Chapitre 12

Isabelle était comme hypnotisée par Malefoy. Elle avait l'impression que son corps ne lui répondait plus. Elle ne désirait qu'une chose : se lever et s'enfuir à toutes jambes. Mais elle n'était pas capable du moindre geste, clouée sur sa chaise par le regard implacable de l'homme devant elle.

Malgré elle, elle ouvrit la bouche.

« Il voulait… »

Brusquement, Lucius Malefoy fut projeté en arrière. Isabelle laissa échapper un cri. Une main s'abattit sur son bras, on la contraignait à se lever. Hagarde, elle leva les yeux sur la personne qui s'interposait entre Malefoy et elle. La vieille femme. Celle qu'elle avait repérée quelques instants plus tôt. Sauf que la poigne était trop énergique, trop… masculine.

« Vite, Miss, murmura une voix qu'Isabelle avait déjà entendu sans déterminer où, mais qui était définitivement une voix d'homme. Je l'ai stupéfixé, mais il faut partir tout de suite ! »

Isabelle s'accrocha à la main qui la tenait, un peu perdue, immensément soulagée, et se laissa entraîner loin de la boutique de Florian. Ils tournèrent le coin de la rue sans que personne ne songe à les rattraper.

« Qui… Qui êtes-vous ? demanda-t-elle, haletante.
- Plus tard, Miss, répondit son mystérieux protecteur. On transplane d'abord ! »

Il leva sa baguette et ils disparurent.

XXXXXXX

« Tu ne prendras pas la cape ! déclara Regulus, catégorique.
- Ah oui ?! répliqua Sirius d'un air de défi. Tu vas me laisser aller au Ministère comme ça ?!
- Eh bien tu n'iras pas ! Voilà qui met un terme à tout ça ! »

Rita soupira. Depuis son retour, les deux frères n'avaient pas cessé de se disputer à propos du plan de Sirius. Le jeune homme était fermement décidé à retrouver l'Auror qui l'avait aidé à quitter le Ministère, Regulus disait que le risque n'en valait pas la peine. Remus Lupin en avait rajouté en leur rappelant à tous les deux que leur priorité, c'était le petit Harry, et que ce qui lui était arrivé dans la nuit méritait certainement leur attention.

Rita n'avait pas bien saisi ce qui s'était passé. Aucun de ces hommes n'avait jugé utile de l'éclairer. Tout ce qu'elle avait compris, c'était que le médaillon avait été détruit – et un horcruxe de moins ! – et que Harry Potter, témoin de la scène, avait été sérieusement bouleversé. Ce qu'elle pouvait comprendre, ce n'était qu'un tout petit enfant, après tout.

Au milieu de tous ces cris et ces avis contraires, seul Rogue était resté parfaitement neutre. Il était comme absent, comme si lui-aussi avait été choqué par les événements de la nuit. Ce qui n'était peut-être pas une mauvaise chose, d'ailleurs. Sirius était suffisamment remonté comme cela.

« Pourquoi ne veux-tu pas comprendre qu'il n'est jamais bon d'agir dans la précipitation ?! geignit Regulus, à bout de nerfs. Tu viens de passer une nuit blanche. Tu as affronté les Détraqueurs. Tu ne crois pas que tu devrais juste te poser deux minutes, dormir un peu, peut-être, pour voir les choses de manière plus claire ensuite ?
- Combien y a-t-il d'Horcruxes, Regulus ? Combien de temps nous faudra-t-il pour les trouver tous et les détruire ? contra Sirius. Il faut agir le plus vite possible, avant que Voldemort ne retrouve sa pleine puissance, avant… avant… avant que l'homme de main que Malefoy fera nommer à la direction d'Azkaban ne libère tous les Mangemorts qui sont enfermés là-bas ! Et avant que les Aurors ne nous retrouvent ! Ce n'est qu'une question de temps, Regulus, tu sais très bien qu'ils peuvent nous tomber dessus n'importe quand ! Et je veux agir ! Avant d'être repris… »

Sa voix s'étrangla dans sa gorge. Etait-ce l'épuisement, le sentiment de son impuissance, l'angoisse… ? Rita était mal à l'aise. Elle le comprenait, dans le fond. Il voulait faire en sorte que rien de mal n'arrive à Harry avant de ne plus être en mesure d'intervenir. Et cette certitude qu'il semblait avoir, qu'il serait de toute façon repris tôt ou tard, condamné de nouveau… Renvoyé à Azkaban, ou pire…

« Regulus, intervint-elle. Il ne s'agit que de prendre contact avec cet homme… Pas d'attaquer le Ministère… »

Sirius lui jeta un regard un peu surpris, apparemment étonné qu'elle prenne son parti.

« Sauf que sans la cape… Comment veux-tu que je l'approche !
- Nous avons besoin de la cape pour Harry ! » coupa Lupin, le visage étrangement fermé.

Il était rare de le voir s'opposer si nettement à la volonté de son ami.

« Dumbledore attend Harry à Poudlard, il faut la cape, poursuivit-il. Sans la cape, nous n'approcherons pas des grilles !
- Poudlard est surveillé, acquiesça Rita. Il y a une foule de personnes plus ou moins louches qui se promènent dans le coin.
- Des Aurors ou des Mangemorts ? demanda Regulus.
- Comment voulez-vous que je le sache ?!
- Je prends la cape, reprit Remus. Et je conduis Harry à Dumbledore.
- Je… » commença Sirius.

Il était flagrant que l'idée ne l'enchantait pas.

« C'est dangereux… murmura-t-il. Tellement dangereux, pour Harry…
- Tu préfères le garder ici, dans cette maison ? Avec les Aurors ou les Malefoy qui peuvent débarquer d'un moment à l'autre ? répliqua Remus, bien décidé à camper sur ses positions, pour une fois.
- Comment pourrais-je être sûr que… »

Sirius se tut et se mordit les lèvres.

« Il sera mieux avec Dumbledore qu'avec nous, décréta Remus. Lui, au moins, il saura peut-être pourquoi il agit aussi… bizarrement… »

Rita tendit l'oreille. Qu'est-ce que Lupin entendait pas « bizarrement », au juste ?

« Miss Skeeter nous a dit que Dumbledore se tiendrait prêt à recevoir Harry cet après-midi, poursuivit Remus. Si tu pars maintenant avec la cape, tu risques de ne pas être de retour à temps. Comme lorsque Rogue a tardé à revenir la dernière fois et que tu as dû rejoindre toi-même Isabelle, faute de cape. Sauf que Harry, lui, n'est pas un animagus… Et moi non-plus. Nous n'avons pas ce moyen de camouflage.
- Oui, c'est ça ! coupa Sirius, le regard brusquement brillant. Je vais y aller sous ma forme animagus ! Et je vous laisse la cape pour Harry. »

Les trois hommes échangèrent un regard. Rogue se contenta de hausser les épaules, comme s'il s'en fichait royalement – ce qui était très probablement le cas. Mais Regulus avait pâli. Lui qui avait pensé obliger Sirius à rester en le privant de la cape… Remus, lui, hésitait visiblement, comme s'il cherchait un contre-argument.

« Sous ta forme animagus… murmura-t-il.
- Miss Skeeter pourrait très bien avoir un chien ! lâcha Sirius, conscient du peu d'enthousiasme soulevé par son idée. Qui me soupçonnerait ?
- Peter », répliqua Remus doucement, d'une voix qui n'était pas plus haute qu'un murmure.

Le prénom cueillit Sirius comme une gifle.

« Tu crois qu'il n'a pas dit à Malefoy que tu étais capable de te transformer en un grand chien noir ? insista Remus, sans s'attarder sur son regard noir. Tu parierais ta vie là-dessus ? Parce que tu peux être sûr que Malefoy a des partisans jusqu'au sein du Ministère… Je crois, Sirius, que le mieux à faire, c'est simplement d'attendre.
- Non !
- Attends que Harry soit à l'abri à Poudlard, et si tu veux encore tellement trouver cette fichue coupe – non ! Le nom du fichu voleur de la coupe ! – tu auras alors toute l'occasion d'agir. Caché sous la cape. »

Sirius regarda tour à tour son frère et Remus.

« Je te croyais plus courageux que ça, Remus ! » lâcha-t-il d'un ton sec, avant de tourner les talons.

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Isabelle regarda autour d'elle, le cœur battant. La rue ne lui disait absolument rien, même si elle était à peu près certaine d'être toujours à Londres. A ses côtés, son ange-gardien rangeait sa baguette dans la ceinture de sa jupe à fleurs.

Un déguisement tout ce qu'il y avait de plus simple. Pas de métamorphose, juste une perruque grise moldue. Des vêtements moldus. Du maquillage moldu, qui accentuait les cernes, creusait des ombres sur un visage finalement bien jeune. Et masculin.

« Je vous connais… murmura-t-elle.
- Oui, nous nous sommes vus… A Azkaban… Je m'appelle Mondingus. Fletcher.
- Fletcher... répéta Isabelle, plongée dans ses souvenirs.
- J'étais le compagnon de cellule de Finn… Je veux dire, de Regulus. »

Oui, Isabelle se souvenait, maintenant. Et les sourcils, sous la poudre qui les grisait, étaient bel et bien roux.

« Vous me suiviez… Au parc aussi, vous étiez là…
- J'ai un tas de monde à mes trousses. Des Aurors, mais peut-être pas seulement, je ne sais pas. Regulus a tout un tas d'ennemi, apparemment, et ces gens pensent que comme nous avons partagé une cellule, je suis dans ses petits secrets ! Ce qui est faux. Regulus n'a jamais fait de confidences… Alors, je me suis déguisé. Pas mal, hein ? Je ressemble bien à une petite vieille, non ?
- Mais pourquoi me suiviez-vous ?
- A cause de ça ! »

Mondingus sortit un petit bout de papier soigneusement plié de la poche de son imperméable. Un article de la gazette qui la concernait.

« Ils disent là-dedans que vous avez été accusée d'avoir participé à l'évasion de Regulus et de son frère, et que Malefoy prenait votre défense. Alors… J'ai pensé que vous étiez peut-être en danger.
- Et vous avez décidé de me servir de garde du corps, compléta Isabelle, très étonnée.
- Ouais… »

Mondingus se gratta la nuque, sous sa perruque, d'un air gêné.

« C'est à cause de Finn… Je sais que c'est un type bien, je me fiche de ce qu'ils ont dit sur lui. Alors si je peux l'aider… »

Isabelle sentit son cœur déborder de gratitude. Elle lui planta un léger baiser sur la joue.

« Merci de m'avoir libérée de Malefoy…
- Pas de quoi, Miss ! Ce type… Je l'ai jamais supporté ! C'est à cause de types comme lui, qu'il est devenu si difficile de faire du business avec les moldus ! »

Isabelle préféra ne pas relever.

« Restons pas là, miss… Il y a des Aurors un peu partout dans Londres, en ce moment, et je ne tiens pas à les rencontrer… »

XXXXXXX

« Vous êtes bien sûre que c'est sans danger, Miss ? demanda Remus à Rita.
- Dumbledore assure qu'il y aura quelqu'un à la grille pour réceptionner Harry, lui ou MacGonagall. Sitôt dans l'enceinte de l'école, il ne risquera plus rien.
- Mais si les Mangemorts attaquent avant que Harry ne franchisse la grille ? demanda Regulus.
- Dumbledore est de taille à les repousser, non ? répondit Rita.
- Oui, mais Harry pourrait être blessé…
- Dumbledore se contentera d'ouvrir la grille. Rien ne vous oblige à retirer la cape avant d'être à l'abri dans le bâtiment !
- C'est juste… murmura Remus. La paranoïa de Sirius est contagieuse, il faut croire…
- Il manque de discernement, trancha Regulus. Il aurait besoin de douze heures de sommeil d'affilées, cela lui permettrait peut-être de retrouver ses esprits ! Le médaillon a bien attendu plus d'un an, on peut différer la recherche de la coupe d'une journée !
- Quand Sirius a quelque chose en tête… fit Remus, sombrement.
- Mmmhh… Il est allé se couché ?
- Il est dans sa chambre, mais à mon avis, il rumine. Je monterai le voir quand il sera un peu calmé. »

Remus était loin d'être aussi optimiste qu'il le prétendait. Empêcher Sirius de faire une bêtise ne serait sans doute pas aussi facile.

« Et Severus ? demanda encore Regulus.
- Il est monté dans sa chambre aussi, je crois…
- Il n'avait vraiment pas l'air bien.
- L'expérience était du genre traumatisante », répondit Remus laconiquement.

Remus savait que Regulus et Severus s'appréciaient, qu'ils étaient… amis. D'une certaine manière. Même si ce genre d'amitié était bien différente de celle qui liait les Maraudeurs. Pourtant, Remus ne se sentait pas le droit d'entrer dans le détail des événements de la nuit passée. S'il y avait quelqu'un qui comprenait le besoin de Rogue de protéger sa vie intime, c'était bien lui. Il se demanda si Severus aurait la même discrétion à son égard, s'il avait été lui victime de l'horcruxe… Rogue l'avait regardé comme un monstre dès le moment où il avait compris qu'il était un loup-garou.

Pourtant…

Peut-être que cette nuit allait changer un peu leurs relations à tous les deux. Remus ne demandait pas mieux. Il en avait assez, des fantômes du passé.

« Nous avons tous besoin de repos, murmura Regulus. Et Harry ?
- Il a fini par se calmer. Il dort. Mais je serai inquiet tant que Dumbledore ne l'aura pas vu.
- Monte te reposer aussi, Remus. Je ne sais pas exactement comment nous allons nous organiser tout à l'heure, mais il vaut mieux que nous soyons tous en meilleure forme. »

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Sirius savait que Regulus et Remus avaient raison, d'une certaine manière. Que son entêtement à vouloir percer le secret de la coupe tout de suite était dangereux. Qu'il avait fort intérêt à se méfier de ses coups de tête. N'agis pas dans la précipitation, lui avait dit son frère. Repose-toi un peu, et réfléchis à ce que tu fais. Il détestait que Regulus prenne la voix de la raison.

Il avait un horrible pressentiment.

« Ils vont nous retrouver… murmura-t-il. Et nous allons encore devoir nous sauver, nous serons peut-être séparés… Et nous n'aurons plus l'occasion de réunir les horcruxes… Et Harry… Bon sang, le Ministère va passer sous la coupe de Malefoy, les Aurors ne feront pas exception à la règle ! Et comment ferai-je, ensuite ?! Il faut agir avant que l'ennemi ne renforce ses positions ! »

Il ne pouvait pas prendre la cape. Cela, il en était parfaitement conscient. Il ne pouvait pas prendre le risque de priver Harry du seul moyen à peu près sûr d'atteindre Poudlard sans se faire arrêter. Quant à ce que Remus avait dit sur son animagus…

« Peter… Peter, si je mets la main sur toi… »

Il avait tourné et retourné le meurtre de Peter dans sa tête comme une litanie morbide, dans sa cellule d'Azkaban. Et son désir de tuer ne s'était pas estompé.

Il repoussa l'image de Peter dans un coin de son cerveau et se concentra sur le problème. Ce n'était quand même pas compliqué ! Il ne s'agissait pas d'entrer dans le Ministère, ni d'attaquer le manoir des Malefoy pour affronter Voldemort ! Il s'agissait juste de prendre contact avec quelqu'un… D'échanger quelques mots…

Comment approcher sans se faire repérer ?

Rita Skeeter avait proposé son aide. Et c'était une bonne idée. C'était une journaliste, il n'y aurait rien de plus naturel que de la voir interroger les Aurors. Si seulement elle savait à qui s'adresser… Il fallait qu'il l'accompagne…

Brusquement, il lui fut insupportable de rester là, dans sa chambre, à ressasser seul le problème. Et comme Regulus et Remus refusaient de l'entendre…

Il descendit rapidement l'escalier jusqu'au palier où Rita avait sa chambre. Après avoir frappé deux coups brefs, il entra, sans attendre de réponse. La jeune femme, assise à la petite table qui lui servait de bureau, le regarda se planter devant elle avec des yeux ronds.

« Encore en train d'écrire vos articles larmoyants ? demanda-t-il en désignant du menton la liasse de parchemins posés devant elle.
- Donnez-moi du spectaculaire à écrire, Mr Black, je ne demande que ça ! » répartit-elle avec aplomb.

Il esquissa un sourire. Pour une fois, il appréciait vraiment la pugnacité de la journaliste.

« Encore en train de tirer des plans sur la comète, hein ? murmura la jeune femme après l'avoir scruté en profondeur.
- Ils ne veulent pas comprendre… Mais il faut que j'en ai le cœur net.
- Et vous voulez le faire là, tout de suite.
- Quand Malefoy aura pris le contrôle entier du Ministère, même Dumbledore n'aura plus accès aux archives, j'en suis sûr !
- Ce n'est que votre opinion !
- Certes… Mais il y a un vrai risque, et je ne veux pas le courir. Aidez-moi, Rita. »

Rita posa sa plume sur la table et croisa les bras, un léger sourire sur les lèvres.

« Je savais que vous finiriez par requérir mon aide, Mr Black… Alors ? Vous avez une idée ? Vous voulez toujours devenir mon toutou ?
- Vous avez une meilleure idée ? répliqua Sirius vertement.
- Mais si l'on vous reconnaît… ?
- Un gros chien noir. Voilà la description que Pe… Peter aurait pu donner à Malefoy. Vous êtes douée en métamorphose, aidez-moi à changer mon apparence.
- Vous voulez que je vous transforme en un autre animal ? demanda Rita, dubitative.
- Bien sûr que non ! Il faut que je garde toute ma tête, pour vous désigner l'homme en question ! Changez simplement l'apparence de mon animagus !
- C'est… Vraiment, Sirius, vous pensez que c'est une bonne idée ?
- On peut toujours essayer ! »

Il la défia du regard.

« Je ne crois pas… fit la jeune femme.
- Quoi ? Je vous croyais prête à tout pour obtenir des informations !
- Oui, mais…
- Allez, Rita ! »

Son regard ne la lâchait pas. Elle finit par soupirer, rendant les armes.

« Bon, ça ne coûte rien d'essayer… »

XXXXXXX

McPherson avait passé toute la nuit dans son petit bureau, au Ministère, à relire toutes les pièces du dossier de Sirius Black. S'il l'avait fait avec réticence, au début, il s'était efforcé de considérer ce travail ingrat avec le plus d'impartialité possible. Car si Scrimgeour et Dumbledore considéraient qu'ils pouvaient y avoir des erreurs là-dedans, il se devait d'en tenir compte. McPherson s'était toujours targué d'être un modèle d'intégrité.

Il avait pourtant du mal à se défaire de l'image d'un Sirius Black ricanant d'horrible façon sur les cadavres des moldus massacrés sous ses yeux.

Il y avait eu beaucoup d'agitation, dans les quartiers des Aurors, depuis le départ de Scrimgeour. Tout le monde attendait le nom du nouveau chef du département, avec une certaine anxiété. Nombreux étaient les Aurors en place à soupçonner Malefoy de connivence avec les Mangemorts. Et le voir si souvent dans les robes de Fudge n'avait rien de rassurant.

Faites ce qu'on vous ordonne de faire, mais restez vigilants, leur avait dit Scrimgeour, le carton contenant ses dernières affaires sous le bras, avant de quitter ses hommes pour de bon. Mais McPherson avait eu droit à un entretien autrement plus long, dans ce même bureau. Scrimgeour l'avait exhorté à ne pas laisser tomber le dossier de Black, à poursuivre ses investigations avec la même pugnacité, quels que puissent être les ordres qu'il recevrait de son nouveau supérieur.

S'il existait une preuve de l'innocence de Sirius Black, il devrait la trouver. Même si cela remettait en question ce qu'il avait cru depuis presque un an. Même s'il était plus simple de simplement haïr Sirius pour ce qui avait été fait.

D'un autre côté, il lui fallait retrouver la trace des fugitifs. C'était ce pour quoi on le payait, sa mission. Il devait mettre la main sur le petit Harry, et s'assurer qu'il était en sécurité. Que Sirius Black soit innocent ou non, il était recherché, et si Harry était vraiment avec lui, il le mettait en danger.

Dumbledore pense que le vrai coupable du massacre, c'est Peter Pettigrow, avait dit Scrimgeour. Cherchez de ce côté-là !

McPherson avait l'intention de se rendre chez la mère du jeune homme, histoire d'en apprendre un peu plus… Mais les seuls qui pourraient vraiment l'éclairer sur ce fameux Pettigrow, c'étaient Black lui-même, ou l'autre ami de Peter, Remus Lupin. Qui était lui-aussi en cavale. McPherson était persuadé que mener ses recherches dans cette direction ne conduirait qu'à une impasse.

« Tu as passé la nuit ici, McPherson ?! »

L'Inspecteur leva les yeux vers la porte. Un jeune Auror venait d'entrer, une pile de dossier sous le bras.

« Je ne savais pas que tu étais de permanence, ce soir, ajouta-t-il, déposant le tout sur le coin du bureau.
- Je ne l'étais pas. J'avais juste… Des choses à revoir.
- L'enquête sur Black ? Justement, regarde là-dedans, il y a les compte-rendus des surveillances de Poudlard, Pré-au-Lard, de l'Impasse du Tisseur et de la maison du Square Grimmaurd sur la première semaine suivant l'évasion.
- Hein… ? fit McPherson, levant les yeux de son parchemin. Pourquoi n'avons-nous ces compte-rendus que maintenant ? J'ai ceux de la semaine dernière sur mon bureau !
- C'est parce que Corey était en arrêt maladie… expliqua l'Auror. Il était en charge de la centralisation de ces données, juste après l'évasion. Tout était resté sur son bureau, et avec ces histoires d'élections, et tout… Personne n'a songé à archiver ces dossiers.
- Mais ils ont été visés, n'est-ce pas ? demanda McPherson, fronçant les sourcils.
- La plupart, je crois… Scrimgeour les a tous eu en main avant de finir sur le bureau de Corey, c'est une certitude. Je te les transmets juste avant l'archivage, parce que Scrimgeour m'a demandé de te donner tout ce qui a trait à l'affaire des frères Black. J'y ai jeté un œil, je n'ai rien trouvé d'intéressant… Mais bon… »

McPherson délaissa le dossier de Sirius pour prendre la pile posée sur son bureau.

« Merci, Jim, dit-il à son collègue.
- Pas de quoi ! Mais un conseil… Ne fais pas trop de zèle. Ça risque de ne pas plaire au nouveau patron…
- Mmmhh… »

McPherson se plongea dans la lecture des compte-rendus.

XXXXXXX

Remus n'arrivait pas à trouver le sommeil. Il était bien trop inquiet pour cela. Dans quelques heures, il allait devoir se rendre à Poudlard avec Harry, caché sous la cape de James. Il était hors de question qu'il échoue, la sécurité du petit garçon était en jeu. Et puis, il y avait Sirius… Remus était inquiet pour Sirius aussi.

Il finit par quitter son lit. Il ne trouverait pas de repos, tant qu'il ne serait pas sûr que Sirius n'allait pas se mettre en danger. Et puis… Il sentait que Sirius était en colère contre lui. Les derniers mots qu'il lui avait crachés au visage, comme une insulte… Il fallait qu'ils s'expliquent.

Il quitta sa chambre et se rendit à celle de Sirius. Tout était calme, dans la pièce, Sirius avait peut-être fini par être raisonnable et par prendre un peu de repos ? Il poussa doucement la porte de la chambre. Elle était vide. Sirius n'était plus là.

Vraiment inquiet, maintenant, Remus alla frapper à la porte de Regulus, sur le même palier.

« Sirius n'est plus dans sa chambre, dit-il à un Regulus encore à moitié endormi.
- Il n'est pas en bas ? demanda celui-ci en bâillant.
- Je ne sais pas, mais… J'ai un mauvais pressentiment, Regulus. »

Ils se lancèrent à la recherche de Sirius, finissant par l'appeler à tue-tête.

Il n'était plus là.

« Il est parti… lâcha Remus, dépité.
- Pas tout seul, remarqua Regulus. Rita n'est plus là non plus. »

Les deux jeunes hommes échangèrent un regard inquiet. Quoi qu'ait décidé Sirius, il allait devoir se débrouiller, maintenant.