ça sans s'en rendre compte ! J'ai vu Heather à midi, mais quand j'ai voulu aller lui parler, elle m'a littéralement fui, j'ai perdu sa trace quelque part au quatrième étage. J'ai même eu du mal à retrouver mon chemin après ça. Et je ne l'ai plus revue depuis.
- Effectivement c'est étrange, fit Harry maintenant inquiet.

Mais ni Dean ni Harry, ni les trois autres n'eurent le loisir de se poser plus longtemps de questions à propos de Heather. Celle-ci arriva de l'escalier menant aux dortoirs des filles. Quand elle les vit, elle marqua un temps d'arrêt. Comprenant qu'elle avait envie de s'esquiver, Ron et Ginny lui coupèrent aussitôt la retraite vers les dortoirs.

- Heather, je peux savoir pourquoi tu m'as fui tout à l'heure ? demanda Dean.
- J'avais pas envie de te parler, c'est tout, répondit-elle d'un ton cassant. Maintenant si tu veux bien me laisser passer. J'ai faim et j'aimerais aller demander quelque chose à me mettre sous la dent aux elfes.
- Pas avant que tu m'aies expliqué pour quelle raison j'ai trouvé ça par terre dans le couloir, dit-il en lui tendant l'aquarelle.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle sans daigner prendre la feuille que Dean lui tendait.
- Le cadeau qu'Abigail devait t'offrir aujourd'hui, répondit Dean.
- Ah ! s'exclama-t-elle. Si c'est ça.

Elle prit le dessin et le déchira par deux fois.

- Abigail et moi, c'est de l'histoire ancienne, j'aimerais assez qu'on ne vienne plus me bassiner les oreilles avec elle.
- Mais enfin tu n'es pas sérieuse ! manqua de s'étrangler Harry. Abigail et toi c'est comme… Comme moi et Ginny, ou comme Ron et Hermione ! Tu ne peux pas penser ce que tu dis !
- Oh que si je le pense, répliqua Heather dont les yeux lançaient des Avada Kedavra. D'ailleurs je le lui ai bien signifié ce matin, et toi aussi, j'aimerais bien que tu cesses de me parler avec autant de familiarité. On a peut-être le même sang dans les veines, mais on n'a pas été élevés ensemble, et je ne te considérerai jamais comme mon frère. Alors maintenant lâchez-moi et laissez-moi passer.

Sur ces mots, elle poussa Harry trop choqué pour réagir, et disparut de l'autre côté du tableau de la Grosse Dame.

- La vache ! s'exclama Ron. Qu'est-ce qui arrive à ta sœur ?
- Elle a été ensorcelée, c'est pas possible autrement, dit Ginny sur le même ton choqué que Ron.
- Mais qui aurait pu lui faire une chose aussi méchante ? se demanda Hermione
- Je ne vois qu'une personne pour ça… gronda Harry.

Il fit le tour de la salle et fondit sur une table où se tenaient trois filles, dont une était la camarade de classe de Heather.
- Excusez-moi, les interrompit-il. Lewis, c'est ça ?

Kate Lewis hocha la tête.
- Tu sais où se trouve Romilda Vane ?
- Elle était allée dans le parc, avec Hugh, pourquoi ?

Harry ne prit pas la peine de répondre et quitta la salle commune non sans avoir lancé un Accio pour faire venir son manteau. Mais il n'alla pas bien loin car Romilda Vane et Hugh Lord arrivaient des escaliers à ce moment précis.

- Vane ! lança-t-il d'un ton impératif. Tu vas me dire ce que tu as fait à ma sœur et tu vas me le dire tout de suite !
- Holà Potter ! la défendit Lord. Tu te calmes où sinon…
- Laisse Hugh, l'écarta Romilda, visiblement pas plus contente que ne l'était Harry. Ta sœur, je lui ai encore rien fait, mais elle a pas intérêt à mettre les pieds dans le dortoir avant que je sois endormie, ou sinon j'en fait de la chair à saucisse !
- Et tu veux me faire croire que c'est pas toi qui l'a envoûtée peut-être ? renvoya Harry.
- Quoi ? manqua de s'étrangler Romilda. C'est la meilleure ! Pourquoi j'aurais fait ça ? Je ne veux plus rien avoir à faire avec elle ! Tu ne sais pas ce qu'elle a osé me faire ce matin !
- C'était sans doute mérité, répliqua Harry.
- Harry, elle dit peut-être la vérité, dit Hermione, en essayant de calmer son ami.
- Hermione, je te rappelle que c'est cette fille qui avait mis un philtre d'amour dans les chocolats de Harry à cause duquel j'ai faillit mourir empoisonné y a deux ans ! fit Ron sceptique.
- On va quand même écouter ce qu'elle a à nous dire, dit Ginny. Alors vas-y ! Dis nous ce qu'elle t'a fait ?
- Ce qu'elle m'a fait ! reprit Romilda toujours furieuse. Ce qu'elle m'a fait ! Elle s'est pointée ce matin la bouche en cœur, en essayant de me faire croire qu'elle voulait qu'on redevienne amies comme on l'était en deuxième année. Au début j'étais sceptique, mais elle a fini par me convaincre, et là… là…
- Là quoi ? insista Harry.

Romilda rougit violemment, et jeta un coup d'œil à son petit ami. Finalement, elle s'avança pour murmurer à l'oreille de Harry.
- Elle m'a embrassée.

Elle se recula puis reprit à voix haute.
- Alors tu lui diras que ses blagues salasses, à l'avenir, elle se les garde pour elle ! Merci ! Viens Hugh.

Et les deux sixième année passèrent entre Harry et les autres pour donner le mot de passe à la Grosse Dame et disparaître dans la salle commune.

- Qu'est-ce qu'elle lui a fait ? demanda Ron qui avait bien envie de se foutre de la gueule de Romilda. Ouille !
- C'est pas ça l'important, souffla Hermione en lui donnant un coup de coude. Si ce n'est pas Romilda Vane qui a ensorcelé Heather, c'est sans doute…
- Oui, acquiesça Ginny (de même que Harry d'ailleurs), Jack Strode.

Harry sortit la carte du Maraudeur d'une de ses poches, et rechercha l'étiquette portant le nom de Strode.
- Il descend vers la Grande Salle ! s'exclama Harry avant de partir au quart de tour, les trois autres lui emboîtant le pas.

Ils prirent le chemin le plus court, et parvinrent à intercepter le cinquième année au premier étage. Celui-ci, en les voyant, ne chercha même pas à discuter. Il avança en traînant les pieds, et leur fit signe de le suivre. Il les emmena non loin, dans une salle vide.

- Je suppose que vous êtes là à cause de Wright, expira-t-il, le moral visiblement dans les chaussettes.
- C'est donc bien toi qui l'a envoûtée ! accusa Harry.
- Oui.
- Eh bien tu vas nous faire le plaisir de la désenvoûter immédiatement !
- Pas possible, se contenta de répondre Strode.
- Dis-donc, c'est pas parce que t'es grand qu'il faut t'y croire, à nous quatre on parviendra bien à te forcer la main. Au pire, Hermione pourra toujours se servir de son autorité de préfète en chef ! menaça Ron.*
- C'est pas que je ne veux pas, c'est que la potion qui pourrait la désenvoûter demanderait trois jours de préparation, alors que les effets de la poudre qui l'a rendue ainsi disparaîtront d'ici… un peu plus d'une heure et demie, deux heures tout au plus.
- Dis-moi Strode, reprit Hermione, en tant que préfète en chef, je peux savoir pourquoi tu lui as fait une farce de si mauvais goût ? Tu ne te rends pas compte que tu as pu blesser des gens en faisant ça ?
- Si je m'en rends compte ! répliqua Strode avec véhémence, avant de redevenir calme devant Ron qui sortait sa baguette. D'autant que…
- D'autant que quoi ? demanda Ginny qui le fixait avec un regard digne de sa mère lorsqu'elle gourmandait les jumeaux.
- D'autant que j'en suis la première victime, déclara Strode d'une voix si basse, et si vite que seul Harry, qui était à moins d'un mètre de lui, pu comprendre.
- Pardon ! s'exclama-t-il ? Comme ça tu en es la première victime ?
- Je… hésita Strode qui semblait essayer de se faire tout petit, chose impossible s'il en était. En fait, je cherchais pas à lui faire une plaisanterie. C'est que… depuis que je l'aie vue je… Enfin voilà, j'ai carrément flashé sur Wright. Mais comme je suis qu'un crétin, j'ai pas pu exprimer mes sentiments autrement qu'en la provoquant. Comme elle répondait tout le temps de même, je me suis dit que peut-être, elle était pas aussi éprise que ça de Carpenter, et qu'avec un petit coup de pouce, elle m'avouerait qu'elle aussi a des sentiments pour moi. J'avais entendu dire qu'elle était déjà sortie avec un garçon avant, alors je pensais qu'il y avait de l'espoir.

Suite à cette explication, les quatre Gryffondor étaient complètement atterrés.

- Mais c'est très délicat de faire des potions qui poussent les gens à exprimer leurs véritables sentiments, alors j'en ai fait une qui a l'effet opposé. Depuis ce matin, Wright exprime exactement le contraire de ce qu'elle veut vraiment exprimer. C'est légèrement plus facile de percer les protections mentales dans ce sens. Je me suis dit que si, malgré l'effet de cette potion, elle continuait à me chercher des noises, c'est que j'aurais vu juste. Mais force est de constater que ce n'était pas le cas. Elle me déteste vraiment…

La colère de Harry était retombée. Le garçon en face de lui était tellement pathétique qu'il ne pouvait lui en vouloir, et cette réaction semblait être généralisée aux quatre Gryffondor.

- Mais alors, pourquoi avoir fait une potion qui dure si longtemps ? demanda Hermione.
- En fait, la durée dépends du dosage. Je vous l'ai dit, ce n'est pas évident de pousser les gens a exprimer des sentiments, qu'ils soient vrais ou faux. C'est d'autant plus difficile quand ces personnes ont de fortes facultés mentales. Alors j'ai dû effectuer un dosage assez costaud pour être certain que ça fonctionne.
- Deux heures tu as dit ? redemanda Harry, que la colère avait quitté, mais qui n'en méprisait pas moins la méthode employée par le Serdaigle.

Strode acquiesça.

- J'espère pour toi que ce sera bien le cas, lâcha-t-il avant de tourner les talons. Vous venez, dit-il aux trois autres. Il n'y a visiblement rien à faire de plus que d'attendre, et c'est l'heure du repas.

***

Cette journée avait été une véritable torture. Elle s'annonçait pourtant bonne. On était dimanche, et c'était la Saint Valentin. Heather était impatiente d'offrir son cadeau à Abigail. Elle avait passé des mois à le dénicher, à l'origine, elle voulait le lui offrir pour Noël, puis pour son anniversaire, mais à chaque fois, elle avait dû reporter car elle n'avait pas trouvé ce qu'elle voulait. Finalement, elle l'avait obtenu, mais il lui avait fallu encore deux semaines entières pour parvenir à le rendre utilisable à Poudlard. Depuis Septembre, où Abigail lui avait parlé, au détour d'une conversation banale, de ce jeu électronique qu'elle adorait étant enfant, Heather s'était mise en tête de s'en procurer un exemplaire. Seulement, les appareils électroniques ne fonctionnaient pas à Poudlard à cause des interférences que créait une magie trop présente. Mais elle avait fini par dégoter un sortilège qui parvenait à repousser les "pollutions magiques" un peu comme un produit anti-statique repoussait la poussière. Elle avait fini juste à temps pour la Saint Valentin, mais elle avait eu du mal à pratiquer le sortilège et s'était couché tard la veille. Elle devait maintenant se dépêcher pour ne pas rater le petit-déjeuner. En descendant les escaliers, elle sourit en pensant à l'expression émerveillée que ferait Abigail en retrouvant son jeu fétiche, et à la tête que tireraient Malefoy et les autres Serpentard en subissant la présence de cet objet moldu dans l'antre des "sangs purs".

Et puis alors qu'elle avait atteint le troisième étage et qu'elle était seule dans un couloir, il y eut une détonation, comme si on avait fait éclater un ballon de baudruche. Le couloir se retrouva saturé d'un poudre blanche qui s'avéra, après qu'elle ait bien toussé et pleuré, puis avoir repris son souffle, n'être que de la farine. Sans doute encore une blague de ce crétin de Strode. Il comptait sans doute se moquer d'elle devant toute la Grande Salle. Eh bien il en serait pour ses frais. Un coup de baguette, et tout fut nettoyé.

Mais elle comprit assez vite que Strode avait été autrement plus retors qu'elle ne l'avait d'abord pensé. Elle aperçut Romilda Vane qui se dépêchait de remonter aux dortoirs, sans doute avait-elle prévu de passer la journée avec Lord. Heather ne lui avait pas pardonné le coup qu'elle lui avait fait à Noël. Quelques jours avant les vacances, alors que Heather et Abigail profitaient de leur temps libre dans l'intimité d'une salle déserte, Vane avait dû les surprendre et s'était empressée d'aller les dénoncer à McGonagall pour comportement indécent. Comme elles s'étaient légèrement laissées aller à la volupté, McGonagall s'était montrée particulièrement sévère, et leurs parents avaient été prévenus. Si elle n'avait pas cogné Romilda tous les jours depuis ce moment, c'était uniquement parce qu'elle ne voulait pas lui donner la satisfaction de pouvoir encore lui faire avoir d'autres heures de colle. Mais depuis, c'était une véritable haine qu'elle vouait à sa camarade de dortoir, d'ailleurs, cela semblait tout à fait réciproque. Alors que Heather voulait, en passant, lui lancer une vanne bien sentie, elle se surprit à lui parler avec douceur, et à lui dire que l'amitié qu'elles avaient partagé en deuxième année lui manquait. Romilda n'y comprenait visiblement plus rien, et Heather non plus d'ailleurs. Les mots qui sortaient de sa bouche, les gestes qu'elle faisait, l'intonation de sa voix, rien de cela n'avait de rapport avec ce qu'elle ressentait et qu'elle aurait voulu faire ou dire à sa camarade.

Devant cette subite proposition de réconciliation, Romilda se montra sceptique, et Heather aurait voulu lui dire qu'elle faisait bien, que ce n'était absolument pas ce qu'elle pensait, qu'elle n'avait eu que ce qu'elle méritait lorsque Harry l'avait repoussée le jour où elle lui avait demandé d'être son cavalier pour le bal de Noël, quatre ans plus tôt. Au lieu de ça, elle lui dit qu'elle était désolée de l'avoir torpillée ce jour là, que c'était vraiment pas sympa de sa part, et qu'elle le regrettait sincèrement. Et quand Romilda accepta, au grand dam de la rouquine, la réconciliation, elle se surprit encore plus en explosant littéralement de joie, en lui sautant au cou, et pire que tout, en lui donnant un baiser… pas un petit bisou amical, non, un véritable baiser.

En proie à cette euphorie qu'elle ne ressentait pas du tout, elle repartit aussitôt en direction du septième étage, laissant sur place une Romilda Vane qui n'aurait pas eu une autre expression si elle avait été frappée par la foudre. En chemin, elle essaya de se demander ce qui avait bien pu lui prendre, pourquoi elle ne contrôlait plus ses actes et ses paroles, et puis elle repensa à l'explosion de farine. Ce sale cancrelat de Strode lui avait encore joué un sale tour. Elle allait lui demander exactement ce qu'il avait fait, et il comprendrait sa douleur. Mais quand elle le trouva, non loin de l'entrée de la salle commune de Serdaigle, elle se surprit à lui proposer de cesser leurs petites attaques mesquines, car elle l'appréciait assez, et voulait devenir son amie. Mais qu'est-ce qu'il avait bien pu lui faire ! Un sortilège d'allégresse ? Un charme de gentillesse ? Une potion de béatitude ? Quoi qu'il en soit, ce fut là encore un Strode très perturbé qu'elle abandonna pour retourner vers Gryffondor. Elle allait donner le mot de passe à la Grosse dame quand Demelza Robins l'interpella pour lui parler du dernier match de l'équipe, qui s'était joué contre Poufsouffle, et qui avait été remporté par l'équipe au blaireau. Mais alors qu'elle s'était toujours bien entendu avec Demelza, elle se mit à lui lancer au visage qu'elle avait joué comme un pied et que c'était elle qui tirait l'équipe de Gryffondor vers le bas, et sur un ton pas très amical. Evidemment, Demelza s'emporta, Heather aurait fait de même si on l'avait agressée de la sorte sans raison, avec en plus des arguments tout à fait injustifiés. Mais qu'est-ce qui lui arrivait ? Pourquoi exprimait-elle exactement le contraire de ce qu'elle ressentait ?

Ce fut à ce moment que Abigail apparut, venant visiblement de Serdaigle. Heather eut une seconde de soulagement, la Serpentard allait sans doute pouvoir l'aider à comprendre ce qu'il se passait, mais dès les premiers mots, froids et cassant qu'elle lui adressa, Heather comprit son erreur. Abigail l'embrassa, et elle la repoussa, alors que tout ce qu'elle aurait voulu était de prolonger cette étreinte. Quand elle s'entendit dire à celle qu'elle aimait plus que tout qu'elle voulait mettre un terme à leur relation, Heather aurait voulu hurler, elle sentait le désespoir s'emparer d'elle, et se mit à prier pour que quelqu'un intervienne et l'empêche de commettre l'irréparable. Mais personne n'intervint. Il n'y avait qu'elle, Abigail et Demelza, et les deux autres filles étaient bien trop estomaquées par ce qu'elles entendaient pour pouvoir réagir. Elle vit l'expression du visage d'Abigail se décomposer. Et la souffrance qu'elle lui infligeait par ses paroles cruelles lui était insupportable. Pourtant, elle ne pouvait rien faire, elle n'avait plus aucun contrôle sur ses gestes, ses mots, ou son attitude.

- Si tu veux tout savoir, je te déteste au plus haut point. Maintenant disparais, je ne veux plus jamais te voir ! s'entendit-elle prononcer avec horreur.

L'expression d'abattement d'Abigail lui déchira le cœur. Elle même aurait voulu fondre en larmes, au lieu de ça, elle ressentit les premiers soubresaut d'un fou-rire. Au moins, parvint-elle à se diriger exactement là où elle voulait aller : dans son dortoir, sur son lit, histoire de ne plus croiser personne et de ne pas envenimer d'avantage la situation. La seule chose qui lui déchirait l'âme, c'était qu'elle riait aux éclats, alors qu'elle aurait voulu fondre en larmes.

La matinée s'écoula. Elle se rendit à la Grande salle pour le repas de midi, il n'y avait pas beaucoup de monde, et la plupart des présents étaient soit trop occupés à compter fleurette, soit trop dépités de n'avoir justement personne à qui compter fleurette pour lui adresser la parole. Elle aperçut néanmoins Dean qui lui fit signe de venir le voir. Mais il en était hors de question, aussi s'empressa-t-elle de retourner dans son dortoir, faisant tous les détours possibles et imaginables pour semer son ami. Elle ne voulait surtout pas se fâcher avec quelqu'un d'autre. Elle parvint à éviter d'autres catastrophes jusqu'au soir. Alors qu'elle pensait aller demander aux elfes de lui préparer un en-cas qu'elle mangerait loin de tous, elle vit Harry et Dean dans la salle commune, elle comprit immédiatement à leur regard qu'ils avaient la ferme intention de s'entretenir avec elle, elle voulu rebrousser chemin, mais Ron, et Ginny l'en empêchèrent.

Elle se voyait déjà traiter Dean, qui lui adressa la parole le premier, de tous les noms, et tremblait d'effroi. Mais ce fut pire que tout, il lui parla d'Abigail, lui montra le cadeau qu'elle comptait lui faire et reprit ses sanglots intérieurs en se voyant déchirer la chose, sans même avoir pu voir ce dont il s'agissait.

Pire que tout, elle s'entendit ensuite dire à Harry qu'elle ne le considèrerait jamais comme son frère. C'en était trop, elle ne pourrait plus supporter une telle torture. Elle courut aussi vite et aussi loin que ses jambes purent la porter. Elle se laissa tomber au sol, et toujours ce rire, au lieu des larmes qu'elle voulait verser. Quand la crise de rire cessa, elle s'aperçut qu'elle était descendue dans les profondeurs de l'école, Elle s'était arrêtée devant la Porte du Courage. Elle n'avait même pas eu conscience de passer le Placard de la Sagesse.

Elle se releva et passa la main dans la gueule du lion qui se referma sur son bras. Elle tourna la poignée vers la droite, ce qui ouvrit la porte et la libéra. Elle descendit jusqu'à atteindre la salle aux bas-reliefs. Devant la porte représentant les quatre animaux fétiches des fondateurs, elle ramassa les quatre runes qui servaient de clé et les disposa dans les orifices prévus à cet effet. L'imposante double porte de pierre s'ouvrit et l'air chaud de la salle du dragon s'engouffra aussitôt par l'ouverture. Le souffle brûlant l'harassa un peu plus. Elle s'avança jusqu'au bord de la corniche. Ce ne serait pas très compliqué. Si la chute ne la tuait pas, le dragon s'en chargerait. Elle déglutit, et avança une jambe au dessus du vide. Elle bascula en avant, les yeux clos, quand elle sentit quelque chose la tirer brutalement en arrière.

- Je peux savoir ce que t'essayais de faire Pottergirl ?
- Mon nom c'est Wright, répliqua Heather, hésitante entre le soulagement et la déception. Et toi Malefoy, qu'est-ce que tu peux bien faire ici ?
- Que veux-tu, je suis curieux, alors une Gryffondor qui se balade dans les quartiers de Serpentard, ça m'a forcément intrigué. Je t'ai suivie. Et toi, tu faisais quoi ? T'as pas vu qu'y a un dragon là-dessous ! D'ailleurs j'aimerais bien savoir ce que peut bien faire un dragon dans les fondations de l'école ? Enfin là n'est pas la question ! Tu pourrais quand même me remercier pour t'avoir empêcher de faire une énorme bêtise. Ca va pas bien dans ta tête ? Un coup tu ris à t'en rouler par terre pendant plus d'une heure, et le coup d'après tu essaies de mettre fin à tes jours.
- Non, répondit Heather, ça va pas du tout. Si tu savais la journée que j'aie eu… c'était… je voulais que ça cesse. C'était sans doute stupide mais j'avais tellement mal… Enfin merci quand même. J'ai l'impression que ça te réussi de fréquenter Montgomery.

Drago détourna le regard et se racla la gorge.

- Oh ça va hein ! Si j'avais su j't'aurais laissé sauter. Hey, ça va Pottergirl ?

Heather semblait ne plus voir Drago. Et c'était bien le cas. Ce qu'elle avait elle-même dit l'avait laissé sans voix. Elle n'y avait pas fait attention sur le coup, mais depuis que Drago l'avait tirée en arrière, elle exprimait à nouveau ce qu'elle ressentait, et non pas son contraire. Une vague de soulagement et de joie la submergea alors, lui faisant verser des larmes.

- Hey ! Tu vas quand même pas te mettre à chialer ? demanda Drago pas très à l'aise.

Heather le serra alors dans ses bras.

- Merci ! Merci mille fois ! lâcha-t-elle de tout son cœur avant de libérer le Serpentard de cette étreinte inopinée.
- Ne t'avises jamais de… commença à menacer Malefoy, mais Heather ne l'écoutait pas et était déjà en train de courir vers l'escalier. Mais où tu vas maintenant ?

***

Lorsque Abigail s'éveilla, il était près de dix heures et demie du soir. Elle ressentait toujours cette affreuse douleur dans sa poitrine, comme si une griffe invisible s'amusait à lui lacérer le cœur, encore, et encore, et encore. Elle n'arrivait toujours pas à croire que c'était fini entre elle et Heather. Comment ? Pourquoi ? Est-ce qu'elle avait fait ou dit quelque chose que Heather aurait mal pris ? Elle n'arrivait pas à admettre que les sentiments de la Gryffondor aient pu changer aussi radicalement en une nuit.

Ce fut alors qu'elle sentit un bras la prendre par la taille, et un corps se blottir contre le sien. Ce parfum, cette voix qui murmurait son nom. Encore une illusion cruelle. Ca n'avait pas cessé, de toute la journée. Quand à bout de larmes, elle s'était assoupie, sans doute pas plus de quelques instants, elle l'avait vue, elle la serrait dans ses bras, et lui disait qu'elle l'aimait toujours. Mais quand elle avait ouvert les yeux, elle avait vu qu'il ne s'agissait que de Melany qui l'avait laissée pleurer contre son épaule. Elle en souffrit, elle n'acceptait pas qu'une autre que Heather l'étreigne ainsi. Elle avait demandé à ce qu'on la laisse seule. Elle était restée seule, en position fœtale sur son lit, et des dizaines, des centaines de fois, qu'elle fut éveillée ou assoupie, elle avait vu Heather lui dire que tout ça n'avait été qu'un mauvais rêve et qu'elle l'aimait toujours. Mais systématiquement, l'instant d'après, Heather disparaissait, et Abigail réalisait que c'était bien la triste réalité.

- Je suis désolée Abigail. Ce que je t'ai dit ce matin, ce n'était pas ce que je ressentait… en fait, c'était même tout le contraire de ce que je ressentait. J'ai vu Harry, il m'a expliqué que c'était Strode qui m'avait fait respirer une poudre qui me faisait agir et parler à l'opposer de ce que je ressentait.

Les mots étaient d'une douceur exquise. Abigail avait tellement envie d'y croire, mais elle avait eu le cœur brisé si souvent, au cours de cette unique journée qu'elle refusa en bloc ce qu'elle entendait. Elle se recroquevilla, crispa les yeux et se boucha les oreilles.
- C'est pas vrai, je sais que c'est pas vrai, se répétait-elle. C'est encore une illusion. C'est pas vrai, je sais que c'est pas vrai…

Une main saisit son bras, pour libérer son oreille, et une autre lui releva le menton.

- Tu ne veux pas ouvrir les yeux ? demanda la voix tendre de Heather.
- Non, je sais que c'est seulement mon imagination, c'est pas vrai, ça va disparaître, et j'aurai encore mal.
- Et ça, fit la voix, est-ce que c'est aussi ton imagination ?

Elle sentit des lèvres se presser contre les siennes, un bras la serrer avec passion. Une langue forcer le barrage de ses propres lèvres. Cette sensation à nulle autre pareille, combien de fois l'avait-elle ressentie, cette impression que son cœur délaissait son rythme régulier pour un autre effréné et étrangement saccadé et que son âme se mêlait à celle de son amante. La sensation de plaisir lui fit ouvrir les yeux brutalement, et dilater ses pupilles. Tout n'était plus que sensations douces et enivrantes, et tant pis s'ils s'agissait encore d'une illusion. C'était trop agréable, et elle en avait trop besoin. Le baiser dura longtemps, et sembla pourtant bien trop court à Abigail. Mais quand leurs lèvres se séparèrent, Heather était toujours là, tout contre elle.

- Heather ! hoqueta-t-elle. C'est toi ? C'est vraiment toi ?
- Je suis vraiment désolée que tu aies eu à entendre ces mots qui sont sortis bien malgré moi ce matin. Et ça m'a déchiré le cœur de te faire autant de peine. Mais ce n'était pas la vérité. Ce n'était pas ce que je ressentait. C'était tout le contraire. Et je te jure que Strode recevra ce qu'il mérite pour nous avoir fait souffrir de la sorte. Mais je veux que tu sois certaine de l'amour que je te porte. Un amour inconditionnel, profond, et sincère, et qui ne disparaîtra pas de sitôt, si tant est qu'il soit envisageable qu'il puisse disparaître un jour. Je t'aime, Abby, je t'aime plus que tout, et je t'aimerai encore longtemps, tu peux en être certaine.
- Oh, Heather ! sanglota Abigail, des larmes de joies coulant maintenant le long de ses joues.
- Ah… et je suis désolée d'avoir déchiré ton cadeau de Saint Valentin… Mais c'était du papier… on doit pouvoir réparer ça d'un coup de baguette magique. Ah.. et voici pour toi, dit-elle en sortant quelque chose de sa poche. C'est un peu tard pour te souhaiter une bonne Saint Valentin. Mais il reste encore près de soixante-dix minutes, alors qu'elles soient grandioses !
- Bonkey Kong ! s'exclama Abigail. C'est incroyable ! Ils sont quasiment introuvables de nos jours !
- Et j'ai fait un peu de magie, justement pour que la magie n'interfère pas, et que tu puisses jouer à Poudlard, précisa Heather.

Même si Abigail avait encore un doute, une réminiscence de toutes les créations de son cerveau qui s'était succédées au cours de la journée. Les illusions ne parlaient pas de choses qu'elle ignoraient, et ne lui offraient pas de jeux électroniques vieux de dix ans. Cette fois-ci, elle était certaine qu'il s'agissait bien de la vraie Heather. Elle le tira à elle et l'embrassa.

- Hum ! Dites… y a des hôtels pour ça, protesta Enola Grey. Et puis j'aimerais bien dormir, y a cours demain quand même !

Heather et Abigail se laissèrent gagner par un fou rire, sans doute dû à la fatigue, et le relâchement de la tension nerveuse de cette journée éprouvante. Elle quittèrent le lit de la Serpentard, en essayant de se retenir, mais continuaient à pouffer tout bas. Elles s'arrêtèrent dans la salle commune de Serpentard pour s'écrouler l'une sur l'autre, complètement mortes de rire. Quand elles parvinrent à se calmer, elles se rendirent compte qu'il ne restait que cinq minutes avant minuit. Elles s'assirent sur un canapé, et s'enlacèrent, se couvrant mutuellement de baisers plus ou moins longs, certains avides, et d'autres tout en tendresse. Leurs lèvres se séparèrent à nouveau, et Heather fit une moue dépitée.

- Il est minuit deux. Et il y a cours demain, grimaça-t-elle.
- Au diable les cours ! lâcha Abigail en serrant Heather contre elle, refusant de la laisser s'éloigner.

Heather sourit et se leva, tendant la main à la Serpentard.
- Viens, lui dit-elle. On sera plus à l'aise dans la salle de la Dame Bleue.

Elle montèrent au sixième étage, et transmutèrent le canapé en lit. Elle s'allongèrent en s'embrassant encore, et sans même s'en rendre compte, s'endormirent dans les bras l'une de l'autre.


* : J'ai modifié cette réplique de Ron car elle était incohérente : Hermione et Ginny sont maintenant dans la même année, il n'y en a donc qu'une qui puisse préfète, en chef ou pas.