12

Ils arrivèrent en ville en un seul morceau malgré la quantité de neige sur la route. Fermement accroché à Derek, Stiles se redressa une fois la motoneige immobilisée et prit une grande inspiration. Son chauffeur avait conduit tellement vite qu'il avait eu un peu peur.

- Ça va ? lui demanda Derek avec un sourire moqueur.

- Enfoiré, grogna Stiles en rajustant son bonnet. Tu étais obligé de conduire comme un zouave ?

- Tu t'accrochais à moi comme un koala.

- Je t'emmerde.

- On se fait des papouilles les garçons ? leur lança Laura en arrêtant son véhicule près d'eux.

- Nan, on s'engueule, grommela Stiles en réponse.

- C'est la preuve que vous êtes un vrai couple.

- Un quoi ? lui demanda son frère, l'air mauvais.

- Un couple, répéta la jeune femme en retirant ses épaisses lunettes.

- Un quoi ? demanda Stiles à son tour en haussant les sourcils.

Laura éclata de rire dans la rue, le nez en l'air. Quelques secondes après, Chenoa sortait du bar en déclarant :

- Je t'ai reconnue !

Elle les embrassa à tour de rôle – Derek sans doute un peu plus chaleureusement que les deux autres – puis les fit entrer. L'établissement d'Odi était rempli de monde et de voix qui, toutes, tentaient de parler plus fort que les autres. Il y faisait tellement chaud que Stiles se débarrassa rapidement de son bonnet, son écharpe et son manteau, qu'il accrocha à une paterne bien encombrée près de la porte. Derek fit de même, glissant une main sur sa hanche lorsqu'il passa derrière lui. Stiles frémit aussitôt.

Il avait craint que Derek ne revienne rapidement chez lui en pensant que, maintenant qu'ils avaient couché ensemble, il pouvait se permettre de venir réclamer un peu d'attention. Fort heureusement, il n'en avait rien fait. Cela n'avait pas manqué de soulager Stiles, qui craignait de devoir mettre son amant d'une journée dehors au risque que la mésentente s'installe entre eux, mais cela l'avait aussi un peu déçu. Il était assez franc avec lui-même pour le reconnaitre.

Chenoa lui agrippa le bras et l'entraina avec elle pour lui présenter ses amies. Il fut très bien accueilli mais elles lui posèrent beaucoup trop de questions à son goût. Il avait fini par comprendre que les nouvelles têtes étaient rares à Noatak, elles étaient donc terriblement curieuses et en manque de nouveautés. Il prit sur lui de les distraire un moment avant de s'excuser et de leur fausser compagnie pour rejoindre Derek et Jolan, installés au bar. Laura semblait s'être volatilisée.

- Bonsoir jeune homme, l'accueillit le Shérif avec un doux sourire. Toujours parmi nous ?

- De toute façon avec ce temps si je voulais me barrer je ne pourrais pas, répondit Stiles avec un sourire.

- Condamné à nous supporter, balança Derek.

Stiles lui adressa un regard surpris puis haussa un sourcil et sourit. A moins qu'il ne se trompe, son compagnon avait un petit coup dans le nez à en juger par la rougeur de ses joues.

- Certes, concéda Jolan. Alors, que faites-vous de votre séjour ?

- J'essaye de ne pas mourir de froid, s'amusa Stiles.

- C'est une bonne chose.

- Il n'y a pas longtemps j'ai été attaqué par un glouton ! reprit le garçon avec entrain.

- Oui, c'est ce qu'Amarok m'a raconté, sourit le Shérif, amusé. A cause d'imbéciles trop jeunes qui pensaient être de bons chasseurs. Pour ma part, je leur ai mis une bonne grosse amende.

Derek fronça les sourcils et leva son verre jusqu'à ses lèvres en détournant le regard. Non vraiment, il n'aimait pas ce surnom.

- Ce n'est pas l'Agence des Forêts qui s'occupe de punir ceux qui ont fraudé ? demanda Stiles avec curiosité.

- Techniquement ils le pourraient s'ils avaient un officier gradé au comptoir, mais ils ne sont que trois patrouilleurs, répondit Jolan. Et puisqu'il y a un Shérif en ville, c'est lui qui gère ce genre de chose.

- Ça doit vous faire pas mal de boulot quand même.

- Il est vrai qu'un coup de main ne serait pas de trop, et j'ai plusieurs fois demandé à ce que des agents me soient envoyés, mais peu de personnes se portent volontaires pour venir s'installer dans ce genre d'endroits.

- Vous attendez une mutation disciplinaire alors.

Jolan eut un rire doux et son regard se fit différent. Stiles afficha un petit sourire en coin, comprenant qu'il avait été percé à jour. Si l'homme n'avait pas compris, à leur première rencontre, qu'il était flic lui aussi, voilà qui était désormais chose faite.

- Exactement, répondit-il avant d'ajouter, amusé : mais personne ne serait assez sadique pour envoyer un flic ici, pas même pour le punir d'une faute grave ou d'un blâme.

- C'est vrai, acquiesça Stiles.

- Les garçons ! chantonna Laura en se jetant sur le bar à leurs côtés. Comment ça va mes petits trésors ?

- Tu es déjà beurrée ? lui demanda son frère, agressif.

- Nope !

- Excuse-moi mais tu n'as pas l'air très frais toi non plus, lança Stiles à Derek qui lui retourna un regard assassin.

- Je crois qu'il y a quelqu'un qui m'a roulé une pelle, mais je n'ai pas bien vu qui c'était, leur dit Laura avec un grand sourire.

En fait, le reste de la soirée se passa à peu près sur le même ton. Stiles, qui n'avait jamais vraiment aimé être soûle et qui, en plus, connaissait très bien les ravages que pouvait faire l'alcool, s'abstint de boire trop. Dès qu'il sentit sa tête devenir trop légère à cause de la boisson et de la chaleur qui régnait dans l'établissement, il sortit prendre l'air, sans oublier d'enfiler son bonnet et son écharpe. Evidemment, il oublia encore ses gants.

A peine la porte fut-elle refermée dans son dos qu'il fourra ses mains sous ses aisselles, resserrant son manteau de fourrure autour de son torse, puis prit une grande inspiration afin de s'éclaircir l'esprit. La nuit était incroyablement profonde, même au cœur de cette petite ville. Les quelques flaques de lumières dispensées par les trois ou quatre vieux lampadaires le long de la route ne suffisaient pas à éclairer les maisons et plus de la moitié disparaissaient dans l'obscurité.

Il expira lentement. Son souffle se cristallisa devant son visage, scintillant. Il leva la tête et regarda le ciel. Les étoiles étaient moins visibles que près de sa cabane, mais elles étaient tout de même superbes.

Il cligna plusieurs fois des paupières, le nez brûlant à cause du froid et l'esprit déjà plus clair. Il sourit en se remémorant Derek riant avec Jolan, détendu grâce à l'alcool. Chose étonnante, il semblait s'être rapidement rendu compte, comme lui, qu'il avait assez bu et avait ralenti la cadence.

La porte du bar se rouvrit brusquement. Il se retourna pour voir Murphy et ses amis sortir en titubant. Il arqua un sourcil, immobile, avec la sensation désagréable de se trouver dans un mauvais western des années soixante.

- Tiens ! lança l'un des hommes bien alcoolisés. Ce serait pas la putain de cet enfoiré de Hale ?

Non. Années cinquante plutôt.

- Mais oui, sourit Murphy en s'approchant de lui. C'est bien elle ! Bah alors, on tapine sans son maître ?

Stiles était tellement abasourdi par tant de stupidité qu'il ne trouva rien à dire dans l'immédiat. L'homme se permit donc de préciser :

- On a voulu te rendre une petite visite il y a quelques jours, mais ce connard de bûcheron de merde était avec toi. Il avait passé la nuit à te sauter hein, avoue ?

- Oui, répondit franchement Stiles, le cœur battant la chamade. Qu'est-ce qui t'arrive, tu es jaloux ? Il ne t'a jamais regardé alors tu fais une crise ?

Evidemment, Murphy réagit au quart de tour. Le visage rouge à cause de la fureur et de l'alcool, il attrapa Stiles par le col puis le plaqua contre le mur en bois. Le bonnet encaissa un peu du choc, mais pas de grand-chose, et Stiles siffla de douleur.

- Je vais te défoncer petite fiotte ! cracha l'homme avec colère en l'arrosant au passage de postillons.

- Ah merde, souffla Stiles avec une grimace. Dommage que je n'ai pas le nez bouché !

Un coup de poing en plein ventre lui répondit. Le souffle coupé, il se courba en deux avec l'impression d'être sur le point de vomir son estomac puis une poigne rageuse l'attrapa par le cou pour le forcer à se redresser et son crâne heurta à nouveau le mur.

Un cri aigu résonna alors dans le froid. Laura, sortie de nulle part, bondit sur le dos de Murphy en hurlant comme une possédée :

- A mort !

L'homme lâcha Stiles qui, incapable de reprendre son souffle, ne put que tituber sans même venir en aide à la jeune femme qui s'accrochait alors que sa proie tentait de la faire tomber.

- C'est moi qui vais te baiser ! hurla-t-elle, hystérique. Et pis après j'irai baiser ta femme !

Appuyé au mur, Stiles tentait de respirer. Il osa un pas lorsqu'il vit les amis de Murphy tenter de le libérer de la folle ivre qui l'assaillait mais la douleur était trop forte. Avec un grognement, il s'écroula à genoux dans la neige. Chenoa arriva à son tour, échevelée, et prêta main forte à son amie en s'en prenant à ceux de Murphy. D'un instant à l'autre, tout risquait de dégénérer en bagarre.

La porte du bar s'ouvrit à nouveau. Jolan sortit, suivit de Derek et du mari d'Odi. Immédiatement, ils tentèrent de séparer Laura de Murphy tout en tenant les amis de ce dernier à l'écart, ainsi que Chenoa.

Derek attrapa sa sœur dans ses bras pour la décrocher de sa proie et la jeune femme se débattit en hurlant, totalement bourrée et énervée. Au milieu des jurons, des borborygmes incompréhensibles et des cris, il parvint tout de même à comprendre :

- Cet enfoiré de aaaah ! sale chien à putain ! frappé ton amoureux je vais le buter !

Il vit alors Stiles à genoux qui peinait à respirer en se tenant le ventre. Sans aucune douceur, il lâcha Laura qui s'écroula face contre terre dans la neige, attrapa Murphy et lui asséna un coup de poing tellement violent que l'homme en poussa un couinement et tomba en arrière. Il roula ensuite en se recroquevillant sur lui-même, gémissant et misérable.

Laura, étalée par terre, de la neige jusque dans les sourcils, le pointa du doigt et éclata de rire, vite imitée par Chenoa apparemment tout aussi ivre qu'elle.

- Ça suffit les conneries, tenta Jolan, amusé lui aussi.

- Elles sont folles, gloussa le mari d'Odi.

Derek s'accroupit près de Stiles pour lui demander s'il allait bien.

- Un vrai bonheur, répondit le garçon. J'ai juste l'impression d'être sur le point de gerber mes tripes.

Le Shérif remit Murphy sur ses pieds et lui ordonna de rentrer chez lui sans faire plus de vagues. Soutenu par ses amis, le pauvre homme suffoquant et la bave aux lèvres s'en fut en se faisant à moitié trainer au sol.

- Petites bites ! leur cria Chenoa.

- Ça suffit ! la gronda Jolan.

Laura rit encore en tentant de se redresser, émit un hoquet sonore puis vomit généreusement dans la neige.

...

La jeune femme n'étant pas en état de conduire, Derek la prit avec lui sur sa motoneige et Stiles eut pour mission de conduire l'autre pour les suivre. Il avait affreusement mal au ventre et quelques vertiges mais préféra ne rien en dire. Après tout, il n'était pas totalement innocent dans ce qu'il s'était passé, il savait que Murphy était quelqu'un d'agressif, on l'avait suffisamment mis en garde, mais il l'avait quand même provoqué.

Ils parvinrent à destination sans encombre malgré le vent qui s'était levé, soulevant quelques flocons frais tombés dans la journée qui n'avaient pas encore cristallisé sur les couches précédentes.

Derek dut presque porter sa sœur à moitié endormie qui hoquetait en baragouinant des mots incompréhensibles. Stiles les suivit à l'intérieur, frigorifié, pour constater avec étonnement qu'un feu timide brûlait toujours dans leur cheminée.

- Vous avez commandé des supers buches à Doc Brown c'est ça ? demanda-t-il à la volée.

- Ouais, avant qu'il reparte vers le futur, grommela Derek en réponse.

Stiles, qui dénouait son écharpe, se figea en plein mouvement, étonné, puis sourit. Que cette référence ait été comprise par un homme qui vivait dans les bois la moitié de l'année avait de quoi le surprendre.

Il retira ensuite son bonnet et ses gants puis se permit tout de même de rajouter un peu de combustible dans l'âtre pendant que Derek trainait sa sœur jusqu'à sa chambre. Il y avait forcément une astuce qu'il n'avait pas comprise pour éviter que le feu s'éteigne trop vite.

- On laisse un fond de cendre, des copeaux et des brindilles de bois, déclara Derek lorsqu'il lui demanda.

- J'essaierai ça alors.

- Tu veux que je te ramène ?

- Ouais …

Stiles soupira et se gratta la nuque. En fait, il n'avait pas forcément envie de rentrer chez lui, parce qu'il savait que la pièce serait glacée et qu'elle mettrait du temps à se réchauffer. Toutefois, il se voyait mal faire un caprice et demander à son hôte s'il pouvait rester ici pour la nuit. A peine l'idée lui traversa-t-elle la tête qu'il s'insulta copieusement en silence.

- Je peux regarder si tu as trop mal, déclara tout à coup Derek.

- Hein ? répliqua le garçon, étonné.

- Il t'a peut-être déplacé une cote.

- Non, je ne pense pas. Ça va ne t'en fais pas.

- Mmh.

- On y va ?

- Laisse-moi regarder avant, je vais te mettre de la pommade.

Stiles s'apprêtait à refuser mais le regard sombre que lui adressa son compagnon le fit taire. Il acquiesça finalement, un peu à contrecœur. En plus, il n'avait pas de pommade chez lui, rien que du paracétamol.

Derek s'en retourna dans la chambre de Laura qui ronflait déjà copieusement et revint avec la boîte en métal qui leur servait de pharmacie pendant que Stiles retirait son manteau, la veste qu'il avait en-dessous ainsi que le pull. Il hésita un instant à enlever son tee-shirt à manches longues avant d'essayer de se convaincre que ça n'avait pas d'importance. L'air de rien, Derek s'approcha de lui et posa l'une de ses mains sur ses côtes, l'autre tenant un tube à moitié enroulé sur lui-même.

Dès que les doigts froids se posèrent sur sa peau, Stiles frissonna et poussa un petit gémissement mécontent.

- Il a frappé dans l'estomac en fait, dit-il en détournant soigneusement le regard.

- Mmh, lui dit simplement Derek.

Il lui appliqua la pommade avec beaucoup de douceur, les doigts allant et venant en une caresse légère. Evidemment, le désir s'invita entre eux et Stiles se mordit la lèvre sans y penser en prenant une brève inspiration. Ce qui n'échappa nullement à son compagnon.

Prudemment, ce dernier s'approcha et déposa un très bref baiser sur sa nuque. Immédiatement, Stiles s'éloigna de lui.

- Non, souffla-t-il simplement.

- Sûr ?

Malgré lui, le garçon pouffa de rire et retira de son ventre la main possessive qui s'y était posée.

- Ta sœur dort juste à côté, déclara-t-il avant de comprendre qu'il s'agissait d'une excuse terriblement bidon.

- Elle ne dort pas, elle fait un coma, répliqua très sérieusement Derek.

- Même, on ne fait pas ça alors qu'elle est là !

- Discret comme tu es elle ne nous entendra pas.

Il referma brusquement ses bras autour de ses hanches et Stiles lui saisit les poignets pour tenter de se déloger mais son amant le tenait fermement. Ce dernier avait été moins dominateur la première fois, mais il se surprit à aimer ça et le laissa déposer à nouveau ses lèvres sur son cou. Ses jambes se mirent à trembler lorsqu'il sentit l'érection de Derek contre ses fesses et, n'y tenant plus, il se retourna pour l'embrasser.

Ils se trainèrent et se poussèrent ensemble jusqu'à la seconde chambre où ils firent l'amour avec un peu plus de naturel que la fois précédente. Chaque fois que l'un d'eux gémissait un peu trop fort l'autre le rappelait à l'ordre, ce qui les fit sourire et même rire un peu après de longues minutes.

Finalement, Stiles s'endormit au chaud ce soir-là, le corps satisfait et l'esprit léger malgré la douleur du coup qu'il avait reçu. C'était tout de même agréable de se blottir contre quelqu'un afin de ne pas avoir froid.

...

Le lendemain, un bruit sourd le réveilla, comme si quelque chose de lourd était tombé. Il papillonna des yeux et tendit l'oreille puis sourit en entendant Laura glousser quelque part dans la maison. Dans son dos, Derek souffla en poussant un grognement endormi. Il referma les paupières en soupirant, à l'aise et détendu dans la chaleur des draps, mais un autre bruit les lui fit rouvrir. A moins qu'il ne se trompe, une chaise venait de tomber au sol. Laura rit encore alors il décida de se lever pour voir ce que trafiquait la jeune femme – elle était dans un tel état la veille qu'il n'était pas impossible qu'elle soit encore ivre malgré les quelques heures de sommeil.

Il s'habilla en vitesse et sortit timidement la tête de la chambre. Laura, assise par terre à côté d'une chaise renversée, un appareil photo en main, lui adressa un grand sourire ravi dès qu'elle le vit. Et le garçon comprit tout de suite.

- Vous êtes trop mignons ! déclara son amie, le visage encore bouffi de sommeil. Ça fait une photo géniale !

Soupirant, Stiles ne chercha même pas à discuter et l'aida simplement à se relever.

- Tu as de très jolies épaules, reprit la jeune femme en lui fourrant l'appareil sous le nez. Regarde !

- Je connais merci, s'amusa le garçon.

- Je suis triste quand même, je n'ai rien entendu.

- Tant mieux, au contraire.

- Non ! Je voulais vous entendre faire des galipettes ! En plus, d'après ce que m'a dit Chenoa, quand il a trop bu Derek est …

- Je ne veux pas savoir ! la coupa Stiles en redressant la chaise.

- Pourquoi, tu es jaloux ?

- Non, je n'aime pas parler de ça c'est tout.

Laura sourit puis regarda l'image sur le petit écran de son appareil photo et dit :

- Regarde, il a le nez contre tout cou, il est trop chou.

- Tu es ridicule, gloussa Stiles.

- Mais vous allez la fermer ! s'écria Derek depuis la chambre, bougon.

Evidemment, sa sœur éclata de rire et s'empressa de le rejoindre pour lui montrer le cliché dont elle était si fière. Stiles sourit puis passa une main dans ses cheveux, mal à l'aise. L'alcool ne l'avait certainement pas aidé à se raisonner hier soir, mais tout de même il aurait pu se contrôler mieux que ça ! Lorsque le frère et la sœur commencèrent à se disputer dans l'autre pièce, l'un agacé et l'autre excitée, il ne put s'empêcher de sourire. En fait, il était mieux ici avec eux que tout seul chez lui. Un peu de compagnie lui faisait du bien. Et puis il devait bien reconnaître que Laura avait raison : Derek était quand même un bon coup. Un sacré bon coup même.

- Je fais du café pour tout le monde ! s'extasia Laura en jaillissant comme un boulet de canon de la chambre de son frère.

- Sans alcool pour moi merci, lui dit Stiles avec empressement.

- Pff, petit joueur ! Hey, j'ai prévu un entraînement aujourd'hui, ça te dit de venir avec moi ?

- Un entraînement ? C'est-à-dire ?

- Bah je vais faire un tour en traineau. Faut qu'ils se dérouillent les pattes, la course est en mars quand même.

- Evidemment que je veux venir ! Je ne suis jamais monté dans un traineau !

La jeune femme lui adressa un sourire content puis mit de l'eau à bouillir. Elle ne semblait pas avoir une gueule de bois particulièrement terrible malgré son ivresse de la veille et Stiles, qui sentait poindre un mal de tête, commençait à l'envier.

Derek sortit de la chambre en trainant les pieds, les cheveux en bataille, et bâilla à s'en décrocher la mâchoire. Il se laissa tomber sur une chaise, s'accouda à la table et fit venir devant son visage l'appareil photo que sa sœur lui avait abandonnée. Il cligna plusieurs fois des paupières puis fit défiler les clichés. Stiles s'installa en face de lui après avoir sortit un paquet de pain de mie du placard au-dessus de la cuisinière et l'entendit tout à coup pousser une exclamation étouffée.

- Quand est-ce que tu as pris cette photo ?! demanda-t-il à sa sœur.

Cette dernière s'approcha, regarda l'appareil et gloussa.

- L'été dernier, dit-elle avec un petit sourire désolé pas très crédible. Je pensais l'envoyer à un magasine cochon pour me faire deux cent bons dollars, mais j'ai oublié.

- Fais voir ! réclama Stiles, curieux.

- Non, bougonna Derek.

- Fais-moi voir ou alors je dis à Laura que tu adores quand je... !

- Ok tiens.

Agacé, Derek lui tendit l'appareil sous les rires de la jeune femme et Stiles se pencha pour voir l'image de son amant, nu au milieu des bois.

- Mais tu es à poil ! s'exclama-t-il.

- Bravo, tu as des yeux pour voir, rétorqua méchamment Derek.

- Quand il commence à faire chaud son âme de naturiste s'éveille, déclara Laura d'une voix moqueuse.

- Je venais de me baigner, je ne pouvais pas remettre mes fringues tout de suite !

- Ouais, à d'autres.

Stiles pouffa de rire lorsque le frère et la sœur recommencèrent à se chamailler, puis croqua dans sa tartine.

...

- Bien installé ? lui demanda son amie debout derrière lui.

- Je me gèle les couilles mais sinon c'est confortable, répondit-il en criant pour surpasser les aboiements excités des chiens.

- On y va !

Elle poussa quelques sons aigus et brusques et le traineau partit sur la neige. Stiles, un immense sourire sur le visage, ne pouvait décrocher ses yeux des chiens courageux et heureux qui tractaient puissamment devant eux. Le beau mâle blanc se trouvait avec un autre chien au plus près du traineau, à la place des « Wheel dogs ». L'encolure droite et la queue haute, il avait fière allure avec son équipier tout aussi large et costaud que lui. Puisqu'il était le chef de meute Stiles était persuadé qu'il se trouverait en tête de l'attelage, à la position du « Leader » mais Laura lui avait expliqué qu'il s'agissait de deux choses totalement différentes.

En tête devait se trouver le chien le plus intelligent et le plus rapide de la meute – Kookie dans le cas présent – car il lui fallait comprendre et exécuter rapidement les ordres du musher. Derrière lui, à la ligne dite de celle des « Swing dogs » venaient les lieutenants qui possédaient les mêmes capacités que le leader et l'épaulaient en cas de doute ou de fatigue. Derrière eux il y avait la « Team dogs » qui composait le plus gros de l'équipe ; il pouvait y avoir trois tandems ou plus en fonction de la taille de l'attelage. En dernière place il y avait donc le chef de meute et son équipier, les plus costauds et puissants qui portaient pratiquement à eux seuls le plus lourd du traineau et lui donnaient l'impulsion nécessaire pour démarrer.

Laura avait pris le temps de lui expliquer tout ça quelques minutes plus tôt en installant ses coureurs qui jappaient en se tortillant de joie. Stiles avec écouté avec beaucoup de sérieux et de curiosité, comme chaque fois qu'il apprenait quelque chose de nouveau.

Une fois qu'ils furent éloignés de la maison, l'attelage prit de la vitesse et longea l'orée de la forêt sous un ciel blanc et sur un sol qui l'était tout autant. Fouetté par un vent glacé, le nez engoncé dans son épaisse écharpe et le reste du visage protégé par d'énormes lunettes, Stiles se sentait comme un petit enfant. Pleins d'énergie et de bonne volonté, les chiens couraient en aboyant à qui mieux-mieux. En tête, Kookie répondait aux moindres intonations dans la voix de Laura, virant de droite et de gauche avec une aisance incroyable qui donnait à l'avancée du traineau une belle fluidité.

Plusieurs minutes s'écoulèrent ainsi dans l'euphorie de la vitesse pour Laura, de la joie du travail accompli pour les chiens, et de la découverte pour Stiles. Ils étaient maintenant si près de la réserve de Noatak que le garçon n'avait qu'à tendre la main hors du traineau pour frôler les arbres. Le seul petit bémol à cette super virée, c'était le vent glacé qui eut tôt fait de le mettre au supplice malgré la couche de fourrure que son amie avait étendue sur lui lorsqu'il s'était installé.

Cette dernière lui donna justement un coup dans l'épaule, comme pour attirer son attention, et il tourna légèrement la tête. Elle lui indiqua brièvement, avant de saisir à nouveau la poignée de son traineau, la direction des arbres. Stiles plissa les paupières derrière ses lunettes puis se redressa, stupéfait.

Le loup noir courait à leurs côtés au milieu des épicéas et autres sapins aux branches hautes. La langue pendante, il se propulsait dans la neige sans difficulté grâce à ses hautes pattes fines. Ses épaules puissantes roulaient sous sa fourrure sombre et il crut apercevoir l'éclat bleu irréel de ses yeux.

Comme s'il avait vu qu'il l'avait remarqué, l'animal fit un écart de côté et disparut dans la profondeur de la forêt, aussi rapidement et silencieusement qu'une ombre chassée par la lumière. Stiles déglutit et se renfonça dans le traineau, frigorifié. Puis il se rendit compte que les chiens n'avaient pas été effrayés. Ils avaient dû sentir la présence du loup. Forcément. Cela voulait-il dire qu'ils avaient l'habitude de sa proximité ? Pourtant ils avaient aboyé furieusement le jour où le prédateur solitaire était venu jusqu'à lui alors qu'il nourrissait le petit Amarok, seul chez Laura et Derek.

La jeune femme le ramena à bon port la tête pleine de question. Dès que le véhicule se fut immobilisé, le garçon se redressa, empêtré dans les fourrures, et rejoignit son amie qui félicitait ses chiens à grand renfort de caresses.

- C'était un loup non ? lui demanda-t-il vivement.

- Ouais, répondit Laura, essoufflée. Il était beau hein ?

- Oui … je …

- C'était la première fois que tu en voyais un ?

Surpris, Stiles ne répondit pas immédiatement. Soit elle se moquait de lui, soit elle jouait drôlement bien la comédie. Il y a quelques jours, il en était arrivé à la conclusion que la jeune femme protégeait le secret de son frère, mais voilà qu'elle lui montrait l'animal sans aucun complexe alors qu'il ne l'avait pas remarqué de prime abord. Il se serait donc trompé ? Ou alors elle tentait de le duper parce qu'elle avait compris qu'il l'avait découverte ?

- Oui, répondit-il d'une voix étouffée par son écharpe.

- Tu as l'air frigorifié mon pauvre ! se moqua Laura en offrant des friandises à ses chiens, en commençant évidemment par le chef. Alors tu as aimé ?

- Carrément ! C'était génial. Ça va hyper vite.

- Pourtant j'ai fait doucement pour commencer. L'Iditarod n'est pas seulement une course de vitesse, c'est aussi une course d'endurance. C'est l'une des plus longue du pays. Mille huit cent cinquante kilomètres en tout ! En moyenne on met dix jours, mais ça peut aller jusqu'à quinze, peut-être même plus. C'est un sacré défi.

- Et tu te lances toute seule dans un truc comme ça ?!

- Nan, je suis avec mes chiens.

Elle lui sourit, heureuse. Ayant certainement senti la joie de sa maitresse, Kookie bondit sur ses pattes, encore et encore, en remuant la queue. Elle alla vers lui pour le prendre dans ses bras en le traitant affectueusement de gros pépère.

- Tu devrais rentrer avant de choper encore la crève, dit-elle à Stiles en se redressant. Je vais leur faire faire un tour de piste, doucement, pour pas qu'ils se refroidissent trop vite. Après j'en fais courir d'autres alors je vais être un moment dehors. Derek doit être dans le coin.

- Et alors ? répliqua Stiles en rougissant.

Laura se moqua de lui puis éclata de rire lorsqu'il lui fit une moue agacée et gênée en même temps. Il préféra s'enfuir avant de devoir supporter la joie trop débordante de son amie, et était prêt de rentrer dans la maison lorsque Derek surgit sur sa droite.

- Tu étais où ? lui demanda-t-il plus brusquement qu'il ne l'aurait voulu.

- Je vérifiais les motoneiges. Pourquoi ?

Stiles tendit le cou pour voir par-dessus l'épaule de son compagnon. Effectivement, les deux véhicules étaient garés de ce côté.

- Pour rien, répondit-il, gêné.

- Je vais voir Katy, tu veux venir ? lui demanda Derek en passant près de lui pour se diriger vers la grange.

- Ouais.

Ils se rendirent ensemble près de la femelle et de ses petits, qui avaient bien grandis. Epais et ronds comme des oursons, ils se bagarraient dans la paille et roulaient les uns sur les autres. Stiles s'accouda à la clôture en bois tandis que Derek pénétrait dans l'enclos. Dès qu'il tendit la main, Katy baissa la tête en gémissant puis se coucha lorsqu'il se pencha sur elle. Elle roula sur le dos et leva les pattes en signe de soumission, lui présentant ainsi son ventre et ses mamelles. Etonné, Stiles arqua un sourcil. C'était la première fois qu'il voyait la chienne agir de cette façon, elle ne s'était jamais conduite ainsi avec Laura.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il, l'étonnement vite remplacée par son indécrottable curiosité.

- Je vérifie si elle n'a pas d'inflammation, ça peut arriver, répondit patiemment Derek. On va la sortir un peu, ça va lui faire du bien.

Stiles acquiesça sans répondre, hypnotisé par les mains de son amant sur le ventre de l'animal. Elles avaient l'air si rudes, abimées ainsi par le travail dans la forêt, mais elles étaient en réalité très douces, alternativement froides et chaudes. Il frissonna lorsque son corps se souvint de la sensation de ces mains le caressant cette nuit.

Pour penser à autre chose, le cœur emballé, il regarda les chiots. Il n'y en avait plus que huit.

- Il y en a d'autres qui sont morts ? demanda-t-il abruptement.

- Mmh, répondit Derek en se redressant. Je ne les ai pas retrouvés tout de suite.

- C'est-à-dire ?

- Un renard a fait un trou dans le bois de la grange au fond. Je l'ai rebouché.

Pas sûr de bien comprendre, Stiles demanda encore :

- Tu veux dire qu'un renard a emmené un chiot ?

- Oui. Cette grange est très bien aménagée mais elle est trop loin de la maison pour qu'on puisse entendre Katy aboyer en cas de problème. Il a chopé un petit et l'a emmené dehors. Le temps que je trouve par où il entrait, il en avait tué un autre.

- Merde …

- L'an dernier il nous a emmerdé aussi, sur une portée de quatre on en a perdu la moitié. Si ça continue comme ça je vais devoir m'en occuper.

Il sortit de l'enclos. Katy se redressa et le regarda s'éloigner, la langue pendante, vite assaillie par deux de ses bébés qui lui sautèrent dessus pour jouer avec elle.

- Pourquoi tu ne l'as pas déjà fait ? s'enquit Stiles en le suivant.

- C'est une femelle, soupira Derek. Et avec les années, je vois moins de renard dans cette réserve, alors j'évite si possible de les tuer. C'aurait été un mâle j'aurais moins hésité.

- Ah …

Il regarda son compagnon se saisir de la laisse et détourna aussitôt le regard. Pourquoi fallait-il qu'il soit aussi … bien ? N'importe quel autre homme aurait réglé le problème du renard sans remord, mais pas lui. Parce que la vie sauvage était importante pour lui. Certes, deux chiots étaient morts, mais huit étaient encore en vie, proportionnellement le choix était logique.

Un frisson le secoua. Il avait envie de sexe tout à coup. Mais il ne devait pas se laisser aller à ses désirs, ce n'était pas raisonnable, il allait s'attacher et …

- Merde ! lança-t-il en se jetant sur Derek pour l'embrasser.

D'abord surpris, ce dernier recula d'un pas puis accepta le baiser et l'enserra dans ses bras.

- Laura, tenta-t-il tout de même, les lèvres contre celles de Stiles.

- Elle se promène, répliqua ce dernier, ce qui fit rire son amant.

Ils se caressèrent là, dans la grange, dans l'urgence, sous le regard de Katy et de ses petits, sur un peu de paille. De la paille ! Affreusement peu romantique en réalité tant cette saleté piquait.


Bouais, le coup de la pommade c'est assez convenu, j'aurais pu trouver plus original, mais j'suis fatiguée :P

Alors, ce petit tour en traineau ? :D Je suis étonnée que personne ne me l'ait réclamé ... (ou alors j'ai oublié ^^") vous étiez nombreux à attendre la leçon de motoneige, pourquoi pas le traineau ? :D

Bhéééé rien de plus à dire je pense. Comment vous trouvez la relation de ses deux idiots ? J'avoue m'être beaucoup amusée avec cette scène au bar, de toute façon j'ai toujours aimé les western xD Le mystère du loup s'épaissit ... ouais non en fait je fais juste traîner les choses en longueur par pur sadisme !

Bouhéhéhéhé !

Chapitre 13 le 1er novembre ;)

Bisous !