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Le lendemain, Stiles se réveilla frigorifié avec une gueule de bois terrible. Il avait noyé son désespoir affectif dans l'eau de vie, certainement composée à quatre-vingt-dix-huit pourcents d'acide citrique, que lui avait offert Ahtna, et s'était endormi comme une masse sur son lit sans avoir le temps de se mettre sous les couvertures. Le feu s'était éteint durant la nuit, et la cabane était gelée.
Il se leva en jurant, le crâne douloureux et les pieds glacés, enroulé dans la peau d'élan qui servait de couvre-lit, et se traîna jusqu'à la cheminée contre laquelle il lutta un moment. Trouver le petit bidon d'huile généreusement laissé là par Ahtna ne lui prit pas bien longtemps – il avait été rangé avec les ustensiles, au-dessus de la cuisinière – mais mettre la main sur les allumettes lui prit un bon quart d'heure, et ce tout simplement parce qu'il cherchait une petite boîte de dix centimètres. Mais ce qu'il trouva était bien plus imposant.
Les allumettes étaient longues de près de trente centimètres et si épaisses que, lorsqu'il en prit une, il eut la sensation de brandir la baguette magique d'Harry Potter. Il la saisit en son milieu, fit jaillir une grosse flammèche en la grattant, puis l'approcha des brindilles, des copeaux et de la buche qu'il avait au préalable mis dans l'antre de la cheminée devant laquelle il s'était accroupi. Les flammes explosèrent si violemment qu'elles lui brûlèrent la main.
Poussant un cri, Stiles tomba en arrière, tombant douloureusement sur les fesses, puis recula précipitamment. Les flammes étaient si grandes qu'elles sortaient de l'antre, menaçant les buches entreposées à côté de la cheminée.
- Merde ! s'écria Stiles en se redressant.
Il avait mis trop d'huile, à tous les coups, et s'il ne faisait rien, tout allait prendre feu. Il retourna en quatrième vitesse dans la chambre, attrapa le broc d'eau puis retourna en arrière pour en jeter le contenu dans le feu. La réaction fut immédiate : les flammes rugirent et grandirent encore, tellement qu'il en senti la chaleur sur son visage.
- Le con ! s'écria-t-il encore.
Il le savait, pourtant, qu'il ne fallait pas jeter d'eau sur de l'huile en feu ! En dix secondes, il avait compris ce qu'il aurait dû faire depuis le début, mais il dut pour cela lutter contre la porte d'entrée de la cabane, qui semblait s'être transformée en plomb durant la nuit.
Une fois qu'il fut dehors, il s'échina à gratter la terre pour jeter dans ce feu vivant autant de boue froide et dur qu'il le put. A la fin de cette entreprise, il était en sueur sous ses vêtements froids, deux de ses doigts de la main gauche étaient en sang, et il avait quelques cloques sur la main droite, signe qu'il s'était brûlé ; l'antre de sa petite cheminée était plein de boue, et il y en avait également sur le sol et tout autant sur ses vêtements.
Dépité, ennuyé par ce mal de tête persistant et honteux de s'être laissé séduire par l'alcool la veille au soir, Stiles soupira et frotta ses paupières fermées.
- Putain, soupira-t-il lorsqu'il se mit de la boue jusque dans les sourcils.
Nettoyer tout ça puis faire redémarrer un feu lui prit une bonne partie la matinée. Lorsqu'il en eut enfin fini, il faisait terriblement froid, si froid que les deux petites fenêtres étaient cristallisées de givre sur les bords, mais de la cheminée montait déjà une bonne chaleur réconfortante.
Pour nettoyer ses vêtements boueux, Stiles n'eut malheureusement d'autres choix que de sortir chercher de l'eau armé d'un sceau. Derrière la bute, l'un des nombreux petits bras de la rivière Noatak suivait la route en direction de la ville. Vêtu de sa combinaison de ski, de ses lourdes bottes et de sa parka, il sortit.
Le froid lui glaça la peau du visage et rendit vite le bout de ses oreilles très douloureux. Arrivé près de la rivière, il posa le sceau dans la terre gorgée d'eau et étira son dos douloureux. Son mal de tête avait presque disparu. Soupirant, il contempla le paysage.
La rivière qui longeait puis pénétrait la réserve naturelle dont elle portait le nom n'était pas un seul et unique bras d'eau. Une dizaine de petits filets plus ou moins larges la divisait sur des dizaines de mètres de largeur, laissant jaillir ça et là des morceaux de terre comme autant d'îles minuscules. A coup sûr les choses devaient être bien différentes lors de la fonte des neiges, quand revenaient les beaux jours.
Les yeux rivés vers l'horizon, Stiles repensa à Scott et son cœur se serra. Il l'avait abandonné. Il était seul maintenant.
Ça n'était pas pour fuir cette solitude que Stiles était venu ici, au beau milieu de l'Alaska, bien au contraire. Il était venu ici pour la trouver avant qu'elle ne le trouve. Ici, seul, il se confrontait à sa tristesse.
Il avait choisi de louer cette cabane sans eau courante ni électricité non pas pour le plaisir de découvrir la vie dans ce qu'elle avait de plus dur, mais pour se distraire un maximum. Aller chercher son eau au quotidien, couper du bois tous les jours, veiller à ce que le feu ne s'éteigne pas au cœur de l'hiver, surtout la nuit, tout ceci pour qu'il ne s'ennuie pas, pour qu'il ait quelque chose à faire. Et pour être le plus loin possible, aussi, de ce qu'il avait perdu.
Après avoir rempli son sceau autant qu'il le put, il s'en retourna à la cabane. Son nez coulait et ses épaisses chaussures étaient toutes crottées de boue collante, mais, par chance, aucun de ces travaux ne lui avait donné de douleur musculaire. Après tout, il s'était habitué aux efforts physiques grâce à un emploi saisonnier en tant que mains d'œuvres dans le bâtiment – pour faire court, il avait coulé du béton et tenu un marteau-piqueur tout l'été – après près de 3 ans d'études en école de police.
Il n'avait pas raté ses études ; en fait, il avait brillamment réussi les premières années et pouvait même, s'il le souhaitait, entrer en tant qu'agent dans n'importe quel commissariat. Mais, à la fin de sa troisième année il y a quelques mois, il s'était passé quelque chose qui l'avait tellement remué émotionnellement que tout ce qu'il désirait jusqu'à présent lui avait brusquement paru sans saveur et totalement ridicule. Il avait perdu son entrain, sa volonté de réussir, et n'avait plus aspiré qu'au changement. Et voilà qu'il était arrivé en Alaska.
Nettoyer ses vêtements lui prit beaucoup de temps, et ce n'est que lorsqu'il releva le nez de l'une des jambes de son pantalon qu'il vit que le jour baissait. S'il voulait couper du bois, autant le faire tant qu'il y voyait encore.
Il suspendit donc son vêtement, légèrement agacé de constater que l'une des jambes était plus propre que l'autre, et ressortit, bien emmitouflé. Il prit la hache dans la réserve et gagna l'arrière de la petite maison, prudent. Il n'avait pas oublié sa rencontre de la veille avec un animal sauvage, quel qu'il puisse être. Un instant, il regarda le sol boueux, à la recherche de traces fraîches, mais fut rassuré de constater qu'il s'agissait des mêmes empreintes que la veille. L'animal n'était donc pas revenu.
Motivé, il attrapa l'une des bûches les plus accessibles, la posa sur un rondin planté verticalement dans le sol, et leva la hache. Il lui parut étrange d'avoir tant de mal à soulever ce simple outil alors qu'il avait tant travailler de ses bras durant les cinq derniers mois, avant de s'apercevoir que, si durant tout ce temps il avait effectivement porté du matériel très lourd, jamais il ne lui était arrivé d'avoir à le soulever aussi haut. Le mouvement n'étant pas le même, il était donc normal qu'il ait tant de mal. Avec l'habitude, cela irait sans doute mieux.
Il abattit la hache sur l'innocente buche mais loupa sa cible de cinq bons centimètres et fut entraîné en avant par le poids de l'outil. Il manqua se ramasser par terre et ne parvint à rester debout que grâce au rondin, sur lequel il s'appuya. Agacé, il recommença. Cette fois, il toucha bien la buche, mais il ne la frôla qu'à peine et la hache continua sa course jusqu'à se planter dans son tibia.
Surpris, Stiles se figea, les yeux rivés sur cette hache incongru qui venait de s'enfoncer dans sa jambe, puis la panique le prit. Voilà, il allait se vider de son sang ici, dans la boue, tout seul comme un abruti ! Mais tout de même, c'était étrange qu'il ne ressente aucune douleur. Les sourcils froncés, il bougea très légèrement la hache en retenant son souffle, mais ne ressentit qu'un tiraillement dans son pantalon, et il soupira, soulagé. Le tranchant de l'outil n'avait fait que découper le tissu de la combinaison de ski sans atteindre sa jambe.
Il se baissa, dégagea la lame et ressentit immédiatement un froid intense lui toucher la peau et s'insinuer dans la chaleur de la combinaison.
- C'est pas vrai ! lança-t-il, exaspéré.
Un vêtement de foutu ! Il insista tout de même avec la buche, bien décidé à la réduire à l'état de morceaux, et s'échina dehors de longues minutes, en prenant bien soin, cette fois, d'écarter les jambes pour ne pas se retrouver avec une hache plantée dans la couenne. Très vite il transpira dans ses vêtements mais veilla à n'en retirer aucun ; il ne prit même pas le risque d'ouvrir le haut de sa combinaison.
Finalement, il vint à bout de son entreprise et rentra dans la cabane avec un sourire de vainqueur, les bras douloureux, le bas de la jambe droite de sa tenue de ski en lambeaux, et des copeaux de bois jusque dans les cheveux – sans oublier sa main brûlée qui l'élançait et ses doigts écorchés.
Il rentra déposer son fardeau près de l'âtre, dans lequel flambait encore un bon feu, puis ressortit aussitôt en quête de nourriture. De l'énorme glacière antique il sortit un peu de gibier et des champignons congelés, puis rentra se préparer à manger.
La nuit tombait déjà. Il avait été tellement pris par ses activités de la journée qu'il n'avait pas vu les heures s'écouler, et n'avait, en tout et pour tout, grignoter que quelques restes de sandwichs qu'il avait apporté avec lui. Il mourait de faim.
Cette fois, il n'utilisa que quelques gouttes d'huile pour aider le feu de la cuisinière à démarrer. Sa main cloquée était encore douloureuse de son erreur du matin avec la cheminée, et il avait bien retenu la leçon.
Avant d'aller se coucher, il prit le risque de se servir un verre de tord-boyau qui détendit immédiatement ses muscles douloureux. Mais, maintenant que la nuit était tombée, ses pensées vagabondèrent encore, et revinrent vers Scott. Immédiatement, son cœur se serra, et c'est rempli d'amertume qu'il se coucha ce soir-là.
...
Le lendemain, lorsqu'il se leva, il constata non sans agacement que le feu s'était éteint durant la nuit, comme la veille, et il avait très froid. Comment faisaient les gens qui vivaient seuls dans des endroits comme celui-ci ? Il fit preuve cette fois de plus de prudence en magnant l'huile et les allumettes, tout en constatant que, de la réserve de bois qu'il avait coupé hier, ne lui restaient que trois morceaux de bûches minuscules. Pas de quoi tenir la journée, donc.
Mais ses bras lui faisaient terriblement mal, tout comme lorsqu'il avait commencé à travailler cet été, sauf que la douleur lui raidissait totalement les épaules. Autrement dit, il n'avait absolument pas envie de manier la hache aujourd'hui. Sans oublier sa main, dont la peau était rouge et légèrement cloquée, qui lui faisait toujours mal. En fait, il avait surtout besoin d'un café.
Le crâne douloureux, les épaules drapées de la pelisse de caribou qu'il avait trainé avec lui en sortant du lit, il fouilla de nouveau dans les placards mais ne trouva rien d'autre que des casseroles, des récipients en bois, et un pot entier de graisse jaune dont la vue et l'odeur fermentée lui donna la nausée. Mais pas de café. Ni de thé.
Mais comment se rendre en ville ? Pour se déplacer, il n'avait que la motoneige, et ne savait pas comment conduire un engin pareil, ni même s'il en serait capable. D'autant qu'il n'y avait pas encore de neige, alors ce n'était même pas la peine d'y penser. Ahtna l'avait-il vraiment abandonné ici sans rien à boire ?!
Il en était encore à se gratter la tête lorsqu'il entendit le bruit d'un véhicule avançant doucement dans la gadoue collante, puis freiner en grinçant. Etonné, il regarda dehors par la petite fenêtre.
Une camionnette bleue, vieille Chevrolet des années quatre-vingt-dix avec deux places à l'avant et une grosse benne utilitaire à l'arrière, venait de se garer devant chez lui. Surpris, Stiles haussa les sourcils sans pour autant bouger. Si un autochtone du coin se ramenait pour tailler une bavette avec lui, il n'allait pas comprendre grand-chose, alors autant faire le mort.
Mais qu'elle ne fut pas sa surprise lorsqu'il vit une jeune femme énergique sortir du véhicule. Vêtue d'un pantalon de trekking noir, d'une épaisse veste en jean bleu et de grosses bottes, elle claqua la portière grinçante de sa vieille voiture et vint vers lui d'un pas vif, la masse ondoyante de ses cheveux noirs voltant derrière elle. Ignorant quoi faire, Stiles se contenta de la regarder approcher, immobile. Elle n'avait pas l'air inuit, bien au contraire.
Ses pas lourds se firent entendre puis elle frappa fortement à la porte et s'écria :
- Bonjour ! Il y a quelqu'un ?!
Puis elle frappa encore, un peu plus fort.
- Youhou ! lança-t-elle d'une voix amusée.
Un accent typique de l'est américain, bien que Stiles ne puisse pas en jurer. Rassuré d'être en présence de quelqu'un avec qui il pourrait communiquer, il attrapa la porte et tira fortement dessus pour l'ouvrir. Ce qui lui prit au moins deux minutes.
- Bonjour ! lança de nouveau la jeune femme lorsqu'ils se firent enfin face. Laura, enchantée !
- Euh, répondit Stiles alors que sa visiteuse entrait chez lui avec un grand sourire.
- Ah je suis contente qu'on ait enfin des voisins, ça faisait longtemps ! J'ai même cru qu'Ahtna avait fini par vendre sans nous l'avoir dit !
Sans gêne aucune, elle tira la chaise vers elle et s'y laissa tomber. Ses grosses bottes avaient laissé des traces de boue sur le plancher.
- Mais il fait froid chez vous ! s'exclama-t-elle avec indignation.
Elle lança un regard surpris à la petite cheminée, dans laquelle brûlait un feu timide, puis le regarda, lui, recouvert de sa peau de caribou.
- Vous avez froid nan ? lui demanda-t-elle avec un grand sourire.
- Le feu s'est éteint cette nuit, répondit simplement Stiles en refermant sa porte.
- Ah ouais, quand on n'a pas l'habitude c'est chiant. Moi maintenant je me réveille automatiquement toutes les deux ou trois heures pour remettre du bois, c'est ancré dans ma tête. Vous ne m'offrez rien à boire ? Ah !
Elle venait de voir la bouteille qu'il avait reçu en cadeau posée sur la table. Elle tendit le bras pour s'en saisir avec un grand sourire et renifla le goulot. Pour immédiatement l'éloigner de son visage.
- Laissez-moi deviner : c'est Ahtna qui vous l'a offerte ? lui demanda-t-elle avec une grimace.
- Oui, répondit Stiles, amusé.
La jeune femme regarda la bouteille, la secoua brièvement pour vérifier s'il y avait encore quelque chose dedans, et écarquilla les yeux.
- C'est vous qui avez bu tout ça ?! lui demanda-t-elle.
- Ben oui, répondit Stiles en fronçant les sourcils. Pourquoi ?
- Et ça va, vous vous sentez ok ?
- Pourquoi je ne serai pas ok ?
Son invitée reposa précautionneusement la bouteille puis répondit :
- Si je me souviens bien le dernier locataire avait reçu le même cadeau que vous, et il a été aveugle pendant au moins deux ou trois jours après avoir tout sifflé.
Incapable de savoir si elle blaguait ou non, Stiles se contenta d'hausser les sourcils. Mais Laura semblait tout à fait sérieuse.
- J 'y vois toujours, déclara-t-il en hasardant un sourire.
- Ce brave Ahtna a dû s'améliorer en distillation alors ! répliqua la jeune femme d'une voix forte. Je lui demanderai une bouteille et j'en mettrai dans le café de mon frère !
Elle bascula la tête en arrière et partit d'un rire haut perché qui fit sourire Stiles. Une fois calmée, elle lui demanda très sérieusement, tout en pointant du doigt la piteuse réserve de buches mal coupées qu'il avait réussi à empiler la veille près de sa cheminée :
- C'est tout ce que vous avez ?
Le reste est dehors, répondit Stiles resté debout au milieu de la pièce, gêné et gauche. Ahtna m'a entreposé de l'autre côté tout un tas de bois à couper, mais c'est pas facile de manier une hache.
- Ah ça ! C'est pas à la portée du premier venu.
A la dernière minute, Stiles se retint de lui raconter la façon dont sa cheville avait miraculeusement échappé à un coup de hache, tout en priant pour que la jeune femme ne remarque pas la combinaison amochée, pendue près de l'entrée.
- Je suis désolé, j'ai vraiment rien à vous offrir. J'étais en train de me demander comment j'allais me rendre en ville pour …
- J'y allais justement, je vous emmène ! déclara Laura en se relevant d'un bond.
- Non, je ne veux pas vous déranger.
- Allez, zou !
La jeune femme attrapa la lourde poignée de la porte et tira violemment dessus. La porte s'ouvrit du premier coup. Stiles ne put s'empêcher de hausser les sourcils.
- On y va ! lança la jeune femme en sortant. On en profitera pour aller boire un verre, vous ferez connaissance avec les poivrots du coin.
- Je ne suis pas habillé, déclara Stiles, gêné.
Sous sa pelisse de caribou, il portait encore son pyjama en laine et ses grosses chaussettes. Laura haussa les sourcils et répliqua :
- Et alors ?
Malgré tout, Stiles prit le temps d'enfiler rapidement l'une de ses combinaisons les plus propres, avec une veste chaude et son écharpe par-dessus, puis sortit de chez lui sous le regard amusé de sa nouvelle amie, qui ne semblait absolument pas souffrir du froid contrairement à lui.
...
- Comment ça vous n'avez pas de véhicule ? lança Laura d'un air outré.
- Ben, hésita Stiles avant de finalement se taire, ignorant quoi dire.
Il n'avait pas envie qu'elle le prenne pour un débile, il se sentait déjà bien assez idiot comme ça.
- Tant qu'il ne neigera pas, ce sera pas facile pour vous, reprit la jeune femme au volant de sa vieille camionnette. Après ce sera les doigts dans le nez avec la motoneige, mais en attendant on s'arrangera mon frère et moi pour vous servir de chauffeur quand vous en aurez besoin.
- C'est très gentil, mais !
- Pas de mais. Vous ferez comment pour vous approvisionner sinon ? Pis ça fera pas de mal à mon frère de voir d'autres êtres humains.
Bien sûr, Stiles était gêné, mais d'un autre côté il devait bien reconnaître que Laura était dans le vrai. N'osant pas dire à la jeune femme qu'il ne savait absolument pas conduire une motoneige, il demanda à la place :
- Les précédents locataires en avaient, eux ?
- Des voitures ? répliqua Laura en haussant la voix de surprise. Oui, bien sûr.
- Il y a un service de location à Noatak ?
Stiles était sceptique. Avant son voyage, il avait bien pris soin de vérifier et il était catégorique : rien ni personne ne permettait de louer un véhicule dans cette petite ville. Laura, en riant, confirma ce qu'il savait déjà :
- Non ! Il y a deux ans les gens se déplaçaient encore en traineau, alors les voitures vous pensez ! Je crois me souvenir que le dernier locataire était arrivé ici au terme d'un road trip génial ! Il était descendu à l'aéroport de Noorvik. C'est là qu'il avait loué un tout-terrain superbe, avec tout le confort, et il était venu jusqu'à Noatak avec.
- Quoi ?! répliqua Stiles, éberlué. Il a fait la route depuis … ! Mais, c'est à combien de distance d'ici ?
- Oh on n'est pas loin des cent miles je crois bien ! Ou alors peut-être moins … entre cinquante et cent miles, ça j'en suis certaine.
Encore une fois, Stiles garda le silence. Qu'il s'agisse de cinquante ou cent miles, il était de toute façon catégorique : jamais il ne se serait risqué à prendre le volant d'une voiture qu'il ne connaissait pas et avec laquelle il n'avait pas l'habitude de voyager, pour un voyage au milieu de la toundra alaskienne. Il préférait encore dépendre un petit moment de ses voisins.
- Je ne me souviens plus de votre nom, lança Laura tout à trac, alors que sa camionnette glissait dans la gadoue.
Stiles, répondit le garçon avec un grand sourire, tout en se gardant bien de préciser à sa compagne de voyage qu'elle ne lui avait pas une seule fois laissé le temps de se présenter.
- J'adore ! C'est pas votre vrai prénom ?
- Non.
- Ça me va ! Les gens d'ici me surnomment Toupie, et mon frère ils l'appellent Amarok, mais il déteste ça.
Un frisson parcourut l'échine de Stiles. Ce nom semblait porter malheur. Sans doute par sa résonnance avec Ragnarök. Une chose à savoir sur Stiles Stilinski : les légendes de toutes sortes l'avaient toujours fasciné – avec une préférence pour la mythologie viking tout de même – tout ça datant de l'époque où il jouait à des jeux en ligne dans lesquels il devait combattre des créatures mythologiques. Il avait toujours été féru de ce genre d'histoire.
- Il signifie quoi ce nom ? demanda-t-il.
- Amarok ? répliqua Laura, apparemment surprise qu'il ne sache pas déjà. Dans la mythologie inuit, c'est l'esprit du loup. Un truc comme un loup géant qui dévore les chasseurs qui sortent chasser la nuit, quelque chose dans le genre.
- Pourquoi ils l'appellent comme ça ? Il a déjà dévoré des chasseurs votre frère ?
Laura éclata bruyamment de rire et Stiles sourit. L'exubérance de cette jeune femme était étonnante, tout comme sa présence dans ce monde brute et sauvage. Pourtant, elle avait l'air parfaitement à sa place.
- C'est l'agent de la réserve naturelle qu'il y a juste à côté de chez vous, répliqua Laura avec un grand sourire fière. Et il n'est pas du genre très cool.
Elle continua vivement sur sa lancée, heureuse :
- L'année dernière il a tiré dans la jambe d'un chasseur qui refusait de défaire ses collets ! Beaucoup de lapins et de renards sont chassés durant une certaine période dans la région, c'est vrai, mais ils sont loin d'être en voie d'extinction ! Il y en a trop d'ailleurs de mon point de vue. Pas plus tard que la semaine dernière il y en a un qui est venu creuser jusque sous la clôture de l'enclos de mes chiens, le salop ! C'était un renard hein, pas un lapin. Les lapins ça creusent pas. Enfin, je ne crois pas.
Elle garda le silence un instant, perdue dans ses réflexions. Stiles, assit à ses côtés, n'en menait pas large. Tirer sur un gars pour un malheureux lapin ?! D'accord, il avait choisi des vacances chez les dingues. Ahtna avait bien tenté de lui expliquer que la chasse était désormais strictement réglementée dans la région, mais là tout de même !
- Maintenant que j'y pense, reprit Laura, songeuse, alors que les bâtisses de Noatak étaient enfin en vue. Le gars a été emmené à l'hôpital de Noorvik en urgence par avion. J'crois pas qu'il soit revenu.
Stiles ouvrit grand les yeux, choqué. Ce genre de chose lui paraissait totalement irréelle. Il avait suivi ses études, pendant deux ans, au John Jay Collège de New York afin de devenir agent de police et pouvoir ensuite avoir accès plus facilement, sans avoir besoin de passer le concours, à la formation du FBI. Il connaissait la loi sur le bout des doigts, et ce qu'il s'était passé entre cet agent excité de la gâchette et ce chasseur insouciant, était totalement illégal.
Laura arrêta sa camionnette là où trois autres véhicules étaient installés, devant ce qui ressemblait fort à un saloon tout droit sorti du film « Le bon, la brute et le truand », puis s'exclama énergiquement tout en ouvrant sa portière grinçante :
- On peut peut-être se tutoyer non ?
...
- Salut toi ! Et qui c'est que tu nous amènes là, hein ? lança la femme derrière le comptoir du bar lorsqu'ils entrèrent.
- Le nouveau locataire d'Ahtna, répondit joyeusement Laura.
- Ah ! Oui, ce vieux filou nous avait bien prévenu qu'on aurait un nouveau visage bientôt. Bienvenu !
- Ravi, Stiles remercia la femme vêtue d'une veste à carreaux bleus épaisse, les cheveux noirs grisonnants remontés en un chignon qui lui tombait sur la nuque, puis se présenta.
- Alors, qu'est-ce que je vous sers ? leur demanda-t-elle encore, en arborant toujours un immense sourire.
- Deux grogs ! répondit Laura en s'accoudant au bar. Mais pas très fort, il est tôt et j'ai du boulot. Ça te va ?
- Oui oui ! répondit vivement Stiles.
- Avec du café ? demanda la tenancière.
- Bien sûr !
Stiles regarda autour de lui, surpris de constater que l'endroit, tout comme le comptoir où Ahtna l'avait conduit pour louer ses vêtements de fourrure, était d'une propreté irréprochable. Alors qu'il se promettait de jeter un coup d'œil à l'état des rues en ressortant, son regard croisa celui d'un homme, attablé avec d'autres, qui le fixait non sans une certaine aménité. Immédiatement, il se détourna. Quelqu'un qui ne manquait pas d'hostilité à son égard, apparemment, bien que Stiles soit certain de ne l'avoir jamais croisé – d'autant plus que, depuis qu'il était ici il n'avait, mis à part Ahtna et les vendeurs de fourrure, ainsi que Laura, pas croisé autre chose qu'un écureuil et trois araignées.
- Ça fait un moment qu'on n'a pas vu ton frère ! lança la tenancière tout en préparant leur commande.
- Il passe son temps en forêt, tu connais l'animal, répondit Laura avec un soupir théâtral.
- Quand même, ça me ferait plaisir de le revoir.
- Je lui dirai.
- Et vous jeune homme ? D'où nous venez-vous ?
Stiles répondit avec un grand sourire, bien conscient d'avoir de la chance de tomber sur des gens si agréables dans une région si reculée. Evidemment, les inévitables questions concernant les raisons de sa venue à Noatak tombèrent, mais il sut les éviter habilement, donnant chaque fois des réponses évasives mais suffisantes. Si la femme derrière le comptoir s'en contenta sans chercher plus avant, Laura ne manqua pas de lui adresser un regard perçant qu'elle fit disparaître d'un sourire. Manifestement, elle n'était pas dupe.
Leur « grog » leur furent servis, et les conversations reprirent. Stiles, tout en riant à une déclaration de Laura se plaignant des ronflements de son frère, avala une gorgée de sa boisson. Immédiatement, la brulure de l'alcool lui agressa la gorge et le goût du paprika le fit hoqueter si fort qu'il eut l'impression de mettre le feu à ses narines, et il toussa. Sans attendre, les deux femmes éclatèrent de rire alors que Stiles suffoquait presque, les larmes aux yeux.
- Alors jeune homme, on ne supporte pas les créations locales ?
Stiles, incapable de reprendre son souffle mais amusé de sa propre déconvenue, sourit lui aussi et cela durant plusieurs minutes avant qu'il ne se remette.
Impossible pour lui de dire combien de temps il resta ici à boire son « grog » dont la teneur en alcool avoisinait sans doute les soixante pourcents – il lui avait pourtant semblé que Laura avait spécifié : « pas trop fort » - à échanger des banalités avec les deux femmes, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il ne savait plus du tout de quoi ces deux-là parlaient et que sa tête tournait atrocement.
Il venait de boire de l'alcool alors qu'il n'était pas dix heures du matin, sans avoir rien bu ni mangé au préalable.
- J'vais prend' l'air, déclara-t-il subitement.
- Hein ? Oui, j'te rejoint ! lui lança Laura. On va y aller de toute façon, le magasin devrait être ouvert.
Stiles acquiesça, remercia la tenancière, et sortit sans même remarquer qu'il laissait Laura s'occuper de régler leurs consommations.
Le froid de l'extérieur le gifla violemment, ce qui lui rendit instantanément un peu de sa lucidité. Tout en prenant une grande inspiration, il cligna plusieurs fois des paupières, un peu honteux de son comportement. Trois jours qu'il était ici, et il avait l'impression d'avoir passé son temps à se bourrer la gueule.
Tout en s'éloignant un peu du bar, il resserra les pans de son blouson et regarda autour de lui. Il ne s'était pas trompé, tout ici était propre ; il n'y avait aucun déchet par terre, pas le moindre petit emballage plastique oublié. Par contre, certains baraquements auraient gagné à être décrassé et bon nombre de peinture refaite mais, l'un dans l'autre, Noatak était une ville agréable.
Il marcha pour se dégriser tout en observant et découvrant, puis fut attiré par le paysage qui s'offrait à lui à la sortie de la ville. Sans s'en rendre compte, il s'éloigna de plusieurs mètres du dernier bâtiment – qui s'avérait être le petit aéroport par lequel il était arrivé quelques jours plus tôt – et observa l'horizon, la respiration profonde et calme, comme s'il se nourrissait de l'incroyable sensation de sérénité qui se dégageait de la nature étendue devant lui.
Une plaine superbe, où subsistait encore quelques touches timides de verdure, surplombée par un ciel d'un bleu éclatant un peu douloureux. Au loin se devinait la lisière de la réserve, dans la direction de sa cabane, et quelques réverbérations du soleil faisaient scintiller les petits cours d'eau qui disparaissaient à l'approche de l'hiver. Nul doute que, en été, tout ceci se transformait sans doute en une incroyable rivière.
Stiles prit une grande inspiration, heureux de ne sentir que l'odeur de la terre mouillée lentement réchauffée, puis expira. Cet endroit était vraiment très beau. Il aurait sûrement plu à Scott. Il serra les dents, indigné. Et voilà ! Il était bien, et il fallait qu'il repense à ce qu'il avait perdu !
C'est alors qu'il croisa ses yeux jaunes, intenses et profonds. Il cligna des paupières, surpris et indécis, puis sentit un frisson remonter sa colonne vertébrale. La fourrure de l'animal était d'un noir de jais profond, alors comment diable avait-il fait pour ne pas le voir ?! Monté sur un monticule de terre boueuse, bien campé sur ses longues pattes fines, les oreilles droites et tendues vers l'avant, le poil brillant, le loup le fixait sans bouger, parfaitement calme et sûr de lui.
Stiles déglutit. C'était un très bel animal, et malgré lui, il se mit à l'admirer. Jamais, de sa vie, il n'avait pu observer de loup en liberté. Ni même en captivité, à bien y réfléchir. Mais rien qu'à l'idée d'enfermer une bête si belle, cela l'attrista.
Le loup baissa la tête et son dos s'arrondit, mais il ne le quitta pas des yeux. Stiles hoqueta. L'animal ne semblait pas agressif, simplement curieux, mais il restait un prédateur, et pouvait sans doute bondir à n'importe quel moment.
- Stiles ?! appela Laura d'une voix forte.
Le jeune homme sursauta et se retourna, mais sa voisine n'était nulle part en vue. Lorsqu'il se retourna encore, le loup avait disparu. Surpris, les sourcils haussés, il regarda à droite puis à gauche, mais l'animal s'était tout bonnement envolé.
- Qu'est-ce que tu fous ? lui cria Laura d'une voix forte en surgissant de derrière la maison la plus proche, à quelques mètres derrière lui.
- Euh, tenta le jeune homme avec un sourire penaud. Il me semblait avoir vu quelque chose.
- Quoi ?!
Stiles, encore un peu interdit par cette rencontre, revint sur ses pas pour rejoindre la jeune femme qui le regarda approcher en arquant ses sourcils.
- J'ai cru voir quelque chose, répéta-t-il d'un air contrit.
- T'es blanc comme une merde de laitier, déclara Laura tout-à-trac.
- L'alcool ne me réussit pas. Déjà quand j'ai bien mangé c'est pas génial, alors le ventre vide …
- Y'avait trois fois rien dans ce grog !
Stiles sourit puis jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Le petit monticule sur lequel s'était tenu le loup était à peine visible à cette distance, et rien ne prouvait la présence de l'animal, ni empreinte ni odeur. A croire qu'il l'avait rêvé. Interdite, Laura regarda dans la même direction.
- Viens, le magasin est ouvert, déclara-t-elle en lui administrant une tape sur l'épaule qui le sortit de sa contemplation. T'as besoin d'avaler quelque chose.
- J'dis pas non …
Le magasin en question était une sorte de petite épicerie où les articles étaient présentés sans ordre logique apparent, mais où Stiles trouva tout ce qu'il lui fallait. Du café, surtout. L'homme derrière la caisse semblait être amérindien, avec un visage rond et des cheveux d'un noir intense. Bourru, il les salua vaguement puis resta muet le temps d'encaisser leurs articles.
Lorsqu'ils ressortirent, les bras plein de paquets et de bouteilles d'eau, Laura sifflota, les cheveux au vent, et se dirigea derechef vers sa camionnette, suivit par un Stiles grelottant persuadé d'avoir perdu au moins deux orteils dans cette expédition.
- C'est pas juste ! déclara-t-il en claquant des dents. Je crève de froid !
Laura gloussa, puis répliqua, moqueuse :
- Pauvre petite chose ! On se réchauffera mutuellement après si tu veux.
Stiles ne s'y attendait tellement pas qu'il en glissa de surprise et manqua se rétamer dans la boue. L'air de rien, tout en affichant un sourire fière, Laura déposa les trois sacs qu'elle portait dans la benne large de sa voiture, rejeta ses cheveux noirs en arrière, et reprit :
- C'est rare les nouvelles têtes dans le coin et je dois t'avouer qu'il n'y a pas beaucoup d'hommes baisables ici. Mais toi, t'es mignon.
Stiles était estomaqué.
- Baisable ?! répliqua-t-il.
- Et alors ? rétorqua Laura en riant encore. Une femme à le droit d'aimer le sexe non ?
- Oui … oui, j'ai jamais dit le contraire c'est juste que … 'fin, on ne m'avait jamais parlé de cette façon avant.
- Pose tes sacs, ou tu vas t'arracher les bras.
Stiles acquiesça et déposa les bouteilles d'eau dans la benne. Il avait les épaules douloureuses, mais c'était surtout sa main blessée par le retour de flammes de la veille qui lui faisait mal.
- Désolée, j'suis plutôt directe, déclara Laura sans pour autant avoir l'air gênée. J'étais pas comme ça avant, mais ici t'es bien forcé de t'adapter. Alors ?
- Euh …
Effroyablement gêné, Stiles ignorait quoi dire. Laura était une belle femme, et c'était d'autant plus flagrant pour lui qui était habitué aux femmes de la côte californienne, bien habillées, bien maquillées, et bien coiffées. Laura ne portait aucun artifice et s'était vêtue comme un bucheron mais cela réhaussait ses atouts. Même si, à n'en pas douter, elle aurait été encore plus belle mieux apprêtée.
- C'est que, tenta-t-il en détournant le regard. Comment dire …
- T'inquiète, j'suis pas du genre à m'accrocher, déclara encore Laura avec un clin d'œil. Ce sera du sexe et c'est tout.
Incapable de trouver les mots, Stiles se mordit la lèvre inférieure et se mit à se triturer les mains. Laura semblait être une femme relativement ouverte d'esprit mais il lui était déjà arrivé de se retrouver face à des hommes et de femmes à qui il croyait pouvoir se confier et qui s'avéraient être terriblement homophobes.
- Si j'suis pas ton genre je ne le prendrai pas mal, t'inquiète pas, gloussa encore Laura.
- C'est pas ça ! répliqua vivement Stiles avant de se mordre encore la lèvre.
Fort heureusement, le froid avait déjà coloré son nez et ses joues, cachant ainsi les rougeurs de la gêne.
- C'est quoi alors ? répliqua Laura en arquant un sourcil.
- Je …, hésita Stiles avant de soupirer. Rien. Rien. On va dire que j'suis pas un bon coup, et puis voilà.
Face à lui, la jeune femme plissa les yeux, manifestement en pleine réflexion. Puis elle sembla avoir un déclic, car un immense sourire content étira ses lèvres.
- T'es gay c'est ça ? lança-t-elle vivement.
Stiles écarquilla les yeux. A choisir, il aurait préféré se faire bouffer par le loup.
- C'est ça ? lança encore Laura, souriant toujours. T'es gay ?
- Oui ! Enfin c'est que … oui, on va dire que oui, répondit Stiles avant de préciser, inquiet : mais je préfère autant que ça ne se sache pas trop, s'il te plait.
La jeune femme fit alors quelque chose de totalement inattendu : elle cria de joie et sautilla sur place avant de lui bondir dessus pour le prendre dans ses bras, puis elle le serra si fort que Stiles en eut le souffle coupé. Ne sachant pas trop comment réagir, il resta les bras ballants, quelque peu surprit, jusqu'à ce que Laura le relâche pour lui demander, en le regardant droit dans les yeux, les mains sur ses épaules :
- C'est pas des blagues hein, t'es vraiment gay ?
- Non c'est pas une blague, répliqua Stiles, les sourcils froncés. Moins fort s'il te plait !
- T'as quel âge ?
- Euh … vingt-deux, pourquoi ?
Laura bondit encore une fois en riant, puis lança :
- Et en plus il est majeur, youhou !
- En même temps si j'étais mineur je ne serais pas là tout seul, répliqua Stiles.
Mais sa voisine ne sembla même pas l'entendre car elle revint vers lui et le prit encore une fois dans ses bras.
- T'es parfait ! éructa-t-elle en le serrant très fort avant de le relâcher enfin. Allez viens, je te ramène chez toi !
En quelques minutes seulement, ils étaient partis. Laura ne cessa, durant le trajet, de jubiler sans que Stiles en devine la raison, et si cette réaction lui paraissait totalement ahurissante, il en était tout de même rassuré. Mieux valait ça plutôt que de la répulsion.
Elle l'aida à sortir les sacs de la camionnette puis fila à la vitesse de l'éclair en lui répétant encore une fois qu'il était « parfait » et « trop mignon ». Décidant de mettre ça sur le compte du grog généreusement alcoolisé malgré l'heure matinale, Stiles rentra chez lui avec ses vivres.
Dans la cheminée, son maigre feu s'était éteint, et les deux pièces de la cabane étaient glacées. Claquant des dents, Stiles se ralluma une bonne flambée avant de ranger ses courses dans les placards branlants au-dessus de la cuisinière à bois, et les denrées périssables dans la glacière du petit garage dans laquelle il n'oublia pas de verser tout un sachet de glace qu'il venait d'acheter. Les quelques petites buches qui lui restaient ne seraient même pas suffisantes pour la journée. Il allait devoir en couper de nouvelles.
Inutile d'en faire le récit ici, tout se passa exactement comme la veille, hormis l'accident où il manqua de s'ouvrir le tibia, car il prit soin de bien écarter les jambes cette fois. Mais, encore une fois, il s'en sortit très moyennement et se retrouva avec des morceaux de bois de taille bien insuffisante, qui lui permirent, fort heureusement, de se chauffer durant la journée et la nuit suivante.
Et voilà le chapitre 2 ! :D
Et non, toujours pas de Derek :P Mais il a été beaucoup question de lui ! Rassurez-vous, il apparaît dès le prochain chapitre, que je publierai dans 10 jours ;) J'espère que vous apprécierez leur rencontre.
Que pensez-vous de cette Laura ? Très différente de ma précédente fic, mais c'est fait exprès :P
Pas beaucoup d'évolution dans le scénario ici, c'est surtout très contemplatif et beaucoup de dialogues idiots mais c'est ma faute, j'ai placé tous les mystères et toutes les questions dès le premier chapitre, c'était pas très malin -_- Donc bon, désolée si vous vous êtes un peu ennuyés :P
J'aimerais vous dire, avant de partir, que je vous aime très fort les gens, et que vous êtes aussi tous fous, parce que je ne m'attendais certainement pas à avoir autant de réaction sur un premier chapitre, j'en revenais pas ! Ca me fait extrêmement plaisir et me motive à fond pour vous offrir une fic qui vaille la peine, parce qu'il n'y a que comme ça que je peux vous remercier :)
Je vous fait des bisous à tous :3
