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Stiles n'avait pas le souvenir d'avoir eu autant chaud dans ce lit depuis qu'il était ici. La température sous les couvertures était tellement confortable qu'il refusa de bouger les pieds de peur que le reste soit glacé. Les yeux toujours clos, le nez sous les fourrures, il poussa un petit soupir de bienêtre. Des mois qu'il se réveillait dans le froid car il n'arrivait toujours pas à prendre l'habitude de se lever dans la nuit pour nourrir le feu, or là il avait chaud, il était bien, reposé et détendu.

Lorsqu'il fut assez réveillé pour sentir la présence dans son dos, il se souvint que Derek avait passé la nuit avec lui et ouvrit instantanément les yeux. La pâle lumière orangée de l'aube lui fit plisser les paupières et son cœur s'emballa un instant. Epuisés l'un comme l'autre, ils s'étaient couchés et presque instantanément endormi après avoir dévoré les steaks d'élan qui avaient eu le temps de décongeler pendant qu'ils faisaient l'amour pour la troisième fois de la journée. À voir l'éclat du jour qui lui parvenait depuis la fenêtre, il avait dormi une bonne dizaine d'heures et n'avait pas souvenir de s'être réveillé une seule fois. C'était Derek qui avait très certainement veillé à ce que le feu de la cheminée ne s'éteigne pas.

Lentement, Stiles se retourna. Son compagnon dormait à poings fermés, détendu. En fait, c'était la première fois qu'il voyait son visage ainsi, sans que les sourcils ne soient froncés. Il sourit, attendri, avant de s'envoyer une claque mentale. Et puis quoi encore ? Un bisou sur le nez ?!

Il s'extirpa du lit aussi lentement et silencieusement que possible puis quitta la chambre rapidement après avoir enfilé des vêtements chauds. Dans l'autre pièce, il mit une petite bûche dans la cheminée et se prépara un café en prenant garde à ne pas faire trop de bruits. Non seulement il comprenait que Derek ait besoin de sommeil après avoir crapahuté des heures hier soir dans la neige, mais en plus il ne tenait pas forcément à ce qu'ils partagent ensemble le petit déjeuner. Trop gênant.

Après avoir bu son café – dans lequel il ne versa pas une seule goutte d'alcool – et mangé un peu de céréales dont il laissait le paquet au-dessus de la cuisinière, il s'habilla chaudement, sans oublier, cette fois, les gants et le bonnet, puis ouvrit la porte. Il cligna des paupières, stupéfait. Un bon mètre de neige dure se dressait devant lui, poussé contre l'entrée par le vent qu'il avait entendu souffler avant de s'endormir. Déterminé, il s'arma de courage, prit la petite pelle dont il se servait pour récolter les cendres de la cheminée et entreprit de déblayer tout ça en faisant attention à en pousser un maximum vers l'extérieur. Quelques gros morceaux de poudreuse tombèrent sur son plancher mais, dans l'ensemble, il se débrouilla assez bien.

Satisfait, il prit les deux seaux qu'il gardait toujours près de la porte, sortit, les reposa, ferma convenablement derrière lui, et se mit en route.

Dès que ses pieds commencèrent à crisser sur cette nouvelle couche de neige, il sourit. Il adorait ce bruit. Il bougea la tête afin de sortir son nez de l'écharpe et prit une grande inspiration qui lui glaça les poumons. Ça sentait le frais et la sève des arbres ; pas d'odeurs de pollution ni de poubelle ou de fast-food. Juste celle de l'air, de la forêt et de l'hiver. Il ne sut qu'il était parvenu au mince filet de rivière que lorsqu'il glissa sur la glace recouverte d'une petite couche de neige. Tout était tellement lisse et uniformément blanc autour de lui qu'il ne l'avait pas vu. Ne tenant debout que par miracle, il se stabilisa en poussant un soupir de soulagement. Avec le temps, il avait appris à éviter les chutes.

Remontant son écharpe, il s'accroupit, sortit son petit marteau de l'un des seaux et entreprit de casser quelques morceaux de glace. Les bruits qui en résultèrent lui parurent étonnamment forts à ses oreilles au milieu de ce silence hivernal. Récolter suffisamment d'eau gelée pour ses deux seaux lui prit plusieurs minutes, il termina cette entreprise en sueur sous ses vêtements et essoufflé par l'effort tant c'était solide.

Une fois cela fait, il se redressa et s'étira pour déplier son dos. A l'est, le soleil était déjà au-dessus de la ligne d'horizon mais la neige au loin brûlait encore d'un éclat rouge-orangé. Il prit quelques minutes supplémentaires afin d'admirer ce stupéfiant paysage et reprendre son souffle par la même occasion, puis souleva sa récolte de glace en grognant et rebroussa chemin.

Malheureusement, il surestima ses forces. A mi-parcours il dut abandonner la moitié de son chargement avec un soupir agacé. Il s'y attendait plus ou moins mais tout de même, c'était frustrant ! Il dut rebrousser chemin après avoir déposé l'un des seaux sur le pas de la porte et rapporter le second. Sur le seuil, il hésita. Et si Derek était réveillé ? Comment allait-il se conduire avec lui maintenant qu'ils étaient amants ?

Dès que ce mot se fit une place dans son esprit, il y résonna fortement pour ne plus en sortir. Terriblement nerveux, Stiles décida de ne pas rentrer immédiatement. Il sortit la hache du garage et gagna l'arrière de la maison afin de couper un peu de bois. Laura et son frère avaient beau le taquiner sans arrêt à ce propos, il était tout de même fier des progrès qu'il avait accomplis dans ce domaine.

Malgré que ses bras soient déjà un peu fatigués, il prit plaisir à cette activité et se découvrit même plein d'une énergie nouvelle. Etait-ce le sexe qui lui avait redonné des forces ? Il gloussa, essoufflé mais content de sa réussite alors qu'un petit tas de bois reposait à ses côtés.

Finalement, après un temps indéterminé à soulever et abattre l'outil, il en déposa l'extrémité tranchante au sol puis s'appuya dessus pour reprendre son souffle. Il leva le visage vers le ciel blanc, fit quelques étirements afin d'assouplir sa nuque, baissa la tête. C'est là qu'il vit, au pied du tas de buche, en partie épargné par la chute de neige grâce aux bourrasques de vent, qu'un peu de terre avait été retournée. Comme si quelqu'un avait creusé un trou avant de le reboucher. Stiles comprit immédiatement de quoi il s'agissait.

Le cœur gros, il s'approcha, déposa la hache contre le bois, et s'accroupit afin de poser sa main droite, épuisée et tremblante, sur la tombe d'Amarok. Furieux sans trop savoir pourquoi, il retira vivement son gant épais et répéta le geste. La terre était dure et froide sous ses doigts. Sa gorge se serra d'émotion. Pauvre petite chose, morte à cause de sa stupidité. Il ferma les yeux et soupira, honteux.

Un souffle dans son dos mit fin à ses tristes ruminations. Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule et se redressa brusquement en poussant un cri. Aussitôt, le loup noir bondit lui aussi en arrière, effrayé de sa réaction, et se tassa sur le sol, les babines retroussées sur un grognement d'avertissement, les oreilles tellement plaquées sur le crâne qu'elles disparaissaient dans l'épaisseur de sa fourrure. Stiles fit un pas en arrière, terrifié, et l'animal se mit aussitôt à aboyer en avançant ; il était clairement agressif, sur ses gardes. Un seul geste de sa part et il n'était pas impossible que ça dégénère. Il comprit immédiatement qu'il valait mieux pour lui rester immobile et, tout en ayant la désagréable sensation d'être une proie, se figea, le souffle court. Jusqu'ici, à chacune de leurs rencontres, le prédateur avait toujours fait demi-tour. Il n'avait plus qu'à espérer qu'il fasse de même aujourd'hui.

Cependant, les secondes s'écoulèrent et le loup continua de grogner furieusement dans sa direction. Il se trouvait sur la petite bute qui entourait l'arrière de la cabane, les pattes enfoncées dans la neige, et le surplombait donc légèrement. De plus en plus effrayé, le cœur au bord des lèvres, Stiles glissa un regard vers la hache qui reposait contre les buches. Ses yeux se posèrent naturellement sur la tombe du chiot tout à côté. Le loup avait-il senti quelque chose malgré le froid et les heures qui s'étaient écoulées depuis la mort du petit animal ? Ou bien était-il ici pour le punir de sa négligence ?

Le cœur de Stiles se mit à battre la chamade dans sa poitrine serrée par la peur. Lentement, il leva la main, paume en avant, en un geste universel de repentir. Etrangement, le loup cessa immédiatement de grogner. Il se redressa, les oreilles droites et tournées vers lui, ses yeux bleus le scrutant intensément.

- Chhhhht, souffla Stiles avant de se sentir parfaitement idiot.

Pourtant, l'animal pencha la tête sur le côté, à l'écoute. Puis il renifla en tendant le museau et avançant la tête, comme s'il cherchait une odeur, avant de humer brièvement le sol et de se tendre vers Stiles à nouveau. Que sentait-il ? Que cherchait-il ? Il releva tout à coup la tête pour renifler l'air vers le ciel et se désintéressa totalement du garçon. L'air de rien, il fit volteface et partit en trottinant souplement vers la forêt, laissant derrière lui un Stiles pantois, effrayé et soulagé à la fois.

Paralysé sur place, il cligna des yeux puis pouffa de rire. Et dire que, la veille au soir, il avait osé imaginer que Derek et ce loup n'était qu'une seule et même personne ! Un gloussement nerveux le prit et il se frotta les yeux de sa main libre avant de se pencher pour récupérer son gant. Qu'avait-il été imaginer ?! Evidemment qu'un homme capable de se transformer en loup grâce à un simple manteau ça n'existait pas ! Vraiment, la solitude ne le réussissait pas.

Encore un peu tremblant à cause de l'émotion, il ramassa du bois et s'en retourna vers la maison sans s'arrêter de sourire. Il déposa son fardeau devant la porte, l'ouvrit, puis entassa les petites buches près de la cheminée et s'apprêtait à retourner en chercher lorsqu'il pouffa à nouveau, incapable de se retenir, et se dirigea vers la chambre. Il avait vraiment envie de raconter cette idiotie à Derek, qui ne manquerait pas d'afficher cette expression à la fois perplexe et exaspérée qui le faisait rire à chaque fois.

Mais, parvenu dans la petite pièce adjacente, il se figea. Le lit était vide. Et il lui fallut une bonne dizaine de secondes pour le réaliser pleinement. Dès qu'il comprit ce que cela pouvait signifier, il se rua dehors et s'élança sur les traces du loup. Escalader le petit monticule de terre recouvert de neige fraiche lui fut particulièrement pénible tant il s'enfonçait dans la poudreuse, mais parvenu au sommet il chercha les traces de l'animal et les suivit en courant à moitié. Parce qu'il était incapable de calmer sa nervosité et son excitation, il s'essouffla très vite mais continua néanmoins de chercher et s'enfonça parmi les arbres. La forêt se referma vite autour de lui, comme cette fois où Laura l'avait invité à suivre son frère durant l'une de ses patrouilles.

Les yeux rivés sur les empreintes du loup, il ne prit pas garde à la direction qu'il prenait et s'enfonça toujours plus loin dans la réserve. Il ne s'arrêta de courir qu'après plusieurs minutes puis tourna sur lui-même en scrutant le sol. Tout naturellement, les traces de pattes avaient disparu.

- Putain, souffla-t-il entre deux inspirations erratiques.

Il revint en arrière, retrouva la piste, la suivit à nouveau mais la reperdit tout aussitôt. Comme si le loup s'était volatilisé. Stupidement, il leva la tête pour scruter les arbres avant de se dire que ces animaux-là ne grimpaient pas, fit un autre tour complet, puis jura encore. Immobile au milieu de la forêt, il soupira avec un geste désabusé des bras. Non, Derek ne pouvait pas être ce loup, c'était impossible ! Si ce genre de chose existait vraiment ça se saurait quand même !

Pourtant, quelque chose en lui, cette petite partie qui avait toujours tant aimé les mystères, tentait, malgré tous ses efforts pour la réduire au silence, de résoudre cette énigme. Chaque fois que le loup se manifestait, Derek était aux abonnés absents, et vice-versa ; ce manteau ressemblait à la fourrure de l'animal comme deux gouttes d'eau et, preuve irréfutable s'il en est, aucun des deux, autant la sœur que le frère, ne lui avait parlé de ce loup, pas même pour le mettre en garde. Pourtant, l'animal se montrait souvent, et il était prêt à parier que Laura avait de nombreuses fois croisée elle aussi sa route. Alors pourquoi ? La réponse était simple : elle gardait et protégeait le secret de son frère.

Stiles, parfaitement immobile au milieu des arbres, le regard perdu, tentait de réfuter cette théorie. Il ne pouvait pas croire qu'une légende se manifestait réellement sous ses yeux. Comment accepter une chose aussi incroyable ?!

Finalement, son côté détective fouineur remporta le duel. Il voulait en avoir le cœur net, il devait savoir, quitte à cuisiner Derek, quitte à l'observer jusqu'à paraître totalement indiscret. Il fallait qu'il sache !

S'orientant grâce au soleil et ses empreintes de bottes, il retourna chez lui. L'entrée de la cabane étant orientée plein est, il lui suffisait de se diriger là où l'aube se voyait encore, légère ligne orange à l'horizon. Mais cela lui prit tout de même de longues minutes, sans doute un quart d'heure, pour sortir de la réserve. Il se mordit la lèvre d'inquiétude en réalisant à quel point, dans sa précipitation, il s'était éloigné. Il avait été inconscient. C'était une idiotie dans ce genre-là qui avait coûté la vie à un petit chien dont la sécurité dépendait de lui. Il entendait Derek d'ici, avec sa grosse voix pleine de remontrance.

- Je vais te le dire combien de fois ?

Stiles sursauta, pris sur le fait. Du haut du petit promontoire de terre recouvert de neige, il avait vu plongeante sur l'arrière de la maison. Derek, à côté du tas de bois qu'il avait lui-même coupé moins d'une heure plus tôt, la hache à la main, le fixait d'un air sévère. Stiles sentit son cœur louper un battement lorsqu'il se dit que les rôles étaient inversés : c'était lui qui se trouvait à la place du loup maintenant.

- Range-la après t'en être servi, déclara Derek, agacé.

Encore un peu essoufflé, Stiles ouvrit la bouche pour inspirer et ne répondit rien, les yeux braqués sur son compagnon. Ce dernier arqua un sourcil, surpris, puis lui demanda :

- Ça va ?

- Tu étais où ? répliqua aussitôt Stiles.

Derek prit le temps de plonger ses yeux, gris comme un ciel d'orage tenace, dans les siens et le fixa jusqu'à ce que le stress le fasse haleter.

- Et toi ? lui demanda-t-il.

- Je…, hésita Stiles avant d'oser, le cœur au bord des lèvres : je te courrais après.

Contre toute attente, Derek pouffa de rire et raffermit sa prise sur le manche de la hache.

- Je serais curieux de voir ça, déclara-t-il simplement en se détournant.

Surpris, Stiles le suivit des yeux alors qu'il contournait la maison, sans doute pour ranger l'outil dans le garage. Pourquoi avait-il ri ? Il comprit alors que Derek avait cru à une blague, un trait d'esprit de sa part … ou qu'il l'avait vraiment cherché dans les bois après avoir découvert le lit vide.

Terriblement gêné, il tenta de descendre de la bute enneigée avec précaution mais son pied glissa dans la poudreuse épaisse et il termina sa descente en glissant sur les fesses.

- Merde, jura-t-il en se relevant aussitôt.

L'air de rien, il épousseta son pantalon sans rien sentir du froid, fort heureusement, et suivit les traces de Derek en direction de la porte d'entrée. Puis se figea, brusquement excité.

Les traces ! Le nez pointé au sol, il scruta les alentours de la maison à la recherche d'empreintes de bottes, de pieds, ou de n'importe quoi lui prouvant que son amant ne s'était pas brusquement changé en loup pour s'amuser à lui foutre une trouille bleue. Malheureusement, il avait lui-même crapahuté dans la neige avec ses seaux et piétiné autour de la maison durant plusieurs minutes, il était donc incapable de différencier ses traces de celles de Derek. Il dut se rendre à l'évidence : il aurait fait un trappeur minable.

- J'essaye de me convaincre que tu es normal, déclara Derek sur le pas de la porte, une tasse de café à la main. Mais j'ai du mal là.

- Tais-toi, je chasse, répliqua Stiles toujours penché au sol.

- Arrête tes idioties et remonte sur la moto.

- Hein ? Pourquoi ?

Planté dans la neige, les bottes encroutées et le nez rouge, Stiles releva la tête et cligna des yeux en le regardant. Il avait l'air d'un lutin égaré vêtu d'une peau d'ours bien trop grande pour lui. Derek dut s'armer de toute sa détermination pour ne pas sourire.

- On va voir si tu as retenu quelque chose de ce que je t'ai montré hier, déclara-t-il avec calme.

- Si j'ai retenu quelque chose ?! s'offusqua le garçon en venant vers lui. Figure-toi que oui, j'ai retenu que ta nuque était particulièrement sensible et que tu étais chatouilleux juste sous le nombril.

Pour toute réponse, Derek approcha sa tasse de ses lèvres et but une gorgée de son breuvage tout en le fixant intensément de ses yeux verts. Devinant qu'il n'aurait pas le dernier mot, Stiles soupira puis leva le visage vers le ciel en déclarant :

- Ok !

Il retira la bâche qui recouvrait l'engin, épousseta un peu de neige, s'installa dessus, s'assura que son bonnet et son écharpe tenaient correctement, et mit le contact. Le démarrage se passa plutôt bien, mais parvenu au virage il oublia d'accompagner le mouvement avec son corps et, emporté, chuta durement dans la neige avec un cri fort peu viril.

Derek pouffa de rire et baissa le nez. Il l'aurait parié !

La motoneige s'était immobilisée dès que Stiles avait lâché l'accélérateur, toutefois son moteur puissant continuait de vrombir. Sa tasse toujours en main, Derek se dirigea tranquillement vers le jeune homme qui se remettait debout, tout penaud. Ses vêtements de fourrures étaient recouverts de neige et il en avait même sur le visage.

- Pas trop mal ? lui demanda son compagnon avec un léger sourire sur les lèvres.

- Vas-y, moque-toi ! répliqua Stiles en retirant son bonnet pour le secouer. Je suis sûr que la première fois que tu es monté là-dessus toi aussi tu as galéré.

- Ouais. Pour être franc je me suis même cassé un bras.

- Sans déconner ?

- Sans déconner.

- Mais j'aurais pu me faire super mal en fait !

- Effectivement.

- Tu es vraiment un salop quand tu veux.

Derek s'apprêtait à répondre mais un concert de rugissements de moteurs lui coupa la parole. Les sourcils froncés, le regard sombre, il tourna la tête. Stiles fit de même.

Au loin, il compta pas moins de six motoneiges qui s'approchaient rapidement. Parvenues à un peu moins d'une dizaine de mètres, elles s'arrêtèrent avec forces dérapage qui soulevèrent des vagues de poudreuse immaculée et commencèrent immédiatement à faire des cercles. Malgré le bruit assourdissant des engins puissants, Stiles entendit très nettement des cris excités, comme si les conducteurs les interpelaient. Il glissa un regard inquiet à Derek qui n'avait pas bougé, le regard sombre et la mine grave. Leurs visiteurs firent brusquement demi-tour puis disparurent aussi rapidement qu'ils étaient venus. Le tout n'avait sans doute pas duré plus d'une minute.

- C'était qui ces bouffons ? demanda Stiles à son compagnon.

- Murphy et sa bande d'alcooliques.

- Ah …

Ils se regardèrent.

- Tu as toujours le Python avec toi ? demanda Derek.

- Oui, il est à l'intérieur.

- Ok.

Il regarda la motoneige, puis Stiles, et dit :

- Encore.

- Jusqu'à quand ?! Jusqu'à ce que je me pète une côte ?

- Arrête de te plaindre et grimpe là-dessus.

L'air bougon, Stiles enfonça le bonnet sur sa tête.

...

Derek ne l'autorisa à descendre de la motoneige que lorsqu'il fut parfaitement satisfait de la façon dont il se tenait sur l'engin. Stiles était fatigué, il avait faim et mal à l'épaule à cause de sa chute mais n'en était pas moins fier de lui. Il ignorait combien de temps ils avaient passé dehors tous les deux mais il ne sentait plus ni son nez si ses oreilles malgré le bonnet et l'écharpe.

Finalement, Derek repartit. Il lui conseilla de rester attentif, de ne pas vadrouiller en forêt seul comme un imbécile, lui dit de ne pas s'en faire à propos de Murphy car ce n'était qu'un abruti, et s'en fut sur son propre véhicule. Stiles le regarda partir, légèrement déçu. Mais déçu de quoi ? Qu'ils n'aient pas refait l'amour ? Non, c'était mieux ainsi en réalité. Ils avaient tous deux baissé leur garde hier, il était préférable que cela ne se reproduise pas. Et puis, il jura. Avec tout ça il avait complètement oublié ce loup ! Alors qu'il tenait Derek sous la main et aurait pu lui poser, aussi discrètement que possible bien entendu, énormément de questions !

- Je suis vraiment con des fois, se morigéna-t-il en se réchauffant devant la cheminée.

Il avait toujours été incapable de se concentrer sur une seule chose à la fois, dès que quelque chose retenait son intention – la leçon de motoneige du jour par exemple ! – il en oubliait le reste. Mais tout de même, cette rencontre avec le loup, il avait été idiot de ne plus y penser ! La vérité, c'est que ça ne lui faisait pas vraiment peur, voilà pourquoi il avait oublié. Mis à part aujourd'hui et lorsqu'il l'avait vu pour la première fois à Noatak, il n'avait jamais véritablement craint l'animal. Sans doute parce qu'il sentait, à la façon dont il interagissait avec lui, que ce dernier n'était pas tout à fait sauvage. Car un loup vivant dans la forêt ne se comportait pas comme ça normalement, si ?

Il bâilla soudainement à s'en décrocher la mâchoire et décida de faire une petite sieste. C'était l'après-midi, mais peu importe, il en avait besoin.

Il nourrit son feu un maximum sans l'étouffer puis se coucha. Il grommela lorsqu'il sentit l'odeur de Derek sur son oreiller mais ne s'en endormit pas moins rapidement.

...

Plusieurs jours s'écoulèrent sans que ni Laura ni son frère ne se montrent. Stiles était pourtant persuadé que la jeune femme ne manquerait pas de rappliquer chez lui, toute à sa joie que Derek ait découché – elle avait sans aucun doute compris qu'ils avaient passé la nuit ensemble – mais elle n'en fit rien.

Cela lui permit, dans sa solitude, de se rendre compte que ces quelques heures passées avec Derek lui avaient fait du bien. C'était assez froid de le reconnaître, et pourtant. Il était plus détendu, plus calme, même s'il ne manquait pas de se sentir terriblement honteux chaque fois qu'il repensait à la mort du chiot. Il s'était tellement habitué à l'entendre couiner à n'importe quelle heure du jour et de la nuit que ce silence soudain lui parut plus terrible encore que la plus terrible des accusations.

Puis, alors que l'après-midi touchait à sa fin, après dix jours de silence radio, Laura et Derek apparurent, chacun monté sur leur motoneige. Apparemment, ils avaient une invitation pour lui : Chenoa fêtait son anniversaire, et le bar de Noatak servait de salle de réception.


Hey hey hey !

Un chapitre court, j'en conviens, désolée :P J'avais vraiment envie d'écrire quelque chose où ils se retrouveraient vraiment tous les deux. C'était déjà un peu comme ça dans le chapitre précédent, mais je voulais qu'ils aient du temps ensemble ^^

Alors, cette apparition du loup vous a plu (DerekLoup ou pas DerekLoup ? :P) ? A votre avis, que signifie cette petite visite de Murphy ?

Dans le prochain chapitre, qui sera un peu plus long et différent, vous aurez : la réponse à l'une des deux questions que je viens de poser XD Une petite promenade spéciale et une histoire de nudisme ! Héhéhéhéhé Publication : le 20 octobre ;)

Des bisous !