SURPRISE !
Derek et Stiles ont encore des choses à vous raconter dans le grand Nord :D
Restez attentif, car cet OS (tellement énorme que j'ai dû le diviser en 2... donc ouais, on peut dire que c'est un Two Shots :P) s'accompagnera d'un cadeau de Noël ;)
Le cadeau de Nushka
Un an plus tard, à Noatak…
Adossé à sa voiture de patrouille, Stiles buvait son café brûlant à petites gorgées. C'était septembre. Les températures avaient déjà drastiquement chuté. Bientôt, la neige serait là, annonçant l'arrivée de l'hiver.
Un cycle sans fin qu'il ne se lassait pas de vivre. Il avait beau, aujourd'hui, connaître l'Alaska, il avait toujours l'impression de la redécouvrir. Comme si elle se réinventait. Comme s'il s'agissait, pour elle, d'une renaissance à chaque changement de saison.
Les choses n'avaient pas changé ici, malgré le temps passé. Hormis qu'il avait vraiment l'impression de profiter de la vie dans ce qu'elle avait de plus simple à lui offrir.
Autant l'avouer, étant ce qu'il était il avait fini par s'ennuyer un peu. Il ne serait retourné à New York pour rien au monde mais son cerveau avait toujours besoin d'être très actif, aussi avait-il réussi à décrocher, en plus de son travail d'adjoint ici, un poste de consultant pour le FBI. Certaines équipes lui envoyaient parfois quelques dossiers sensibles qu'elles ne parvenaient pas à résoudre et, après quelques jours à minutieusement tout étudier, il donnait son avis.
Pour cela, une très bonne connexion Internet était nécessaire. Étant donné que la cabane – fortement rénovée et agrandie ! – où Derek et lui vivaient était dépourvue de ce luxe, Stiles passait donc le plus clair de son temps au poste de police quand il voulait travailler sur ses dossiers en étant sûr de pouvoir contacter ses collègues de la côte Est dès qu'il avait une question ou une supposition. Même s'il ramenait toujours quelques rapports à lire, évidemment.
Pourtant, il ne se plaignait pas du tout de ce manque de confort que tous estimaient aujourd'hui vital. De toute façon, une fois chez lui il avait bien trop de choses à s'occuper pour avoir du temps à perdre devant la télévision ou sur un ordinateur. Car il n'y avait pas qu'Internet qui ne parvienne pas jusque là-bas, il y avait également l'eau courante et l'électricité. Derek lui avait proposé de contacter les services concernés afin de tout installer et rendre leur petite maison plus confortable mais Stiles avait refusé.
Il n'avait donné aucune autre explication à son compagnon quant à son refus, si ce n'est qu'il aimait beaucoup vivre comme ça, mais en réalité il y avait une raison. Une très bonne raison. Qu'il avait préféré garder pour lui.
Et cette raison, la voici :
Pour un être humain qui était né et avait grandi en Californie, c'était utopique d'espérer s'accoutumer à la température de l'Alaska. Même l'été il avait froid ! Et il avait découvert une chose très importante lorsqu'ils s'étaient définitivement installés ensemble : il n'aimait rien d'aussi fort que de se coller contre Derek pour se réchauffer.
Il y avait quelque chose d'assez primaire dans ce besoin qu'il ressentait de chercher de la chaleur auprès de son amant, mais cela lui plaisait à un point qu'il était prêt à se priver d'électricité chez lui.
Derek avait tout de même tenu à refaire entièrement l'isolation de la cabane. Stiles ne comptait plus le nombre d'heures qu'ils avaient tous les deux passées à nouer des canisses de paille avec de la corde, qu'ils avaient ensuite tassé sur les murs avant de les recouvrir d'une boue étrange que son compagnon fabriquait lui-même à l'aide, entre autres, de terre, d'eau et de foin. Puis ils avaient cloué des planches par-dessus avant de s'attaquer à l'extérieur pour reboucher tous les trous et interstices susceptibles de laisser passer le froid. Tout en veillant à laisser une petite ouverture, juste au-dessus de la porte d'entrée – refaite elle aussi – afin de faire circuler l'air à l'intérieur de l'habitation.
La réserve où se trouvaient les outils, de même que le congélateur naturel, et qui servait également de garage pour la motoneige, avait elle aussi subi des rénovations. Elle avait été entièrement isolée à son tour puis ils avaient créé une porte communicante entre elle et le salon, ce qui avait doublé la surface de la cabane et offert à Stiles un bureau où il aimait se prélasser le soir, les pieds posés sur le poêle à bois tout neuf. Ils avaient ensuite construit une nouvelle petite dépendance pour y stocker leur matériel. En bref, ils en avaient fait un petit cocon rien qu'à eux et Stiles s'y sentait bien.
Son téléphone vibra tout à coup dans la poche de son pantalon. Il fit passer sa tasse de café de sa main droite à sa main gauche et s'empara du petit appareil. Un appel de Scott. Il décrocha aussitôt.
— Mec, ton père est sérieux ! déclara aussitôt son meilleur ami.
— Bon sang, soupira Stiles en levant le visage vers le ciel.
— J'ai tout essayé…
— Ça ne va pas le faire, ça ne va pas le faire du tout !
Depuis quelques semaines, le Shérif Stilinski avait une idée fixe : venir passer quelques jours chez son fils.
— Hors de question qu'il vienne ! reprit Stiles, paniqué. Derek va flipper à mort, il va s'enfuir dans la forêt et je ne vais pas le revoir avant des mois !
— T'exagères, c'est bientôt l'hiver, répliqua Scott avec un gloussement. Personne ne s'exile en forêt à cette saison. Sauf s'il a envie de mourir de froid.
— Ouais, mais… tu ne connais pas la bête. Il a des capacités magiques qui lui permettent de survivre dans les bois.
— Mais oui, bien sûr. Et bientôt tu essaieras de me faire croire que son corps se recouvre de fourrure et qu'il hurle à la pleine lune.
Stiles arqua un sourcil, amusé malgré lui.
— T'as plus le choix mon pote, tu vas devoir demander à Laura de l'héberger, s'amusa Scott.
— Pas la peine, on a agrandi depuis… on a une pièce en plus. Mais c'est pas la question ! Je ne veux pas qu'il vienne !
— Attends… c'est si terrible que ça ? Je veux dire, d'accord Derek est un sauvage, mais c'est ton père. Vous avez toujours été super proches tous les deux. Tu lui manques vachement, tu sais.
Soupirant à nouveau, Stiles baissa cette fois la tête et fixa ses pieds. Son père lui manquait aussi terriblement mais il était incapable d'imaginer Derek accueillant le Shérif Stilinski à bras ouverts. Il était toujours affreusement sur la réserve avec les gens en dehors de son cercle proche, constitué de sa sœur, de lui-même, de Chenoa et de Jolan. Il parlait rarement aux autres habitants de Noatak et n'adressait tout simplement jamais la parole aux étrangers. Lorsque Scott était venu leur rendre visite un an plus tôt, c'est à peine s'il lui avait adressé deux mots.
Et s'il y avait une chose que Stiles ne voulait pas, c'est que Derek se sente mal à l'aise dans ce cocon rien qu'à eux qu'ils s'étaient construits.
— Sinon, tu peux prendre des vacances, reprit Scott, conciliant. Reviens un peu en Californie pendant l'hiver. Viens passer Noël avec nous ! Ça lui fera super plaisir.
— Ouais, répliqua Stiles tout en bougeant un caillou du bout du pied. C'est une idée.
Il était sur le point de dire à son ami qu'il n'avait pas envie de quitter l'Alaska maintenant car, aussi étrange que cela puisse paraître, l'hiver était ici sa saison préférée, mais il se ravisa. Sans compter qu'il doutait fortement que Derek vienne avec lui. Parce qu'il savait que Scott avait raison. Cette solution était la meilleure.
Il raccrocha après avoir promis à son interlocuteur qu'il le rappellerait d'ici quelques jours, une fois qu'il aurait bien réfléchi à cette éventualité d'un retour au bercail.
Le reste de sa journée se passa calmement. Il n'eut à mettre fin qu'à une seule rixe d'ivrogne au bar d'Odi, raccompagna chez lui un adolescent boudeur qu'il avait pour la énième fois surpris au volant de la camionnette de son père tout en lui promettant que la prochaine fois, il écoperait d'une amende pour avoir conduit sans permis.
Avant de rentrer chez lui, il passa un peu de temps au poste avec Jolan. Ce dernier avait beaucoup vieilli, en quelques mois. Au milieu de sa tignasse d'un noir profond se laissaient voir de plus en plus de cheveux blancs et Stiles l'avait déjà surpris, plus d'une fois, à tenter de lui cacher qu'il boitait.
La tentation fut grande, lorsqu'il poussa la porte de la cabane, de retirer ses chaussures, d'alimenter le feu dans la cheminée et de s'assoir devant tout en consultant un dossier ou en lisant un livre, mais il s'arma de courage et se pencha pour s'emparer des seaux afin d'aller chercher de l'eau. Mais il n'y en avait qu'un.
Immédiatement, Stiles se retourna pour regarder dehors. Il était sûr que les deux étaient là ce matin. Derek avait donc dû sortir très récemment avec l'un d'entre eux. Peut-être était-il encore dehors, près du cours d'eau.
Il s'empara du seau restant et ressortit en prenant bien soin de claquer la porte derrière lui. Dès qu'il quitta le creux du vallon où la cabane était nichée, un vent froid et régulier lui cingla le visage et le cou. Il remonta le col de son blouson d'adjoint pour se protéger et avança le dos légèrement courbé. Au sol, dans la boue, il voyait clairement les larges et profondes empreintes des chaussures de Derek.
Il les suivit jusqu'à atteindre le mince filet de rivière près duquel il découvrit le deuxième seau, abandonné.
Il posa le sien par terre et regarda autour de lui, balayant le paysage qui s'étendait à perte de vue, à la recherche de son compagnon. Il savait très bien ce que cela signifiait lorsque ce dernier abandonnait ses affaires derrière lui : il avait sans doute entendu ou senti que quelque chose se passait dans la forêt. Et lorsqu'il se jetait ainsi en avant face à des chasseurs qui tiraient illégalement, Stiles ressentait toujours une petite appréhension.
Avec la sensation que son cœur battait plus fort dans sa poitrine, il tourna la tête vers la lisière des bois. Là, il vit le vêtement sombre dans l'herbe encore verte et la boue brune. Non loin gisaient deux chaussures et un sweat. Mais pas de manteau.
La fourrure noire du loup était-elle accrochée près de la porte lorsqu'il était sorti ? Derek l'avait-il enfilée, ce matin ?
Ce dernier était de moins en moins séduit par l'instinct du loup. Il ne se transformait plus aussi souvent et cela durait bien moins longtemps qu'avant. Depuis que Stiles s'était définitivement installé dans sa vie, il ne lui était arrivé qu'une seule fois de s'absenter plusieurs jours d'affilés et cela n'avait duré que trois semaines. Ils étaient loin derrière lui, ces mois entiers qu'il passait au fond des bois. D'ailleurs, le manteau de fourrure était resté accroché à la patère tout l'été sans qu'il en ait besoin.
Dans ce cas, qu'est-ce qui avait bien pu le pousser à se transformer et se jeter dans la forêt ?
Sans plus réfléchir davantage, Stiles s'élança en direction de la lisière de la réserve, jetant par moment des coups d'œil au sol pour tenter de repérer quelques empreintes. Ce n'est qu'une fois arrivé à deux mètres à peine des premiers arbres qu'il en vit enfin quelques-unes. Incapable de discerner celles de Derek de celles de Nushka, il ne s'y arrêta pas plus que nécessaire et pénétra sous le couvert des énormes épicéas dont les aiguilles arboraient toujours une profonde couleur verte.
Un lourd silence l'entoura presque instantanément. La forêt l'accueillait.
Ici, il avait toujours l'impression que ses sens devenaient plus aigus. Il entendait clairement sa propre respiration, sentait chaque battement de son cœur, percevait le bruit du vent plus intensément. Il avait davantage conscience de son propre corps, de la force qu'il avait dans les jambes, de sa ténacité. Et si Derek s'était trop enfoncé dans les bois, pourrait-il le rejoindre ? S'il était en danger, pourrait-il l'aider ?
Les traces de pas qu'il repérait ici et là l'aidaient à s'orienter. Avec le temps, il était devenu bon pour pister. Mais il fut tout à coup forcé de s'arrêter.
Devant lui, il y avait tant d'empreintes de loup que la boue avait été totalement piétinée, comme si les animaux s'y étaient roulés. Avaient-ils joué ?
Non. Le silence de la forêt lui faisait comprendre que ce qu'il s'était passé à cet endroit était grave. Il repéra alors des touffes de poils, ici et là. Certaines étaient noires, d'autres d'un gris si pâle qu'elles paraissaient blanches. Il ne s'agissait définitivement pas d'un jeu mais d'une bagarre.
Un grognement, dans son dos, fit remonter le long de sa colonne vertébrale un long frisson qui le secoua des pieds à la tête. Derek lui avait un jour expliqué que chaque loup avait sa propre signature vocale, que ce soit lorsqu'il hurle ou grogne, et Stiles avait fini par réussir à différencier la voix de Nushka de celle de son compagnon.
Mais il pouvait affirmer que celui qui grondait derrière lui n'était ni l'un ni l'autre. Il ne connaissait pas cet animal. Il se retourna le plus lentement possible, craignant de faire un geste trop brusque et découvrit un loup au pelage gris et aux yeux jaunes. Ses pattes étaient incroyablement fines. Malgré des poils qui s'étaient épaissis en prévision de l'hiver il put discerner ses côtes sur son corps amaigri. Sur son épaule, une large blessure avait répandu un sang foncé et épais. Lorsque leurs regards se rencontrèrent, le prédateur ouvrit plus largement la gueule et ses babines dévoilèrent des dents abîmées mais incroyablement longues et blanches, de même que des gencives d'un rouge terrifiant.
Instinctivement, Stiles recula d'un pas. Prenant peut-être ce mouvement comme une tentative de fuite, l'animal poussa un grondement plus sonore qui lui coupa le souffle et se jeta sur lui.
Le jeune homme eut à peine le temps de lever les bras pour se protéger avant qu'un large loup noir, sorti de nulle part, intercepte l'autre en plein bond. Tous les deux roulèrent dans la boue, pattes entremêlées, se mordant en poussant des grognements enragés.
Les yeux écarquillés de frayeur, le souffle coupé, Stiles finit par réaliser que celui qui l'avait sauvé n'était autre que son compagnon. Emporté par la surprise et la peur, il s'écria :
— Der… !
Mais s'arrêta juste à temps. Il savait que s'il prononçait son nom, Derek reprendrait forme humaine, ce qui revenait à le condamner à mort.
Sous ses yeux, les animaux ne cessaient de se mordre en grondant, jappant parfois de douleur. Ils roulèrent sur plusieurs mètres avant de se relever. Dressés sur leurs pattes arrière, ils tentaient réciproquement de se mordre le cou.
Le loup gris était en moins bonne force physique mais il s'agissait d'un animal sauvage habitué à se battre pour sa vie. Profitant que son adversaire avait tenté de lui mordre le museau alors qu'il retombait sur ses antérieurs, il attaqua par en-dessous. Sa mâchoire se referma sur la gorge offerte. Derek poussa un jappement de douleur aigu et sauta de façon incontrôlable pour tenter de le déloger mais cela lui fit perdre l'équilibre et il tomba sur le dos. Ses pattes se mirent à danser dans tous les sens tandis qu'il se débattait.
Choqué, Stiles fit la première chose qui lui passa par la tête : il saisit son arme de service, toujours à son holster de ceinture, prit à peine le temps de viser correctement et tira.
Le loup gris hurla de douleur, lâcha sa proie et commença à se contorsionner au sol, grattant sa tête de ses pattes, grognant et gémissant. La balle venait de lui emporter la moitié de l'oreille droite. Stiles pointa son pistolet vers le ciel et appuya trois fois sur la gâchette.
Le bruit de chacun des coups de feu éclata si fort que quelques oiseaux s'envolèrent du sommet des arbres. Effrayé, l'animal blessé s'enfuit en courant, si rapidement qu'il disparut en quelques secondes.
Immédiatement, Stiles tomba à genoux près de son amant, affolé, tremblant de tous ses membres, et laissa échapper :
— Merde, Derek…
Cela fut instantané. Le loup noir étendu dans la boue poussa un nouveau jappement aigu et tout son corps s'arcbouta. Ses pattes se raidirent et un violent tremblement le prit tout entier.
— Désolé ! s'écria-t-il immédiatement. Pardon, pardon !
Puis il ferma les yeux et serra fort les mâchoires en entendant les os de son compagnon craquer. Lorsqu'il les rouvrit, Derek lui rendit son regard. Il était affreusement pâle. Une dizaine de griffures lardaient son corps. Son cou était ouvert d'une terrible blessure qui laissait échapper un sang bien trop rouge. Immédiatement, il plaqua ses mains dessus pour faire pression et tenter d'amoindrir l'hémorragie.
— Aïe...
— Aïe ?! répliqua Stiles, terrorisé. Bordel, un loup vient de t'égorger et toi tout ce que tu trouves à dire, c'est « aïe » !
Derek siffla de douleur et grimaça. Son compagnon sentait sur ses mains la chaleur de son sang dont quelques fines lignes éclatantes passaient déjà entre ses doigts.
— Par pitié dis-moi que tout ça c'était une mise en scène, dit-il en sentant les larmes lui monter aux yeux. Que c'est du faux sang et que cette blessure c'est du maquillage !
— Calme-toi, grommela Derek entre ses dents serrées. Tu me fais mal.
— Pardon d'essayer de te sauver la vie !
— Il ne m'a pas égorgé, juste blessé. S'il m'avait ouvert la gorge, je serais déjà mort. Tu m'as déjà sauvé la vie.
Stiles le regarda dans les yeux, comprenant qu'il faisait référence au moment où il avait tiré sur le loup gris. Son arme était posée dans la boue, juste à côté de sa jambe, inoffensive. Lentement, il souleva ses doigts pour mieux voir l'état de son cou. Quatre trous percés profondément dans la peau parsemaient sa gorge. Il se pencha pour regarder de plus près.
— Tu as eu de la chance, dit-il en sentant le soulagement le rendre plus léger. C'est passé à même pas deux centimètres de ta carotide.
— Aide-moi à me relever.
Derek passa un bras sur ses épaules, les mâchoires terriblement serrées par la douleur, et laissa échapper un grognement lorsqu'ils se remirent debout. Stiles rangea son pistolet dans son holster. Ensemble, ils prirent la route vers leur maison. La forêt était à nouveau profondément silencieuse, les retenant en elle comme si elle désirait les garder du monde.
— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Stiles entre deux respirations. Je ne savais pas qu'il y avait d'autres loups ici.
— Il n'y en a pas, répondit son compagnon. Ça m'est déjà arrivé d'en voir quand je patrouille tout au nord de la réserve, mais jamais ici.
— Pourquoi il est là alors ?
Soudain, il sentit que Derek s'était mis à trembler. Il ne portait finalement que son manteau de fourrure et même si le froid n'était pas encore très agressif cette température était suffisante pour mettre le corps humain à l'épreuve. Ils hâtèrent le pas et sortirent du couvert des arbres après plusieurs minutes.
Lorsqu'il comprit qu'il le menait vers la voiture de patrouille garée à quelques mètres de la cabane, Derek le força à s'arrêter.
— Hors de question que je te soigne moi-même ! s'écria Stiles, devinant que son amant ne voulait pas qu'il l'emmène en ville. On va au dispensaire.
— Non. Si le médecin voit toutes ces traces de griffes et cette morsure il informera les chasseurs qu'un loup a attaqué et une battue sera autorisée.
Stiles soupira. Derek claquait des dents et les blessures à sa gorge saignaient encore, bien que moins abondamment. Il se retrouvait face au même problème que lors de la mort de Murphy plus d'un an plus tôt : Nushka serait en danger s'ils en parlaient à qui que ce soit. Il se résigna donc et prit la direction de la maison.
Une fois rentré, il installa le blessé sur le petit canapé de son bureau, jeta sur son corps meurtri un plaid épais puis retourna dans le salon prendre tout ce dont il aurait besoin pour le soigner.
— Tu veux que j'allume un feu ? lui demanda-t-il en revenant à ses côtés.
— Pas la peine, répondit Derek, le souffle court. Donne-moi une compresse.
— Du coton c'est pas mieux ?
— Discute pas et file une compresse.
Stiles obéit et lui donna ce qu'il voulait après avoir versé dessus un peu d'alcool. Immédiatement, son compagnon comprima la blessure qu'il avait au cou et siffla de douleur.
— Putain mais c'est quoi ce truc, ça brûle ! s'écria-t-il.
— Un reste de l'alcool distillé d'Ahtna je crois. Sérieusement, j'ai l'impression que certaines de ces griffures ont besoin d'être recousues ! Laisse-moi appeler le médecin… on le menacera de mort pour pas qu'il parle ! T'auras qu'à lui faire les gros yeux !
Derek le foudroya du regard, les dents si serrées que les muscles de sa mâchoire étaient visibles sous sa peau malgré la légère barbe noire qui la recouvrait.
— Voilà, ce regard-là, confirma Stiles. Crois-moi, ça pourrait marcher.
— Je vais m'en occuper moi-même, répliqua l'autre en se redressant légèrement.
— Si tu fais ça comme tu t'es occupé de ma blessure par balle on n'est pas sorti des ronces ! T'as vu la cicatrice que ça m'a fait ?
— Je l'aime bien ta cicatrice, moi.
— Ouais, c'est vrai que c'est viril, mais c'est pas la question.
— Va me chercher l'aiguille.
— Bon d'accord ! Tu m'énerves. Bois ça.
Il lui fourra la bouteille d'alcool dans les mains et retourna dans le salon où il prit le temps de retirer sa veste et de prendre quelques antibiotiques ainsi que des anti-inflammatoires. Sa peur lui avait donné des palpitations et un coup de chaud, il sentait qu'il avait transpiré sous ses vêtements. Il l'aida ensuite en désinfectant toutes ses blessures du mieux qu'il put puis en épongeant le sang lorsqu'il les referma lui-même. Ils restèrent silencieux ainsi de longues minutes, concentrés, avant que Derek ne finisse par lui demander, dès qu'il eut terminé de bander son cou :
— Tu l'as grièvement blessé ?
Stiles mit quelques secondes avant de comprendre qu'il lui parlait du loup gris.
— Non, répondit-il. Je crois que je lui ai juste arraché une oreille. J'ai tenté de viser pour ne pas le tuer… enfin, non, je n'ai pas visé, je ne crois pas. J'en sais rien. J'ai juste pas voulu tirer dans son corps. Je veux dire, le poitrail. Bref, t'as compris.
— Merci.
Un morceau de coton rougeâtre à la main, Stiles lui adressa un regard surpris, un sourcil arqué.
— Bah de rien… Je voudrais quand même être sûr de bien comprendre : tu me remercies de l'avoir épargné, c'est ça ?
— Je crois que Nushka est gestante.
— Hein ?!
Ils s'entreregardèrent quelques secondes avant que Derek se laisse tomber dans le canapé, épuisé. Une fine pellicule de sueur recouvrait son corps, certainement à cause de la douleur. Il frissonnait encore un peu parfois mais il avait déjà repris des couleurs.
— Tu veux dire que… elle est enceinte ?! lui demanda prudemment Stiles.
— J'en suis presque sûr.
Comme son compagnon ne répondait pas, Derek le regarda à nouveau. La suspicion dans son regard lui fit lever les yeux au ciel.
— Je n'y suis pour rien ! grommela-t-il, brusquement très fatigué.
— Excuse-moi de me poser la question ! Mais comme vous êtes les deux seuls loups… d'ailleurs, ce serait possible tu penses ? Après tout, tu es humain à la base.
— Je ne sais pas ce qui m'énerve le plus, le fait que tu ne comprennes pas ou le fait que tu réfléchisses sérieusement à l'idée que j'ai pu me reproduire avec elle.
Stiles prit le temps de réfléchir quelques secondes avant de comprendre enfin.
— Ah ! s'exclama-t-il.
— Ça y est, la lumière s'allume à tous les étages ? lui demanda Derek en fermant les yeux.
— Tu penses que ce serait ce loup gris le père ?
— Mmh…
— Je comprends mieux pourquoi tu m'as remercié de ne pas l'avoir tué alors.
Derek ne répondit pas, les paupières toujours closes. Stiles le fixa un instant avant de caresser sa barbe du bout de l'index.
— Merci, lui dit à nouveau son compagnon.
— Encore ? s'amusa-t-il avec un sourire. Je vais finir par croire que tu m'aimes, fais gaffe.
— Tu m'as sauvé la vie, Stiles.
— Ouais. Parfois, ça m'arrive à moi aussi d'être un héros. Et prends des médocs avant de t'endormir.
Docile, Derek avala les deux cachets sans rechigner. Stiles remplaça le plaid tâché de sang par les couvertures de leur chambre et ramassa le manteau de fourrure. Il réalisa que ses mains tremblaient maintenant que l'adrénaline refluait lentement. Il avait eu terriblement peur.
Il prit une grande inspiration, lente et profonde, puis soupira tout aussi lentement et partit dans l'entrée accrocher le vêtement à la patère. Là, il ne put s'empêcher de passer ses doigts tachés de sang dans les poils sombres, comme il lui arrivait souvent de le faire sans raison. Il constata alors qu'il n'y avait aucune déchirure, aucune trace visible du combat entre les deux loups.
Le manteau était parfaitement intact.
...
Derek souffrit pendant trois jours d'une légère fièvre mais se remit assez rapidement de ces blessures. Il reprit son travail après une semaine. Stiles ne put qu'admirer sa forte constitution. Certaines des griffures parmi les plus profondes étaient toujours bandées, de même que son cou, mais les autres s'étaient parfaitement refermées.
Évidemment, ils informèrent Jolan de la présence de ce nouveau loup, tout comme Laura afin qu'elle se tienne sur ses gardes et qu'aucun accident ne se produise avec ses chiens. Mais l'animal ne se montra pas une seule fois. Nushka, par contre, restait fidèle à elle-même. Elle se laissait entrapercevoir au loin, s'approchait parfois jusqu'à ce que Stiles aperçoive la couleur dorée de ses yeux avant de s'enfuir à toutes jambes comme si quelque chose l'avait piquée, présente et discrète comme une ombre toujours à la lisière de leur vision. Rien, dans son comportement ou son aspect, ne laissait à penser qu'elle cachait un secret.
D'après Derek, ce loup gris appartenait très probablement à une meute avant d'arriver jusqu'ici. Soit elle avait été attaquée et absorbée par une autre soit des chasseurs l'en avait séparé et poussé jusqu'ici. Cette option était la plus probable car l'état de maigreur de cet animal ne signifiait qu'une chose : il était trop occupé à fuir pour avoir le temps de se nourrir.
Il ne parvenait pas à croire que Nushka se soit laissée approcher par un autre loup que lui tant elle était farouche et craintive. Pour sa part, Jolan n'en fut pas surpris. Le fait que Derek se transforme à présent beaucoup moins l'avait confrontée à une vie plus solitaire, elle qui avait été habituée à recevoir de l'attention et à avoir un contact avec lui. Pour chasser cette solitude, elle avait accepté la présence de ce mâle, aussi mal en point soit-il.
Stiles ne percevait pas seulement de l'inquiétude dans le comportement de son compagnon, qui se renferma à nouveau quelque peu sur lui-même, mais aussi de la jalousie. L'histoire qu'il partageait avec cette louve était à la fois terrible et belle et ils étaient tous les deux très liés. La perdre, c'était perdre ce lien unique qu'il vivait avec une nature intacte et sauvage.
Puis, après que deux semaines se soient écoulées, il devint évident pour Derek que Nushka se préparait à nicher. Car elle s'était creusée une tanière. Et d'après les traces qui se trouvaient tout autour, elle n'était pas seule. Le loup gris vivait avec elle.
— Ça risque d'attirer les chasseurs de Noatak droit sur elle, déclara-t-il un soir en préparant le dîner. Elle s'est installée en plein sur une ligne de trappe et la saison de la chasse va bientôt commencer.
— Qu'est-ce qu'on peut faire ? lui demanda Stiles, occupé à nettoyer son arme de service.
— Il faut qu'elle comprenne qu'elle doit s'installer plus au nord. Au centre de la réserve. La forêt est plus dense et les chasseurs s'y aventurent rarement, c'est trop loin des villages.
— Et comment tu comptes faire ça ?
— Tant que je suis là, elle ne partira jamais d'elle-même. Quand je me transforme c'est encore vers moi qu'elle vient.
Stiles fronça les sourcils sans répondre. Depuis la bagarre, Derek s'était transformé plusieurs fois afin de continuer à approcher Nushka et habituer l'autre loup à sa présence. D'après ce qu'il lui racontait lorsqu'il revenait de ces expéditions, ce dernier défendait toujours son territoire sans l'attaquer toutefois, se contentant d'émettre des grognements d'avertissement.
Mais la louve, malgré le couple qu'elle formait désormais avec lui, n'avait pas changé ses habitudes. Elle venait toujours se frotter à Derek et jouer avec lui comme si de rien n'était.
De toute évidence, pour forcer Nushka à migrer, il allait devoir l'y mener lui-même. Ce qui signifiait qu'il serait à nouveau absent plusieurs jours, peut-être même plusieurs semaines. En pleine forêt. Avec un loup hostile et la saison de la chasse sur le point de débuter.
Ils en parlèrent avec Jolan, évidemment. Étant le grand-père de Nushka, il était après tout le premier concerné. Il approuva. Avec beaucoup de confiance et de facilité. Stiles fut très surpris de la sérénité qu'il lut dans le regard du vieil homme.
Deux jours après qu'ils eurent pris cette décision, ils étaient tous les trois dans le salon de la cabane, prêts à laisser partir Derek pour un temps indéfini. Jolan avait tenu à être là pour regarder le départ de sa petite-fille.
Stiles se tenait près de la porte, prêt à l'ouvrir pour laisser sortir son compagnon dès qu'il se serait transformé.
— Quitte-la uniquement lorsque les louveteaux seront nés, lui rappela Jolan comme dernière consigne. Si tu vois qu'elle te suit quand même, ramène-la auprès des petits. Tu devras t'éloigner d'elle progressivement, un peu plus loin chaque jour. Mais normalement elle ne devrait pas te suivre, elle restera avec eux.
— D'accord.
Une main sur la poignée de la porte, Stiles se mordit la lèvre. Il n'avait pas envie que son amant parte. Il avait peur.
Derek, depuis que ce voyage étrange avait été décidé, lui avait à peine parlé. Sombre, il semblait perdu dans ses pensées, tendu. Il s'inquiétait énormément pour Nushka, passait son temps à penser à elle quand il n'était pas dans les bois sous sa forme de loup à ses côtés. Stiles comprenait. Cela lui faisait mal au cœur, mais il comprenait. Comme il savait que c'était la seule solution pour mettre la future maman et ses petits en sécurité.
Il regarda son compagnon enfiler l'épais manteau de fourrure, le cœur gros. Quelques secondes s'écoulèrent dans le silence le plus total. Derek fronça les sourcils puis baissa les yeux sur son torse, visible entre les deux pans du vêtement. Que se passait-il ?
Il le retira, vérifia qu'il ne l'avait pas mis à l'envers, puis l'enfila à nouveau. Rien ne se produisit.
— Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda Stiles en lâchant la poignée de la porte.
— Je ne sais pas, répondit Derek. Ça ne marche pas !
Impossible de savoir s'il était énervé ou inquiet. Stiles ne l'avait jamais vu ainsi, n'avait jamais vu cette émotion sur son visage. Cette nervosité à fleur de peau ne lui ressemblait pas, lui qui savait très bien garder son calme et cacher ses sentiments.
Il s'approcha, les yeux rivés sur le manteau. Il n'avait pas l'air différent, pourtant.
Contre toute attente, Jolan sourit, gloussa puis flanqua une claque amicale sur l'épaule de Derek et lui demanda :
— Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?
— Dit quoi ? répliqua l'autre, un peu brusquement.
— Que tu ne voulais pas partir.
Surpris, Stiles posa sur son compagnon des yeux écarquillés. Ce dernier s'était figé, avec l'air d'avoir avalé une brique brûlante.
— Quoi ? Comment ça ? ne put-il s'empêcher de demander.
Évidemment, son amant ne répondit pas, se contentant de pincer les lèvres et d'adresser au vieux Shérif un regard assassin dont il avait le secret.
— Mais… c'est vrai ? questionna encore Stiles.
— Pour que la transformation s'effectue, la volonté du loup doit être la plus forte, expliqua calmement Jolan. Et vice-versa si tu veux reprendre forme humaine. Si ça ne marche pas… c'est que ton désir de rester humain est plus fort.
De colère, Derek retira le manteau et le jeta sur la table en jurant.
— Je ne veux pas laisser Stiles seul ! explosa-t-il.
Pour la première fois de sa vie, Stiles se retrouva sans voix, incapable de trouver ses mots. Il ne put que regarder l'homme qu'il aimait passer rageusement sa main dans ses cheveux noirs.
Alors, s'il était aussi taciturne ces derniers jours, ce n'était pas parce qu'il s'inquiétait pour Nushka ou pensait à elle, mais parce qu'il ne voulait pas le laisser derrière lui ? L'abandonner ?
L'une des plus grandes bouffées d'amour et de tendresse qu'il eut jamais ressentie le submergea des pieds à la tête et il se sentit brusquement très léger. Il avait l'impression de flotter. Peut-être que les petits papillons qui voletaient dans son ventre l'avaient fait décoller du sol sans qu'il s'en rende compte.
Lorsque Derek le regarda enfin, avec dans les yeux à la fois de l'agressivité, un peu de gêne et beaucoup d'inquiétude, il ne put s'empêcher de sourire un peu. Un coin de sa lèvre se leva, lui donnant cet air canaille qui lui allait si bien.
— Ne dis rien, le menaça son amant d'une voix grondante.
Stiles obéit, bien conscient que, dans un tel état de nerf, il ne soit pas très réceptif aux taquineries.
— Bon, que fait-on ? demanda Jolan, pragmatique. Tu peux évidemment tenter de la faire bouger en gardant forme humaine mais je doute que ça fonctionne.
Un nouveau silence s'installa. Le cerveau de Stiles tournait à plein régime à présent. Il était tellement… simplement heureux qu'il avait le sentiment que tout était possible. Il avait terriblement envie de se jeter dans les bras de Derek. Puis, tout à coup, comme chaque fois qu'il avait de bonnes idées, il sut ce qu'ils devaient faire.
— Et si je venais avec toi ? proposa-t-il gaiement.
Les deux autres hommes tournèrent vers lui des regards quelque peu identiques, partagés entre l'agacement et la surprise.
— Ça peut effectivement être une solution, acquiesça Jolan.
— Non, répondit simplement Derek.
— Mais ! tenta Stiles, vexé.
— Tu ne te rends pas compte de ce que c'est que de rester des semaines en pleine forêt.
— Bah, j'aurai mon gros loup pour tout m'apprendre.
Si les yeux de Derek avaient pu cracher des flammes, Stiles serait en cet instant un petit tas de cendres fumantes sur le sol.
— Je vous laisse en discuter, déclara le vieil homme, amusé, en prenant la direction de la porte d'entrée. Tu peux réessayer une transformation demain matin si tu veux, ou même cet après-midi si tu préfères, mais à mon avis ça ne marchera pas davantage.
Il sortit en leur adressant un simple signe de la main, le dos voûté. Le silence s'installa, un peu gêné, mais Stiles, toujours sur un petit nuage, n'en ressentit absolument pas la présence.
— T'as de la chance quand même, déclara-t-il tout à coup.
Son compagnon le regarda, les nerfs toujours à fleur de peau. Il avait l'air sur le point d'exploser.
— Comment ça ? demanda-t-il durement.
— J'aurais pu penser que si tu ne veux pas me laisser seul, c'est parce que t'as peur que je ne sache pas me débrouiller sans toi en plein hiver, mais j'ai choisi de croire que c'est parce que tu m'aimes.
— T'as déjà oublié que pendant ton premier hiver ici t'as failli mourir parce que t'étais sorti en pleine tempête de neige au beau milieu de la nuit ?
— J'avais des circonstances atténuantes.
Derek prit une grande inspiration et leva le visage au plafond en fermant très fort les yeux. Il retint l'air dans ses poumons quelques secondes avant de soupirer. Souriant, Stiles s'approcha. Quand son compagnon baissa la tête, il leva les bras pour les poser sur ses fortes épaules et plongea ses doigts dans la masse noire de ses cheveux, qui lui parurent alors plus doux que de coutume.
— Et dire que j'ai cru que si tu faisais la gueule comme ça depuis quelques jours, c'était parce que tu t'inquiétais pour Nushka.
— Je m'inquiète pour elle, avoua Derek d'une voix plus douce. Mais pas au point de…
Il hésita, sans doute un peu gêné. Stiles se fit un plaisir de terminer sa phrase :
— Pas au point de me laisser derrière toi.
Ils s'embrassèrent avec un peu d'empressement. Ils ne s'étaient plus touchés depuis des jours, depuis que Derek avait commencé à broyer du noir.
— On devrait vraiment se parler plus souvent, souffla Stiles contre ses lèvres.
— On est nuls à ça, répondit son compagnon en le tirant dans la chambre.
Ils se déshabillèrent, l'un reculant l'autre avançant, puis s'installèrent sur le lit. Allongé sur le dos, Stiles avait déjà la tête brûlante et le cœur affolé. Il sentait la chaleur de son amant sur son corps, ses lèvres charnues contre son cou. Sur ses hanches, ses mains dures à la peau rêche lui arrachèrent des frissons qui le secouèrent comme une vague électrique des pieds à la tête, électrisant chaque molécule de son corps, chaque parcelle de sa peau. Il sentit, avec une acuité euphorisante, tous ses poils se dresser et gémit sans le contrôler.
Il ouvrit ses jambes pour forcer Derek à venir plus près de lui. Celui-ci avait quitté son cou pour passer ses lèvres et sa langue sur sa clavicule jusqu'à finalement atteindre son torse. Sur une pulsion, Stiles attrapa son visage entre ses mains fébriles pour le forcer à remonter vers lui et ils s'embrassèrent à nouveau, plus férocement.
— Laisse-moi venir avec toi, lui chuchota-t-il à l'oreille après quelques minutes.
— Tu crois vraiment que c'est le moment de parler de ça ? gronda Derek en se redressant, appuyé sur ses coudes, pour le regarder.
— C'est vrai que j'aurais pu attendre qu'on ait fini parce que tu es toujours plus docile après l'orgasme mais je ne veux pas te manipuler comme ça ! Tu as vu comme je te respecte ?
— Mouais. Là j'ai l'impression que si je dis non, tu fais la gueule, tu te barres de la chambre et me plante tout seul comme un con. C'est pas de la manipulation ça peut-être ?
Stiles arbora à nouveau ce sourire en coin agaçant qui faisait son charme et passa ses mains chaudes et légères dans le dos de son amant. Il sentait chacun de ses muscles rouler sous sa peau.
— Bon, d'accord, acquiesça finalement Derek, vaincu. Mais faudra faire tout ce que je te dis sans discuter !
— Oui chef ! Tu me connais, je sais me montrer très obéissant.
— Ferme-la maintenant.
Ils s'embrassèrent à nouveau et firent l'amour avec un peu d'empressement, comme chaque fois qu'ils faisaient ça en pleine journée – il faut dire aussi que Laura avait toujours la fâcheuse habitude de s'inviter chez eux sans s'annoncer. Stiles se montra plus tendre que d'habitude.
Il était heureux. Derek ne lui avait jamais dit clairement qu'il l'aimait. Pas de « je t'aime » en confidence au creux de l'oreiller. Il lui faisait toujours comprendre autrement, par de simples gestes ou la façon qu'il avait, parfois, de le regarder en pensant que Stiles ne le voyait pas.
Ce qu'il venait de se passer avec le manteau au milieu du salon de leur petit cocon, c'était la plus belle preuve d'amour qu'il lui ait jamais offerte.
Près d'une heure plus tard, repu, lavé et à nouveau chaudement habillé, il envoya ce message à son meilleur ami :
« Hey mec, Derek m'aime ! »
Ce à quoi Scott répondit instantanément :
« Combien de fois je t'ai dit d'arrêter de boire cet alcool qu'Ahtna vous offre ! Je suis sûr que si tu fous le feu à une bouteille, c'est toute l'Alaska qui saute. »
Joyeux Noël en avance tout le monde !
Oui, je sais, j'avais dit que cette fic était irrémédiablement finie quand j'y ai mis le point final il y a trois ans (et plus :P) mais cette histoire a surgi dans ma tête et j'ai senti qu'il fallait que je la raconte. Après tout, l'histoire de Nushka était comme en suspens (enfin, j'avais cette impression) comparé à celle de Stiles et Derek. Pareil pour Laura.
Rassurez-vous, ce n'est pas terminé ! Je vous publie la seconde partie dans 5 jours :D
Avec, en plus, une petite MÉGA! surprise :P
Initialement, c'était prévu pour être un OS mais c'est parti en couille je crois O.O Genre, ce truc pèse quand même 30 pages et plus de 12000 mots quand même !
J'espère que vous êtes tous heureux de retrouver ces deux idiots et Laura la Foldingue :D
Des bisous tout le monde, et à dans 5 jours pour la suite ! (et la surprise...)
