NdT : Je ne sais pas si vous êtes toutes au courant, mais, la semaine dernière, de nombreux auteurs, sur ce site et ailleurs, ont vu leurs fictions volées et mises en vente sur différentes plateformes. Ces plateformes ont été prévenues qu'il s'agissait d'œuvres volées ET de fanfictions, raisons justifiant doublement qu'elles ne puissent être commercialisées. Les textes ont été en majorité retirés mais ce n'est pas la première - et sûrement pas la dernière - fois que ce genre de chose arrive, alors restons vigilantes. Si vous constatez qu'un texte vous semble familier, si vous suspectez un plagiat, prévenez l'auteur et incitez-le à se signaler auprès des plateformes qui proposeraient à la vente ces histoires volées. Nous ne faisons pas d'argent avec nos histoires ou nos traductions mais elles nous appartiennent en propre.

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Le samedi 15 février, Loki eut un problème, et son nom était Frigg.

Ils déjeunaient dans la cuisine. Loki décida que le moment était bien choisi pour informer sa famille de ses plans. Il n'avait pas imaginé un seul instant susciter une telle réaction, surtout avec Thor sorti pour déjeuner avec Jane.

Grave erreur.

« Que veux-tu dire par "tu déménages" ? », demanda Frigg, proche de l'hystérie.

Les parents ne sont-ils pas supposés vouloir que leurs enfants quittent la maison ?

Loki poussa un soupir. Il était rentré chez lui ce matin pour commencer à emballer ses affaires et pour parler à ses parents. Que Frigg réagisse de façon aussi excessive était pour lui un choc. « Je ne vois pas comment le dire autrement, mère », répondit-il. Son ton est aussi apaisant que possible, même si, après cet éclat, il se doutait qu'elle n'allait pas l'écouter.

« Je déménage.

— Tu es trop jeune, s'entêta-t-elle, empoignant avec force le bord de la table. Tu ne peux pas faire quelque chose comme ça. Que se passera-t-il si tu ne peux pas payer ton loyer, ou... as-tu seulement un emploi, Loki ? »

Odin soupira et posa une main apaisante sur les doigts tremblants de son épouse. « Il emménage forcément chez Tony, Frigg. Et je suis bien certain que Tony est propriétaire de son domicile. Il n'aura donc aucun problème de loyer ou de factures à payer. »

Frigg enfouit son visage dans l'épaule de son mari.

« Et si le pire se produit, continua Odin, ce que je ne pense pas, il pourra toujours revenir. » Il lui adressa un petit signe approbateur par-dessus la tête inclinée de Frigg. Loki avait rarement vu cette expression sur son visage, et encore, seulement quand il s'agissait de Thor.

« Mais que se passera-t-il si... ?

— Il faut faire confiance à Loki, mon amour. » Il passa un bras réconfortant sur ses épaules et l'amena à lui, et y réussit sans la faire tomber. « Nous connaissons Tony, c'est un bon garçon. Loki continuera à venir à la maison pendant les vacances, et tu le verras souvent. Mais tu as toujours su qu'un jour les garçons partiraient. »

Loki hocha la tête pour signifier qu'il était d'accord avec tout ce que disait Odin, essayant surtout de ne pas éclater de rire en entendant Odin qualifier Tony de « bon garçon ». Quand il eut fini, Loki ajouta :

« N'oubliez pas, mère, cela signifie que je n'irai pas travailler dans un autre État lorsque j'aurai terminé mes études. Je serai assez proche pour venir déjeuner chaque fois que vous le voudrez et pour être à la maison pendant les vacances.

— Je... renifla-t-elle, sa tête toujours sur l'épaule d'Odin. Je pensais juste que Thor serait le premier à quitter la maison.

— Oh, mère, ricana Loki. À la manière dont Thor a regardé la pancarte « à vendre » sur la maison en bas de la rue, je peux vous certifier que vous ne serez jamais débarrassée de lui. »

Elle ne semblait pas calmée, mais elle ne se plaignait plus. Loki s'était montré très clair sur le fait qu'il n'allait pas changer d'avis, ceci expliquait donc probablement cela. Mais elle continua à renifler chaque fois qu'elle le regardait, jusqu'à ce que Loki en ait assez et quitte la pièce.

Sa capacité à le faire culpabiliser était impressionnante, et il avait trop souvent capitulé.

Cependant, en ce qui concernait Anthony, cela n'arriverait pas. Pour la première fois de sa vie, Loki avait le sentiment de savoir ce qui était vraiment important : le contrôle de sa vie. La réaction de sa mère n'allait pas le faire changer d'avis. Il savait ce qui devait être fait, et il le faisait.

Il en était ainsi comme dans tout. Il ne demandait de l'aide que quand il réalisait qu'il ne savait pas ce qu'il faisait.

Comme pour le rendez-vous qu'il avait pris avec Art, plus tard dans la journée. Il n'était pas idiot au point de prendre une telle décision sans solliciter une petite aide d'un gars aussi expérimenté qu'Art. Ses recherches et, plus important encore, ce qu'il savait d'Anthony, lui disaient qu'il devait faire ça bien.

Il avait puisé autant que possible sur son budget, se doutant que ça allait représenter un gros investissement. Mais cela en vaudrait la peine.

Une fois que ce déjeuner éprouvant fut terminé, il alla à sa voiture et récupéra les cartons de déménagement qu'il avait achetés ce matin-là. Après tout, il n'y avait aucune raison de remettre ceci à plus tard.

Sa mère renifla un peu plus et regarda ailleurs quand il entra dans la cuisine avec ses cartons.

Il envisagea brièvement de mettre les cartons dans sa voiture en pleine nuit, mais rejeta rapidement l'idée. Même s'il aimait sa mère, il ne pensait pas que lui cacher ses intentions arrangerait quoi que ce soit.

En rentrant dans sa chambre, il forma quelques cartons et les remplit de ses affaires les plus vieilles et les moins nécessaires. Il réalisa rapidement que cela n'allait pas lui prendre beaucoup de temps. Ramener son mobilier était totalement inutile, Anthony avait déjà tout le nécessaire. Il avait juste à amener ses objets personnels.

De vieux livres, des revues scientifiques, des vêtements... tout cela ne prendrait pas beaucoup de place. Il fut surpris que sa vie semble si petite, si compacte, mesurée à l'aune de boîtes en carton. Le pack de dix qu'il avait acheté allait être plus que suffisant.


À 14:30 précises, il mit de côté ce qu'il faisait, attrapa ses clés de voiture et sortit. Heureusement, aucun membre de sa famille n'était en vue. Il l'échappait belle.

Le trajet fut étonnamment relaxant. Loki savait ce qu'il faisait. Il ne craignait pas de blesser quelqu'un, et il ne redoutait plus (plus vraiment) qu'Anthony prenne ses jambes à son cou. Les choses s'enchaînaient mieux qu'il ne l'avait espéré.

Quand il entra dans la boutique à quinze heures, Art l'attendait au comptoir.

Il sourit à Loki.

« Vous souhaitez me parler, alors ? Ai-je besoin de demander de quoi il s'agit ?

— J'en doute sincèrement, répondit Loki en lui retournant son sourire. Mais juste au cas où. Vous vous rappelez cette discussion, où je vous demandais de commencer un article pour moi ? D'accord, c'était mettre beaucoup de confiance dans ce que vous savez d'Anthony et dans ce que vous avez pu saisir de moi, mais je ne pense pas que vous allez me décevoir. »

Le vieil homme se mit à rire, et cela rappela à Loki sa première impression lorsque... Bon, bref.

« Et si je vous montrais ce que j'ai ?

— Cela me semble une excellente idée », acquiesça Loki.

Art prit un petit paquet enveloppé de soie sous le comptoir et le défit lentement.

Il dévoila une bande de cuir acajou dont Loki était certain qu'il était juste un ton ou deux plus sombre que les yeux d'Anthony. La pièce métallique était faite d'un cuivre au fini ancien qui mettait en valeur le brillant du cuir rouge-brun. Le fermoir était équipé d'un petit verrou du même métal, et il y avait quelques volutes gravées dans le cuir de chaque côté de l'anneau en D à l'avant. Le tout magnifiquement sobre et tellement... Anthony.

Loki n'était pas du tout déçu.

« Vous devez le connaître depuis longtemps, Art, dit-il, en caressant avec révérence le cuir tendre. Je ne peux imaginer quoi que ce soit qui lui conviendrait mieux.

— Eh bien, je me suis dit que, s'il devait le porter pour le reste de sa vie, il devrait lui correspondre, sourit gentiment Art.

— Il va durer aussi longtemps, alors ? Aucun risque qu'il s'abime et doive être remplacé ?

— Seulement si vous vous montrez particulièrement brusque, mais je ne pense pas que vous aurez de problème. Et si c'était le cas, je le réparerais ou le remplacerais. Art gloussa, tendant la facture à Loki. Mes tarifs exorbitants ne résultent pas uniquement des matériaux utilisés et de ma marge. Je fais partie du lot.

— Vos prix ne sont pas un problème, fit dédaigneusement Loki. Il lui tendit sa carte bancaire après un rapide coup d'œil à la facture. Il avait assez sur son compte. Si cela rend Anthony heureux, cela vaut chaque centime dépensé. »

Tout sourire, Art lui remit le bordereau de carte de crédit pour qu'il le signe, et hocha la tête.

« Et c'est pour ça je sais que je ne lui en ferai pas d'autre.

— J'espère bien que non », convint Loki.

Il récupéra le bordereau et le rangea dans sa caisse avant de regarder pensivement Loki.

« Vous n'allez pas le lui donner pour son anniversaire, hein ? »

Loki se figea.

« Je... Eh bien, je suppose que —

— N'en faites rien, Art secoua la tête et agita la main avec insistance. Je n'aime pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais évitez. L'anniversaire de Tony n'est pas quelque chose qu'il aime fêter. N'importe quel autre jour, d'accord, mais pour son anniversaire, je pense que la meilleure chose que vous puissiez faire est de faire comme si ce jour n'était pas spécial du tout. »

Loki hocha la tête. Il était curieux, mais il savait qu'Art ne lui donnerait pas plus de détails. C'était entre lui et Anthony, après tout.

Il conduisit jusqu'à chez lui en réfléchissant. Il supposait qu'il aurait à revoir la date de son cadeau. Pourtant, Anthony le recevrait tôt ou tard. Il était hors de question qu'il ne l'ait pas.


Pendant le dîner, Frigg fut calme, mais, à la grande confusion de Thor, continua à lancer des regards noirs en direction de Loki.

Tout cela était embarrassant et un peu ennuyeux, alors Loki se retira tôt et retourna à ses cartons. Il se demanda distraitement si elle réalisait que bouder allait juste le pousser à emballer plus rapidement ses affaires.

Après la douche, il appela pour prendre des nouvelles d'Anthony, qui réussissait toujours à le réconforter lorsqu'il se sentait mal.

« Que faites-vous, mon cher professeur ? fit Loki en l'appelant par son surnom plutôt qu'Anthony, une habitude qu'ils avaient tous deux facilement adoptée. Cela donnait le ton pour tout ce qui suivrait.

— J'espère que vous serez content, Loki. Après avoir fini de corriger mes copies, j'ai commencé à libérer de l'espace dans le placard pour vos vêtements. Anthony était un peu essoufflé en finissant sa phrase, espérant manifestement que ses efforts seraient appréciés.

— Mon cher professeur, sourit Loki, c'est exactement ce que je voulais entendre. Vous aurez assez de place pour moi ?

— Oui, Loki ! S'il le faut, je peux toujours ranger d'autres vêtements dans le placard d'une chambre d'amis. » La note d'espoir dans sa voix était adorable.

Oh, qui Loki espérait-il tromper ? Tout ce que faisait Anthony était adorable.

« La moitié du placard suffira amplement, comme nous en avons discuté hier soir. Tout en parlant, Loki continuait à ranger ses livres dans un autre carton, le téléphone coincé entre l'oreille et l'épaule. Avez-vous pensé à dîner ?

— Oui, Loki. J'ai pris un pad thaï près de l'école. Il marqua une légère hésitation avant d'ajouter, et une bière.

— Je ne suis pas sûr que j'aurais marié les deux, mais cela semble parfait », rit-il.

Quand Loki voulut rajouter des livres dans le carton, il réalisa qu'il avait vidé l'étagère. Quatre cartons et demi de livres. Encore deux cartons de vêtements, son ordinateur portable et sa tablette et peut-être un autre carton d'effets personnels.

Toute sa vie se résumait à moins de dix cartons. Cela devrait être fini pour dimanche soir.

« Y a-t-il autre chose que vous souhaitiez avant votre installation, Loki ? Une étagère ? Un bureau ? » Anthony semblait positivement ravi.

Loki pensait bien qu'il était. L'idée d'un homme emménageant avec lui ne l'avait probablement pas effleuré avant. « Une étagère serait appréciable, même si je pense que certains de mes livres feront doublon avec les vôtres. » Il fut surpris de ne pas y avoir pensé avant.

« J'aurais dû vérifier, plutôt que de les amener et devoir me débarrasser des doublons.

— Je vous donnerais bien une liste des livres que je possède, mais cela prendrait plus de temps que votre emménagement, Monsieur. »

Avait-il bien entendu un « mais » ? Loki sourit. Anthony lui disait qu'il ne voulait pas faire quelque chose d'absurde juste pour faciliter la vie de Loki. Son cœur se gonfla d'orgueil. « Vous n'allez pas me faire une liste, alors ? » Il tenta de rendre bien audible l'amusement dans sa voix.

Anthony hésita une seconde avant de répondre.

« Non, Loki. Je ne préfère pas.

— Bien. Ce serait une immense perte de temps. » Loki plaça une couverture supplémentaire dans le carton à moitié plein de livres. Cherchant des yeux le ruban adhésif, il tomba sur le boîtier en cuir où il avait placé le collier, toujours posé sur son lit. Souriant doucement, il le rangea dans la couverture et referma le carton.

« Puis-je vous demander combien de temps vous pensez que cela va prendre, Loki ? demanda Anthony, l'excitation grandissant dans sa voix.

— Vous pouvez. Et... moins de temps que ce que je pensais, soupira Loki en regardant ses étagères vides. Il ne me reste que quelques babioles à emballer : un tableau, quelques trophées. Puis mes vêtements et ce sera fini. Je peux avoir fini demain.

— Demain ! », s'exclama Anthony, et Loki entendit le sommier grincer.

Loki masqua son amusement et demanda: « Anthony, êtes-vous en train de sauter sur le lit ? »

Il y eut un long silence, suivi d'un, «... Peut-être un petit peu ? »


Finalement, le lundi, Thor l'aida à amener ses affaires chez Anthony.

Thor était préoccupé que cela soit « si soudain » et Frigg gémissait que c'était « beaucoup trop tôt ». Bon, gémissait était peut-être exagéré, mais Loki détestait la décevoir, alors il ressentait chacune de ses larmes comme une accusation d'abandon. Odin, quant à lui, se contenta de lui adresser le même petit signe approbateur que l'autre jour.

« Je suis sûr que tout ira bien, avait-il déclaré calmement, pendant que Frigg et Thor se disputaient pour savoir si le tableau de Loki rentrerait dans la voiture. Mais si quelque chose arrivait, tu seras toujours chez toi ici, même si c'est juste pour une nuit ou deux. »

Loki ressentit une sensation embarrassante de picotement au niveau des yeux. Il n'était pas excédé par les larmes de sa mère ou par les inquiétudes de son frère — ils s'était attendu aux deux. Mais qu'Odin lui dise une telle chose était quelque chose de totalement inattendu.

« Merci, lui dit-il, faisant appel à toute sa volonté pour que sa voix ne se fêle pas. J'apprécie vraiment, père. »

Le saisissant fermement par l'épaule, Odin hocha la tête avec gravité. « Tu n'es peut-être pas notre fils par le sang, Loki, mais tu es le fils que nous avons choisi. Nous t'aimons. Je suis fier de toi. »

Conscient que, s'il essayait de parler, sa voix le trahirait, Loki se contenta de hocher la tête.

Odin grogna. « En passant, tu seras le premier à décrocher ton diplôme. Thor a été tellement distrait avec Jane qu'il va devoir reprendre des cours cet été. »

Pour la première fois depuis des années, ils rirent de bon cœur ensemble.

Loki avait laissé sa voiture devant la maison d'Anthony — devant leur maison — laissant à Thor le soin de caser tous les cartons dans son énorme SUV. Il exprima ses inquiétudes pendant tout le trajet, mais Loki ne put se résoudre à s'en préoccuper.

Anthony les aida à décharger les affaires, et il vibrait pratiquement d'excitation. Sa joie sembla déteindre sur Thor, qui lui sourit largement avant de lui demander où mettre les cartons.

Ils décidèrent que les cartons de livres iraient dans la bibliothèque pour être triés et rangés ultérieurement, alors Thor les embarqua et les empila en face des rayonnages les plus proches de la porte. Les vêtements furent déposés dans la chambre d'Antho — dans leur chambre — et il fut décidé que le tableau rendrait bien sur le mur vide au-dessus de la cheminée du bureau.

Thor resta même pour les aider à l'accrocher.

En partant, il revint sur ses inquiétudes antérieures.

« Il est comme toi, frangin. C'est dans une maison comme celle-ci que je t'imaginais vivre quand nous étions enfants. Thor jeta un œil vers Anthony qui ressemblait à un gosse au matin de Noël. Et... il est si heureux de t'avoir ici.

— Nous y sommes, Thor. Loki sourit et posa la main sur l'épaule de son frère. Nous y sommes pour de bon, et nous savons que nous pouvons le faire ».

Thor lui offrit son sourire le plus sincère. « Je te connais depuis suffisamment longtemps pour savoir que, lorsque tu prends cette attitude, mon frère, c'est que tu as raison. Mère voudra un grand mariage, tu sais. »

Loki pouffa. « Jane et toi pourrez offrir à mère un grand mariage. Tu vas adorer. La grande robe blanche meringue et tout ça. Et je ne suis même pas en train d'insinuer que tu devrais être celui qui la portera. »

Fidèle à lui-même, Thor éclata de rire.

Après le départ de Thor, Loki et Anthony se rendirent dans leur chambre et suspendirent méticuleusement les vêtements de Loki dans la partie de la penderie qu'Anthony lui avait réservée. Le caractère domestique de cette tâche était marqué, mais, d'une certaine façon, pas oppressant. Comme tout ce qu'ils avaient fait pour en arriver à ce moment-là, c'était juste une nouvelle et logique étape dans leur relation.

Il avait toujours entendu dire que s'installer pouvait être déconcertant et stressant, mais tout cela lui semblait très naturel.

Ils s'installèrent dans un quotidien qui ne leur offrait pas beaucoup de temps à passer ensemble, mais c'était parce que Loki essayait de valider le maximum d'UV possible en un seul semestre. Il allait y arriver, c'était sûr.


Le 15 mai, il arriva à la maison d'excellente humeur après son ultime, ultime, examen. Il avait fini. Il avait déjà été accepté dans le programme d'études supérieures de l'université, et Odin l'avait assuré que son offre de payer pour ses études tiendrait dans la mesure où celles-ci lui assureraient un avenir solide. Sa vie changeait une fois de plus et, une fois de plus, ce serait pour le mieux.

Il sifflotait en passant la porte, mais s'arrêta net en laissant tomber ses clés dans la coupe sur la console. Anthony n'était pas à sa place pour l'attendre.

Loki savait qu'il était là. L'Audi était dans l'allée.

Peut-être avait-il oublié que Loki rentrerait plus tôt, puisqu'il avait réussi son examen. Peut-être n'avait-il pas entendu la voiture de Loki arriver.

Ou peut-être quelque chose clochait-il.

Il vérifia qu'il n'était ni dans le salon ni dans la cuisine avant de se diriger vers l'étage et la chambre, mais quelque chose l'arrêta. Lentement, avec hésitation, il entra dans la pièce qui servait de bibliothèque.

Anthony était assis sur le sol, toujours vêtu du costume qu'il portait en cours. La moitié des livres de Loki avaient été, soit soigneusement rangés, soit écartés comme doublons. Alors, évidemment, Anthony avait ouvert le carton rempli pour moitié de livres, et pour l'autre moitié d'une couverture enroulée autour du...

Il était assis jambes croisées sur le sol, regardant l'écrin de cuir contenant le collier. Son collier.

Loki était pratiquement sûr qu'il ne savait même pas qu'il n'était plus seul.

« Anthony ? »

Le professeur sursauta, regarda Loki, puis sauta sur ses pieds, refermant brusquement l'écrin avant de le laisser tomber sur la couverture.

« Monsieur ! Je suis désolé. Je ne vous ai pas entendu. Je ne savais pas. Je-je-je ne voulais pas, je voulais juste terminer de déballer vos affaires. Nous avons tous les deux été tellement occupés que je n'ai pas... » Il s'interrompit finalement pour reprendre son souffle avant de baisser la tête et de répéter, « je suis désolé. »

« Désolé pour quoi, Anthony ? demanda Loki avec curiosité.

— Pour avoir fouillé dans vos affaires, Monsieur. » Anthony avait les yeux baissés, et le rouge commençait à lui monter aux joues.

Loki poussa un soupir. « Je suis désolé, Anthony, je ne demandais pas d'excuses approfondies. J'essayais juste de dire que vous n'avez rien fait de mal. »

Anthony releva la tête et Loki vit qu'il s'apprêtait à protester.

« Je ne vous ai jamais demandé de rester loin de ces cartons. J'aurais dû le faire moi-même il y a des mois. J'ai été distrait, et c'est entièrement ma faute. » Il fit un pas dans la pièce, et interpréta le fait qu'Anthony ne bronchait pas comme un bon signe.

Le regard d'Anthony se reposa sur l'écrin, puis de nouveau sur Loki.

Loki vint se placer derrière Anthony, passant les bras autour de la taille de son amant.

« Je ne voulais pas que vous le trouviez de cette manière, mais cela ne signifie pas que vous n'avez pas le droit de jeter un coup d'œil à ce que vous voulez dans cette maison.

— Mais vous ne vouliez pas que je l'aie... La voix de son pauvre professeur était tendue.

— Si, réfuta Loki. Je n'avais juste pas trouvé le bon moment. Je pensais attendre juin.

— Juin ? Anthony le regarda avec espoir. Vous voulez me le donner bientôt ? »

Retirant une main de la taille d'Anthony, Loki attrapa l'écrin.

« Je voulais vous le donner en février. Mais je ne voulais pas vous donner l'impression de vous bousculer.

— Non ! Je veux dire, vous ne me bousculez pas, Loki. Anthony avait commencé à parler pratiquement avant que Loki ait fini sa phrase. Il s'interrompit finalement en se mordant nerveusement la lèvre.

— Non ?

— Non ! reprit Anthony, ajoutant encore une fois, non, Loki.

— Eh bien, dans ce cas, pourquoi ne pas faire les choses bien ? » Loki passa la main dans le cou d'Anthony et lui releva la tête jusqu'à ce que leurs lèvres puissent se rencontrer. Il l'embrassa doucement et souffla, « je vous rejoins dans l'entrée dans cinq minutes. »

Anthony hocha frénétiquement la tête un moment avant de détaler, tout en commençant à déboutonner sa chemise.

Loki prit sa clé de secours et fit le tour de la maison avant d'entrer de nouveau, l'écrin à la main. Cette fois, il trouva son Anthony à genoux sur son coussin, tête baissée et tentant manifestement de ne pas sourire.

« Vous êtes superbe cet après-midi, mon ange. » Loki commença par le salut affectueux qu'il employait souvent.

Anthony répondit de même, « Merci, Loki. »

Cela faisait partie de leur rituel. C'était un peu étrange, mais cela arrangeait tout. Loki avait été un peu nerveux à l'idée d'y ajouter le collier, craignant que cela ne soulève des questions auxquelles Anthony ne voulait pas penser. Il y avait également le fait qu'ils n'étaient ensemble que depuis six mois, et que parler de toujours n'était pas une chose évidente.

Pourtant, finalement, le rituel rendait tout plus simple.

« Je vous ai apporté un cadeau, mon gentil professeur, poursuivit-il doucement, comme s'ils ne savaient pas déjà de quoi il s'agissait. Voulez-vous le voir ?

— Oui, s'il vous plaît, Loki. » La voix de Anthony frémissait d'impatience.

Loki se dirigea vers lui, et ouvrit lentement l'écrin. Anthony leva une main dans ce qui ressemblait à un réflexe, tant il semblait désireux de toucher.

« Il vous plaît, Anthony ?

— Je l'aime beaucoup, dit-il. C'est pour moi, Loki ?

— Oui. J'ai demandé à Art de le faire juste pour vous. »

À genoux à côté de son professeur, Loki tint l'écrin entre eux.

« Parce que j'aimerais que vous le portiez. Le voulez-vous ?

— S'il vous plaît, Loki, dit Anthony en hochant vigoureusement la tête. Il est parfait. Je veux... Oui. S'il vous plaît. »

Loki sourit en ouvrant le collier et le passa autour du cou d'Anthony. Leurs yeux se croisèrent et ne se quittèrent pas quand il ferma le verrou.

« Vous êtes à moi, dit-il.

— À vous, Loki », répondit Anthony.

Le grand mariage en blanc que sa mère voulait pour eux n'était rien à côté de ce moment.

Ce moment n'était qu'à eux.