Chapitre 13

Lucius Malefoy était d'une humeur exécrable. Comment avait-il pu se laisser avoir aussi facilement ?! Et d'abord, qui était son agresseur, celui qui l'avait stupéfixé au moment où il allait enfin arracher ses secrets à Isabelle Fudge ? Regulus Black ? Il n'avait rien vu. Et quand le serveur de chez Florian Fortarôme avait enfin eu l'obligeance de lever le sortilège, la jeune femme avait disparu. Les clients qui avaient assisté à la scène avaient prétendu qu'elle était partie avec une vieille femme…

Malefoy se souvenait vaguement d'une vieille femme. Il ne l'avait pas regardée.

Isabelle serait sur ses gardes, désormais, et il n'aurait sans doute pas d'autre occasion de la faire parler. A moins de l'enlever purement et simplement. Ce qui n'allait pas être chose aisée, avec son mystérieux garde du corps…

« Lucius ? »

Sa femme descendait les escaliers pour venir à sa rencontre. Le vague espoir qui éclairait son regard morne s'effaça dès qu'elle vit la rage mal contenue de son époux.

« Cela ne s'est pas passé comme tu l'espérais… murmura-t-elle.
- Non, répondit-il sèchement. Elle m'a filé entre les doigts…
- Oh…
- Où est-il ? »

Il n'avait vraiment pas envie de lui rendre compte de son fiasco. Mais il ne voyait pas comment s'y soustraire.

« Dans la bibliothèque.
- Et Drago ? Comment va-t-il ?
- Toujours pareil… souffla Narcissa. Du moins… son état n'a pas empiré, à ce qu'il semble… Plusieurs personnes attendent également dans le bureau…
- Qui ?
- Croupton. Et ce… Greyback… Et d'autres, aussi, qui ne se sont pas présentés…
- Je vais passer les voir tout de suite.
- Mais… Il ne va pas… »

Elle avait peur. C'était compréhensible.

« Ne t'inquiète pas, répondit-il doucement. Je crois qu'il ne peut pas grand chose contre nous…
- Oui, mais Drago… »

Elle se tut, tandis que ses yeux se remplissaient de larmes. Lucius lui effleura la joue en soupirant.

« Tout n'est pas encore perdu, dit-il. Peut-être que j'apprendrai très vite du nouveau... »

Il tourna les talons et prit le chemin de son bureau.

Cette… chose… qui se présentait sous les traits de son maître ne l'effrayait pas outre mesure. Il sentait qu'elle n'avait pas la moitié de la puissance du Lord Noir, qu'elle n'en était qu'un pâle reflet. Et sans l'emprise qu'elle avait sur son fils, il ne se serait certainement pas laissé faire aussi facilement. Pourquoi aurait-il plié sous le joug de cette créature, lui qui avait maintenant le pouvoir à sa portée ?

Débarrasse-toi d'elle, alors… Détruits-la, et libère Drago…

Il l'aurait fait sans l'ombre d'une hésitation, s'il avait la moindre idée quant à la façon de procéder. Il ne savait même pas par quel moyen ce monstre –ce pâle reflet du Lord Noir – s'était introduit dans sa demeure.

Il l'avait simplement trouvé dans son bureau, un soir. Plongé dans une semi-obscurité qu'il lui avait interdit de lever. Son maître n'aimait pas la lumière. N'étaient vraiment visibles que sa silhouette et l'éclat rougeâtre de ses yeux. Sur le moment, il avait été persuadé être victime d'une mauvaise blague.

Mais quand cette chose avait certifié qu'elle était la cause du déclin subit de la santé de son fils…

C'était à ce moment-là qu'il aurait fallu le repousser, songea-t-il. Le renvoyer dans le néant d'où il est sorti, et ne pas le laisser nous prendre tous en otages !

Oui. Mais que serait-il advenu de Drago ?

Il poussa la porte de son bureau. Quatre hommes attendaient là. Barty Croupton Junior, installé confortablement dans l'un des fauteuils, comme en terrain conquis – il pense que le Lord Noir fera de lui son premier Lieutenant ! Grand bien lui fasse… – Angelius Clements, qui était affecté à la surveillance du Square Grimmaurd, et Oswin Ferguson, affecté à celle de Dumbledore, de part et d'autre de la fenêtre, visiblement impatients d'en finir, et Greyback, aussi crasseux que d'ordinaire et l'air furieusement mécontent, faisant les cent pas dans la petite pièce, figeant les autres dans une attitude de dégoût qu'ils dissimulaient à grand-peine.

« Messieurs… dit-il en guise de salut.
- A-t-elle parlé ? demanda Croupton d'emblée.
- Non. »

Il était irritant de voir ce petit intriguant de Barty lui demander des comptes de cette façon. Il ne l'avait jamais apprécié, jugeant son fanatisme… fatigant. Les personnes comme lui étaient dangereuses. Finalement, le placer au Ministère comme remplaçant de Scrimgeour n'était peut-être pas une aussi bonne idée que cela…

« Elle a reçu de l'aide, de façon… inopinée… poursuivit Malefoy.
- Bah ! Je me chargerai d'elle aussitôt que j'aurai un pied au Ministère ! Je parviendrai bien à la faire venir dans les bureaux des Aurors, non ?
- Elle sera sur ses gardes, Bartemius… Elle n'était pas toute seule. Elle allait parler. C'est juste que quelqu'un s'est chargé de l'emmener avant.
- Qui ? Regulus ?
- Je ne sais pas. Dites-moi plutôt où vous en êtes, coupa Malefoy, se tournant vers les autres hommes. »

Croupton faillit protester. Mais Malefoy lui lança un regard glacial. Il était encore le maître chez lui, non ? Bartemius devait se plier à sa volonté.

« Personne ne s'est rendu Square Grimmaurd hormis votre épouse, dit Angelius Clements. En tous cas, pas cette semaine. » Malefoy s'assit à son bureau et croisa les mains devant lui. Narcissa lui avait assuré qu'il n'y avait rien de suspect chez sa tante, que celle-ci était égale à elle-même. Elle n'avait rien trouvé qui puisse suggéré que Regulus et Sirius aient rendu visite à leur mère. Alors où étaient-ils ?! Son espion, dans les rangs des Aurors, certifiait que personne n'avait approché de la maison de Severus Rogue. Encore une piste qui s'effritait.

« Une piste, concernant Lupin ? » demanda Lucius à Greyback.

Le loup-garou haussa les épaules. Un rictus déplaisant découvraient ses dents jaunâtres. Malefoy l'aurait volontiers chassé de sa demeure… Voilà à quoi il en était réduit ! Composer avec un monstre et un fanatique comme Croupton Jr ! Il en venait à regretter Rogue, sa circonspection, son efficacité, son détachement, son absence de… passion. Il y avait quelque chose de profondément rassurant, dans la manière dont Rogue abordait les choses. Sauf, évidemment, que celui-ci les avait trahis… Si seulement cet imbécile n'avait pas eu la mauvaise idée de retourner sa veste ! Cela n'aurait pas dû l'étonner, que pouvait-on attendre d'un Sang-Mêlé ?!

« Et vous vous présentez devant moi sans rien de concret ?! s'emporta Lucius.
- Vous avez exigé des rapports fréquents, répliqua Greyback d'un ton grinçant.
- Oui, mais pour me faire part de progrès ! Pas pour me dire que vous ne savez toujours pas dans quelle direction chercher ! »

Il soupira et se tourna vers Oswin Ferguson. « Et du côté de Dumbledore ?
- Rien de nouveau non plus. Les Aurors tournent là-bas comme des mouches. Les sortilèges de désillusion ne sont même plus efficaces, tellement ils s'attendent à ce que quelqu'un approche de l'école !
- Et Dumbledore ?
- Il va et vient sans arrêt. Il a passé beaucoup de temps au Ministère.
- Avec Scrimgeour, je présume…
- Et avec le Min… Ex-Ministre de la Magie, oui.
- A-t-il parlé à quelqu'un d'autre en particulier là-bas ? Y a-t-il un Auror qu'il consulte de préférence ?
- Pas que je sache. Je me renseignerai.
- Rien… D'inhabituel, donc ? soupira Lucius, presque désespéré de la maigreur des informations.
- Non, rien. Ah, sauf…
- Oui ?
- Ce n'est peut-être rien, s'empressa d'ajouter Ferguson.
- Dites toujours !
- Il a donné une interview… »

Malefoy fronça les sourcils. La nouvelle était… déconcertante. Pas exceptionnelle en soi, mais Malefoy voyait mal Dumbledore se plier au jeu des journalistes. Et pour dire quoi ? Qu'il désapprouvait la destitution de Millicent Bagnold ?

« Mais pas au Ministère, poursuivait Ferguson. Apparemment, il a ramené cette journaliste… Rita Skeeter… à Poudlard. »

Pour le coup, Lucius fut vraiment étonné. S'il concevait à peu près un Dumbledore lâchant un commentaire au détour d'un couloir, il le voyait vraiment mal invitant un journaliste en tête-à-tête dans les locaux de Poudlard…

« Vous dites qu'il s'agissait de… ? demanda-t-il, intéressé.
- Rita Skeeter. Une journaliste free lance, qui propose parfois ses articles pour la Gazette. Lorsque je l'ai vu s'adresser à elle, j'ai mené ma petite enquête, pour m'assurer de son identité.
- A-t-elle un lien quelconque avec Sirius Black ? Avec un membre de l'Ordre du Phénix ?
- Rien de tout cela, apparemment… Sauf… Qu'elle a été aperçue devant le domicile des Black, après l'évasion.
- Tiens donc…
- Bah ! coupa Croupton. Je ne vois pas ce qu'il y a là d'intéressant ! Des vautours qui tournent autour de la maison des Black et de Dumbledore, il doit y en avoir des dizaines ! Elle cherche le scoop, voilà tout !
- Oui, admit Malefoy, avec un léger sourire. Sauf que Dumbledore ne les invite jamais à converser avec lui dans son bureau de Poudlard… Voilà qui est particulièrement intéressant ! »

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« Oh, le zoli toutou ! s'exclama la fillette en s'accroupissant.
- Il est vraiment mignon », admit la maman, prête à s'extasier elle-aussi.

Oui, bon… Sirius était assurément à craquer, avec ses longs poils soyeux et ses petites oreilles tombantes… mais il restait d'un caractère de chien ! L'avoir affublé d'une laisse rose bonbon l'avait mis sur les nerfs, en plus… La fillette était déjà prête à le couvrir de caresses. Un grondement sourd lui fit définitivement abandonner l'idée. Elle se leva précipitamment et s'accrocha aux jupes de sa mère.

« Oui, il est mignon, admit Rita, mais il a un sale caractère. Je serais vous, j'éviterai de le caresser… Et il est un peu énervé, aujourd'hui. Il a eu son rappel de vaccin ce matin. »

Après un sourire, elle reprit sa route, Sirius trottinant docilement à ses côtés.

Elle était assez fière d'elle. Sirius n'avait plus grand chose de commun avec cet affreux chien noir au poil hirsute qui ressemblait tellement à un Sinistros. Il était beaucoup plus petit, d'un blanc de neige, de longues pattes effilées… Un bien « zoli toutou » ! Sauf, évidemment, que cela n'avait pas adouci le caractère de Sirius. Il l'avait presque mordue, lorsqu'elle lui avait passé la laisse autour du cou !

« Allons, Sirius ! avait-elle dit, alors que ses crocs claquaient à quelques centimètres de sa main. Nous allons traverser le Londres moldu ! Et dans Londres, les gens tiennent leur chien en laisse ! Ce sera plus convaincant comme ça ! Comportez-vous en chien, par pitié ! »

Sirius lui avait adressé un grondement qui aurait été sans doute terrifiant, sous sa forme naturelle. Mais cette adorable petite chose qu'elle avait sous les yeux n'était plus convaincante, quand elle exprimait sa colère.

Elle avait attaché la laisse, et ils étaient partis tous les deux dans les rues de Londres. La fillette et sa mère les avaient abordés alors qu'elle attendait pour traverser l'avenue. Une fois de l'autre côté, Rita se pencha vers Sirius, comme pour rajuster sa laisse.

« Votre animagus vous va comme un gant, Sirius, lui murmura-t-elle à l'oreille. Quel sale cabot vous faites ! Allez, soyez mignon, et comportez-vous comme un brave toutou ! »

Un grondement sourd lui répondit. Elle en rit intérieurement. C'était plus fort qu'elle, elle adorait l'asticoter. D'autant plus qu'il lui était impossible de répondre…

« Nous serons bientôt au Ministère. Avec de la chance, nous trouverons votre Auror… A condition qu'il travaille bien aujourd'hui, et qu'il sorte pour sa pause déjeuner ! Sinon, je ne vois pas comment nous entrerons là-dedans ! Les chiens n'y sont pas admis… »

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« Nous avons vraiment besoin de votre aide, insista Minerva en reposant sa tasse de thé sur la table basse. Je ne serais pas venue vous trouver si tel n'était pas le cas… »

La jeune femme, devant elle, poussa un soupir. Elle était plus que réticente à la proposition qui venait de lui être faite. Elle était même carrément hostile, tout, dans sa physionomie, le trahissait.

« Professeur MacGonagall, dit-elle. Si ma famille a réussi à s'en sortir sans dommages, c'est justement parce que nous sommes restés soigneusement à l'écart de toute considération politique.
- Je le comprends très bien, Andromeda, et je sais que votre situation est difficile…
- Difficile ? J'ai épousé un Ted Tonks ! Ma famille entière m'a reniée pour cela ! Y compris ma sœur Narcissa !
- Non, pas toute votre famille… murmura Minerva. Votre cousin…
- Mon cousin ? Vous voulez parler de Sirius ? Celui qui a trahi son meilleur ami pour les Mangemorts ?!
- Ce n'était pas lui.
- Ah, tiens donc ! »

Elle haussa les épaules d'un air dédaigneux.

« Et vous ne vous en rendez compte que maintenant ? Vous auriez peut-être pu lui épargner Azkaban, non ?!
- C'est un sujet… douloureux… »

Andromeda croisa les bras sur sa poitrine d'un air revêche.

« Je n'ai jamais cru Sirius coupable. Il était trop… Trop rebelle, pour qu'on me fasse avaler que tout cela n'était que comédie.
- Mais vous n'avez pas témoigné en sa faveur, remarqua MacGonagall.
- Comme je n'ai pas témoigné contre Bellatrix, ni contre Narcissa et son époux. Je ne prends pas parti, ni dans un sens, ni dans l'autre. C'est à ce prix que j'achète la paix pour ma famille. »

Quelque chose sonnait faux, dans sa voix. Oui, elle était en paix, songea Minerva. Mais à quel prix ?

« Il ne s'agit pas de grand chose, reprit Minerva sans se décourager. Juste de parler un peu à votre sœur.
- Et vous croyez qu'elle ne verra pas comme suspect que je cherche à la contacter, alors même que Sirius est en cavale ? Et Regulus… »

Elle soupira. Un nouveau poids venait de se poser sur ses épaules.

« Ce pauvre Regulus… murmura-t-elle. Il est donc bien vivant…
- Oui. Et il a choisi le camp de son frère, contre le reste de la famille. A vous de choisir le vôtre, Andromeda !
- Je vous l'ai déjà dit ! Je n'appartiens à aucun camp ! »

Minerva allait protester quand une petite fille fit irruption dans la pièce, déboulant avec cette vitalité exaspérante des jeunes enfants. Elle percuta une lampe sur pied au passage, qu'Andromeda redressa de justesse, se prit les pieds dans le tapis et manqua s'affaler sur les genoux de la visiteuse.

« Oh… murmura-t-elle. Pardon… »

Elle adressa un sourire vaguement contrit au professeur, ses joues rosies par un semblant d'embarras jurant curieusement avec l'orange vif de ses cheveux.

« Ma fille, Nymphadora, présenta Andromeda. Elle est un peu… maladroite. Qu'est-ce que tu veux, mon chou ?
- Jouer dehors. Il fait beau. Et Tommy a de nouveaux pistolets à eau !
- D'accord. Mais ne t'éloigne pas. »

La petite fille quitta la pièce aussi rapidement qu'elle y était entrée.

« Des pistolets à eau ? demanda MacGonagall.
- Un jouet moldu. Nymphadora en est très friande, elle aime… Elle aime les jeux un peu… » Andromeda soupira d'un air découragé. « Elle doit tenir de mon cousin, conclut-elle. Elle passe beaucoup de temps avec notre petit voisin moldu. Vous voyez, Professeur. C'est parce que je reste soigneusement de mon côté que je peux la laisser jouer dehors avec Tommy sans trembler de terreur. Qui s'en souciera, si tout le monde m'oublie ?
- Je comprends, mais…
- Comment réagira Lucius, si je prends contact avec ma sœur ? Et elle ? Rien ne prouve qu'elle acceptera de me voir ! Elle ne m'a même pas envoyé de faire part, à la naissance de son propre fils… »

Il y avait du regret, dans sa voix. Sans doute n'était-ce pas que par tranquillité, qu'Andromeda avait choisi de ne pas prendre parti dans la guerre. Elle répugnait tout simplement à agir contre sa propre famille.

« Narcissa a dit à votre tante que son fils était malade, reprit Minerva posément. Il serait naturel que vous preniez de ses nouvelles.
- Je n'ai pas parlé à ma tante depuis mon mariage avec Ted.
- Mais Narcissa le sait-elle ?
- Je ne sais pas.
- De toute façon, vous auriez pu être inquiète pour votre tante suite à l'évasion de Sirius et reprendre contact avec elle… pour vous assurer qu'elle allait bien.
- Vous avez vraiment réponse à tout, professeur…
- C'est que je n'ai pas tellement le choix ! »

Il y eut un silence. Les deux femmes finirent leur tasse de thé.

« Admettons… reprit Andromeda. Admettons que je contacte Narcissa et qu'elle accepte de me voir… Et ensuite ?
- Je crois qu'il faut y aller doucement. Parlez-lui simplement de son fils. Pour une raison que nous ignorons, Narcissa semble croire que la maladie de son fils est liée au retour de Vous-Savez-Qui… »

XXXXXXX

Rita s'était installée à un angle de rue, de façon à avoir la sortie du Ministère dans son champ de vision. Sirius avait longuement reniflé les alentours, à la recherche d'une quelconque menace. Il n'avait rien identifié de concret. Alors, il s'était assis au pied de la jeune femme. A ruminer sur la façon dont il allait lui faire payer ses humiliations.

Le transformer en chienchien à sa mémère…

Le traîner en laisse…

Balancer des vannes sur sa condition canine, se moquer de son caractère…

Et elle ? Se regardait-elle un peu de temps en temps ? Vindicative, sans gêne, mêle-tout, mythomane… Hargneuse… Exaspérante…

Il fut interrompu dans son énumération par un coup sec sur sa laisse. Cela aussi, il lui ferait payer.

« Les Aurors sortent… »

Pas tous, évidemment. Ceux qui n'étaient pas tenus de garder leur poste dans le quartier des Aurors sortaient pour la pause-déjeuner. En tous cas, une proportion non négligeable de ces hommes et femmes. Il tendit le cou, tous les sens en alerte. Avec un peu de chance…

Bingo ! C'était lui, ce grand homme noir… Il voulut se jeter en avant, mais la laisse le retint en arrière. Stupide bonne femme ! Comment allait-il pouvoir l'aborder, si elle le tenait de la sorte ?! Il pivota, donna un bon coup de croc dans son mollet, et fila, alors qu'elle lâchait la laisse avec un cri de douleur.

Il courut droit sur sa cible, lui sauta à moitié dessus, se faufila entre ses jambes, au risque de le faire tomber.

« Hé ! s'exclama l'Auror, désarçonné. Qu'est-ce que…
- C'est mon chien ! intervint Rita, essoufflée, les larmes aux yeux. Ce fichu chien m'a… » Elle désigna sa jambe endolorie. Sirius était plus que satisfait. Il se sentait un peu vengé. Un peu seulement. Il aurait dû la mordre au sang, tiens !

L'Auror se pencha sur la jeune femme et examina sa jambe, les sourcils froncés. « Peut-être devriez-vous vous faire soigner… ?
- Oh, ce n'est rien ! Et il est vacciné… Je suis désolé qu'il vous ait ennuyé, Mr… ?
- Shacklebolt. Kingsley. Il ne m'a pas fait de mal, ne vous excusez pas. »

Il attrapa la laisse de Sirius, alors que celui-ci s'apprêtait à repasser une nouvelle fois entre ses jambes. « Bon, ça suffit, le chien ! commanda-t-il avec autorité.
- Sirius. »

L'Auror dévisagea la jeune femme avec une surprise non dissimulée.

« Pardon ?
- Il s'appelle Sirius. Mr Shacklebolt… Nous avons besoin de votre aide. »

XXXXXXX

MacPherson referma soigneusement le dossier qu'il venait d'éplucher et le posa sur la pile à côté de lui. Il n'y avait rien trouvé d'intéressant, comme celui qu'il avait compulsé juste avant. De la paperasserie bonne pour les archives… L'enthousiasme qu'il avait ressenti lorsqu'il était entré en possession de ces papiers avait vite décliné, en même temps que se faisaient plus durement sentir les effets de la nuit blanche qu'il venait de passer. Effets qu'il avait dû atténuer à l'aide de l'une des petites pilules qu'il gardait soigneusement dans la poche de sa robe d'Auror.

La sagesse aurait voulu qu'il abandonne. Qu'il rentre chez lui et aille se coucher. Il n'était pas tenu de mettre toute son énergie dans ce travail de fourmi, il n'était pas le seul Auror à pouvoir mettre la main sur les frères Black… si ?

Il était le seul en qui Scrimgeour avait réellement confiance.

Alors, il prit le dossier suivant et l'ouvrit.

Comptes-rendus de l'observation du 12 Square Grimmaurd. Les rapports se succédaient, tous semblables. Des journalistes avaient tourné dans le coin, dans l'espoir d'interviewer Mrs Black. Rien de bien surprenant. Durant la semaine qui avait suivi l'évasion, les journaux n'avaient parlé que des frères Black. Souvent pour ne rien dire, d'ailleurs, faute d'informations véritables. L'engouement populaire s'était émoussé après une série de papiers sur l'enfance de Sirius et Regulus, extrapolée à partir des souvenirs de leurs condisciples à Poudlard. Ce qui n'avait qu'un intérêt fort médiocre, les personnes les ayant connus le mieux ayant toutes disparues – décédées, comme les Potter, ou perdues dans la nature, à l'image de Lupin, ou Rogue. Quant aux professeurs de Poudlard, ils s'étaient bien évidemment abstenus de tout commentaire.

11h47, lut-il, un homme se présente au domicile des Black. Un notaire, du nom de Cripers. Il sera interrogé après son entrevue avec Mrs Black.

Sur le coup, MacPherson crut qu'il avait mal lu. Il lui fallut quelques instants avant de réaliser.

Un homme s'était présenté au domicile des Black le lendemain de l'arrestation de Sirius.

Voilà qui était intéressant…

D'une main fébrile, MacPherson étala le reste du dossier devant lui, à la recherche de l'interrogatoire de cet homme. Il n'y avait rien. Il chercha dans le reste des dossiers, sans trouver aucune référence au nom de Cripers.

Alors, MacPherson comprit qu'il tenait enfin une piste.