Chapitre 5

Cornelius Fudge était satisfait. Plus que satisfait, même. Dans quelques instants, il aurait la confirmation qui ferait de lui le premier sorcier d'Angleterre.

Ministre de la Magie… Il y avait quelques mois, encore, il n'osait qu'à peine en rêver. Une perspective d'avenir, alléchante, certes, mais encore bien lointaine… Lucius Malefoy avait été merveilleux. Il avait mobilisé la bonne société des Sangs-Purs pour appuyer sa candidature. Cela et l'échec des Aurors à retrouver la trace des dangereux frères Black avaient contribué à le pousser sur le devant de la scène. D'après ses nouveaux amis, le résultat de ces élections anticipées ne serait pas une surprise : il allait désormais occuper le bureau de Millicent Bagnold.

Il jeta un coup d'œil au miroir. Il voulait paraître le plus à son avantage, au moment fatidique !

Son regard croisa celui de sa fille. La jeune femme était assise derrière lui, muette.

Il avait été plus que soulagé de voir cette sordide histoire terminée et Isabelle relâchée. Comme si sa fille pouvait se compromettre délibérément avec des monstres tels que les frères Black… ! Lucius avait été brillant, une fois encore.

« Tu fais une véritable tête d'enterrement, ma chérie, lui lança-t-il, ennuyé de la voir si grave.
- Parce que c'est un peu ce que c'est : un enterrement ! La fin d'une époque, où le gouvernement n'était pas à la botte des grandes familles d'Angleterre ! répliqua-t-elle, acerbe.
- Mmmppfff… »

Il n'aimait pas l'état d'esprit de sa fille. Il aurait aimé qu'elle se réjouisse avec lui, au lieu de le regarder avec cette désagréable suspicion ! Et que lui reprochait-elle, au juste ?! D'avoir contribué à mettre dehors les gens qui l'avaient agressée elle ? Qui l'avaient injustement inculpée et traînée devant un tribunal ?!

« Il était grand temps que Millicent raccroche ! protesta-t-il.
- Pour mettre Lucius Malefoy à la place… ?! fit Isabelle d'un ton dédaigneux.
- Ce n'est pas lui, qui va être élu ! s'exclama-t-il, outré.
- Ah, vraiment… ? »

Fudge se mordit les lèvres. Il devait se calmer. Il était hors de question qu'il se montre perturbé devant les journalistes.

« Franchement, Isabelle… Je ne comprends pas ton animosité à l'égard de Lucius Malefoy… Il t'a parfaitement défendue, durant ce stupide procès… !
- C'est un parvenu. Tout ce qu'il fait, il le fait pour lui. Et il est dangereux, papa. »

Elle se tut, alors que quelques coups secs étaient frappés à la porte du bureau qu'ils occupaient.

« Entrez ! » lâcha aussitôt Fudge, soulagé de l'interruption.

Il détestait ce qu'insinuait Isabelle. Il ne voulait même pas s'appesantir dessus davantage.

Malefoy, justement, fit irruption dans la pièce. Fudge vit le visage de sa fille se couvrir d'un masque de froideur et d'impassibilité qui ne lui seyait pas.

« Etes-vous prêt, Cornelius ? lui demanda Malefoy. Les résultats vont être annoncés dans quelques minutes…
- Oui, je suis prêt, Lucius.
- Nerveux ?
- Un peu…
- Ne vous inquiétez pas, tout se passera bien. Je vous assure qu'il n'y aura pas de surprises. Dans quelques minutes, vous serez officiellement notre nouveau Ministre de la Magie ! »

Fudge hocha la tête, désagréablement conscient du regard noir que sa fille posait sur lui.

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« Voilà, c'est fait… » soupira Millicent Bagnold avec un soupir. Elle aurait dû se sentir écrasée par un sentiment d'échec, elle ne ressentait curieusement qu'un soulagement diffus.

« C'était à prévoir, dit posément Abus Dumbledore, posté près de la fenêtre.
- Nous nous sommes pourtant bien défendu », murmura Scrimgeour.

Millicent adressa un sourire las à son chef des Aurors. Le pauvre homme semblait défait. Bien plus qu'elle-même. Evidemment, il perdrait aussi son poste, mais ce n'était sûrement pas ce qui le peinait le plus. La perspective de voir Malefoy placer ses pions aux postes de haute responsabilité lui glaçait les sangs.

« Tous les Mangemorts n'ont malheureusement pas été arrêtés, ajouta Dumbledore. La guerre leur a été défavorable, mais ils ont trouvé une autre manière de s'imposer, en définitive.
- Et cette fois-ci, leur couper l'herbe sous le pied ne sera pas aussi évident. Une majorité écrasante de sorciers a voté pour Fudge, gronda Scrimgeour, morose.
- Oui. Et j'ai bien peur que la prise de conscience finale ne survienne trop tard… »

Millicent ne releva pas, mais elle savait que les inquiétudes de Dumbledore étaient plus que fondées.

« Et maintenant ? demanda le chef des Aurors. Qu'allons-nous faire ?
- Je vais prendre des vacances bien méritées ! lâcha Millicent. Et laisser le Ministère s'enliser dans les intrigues…
- Millicent… » la réprimanda Dumbledore, sans se départir de son sourire bienveillant.

Elle haussa les épaules. Ses airs paternalistes avaient le don de l'agacer. Elle n'était plus une enfant depuis très longtemps.

« Même si Malefoy nomme l'un de ses sous-fifres en tant que chef des Aurors, reprit Scrimgeour, une partie de mes hommes nous restera fidèle.
- Vous en êtes sûr, Scrimgeour ? demanda Dumbledore.
- Ils savent ce que vaut Malefoy. Pour la plupart, tout du moins.
- Oui. Mais Malefoy est suffisamment malin pour ne pas se montrer, souligna Millicent. Il utilisera son pantin pour faire passer ses décisions. Et malheureusement, Fudge a une bonne cote d'amour, auprès du public.
- Pour le moment. »

Dumbledore retourna à la fenêtre, les mains croisées dans le dos. Millicent rectifia la pile des parchemins qu'elle comptait emporter avec elle, alors qu'elle quitterait définitivement son bureau de Ministre de la Magie.

Elle avait tellement donné, à ce poste… Et maintenant, on la renvoyait sans même un mot de remerciement. Les Sorciers qui portaient Fudge aux nues avaient-ils la moindre idée des sacrifices qu'elle avait dû faire, pour empêcher le monde de s'écrouler autour d'eux, sous les attaques des Mangemorts ?

Elle soupira, et une boule amère se forma au fond de sa gorge. Tant de travail, tant d'acharnement à œuvrer pour le bien commun, et pour quoi, en définitive ? Pour laisser son fauteuil à la marionnette de Malefoy.

« Ne vous en faites pas, Millicent, lui dit Dumbledore. Nous continuerons à lutter, comme nous l'avons toujours fait. »

Toujours ce ton paternaliste… Un moment, elle fut tentée de le tancer vertement. Ne pouvait-il pas la laisser à son amertume ?

Elle réalisa qu'elle encaissait finalement le coup. Il ne restait plus rien du calme lénifiant qui l'avait envahi, à l'annonce de la victoire de Fudge. Maintenant, elle bouillait sur place de crier à l'injustice.

« J'ai quelques hommes particulièrement dévoués, renchérit Scrimgeour. Ils enquêteront discrètement sur les agissements de Malefoy. S'ils trouvent quoi que ce soit de compromettant, ils me le feront savoir aussitôt.
- Et j'ai alerté les membres de l'Ordre du Phénix, ajouta Dumbledore.
- Oui, puisque vous prenez tout en main, autant que je parte en vacances, c'est bien ce que je disais ! » s'exclama Millicent, exaspérée.

Elle se laissa tomber dans son fauteuil. Dans le fauteuil de Fudge.

Les deux hommes échangèrent un regard compatissant qui ne fit qu'attiser sa colère.

« J'ai bataillé contre Vous-Savez-Qui et ses partisans ! J'ai refusé de leur livrer le Ministère, alors même que ma vie était menacée ! Et pour quoi, au bout du compte… ?! explosa-t-elle. Pour abandonner mon poste à ce flagorneur de Fudge ! Ce parvenu sans intelligence incapable de voir qu'il est mené par le bout du nez ! »

Sa voix s'étrangla. Elle respira profondément pour se reprendre.

« Je vais partir en vacances. Je l'ai bien mérité. »

Cette fois-ci, Dumbledore eut le bon goût de se taire.

Elle prit ses parchemins et les rangea dans son sac. Elle avait hâte d'en finir, maintenant. Elle voulait tourner la page.

« Les journalistes vont attendre une réaction de votre part, Millicent, souligna Dumbledore.
- Je sais. Et je vais leur exprimer ma façon de penser de manière tout à fait claire. »

Scrimgeour l'approuva d'un signe de tête.

« Voilà, je suis prête ! dit-elle, une fois ses derniers effets personnels dans son sac.
- Alors, allons-y. »

Millicent Bagnold balaya le bureau d'un dernier regard, avant de tourner les talons. Il était temps qu'elle affronte les journalistes. Après, seulement, trouverait-elle peut-être un semblant de paix.

XXXXXXX

La masse des journalistes qui campaient dans le hall du ministère était impressionnante. La plupart étaient concentrés autour de Fudge, qui paradait devant la fontaine, son gros ventre en avant, et un moment, Dumbledore crut bien que l'arrivée de Millicent passerait inaperçue.

Pourtant, le trio n'avait pas fait un pas hors des ascenseurs que les journalistes convergeaient déjà vers eux. Scrimgeour dut même les écarter d'une main ferme pour permettre à Millicent de prendre pied dans le hall. « Ecartez-vous, Mrs Bagnold répondra à vos questions, mais laissez-lui un peu d'espace ! »

Plus que jamais, l'Auror ressemblait à un lion féroce. Suffisamment, en tous cas, pour faire reculer les curieux les plus hardis. Dumbledore resta deux pas en arrière.

Il écouta Millicent répondre à ces charognards avec toute la dignité d'une grande dame. Le monde des sorciers lui avait tourner le dos, mais pas pour le meilleur, songea le vieux sorcier avec amertume.

Il jeta un regard vers Fudge, à l'autre bout du hall, déjà cerné d'une foule de flatteurs désireux de prendre leur place au Ministère. Il ne vit Malefoy nulle part. Malin. Il désamorcerait les attaques de Millicent par sa seule absence.

« Méfiez-vous donc des belles paroles creuses ! déclarait Millicent, déterminée. La guerre n'est pas complètement derrière nous, tous les Mangemorts n'ont pas été arrêtés…
- Oui, les frères Black courent la campagne par votre faute ! » lança un journaliste, sarcastique.

Bagnold l'ignora, poursuivant sa diatribe contre les hypocrites et les parvenus, prompts à promettre monts et merveilles pour leur propre bénéfice.

« Et qu'avez-vous à répondre, à ceux qui fustigent votre absence de projet concret pour notre société ? coupa un autre journaliste, agressif. Avez-vous quelque chose à répondre à ceux qui vous accusent d'avoir vivoté sur vos acquis ? D'avoir profité des réussites des Aurors pour assurer votre propre siège au Ministère ?
- Les réussites des Aurors sont autant dues aux qualités de Mrs Bagnold qu'à leur efficacité ! coupa Scrimgeour, écarlate. Combien de dirigeants auraient osé prendre des décisions aussi audacieuses que les siennes, alors que le Ministère était attaqué de toutes parts par les partisans de Vous-Savez-Qui ?! »

Le débat dégénérait. Cela n'étonnait pas Dumbledore. Fudge avait été porté au pouvoir par l'opinion publique. Et celle-ci avait été plus ou moins manipulée par les avis partiaux des journalistes. Le combat était perdu. Pour le moment, du moins.

Alors que les journalistes se pressaient un peu plus autour de la pauvre Millicent, Dumbledore remarqua une jeune femme qui restait un peu en retrait. Elle posait sur lui un regard insistant. Comme si elle tentait, par ce seul moyen, d'attirer son attention particulière. Il fronça les sourcils. Elle avait réussi à l'intriguer.

Mais une interpellation un peu trop virulente d'un journaliste ramena son attention sur Millicent. Il la saisit par le coude, gentiment mais fermement. Il n'allait certainement pas laisser les journalistes se gausser d'une femme d'une telle qualité.

« Millicent ? dit-il, se penchant à l'oreille de l'ex-Premier Ministre. Il serait temps d'écourter l'interview. »

Celle-ci hésita un bref instant avant de céder. Le désarroi qu'il vit dans ses yeux, alors qu'elle se détournait des journalistes, était poignant.

« Scrimgeour, vous voulez bien escorter Mrs Bagnold ? »

Il laissa l'Auror entraîner l'ex-Premier Ministre, tandis que lui-même forçait les journalistes à reculer. Il y eut bien des récriminations, mais personne n'osa s'imposer face au vieux sorcier. Quelques instants plus tard, la foule se dispersait, et les journalistes reportaient leur attention sur le vainqueur du jour, Cornelius Fudge.

Dumbledore allait tourner les talons, lorsqu'il remarqua que la jeune femme qu'il avait remarquée n'avait pas bougé. Elle le fixait toujours, avec insistance. Lorsqu'elle vit qu'elle était parvenue à capter son attention, elle le rejoignit d'un pas assuré et brandit sa main tendue sous son nez.

« Rita Skeeter, journaliste, dit-elle. M'accorderez-vous une interview, Professeur Dumbledore ? En privé… »

Dumbledore hésita. Mais la jeune femme appuya sa démarche d'un regard éloquent. Une interview ? Il était sûr qu'il s'agissait de bien plus que cela.

« D'accord. »

XXXXXXX

Isabelle avait quitté la salle de réception le plus tôt possible sans que cela soit inconvenant. Et elle avait décliné l'offre de son père de la faire raccompagner jusque chez elle. Non, elle préférait marcher. Elle ne demeurait pas bien loin du Ministère, où une flopée de sorciers ambitieux courtisaient encore son père.

Cette mascarade la dégoûtait.
Elle avait très vite repéré les hommes qui la suivaient, sans pouvoir dire s'il s'agissait de Mangemorts ou d'Auror. Mais elle ne se sentait pas en danger. Ils voulaient Regulus, pas elle.

Elle entra dans l'immeuble moldu qu'elle habitait et gravit les escaliers quatre à quatre.

Allait-elle être suivie jusqu'à sa porte ?

Elle jeta un coup d'œil sur la cage d'escalier derrière elle, tout en introduisant sa clé dans la serrure. Elle lui parut désagréablement sombre, vaguement menaçante, et elle frissonna malgré elle.

Elle tourna la poignée et recula subitement, surprise, lorsque celle-ci lui glissa des mains. La porte s'ouvrait toute seule.

Effrayée, elle regarda autour d'elle, les yeux écarquillés et retenant son souffle. Sa main s'était enfoncée sous son manteau, à la rencontre de sa baguette. Juste au cas où.

Mais il n'y avait rien. Le couloir était parfaitement désert.

Mon imagination me joue des tours… songea-t-elle.

Elle était sur les nerfs depuis trop longtemps. Même lorsqu'elle avait finalement été autorisée à quitter les locaux des Aurors au Ministère, rendue à la liberté par le jugement du Magenmagot, elle n'était pas parvenue à se détendre. Trop de choses étaient en jeu.

Elle entra finalement dans son appartement et referma soigneusement la porte derrière elle. Après un court instant d'hésitation, elle lui jeta un sort anti-intrusion, consciente, cependant, que cela n'empêcherait certainement pas les Mangemorts ou les Aurors de forcer sa porte s'ils le désiraient.

Elle se débarrassa de son manteau et l'accrocha à la patère près de la porte. Lorsqu'elle se tourna pour se rendre à la cuisine, elle se figea sur place, stupéfaite, et laissa échapper un cri de frayeur.

Un homme était là, devant elle, la dominant de sa haute taille. Un battement de cœur désordonné plus tard, elle reconnaissait Regulus Black. Elle poussa un soupir de soulagement, les mains plaquées contre sa bouche.

« Regulus…
- Je suis désolé, Isabelle, murmura le jeune homme. Je ne voulais pas vous effrayer.
- Comment… ?
- Je suis navré de tout ce que vous avez dû subir par ma faute…»

Ce qu'elle avait vécu… Son arrestation, les heures passées enfermée dans sa cellule au Ministère… Les questions sans réponse, l'angoisse permanente, et la colère. Oui, la colère. Elle se souvint d'avoir haï Regulus, alors que l'inspecteur McPherson la pressait de questions auxquelles elle ne pouvait pas répondre. Elle lui en avait voulu, vraiment.

« Je ne voulais pas vous mêler à tout cela », ajouta Regulus d'une voix chargée d'émotion.

Elle leva les yeux sur lui, saisie de sentiments contradictoires. Mais le regard qu'il posait sur elle désarma complètement sa colère. Il semblait si profondément malheureux… Et épuisé, également, nota-t-elle.

Elle ne supportait pas de le voir ainsi. Elle tendit la main pour la poser sur son bras. A peine ses doigts l'eurent-ils effleuré qu'elle se sentit attirée contre lui. Il la serra contre sa poitrine, et elle éprouva un réconfort indicible, dans cette étreinte. Elle avait vécu des moments difficiles, certes… Mais elle ne regretterait pas ce qu'elle avait fait. Regulus était sain et sauf, et c'était tout ce qui importait.

« Mais ils vous ont libérée, finalement… murmura celui-ci. Je voulais aller au Ministère pour vous retrouver, et vous emmenez. Mais ils m'ont dit que cela ne ferait que vous portez préjudice. Que c'était trop dangereux pour vous…
- Qui, « ils » ? demanda Isabelle.
- Sirius, et… »

Il se tut. Le cœur d'Isabelle se serra. Encore des secrets… Apparemment, il n'avait pas suffisamment confiance en elle pour lui parler ouvertement.

« Est-ce que Harry Potter est avec vous… ? demanda-t-elle.
- Pourquoi ?
- Regulus… »

Elle se mordit les lèvres, hésitante. Mais mieux valait jouer franc jeu avec lui. N'était-elle pas de son côté ? Elle se dégagea doucement de son étreinte pour le regarder droit dans les yeux.

« Mon procès a été… arrangé. Pour que Malefoy l'emporte et me fasse libérer. »

Regulus fronça les sourcils, mais garda le silence.

« Scrimgeour veut que je vous parle.
- Il veut vous utiliser pour arriver jusqu'à moi, corrigea Regulus, sombrement.
- Ils sont tous très inquiet, à propos de Harry.
- Il est en sécurité. Les Mangemorts ont cherché à le capturer, Isabelle… Nous ne l'avons enlevé que pour le mettre à l'abri.
- Scrimgeour… Scrimgeour se pose des questions. De bonnes questions. Il serait prêt à vous écouter. Il a fait rouvrir le dossier de votre frère, il n'est plus si certain de sa culpabilité… Il suffirait d'un geste de votre part, pour le disposer un peu plus en votre faveur…
- Un geste ? Quel geste ? Lui livrer Harry ? C'est ce qu'il attend ?
- Le professeur Dumbledore est prêt à le prendre avec lui à Poudlard… Honnêtement, Regulus, ne serait-il pas plus en sécurité là-bas qu'avec vous ? Vous êtes poursuivi par les Aurors, et très certainement par les Mangemorts…
- Sirius veut garder son filleul près de lui.
- C'est ridicule ! »

Il y eut un silence. Regulus était plongé dans ses réflexions. Peut-être Isabelle allait-elle réussir à lui faire entendre raison… ?

« Nous avons songé à confier Harry à Dumbledore… avoua le jeune homme. Mais nous ne savons pas comment le faire en toute sécurité.
- Scrimgeour accepterait de prendre Harry en charge.
- Il pourrait prendre ce prétexte pour nous tendre un piège.
- Je ne crois pas. Il est honnête, Regulus.
- Honnête… Lui, peut-être… Mais il risque fort de ne plus être le chef des Aurors, non ? Et qui Malefoy nommera-t-il à la place ?
- Mon père est Ministre de la Magie, pas Malefoy, fit remarquer Isabelle, sèchement. Peut-être qu'il ne sera pas aussi facilement manipulable que vous le pensez tous ! »

Elle le défiait du regard. Tout en étant consciente que l'argument était tangent. Elle avait beau vouloir de tout son cœur son père s'affranchir de Malefoy, elle le connaissait bien. Il ne prendrait certainement pas le risque de se mettre un homme de cette envergure à dos. Il aurait trop à perdre, et pas seulement en terme de carrière.

« Je veillerai à ce qu'il ne fasse pas trop de sottises… ajouta-t-elle, plus doucement.
- Ne vous mettez pas Malefoy à dos, Isabelle, prévint Regulus, l'air ennuyé.
- Je sais. Il est dangereux. Il veut m'utiliser pour vous retrouver, lui-aussi… Vous… Vous prenez des risques, en venant ici, vous ne le devinez pas ? C'est vous, qu'ils veulent… »

Elle tendit la main et la posa sur son bras. Toute à sa joie de le revoir, elle n'avait pas encore mesuré le danger qu'il courrait, en restant ainsi, près d'elle.

« Je suis surveillée, ajouta-t-elle. Par des Aurors, ou des Mangemorts, peut-être les deux… Vous devriez partir…
- Ne vous en faites pas, ils ne me verront pas… »

Il lui adressa un sourire.

« C'est exactement ce que disait Scrimgeour… Regulus prendra contact avec vous, et soyez assurée qu'il arrivera à déjouer toutes les surveillances, il ne se laissera pas avoir si facilement… Comment avez-vous fait ? »

Regulus posa un doigt sur ses lèvres. Très bien, il ne lui révèlerait pas ses secrets. Sans doute était-ce mieux, d'ailleurs.

« Pourquoi êtes-vous venu… ? demanda-t-elle encore.
- Pour vous voir… Et vous dire que j'étais navré de ce que vous avez eu à subir à cause de nous… Pour vous dire que je ne laisserai personne vous faire du mal… »

Il hocha la tête, son regard sur elle plus intense. Elle sentit son cœur s'accélérer. Elle fut contre sa poitrine bras sans même savoir si c'était sur sa propre initiative ou sur celle du jeune homme. Sans doute un peu des deux. Tout ce qui comptait maintenant, c'était de sentir ses bras autour d'elle.

« C'est vous, qui êtes le plus en danger, Regulus… murmura-t-elle.
- Oui. Et… »

Il hésitait, comme si ce qu'il avait à dire était trop difficile pour lui. Elle se pressa un peu plus contre lui, en forme d'encouragement. Elle était prête à tout entendre. Après une profonde inspiration, il se lança.

« Nous avons encore besoin de votre aide, Isabelle… »