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- C'est affreux ! On dirait la vallée où la mère de Bambi est morte ! Ça me donnerait limite envie de pleurer.

Laura pouffa de rire aussi discrètement que possible pour ne pas effrayer les énormes cervidés qui parsemaient la plaine sous leurs yeux et éviter de s'attirer les foudres de son frère. Stiles lui adressa un petit sourire en coin, puis admira à nouveau ce qui s'offrait à ses yeux.

Un énorme vide entouré d'arbres hauts et nus, comme une goutte de rien dans le paysage. L'herbe était tellement recouverte de givre qu'elle paraissait blanche, ce qui rendait la fourrure brune des élans encore plus visible et belle, luisante sous les rayons du soleil. Les quelques mâles, reconnaissables à leurs bois immenses au milieu des nombreuses femelles, poussaient par intermittence des cris gutturaux qui lui donnaient des frissons. Il n'ignorait pas qu'il suffisait qu'un seul de ces gros animaux charge dans leur direction pour les piétiner et les tuer.

Mais un coup d'œil lancé à Derek lui apprit que ce dernier se tenait aux aguets, une main sur la crosse de son arme bien qu'il ne l'ait pas dégagée de son épaule, prêt à s'en servir si besoin.

A la façon dont Laura lui avait parlé de lui, Stiles pensait que cet homme mettait la vie et la sécurité des animaux avant celle des humains, or c'était plus subtil que ça. Il défendait les animaux si ceux-ci étaient en dangers mais semblait faire de même dans le cas inverse : si des humains, sans rien avoir commis de répréhensible, se retrouvaient face à des animaux dangereux, il prenait leur défense là aussi.

C'était l'intégrité la plus totale que Stiles contemplait en ce moment même. Un homme qui ne se souciait ni des lois, ni des règles, ni de quoi que ce soit d'autre si ce n'est que la vie sous toutes ses formes avait, pour lui, la même importance.

Humains ou animaux, même combat !

A cette pensée un peu moqueuse, Stiles pouffa de rire à nouveau et détourna le regard de cet homme taciturne qui, bien que pas désagréable à regarder, l'indifférait plus qu'il l'attirait pour le moment.

Pour sa part, il s'était toujours intéressé aux lois et à l'injustice. Défendre le faible face au plus fort, venir en aide à quelqu'un, retrouver un meurtrier, tout ça lui donnait la sensation d'être utile, un sentiment d'exaltation qui ne durait malheureusement jamais bien longtemps, ce qui le forçait à s'intéresser rapidement à d'autres cas.

En vérité, ce qu'il avait toujours considéré comme de l'altruisme était en fait de l'égoïsme ; cela lui apparut brutalement, là, au milieu de nulle part, en pleine forêt, accompagné d'une femme qui ne semblait ressentir ni le froid ni les effets de l'alcool, et d'un homme à la gâchette facile. En réalité, le malheur des autres le distrayait. Voilà pourquoi il rêvait de devenir flic. Parce que son esprit vif et constamment en ébullition devait s'occuper sans cela il tournait en rond. Il ne s'en délectait pas, non, et peut-être était-ce pire, car cela ne lui faisait pas ressentir grand-chose hormis de la distraction.

Un long frisson le secoua et Stiles se frictionna les bras sans vraiment s'en rendre compte. C'était quoi ça ? Il était venu ici pour se confronter à sa douleur, et voilà qu'il découvrait des choses peu reluisantes sur lui-même.

- T'as froid ? lui demanda Laura.

- Un peu, avoua Stiles, ce qui n'était pas tout à fait faux.

- Petite nature.

- Ben j'ai grandi sous le soleil de Californie toute ma vie donc bon.

- Mais il est chiant celui-là !

Etonné, Stiles haussa les sourcils en direction de la jeune femme, qui précisa :

- Cet enfoiré s'est barré sans nous !

Stiles se retourna. Effectivement, Derek n'était plus là.

- Il m'énerve quand il fait ça ! éructa encore Laura.

Elle partit aussitôt à sa recherche, la démarche lourde et énervée. Amusé, Stiles la suivit, laissant derrière lui la prairie et son spectacle incroyable. La relation qu'avaient le frère et la sœur l'attendrissait beaucoup ; à première vue, l'entente semblait difficile entre eux, notamment à cause de leurs caractères diamétralement opposés, mais il était évident ensuite qu'il ne s'agissait que de taquineries dont ils avaient pris l'habitude. C'était exactement le genre de relation que Stiles aurait aimé avoir s'il avait eu un frère ou une sœur.

Evidemment, ses pensées voguèrent vers Scott, qu'il avait toujours considéré comme faisant partie de sa famille. D'ailleurs, lorsqu'ils étaient enfants, ils n'hésitaient pas à dire à tout le monde dans la cours de récréation qu'ils étaient frères, et ce jusqu'à l'âge de dix ou onze ans. Ensuite, les choses avaient commencé à changer.

Non. C'était lui qui avait changé, il en prit soudainement conscience. Scott n'avait jamais cessé de le traiter avec ce même attachement fraternel qui les liait depuis tant d'années, une façon de faire qui avait fini par le frustrer alors que ses pensées prenaient un tout autre chemin. Et pas seulement ses pensées d'ailleurs.

Agacé, il s'ébroua en se jurant de ne plus jamais foutre les pieds dans cette forêt ! A tous les coups il y avait là un ancien sort indien qui forçait l'esprit des gens à découvrir leurs défauts, leurs faiblesses, leurs erreurs. Parce que, quand même, faire deux découvertes aussi terribles sur lui-même en un laps de temps aussi court, il y avait forcément quelque chose de pas très normal !

- Refais jamais ça ! s'écria brusquement Laura, le sortant de ses pensées.

- Non, lui répondit simplement Derek, à quelques pas d'elle, sans se retourner. Je sais que t'as la trouille dès que t'es toute seule, donc je le referai forcément.

Stiles ne put s'empêcher de rire. A n'en pas douter il s'agissait de la phrase la plus longue dite par Derek depuis qu'il le connaissait.

- J'ai pas peur c'est pas vrai, bougonna Laura en évitant soigneusement de regarder Stiles.

Ce dernier haussa les sourcils puis tourna la tête vers Derek qui, s'il l'ignorait profondément, n'en souriait pas moins. Assurément, cette phrase avait été dite pour qu'il l'entende et qu'il se moque ensuite. L'air de rien, ce bûcheron grognon venait de communiquer avec lui par interlocuteur interposé … ou un truc du genre.

- T'as trouvé quelque chose ? demanda tout à coup Laura.

- Ouais, répondit son frère en levant la main. Un collet qui n'avait rien à faire là.

Stiles s'approcha d'un pas et plissa les yeux. Derek tenait, enroulé autour de son poignet, un long fil de fer noué qu'il venait apparemment de décrocher. Il était tellement fin que Stiles en haussa les sourcils de surprise.

- Et t'as réussi à repérer ce truc-là ? lança-t-il vivement. Moi je ne l'aurais pas vu même avec un panneau lumineux !

Laura se tourna vers lui avec un grand sourire fier et dit :

- Il est fort hein ?

Immédiatement, Derek se renfrogna et fourra le collet sous son manteau de loup avant de se détourner, gêné. Taquine, Laura lui tira la langue avant de faire un clin d'œil à Stiles. En une autre circonstance, le fait qu'elle veuille à tout prix lui montrer les qualités de son frère l'aurait gêné – que quelqu'un tente de le caser l'avait toujours mis mal à l'aise – mais là, il se surprit à s'en moquer. A cause de Scott qui lui tournait toujours dans la tête et occupait ses pensées, il ne voyait pas les autres hommes. Et c'était ainsi depuis des années. Mais il n'en prenait conscience que maintenant.

Encore ?!

- Il y a une magie indienne dans cette forêt ? demanda-t-il à brûle-pourpoint, les sourcils froncés.

Le frère et la sœur se tournèrent vers lui. Laura pouffa de rire et Derek leva les yeux au ciel avant de se détourner à nouveau.

- Pas à ma connaissance, lui répondit la jeune femme. Pourquoi ? T'entends des bruits bizarres ?

- Non, soupira Stiles. Je comprends des choses sur moi-même, et c'est pas joli-joli.

Si Laura éclata franchement de rire, Derek reprit simplement sa route sans plus s'occuper d'eux.

- Bon et ce collet, comment on peut savoir qui l'a posé ? demanda Stiles à la jeune femme pour changer de sujet.

- On ne peut pas, répondit-elle simplement. Puisqu'il est sur la ligne de trappe de quelqu'un, on suppose que c'est lui qui a fait ça, mais on est encore très proche de la lisière, alors en vrai ça peut être n'importe qui. C'est souvent que les habitants de Noatak viennent pour poser ce genre de collet sauvage, histoire de chopper un lapin ou deux de temps en temps.

- Et même ça c'est interdit ?

- Sans autorisation, oui.

- C'est un peu sévère non ?

- C'est nécessaire, gronda Derek sans se retourner.

- Comment ça ? lui demanda Stiles en fronçant les sourcils.

- Il y a quelques années, quand ils ont commencé à imposer ce genre de lois, il y avait quelques conditions, justement pour les petits animaux, répondit Laura à la place de son frère. L'ennui c'est que la majorité des chasseurs parvenaient à contourner ça et ça ne réduisait absolument pas l'impact sur les animaux en danger alors ils ont été obligés de serrer davantage la bride.

Elle haussa les épaules et précisa :

- Tu connais les humains : tu leur donnes la main ils prennent le bras.

- Mmh, acquiesça Stiles.

Que dire d'autre ? Il se souvenait parfaitement de quelques cas dont son père s'était occupé, des hommes et des femmes à qui il donnait une seconde chance, parfois une troisième, et qui récidivaient toujours, ne lui laissant pas d'autres choix que de sévir. Ainsi était fait l'homme.

- Bordel, grommela-t-il pour lui-même.

- Hein ? lui demanda Laura, croyant qu'il s'adressait à elle.

- Rien, rien … je suis sûr y'a un truc ici, une blague qu'aurait fait un vieux chaman indien, du genre : quiconque entrera dans ces bois, des révélations idiotes il aura !

Laura éclata de rire.

- C'est pas Yoda qui parle comme ça ? lui demanda-t-elle.

- Nous sommes dans le système Dagoba ! répliqua immédiatement Stiles.

- J'espère que t'as ton sabre-laser avec toi.

- Tu me prends pour qui ? Je suis toujours au garde-à-vous !

Ils rirent fortement à l'unisson, attirant sur eux le regard noir de Derek, qui leur lança :

- Fermez-la putain ou je vous assomme !

...

- Ça ressemble à ça un piège à œuf, déclara Laura en montrant quelque chose du doigt.

Stiles dut s'y reprendre à plusieurs fois pour localiser l'objet, parcourant le même morceau de terre des yeux plusieurs fois tant il était bien caché.

- Et pourquoi ça s'appelle comme ça ? demanda-t-il, étonné.

- Parce qu'on place un œuf juste ici, répondit la jeune femme en pointant du doigt le centre du piège. Ça sert surtout à attraper les petits mustélidés, la martre, la loutre, les petits gloutons, tout ça. Pour les plus gros il y a les pièges à dents, les pièges à carnassiers ou, plus simplement, les pièges à loup.

Stiles prit le temps de bien regarder l'objet qu'il découvrait. Un cercle simple fait de crocs en fer, légèrement rouillé par endroit. Il imagina alors un animal, n'importe lequel, se débattre là-dedans pour libérer l'une de ses pattes, ou sa queue, ou tout autre partie de son corps, et frissonna. Vision terrible.

D'un côté, il comprenait que les hommes aient besoin de la chasse pour vivre dans une région aussi reculée, mais d'un autre la seule idée de savoir qu'une bête pouvait mourir là-dedans de la plus horrible des façons lui donnait la nausée. Tout à coup il se sentit affreusement déchirer, pris entre deux mondes, et glissa un regard à Derek qui fixait l'horizon, les yeux lointains. Ressentait-il ce genre de sentiment tous les jours ? Chaque fois qu'il devait choisir entre un homme qui avait sans doute besoin de se nourrir, et un animal qui ne demandait qu'à vivre ?

- Tu vois, reprit Laura en s'accroupissant près de l'outil sans remarquer son trouble. Chaque piège possède le numéro d'agrément du trappeur auquel il appartient. Un piège sans numéro est un piège illégal. Là, celui-ci est ok, et il n'est pas enclenché.

Stiles acquiesça simplement, sans rien dire. Il se sentait étrange, tout à coup, à se poser des questions qu'il ne s'était jamais posé jusqu'à aujourd'hui. Pourquoi s'occuper de ça ? Honteusement, il se rendit compte que la question des droits des animaux ne l'avait jamais intéressé, comme la cruauté dont ils étaient victimes partout dans le monde.

- Après bien sûr il y a le cas du vol, reprit Laura en se relevant. C'est pour ça qu'il faut toujours vérifier le numéro d'un piège enclenché, et voir si le trappeur à qui il appartient normalement a signalé un vol ou pas.

- Je vois, acquiesça Stiles. Et s'il ne l'a pas fait, il est dans le caca.

- C'est ça.

- On avance, grommela Derek, non loin d'eux. Faut encore que j'aille en ville cet après-midi, et vous me ralentissez.

- Arrête de ronchonner ! lui répliqua sa sœur. Faut que j'y aille aussi de toute façon. Tu me déposeras avec la camionnette.

Derek ne répondit pas. Laura reporta son attention sur Stiles pour lui demander :

- Tu voudras qu'on t'emmène ? Tu dois avoir besoin de deux ou trois trucs non ?

- Ouais, répondit Stiles en se grattant le nez, qui le chatouillait. Et je vais devoir passer commande pour du bois à couper.

- Ça diminue vite hein ?

Pour toute réponse, Stiles éternua bruyamment.

- A tes amours, lui dit Laura. Tu vas avoir besoin de Derek ?

- Hein ?! répliqua Stiles, surpris. A propos de … ?

- Bah pour fendre du bois.

Laura souriait de toutes ses dents. La garce ! Elle lui avait sans doute tendu un piège. Stiles roula des yeux sans pouvoir empêcher un petit sourire de naître au coin de ses lèvres.

- Non ça ira, dit-il. Il va bien falloir que j'apprenne à me débrouiller tout seul.

Il avait légèrement haussé la voix de façon à ce que l'antisocial grognon qui les précédait l'entende mais il n'eut aucune réaction qui le laissa penser.

- Mais non t'en fais pas, il viendra t'aider ! Hein p'tit frère ? lança Laura d'une voix forte.

Un grognement lui répondit. Ah, donc elle était l'aînée. Stiles se surprit à noter ça dans un coin de sa tête avant de s'envoyer une gifle mentale en tentant de se persuader qu'il s'en foutait.

...

Ils sortirent enfin de cette forêt. N'ayant avec lui ni montre ni téléphone, Stiles ignorait combien de temps ils avaient passé tous les trois à crapahuter dans la boue gelée, à la merci du premier élan mâle en rut venu ou d'un ours affamé. Laura, après lui avoir parlé du fonctionnement des lignes de trappe, de certains pièges et du job de son frère sans que ce dernier décroche trois mots, avait commencé par lui présenter les arbres avant de s'égarer dans le vaste sujet de la flore de la région en général. Lorsqu'elle séchait sur quelque chose, elle demandait à Derek qui lui répondait d'un ton bourru.

Néanmoins, rien qu'à l'insensibilité qui avait gagné ses doigts, ses orteils, son nez et ses oreilles malgré le bonnet, Stiles estima le temps qu'ils avaient passé dehors à deux ou trois heures environ. Dès qu'ils se rapprochèrent de la maison où vivaient le frère et la sœur, les aboiements des chiens se firent entendre.

- Ils ne se calment jamais ? demanda-t-il à Laura.

- Ça leur arrive de dormir la nuit, répondit Derek en grommelant.

Stiles sourit. Au fur et à mesure que les heures s'étaient écoulées, l'homme s'était un peu déridé mais il semblait faire particulièrement attention à ne pas croiser son regard lorsqu'il lui répondait, comme maintenant.

Leur tournant carrément le dos, il se dirigea immédiatement vers la camionnette, son fusil à l'épaule.

- On va pas se réchauffer à l'intérieur d'abord ? lui cria sa sœur. Pour se boire un bon café chaud ! Stiles a l'air frigorifié.

- Non non, ça ! commença à répondre le jeune homme avant d'éternuer bruyamment. Désolé.

Il espérait ne pas s'être enrhumé. Derek ne répondit pas et ne se retourna même pas. Soupirant, Laura le suivit, entraînant Stiles dans son sillage.

- Désolée, lui dit-elle. Tu te réchaufferas un peu dans la voiture ! On ira boire quelque chose aussi. Je t'invite. Ça te fera du bien.

- J'dis pas non, sourit Stiles.

Derek s'installa derrière le volant, manifestement agacé de les attendre encore. Stiles hésita devant la portière grande ouverte. L'habitacle était étroit mais permettait tout juste à trois personnes de s'installer côte à côte sur une seule et même banquette. Evidemment, Laura le poussa à l'intérieur avec un sourire retors pour qu'il s'installe près de son frère. Il lui balança un regard énervé auquel elle répondit d'un clin d'œil.

Pour sa part, Derek semblait s'en foutre comme de son premier caleçon ; son visage ne laissait rien voir d'autre que de l'impatience crispée derrière sa foisonnante barbe sombre. Un simple coup d'œil suffit à Stiles pour voir que quelques poils plus clairs pointaient fièrement parmi la masse des autres totalement noirs, et il dut se mordre la lèvre pour ne pas sourire. Dans un premier temps. Ensuite, il ne put s'empêcher de glisser un second coup d'œil et découvrir, par la même occasion, qu'il trouvait ça terriblement sexy.

Il se racla la gorge, brusquement mal à l'aise, et le silence qui venait de s'installer n'était pas pour l'aider. Laura, apparemment à court de choses à raconter, se mit à siffloter en regardant par la fenêtre, tandis que son frère gardait un silence buté. Pourquoi se taisait-elle, tout à coup ?! Alors qu'elle n'avait pas cessé de les abreuver de paroles durant des heures, voilà qu'elle semblait prendre un malin plaisir à ne plus rien dire. Elle manquait vraiment totalement de tact, qu'elle veuille le caser avec son frère passe encore, mais que ce soit si flagrant devenait très gênant.

- T'as peut-être besoin de repasser chez toi pour prendre un peu d'argent non ? lui demanda-t-elle brusquement.

- Non non, j'ai ce qu'il me faut, répondit Stiles.

Le silence s'installa à nouveau. Soudain, le jeune homme s'aperçut que Derek ne s'était pas débarrassé de son fusil, toujours accroché à son épaule.

- T'en as besoin même en ville ? lui demanda-t-il.

Derek lui coula un regard peu amène mais ne répondit rien. Voilà qui était peu engageant. Un reniflement à sa droite l'informa que Laura s'amusait, sans que Stiles en comprenne la raison, mais il sourit tout de même lui aussi. Taquiner cet homme des bois bourru lui plaisait de plus en plus.

Ils parvinrent finalement à Noatak sans qu'aucun des trois n'ouvre à nouveau la bouche. Derek arrêta le véhicule devant le bar à la demande de sa sœur et ils sortirent les uns après les autres de l'habitacle dont la température avait fini par grimper grâce au chauffage. Dès qu'il sentit à nouveau le froid, Stiles se mit à frissonner de la tête au pied.

En réalité, c'était plus dur que ce à quoi il s'attendait. Son père l'avait pourtant prévenu, il lui avait dit que ce serait difficile pour lui qui avait grandi toute sa vie dans le climat peu changeant et chaleureux de la Californie, mais Stiles, trop pressé de mettre de la distance entre lui et le malheur qui s'était produit, avait eu un excès de confiance.

Le froid, ce froid agressif qui s'insinuait partout et tout le temps, commençait à lui peser. Il était épuisé, agacé de se lever tous les matins dans une pièce glacée, quoiqu'il lui arrivât parfois, désormais, de se réveiller en pleine nuit, instinctivement, pour nourrir son feu, et cet épuisement commençait à se ressentir sur son moral comme sur sa santé. Porter le sceau d'eau, manier la hache, tout ça était devenu bien plus dur.

Alors qu'il n'était arrivé ici que depuis une dizaine de jours.

- On va boire un coup ? proposa Laura avec un grand sourire.

- Faut que j'aille à l'agence, lui répondit son frère avant de s'en aller sans rien ajouter d'autre.

La jeune femme soupira, agacée.

- Faut qu'il aille où ? lui demanda Stiles entre deux claquements de dents.

- Au comptoir du Service des Forêts des Etats-Unis, l'agence pour laquelle il travaille. Il a besoin de munition, c'est eux qui lui en fournissent. Viens, on va se réchauffer avec un bon café !

- D'accord, mais rien de plus dans la tasse que du café !

Laura rit tout en l'entraînant à l'intérieur. Immédiatement, la chaleur qui régnait dans l'établissement lui fit du bien et Stiles récupéra un peu d'énergie. Il retira son bonnet et déroula son écharpe d'un tour mais la garda tout de même autour du cou.

Ils commandèrent et s'installèrent au comptoir, comme la première fois, et la femme rondelette qui se tenait derrière, ses cheveux noués cette fois en une petite queue de cheval, les accueillit avec un grand sourire.

- Je vais confirmer ma participation à l'Iditarod ! annonça fièrement Laura à la tenancière.

- Ah ! Magnifique ! répliqua cette dernière. Tu nous remporteras encore la coupe cette année !

- Pas sûr, je ne vais pas utiliser le même attelage que la dernière fois. Je voudrai voir comment les jeunes se débrouillent.

- Ça n'a pas été trop difficile après ce qu'il s'est passé l'an dernier ?

- Si, mais je pense que ce sera bon pour une première course.

Stiles suivait la conversation avec curiosité en sirotant son café mais n'osait pas poser de question de peur de se montrer indiscret. C'était sans compter sur Laura, qui sembla remarquer son regard, et comme elle ne rechignait jamais à parler d'elle :

- Mon chef de meute est mort l'an dernier. Du coup j'ai pas pu participer, et il a fallu que je teste un nouvel attelage avec un nouveau chien de tête. Dès que le chef de meute change, faut revoir la composition. Un vrai casse-tête. J'étais pas sûre de participer cette année, mais je pense que ça peut le faire. Sinon c'est pas grave, ce sera une sorte de test.

- Tu t'en sortiras comme une chef, j'en suis sûre, lui sourit la femme replète derrière le comptoir.

Laura lui répondit d'un grand sourire, à la fois ravie et excitée. L'un des hommes attablés dans la salle choisit cet instant pour faire entendre sa voix. Fortement, de façon à ce que tous ses camarades l'entendent, il déclara :

- T'as rien à faire sur une course, la pisseuse ! Ta place c'est dans la cuisine à t'occuper de ce monstre qui te sert de frère !

Des éclats de rire plein de testostérone et de fierté accompagnèrent ses paroles. Sidéré, Stiles tourna la tête vers le groupe apparemment bien alcoolisé. Ça se tapait dans le dos et trinquait avant d'avaler une longue rasade de ce qui se trouvait dans les verres.

- Fermez-la bande de petites bites ! s'écria la tenancière d'un ton menaçant. Ou je vous fous à la porte !

- Et qui fera marcher ton bar pourri la grosse, si on est plus là ?

- Laisse, sourit Laura en direction de son amie, avant d'ajouter en haussant le ton : moi au moins je ne baise pas mes chiens.

Stiles écarquilla les yeux en se tournant vers elle, puis pouffa de rire lorsque la jeune femme lui fit un clin d'œil. Du côté du groupe, la réaction ne se fit pas attendre : celui qui avait parlé se leva d'un bon, faisant racler sa chaise au sol, le visage rouge de fureur et d'alcool.

- T'as dit quoi ?! lança-t-il en s'avançant vers eux. Vas-y répète ce que t'as dit la mal baisée, répète ! Je vais t'éclater ta petite chatte moi ! C'est ça qui te manque ! Un vrai homme ! C'est pas ce suceur de queue qui doit te faire jouir hein ?!

Profondément stupéfait par la connerie de ce que cet homme avançait – ne venait-il pas d'affirmer que Laura et Derek avaient des relations sexuelles alors qu'ils étaient frère et sœur ?! – Stiles sentit la colère remplacer très vite le choc initial. Il s'agissait là d'un sentiment qu'il gérait beaucoup moins bien depuis ce qu'il s'était passé, et son geste fut plus rapide que sa pensée.

Plus adroitement que ce qu'il croyait, il projeta sur le visage de l'homme le contenu de sa tasse de café, qui était encore brûlant. Une fois la surprise passée, l'homme se jeta sur lui tout en poussant un beuglement d'animal enragé, l'attrapa par son écharpe et le força à se lever, faisant basculer le tabouret au sol.

- Espèce de petite pute ! cracha-t-il au visage de sa victime.

Les vapeurs d'alcool que charriait son haleine firent venir des nausées à Stiles. Laura, vive et agile comme un écureuil, s'était relevée elle aussi pour sortir, calmement et avec un grand sourire, un flingue de sous son manteau. Elle planta le canon juste sous le nez de l'agresseur bourré qui se mit à loucher dessus d'un air grotesque, alors que Stiles, dont l'écharpe se trouvait toujours dans la poigne de son agresseur, commençait à avoir du mal à respirer.

La porte du bar s'ouvrit et Derek entra, son fusil à l'épaule. Le silence se fit alors que tous les protagonistes se regardaient, trois paires d'yeux allant de l'un à l'autre avec nervosité en attendant que quelqu'un agisse, n'importe qui.

Finalement, ce fut Derek qui demanda :

- C'est quoi ce bordel ?


Je trouvais ça drôle d'arrêter la scène ici XD Du coup ça fait une scène à rallonge sur 3 chapitres dans lesquels les choses n'avancent pas des masses, mais ça m'amuse :P Ne vous en faites pas, les choses accélèreront d'ici environ 2 chap :D

Alors, pour ce qui est des pièges, du braconnage, et de la façon dont les animaux sont capturés et tués, j'ai du faire beaucoup de recherche, et ça a été très difficile pour moi :( Etant végétarienne et assez active en ce qui concerne la défense des droits des animaux, je peux vous jurer que je suis tombée sur certaines images qui m'ont carrément donné la nausée !

Concernant les pièges, j'ai cru comprendre qu'il était préférable de les enlever quand c'est pas la période de chasse, pour éviter qu'ils rouillent, mais moi je les ai laissé pour servir mon histoire. Encore une petite liberté que j'ai prise, désolée ^^"

Vala ! J'espère que ça vous plait toujours autant, bien que ce soit assez longuet :)

Merci pour toutes vos reviews, tous vos encouragements et vos gentils mots, ça me fait super plaisir :3 Bisous à tout ! Et je vous dis au 20 août ;)