Chapitre 6

Dumbledore scrutait le visage de la jeune femme assise en face de lui avec une attention particulière. Celle-ci lui renvoyait son regard sans aménité. Le vieux sorcier sentait une dureté, chez elle, et une curiosité particulièrement aiguë. Le rôle de journaliste lui allait comme un gant.

« Une interview, donc… Miss ?
- Skeeter. Rita Skeeter. Pouvons-nous parler sans crainte d'être dérangés ? »

En quittant le Ministère, ils s'étaient rendus directement devant la grille de Poudlard. La jeune femme semblait avoir noté la présence des Aurors devant la grille, bien qu'elle n'en ait pas touché le moindre mot. Ils avaient traversé le parc rapidement, et Dumbledore l'avait conduite jusqu'à son bureau.

Maintenant, ils se faisaient face, se jaugeant l'un l'autre.

« Vous pouvez parler en parfaite tranquillité, Miss Skeeter, assura Dumbledore.
- Je viens de la part des frères Black. »

C'était une entrée en matière intéressante. Mais il en fallait plus, pour ébranler Albus.

« Les frères Black vous ont envoyée à moi… C'est ce que vous me dites…
- Oui, répondit Rita, un peu ébranlée devant son manque de réaction.
- Et ?
- Ils veulent alerter l'Ordre du Phénix de la menace qui plane sur nous tous. »

Albus servit deux tasses de la théière fumante posée sur son bureau par les Elfes diligents de Poudlard.

« Du sucre ? Du lait ? Un filet de citron ?
- Professeur Dumbledore ! coupa Rita, s'empourprant. Je vous parle des frères Black, d'une menace, et vous… !
- Je vous propose du thé, termina Albus. Il ne faut pas oublier les bonnes manières, Miss.
- Certes, mais…
- Vous comprendrez que je ne peux pas me mettre à paniquer uniquement sur votre assertion que les choses sont amenée à aller de mal en pis ! Les journalistes… ! »

Il leva les yeux au ciel. Si la jeune femme n'était là que sur un coup de bluff, elle se dégonflerait vite. Albus n'était pas disposé à la croire sur parole. Pas tant qu'elle perdrait son temps dans des effets dramatiques dignes d'un mauvais canard !

« Du sucre ? insista-t-il.
- Un seul. Et pas de lait. Et non, pas de gâteaux non plus, ajouta-t-elle, repoussant d'un geste l'assiette qu'il poussait vers elle. Je suis sérieuse, Professeur ! Nous avons toutes les raisons de penser que… Vous-Savez-Qui… Vous-Savez-Qui est de retour… »

Dumbledore posa sa tasse devant lui et croisa les doigts devant son visage. C'était une entrée en matière un peu plus directe. Mais surprenante, également.

« Qu'est-ce qui vous fait croire une chose pareille ?
- Une chose qu'a dite Narcissa Malefoy. »

Dumbledore fronça les sourcils. La jeune femme était d'un sérieux mortel. D'un seul coup, Dumbledore se sentit beaucoup plus disposé à prêter une oreille attentive à son histoire.

« Racontez-moi tout, Miss Skeeter. »

La journaliste s'exécuta. A sa demande, elle reprit l'histoire depuis le début. Elle raconta comment elle était entrée en contact avec Sirius et Regulus, sans s'étendre sur la façon dont elle s'était retrouvée Place Grimmaurd, cependant. Mais il y avait tant à dire que Dumbledore laissa passer le détail. Elle lui répéta ce qu'elle avait entendu des Horcruxes, sur le médaillon, lui raconta comment Sirius était allé à la recherche de la coupe de Poufsouffle, et la visite de Narcissa.

Lorsqu'elle eut fini son récit, Dumbledore était à la fois atterré et profondément ennuyé.

Des horcruxes. L'idée l'avait effleurée. Mais qu'elle se trouve validée de façon aussi brutale… !

« Vous dites que Regulus possède un horcruxe…
- Le médaillon. Il est caché quelque part, place Grimmaurd.
- Voldemort sait-il qu'il s'en est emparé ?
- Nous ne le savons pas, au juste…
- Et Regulus et Sirius cherchent à le détruire…
- Oui. Mais ils ne savent pas comment. Severus Rogue a cherché dans la bibliothèque des Black…
- Il ne trouvera pas. Les horcruxes… »

La noirceur de Jedusor dépassait tout ce que Dumbledore avait pu envisager. Il avait créé plusieurs horcruxes ?!

« Il me faut ce médaillon, déclara-t-il.
- Ils ne me l'ont pas confié ! répondit Rita. J'ai eu assez de mal à les persuader de me laisser vous contacter !
- Evidemment… murmura Dumbledore. Et Harry ? Comment va-t-il ?
- Bien. Sirius est très attaché à lui.
- Tant mieux. Le pauvre enfant a besoin de tendresse… Pourtant… Il serait préférable que je le prenne ici, avec moi, à Poudlard.
- Sauf que Sirius a trop peur pour cela. Il ne vous le remettra que s'il est sûr que cela se passera hors de la menace des Mangemorts. Et les Aurors sont contre lui également.
- Pour ça, nous y travaillons… fit Albus. Scrimgeour n'est pas un sot. J'ai bon espoir de voir Sirius déclaré innocent des crimes qu'on lui impute à tort.
- Sirius ne fera confiance à personne d'autre qu'à vous.
- Je ne peux pas l'en blâmer. Redites-moi tout ce que vous savez, Miss Skeeter. Je dois réfléchir à tout cela. »

XXXXXXX

« Vous avez une mine superbe, Isabelle ! s'exclama Malefoy, alors que la jeune femme le saluait d'un vague signe de tête.
- Merci, Mr Malefoy, répondit-elle, aussi réservée que de coutume. Bonjour, papa ! »

Elle tendit le cou vers lui pour lui déposer un rapide baiser sur la joue.

« Lucius a raison, ma chérie, il y avait longtemps que je ne t'avais pas vu aussi resplendissante !
- J'ai bien dormi », répondit-elle, laconiquement.

Ce qui était faux, bien entendu… Elle n'avait que très peu dormi, la nuit passée. Elle esquissa un sourire qu'elle effaça bien vite.

« Lucius est venu me suggérer quelques noms, pour mon gouvernement, expliqua Fudge. Des gens compétents, sur lesquels nous pourrons compter. »

Bien évidemment, songea Isabelle, perdant un peu de sa belle humeur. Regulus avait raison, lorsqu'il lui disait que Malefoy ne perdrait pas de temps pour avancer ses pions. Il fallait qu'elle agisse au plus vite, avant qu'il ne soit trop tard.

« Justement, Mr Malefoy, dit-elle. Puisque j'ai été innocentée, ne serait-il pas normal que je reprenne mon poste à Azkaban… ? »

Les deux hommes se rembrunirent de concert.

« Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, Isabelle… commença son père. Après tout ce qui s'est passé…
- Mais c'est mon travail, protesta-t-elle. Les prisonniers ont besoin de moi !
- Faux, ma chère, coupa Malefoy. Ils ont besoin d'un guérisseur, pas spécifiquement de vous ! Et je pense comme votre père, que vous devriez rester loin d'Azkaban. Du moins pour le moment. Il ne faudrait pas donner le prétexte à Scrimgeour pour se coller de nouveau à vous ! Il n'est pas du genre à abandonner la partie facilement, et s'il vous pense vraiment coupable, le fait que vous ayez innocentée ne changera rien…Croyez-moi, Isabelle, c'est pour votre bien… »

Isabelle hocha de la tête, résignée. Evidemment, elle s'était attendue à ce refus.

« Et d'ailleurs, il va y avoir du changement, à Azkaban, souligna Fudge. Je ne peux pas courir le risque d'une autre évasion dans le genre des frères Black ! Et je vais virer Scrimgeour ! Il s'est montré d'une totale incompétence, dans cette affaire ! S'acharner contre toi au lieu de courir derrière les vrais coupables… ! Laisser Sirius Black s'enfuir à son nez et à sa barbe, des locaux-mêmes des Aurors ! Qui suggérez-vous à ce poste, Lucius ? »

Isabelle tendit l'oreille. Quel nom Malefoy pourrait-il avancer ? Sans doute un fantoche, qu'il manipulerait à sa guise. Comme il le faisait de son propre père… songea Isabelle avec amertume.

« Voyons… fit Malefoy, apparemment plongé dans une intense réflexion. Que diriez-vous de Bartemius Croupton… ?
- Croupton ?! »

Le père et la fille se regardèrent avec stupéfaction. Voilà bien un nom qu'Isabelle ne s'attendait pas à entendre sortir de la bouche de Malefoy ! Croupton, qui avait mené une lutte tellement acharnée contre les Mangemorts…

« Voyons, Lucius ! Croupton est fini ! s'exclama Fudge.
- Vous croyez ? fit Malefoy simplement. Pourtant, s'il y a une personne que l'opinion publique ne pourra pas accuser de connivence avec les Mangemorts, c'est bien lui ! »

Et c'était justement ce qui troublait Isabelle… Par quel moyen Malefoy allait-il contraindre un homme qui n'avait pas hésiter à condamner son propre fils de se plier à sa volonté ?!

« Réfléchissez-y, Fudge ! insista Malefoy. Notre communauté sera soulagée de voir un homme aussi inflexible que lui reprendre la tête des Aurors… Il serait peut-être même bon qu'il prenne également en charge la direction de la prison d'Azkaban… »

XXXXXXX

Appuyé contre le mur sale de la boutique, Severus attendait, parfaitement immobile. Pas qu'il soit en mesure d'attirer l'attention, non. La cape d'invisibilité que Sirius avait finalement consenti à lui remettre – merci, Regulus ! – lui garantissait une tranquillité absolue.

Il surveillait les passants.

Il y avait une probabilité non négligeable pour qu'il y ait des Mangemorts dans le coin. La boutique qu'il convoitait avait de quoi les attirer : officiellement, ce n'était qu'une boutique d'antiquités poussiéreuses, officieusement, c'était l'une des officines les plus pointues de toute l'Angleterre. Un endroit où une personne vraiment mal intentionnée pouvait se procurer toute sorte de poisons et potions interdites.

Severus y était venu quelques fois, à l'époque où il était dans l'autre camp. Il avait cessé définitivement d'y venir lorsque les Aurors avaient commencé à tourner dans le coin. Les quelques descentes surprises qu'ils avaient faites n'avaient rien donné. Mais Severus était à peu près persuadé que cela ne les avait pas fait renoncer à leur surveillance. Sans doute continuaient-ils à faire des rondes dans le coin…

Des Mangemorts en tant que clients, des Aurors en surveillance… Severus n'allait certainement pas se lancer dans la boutique à l'aveuglette, cape d'invisibilité ou non ! C'était ce qu'il avait tenté de faire comprendre aux autres, avant de se décider à venir, alors qu'ils cherchaient tous à le persuader de le faire.

Sirius était tellement persuadé que son plan était bon…

Honnêtement, Severus n'aurait pas pu certifier que ce n'était pas le cas. La façon dont Sirius comptait s'introduire dans la prison d'Azkaban, comment il envisageait de faire cracher ses secrets à Lestrange… cela semblait tellement simple, en fin de compte ! Et oui… cela pouvait marcher.

A condition que la journaliste ne les trahisse pas.

A condition qu'Isabelle Fudge joue effectivement sa part dans le plan.

Severus ne s'inquiétait pas trop, en ce qui concernait Rita Skeeter. Quel intérêt aurait-elle, à les trahir ? Aucun. Par contre, en restant de leur côté, elle aurait accès à une foule d'informations déterminantes. Malefoy n'aurait rien de mieux à lui proposer. Severus était persuadé que la seule chose qui intéressait Rita, c'était d'avoir la certitude d'ébahir la population entière par le choc de ses révélations et la pertinence de ses déductions. Malefoy pourrait lui donner de l'argent, lui assurer une promotion, lui promettre, même, un poste dans le gouvernement de fantoches qu'il mettait sur pied… Rien ne procurerait plus de satisfaction à Rita que la certitude qu'elle était la seule journaliste d'Angleterre à détenir des informations capitales pour tous.

Non, ce qui inquiétait davantage Severus, c'était le rôle que devrait jouer Isabelle Fudge. Regulus avait beau jurer qu'elle ne les trahirait pas, lui, Severus, n'en était pas du tout persuadé. Bine sûr, elle avait permis à Regulus de quitter l'infirmerie pour qu'il puisse s'évader. Mais elle avait été arrêtée pour cela. Arrêtée, et interrogée par McPherson. Défendue par Malefoy. Severus connaissait l'un et l'autre. Deux hommes prêts à tout pour parvenir à leurs fins. Et Isabelle était la fille de Cornelius Fudge, le nouveau premier ministre, catapulté sur le devant de la scène par Lucius.

Tout cela rendait la demoiselle fort suspecte, aux yeux de Severus. D'autant plus qu'il ne cernait pas bien ses motivations. Autant il comprenait Rita Skeeter, autant la façon de fonctionner d'Isabelle Fudge lui était étrangère.

Elle agissait par amour.

Et c'était bien la motivation la plus vague et la plus sujette à caution que Severus connaissait. Il ne croyait pas en l'amour. L'amour était trop versatile. Qu'il se change en ressentiment, en haine, et Isabelle pourrait devenir d'un seul coup leur adversaire le plus acharné.

Mais évidemment, Regulus n'avait rien voulu entendre. Ses arguments n'avaient fait que le rendre exagérément irritable, une brusque copie de son détestable frère. Et il n'en avait pas démordu : il irait trouver Isabelle pour solliciter son aide. Et par la même occasion, mettre entre les mains de cette femme leur sauvegarde à tous.

Mais le plan de Sirius ne dépendait pas que de ces deux femmes. Pour qu'il réussisse, il fallait que lui, Severus, joue sa part.

Il ne s'était pas laissé convaincre facilement. D'abord, le danger était réel et non négligeable. Et puis, il lui était doux, de voir Sirius chercher à se maîtriser pour s'abaisser à lui demander son aide.

Il avait fini par céder. Parce que la pensée que Sirius lui serait redevable de quelque chose n'était pas négligeable. Mais surtout, parce qu'il avait fait une découverte déterminante. Une découverte qui méritait bien de courir le risque de se faire pincer en train de farfouiller dans la boutique qu'il surveillait maintenant avec tant de soin.

Il resta près d'une heure, collé au mur, soigneusement dissimulé sous la cape, à étudier les clients, tant sorciers que moldus, qui y entraient. Lorsqu'il fut à peu près persuadé de pouvoir se glisser en toute sérénité à l'intérieur, il se colla derrière une vieille dame qui poussait la porte brinquebalante pour trottiner jusqu'à une étagère surchargée de lampes anciennes.

La boutique était étroite et encombrée, et Severus fut finalement contraint de se percher sur l'accoudoir d'un vieux divan pour être sûr de ne pas être bousculé par mégarde. Etre invisible n'avait pas que des avantages.

Il ne lui restait plus qu'à attendre que se présente un client sorcier et malintentionné.

Le petit sorcier qui tenait la boutique se tenait derrière son comptoir, plongé dans un vieux livre. Si sa boutique était située en plein cœur du Londres moldu, ce n'était pas par hasard. Il jouissait là d'une tranquillité plus sûre que s'il avait travaillé en plein quartier sorcier. Pour intervenir en quartier moldu, les Aurors avaient tout un tas de paperasserie à remplir… Et puis, une partie de ses bénéfices lui était assurée par la vente de ses antiquités. Des objets qu'il dénichait auprès de vieilles familles de sorciers, voire même, des objets volés.

Il aurait très bien pu passer pour un moldu. Un peu excentrique, certes, mais son veston râpé sur sa chemise d'un blanc jauni ne le signalait certainement pas comme sorcier.

Severus commençait à se décourager. Si aucun client sorcier ne se présentait, il n'aurait pas l'occasion de descendre dans la partie de la boutique qui l'intéressait. Si les Aurors n'avaient rien trouvé, c'était justement parce qu'il était si difficile de pénétrer au cœur du trafic de ce vieil homme apparemment si inoffensif qui ne levait pas le nez de son livre.

Lorsque la porte de la boutique s'ouvrit finalement sur un homme vêtu d'un pantalon d'un vert improbable, Severus reprit soudain espoir. L'homme traversa la boutique sans même accorder un regard aux vieilleries inestimables qui l'environnaient et alla se planter devant le comptoir. Le vendeur leva la tête, le jaugea un moment de ses petits yeux profondément enfoncés dans leurs orbites, et finit par se pencher légèrement vers lui. Le client lui murmura quelques mots à l'oreille.

Severus descendit aussitôt du divan et se précipita en avant pour les rejoindre, la cape étroitement serrée autour de lui.

Le marchand héla une fille au visage ingrat qui passait le plumeau sur un tas de vieux tableaux, lui demanda de garder la boutique, et entraîna son client à sa suite derrière le comptoir. Severus se colla derrière lui, aussi prêt qu'il le pouvait sans le toucher.

Ils descendirent un escalier, s'arrêtèrent devant une porte qui ne s'ouvrit que sous l'incantation muette du propriétaire, et débouchèrent sur un couloir obscur. Retenant son souffle, Severus suivit les deux hommes dans une salle encombrée d'étagères sur lesquelles s'alignaient des bocaux soigneusement étiquetés.

Mais ce n'était pas là ce qui intéressait Severus. Il savait que cette salle ne renfermait que des ingrédients absolument autorisés, et des potions anodines.

« Nous disons donc, une potion repousse-gnomes… dit le vendeur, s'approchant des étagères.
- Ces saletés ont envahi mon jardin, grommela le client. Et le pire, c'est qu'ils cherchent maintenant à entrer dans la maison ! Ma femme certifie qu'il n'y a rien de tel que la potion repousse-gnomes…
- Et elle a parfaitement raison ! Cela et quelques pommes bien appétissantes ! Vous les mettez au milieu de votre jardin imbibées de potion, et vous verrez ces petites saloperies décamper à toutes jambes !
- Cela me rendrait vraiment service !
- Je vous en mets deux flacons ?
- S'il vous plaît… »

Le vendeur rangea soigneusement deux petites fioles de potion dans un sac en papier tandis que le client sortait une poignée de mornilles de sa bourse.

Un peu dépité, Severus les regarda échanger monnaie et marchandise.

« Rien d'autre ? demanda le vieil homme, avec un regard d'une acuité dérangeante.
- Non, je vous remercie ! J'espère que cette potion sera bien efficace.
- Elle le sera, ne vous inquiétez pas ! Toutes nos potions sont parfaitement garanties satisfaites ou remboursées. »

Les deux hommes se dirigèrent vers la porte. Mais Severus ne les suivit pas. Il était inutile, pour lui, d'attendre dans le fatras entassé là-haut. L'entrée de la boutique non autorisée qui se cachait derrière l'honorable commerce d'antiquités et de potions inoffensives était là, dans cette pièce. Mais Severus n'avait aucun moyen de la trouver. Les Aurors eux-mêmes s'y étaient cassés le nez.

Il n'avait plus qu'à attendre que le vieil homme revienne avec un nouveau client. Un client malintentionné.

XXXXXXX

« Alors ? demanda Sirius, avec un sourire en coin. Comment c'était ? »

Regulus soupira. Il avait essuyé l'irritation de son frère avec résignation, étant entendu qu'il était évident que Sirius s'inquièterait de le voir tarder à rentrer place Grimmaurd. Mais il n'avait pas envie d'une discussion pareille. Ce qu'il avait vécu avec Isabelle ne regardait que lui, non ?

« Tu ne veux pas lui ficher la paix ? intervint Remus.
- Il passe une partie de la nuit dehors, et il ne raconterait rien ?! répliqua Sirius. Elle était contente de te voir ?
- Oui, répondit Regulus.
- Contente à quel point… ?
- Sirius ! On dirait un gamin ! protesta Regulus.
- Elle est amoureuse de toi ? »

Regulus leva les yeux au ciel. Sirius avait beau être son frère, il ne tenait pas à entrer en détail dans sa vie amoureuse avec lui. Ils n'étaient pas suffisamment proches pour cela, même s'il avait une tendresse certaine pour lui.

« Elle fera ce que tu lui as demandé ? demanda Remus.
- Dans la mesure où cela ne la mettra pas en danger », nuança Regulus.

Il avait été particulièrement clair sur ce point. Isabelle ne devait pas prendre de risques. La simple pensée qu'elle pouvait se compromettre une nouvelle fois lui faisait froid dans le dos.

« Rogue n'y croit pas, remarqua Sirius.
- Il se trompe, certifia Regulus. Sans elle, nous serions encore à Azkaban, Sirius.
- Il pense que Malefoy pourrait la manipuler.
- Non. Pas elle. »

Sirius fronça les sourcils.

« Regulus… D'accord, elle est bien mignonne. Et courageuse aussi. Mais ne te monte pas la tête, hein ?
- Tu prends le parti de Rogue, toi ?! répliqua Regulus, acerbe. Et depuis quand ?!
- Je ne prends pas le parti de Rogue ! protesta Sirius. Je veux juste que tu restes prudent ! Je… Je sais ce que ça fait, d'être trahi par quelqu'un en qui on pensait pouvoir faire confiance ! »

La sollicitude de Sirius était réelle. Mais Regulus ne voulait pas y songer. Pas après ce qu'il avait vécu avec Isabelle. Comment pourrait-elle le trahir ?! Elle l'aimait. Il n'avait aucun doute là-dessus.

« Rita Skeeter, Isabelle Fudge… Rogue… Nous dépendons d'eux… murmura Sirius. Et cela ne me plaît pas du tout.
- Rogue ne nous trahira pas, coupa Regulus. Et Rita non plus. Elle n'a rien à gagner à le faire, nous en avons déjà parlé.
- Je ne peux pas faire confiance à Rogue ! insista Sirius. Il nous a laissé nous débrouiller, avec l'arrivée de Narcissa, alors que…
- Je ne comprends pas, Sirius ! Tu vas aussi lui reprocher de ne pas nous aider ?! Il y a un instant, tu disais que tu n'aimais pas l'idée de dépendre de lui ! »

Sirius parut confus. Regulus savait à quel point il était difficile, pour lui, de passer outre leur vieille animosité. Mais ils travaillaient tous les deux au même but. Comme Rita et Isabelle. Sirius allait bien devoir le comprendre.

« Détends-toi, Sirius, insista Regulus.
- Rogue est en retard.
- Nous savions que cela pouvait prendre du temps, remarqua Remus.
- Mais s'il est en retard, Regulus sera aussi en retard pour retrouver Isabelle. »

Regulus se rembrunit.

« Nous avons encore du temps devant nous, fit remarquer Remus. Attends un peu, avant de t'inquiéter, Sirius. »

Sirius hocha la tête. Il y eut un silence. Regulus replongea dans ses souvenirs de la veille. La façon dont Isabelle avait répondu à ses baisers…

« Et alors, c'était comment ?! » reprit Sirius, retrouvant son sourire.

Regulus allait le rembarrer une nouvelle fois, mais il fut coupé par l'arrivée impromptue de Kreattur.

L'Elfe jeta un coup d'œil à la cantonade, visiblement troublé.

« Qu'y a-t-il, Kreattur ? lui demanda Regulus.
- C'est Monsieur Harry, maître… » marmonna l'Elfe.

Et il jeta un regard prudent en direction de Sirius.

« Quoi, Harry ? demanda Sirius, hargneux.
- Il refuse de faire sa sieste…
- Comment ça, il refuse ? »

Sirius était déconcerté. Regulus, pour sa part, était plus intrigué par l'agitation inexplicable de l'Elfe. C'était bien la première fois que Kreattur se laissait désarçonner par les caprices d'un enfant. Il n'avait jamais été intimidé par les colères de Sirius, ni par ses propres tentatives de contournement. Mais bien sûr, Kreattur semblait craindre Sirius, désormais, et il savait que Sirius ne supporterait pas qu'il bouscule Harry.

Pourtant, cela n'expliquait pas tout.

« Il ne veut pas, insista Kreattur, les yeux fixés sur le sol devant lui. Il jette toutes les couvertures, et il crie beaucoup. »

Apparemment, Remus Lupin avait également senti l'espèce de réticence, dans le discours de l'Elfe. Il sembla brusquement plus grave qu'à l'ordinaire.

« Bon… fit Sirius. Je vais aller le voir. »

Lorsqu'il eut quitté le salon, Remus se leva de son fauteuil et se pencha vers l'Elfe.

« Kreattur… fit-il. Qu'est-ce qui s'est passé, exactement… ?
- Ri… rien, Monsieur Remus, répondit l'Elfe, d'un ton que Regulus ne lui connaissait pas. Monsieur Harry a seulement dit qu'il ne voulait pas dormir…
- Et tu viens chercher Sirius ? demanda Regulus.
- Monsieur Sirius m'en voudrait, de forcer monsieur Harry…
- Et c'est tout ? » insista Regulus.

Kreattur ne répondit pas. Il commença à triturer son pagne d'un geste nerveux.

« Kreattur… S'il y a quoi que ce soit, tu devrais me le dire… reprit Regulus.
- C'est juste… Monsieur Harry… est…
- Oui ? appuya Remus, alors que l'Elfe se taisait une nouvelle fois.
- Il y a trop de magie en lui », conclut l'Elfe, très mal à l'aise.

Et avant que Regulus ait pu lui demander de préciser, il disparut.