Allez, comme j'ai un week-end hyper chargé, je poste le chapitre ce soir ! Bonne lecture !
Chapitre 8
La mer était plutôt agitée, et Regulus se sentait nauséeux. Il aurait vraiment préféré se trouver ailleurs que sur cette coquille de noix, perdu au milieu de l'océan.
Non, pas exactement « perdu ». Il était en vue de l'île d'Azkaban, même s'il n'en distinguait les contours qu'avec peine, dans l'obscurité de la nuit.
« Je ne suis vraiment pas certain que ce soit une bonne idée, finalement… murmura-t-il, entre ses dents serrées.
- Tu en as une autre ? demanda Sirius sombrement.
- L'eau doit être affreusement froide…
- Heureusement que ce n'est pas à toi d'y plonger !
- Tu sais ce que je veux dire… »
Il soupira. Sirius vérifiait qu'il n'avait rien oublié, l'esprit tout tourné vers ce qui l'attendait. Lui faire part maintenant de ses inquiétudes ne les conduirait qu'à leur faire perdre un temps précieux. Et ce n'était pas comme si Sirius ne savait pas déjà à quel point il était soucieux.
« Ça fait un sacré chemin, jusqu'à l'île, quand même… dit-il pourtant.
- J'y arriverai, décréta Sirius, déterminé.
- Et comment saurai-je que c'est le cas ?
- Tu ne le sauras pas. Attends-moi, c'est tout. Si je ne suis pas revenu à quatre heures, va-t-en. Pas plus tard… Il ne faudrait pas qu'on se rende compte qu'il manque un bateau au port… »
Regulus croisa les bras. Peut-être aurait-il été moins réticent, s'il avait pu accompagner Sirius. Mais il savait parfaitement qu'il était incapable de le faire.
« J'espère que…
- Je sais », coupa Sirius.
Il hésita un instant, comme s'il cherchait ce qu'il pourrait ajouter.
« Fais attention à toi, murmura Regulus.
- Je reviendrai vite », promit Sirius.
Il attrapa son frère par les épaules et l'enlaça. Un instant après, un grand chien noir sautait à la mer.
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Severus tira le bureau de Mr Black au milieu de la pièce, juste sous la lumière, après l'avoir débarrassé des papiers qui l'encombraient. Il avait déjà placé à portée de main, sur une desserte, les ingrédients qu'il avait dénichés dans les réserves de la maison, ainsi qu'un matériel à potions un peu rudimentaire.
Posé dans un écrin de velours, le médaillon de Salazar Serpentard paraissait étrangement menaçant, au milieu du bric-à-brac de pots et de fioles.
Près de la porte, Lupin examinait les mots griffonnés, presque illisibles, sur un morceau de serviette en papier. Un message que Sirius avait rapporté du rendez-vous avec Isabelle Fudge. Il paraissait perplexe.
« Croupton, chef des Aurors et d'Azkaban… ? murmura-t-il, avant de poser le papier sur le guéridon près de lui.
- Il semblerait, répondit Severus, laconique.
- Et tu y crois, toi ? »
Severus haussa les épaules. Son esprit était déjà lancé dans l'élaboration complexe qui l'attendait. Il avait bien autre chose à faire qu'à creuser les motivations de Malefoy, pour le moment.
« Je veux dire… Croupton n'a rien d'un sympathisant Mangemort… »
Severus soupira. Lupin n'était peut-être pas aussi bruyant que Sirius Black, ni même aussi insupportable… Il n'en demeurait pas moins que Severus aurait donné cher pour le voir simplement quitter la pièce et le laisser travailler en paix. Malheureusement, Lupin était inquiet. Et contrairement à lui, qui pouvait se rabattre sur les potions pour tromper cette inquiétude, Lupin avait été laissé de côté sans rien d'autre à faire que s'occuper du mioche. Pas étonnant qu'il traîne de la sorte dans ses pattes…
« Croupton senior, non, lâcha Severus. Mais tu oublies le fils.
- Son fils ?
- Bon sang, Lupin ! répliqua Severus, crispé. A quoi te sert ton cerveau ?! Qu'est-ce que tu imagines que Malefoy va faire, avec le polynectar qu'il a acheté cet après-midi ?!
- Oh… »
Severus posa le chaudron sur le bureau, soulagé que le loup-garou ait finalement fini par se taire, et installa le grimoire sur le lutrin, pour le garder sous les yeux. Il prit la bouteille d'eau de pluie sur la petite table et la vida dans le chaudron.
« Tu es sûr de ce que tu fais ? » demanda Lupin.
Severus leva les yeux au ciel et se retint de soupirer.
« Evidemment non ! Je ne suis certain de rien ! Je ne fais qu'extrapoler sur la base d'un ouvrage vieux de cinq siècles, pour détruire un objet que je ne pensais même pas voir une fois dans ma vie… ! Et je te serais reconnaissant de bien vouloir fermer ton clapet ! J'ai besoin de me concentrer !
- Je veux juste être certain que tu ne feras pas de sottises !
- C'est ton copain Black, qui t'a mis sur ce coup ? lâcha Severus, les poings sur les hanches. Il te demande de me surveiller ?!
- Il n'a pas spécialement confiance en toi, Severus, remarqua Lupin de ce ton calme qui l'exaspérait pourtant tellement. Après tout, tu te battais dans l'autre camp…
- Et le fait que j'ai sauvé la vie de son frère ne pèse en rien en ma faveur, dans la balance! »
Il n'aurait pas dû se sentir aussi amer. Après tout, qu'est-ce que cela pouvait bien faire, que Sirius ne lui fasse pas confiance ?! Ce n'était pas comme s'il espérait son amitié !
Non, ce qui l'irritait surtout, c'était cet acharnement à penser qu'il était sorti indemne de la guerre, et qu'il n'avait eu, par conséquent, aucun désir de changer. Comme s'il n'avait rien perdu dans la bataille…
« J'ai fermement l'intention de détruire ce médaillon, Lupin, reprit-il. Mais si tu t'amuses à me déconcentrer comme tu le fais, je ne peux rien garantir ! Alors… ferme-la !
- Ne prends pas les choses comme cela ! Je pourrais t'aider !
- Toi ?! s'étouffa Severus. Tu n'as jamais été fichu de faire une potion correcte !
- Je peux toujours te passer les ingrédients… Qu'est-ce que c'est… ? »
Severus sursauta, alors que Lupin se saisissait de l'un des bocaux qu'il avait volés l'après-midi même.
« Pose ça tout de suite ! s'étrangla-t-il.
- Oh, ça va ! protesta Remus. Je fais attention !
- Imbécile ! C'est de l'aconit ! Tu tiens vraiment à t'en renverser dessus ?!
- De l'aconit… ? murmura Remus, reposant soigneusement le bocal sur la table.
- Même toi tu dois savoir ce que tu risques en touchant à ça, non ?! Je ne tiens pas à devoir expliquer à Black comment son idiot d'ami est passé de vie à trépas… !
- Il te fait peur ? demanda Remus, ironiquement.
- Non. C'est juste qu'il est désagréablement bruyant quand il est contrarié ! Maintenant, écarte-toi et laisse-moi travailler ! »
Joignant le geste à la parole, il repoussa Lupin fermement en direction de la porte.
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L'eau était affreusement froide. Sirius était persuadé que sous sa forme humaine, il ne l'aurait pas supportée. Heureusement, sa forme animagus était autrement plus résistante.
« Ça pourrait être pire…" songea-t-il, sans y croire tout à fait.
Il sentait à peine ses membres. Et l'île lui paraissait toujours désespérément lointaine. Mais il n'allait pas abandonner. Il ne pouvait pas abandonner. Il devait retrouver l'horcruxe.
Si tu ne te sentais pas si coupable de ne pas avoir été là pour Harry, jamais tu ne te lancerais comme ça, dans un truc aussi absurde !
Il entendait encore la voix de Regulus lui asséner ses quatre vérités. Il avait dû batailler ferme, pour lui faire comprendre qu'il ne s'agissait pas de cela. Oui, bon, il ne s'agissait pas que de cela. Sirius était trop désagréablement conscient des remords qui pesaient sur lui chaque fois qu'il regardait Harry pour tenter de se leurrer lui-même. Oui, il se sentait coupable. Il l'était, non ? S'il s'était occupé de son filleul, plutôt que de se lancer sottement à la poursuite de Queudver…
Il écarta cette pensée de son esprit. Il en avait fait le tour, enfermé dans sa cellule d'Azkaban. Revenir dessus maintenant était parfaitement inutile.
Il agissait par culpabilité, certes… Mais aussi parce qu'il n'avait pas le choix. Comment pourrait-il vivre en paix, connaissant la menace qui pesait sur eux ?! Sur le monde entier ?! Voldemort était de retour…
Rogue n'y croyait pas.
Juste avant qu'ils partent, Regulus et lui, ils avaient eu une longue discussion, avec Remus et Rogue, où chacun avait pu s'exprimer… à peu près… Il aurait toujours des difficultés à écouter Rogue parler…
Rogue avait avancé qu'il ne croyait pas au retour de Voldemort. Que, dans l'état où il était vraisemblablement après cette fichue nuit d'Halloween, il était impensable qu'il se soit remis aussi vite, et surtout, sans l'aide de personne. Ce à quoi Sirius avait répliqué qu'il ne pouvait pas être sûr que personne ne l'avait effectivement aidé. Après tout… Malefoy pouvait fort bien avoir déterré son maître quelque part et prodigué les soins nécessaires…
« Non, avait décrété Rogue. Malefoy n'aurait jamais fait cela. Malefoy ne se serait pas mouillé pour lui.
- Ah oui ?! Tu rêves ! Pourri comme il l'est, il doit encore rêver d'étendre sa domination sur le monde des sorciers !
- Justement, Black, avait répondu Rogue, avec sa suffisance habituelle. Réfléchis ! Malefoy est plus proche du pouvoir qu'il ne l'a jamais été ! Il manipule Fudge, il aura bientôt le contrôle entier du Ministère ! Crois-tu qu'il soit prêt à renoncer à tout cela pour se remettre sous le joug d'un maître à la puissance diminuée ?! »
Sirius avait bien été forcé d'admettre que Rogue n'avait peut-être pas tort…
« Mais Narcissa a dit que Voldemort était de retour, avait objecté Regulus.
- Je sais… Et cela m'intrigue tout autant que cela me laisse sceptique ! J'aimerais vraiment savoir où nous mettons les pieds… »
Sirius avait finalement tranché. Si Voldemort n'était pas effectivement revenu, il était d'autant plus urgent qu'ils retrouvent les horcruxes et qu'ils les détruisent ! Isabelle ayant accompli avec succès la tâche qui lui avait été assignée, ils pouvaient au moins avancer sur ce front-là.
« Et le médaillon… avait ajouté Rogue. J'ai peut-être… peut-être un début de solution. Mais je ne suis sûr de rien. »
Ils avaient eu beau le presser de questions, Rogue était resté laconique.
Ils étaient bien obligés de lui faire confiance… Mais Sirius avait demandé à Remus de garder un œil sur lui.
« Après m'avoir fait promettre de veiller sur Harry, tu veux que je fasse du baby-sitting pour Rogue ? lui avait demandé son ami avec un sourire las.
- Je n'ai pas confiance en lui.
- Il pourrait t'apporter la tête de Voldemort sur un plateau que tu le soupçonnerais toujours, Sirius… Tu es sorti d'Azkaban grâce à lui.
- Non. Grâce à mon frère. Rogue était tout prêt à me laisser moisir dans cette fichue salle du Département des Mystères !
- Il ne t'aime pas. Mais cela ne signifie pas qu'il n'est pas du bon côté. Que cela te plaise ou non. »
Sirius détestait quand Remus lui faisait la morale. Parce qu'il savait qu'il finissait toujours par l'écouter, d'une certaine façon.
N'était-il pas prêt à laisser à Rogue le bénéfice du doute ?
Les vagues se faisaient plus nombreuses, remarqua Sirius. Mais alors qu'il s'attendait à avoir à lutter contre elles, il s'aperçut qu'au contraire, elles le poussaient vers la rive maintenant toute proche de l'île.
Plus que quelques minutes à peiner, et il poserait la patte sur la terre ferme.
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A vue de nez, la préparation semblait plutôt réussie. Severus avait du mal à juger, il n'avait jamais effectué de potion pareille. Mais il avait l'intuition d'être sur la bonne voie. Contrairement à ce que prétendait Slughorn, alors qu'il n'était encore qu'un élève particulièrement assidu du cours de potions, ces choses-là étaient innées. Lupin, par exemple, aurait beau s'entraîner des années durant, il serait toujours incapable de concocter un polynectar correct, ou un veritaserum efficace. Alors que pour d'autres… Trouver le juste dosage, sentir à quel moment il fallait modifier la vitesse de touillage, être sensible à la moindre variation du mélange…
Il avait un véritable don pour cela.
Lily Evans l'avait également.
Regulus avait de la chance, qu'il soit aussi doué. Et les deux autres aussi, ses ennemis avec qui il était contraint de faire équipe. Il s'assurerait qu'ils en soient bien persuadés, avant que tout soit fini. Son amour-propre en avait sérieusement besoin.
La surface de sa potion était animée de légers frémissements. Et sa couleur se teintait de subtiles nuances de bleu argenté. Un éclat à la fois froid et dangereux, comme une lame soigneusement affûtée.
Un formidable outil de destruction. Un poison mortel.
Il sourit avec satisfaction. Il était plus que temps qu'il teste…
Il prit l'écrin contenant le médaillon.
Le bijou exerçait une étrange fascination, sur lui. Il ne pouvait qu'admirer la puissance de la magie qui l'avait engendré. Et puis… Le médaillon semblait animé d'une pulsation qui lui était propre. Comme s'il était vivant, dans une certaine mesure.
Il contient une partie de son âme… songea-t-il, troublé. Une partie de son essence, de son pouvoir…
Le formidable pouvoir du Seigneur Noir. Celui qu'il avait toujours senti avec tant d'acuité, lorsqu'il se présentait devant lui pour recevoir ses ordres, à l'époque où il était encore son serviteur… Un pouvoir qui ne résonnait pas comme celui de Dumbledore, cette force profonde et calme qui s'imposait d'elle-même. Non. Dumbledore était peut-être plus fort que son adversaire, mais le Lord Noir était indéniablement beaucoup plus inquiétant. Parce qu'il ne semblait pas toujours sous contrôle. De la magie furieuse à l'état brut.
Severus frôla la chaîne du médaillon du bout du doigt.
Le Seigneur Noir était incapable de se maîtriser. Il ne savait pas s'imposer de limite, il se soumettait sans réfléchir à la puissance qu'il sentait en lui. Comment, autrement, aurait-il osé morceler son âme comme il l'avait fait ? Comment aurait-il pu ne pas voir l'horreur de cet acte ?
Severus n'était pas surpris, en songeant à la réaction de Regulus, lorsqu'il avait finalement compris… Lui-même était profondément troublé.
Et pourtant…
Pourtant, une partie de lui enviait son ancien maître, cette soumission totale à la puissance, sans garde-fou.
Il refoula cette pensée. Elle était trop dangereuse.
Il sortit le médaillon de son écrin, le tenant par la chaîne. Il répugnait à le toucher. Peut-être, justement, parce qu'il brûlait de le faire !
Il inspira profondément. Dans quelques instants, il serait fixé…
Il le tint au-dessus du chaudron, prêt à le laisser glisser dedans.
Une sourde pulsation fila le long de la chaîne, résonna jusque dans les os de ses doigts. Il frissonna, son malaise s'accentuant d'un cran. Une goutte de sueur glissa sur son front pâle.
Il devait le faire. Tout de suite.
Il plongea le médaillon dans le chaudron.
Il y eut un sifflement aigu, qui ressemblait de façon fort désagréable à un cri. La potion, autour du médaillon, se mit à bouillonner, comme si elle s'acharnait à le détruire. Les doigts de Severus se crispèrent sur la chaîne, à s'en blanchir les jointures.
Après un instant qui lui parut formidablement long, il sortit le bijou du chaudron.
Le métal ne semblait même pas avoir été entamé.
Severus laissa échapper un juron de frustration. Mais alors qu'il allait reposer le médaillon dans son écrin, il s'aperçut que celui-ci n'était plus hermétiquement fermé. La potion ne l'avait peut-être pas détruit… Mais c'était un bon début.
Usant d'une paire de pincettes, il acheva de l'ouvrir…
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Le chien s'ébroua longuement, dès qu'il sentit le sol solide sous ses pattes. Sirius avait l'impression de peser une tonne, maintenant qu'il n'était plus soutenu par l'eau. Et il sentait des crampes douloureuses lui scier les membres.
Mais il n'avait pas de temps à perdre. Il devait entrer au plus vite dans la prison, trouver Lestrange, lui arracher son secret, et repartir, à la nage, vers le bateau et son frère. Tout cela, avant quatre heures du matin, s'il ne voulait pas être obligé de nager plus longtemps encore dans l'eau glacée.
Il leva la truffe et huma longuement l'air.
Il ne décela aucune odeur humaine. Juste une vague odeur de putréfaction, sous les puissantes effluves iodées venant de la mer, que Sirius ne connaissait que trop bien. Tout comme il connaissait le froid qui lui glaçait les os, et qui n'était pas seulement dû à son séjour prolongé dans l'océan.
Des Détraqueurs.
Ils devaient sillonner l'île, traînant leurs répugnantes guenilles noires, à la recherche d'une âme à vampiriser…
Sirius était bien décidé à ne pas leur faire ce plaisir.
Après s'être ébroué une dernière fois, il se mit à trottiner vers les bâtiments qui constituaient le corps principal de la prison. Il lui fallut quelques minutes avant de réussir à se repérer. Il n'était jamais sorti de l'enceinte de la prison. De l'extérieur, il n'était pas si évident de reconnaître les lieux. Il se glissa sous une grille vermoulue, et gagna la première bâtisse de pierres.
Un brusque courant d'air glacé le força à se plaquer contre le mur. Un Détraqueur glissa à quelques mètres de lui, inconscient de sa présence. Sirius se força à se détendre. Il devait oublier sa part humaine, devenir l'animal, s'il voulait continuer à circuler dans l'enceinte de la prison. Si les Détraqueurs percevaient sa conscience humaine, sentaient les émotions qui l'habitaient, il était perdu.
Il était bien trop fragile pour affronter de face une armée de ces horreurs.
Le chien… Laisse Patmol aux commandes…
Il se concentra sur ce qui l'entourait, s'efforça de percevoir à travers ses sens canins. C'était la meilleure façon pour oublier ce qu'il était vraiment : obliger son esprit à traiter les informations par le biais de ses sens aiguisés par la métamorphose. En percevant le monde comme un chien, il finissait par penser comme le chien.
Truffe au sol, il fila droit vers l'étroit espace qui s'ouvrait devant lui, entre les bâtiments, et le grillage rouillé qui devait le mener droit dans le cimetière.
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Remus se réveilla en sursaut.
Il lui fallut un instant, pour réaliser qu'il était allongé sur le lit de Sirius, près du petit lit de Harry. Il s'assit et se frotta les yeux.
Quelle heure pouvait-il être ? Minuit ? Une heure du matin ? Il ne savait pas, au juste. Il se pencha vers le petit lit, presque machinalement. Et son cœur manqua quelques battements.
Il était vide. Harry n'était plus là.
Inquiet, il sauta à bas du lit, saisit sa baguette, qu'il avait laissé sur la table de chevet, et se précipita dans le couloir.
« Harry ?! appela-t-il. Où es-tu ?! »
Un silence de plomb régnait dans la maison. Remus était vraiment inquiet, maintenant. Où Harry avait-il bien pu aller ?! Il est sûrement dans la cuisine, tenta-t-il de se rassurer. Il a eu soif, il est descendu pour boire…
Il n'y croyait pas. Harry avait peur de circuler seul dans cette maison. Il était inconcevable qu'il ait choisi de lui-même de quitter l'abri douillet de son lit pour parcourir ces couloirs sinistres et sombres. Et puis, s'il avait eu soif, il l'aurait sans doute réveillé lui, non ?
Remus traversa le couloir à grandes enjambées et se pencha par-dessus la balustrade pour jeter un coup d'œil dans l'escalier. Et il le vit, petite silhouette à la démarche encore maladroite, les mains crispées sur les barreaux de la rampe d'escaliers, descendant les marches une à une.
« Harry ! appela-t-il. Où est-ce que tu vas ?! Viens te coucher ! »
L'enfant ne s'arrêta même pas. Il ne semblait pas l'avoir entendu. Remus s'engagea dans l'escalier à son tour. Peut-être était-ce une simple crise de somnambulisme ? Peut-être que ce n'était ni grave, ni inquiétant !
Il atteignit Harry alors que celui-ci posait le pied dans le hall. Il tendit la main et l'attrapa par la manche. « Harry, attends ! dit-il, raffermissant sa voix. Regarde-moi ! Qu'est-ce qui se passe ?! »
L'enfant tourna la tête vers lui. Ses yeux verts paraissaient immenses, et trop sombres, dans son petit visage pâle.
« Harry… murmura Remus, pris d'appréhension. Qu'est-ce que tu as… ? »
L'enfant ne répondit pas. Il se remit en marche, ignorant la main qui se crispait sur son bras. Remus le contourna et s'agenouilla devant lui. « Ne fais pas ça ! le supplia-t-il. Dis-moi ce qui ne va pas, je t'en prie, Harry ! »
Alors, l'enfant leva la main, lentement. Et il désigna une porte du doigt.
Remus sentit ses cheveux se dresser sur sa tête. Cette porte, c'était celle du bureau du père de Sirius, celle où Rogue s'était enfermé pour tester sa potion sur l'horcruxe.
Et il entendait maintenant clairement des voix s'en élever. Des voix étrangères.
L'inquiétude fit aussitôt place à la panique.
Severus n'était plus seul, quelqu'un était avec lui. Un quelqu'un qui n'était pas censé être là.
Remus se redressa lentement et leva sa baguette devant lui. Mais avant qu'il ait pu décider de la meilleure chose à faire, Harry se précipita en avant, le dépassa, et fila tout droit vers le bureau.
Avant que Remus ait eu le temps de réagir, il ouvrit la porte.
Il s'immobilisa brusquement. Et laissa échapper un cri déchirant.
