Le lundi suivant, Loki choisit de se rendre seul à la boutique d'Art pour récupérer leurs achats. Ce n'était pas à des fins de contrôle ou de sexe. Loki voulait juste avoir une chance de poser quelques questions à Art sans avoir à s'inquiéter de perturber son professeur.

Compte tenu de leur relation, ce fut assez simple à organiser. Le lundi après les cours, Loki demanda à Anthony de rentrer préparer le repas, et alla ensuite tout simplement à la boutique pour récupérer leurs affaires. Le plan étant de se retrouver une heure plus tard à la maison du professeur.

Pour être tout à fait franc, Loki appréciait de pouvoir passer un peu de temps seul. Non pas qu'ils passaient trop de temps ensemble. Rien de tel. Compte tenu de l'effet narcotique qu'avait la passion sur le cerveau, Loki était sûr que ce ne serait pas un problème avant un bon moment. Le problème était qu'il était terrifié par le fouet. Pour la fessée, il avait réussi à s'en sortir sans faire quelque chose d'affreux. Il avait regardé une douzaine de vidéos sur internet sur le maniement du fouet. Il était aussi sûr qu'il pouvait l'être qu'il y arriverait. Il avait juste besoin de temps pour lui-même - avant - pour calmer ses nerfs, et conduire était un bon moyen d'y parvenir.

Parler à Art de ses doutes semblait aussi être une bonne idée, cela avait donc fini de le décider. Si quelqu'un pouvait bien dissiper ses craintes, il y avait des chances que ce soit le Père Noël de cuir vêtu.

Fait intéressant, il se sentit beaucoup plus à l'aise en entrant dans le magasin que lors de sa première visite, même s'il n'avait pas Anthony pour le soutenir. Il y avait même des clients dans la boutique, et il réussit à ne pas se sentir terriblement gêné.

Une jeune employée l'aborda quelques secondes après son entrée, et cela le destabilisa quelque peu. Elle battit des cils avec coquetterie. « Y a-t-il quoi que ce soit que je puisse vous proposer de tester ce soir ? »

Tester, en effet. Il n'avait pas plus tôt ouvert la bouche que la voix d'Art retentit. « Pas de chance, petite. Il est là pour récupérer les articles que j'ai fait pour lui et son garçon. »

Elle bouda un instant, mais son sourire éclatant réapparut rapidement.

« Aurez-vous besoin de quelque chose d'autre ?

— Je suis venu pour parler à Art, en fait. Loki lui sourit aussi poliment que possible. Mais je vous remercie. »

Elle soupira et hocha la tête, avant de s'éloigner en marmonnant quelque chose sur « ceux qui sont canons », mais Loki n'y prêta pas grande attention. L'important était qu'elle le laisse seul.

« Je pensais bien que vous auriez quelques questions à poser quand vous reviendriez chercher ceci. Art attrapa un sac sous le comptoir et le déposa devant Loki. Vous pensez probablement au collier qu'il regardait, n'est-ce pas ? »

— Ma curiosité était-elle si évidente ? demanda-t-il en haussant le sourcil. Il s'appuya contre le comptoir et tenta de paraître détendu. Aussi détendu qu'on pouvait l'être quand on posait des questions sur l'achat d'un collier de chien pour un être humain.

— Pour tout le monde à part lui, oh oui. Vous n'y pouvez rien. Art s'appuya contre le côté opposé du comptoir, adoptant une attitude vraiment décontractée. Il avait probablement eu cette discussion avec de nombreux aspirants doms avant lui. Vous êtes relativement novice en la matière et votre garçon regarde des colliers. Soit vous savez ce que cela signifie et cela vous rend un peu nerveux, soit vous ne savez pas, et vous voulez savoir.

— J'ai bien évidemment fait une recherche en ligne, Loki sourit gaiement, est-ce vraiment considéré comme un équivalent du mariage ? »

Art lui retourna son sourire.

« Un homme qui se soucie de ce que pense son garçon et qui fait ses propres recherches. J'aime ça. Oui et non. Il y a une similitude. Puisqu'il n'est pas question d'engagement légal, sa signification réelle varie d'un couple à l'autre, selon ce que chacun cherche. Comme pour les alliances, en fait.

— Et certains sont plus enclins à prendre ces choses au sérieux que d'autres, acquiesça pensivement Loki.

— Et je pense que vous savez exactement quelle sorte de personne est votre garçon », convint Art.

Caressant du bout des doigts les divers articles en cuir disposés sur le comptoir, Loki acquiesça de nouveau.

« L'avez-vous toujours vu intéressé par ces colliers ?

— Tony s'est trouvé un petit malin, cette fois, répondit en riant Art. Non. Je ne l'avais jamais vu intéressé auparavant. Mais je ne l'ai pas connu avec son premier Dom. »

Loki leva brusquement les yeux vers lui.

« Vous êtes au courant ?

— Pas vraiment. Art secoua la tête, mais il y avait une certaine crispation autour de sa bouche qui révélait à Loki que lui au moins savait de quoi ils parlaient. Je veux dire, vous vous faites une petite idée de ces choses lorsque vous connaissez une personne depuis un certain temps. Mais nous n'en avons jamais discuté.

— Et sa tendance à se choisir des hommes épouvantables vous a révélé tout ce que vous deviez savoir ? Il tenta de garder un ton léger, mais Loki savait qu'il avait pitoyablement échoué.

— Il lui a fallu un moment avant de chercher son alter ego intellectuel. Je n'ai pas arrêté de lui dire qu'il ne serait jamais heureux avec un dominant qui aurait plus de muscles que de cervelle, mais il semblait carrément déterminé à ne pas s'en dégoter un qui soit intelligent. »

Son alter ego intellectuel. Loki sourit.

« Mais il ne m'a pas trouvé. Je l'ai trouvé.

— Vous avez trouvé un soumis comme Tony sans avoir aucune expérience ? Art avait l'air perplexe. Ça, c'est nouveau. Tant mieux si c'est ce qu'il lui fallait pour trouver le bon. Il en a emmené quelques uns par ici, mais aucun d'eux ne lui convenait. Il n'a jamais été à l'aise avec eux comme il l'est avec vous. »

Loki trouva ça extrêmement rassurant. « Nous avons un peu plus en commun que juste... heu, un choix de vie. »

Art se mit de nouveau à rire. « Et un vrai gentleman. Il n'y en a plus beaucoup. Juste ce dont Tony a besoin. Quelqu'un qui se soucie de ce qu'il pense sans qu'on ait besoin de lui expliquer, parce que vous pouvez être sûr qu'il ne vous dira rien. »

Loki sentit la tension sur ses épaules se relâcher à l'écoute de cet avis. Natasha et lui avaient eu raison. Il le savait, d'accord, mais que quelqu'un ayant des années d'expérience le lui confirme, rendait en quelque sorte la situation plus claire.

« Une suggestion sur la façon d'aborder le problème ?

— Faites ce que vous feriez dans n'importe quelle autre relation présentant le même contexte. Art haussa les épaules. Observez. Écoutez. N'oubliez pas que, la moitié du temps, quand il vous dit que tout va bien, ce qu'il veut vraiment dire est que quelque chose ne va pas et qu'il ne veut pas l'admettre. Merde, vous êtes intelligent. Vous savez probablement déjà reconnaître les signes, vous avez juste à rester vigilant. »

Loki acquiesça. Rien de nouveau dans tout ça. La lèvre mordue qui le tracassait tant. Le refus de croiser son regard. Le glissement du « Loki » au « Monsieur ».

Art regarda les colliers. « Et faites attention aux grandes démonstrations d'affection. C'est très bien s'il le fait, mais s'il pense que vous essayez de jouer avec lui, il va se replier sur lui-même en moins de temps qu'il ne vous en faut pour cligner des yeux. »

Loki acquiesça de nouveau.

« Plus j'en apprends, plus il me semble que ce n'est pas particulièrement différent de toute autre relation.

— C'est à peu près ça. Le visage d'Art arborait l'expression douloureuse de celui qui affronte depuis trop longtemps les suppositions ridicules des autres. Les gens y voient autre chose parce qu'ils s'attendent à ce qu'ils ont lu dans des romans merdiques. Ils ne sont pas des nôtres, ils traitent juste de tous les noms ceux qui ne se cantonnent pas à la position du missionnaire. »

Loki sourit sincèrement. Il avait été l'un de ces idiots il n'y avait pas si longtemps. L'implicite approbation dans la déclaration d'Art n'en était que plus profondément satisfaisante.

« Merci, Art, j'avais besoin de ce petit rappel, ce soir.

— Je fais tout ce que je peux pour soutenir un amour naissant, Loki. Le sourire d'Art s'élargit, ce qui lui remit en tête la comparaison avec le Père Noël. Il va y arriver. Il a juste besoin de plus de temps que certains d'entre nous.

— Quand je penserai qu'il est prêt, je reviendrai pour une commande. » Il regarda les colliers, s'imaginant en fermant un au cou de son professeur. Cela allait devenir un fantasme récurrent, pensa-t-il en lui-même. À cause de son côté sexy ou en raison de la part de confiance qu'il représentait, ça, il n'en était pas tout à fait sûr. Il sombrait là-dedans de tout son être, et il n'était pas assez aveugle pour ne pas repérer les signes.

Il voulait que ce qu'il partageait avec son professeur - quoi que ce soit - dure aussi longtemps que possible et il lui semblait que le meilleur symbole pour cela soit un magnifique collier en cuir.

Ricanant, Art hocha la tête et se dirigea vers son bureau. « Vous savez quoi, Loki. Je vais commencer à travailler dessus immédiatement. Ce sera prêt quand lui le sera. »


Vingt minutes plus tard, Loki s'arrêtait dans l'allée d'Anthony. Ce qui aurait dû être un trajet relaxant était passé beaucoup trop vite, et il se retrouva assis dans la voiture, souhaitant avoir eu davantage de temps.

Vigilance, se rappela-t-il. Cela jouerait en sa faveur. Il connaissait la tendance qu'avait Anthony à s'inquiéter du plaisir des autres plus que du sien propre, et il y ferait attention. Il refusait d'envisager ce qui pourrait se passer s'il passait à côté.

Il décida finalement qu'il n'était plus possible de rester dans sa voiture et de faire attendre davantage Anthony. Il était sans doute à sa place près de la porte et attendait sur son coussin depuis le moment où il avait entendu la voiture de Loki dans l'allée. Désormais, cette image stimulait Loki en permanence. Il se demandait s'il était seulement envisageable qu'il finisse par s'en lasser.

Évidemment, son professeur était à genoux en face de la porte. Sa tête était baissée, et il semblait concentré sur quelque chose. Il semblait peu probable qu'il fasse des calculs complexes dans sa tête, alors c'était probablement un problème dont Loki devait apprendre le fin mot. Une tâche difficile, pour dire le moins.

« Bonjour, Professeur. Il se dirigea vers l'homme agenouillé et caressa cette belle chevelure libre de sa main libre. Quelque chose vous préoccupe ?

— Monsieur ? », fit Anthony en levant brusquement les yeux.

En réponse, Loki lui tira doucement les cheveux, obligeant son professeur à croiser son regard. « Je ne suis pas aveugle, mon ange. Il y a quelque chose dont vous devez discuter avec moi. »

Le visage rouge, Anthony acquiesça faiblement, mais il baissa de nouveau les yeux et ne répondit pas.

« Il est temps de me dire ce à quoi vous pensez. Loki se remit à lui caresser les cheveux. Anthony leva les yeux vers la braguette de Loki et, apparemment inconsciemment, se lécha les lèvres. Loki ne se laissa pas abuser par sa tentative évidente pour détourner son attention. Comme votre ami Art me l'a fait remarquer ce soir, mon cher professeur, je ne suis pas le genre d'homme se laissant facilement distraire auquel vous vous étiez habitué. Même si l'image que vous offrez est très belle, je ne me laisserai pas si facilement détourner de mon objectif. »

Anthony ferma les yeux un instant, et l'expression de son visage passa de séductrice à craintive en l'espace de quelques secondes. Quand il parla, sa voix était à peine un murmure. « Je suis juste un peu nerveux, Monsieur. » Son regard passait frénétiquement du sol aux yeux de Loki. Le passé et le présent. L'impuissance et l'émancipation. Finalement, Loki sentit quelque chose se briser chez son professeur. Il s'adossa contre la cuisse de Loki et marmonna, si bas que Loki put à peine l'entendre, « Je ne veux pas vous décevoir. Mais je suis nerveux parce que vous n'avez jamais fait ça avant. »

Les spasmes dans l'estomac de Loki, qui lui donnaient l'impression qu'une créature horrible essayer de se frayer un chemin hors de lui à coups de griffes, s'intensifièrent. Il était temps de mettre en œuvre son plan. C'était encore plus difficile qu'il ne l'avait imaginé. Et il s'attendait pourtant à ce que ce soit difficile.

« Vous avez entièrement raison, Anthony. Il passa les doigts sur la nuque de Anthony dans un geste profondément dominateur, essayant de compenser ainsi les paroles qu'il s'apprêtait à dire. Vous n'êtes pas le seul à être nerveux. Et je ne trouve pas cela décevant le moins du monde. Je ne veux pas vous faire de mal. »

Anthony jeta un coup d'œil vers son visage, toujours appuyé contre la cuisse de Loki.

« Merci, Loki. Je sais que vous ne voulez pas me faire de mal.

— Bon. Loki s'obligea à se calmer. Alors vous comprendrez pourquoi je veux que vous me montriez comment on s'y prend.

— Non ! s'exclama aussitôt Anthony, en relevant instinctivement la tête pour dévisager Loki, bouche bée. Il le fixa une seconde, sa respiration s'accélérant trop rapidement. Il retourna alors le visage contre la cuisse de Loki et s'efforça de calmer sa respiration. Je ne veux pas vous faire de mal, Loki. Sa voix était étouffée, mais Loki capta l'essentiel.

— Encore mieux, Anthony. Vous pouvez me montrer comment ne pas vous faire de mal. » Il ne voulait pas forcer les choses, mais il n'allait pas laisser tomber. Il lui avait fallu vraiment prendre sur lui pour se résoudre à dire ça. Il ne pouvait pas renoncer maintenant et qu'Anthony pense que tout cela n'avait été rien de plus que de belles paroles.

Anthony gémit contre sa jambe. « Devrais-je vous frapper, Loki ? »

Un instant, Loki fut interloqué. N'avait-il pas été assez clair, ou Anthony essayait-il de se défiler ? « Je ne vois pas vraiment d'autre façon pour que vous m'expliquiez, Anthony. »

Anthony se recula, et l'absence soudaine de contact fut brutale et presque douloureuse. Tout ce que Loki put faire, fut de se retenir de l'attraper par les cheveux pour le ramener contre lui. Tony se pencha sur ses talons, et regarda Loki avec espoir. « Je pourrais utiliser un oreiller. Je pourrais vous montrer. Je ne veux pas... »

Loki passa sa main libre sur le visage d'Anthony. C'était une concession qu'il était tout disposé à accepter. Que cela lui évite d'être touché par ce qui était essentiellement un instrument de punition l'aida à faire son choix, mais le fait que cela semblait tellement stresser Anthony fut le facteur déterminant. Il aurait dû s'y attendre, mais une partie de lui s'était demandé si Anthony saisirait la perche et apprécierait la perspective d'une inversion des rôles.

C'était un peu gênant de se sentir si soulagé. Il nota mentalement que dans un futur proche, il devrait surmonter ça — dans les deux sens. S'ils devaient vraiment faire ça, il faudrait qu'il explique clairement que l'inverse n'était pas intrinsèquement inconvenant. Anthony ne méritait pas d'être toujours celui qui recevait.

« Comme vous voudrez, mon cher professeur, avec ces mots magiques, il se sentait reprendre le contrôle de la situation, je ne vous obligerai jamais à faire quoi que ce soit que vous trouveriez déplaisant. J'ai besoin que le vous sachiez.

— Merci, Loki. Je suis désolé que -

— Ne vous excusez jamais pour avoir dit non, l'interrompit Loki, vous avez le droit de me demander d'arrêter quand vous le souhaitez. »

Anthony releva de nouveau la tête pour croiser son regard, et il y avait quelque chose d'indéfinissable dans ses yeux. Loki aurait donné beaucoup pour pouvoir lire dans ses pensées en ce moment. Les lèvres voluptueuses s'étirèrent bientôt en un beau sourire, ce qui était extrêmement rassurant. « Voulez-vous dîner maintenant, Loki ? »


Le dîner leur offrit un moment de calme et d'introspection. Loki s'assura qu'Anthony mangeait à sa faim, mais ni l'un ni l'autre n'était vraiment concentré sur ce qu'ils mangeaient.

Loki imaginait qu'Anthony anticipait et redoutait ce qui allait se passer tout autant que lui. D'un autre côté, ils étaient au moins arrivés à un compromis, et ils auraient tous les deux ce qu'ils voulaient. Loki ne se rappelait aucune autre relation où il soit arrivé à ça. En fait, il ne se rappelait aucune autre relation où il se soit senti assez investi pour proposer un compromis.

Comme c'était étrange que la relation où il était littéralement dominant soit aussi celle où il se sentait suffisamment concerné pour offrir à son partenaire ce qu'il voulait. Peut-être que d'avoir le pouvoir lui avait fait comprendre qu'il ne voulait pas autant le pouvoir qu'il voulait qu'Anthony soit heureux.

Quand ils eurent fini, Anthony alla sans un mot déposer la vaisselle dans l'évier avant de revenir près de Loki. Silencieusement, il posa la tête sur la cuisse de Loki et leva la tête vers lui, ses yeux bruns interrogateurs et inquiets. « Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous, Loki? » Pour une fois, les mots ne semblaient par recéler de requête spécifique. Il voulait juste savoir s'il y avait quelque chose qu'il pouvait faire.

Après avoir discuté avec Art de la façon dont Anthony pourrait réagir à la pression, retenir une réponse trop empreinte de sollicitude fut plus facile. Essayer d'apporter réconfort et... autres choses... à son professeur était le moyen le plus sûr de le faire battre en retraite. Il avait besoin de temps pour s'habituer à Loki et pour réaliser qu'il n'allait pas le quitter ou devenir quelqu'un d'autre.

Alors, au lieu de lui sortir une réponse bien guimauve, Loki sortit simplement de sa rêverie et sourit. « Je pense qu'il est temps de monter à l'étage. »

Il fit signe à Anthony de le précéder et lui donna une légère longueur d'avance, afin qu'il ait de l'espace pour ramper. Cela ne dérangea pas Loki le moins du monde que ces quelques mètres d'avance lui offrent une meilleure vue. Il ramassa le sac en passant sans même ralentir le rythme.

Quand ils arrivèrent, il avait la boule au ventre. Brièvement, il entretint l'espoir fou qu'Art lui avait remis les mauvais articles, si bien que tout devrait être reporté.

Tu n'es pas un peu trop mélodramatique, Loki ? La voix dégoûtée dans sa tête se moqua de lui. C'est juste une autre forme de ce que le professeur veut.Si tu ne peux pas le lui donner, peut-être ferais-tu mieux de tout arrêter et de te chercher un copain ennuyeux et peu exigeant.

Loki essaya de ne pas frémir à l'idée. Le dernier homme qu'il avait fréquenté était exactement comme ça. Une jeune homme intelligent, parfaitement bien élevé, qui avait tout prévu pour son avenir et dont les envies étaient bien gentillettes au lit. Loki s'était ennuyé au bout de cinq minutes.

Anthony ne l'ennuierait jamais. Anthony était une surprise constante, une source d'inquiétude et d'espérance fébrile. Anthony était parfait.

Et si tout ceci n'était qu'une passade ?

Pendant ce temps, le professeur s'était arrêté au pied du lit, les genoux sur le coussin que Loki avait placé là des jours plus tôt.

Loki avait en fait apporté un coussin à disposer dans un endroit différent de la maison chaque fois qu'il s'était rendu chez le professeur lors de la semaine écoulée. C'était devenu une source d'amusement entre eux. Après ceux placés dans la cuisine et dans la chambre, Anthony avait accueilli l'oreiller suivant avec une légère surprise. Cependant, avec l'intelligence et la vivacité que Loki lui reconnaissait, il avait vite surmonté son étonnement et ronronné, « vous voulez que je me mette à genoux maintenant, Loki ? » La discussion qui suivit sur les endroits où Anthony pourrait être amené à s'agenouiller à l'avenir avait été... édifiante.

Pour le moment, pourtant, il regardait nerveusement ses genoux. Décidément, Loki devait arrêter de se repasser le film de ses précédents et incroyables ébats et s'activer à rendre ces ébats-ci incroyables.

Ils étaient dans une situation délicate. À ce moment précis, pensait-il, Anthony avait besoin que Loki prenne les choses en main — et qu'il les prenne résolument et clairement. Loki le plaçait dans une situation inconfortable en lui demandant de manier le fouet. Il devait atténuer sa gêne en transformant sa demande en ordre. Si la liste de Anthony n'avait pas indiqué quelques expériences avec le truc, Loki n'aurait pas demandé. Mais c'était écrit. Et Loki était tellement meilleur dans l'apprentissage pratique que théorique.

Alors Loki allait essayer de compenser en se montrant aussi dominant que possible.

« Sur le lit, mon cher professeur. » Loki désigna le milieu du lit. Il se dirigea vers le côté du lit tandis qu'Anthony y grimpait et prit un oreiller. Après l'avoir posé en face d'Anthony, il ouvrit enfin le sac et commença à en retirer les articles qu'il contenait.

Art, sans surprise, était un véritable artiste. Les menottes de cuir brun chocolat étaient de toute beauté. Loki avait presque envie de tout laisser tomber, de les fixer directement aux montants du lit et d'attacher Anthony en croix de Saint-André...

Il se secoua. Non. Tout laisser tout tomber pour attacher son professeur n'était pas ce qui était prévu. En fait, c'était peut-être même exactement le contraire. Il leva les yeux vers Anthony, qui fixait avec envie les menottes, ses doigts se contractant comme s'il voulait tendre la main et les toucher. Il y avait là une idée à creuser.

« Vous aimez nos nouvelles menottes, Anthony ? demanda Loki, en posant la dernière sur le lit à côté de ses pareilles.

— Oui, Loki, fit Anthony. Puis il leva nerveusement la tête, le regardant dans les yeux avant de rebaisser la tête, comme si une telle réponse pouvait être agaçante.

— Bien. Vous souhaitez les utiliser ? souffla Loki avec un sourire encourageant.

— Oui, Monsieur ? », répondit Anthony, les yeux rivés sur le couvre-lit, une interrogation inquiète dans la voix.

Pensif, Loki caressa les objets en cuir ornés de magnifiques volutes. Ils valaient chaque centime que son professeur avait payé pour eux, pensa-t-il.

« Quand vous aurez été un très bon garçon et m'aurez enseigné la leçon que j'attends, vous pourrez les attacher au lit. »

Le professeur leva la tête pour croiser son regard.

« Vous allez les utiliser, et... Il avait subitement le souffle court et, cette fois pour une bonne raison. Vraiment ? Et lorsque vous aurez terminé avec, il désigna le fouet, toujours dans le sac, vous allez... »

Tendant la main pour caresser le visage de son professeur, Loki sourit.

« Je vais quoi, professeur ?

— Me baiser, Loki ? Les mots étaient chuchotés, mais ils étaient là. C'était une des choses les plus égoïstes, et les moins violentes qu'Anthony ait jamais demandée. C'était beau.

— J'adorerais, mon gentil professeur », dit Loki en hochant la tête.

Avec une toute nouvelle détermination, Anthony attrapa le sac et en tira le fouet.

« C'est, euh, il est question de délicatesse. Pas de force. Je ne veux pas dire que vous ne devriez pas y mettre de la force, c'est juste que le mouvement est plus important. »

Loki mit l'oreiller en face de lui et observa attentivement. Revêtant son costume de professeur, Tony se mit à lui prodiguer une leçon approfondie sur le mouvement du poignet, l'espacement et le contrôle. La leçon s'acheva par un cliché d'une comédie romantique, « vous faites ceci pendant que je vous tiens la main et guide vos mouvements. » Dans ce cas, cependant, c'était vraiment sexy, alors cela fonctionna.

Quand cela dégénéra en Anthony déposant des baisers sur sa nuque alors qu'il s'exerçait au mouvement du poignet, il se dit qu'il était probablement temps de mettre fin aux hésitations et de passer aux choses sérieuses.

« Très bien, Professeur. Fixez les menottes maintenant. » Il s'autorisa encore quelques essais avec le fouet, se demandant à quel point l'oreiller souffrirait s'il était humain. Absurde, mais étant donné que sa tâche consistait à causer un peu de souffrance, il estimait que c'était une question valable.

Pendant ce temps, le professeur s'était déplacé à une vitesse impressionnante pour fixer les menottes aux montants de son lit avant de revenir vers Loki. Il vrombissait presque d'anticipation. « J'ai fini, Loki. »

Loki posa le fouet sur le lit et se pencha pour embrasser doucement Anthony sur la joue.

« Sur le lit alors, Professeur. Vous vous souvenez que vous pouvez demander à arrêter quand vous le souhaitez ?

— Bien sûr, Loki. » Anthony ne tenait aucun compte du rappel de Loki.

Pourquoi Loki avait-il l'impression qu'Anthony pourrait être en sang dans un fossé et quand même refuser d'utiliser son mot de sûreté ? Néanmoins, Loki hocha la tête et fit signe à Anthony de s'installer, face contre le lit. Il s'affaira ensuite à l'attacher dans la position souhaitée.

Cela causa l'érection qui l'avait obstinément évité pendant la majeure partie de la soirée. Il y avait quelque chose de curieusement satisfaisant à boucler les menottes autour des poignets et des chevilles de son professeur. Il chercha le moindre signe de gêne sur le visage de son professeur et, dès qu'il en eut fini avec la dernière attache, il lui caressa légèrement les fesses.

« Cela vous convient ? », demanda-t-il, en testant légèrement les liens.

Anthony était de nouveau haletant. « Oui, Loki. C'est parfait. »

Alors Loki prit une profonde inspiration et commença. Il n'était pas tant question de donner coup après coup, comme pour la fessée, mais de trouver une continuité dans le mouvement. La peau d'Anthony tourna au rouge vif sous la pluie de lanières de cuir. Rien que d'imaginer ceci sur sa propre peau faisait frissonner Loki. Était-il acceptable d'infliger quelque chose que lui même n'était pas sûr de pouvoir supporter ?

« Anthony ? », demanda-t-il après un moment, attendant une incitation ou une dénégation.

La première réponse d'Anthony fut un gémissement, ce qui ne semblait pas devoir immédiatement être interprété comme un mauvais signe. Après un moment, il réussit à reprendre suffisamment son souffle pour répondre, « Oui, Monsieur ? »

Une alarme retentit dans la tête de Loki, et il s'interrompit brutalement.

« Monsieur ? Anthony paraissait subitement franchement nerveux. Mais il y avait de la douleur dans sa voix, et ce fut toute la confirmation dont Loki avait besoin.

— Vu votre ton, je crois que c'est le moment pour vous de m'envoyer un signe, mon doux professeur. Jaune ? proposa-t-il, essayant de garder une voix égale malgré son inquiétude.

— Je vais très bien, Monsieur. » Anthony répondit d'une petite voix inquiète, avec une petite fêlure sur la fin de sa phrase. Inacceptable.

Abaissant le fouet, Loki passa doucement les lanières de cuir sur le cul d'Anthony, suscitant un gémissement bien différent. C'était beaucoup mieux. D'accord. Il pouvait le faire. Anthony n'allait pas lui dire qu'il le faisait mal. Comment pouvait-il se servir de ça pour les amener à dépasser ce stade ?

« Monsieur ? » La voix d'Anthony s'était muée en chuchotement.

Loki passa de nouveau le cuir sur ses fesses, dans l'autre sens. Montant sur le lit, il se glissa entre les jambes d'Anthony, et vint caresser une de ses fesses.

« Je veux vous l'entendre dire, Anthony ».

Anthony tourna cette fois la tête, cherchant un angle d'où il pourrait voir le visage de Loki. Il n'y en avait aucun, dans cette position.

« Dire quoi, Monsieur ?

— Cela n'a pas à revêtir une quelconque signification pour le moment, Anthony. Je veux juste que vous disiez le mot pour moi. Massant la fesse entre sa main, il fut récompensé par un autre gémissement. Ou dites-moi juste que c'était plus violent que ce que vous souhaitiez. »

Il y eut un long blanc, chacun d'entre eux considérant silencieusement ses options. Rejeter complètement l'autre et éventuellement ruiner l'ambiance ? Céder et perdre quelque chose d'important ? Essayer de trouver un juste milieu ? Existait-il seulement un juste milieu pour quelque chose d'aussi extrême ?

« C'était un peu rude, Loki. Plus doucement, s'il vous plaît ? Les mots étaient déformés, Anthony les ayant prononcés presque directement contre le couvre-lit. Mais il les avait dits.

— Avec plaisir, mon cher professeur. Se penchant, il déposa un baiser sur une fesse, puis l'autre. Recommençons-nous ? »

Anthony gémit et se redressa.

« S'il vous plaît, Loki. »

Cette fois, Loki reprit beaucoup plus précautionneusement. Les premiers coups furent très légers, avant que Loki n'y mette petit à petit plus de force. Il ne fallut pas longtemps avant qu'Anthony doive se retenir de se tortiller sur le lit. Cette fois, cependant, c'était un tortillement agréable. Il gémissait sans cesse, faisant manifestement appel à toute sa volonté pour ne pas appuyer sa bite contre le lit pour tenter de trouver la friction qui la soulagerait.

« Est-ce mieux, Professeur ? », demanda Loki de sa voix la plus caressante.

Le gémissement d'Anthony gagna en intensité quand il ouvrit la bouche pour répondre, et il lui fallut un moment pour le contrôler totalement.

« Aaaah... Oui, Loki. Je vous remercie, Loki.

— Mon professeur apprécie-t-il ? Loki y mit, juste une seconde, plus de force, prenant Anthony au dépourvu et l'amenant à plonger ses hanches vers le lit. Oui, Loki pouvait faire cela. Il avait juste eu besoin d'un peu de temps. L'apprentissage en lui-même n'était pas trop ardu, mais il s'agissait quand même d'apprendre. Et de retenir.

— Oui ! Oui, Loki. Je vous remercie, Loki. S'il vous plaît... », les mots se brisèrent dans un autre gémissement lorsque Loki frappa encore un peu plus fort. Là, Anthony cessa de se retenir et commença à se frotter contre le lit.

Loki gloussa en constatant cette soudaine perte de contrôle, et entendre son amusement sembla rappeler au professeur qu'il n'était pas censé faire ce qu'il faisait.

« Je suis désolé, Loki ! Je ne voulais pas. Je vais bien me conduire, je le promets ! » Exerçant de nouveau le contrôle sur les mouvements de ses hanches, Anthony se calma. Son cul était d'un rose éclatant et irradiait de chaleur.

Loki ralentit progressivement ses gestes avant d'arrêter complètement.

Ce qui provoqua un autre gémissement. Anthony était réduit à une masse sanglotante. Il ne semblait pas être sûr de vouloir que Loki arrête ou qu'il continue indéfiniment. Il continuait à chuchoter, cependant. « S'il vous plaît, Loki. S'il vous plaît. S'il vous plaît... »

S'il vous plaît, n'est-ce pas ?

Loki garda une voix basse et calme, essayant de ne pas trahir ses propres besoins. « S'il vous plaît quoi, Professeur ? »

Il fallut un peu de temps pour que l'attention du professeur se tourne vers la question.

« S'il- s'il vous plaît ? S'il vous plaît... »

Lorsque le professeur réalisa finalement qu'il devait répondre, il s'arrêta un instant, comme s'il étudiait les options qui s'offraient à lui.

« S'il vous plaît, prenez-moi ? »

Sa voix laissait transparaître son inquiétude à l'idée qu'il s'agisse d'une mauvaise réponse, ou qu'il n'obtiendrait pas ce qu'il voulait.

Loki décida de dissiper immédiatement ses doutes.

« Comment pourrais-je dire non à une si adorable requête ? »

Même s'il avait manifesté son accord, Loki descendit résolument du lit, amenant Anthony à gémir pitoyablement et à le chercher. Lorsque les yeux d'Anthony le trouvèrent sur le côté du lit, Loki accepta très posément le contact visuel, sourit de manière rassurante et posa le fouet sur la table de chevet. Fouillant à l'intérieur, il en sorti un tube de lubrifiant et un préservatif.

« Êtes-vous prêt pour moi, Professeur ? », demanda nonchalamment Loki, parce qu'il devait dire quelque chose, mais obtenir l'assurance qu'il avait bien fait les choses n'était pas ce dont Anthony avait besoin en ce moment. Anthony avait besoin d'un Loki dominant, c'était donc ce qu'il allait avoir.

Ses yeux glissèrent vers les mains de Loki, et il hocha la tête. « Oui, Loki. Prêt. »

Reprenant sa position derrière lui, Loki se versa une généreuse quantité de lubrifiant sur les doigts. Il décida qu'il y avait déjà suffisamment de marques laissées par la flagellation, et qu'Anthony n'avait pas besoin de souffrir davantage, ce qui arriverait si Loki se montrait avare de lubrification.

Il glissa un doigt recouvert de lubrifiant dans le cul d'Anthony, vite suivi par un deuxième. La réponse fut parfaite. Anthony gémit et se tortilla vers lui, essayant d'échapper à ses liens pour se rapprocher de Loki, sans résultat.

Loki n'était pas d'humeur à faire le malin ou à se montrer spirituel, il posa donc une main rassurante sur le bas du dos d'Anthony.

« Je sais, Professeur, je sais. Encore un instant. Je ne veux pas vous blesser juste pour vous prendre plus vite. Je veux vous entendre crier mon nom dans l'extase, et pas seulement dans la douleur. D'accord ?

— Oui, Loki. S'il vous plaît, Loki. Je suis prêt. » D'accord, mais toujours déterminé à se causer de la douleur. À un moment donné, ils devraient avoir une franche discussion pour déterminer à quel point Anthony aimait la douleur. Si c'était effectivement ce qu'il voulait, alors Loki devrait reconsidérer son attitude. Mais s'il ne faisait que nier ses propres besoins, Loki serait au moins rassuré d'avoir fait le bon choix en ignorant ses suppliques.

Pour l'instant, Loki s'en tiendrait à ses précédentes suppositions. « Quand je serai prêt, Professeur, et pas avant. »

Réprimant son envie de prendre toute la nuit pour préparer son professeur, Loki en finit relativement rapidement. Il s'était tout de même montré minutieux, alors quand il enfila le préservatif et plongea à l'intérieur, c'était lisse et glissant. La voix d'Anthony ne témoignait aucune douleur jusqu'à ce que leurs hanches se rencontrent et que le corps de Loki soit fortement pressé sur son pauvre fessier malmené.

Même ainsi, la douleur était manifestement éclipsée par le plaisir. En fait, lorsque Loki ne bougea plus, son professeur se fit rapidement exigeant.

« Loki... venez, baisez-moi ! »

Loki en savait désormais assez sur son rôle pour savoir comment réagir. Il attrapa les cheveux du professeur, lui tira la tête sur le côté et prit sa voix la plus désapprobatrice.

« Je vous baiserai à mon rythme, Professeur. Et vous allez l'accepter et aimer ça. Il lui tira un peu les cheveux pour faire valoir sa position. D'accord ?

— Oui ! Oui, Loki. » La voix du professeur se fit contrite, et il s'obligea à se calmer. Loki pouvait néanmoins sentir la tension qui l'habitait. Il ne voulait rien d'autre que recommencer à se tortiller et essayer d'amener son cul contre Loki.

Alors Loki décida de faire traîner un peu les choses. Il se retira presque complètement, frappa le cul d'Anthony avant de rentrer à nouveau et d'imposer un rythme régulier.

« Loki ! La voix d'Anthony se brisa littéralement. Oh Seigneur. Loki... Oui ! »

Presque immédiatement, ses paroles dégénérèrent en halètements et gémissements incompréhensibles, et Loki saisissait occasionnellement des syllabes qui ressemblaient à son nom. Le corps d'Anthony était dans le même état, il venait presser son dos contre Loki avant de se jeter sauvagement dans le lit, comme si sa vie en dépendait.

Le cul d'Anthony devant lui était rose et brûlant, et chaque mouvement revenait à se glisser dans un bain chaud en plein hiver. C'était la perfection, engageant, chaud et humide. La façon dont Anthony voulait à la fois s'éloigner et se presser contre lui était affolante et tout aussi parfaite que tout le reste.

Cela semblait être une bonne métaphore pour décrire la situation dans son ensemble. Deux forces opposées qui emportaient Loki dans la même direction. Chaque direction qu'il voulait emprunter était celle le ramenant vers son professeur.

Pendant ce temps, Anthony avait abandonné son habituelle maîtrise de soi. Il ne s'obligeait plus à ralentir, à rester à sa place, ne demandait plus à Loki de le rassurer. C'était comme si, dans cette situation particulière, il se sentait libre de faire tout ce qu'il désirait. Loki avait très envie de savoir si c'était la flagellation ou les menottes qui avaient suscité cette réaction primale. Quelle que soit l'explication, cela devrait se reproduire. Il n'avait jamais vu Anthony si déchaîné. Il sentait qu'il apprenait quelque chose d'important. Il aurait juste voulu savoir ce que c'était.

Le temps qu'il pouvait consacrer à réfléchir sur la nature de ce qu'il apprenait était cependant assez limité. Il avait une bête sauvage à contrôler.

Il voulait couper court à de possibles futures récriminations. La dernière chose qu'il voulait était des excuses pour cette expérience. Penché en avant, il embrassa le cou d'Anthony. Puis il remonta la tête vers son oreille et murmura, « Vous êtes la perfection, mon beau professeur. Je veux vous sentir venir autour de ma bite. Offrez-moi ça. »

Le cri sauvage d'Anthony fut quasiment instantané, et lorsque tout son corps se tendit, Loki se rendit compte qu'il avait pris ses paroles au pied de la lettre. Toute pensée rationnelle fut alors balayée quand la pression des muscles tendus autour de sa queue le submergea. Sa vision devint floue et il lui sembla entendre son propre cri résonner au loin.

Lorsque le brouillard mental se dissipa, il était couché sur Anthony, qui semblait, tout comme lui, incapable de la moindre réaction. Plus encore, en fait, parce que quand Loki se redressa et se retira, Anthony se contenta de gémir. Il cambra les fesses comme s'il ne voulait pas que Loki « sorte ».

Loki desserra les liens autour de ses poignets et de ses chevilles, indiquant à Anthony qu'il était libre de se déplacer. Il choisit de ne pas le faire, et resta plutôt couché sur le ventre, son cul marbré face au plafond. Cela semblait un peu douloureux, si on y réfléchissait bien.

Rapidement, Loki se rendit à la salle de bains attenante et commença à fouiller dans l'armoire à pharmacie.

Là. Gel d'aloès pour les brûlures. Cela apaiserait la peau. Saisissant le flacon, Loki revint dans la chambre, retrouvant son professeur toujours affalé sur le lit. S'ils ne venaient pas de dépenser une énergie considérable juste pour le sexe, Loki aurait redouté que quelque chose n'allait pas. Au lieu de cela, il supposa simplement que son professeur était épuisé.

Il versa d'abord l'aloès dans ses mains, pour le réchauffer un peu, et usa ensuite de ses deux mains pour l'appliquer sur les fesses rougies d'Anthony. La réaction fut instantanée et spectaculaire.

« Ah ! Que... que faites-vous ? » Anthony haletait, visiblement déconcerté, se tortillant d'un côté, puis de l'autre, pour tenter de voir ce que Loki faisait sans retirer complètement ses mains des menottes. Il appréciait vraiment d'être entravé, semblait-il.

Loki ricana.

« Vous rappelez-vous avoir dit à ma meilleure amie que vous étiez adepte de l'après-séance ?

— Quoi ? Oh oui, je... Oh Loki, il ne faut pas vous inquiéter pour ça. Je vais bien. » Anthony se détendit et s'installa confortablement dans le lit, sûr maintenant que Loki ne lui préparait pas quelque mauvais coup. Loki était absolument certain de pas vouloir savoir ce qu'Anthony avait redouté.

Hochant la tête, il poursuivit sa tâche. « Je suis sûr que vous allez bien. Et pourtant, c'est mon rôle de m'inquiéter. Si vous voulez le fouet, alors vous aurez aussi l'aloès. »

Se détendant encore un peu plus, Anthony émit un petit « Mmmmm... » comme pour acquiescer, avant de se presser contre les mains apaisantes de Loki.

« Après un début difficile, je pense que cela s'est bien passé, continua Loki. Mentalement, il croisa ses doigts, espérant qu'Anthony se laisserait entraîner dans une discussion sur ce qui s'était passé. D'après ses lectures, Loki était raisonnablement sûr que discuter ensuite de la séance était une chose normale et saine à faire.

— Mmmmm... , telle fut l'intégralité de la réponse initiale d'Anthony. Puis il sembla se réveiller et réaliser ce que souhaitait Loki. C'était parfait, lâcha-t-il doucement.

— Ce n'était pas parfait, ricana Loki. C'était trop brutal. Mais après ? C'était mieux ? »

Il y eut un long blanc. Puis Anthony hocha la tête.

« Ce n'était pas bien grave.

— Professeur, nous devons dépasser tout cela maintenant. Si vous refusez de me dire quand je m'y prends mal, comment pourrais-je jamais apprendre la bonne façon de faire ? Loki essayait d'en appeler à sa nature scientifique, opposant le correct et l'incorrect.

— Cela me plaît de toute façon. » La voix d'Anthony était trop tranquille, trop calme, et aux oreilles de Loki, elle résonna comme si l'homme reculait devant lui.

Loki prit un moment pour peser pleinement la déclaration. Il avait déjà été assez difficile qu'il ait eu à souffrir. Pas une douleur reposant sur le sexe, mais une vraie douleur. Et, à moins que Loki interprète mal la conversation, Anthony lui disait qu'il avait aimé. Il n'avait pas pu sérieusement aimer. Il avait semblé apprécier davantage quand Loki avait calmé le jeu. Alors, soit il cherchait à apaiser l'ego de Loki, soit il confessait un niveau du dégoût de soi qui donnait à Loki l'envie de l'amener à lui et de le serrer contre lui jusqu'à ce qu'il puisse à peine respirer.

« Pas moi », répondit-il simplement. Il pensait que cela résumait assez bien ses sentiments.

La voix de Anthony était un peu perdue.

« Vous... ?

— Je n'aime pas me tromper. Je veux que vous me montriez la bonne façon de faire, pas que vous acceptiez simplement l'échec parce que le résultat vous importe peu, dit Loki d'une voix égale, essayant de ne pas prendre un ton récriminateur, pouvez-vous faire ça pour moi ? » Il finit d'appliquer l'aloès sur la peau d'Anthony et retira ses mains.

Ce fut à ce moment qu'Anthony choisit finalement de se glisser hors de ses liens et de se tourner pour le dévisager.

« C'est vraiment important pour vous ?

— Je ne veux pas vous blesser accidentellement, acquiesça Loki, venant glisser une main autour de la taille d'Anthony, si je vous fais du mal, je veux que nous en soyons bien conscients tous les deux, et je veux que la raison en soit bien claire. Cela vous paraît-il raisonnable ? »

Anthony hocha la tête.

« Oui, Loki. Ça l'est. Et je vais essayer.

— Merci, Professeur, Loki remonta vers la tête de lit et amena son professeur contre lui pour jouer sa petite cuillère, c'est tout ce que je vous demande. »