15
Plusieurs mois plus tôt, à New York …
Stiles ouvrit sa porte avec un soupir fatigué et laissa ses affaires tomber au sol dès qu'il eut refermé derrière lui.
Son père, ainsi que ses formateurs, lui avaient pourtant conseillé d'attendre mais, trop impatient, il s'était précipité.
Il n'était possible de devenir stagiaire au MIT qu'à vingt-trois ans. Lorsqu'il avait terminé le lycée, il n'en avait que dix-huit. Un choix avait donc dû être fait. Soit il patientait cinq années en trouvant un travail ou en tentant des études de droit, soit il entrait au John Jay College afin d'y être formé en tant qu'agent de police.
Il avait choisi cette troisième option. Il n'allait pas tarder à valider sa dernière année d'étude qui ferait de lui un adjoint susceptible, s'il le désirait, d'être affecté au commissariat de la ville de son choix. Mais il avait désormais vingt-deux ans. Il lui était donc possible de choisir de continuer ses études. La formation du MIT lui ouvrait grand les bras. L'ennui, c'est qu'il commençait à faire une overdose de classes, de cours, d'entraînements, de contrôles surprise, et de savoir que cela allait de nouveau durer des années le désespérait.
Il avait à peine commencé à grignoter le contenu d'un paquet de chips que son portable vibra dans la poche de son jean. Les doigts sales, il tenta de manœuvrer pour l'attraper, grommela, puis regarda l'écran. Un sourire lui vint aussitôt qu'il vit le nom de son meilleur ami.
- Salut Scotty ! lança-t-il joyeusement dans le petit appareil.
- J'ai une grande nouvelle ! répliqua aussitôt Scott d'une voix incroyablement excitée.
- Tu as réussi à ne pas arriver à la bourre au boulot.
- Non !
Stiles gloussa.
- Je veux dire, si ! se reprit immédiatement son ami avant de balancer en rigolant lui aussi : abruti.
Se laissant tomber dans son canapé, il déposa son paquet de chips sur un coussin et piocha dedans sans répondre.
- Allison et moi on va se marier, reprit Scott. On vient de se fiancer !
Stiles, la bouche ouverte devant quelques chips, se figea. Dans le téléphone, la voix de son interlocuteur continuait, toutefois, il entendait les mots sans en comprendre le sens.
Puis, sans qu'il le contrôle, une bouffée de colère le submergea. Trop d'année à se taire, à s'effacer ! De peur que ça ne gâche toute leur amitié, il n'avait jamais osé avouer à son meilleur ami les sentiments qu'il pensait éprouver pour lui. Sans doute par pudeur, aussi.
Or aujourd'hui, il sentait que ce serait différent. L'entendre étaler son bonheur à se construire un avenir avec une femme le rendit brutalement fou de rage.
Allison était quelqu'un de très bien, ils s'appréciaient beaucoup tous les deux malgré quelques débuts difficiles. Ils s'étaient connus au lycée et lorsque Scott avait commencé à sortir avec elle, la jeune femme lui avait fait quelques scènes de jalousie gênantes car elle estimait que son petit copain passait trop de temps avec son meilleur ami. Stiles avait donc dû s'effacer un peu pour apaiser la demoiselle. Après un temps, il s'était convaincu, en voyant le bonheur de Scott, que cela en valait la peine.
Si seulement il avait trouvé quelqu'un pour remplacer cet amour à sens unique ; si seulement une autre personne, homme ou femme peu importe, l'avait aidé à se défaire de cette attirance, sans doute n'aurait-il pas été aussi amer en cet instant. La colère explosa lorsqu'il entendit Scott prononcer ces mots :
- Tu seras mon témoin bien sûr !
- Ton témoin ?! éructa Stiles d'un ton acide. Putain mais… !
L'émotion serra si fort sa gorge qu'il ne put continuer.
- Hein ? lui demanda Scott, décontenancé. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Il y a que j'en ai marre ! répliqua Stiles, des larmes dans les yeux. Marre que tu ne vois rien, et marre parce que tu n'as jamais rien compris !
- Je ne sais pas ce que…
- Tu ne sais rien Scott. Ça a toujours été sous ton nez, mais tu ne sais rien !
- Je suis désolé, mais…
- Vas-y marie-toi ! Marie-toi et oublie-moi !
Il raccrocha sur ses mots, plein de rage retenue durant des années, plein de détresse aussi. Pleurant de colère, il se prit la tête dans les mains et se tira les cheveux. Il aurait aimé que son père le prenne dans ses bras, comme il le faisait chaque fois qu'il était mal. Une étreinte paternelle que d'autres garçons auraient pu repousser, par pudeur, par fierté, mais lui ne l'avait jamais fait. Il avait toujours accepté les bras de son père.
Malheureusement, celui-ci était à des milliers de kilomètres de lui, il était seul dans cette petite chambre. Personne pour lui parler, le recouvrir, lui dire qu'il avait eu tort de s'énerver ainsi.
Évidemment qu'il avait eu tort ! À peine avait-il raccroché qu'il avait regretté ces quelques mots. Si seulement il n'avait pas enfoui tout ça aussi longtemps, si seulement il avait osé en parler à Scott ne serait-ce qu'une fois, les choses ne se seraient évidemment pas passées ainsi.
Ce qu'il voulait en cet instant, c'était se décharger de tout, laisser quelqu'un d'autre le guider.
Il n'eut pas le courage de rappeler Scott. Il tint son téléphone longtemps, contempla un long moment l'écran qui n'affichait rien d'autre qu'une photo d'eux souriant, avant de finalement se défiler. Bien sûr il lui fallait s'excuser, mais il ressentait aussi, malgré lui, un certain soulagement à avoir laissé ses émotions s'exprimer, de même qu'une certaine satisfaction à imaginer son meilleur ami se tourmenter tout comme lui-même l'avait été durant des années.
Il mit du temps à s'endormir ce soir-là. En se réveillant, il se demanda même, un instant, comme il y était arrivé. Puis il vit qu'il faisait encore nuit et comprit, lorsque les vibrations reprirent, que quelqu'un tentait de le joindre. Craignant qu'il ne s'agisse de Scott, il hésita avant de saisir finalement le petit appareil. C'était un appel de son père.
Etonné, il se redressa dans son lit et décrocha.
- Papa ? demanda-t-il aussitôt. Pourquoi tu m'appelles à cette heure-là, tout va bien ?
- Non fiston, soupira le Shérif Stilinski en réponse. Il s'est passé quelque chose.
Il marqua une pause. Avec horreur, Stiles comprit qu'il sanglotait.
- Qu'est-ce qu'il y a ?! lança-t-il avec inquiétude.
- C'est Allison…
Stiles retint son souffle. Son cœur se glaça dans sa poitrine. Son père, sans rien omettre, mais avec autant de douceur que possible, lui raconta ce qu'il s'était passé quelques heures plus tôt après qu'il ait raccroché au nez de Scott.
Les mots se bousculaient avec une terrifiante réalité à ses oreilles.
Restaurant, dispute.
Ils lui frappaient l'âme avec une violence indifférente, jusqu'à le laisser tremblant.
Mariage, date repoussée, séparation.
La froide réalité lui comprima la poitrine jusqu'à ce que sa vision se brouille.
Allison, seule, nuit, ruelle.
La puissante déferlante de l'inéluctable face à l'imprévisible. La culpabilité qui le submerge, l'envahit jusqu'à le faire panteler, jusqu'à le suffoquer.
Vol à l'arraché, couteau. Mort.
Jusqu'à ce que les larmes soient les dernières choses encore en vie et chaude dans l'âme et le corps de Stiles.
...
Il rouvrit les yeux en entendant son père l'appeler, et sourit. Ils échangèrent une étreinte forte autant que douce puis se regardèrent. Le Shérif souriait, ravi de retrouver son fils, avant de froncer tout à coup les sourcils.
- Tu as maigri, déclara-t-il brusquement.
- Je sais, gloussa Stiles en retenant la lanière de son sac sur son épaule. J'ai été bloqué par la neige un petit moment.
- Tu vas me raconter tout ça ! On va passer au McDo, et…
Le plus jeune fronça le nez, l'air sévère. Son père se reprit aussitôt et dit :
- Ou alors tu préfères aller au magasin bio ?
Ils se sourirent encore.
Une émotion tendre et nostalgique envahit Stiles lorsqu'il passa la porte de la maison dans laquelle il avait grandi. Il n'y avait plus réellement remis les pieds depuis le début de ses études à New York. Puis il réalisa son erreur. Bien sûr qu'il y était revenu. Pour l'enterrement d'Allison.
- Ça va fiston ? lui demanda son père en entrant derrière lui, un sac de course dans les mains.
- Oui, répondit Stiles avec entrain.
- Tu transpires drôlement.
- Il fait chaud.
Le Shérif arqua un sourcil surpris puis sourit.
- On a à peine vingt-cinq dehors aujourd'hui, dit-il.
- C'est trente degrés de plus que ce que j'avais hier, s'amusa Stiles.
Tout en refermant la porte, le père regarda son fils avec tendresse, rassuré et curieux tout à la fois. Son enfant lui paraissait différent. Comme s'il s'était redressé.
- Il va falloir que tu me racontes ce que tu as fait là-bas au milieu de nulle part pendant des mois ! lui lança-t-il.
- Évidemment ! rétorqua Stiles, ravi. Mais d'abord, je vais prendre une douche.
Il disparut rapidement dans les escaliers, ravi de pouvoir se délasser sous l'eau chaude, luxe dont il n'avait plus bénéficié depuis longtemps.
Il profita de ce moment de longues minutes. Inutile de mentir : le confort auquel il était habitué lui avait manqué. Il y avait quelque chose de rustique et d'amusant à chercher son eau soi-même, la faire chauffer dans la cheminée et s'en servir ensuite pour se toiletter debout dans une cabane, mais les premiers jours uniquement.
Il passa cette soirée avec son père, heureux de le retrouver. Il lui raconta ses aventures, sans rien omettre, sauf tout ce qui concernait Derek. Non pas qu'il soit gêné de parler de ses quelques relations fragmentées avec lui, mais le Shérif n'était jamais véritablement à l'aise lorsque son fils lui parlait de ses amours homosexuels. Il l'écoutait, bien sûr, lui répondait, mais de façon toujours plus hésitante. Néanmoins, au sourire soulagé qu'il affichait, Stiles devina que son père avait compris qu'il avait rencontré quelqu'un là-bas. Il se garda bien, cependant, de lui avouer que ce quelqu'un était bien plus détruit que lui.
Puis, le lendemain, il se rendit chez Mélissa McCall. Scott, suite au décès d'Allison, était retourné vivre chez sa mère, brisé et perdu.
Il accueillit son meilleur ami avec un sourire timide et des yeux fatigués. Même s'il tenta de donner le change, Stiles vit bien qu'il était toujours abattu.
Ils n'en avaient jamais parlé. Ni des mots de Stiles au téléphone en ce soir fatidique, ni même de la mauvaise rencontre qu'Allison avait faite dans la rue après son départ précipité du restaurant suite à sa dispute avec son fiancé qui, inquiet pour son ami, lui avait demandé s'il était possible qu'ils repoussent la date du mariage.
Bien sûr, Stiles avait appris par son père que l'homme responsable de cette tragédie était un sans-abri désespéré, alcoolisé, qui n'avait pas supporté que la jeune femme lui résiste. Il était tellement choqué de son geste que, après le coup de couteau mortel, il avait pris la fuite sans même emporter l'objet de sa convoitise : le sac à main d'Allison.
Lorsqu'ils furent dans le salon, chacun une canette de coca-cola à la main, Stiles dit :
- J'ai vu un loup !
- C'est vrai ? répliqua aussitôt Scott, surpris.
- Ouais mais vite-fait. Je faisais un tour en traineau.
- Tu as fait du traineau ? C'est génial !
- Les chiens étaient des malamutes ! Ils étaient superbes.
Scott acquiesça et sourit avant de boire une gorgée. Suivant des études de vétérinaire, il connaissait énormément de races canines, et Stiles savait parfaitement qu'il connaissait même celles de l'Alaska.
Le cœur cognant à grands-coups dans sa poitrine, il tritura sa canette, hésitant, avant de déclarer doucement :
- Je suis désolé, Scott.
- Arrête s'il te plait, soupira ce dernier en frottant ses paupières closes. Je t'ai dit que ce n'était absolument pas de ta faute !
- Je voulais dire que je suis désolé de ne pas avoir été là.
Reniflant, Scott rouvrit les yeux mais ne les releva pas. Fixant le sol, il attendit, les lèvres serrées.
- J'aurais dû être là pour toi, reprit doucement Stiles, les yeux brûlants. Au lieu de ça je me suis barré à l'autre bout du pays, comme un con.
Lorsqu'il comprit que son ami lui demandait pardon de s'être senti si coupable, Scott sentit une brusque bouffée de colère l'envahir. Toutefois, elle disparut presque aussitôt. Et il éclata en sanglot.
Déposant rapidement sa canette sur la table, Stiles s'approcha et le prit dans ses bras en s'excusant de sa brusquerie, des mots qu'il ne parvenait pas à employer, de sa maladresse alors qu'il tentait de s'exprimer.
Le lendemain, c'est ensemble qu'ils se rendirent sur la tombe d'Allison, afin d'y déposer quelques fleurs.
...
Quelques mois plus tard…
L'été touchait presque à sa fin en Californie. Il faisait terriblement chaud.
Après son séjour en Alaska, Stiles eut énormément de difficulté à se réhabituer à la température de la côte sud-ouest. À bien y réfléchir, il n'avait jamais totalement supporté la chaleur, bien qu'il le fasse sans s'en plaindre, par habitude.
En fait, le nord lui manquait. Cela allait bientôt faire un an depuis son départ vers Noatak et quatre mois depuis son retour, et il ne cessait d'y repenser avec beaucoup de nostalgie. Évidemment, c'était à Derek qu'il pensait le plus. Il ne pouvait s'empêcher de se demander comment il se portait, s'il allait bien ; il se posait les mêmes questions pour Laura, bien sûr.
Son cœur se serrait chaque fois qu'il repensait à la discussion qu'il avait eu avec Derek le jour où ce dernier avait soigné sa blessure par balle. La douleur dans ces yeux vert-de-gris, la colère sur les traits de son visage, la tension coupable qui habitait son corps ; il se souvenait de tout avec une netteté stupéfiante. De toute façon, il avait toujours eu une bonne mémoire. Son problème avait été, et serait toujours, son manque de concentration.
Avec le temps, et grâce à la présence de Scott, Stiles avait réussi à se défaire d'une grande partie de sa culpabilité. Elle était toujours là, quoique moins écrasante qu'un an plus tôt. Elle l'accompagnerait longtemps, toute sa vie sûrement, mais il ne la combattait plus aujourd'hui, il l'acceptait. Bien sûr, il avait lui-même beaucoup aidé son meilleur ami dans ce lent et difficile processus de guérison, et même si Scott, près de deux ans après ce drame, plongeait encore parfois dans des pensées moroses, il avait enfin réussi à reprendre le cours de sa vie.
Ainsi, Stiles se retrouva seul lorsque ce dernier quitta Beacon Hills afin de reprendre ses études là où il les avait laissées. De ce fait, il eut envie de faire pareil et se renseigna afin de savoir s'il avait toujours une place en tant que stagiaire au MIT, ce qu'on lui confirma. Toutefois, alors qu'il s'apprêtait à l'annoncer à son père, il s'aperçut que cet avenir qu'il avait eu envie de se construire avait perdu tout attrait à ses yeux.
Durant des jours, il s'en retrouva désœuvré, un peu perdu. Il avait offert à Scott tout son soutien lors des mois qui venaient de s'écouler, sans vraiment penser à ce qu'il ferait ensuite. Maintenant que son ami s'était suffisamment remis, il ignorait quoi faire de sa propre vie.
Voilà pourquoi il se remit à penser à Derek, Laura, Jolan, Natane, et tous les autres. Il se surprit même à repenser à Murphy, si ignoble avec sa femme et ses enfants. Tout naturellement, ses pensées se tournèrent également vers Nushka et tout le mystère qui l'avait entouré. Seul dans sa chambre, occupé à compulser quelques formulaires du MIT sans vraiment s'y intéresser, il sourit de sa propre bêtise en repensant à cette légende à laquelle il avait commencé à croire malgré lui. Cette louve, qui gambadait en liberté sur les territoires les plus sauvages qu'il n'ait jamais vu, était tellement belle, tellement libre. Son cœur se serra lorsqu'il se souvint de ce jour où sa route avait croisé la sienne pour la première fois. Il s'agissait également du jour où il avait fait la rencontre de Laura, venue le sortir de chez lui jusqu'à Noatak afin qu'il y fasse ses premiers achats.
Odi, derrière le bar, qui lui servait son grog avec un énorme sourire accueillant ; Laura, si ouverte, qui lui parlait de ses chiens, de son frère asocial qu'elle enverrait chez lui afin qu'il lui coupe du bois. Et Nushka, apparaissant brutalement, un peu à l'écart de la ville, sur un monticule de terre gelée, pour le fixer de ses yeux fauves, jaunes et perçants. Il n'avait pas vraiment eu peur alors, il s'en rappelait parfaitement. Beaucoup d'excitation et de surprise, certes, cependant il avait bien vu que l'animal n'était pas agressif. D'ailleurs, il avait apparemment eu raison de ne pas la craindre, puisqu'elle lui avait ni plus ni moins sauvé la vie, la nuit où il avait fui devant un glouton terrifié.
Il frissonna à ce souvenir. Il se rappelait parfaitement de l'aspect de ce petit animal trapu qui grondait au-dessus du corps du petit chiot, et de sa terreur lorsqu'il avait bondi sur lui. D'ailleurs, il portait encore les cicatrices de ce court affrontement, sur les jambes. Sa fuite, ensuite, puis la façon dont il s'était écroulé dans la neige, à quelques mètres seulement de la maison de Derek et Laura, lorsque ses forces l'avaient totalement abandonné. Nushka était venue. Par curiosité, forcément, car elle était un prédateur et lui une proie potentielle. Elle lui avait toutefois sauvé la vie sans s'en rendre compte. Il entendait encore clairement son hurlement dans la nuit glacée, et revoyait très bien ses yeux, d'un bleu intense, irréel.
Stiles se figea brutalement, son stylo en main, lorsque cela le frappa.
Les yeux du loup. Ils n'étaient pas de la même couleur.
Celui qu'il avait croisé au début de son séjour à Noatak avait des iris jaunes. Et celui qu'il avait vu cette nuit-là, puis lors de son escapade en traineau, les avait bleus. Cela faisait près d'un an depuis la première rencontre, pourtant il était tout à fait sûr que l'animal vu en ville avait des yeux d'or pâle. Il s'agissait de Nushka, il en était certain, puisque, lorsqu'il lui avait parlé en croyant qu'il s'agissait de Derek avant que celui-ci ne surgisse pour se moquer de lui, il avait croisé son regard.
Mais alors, qui était l'autre ? Celui qui avait les yeux aussi froids et bleus qu'une mer gelée ? Et pourquoi Derek ne lui en avait-il pas parlé ?
Son cœur bondit dans sa poitrine lorsqu'il répondit lui-même à cette dernière question : tout simplement parce qu'il s'agissait d'Amarok.
Lâchant son stylo, Stiles soupira et se prit la tête dans les mains. Non, cela n'allait pas recommencer ! Il ne s'agissait que d'une légende, ce n'était pas réel. Il allait avoir vingt-quatre ans, il avait passé l'âge de croire à tout ça, de se lancer dans des recherches sans queue ni tête qui lui prenaient toujours des heures !
Il réalisa à cet instant qu'il n'avait jamais, depuis son retour chez lui, pris la peine de se renseigner sur Amarok de façon plus poussée. Dans ses souvenirs, le livre qu'il avait feuilleté chez Laura ne lui avait pas appris grand-chose, et il avait cessé de s'intéresser à ce mystère après les explications évasives de Derek concernant Nushka.
Brutalement, il se jeta hors de son lit, envoyant valser le formulaire au sol, et dégaina son ordinateur comme s'il s'agissait d'une arme mortelle. Attendre que l'appareil s'allume fut la plus longue torture de sa vie. Il pianota ensuite sur le clavier à la vitesse de l'éclair afin de se rendre sur l'un de ses sites favoris, qu'il n'avait plus parcouru depuis quelques années.
Son cœur battait follement d'excitation. Pourquoi n'avait-il pas réalisé tout ça plus tôt ?! Des yeux jaunes et des yeux bleus, c'était tout de même très différent !
Malheureusement pour lui, il n'en n'apprit pas davantage ici. Amarok semblait garder jalousement ses secrets de sa légende.
Un grand sourire naquit sur ses lèvres lorsqu'il se dit que, s'il voulait en avoir le cœur net, il n'avait pas le choix : il allait devoir retourner en Alaska.
Puis il se demanda si Jolan avait toujours besoin d'un adjoint.
To Be Continued...
...
Amarok, la légende, dans la mythologie inuite.
Au début du monde, seuls l'Homme et la Femme marchaient sur Terre. Il n'y avait aucune autre présence, aucun poisson dans l'eau, aucun oiseau dans le ciel.
La Femme, pour nourrir ses Fils, fit sortir d'un trou dans le sol tous les animaux de la création. Mais bientôt, tous les caribous gros et gras ayant été chassés, ne restèrent plus que les petits, les faibles et les malades, que les Fils refusèrent de manger, de peur de devenir aussi petits, faibles et malades qu'eux.
Kaïla, le Dieu du Ciel, qui avait expliqué à la Femme l'importance qu'avait le caribou dans la race de l'homme, alla rendre visite à Amarok, l'esprit du loup. Il lui demanda que ses enfants, les loups, mangent les caribous petits, faibles et malades, afin que les troupeaux redeviennent nombreux, les animaux gros et gras, et que les Fils de la Femme puissent de nouveau les chasser.
Amarok, l'esprit du loup, accepta.
Désormais, les loups ne mangent que les caribous les plus faibles pour que les troupeaux restent sains.
« Et pour les Fils, le loup et le caribou ne sont devenus plus qu'un. Car, si le caribou nourrit le loup, le loup conserve le caribou en bonne santé. »
Sources : retranscription et adaptation personnelle, via Larousse . fr
Oui, nan mais je sais ce que vous allez dire !
Permettez-moi, avant de me lyncher, de prendre la liberté de répondre à certaines questions :
S'il y aura une suite ? Oui, je ne suis pas sadique au point de vous laisser comme ça, quand même ;)
Ce sera du point de vue de Derek ? J'sais paaaaaaaaas... Faut vouaaaaaaaar :P
Son titre ? "Amarok", bien sûr !
Allez, parce que je suis gentille (hum...) je vous donne une date pour la reprise : je vous dis au premier février les gens ! :D
Ps : j'espère que l'histoire avec Scott ne vous a pas déçus ^^
Bisous !
*part en courant*
MAJ après 30 min : désolée, j'ai failli oublier ! Je vous avais promis de vous révéler les indices concernant les deux loups :P Première chose importante : leurs yeux, évidemment ! L'un des loups apparaît pour la première fois dans le chap 2, il a les yeux jaune à ce moment-là, et un loup réapparaît clairement mais bien plus tard, au moment où Stiles fuit dans la nuit, il a ici les yeux bleus. J'ai fait exprès de laisser passer pas mal de chap entre ces deux apparitions, pour que le moins de gens possible remarquent la différence :P Bravo à celles et ceux qui ont tout de même vu ;)
Autre indice, et non des moindres : relisez donc le petit résumé de la fic :D Regardez : "Qui n'a jamais rêvé de tout plaquer et de partir loin ? Genre dans une cabane, par exemple, le plus au nord possible ? Stiles, lui, l'a fait ! Une façon pour lui de relever un défis et de s'éloigner d'une nouvelle trop douloureuse. Il pensait être seul, se retrouver, mais c'est sans compter sur sa voisine exubérante, les légendes et les loups."
Héhéhéhé ! Baoui, c'était aussi simple que ça :P
Allez, des gros bisous à tous :3
