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Le lendemain, Stiles se réveilla en sursaut. Dehors, la lumière était pâle, signe qu'il était encore tôt, et un froid glacial lui avait endolori le nez et les pieds. Le feu s'était éteint dans la nuit. Encore.

Grommelant, agacé, Stiles remonta ses jambes contre son torse puis engouffra sa tête sous les couvertures. Immédiatement, la chaleur de son corps lui fit du bien.

Des coups répétés à la porte le firent sursauter encore une fois. Oui, c'était ça qui l'avait réveillé, il s'en rappelait maintenant. Il sortit la tête des couvertures, complètement ébouriffé puis resta à l'écoute, sans bouger. Il sentait son cœur cogner fort contre sa poitrine, sans trop en connaître la raison.

Puis il entendit des pas lourds et se redressa totalement. Malgré l'épais pyjama qu'il portait, le froid l'agressa dès que les couvertures glissèrent sur son torse. Il serra les dents en sifflant puis dressa l'oreille. Les pas s'éloignaient, passaient derrière la maison. Silence. Les sourcils froncés, Stiles s'enveloppa de la pelisse et sortit du lit en claquant des dents. C'est alors que les coups, forts, commencèrent. Il se figea et écouta encore, avant d'entendre le bruit caractéristique du métal fendant le bois, puis soupira. Il avait pourtant bien dit à Laura qu'il n'était pas nécessaire de déranger son frère !

Les paupières encore lourdes de sommeil, il se gratta la tête en bâillant. Il allait avoir besoin de se laver les cheveux. Il soupira encore. Les coups de hache continuaient. Et s'il proposait du café à son visiteur ? Ce serait sans doute la moindre des choses. Allumer la cuisinière et faire chauffer de l'eau lui prit en tout une bonne dizaine de minutes, temps qu'il utilisa pour s'habiller et se débarbouiller le visage avant de préparer le breuvage.

Dehors, un vent cinglant le frappa violemment, mettant le bordel à ses cheveux et il retint son souffle, en équilibre dans la boue avec une tasse dans chaque main.

- Merde ! lança-t-il entre deux claquements de dents. La température a baissé de vingt degrés ou quoi ?!

Il contourna la cabane en prenant bien soin de ne pas se ramasser lamentablement dans la boue, puis s'arrêta, la bouche entrouverte de surprise. Un homme en tee-shirt – en tee-shirt par ce froid, bordel ! – lui tournait le dos, la hache à la main. Pour le moment, tout ce que Stiles voyait de lui, c'était les muscles de son dos qui roulaient sous le vêtement et la masse ondulée de ses cheveux noirs, et pourtant le désir pulsa immédiatement dans son ventre. Comprenez-le, il était un jeune bisexuel de vingt-deux ans qui n'avait plus rien fait avec personne, hormis sa main droite – si tant est qu'une main puisse être qualifiée de « personne » - depuis qu'il avait quitté New York pour retourner à Beacon Hills. En gros, il était en manque quoi.

L'homme se retourna et darda sur lui d'incroyables yeux gris qui firent bondir le cœur de Stiles. Une barbe noire et drue lui mangeait la moitié du visage, pas rasée depuis des semaines semble-t-il, pourtant il devina dessous des traits durs et carrés. Ils se regardèrent ainsi un petit moment, jusqu'à ce que Stiles tente maladroitement un :

- Euh …

D'un brusque mouvement d'épaule, l'homme releva la hache pour lui tendre et Stiles fit, malgré lui, un pas en arrière, surpris.

- Faut pas la laisser dehors, grogna son visiteur. Sinon le métal peut rouiller, faut la rentrer.

Stiles cligna des yeux tout en regardant la hache, avec l'impression d'être un parfait idiot. Effectivement, à bien y repenser, il avait trouvé l'outil dans la remise le premier jour.

- Ah oui ! déclara-t-il d'un air contrit. Oui, d'accord. Euh … je vous ai fait du café.

L'homme fronça les sourcils et abaissa la hache en le fixant intensément, comme s'il s'attendait à le voir lui balancer la tasse en plein visage.

- Pour vous remercier, reprit Stiles, mal à l'aise. Pis parce qu'il fait un peu froid aussi.

Doucement, il tendit le bras, présentant son offrande, et attendit. Violemment, si rapidement que Stiles en sursauta, l'homme planta la hache dans le rondin autour duquel étaient éparpillés des dizaines de copeaux de bois de toutes tailles, puis attrapa la tasse sans dire un mot et la porta à ses lèvres, cachées derrière sa barbe en broussaille. Et Stiles vit sa main, et il fut incapable d'en détourner le regard. Une main abimée, pleine de calles, à la paume large mais aux doigts longs. Pour cacher son trouble, il détourna le regard et approcha sa tasse de sa bouche.

Soudain, son visiteur grogna, éloigna le café fumant de son visage et grimaça avant de se pencher en avant et de cracher. Eberlué, Stiles papillonna des yeux.

- Imbuvable, décréta l'homme en lui remettant la tasse dans la main.

Se sentant rougir, Stiles but à son tour. L'amertume du café lui fit aussitôt venir les larmes aux yeux et il gémit avant de déglutir, se brûlant l'œsophage au passage.

- Ah merde ! s'écria-t-il. On dirait du plomb !

Et il toussa avant de jeter le contenu des deux tasses dans la boue sous le regard anthracite de son visiteur.

- Je suis désolé, déclara-t-il d'un air gêné. C'est la première fois que je fais le café de cette façon, je m'attendais pas à ce qu'il soit aussi dégueulasse.

Il releva les yeux. L'homme face à lui le fixait de nouveau. De gris, ses yeux clairs étaient passés au bleu. Sans rien dire, il se pencha, attrapa le manche de la hache, posa le pied sur le rondin et délogea l'outil d'un seul geste. Stiles remarqua la facilité avec laquelle il le tenait d'une seule main et en ressentit une légère indignation. Tout de même, ils n'étaient pas si différents que ça ! Bon d'accord, l'autre était plus corpulent, et ses bras nettement plus musclés au niveau des épaules. Des bras recouverts de poils noirs, qui semblaient fins et doux. Stiles s'ébroua. Il était vraiment, vraiment en manque.

Toujours muet comme la pierre, son visiteur attrapa l'une des grosses buches déposées en tas contre le mur de la cabane, la posa sur le rondin et, d'un geste ample et puissant, la coupa net en deux. De nouveau, un souffle de vent glacé se leva et Stiles, ses deux tasses toujours en main, s'évertua à resserrer les pans de son manteau autour de lui. Sans pouvoir s'en empêcher, il demanda :

- Vous avez pas froid comme ça ?!

Après avoir jeté les deux morceaux de bois plus petits sur le côté, l'homme lui adressa un coup d'œil agacé. Ses yeux étaient redevenus gris.

- Un peu, grommela-t-il en attrapant une nouvelle buche. Mais avec le manteau j'ai trop chaud, et je déteste transpirer dedans.

- Ah …

Le ton était clair : ses questions l'emmerdaient. De plus en plus gêné par cet homme bourru manifestement peu enchanté d'être là, Stiles détourna le regard et lorgna le mur de la cabane. Le côté gauche du tas de buches avait nettement diminué tandis que le tas de bois coupé s'élevait. Ses yeux tombèrent alors sur le manteau déposé sur les buches, au bout du mur, et un frisson remonta le long de son échine. Un manteau de poils noirs et hirsutes.

L'image du loup qu'il avait croisé la veille lui revint brutalement en mémoire. Il avait fini par se persuader d'avoir rêvé, mais cette fourrure, pratiquement sous son nez, disait le contraire. Car c'était exactement le même pelage, il en était certain. Le même ton noir piqueté de poils blancs.

« Une tête de cochon. Pas commode. C'est le garde forestier de la Réserve de Noatak, il s'habille tout le temps d'une grande peau de loup. Comment il l'a eu et pourquoi il la porte, j'sais pas, mais y'a une vieille légende indienne qui dit qu'un homme lié à l'esprit d'un loup qui meurt peut revêtir sa peau et se transformer lui-même en loup quand il le veut. »

Tels avaient été les mots d'Ahtna. Les yeux de Stiles glissèrent du manteau à l'homme qui, d'un geste précis et fort, coupa une nouvelle buche en deux. Immédiatement, son imagination se mit en branle, mais il chassa tout ce qui tournait désormais dans sa tête. Ridicule. Ridicule … n'est-ce pas ?

Il se sentit tout à coup un peu idiot ainsi immobile dans la boue avec deux tasses vides dans les mains et quitta son visiteur sans un mot, pas trop vite. Dans son dos, l'homme lui jeta un bref coup d'œil, la mine sombre.

Stiles, une fois réfugié chez lui, nettoya les tasses puis tourna en rond quelques minutes. Dans la cheminée, il venait de mettre le dernier morceau de bois coupé la veille. Finalement, même si ça le gênait, c'était plutôt une bonne chose que cet homme soit venu couper les buches à sa place. Dehors, il entendait les coups de hache qui pleuvaient toujours. En plus, il avait l'air bien parti pour lui en couper un bon nombre, ainsi il serait sûr d'être tranquille plusieurs jours.

Finalement, prenant sur lui, Stiles décida de vaquer à ses occupations. S'armant de courage, il prit un seau en bois et partit chercher son eau, l'écharpe remontée jusqu'au nez. Très vite, le vent glacial tétanisa ses oreilles et il se maudit de n'avoir pas pensé à acheter un bonnet. Tout de même, un bonnet, c'était la base ! Une fois à la rivière, il posa son seau et contempla l'horizon. Le ciel était d'un bleu éclatant et le vent d'un froid mordant. Le souffle coupé, il regarda, ainsi immobile, le paysage qui s'étendait devant ses yeux. Sauvage est le seul mot qui lui vint à l'esprit.

Vaincu par le froid, il se pencha pour remplir son seau, les mains engourdies. Le niveau de l'eau avait baissé de moitié, signe, sans doute, que la glace, quelque part en amont, avait commencé à emprisonner les rivières. Bientôt, il allait devoir faire sa toilette avec l'eau achetée en bouteille. Ou bien avec de la neige, qu'il aurait fait fondre.

Une fois qu'il eut fait le plein, il rebroussa chemin. L'anse du seau, faite avec de la corde, lui irrita très vite la paume des mains, en particulier celle qui était blessée. Il se dépêcha de rentrer. Lorsqu'il parvint à la cabane, les coups de hache retentissaient toujours. Ce n'est que là qu'il remarqua qu'aucun véhicule n'était garé devant chez lui. Pourtant, la veille, Laura était venue avec une camionnette. Tenant son seau à bout de bras, il regarda autour de lui. Comment cet homme avait-il fait pour venir jusqu'ici ? Il n'était tout de même pas venu à pied ?!

Des pas lourds remplacèrent le bruit de la hache qui tombe et Stiles se retourna. Son visiteur émergea de derrière la cabane, son manteau noir sur les épaules et la hache à la main. Immobile, Stiles le suivit des yeux alors qu'il pénétrait dans la remise pour y déposer l'outil avant d'en ressortir. Leurs regards se croisèrent à nouveau et l'homme se figea avant de froncer les sourcils. Debout dans la boue, son seau dans les mains, les cheveux en bataille à cause du vent et le bout des oreilles rougi par le froid, le nez dans son écharpe, Stiles haussa les sourcils et se mordit l'intérieur de la joue droite pour s'empêcher de rire. Dans la barbe en broussaille noire comme le charbon de son visiteur, il y avait quelques minuscules copeaux de bois. Il semblait même en avoir dans les cheveux.

L'homme avança en dardant sur lui d'incroyables yeux aux couleurs de la forêt et, tout en attachant les pans de son manteau, lui balança d'un air mauvais :

- Faudrait apprendre à vous débrouiller tout seul.

- Mais je ! tenta Stiles, sidéré.

Sans même faire mine de l'écouter, l'homme le dépassa et partit, marchant d'un pas sûr dans la boue gelée. Malgré le vent, son manteau ne bougeait pas, plaqué sur lui comme une seconde peau. Une peau noire et hirsute, semblable à celle de ce loup.

Prit d'un frisson, Stiles se dépêcha de s'enfermer chez lui. Voilà une rencontre dont il se serait bien passé. Soupirant, il ralluma le poêle à bois et y mit son eau à chauffer, puis se dit qu'il ferait bien de rentrer tout de suite, dans la cabane et la remise, le bois coupé par son sympathique voisin, et ressortit. Il pouffa de rire en travaillant, alors que l'image de l'homme avec des brindilles et des copeaux dans la barbe lui revenait. Il était quand même foutrement sexy malgré son apparence de bucheron bougon.

Une fois le bois rentré, Stiles put se délasser chez lui. L'eau était assez chaude pour qu'il se lave après l'avoir filtré grossièrement à travers une passoire qui devait sans doute servir, normalement, pour attraper du poisson. Debout devant la cheminée qui dispensait une bonne chaleur, la bassine sur la chaise, il se lava ainsi, nu au milieu de la pièce, un peu grelottant malgré tout.

Cette situation aurait beaucoup amusé Scott. Jurant, Stiles s'appuya à la bassine et se pencha jusqu'à s'immerger la tête dans l'eau chaude, puis il se redressa, dégoulinant, de l'eau dans les yeux et quelques mèches de cheveux collées au front.

- Putain ! lança-t-il vivement.

Pourquoi fallait-il toujours que ses pensées se tournent vers Scott ?! A croire qu'il n'était pas capable de vivre sans lui, de vivre sans penser à lui ; à croire qu'il n'avait pas d'identité loin de son meilleur ami.

Enervé, il termina sa toilette les mâchoires serrées puis s'habilla de vêtements propres et soupira en frottant ses cheveux avec une serviette en coton. L'odeur du shampooing à l'amande douce lui emplissait agréablement les narines.

Il ne sortit pas tout de suite vider la bassine, préférant attendre que ses cheveux sèchent. Alors il prit un livre de son sac, un vieux polar emprunté à son père, s'installa devant la cheminée, les pieds au plus près des flammes, et s'abandonna dans la lecture un temps indéfinissable.

Lorsqu'il émergea de la cabane quelques heures plus tard, il avait un début de mal de tête et les cheveux dans tous les sens. Le ciel s'était couvert mais le vent avait cessé. La température, elle, n'était pas remontée, et elle ne le ferait sans doute pas. Grelottant, Stiles s'éloigna de quelques pas avant de vider sa bassine.

C'est là qu'il la vit. La belle empreinte dans la boue qui se solidifiait. Une trace qui n'était absolument pas celle d'une botte.

Il se pencha. Ça ressemblait beaucoup à une patte de chien, mais il sut immédiatement que ce n'en était pas une. Il releva la tête et suivit le chemin prit par le loup. Le loup qui avait laissé une dizaine d'empreintes à quelques mètres à peine de chez lui. A moins qu'il ne se trompe, il s'agissait du même chemin prit par son visiteur lorsqu'il était parti. Sauf qu'il n'y avait pas de traces de bottes. Simplement celles du loup.


Coucou les gens ! :D

Je tiens à vous rassurer : ce chapitre sera le plus court de la fic, tous ceux qui suivront auront une taille relativement comparable aux chap 1 et 2. Si celui-ci est si court, c'est simplement parce que j'ai voulu n'y raconter que leur rencontre, je trouvais ça sympa :)

Qu'en pensez-vous ? L'arrivée (et le départ :P) de Derek vous plait ?

Prochain chap le 1er août, il y sera question de ... caca d'élan mâle :D

Des bisous à tous !