Chapitre 15

Le 12 Square Grimmaurd paraissait désert. Sirius fit quelques pas dans le hall, et se tourna vers Kreattur, qu'il interrogea du regard.

« Où sont-ils tous ? lui demanda-t-il. Est-ce que Remus et Harry sont déjà partis ? » Cette pensée ne lui était pas particulièrement agréable. Il voulait voir Harry avant son départ. Et puis… Il devait s'assurer que Remus n'était plus en colère contre lui.

Rita posa sa valise au pied de l'escalier. Elle avait profité du détour qu'ils avaient fait chez elle pour prendre des affaires. Ce qui signifiait qu'elle comptait s'incruster ici pendant quelques temps encore. Sirius ne savait pas si cette idée lui plaisait ou non. Il était vrai qu'elle leur avait rendu de grands services, jusqu'à présent. Et elle n'était pas toujours complètement insupportable non plus…

« Non, répondit l'Elfe. Monsieur Lupin est au salon. Monsieur Rogue, dans la bibliothèque. L'enfant fait sa sieste. Et Maître Regulus est avec ma Maîtresse.
- Merci. »

Sirius se rendit directement au salon. Remus était assis dans un fauteuil, les bras croisés, l'air fermé. Sa tête des mauvais jours. Il jeta à peine un coup d'œil vers le nouveau-venu.

« Tu es toujours fâché ? lui demanda Sirius en guise d'entrée en matière.
- Tu as trouvé ce que tu cherchais ? répondit Remus sèchement.
- Oui. Et tu vois, ce n'était pas aussi dangereux que ce que tu craignais…
- Non, bien sûr… »

Remus soupira.

« Remus… insista Sirius. Tu ne vas quand même pas me faire la tête pour une bêtise pareille…
- Tu continues à faire comme si… comme si… protesta Remus, se levant de son fauteuil. Tu te fiches que nous nous inquiétions pour toi ! Tu agis comme si tu étais tout seul ! Tu sors d'ici en cachette parce que tel est ton bon plaisir… mais tu as pensé à nous ?!
- Je te l'ai dit : je ne peux pas faire comme si Harry n'était pas en danger !
- Mais tu fonces sans prendre le temps de réfléchir !
- Il n'y avait pas à réfléchir, dans ce cas précis !
- Je ne veux pas qu'on te renvoie à Azkaban ! Je ne veux pas que Malefoy mette la main sur toi ! Je ne veux pas qu'un Auror un peu trop zélé te mette définitivement hors jeu ! Sirius… »

Il se passa une main un peu tremblante dans ses cheveux grisonnants. Et Sirius sentit une pointe de remords. Il avait négligé son ami, il n'avait pas songé qu'il puisse être vraiment inquiet pour lui, il en était conscient.

« Tu te lances comme ça, sans assurer tes arrières… reprit Remus. Et nous… Nous, si nous ne pouvons pas te suivre, tu nous laisses derrière…
- Je… »

Sirius avait beau chercher, il ne trouvait rien à dire pour s'expliquer.

« Regulus a pris des risques énormes pour toi, depuis le début. Et il t'a fait un cadeau inestimable : il t'a rendu ta liberté. Et toi… Tu cours au devant des ennuis… Très sincèrement, Sirius ! Il fallait vraiment que tu te précipites au Ministère pour retrouver cet Auror ? Cela ne pouvait pas attendre demain ?
- Vous n'étiez pas d'accord avec le principe, je ne vois pas ce que ça aurait changé, d'attendre demain…
- Mais si, ça aurait changé ! soupira Remus. Nous n'aurions pas eu l'impression que tout était précipité, tu aurais eu le temps de dormir un peu, Regulus aurait eu le temps de se reposer… Harry serait en sécurité avec Dumbledore, et nous aurions pu nous occuper de ce problème tous ensemble.
- D'accord, coupa Sirius, gêné. J'ai compris la leçon, Remus. Tu ne veux pas être laissé en arrière. Je suis désolé. Vraiment. Surtout que… tu avais raison. Ce que j'ai appris ne méritait certainement pas que je me précipite comme je l'ai fait. Mais c'est juste que je me fais du soucis… J'ai tellement peur qu'il arrive du mal à Harry…
- Tu n'es pas tout seul, Sirius, lui rappela Remus d'un ton considérablement adouci. Nous sommes là pour t'aider, Regulus et moi… et Rita… et même Rogue, aussi bizarre et improbable que cela puisse te paraître ! Et Dumbledore aussi. Et sans doute l'Ordre du Phénix. Alors… lève un peu le pied…
- Tu as raison.
- Monte rassurer ton frère. Tu lui dois bien ça. »

Sirius rendit son sourire à Remus. Oui, il avait eu tort, de le négliger, de le sous-estimer. Remus avait toujours été fort, pourquoi cela aurait-il changé ? Il pouvait s'appuyer sur lui. Il tendit la main pour prendre celle de son ami et l'attirer contre lui. Les derniers vestiges de colère de Remus fondirent dans son étreinte.

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« Et nous irons chez Narcissa ce dimanche… Elle a fait retapisser le petit salon en soie gris perle, je suis sûre qu'elle aura besoin de mon avis concernant les rideaux… »

Regulus doutait fortement que Narcissa soit vraiment préoccupée par des histoires de rideaux… Mais sa mère semblait avoir totalement perdu pied avec la réalité. Narcissa avait bel et bien fait retapisser son salon… mais c'était juste après son mariage avec Lucius, et Regulus avait pu juger sur place du résultat. A l'époque, il ne passait pas encore pour mort.

« Vous ne préfèreriez pas que nous passions la journée tous les deux, Mère ? demanda-t-il doucement.
- Mmhhh… »

Regulus tendit la main et prit celle de sa mère. Il regrettait vraiment de ne pas pouvoir avoir de vraie discussion avec elle. Il aurait voulu lui dire à quel point il était désolé de lui avoir fait croire à sa mort. Il aurait aimé aussi qu'elle comprenne ses erreurs. Qu'elle réalise finalement que Sirius avait raison.

Il rêvait d'une cellule familiale ressoudée, sans son père, certes, mais avec Sirius…

« Je n'ai rien à me mettre, reprit Mrs Black. Il faudrait que je fasse venir Pétronille… Il y a longtemps que je n'ai plus eu de robe neuve… »

Regulus retint un soupir, alors que la porte de la chambre de sa mère s'ouvrait. Il s'attendait à voir Kreattur, mais ce fut Sirius qui entra.

« Tu es rentré… » dit-il simplement.

Il n'était pas d'humeur à se chamailler avec Sirius. Il se sentait… Triste. Une partie de lui avait cru que tout s'arrangerait une fois Sirius sorti de prison, qu'il serait moins seul. Les deux années qu'il avait passées caché dans le monde moldu l'avait poussé à se renfermer sur lui-même, et il étouffait. Il voulait… Il ne savait pas, au juste. Il s'était leurré. Un gouffre l'avait séparé de Sirius pendant si longtemps, il était illusoire de penser qu'ils pourraient finalement se comprendre. Et s'accepter.

« Bonjour, Mère », dit Sirius, se tournant vers la vieille femme. Son ton était tout ce qu'il y avait de plus formel. « Sirius… dit celle-ci, ouvrant des yeux vaguement surpris.
- Comment allez-vous ?
- Bien, évidemment, quelle question ! Mieux que ton frère, de toute façon ! Le pauvre enfant est épuisé ! Que lui as-tu donc fait, encore ?!
- Pardon ?
- Mère… soupira Regulus.
- Tu as ta tête des mauvais jours, Regulus, celle que tu as toujours fait quand ton frère faisait exprès de t'ennuyer ! Pourquoi fais-tu cela, Sirius ?! Parce qu'il est sage et discipliné, ce que tu ne supportes pas ?
- Je ne suis pas monté pour me disputer avec vous, coupa Sirius.
- Non, bien sûr, répliqua Mrs Black. Tu as cette façon de faire très subtile, qui nous oblige à te remettre dans le droit chemin… et tu cries ensuite au harcèlement ! Depuis que tu fréquentes ce Potter… »

La discussion partait de travers. Regulus se leva, prêt à couper court. Sa mère n'avait plus la notion du temps. Sans doute se croyait-elle quelques années en arrière, face à un Sirius adolescent et fortement remonté contre la famille…

« Je n'aime pas ces fréquentations que tu as ! poursuivait-elle. Et je n'aime pas la façon dont tu traites ton frère ! »

Sirius ouvrait déjà la bouche pour répondre. Regulus fut plus rapide. Il l'attrapa par le bras et l'entraîna fermement vers la sortie.

« Elle ne changera jamais… grommela Sirius, alors qu'il refermait la porte derrière eux.
- Le traitement que nous lui infligeons ne l'aide pas, dit Regulus.
- La belle excuse ! Elle a toujours été à moitié folle !
- Sirius… »

Il soupira, un peu plus désabusé encore. Il n'avait qu'une envie, maintenant, c'était de remonter dans sa chambre. S'enterrer sous ses couvertures, et faire le mort.

« Tu as trouvé quelque chose ? demanda-t-il pourtant.
- Oui. Et ce n'est pas une bonne nouvelle. Le type qui a cambriolé les Lestrange est mort à Azkaban.
- Ah… Et pas de trace de la coupe ? »

Sans doute aurait-il dû montrer plus d'intérêt pour la nouvelle. Mais il se sentait trop vide pour cela.

Sirius le regardait avec une intensité dérangeante, maintenant. Sans doute allait-il se fâcher de son manque d'entrain… Sirius se fâchait tout le temps, ces derniers temps…

« Je sais que je n'aurais pas dû faire ce que j'ai fait, dit-il cependant, prenant Regulus au dépourvu. J'ai été… Trop pressé, comme toujours. Tu étais inquiet ?
- Evidemment, que j'étais inquiet ! fit Regulus, détournant le regard. Tu n'auras pas de seconde chance, Sirius. Si tu es repris, tu es condamné à mort. Et je ne pourrai rien faire pour te sauver.
- Je sais… Je suis désolé, Regulus. Je me rends compte… »

Sirius était gêné. C'était suffisamment rare pour que Regulus se sente déstabilisé. « N'en parlons plus, coupa-t-il. La prochaine fois, tu nous écouteras un peu plus, c'est tout.
- Oui…
- Alors, à propos de ce voleur, qu'est-ce que tu disais ? »

Il se sentait le cœur plus léger. Il pouvait compter les fois où Sirius s'était excusé sur les doigts d'une main. Qu'il le fasse maintenant montrait que les choses changeaient quand même, et dans le bon sens, même si cela n'était pas aussi rapide qu'il l'aurait souhaité.

Sirius enfonça sa main dans la poche de sa robe et en sortit un petit morceau de parchemin plié.

« L'Auror a trouvé un nom, dans les archives. Le nom de l'homme qui a été accusé du cambriolage de la maison des Lestrange. Mais apparemment, personne ne sait où se trouve le butin. Et l'homme en question est mort à Azkaban. »

Regulus baissa les yeux sur le papier et frémit. « Bon sang… » murmura-t-il, abasourdi.

Oui, cet homme était mort. Dans ses bras. Abattu par cette brute de Cole (1).

« Tu le connaissais ? demanda Sirius, sensible au changement de sa physionomie.
- Oui. Il travaillait avec Isabelle à l'infirmerie. Tu as dû le voir toi-aussi. Un petit homme, âgé.
- Oui, ça me dit quelque chose…
- Oh, flûte !
- Quoi ? demanda Sirius, pâlissant légèrement.
- Il a laissé une piste !
- Une piste ? A toi ? Il t'a dit où était son butin ?
- Non, pas tout à fait… Il m'a donné… Pattenrond. Il a dit : « Pattenrond sait où il est. » Et il est mort… »

Les deux frères se regardèrent en silence.

XXXXXXX

« Tu plaisantes ! s'exclama Severus, dévisageant Regulus avec des yeux ronds. Ce chat saurait où se trouve la coupe ?! Et comment ?!
- Je ne sais pas, répondit Regulus.
- Alors, comment procède-t-on ? poursuivit Severus, hargneux. On trouve l'animal, et puis ? On le suit à la trace jusqu'au trésor ?! C'est franchement ridicule ! Ton vieux n'avait plus toute sa tête, c'est tout ! »

Regulus se frotta la nuque d'un air las. Son frère, lui, était profondément enfoncé dans ses pensées. Au moins, il la fermait. Severus n'était pas d'humeur à supporter ses idioties. Sa main l'élançait encore, malgré la potion anti-douleur de Kreattur. Et il était encore profondément troublé par ce qu'il avait vu, en tentant de détruire le médaillon. Et encore plus troublé que Lupin en ait été témoin.

« Je ne pense pas que ça soit cela, Severus, contra Regulus doucement. C'était… C'était quelqu'un de sensé.
- Après avoir passé vingt ans à Azkaban !
- Il n'était pas en Haute Sécurité, il n'a pas eu affaire de façon permanente aux Détraqueurs, expliqua Regulus.
- Alors ? Qu'est-ce que tu proposes ?! » lui lança Severus, exaspéré.

Il y eut un nouveau silence, finalement rompu par Sirius.

« Il faut de toute façon retrouver ce chat.
- Ah ah ! J'étais sûr que tu allais dire une chose comme ça ! Prêt à foncer, comme toujours ! Tu ne te demandes même pas si ce type n'a pas raconté n'importe quoi ?!
- Je connais Pattenrond. Je t'assure qu'il est intelligent. »

Severus aurait pu s'étrangler de rire, si la situation n'avait pas été aussi pathétique. Sirius Black vantant les mérites intellectuels d'un chat… !

« Oui, vous avez dû avoir des conversations passionnantes, dans ta jolie cellule ! Tu l'invitais à prendre le thé, c'est cela ?
- Ce n'est pas drôle, Severus, le contra aussitôt Regulus. Nous avons un vrai problème. Et je suis d'accord avec Sirius. Si Zacharius voulait que je prenne le chat, c'était pour une bonne raison. Quant à savoir s'il pourra réellement nous indiquer où se trouve la coupe… »

Lupin soupira et se leva du canapé.

« Il est presque dix-sept heures… Il est temps de se préparer pour Poudlard…
- Tu es sûr que tu veux y aller ? demanda Sirius, tournant les yeux vers son ami.
- Oui. Harry a confiance en moi. Et si je me fais arrêter, je risque moins que toi.
- Pas sûr… grommela Black.
- Je ne suis pas recherché pour meurtre…
- Ah oui ? fit Severus, dédaigneux. On te soupçonne d'avoir massacré les Dursley ! D'avoir mangé leur gosse légitime ! »

Lupin ne releva pas. Il semblait même plus déterminé que jamais. Fichus Gryffondors… Severus, lui, était bien décidé à ne pas bouger de son fauteuil. Il avait assez donné comme cela…

« Tu n'iras pas courir derrière le chat pendant mon absence, hein ? dit Remus à son ami.
- Non. L'urgence, c'était d'accéder aux archives avant que le nouveau chef des Aurors ne nous barre la route. Maintenant que nous avons le renseignement… »

Il haussa les épaules. Un tel manque de pugnacité était surprenant de sa part, songea Severus. Mais peut-être était-il simplement trop fatigué.

« Tu viens m'aider à préparer Harry ? proposa Lupin à Sirius.
- Très bien… »

Ils quittèrent la pièce, laissant Severus en la seule compagnie de Regulus.

« Tu es conscient que c'est voué à l'échec, suggéra-t-il.
- Toujours pessimiste, Severus…
- Réaliste, plutôt. Franchement… Tu y crois, toi, à ce chat détecteur de trésor ?
- Il n'est pas qu'un chat. Il est… Il a des aptitudes surprenantes… Je crois qu'il pourrait effectivement nous aider à localiser la coupe. Mais à condition qu'on l'aiguille sur le bon chemin.
- Ce qui revient à dire qu'il nous est inutile. Ton Zacharius n'a rien dit d'autre ?
- Il a marmonné un truc… ça ressemblait à un nom. Mais il était en train de mourir, je n'ai pas saisi ce que c'était.
- Et il n'a jamais rien mentionné avant sa mort ?
- Non. Et cela, j'en suis sûr.
- Donc, personne ne pourra jamais nous dire où est cachée la coupe. Le seul qui le savait est mort. Et tu me traites de pessimiste ! »

Regulus ne répondit pas tout de suite. Il fronça les sourcils, son front se plissant comme sous l'effet d'une intense réflexion. Severus n'aimait pas du tout lorsqu'il avait cet air-là. Et il aima encore moins le léger sourire qui fleurit sur ses lèvres.

« Regulus…
- Pessimiste, je t'assure… »

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« Il me manque un dossier ! hurla McPherson au visage du pauvre Auror qui lui faisait face, dans l'âtre de la cheminée. Je ne veux pas que tu me baragouines des excuses, Corey, je veux juste savoir où il pourrait se trouver ! C'est toi, qui est chargé de les archiver !
- S'il n'est pas sur mon bureau, c'est que je ne l'ai jamais eu entre les mains ! protesta celui-ci, avant de se détourner pour tousser.
- Tu es en arrêt jusqu'à quand ?
- Je reviens théoriquement dans deux jours…
- Deux jours… ! C'est trop tard ! J'ai besoin de cette réponse tout de suite !
- Ecoute, McPherson, je comprends que tu sois… énervé… mais je n'y suis pour rien ! Je ne fais que classer ce qu'on me donne ! Et si ce n'est pas classé, ou sur mon bureau en attente de classement, c'est qu'on ne me l'a pas donné ! Tu es allé voir l'Auror censé avoir écrit ce dossier ?
- Je ne sais pas qui a écrit ce dossier ! Je sais juste qu'il existe !
- Alors je ne vois pas comment t'aider… »

Il se mit à tousser une nouvelle fois, comme pour bien signifier à l'inspecteur qu'il était vraiment malade.

« D'accord. » McPherson coupa la communication avec brusquerie. Il détestait voir son travail retardé par des questions de papiers mal rangés, de procédures non suivies. Comment pouvait-il être efficace, si les enquêtes n'étaient pas menées avec ordre et rigueur ?!

« Calme-toi, McPherson, tu vas nous faire une attaque, lui dit Smither, son co-équipier.
- Il y a un dénommé Cripers, qui s'est présenté au 12 square Grimmaurd juste avant que Black ne s'échappe du Ministère. Cet homme a forcément été questionné par nos services. Je ne comprends pas comment on a pu perdre ce compte-rendu !
- Le jour où Sirius nous a faussé compagnie, tu dis ? fit Smithers. Attends… »

McPherson tendit le cou vers lui, subitement attentif.

« Oui ?
- Ce jour-là… Scrimgeour avait fait fermer le Ministère…
- A ma suggestion, oui. Ce qui n'a pas empêché Black de recevoir de l'aide de quelqu'un !
- Certes. Mais les portes étaient fermées à tout le monde. Y compris aux Aurors en mission à l'extérieur. Donc… Ton bonhomme n'a pas dû être interrogé dans nos locaux.
- Il a été interrogé à Scotland Yard ! réalisa l'Inspecteur.
- Ce qui explique que ton compte-rendu ne soit pas dans nos archives. Il a dû être oublié là-bas, au moment où on battait le rappel, quand Regulus Black est passé à l'attaque.
- Tu as raison ! s'exclama McPherson, tout excité. Il est certainement là-bas ! »

Il saisit sa baguette magique, et transforma sa robe d'Auror en uniforme de policier moldu.

« J'y vais tout de suite ! Si on me cherche…
- Pas de soucis !
- Merci, Smithers !
- Pas de quoi. »

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« Et tu seras bien sage, hein, Harry, dit Sirius, en serrant l'enfant contre lui. Il est important que tu le sois. Tu ne dois pas parler, tu ne dois pas pleurer. Tu comprends ? »

Le petit garçon fit oui de la tête, l'air un peu perdu.

« Il y a des gens méchants, dehors, qui te veulent du mal. Je sais que ça fait peur, insista Sirius. Mais tout ira bien si tu fais tout ce que te dit Remus. Tu sais que Remus ne laisserait personne te faire du mal, hein ?
- Oui… murmura Harry de sa petite voix incertaine.
- D'accord. Tu es un grand garçon, tu es aussi courageux que ton papa et ta maman. Nous nous reverrons très bientôt, Harry. »

Il embrassa l'enfant, avant de le passer à Lupin. Celui-ci referma ses bras sur lui d'un air décidé. « Ne t'en fais pas, Patmol, tout va bien se passer.
- Oui, bien sûr. Dumbledore prendra soin de lui. Il sera bien, à Poudlard… »

Sirius n'en avait pas du tout l'air convaincu. Ou peut-être était-ce juste qu'il était triste de devoir se séparer de l'enfant ? Rita était certaine qu'il éprouvait une vraie tendresse pour lui.

« Sois sage, pendant mon absence, dit Lupin à Sirius, avec un sourire.
- Je le surveille, Remus, fit Regulus. Pars sans crainte. »

Le jeune homme lui adressa un signe de tête. Sirius lui jeta la cape d'invisibilité sur les épaules, et Kreattur s'agrippa à lui pour transplaner.

« Je suis sûre que tout va bien se passer, Sirius, assura Rita.
- Oui. C'est juste… » Il ne finit pas sa phrase. C'était inutile. Il s'inquiète pour son ami, il s'inquiète pour le petit, il passe son temps à s'inquiéter pour quelqu'un, se dit la jeune femme. Pas étonnant qu'il soit toujours sur les nerfs ! Elle lui tapota le bras d'un air compatissant, qui arracha un grognement à Severus Rogue. « Arrêtez ça, la prévint Sirius.
- Quoi donc ?
- D'écrire vos sottises dans votre tête ! Je sais que c'est ce que vous faites ! Pour vos articles !
- Sirius, coupa Regulus. Maintenant que Remus et Harry sont partis, je voudrais… »

Subitement plus intéressée par Regulus que par les jolies phrases à fendre l'âme qu'elle pouvait imaginer concernant Sirius, Rita se tourna vers le jeune homme.

« J'ai pensé à une chose, dit Regulus.
- Regulus… prévint Rogue, l'air franchement menaçant.
- Tu l'as dit toi-même, Severus ! Le seul à pouvoir nous répondre, c'est Zacharius lui-même !
- Zacharius est mort, Regulus, dit Sirius.
- Et alors ? » sourit Regulus.

Rita avait du mal à comprendre où Regulus voulait en venir. Mais elle n'aimait pas son sourire. Et elle aimait encore moins l'effet que ses paroles semblaient avoir sur Rogue. Le sorcier semblait prêt à exploser. Jusqu'à présent, seul Sirius paraissait capable de le mettre dans un état pareil. Que Regulus le mette en colère n'augurait certainement rien de bon.

« Je ne te suis pas, Regulus, répondit Sirius, hésitant.
- Nous avons des questions à poser, autant le faire directement à l'intéressé ! » conclut Regulus.

Voilà qui va être passionnant, songea Rita.

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Sirius n'appréciait pas du tout la situation. Et il n'était pas le seul. Rogue semblait aussi réticent que lui-même. Seule Rita, assise dans un coin du salon, un paquet de parchemins sur les genoux, paraissait plus excitée qu'anxieuse.

Cette fichue bonne femme était décidément hors normes… Rien ne semblait jamais la surprendre, ni l'effrayer, ni la dégoûter.

Lui-même se sentait à la fois effrayé et vaguement dégoûté par ce qui allait sans doute se passer…

Il aurait préféré que Rita n'assiste pas à cela. Mais elle avait insisté, leur présentant un argument imparable : il valait mieux que quelqu'un soit là pour prendre des notes, de façon à être sûrs de ne rien oublier ensuite ! Et elle était parfaitement qualifiée pour cela ! Comme Regulus n'y voyait pas d'inconvénient, et que Rogue, apparemment, s'en fichait comme d'une guigne, Sirius s'était résigné à la voir s'asseoir dans son coin, avec cet affreux air avide sur le visage, la plume prête.

Lui-même s'était assis à la table, Regulus à sa droite, et Rogue à sa gauche. Ils se tenaient par la main. Ou plutôt, il tenait la main de Regulus et se contentait de connecter le bout de ses doigts à ceux de Rogue, qui paraissait aussi peu content que lui de ce contact forcé.

« Tu es vraiment sûr de ce que tu fais, Regulus ? demanda-t-il à son frère pour la énième fois.
- Arrête de t'inquiéter, Sirius, c'est sans danger ! Même les moldus, le font !
- Les moldus font tout un tas de choses dangereuses ou stupides… grogna-t-il.
- Il le sait, coupa Rogue d'un ton sec.
- Ce n'est pas très différent de parler aux fantômes de Poudlard, tu sais, assura Regulus.
- Sauf que Zacharius n'est pas un fantôme, qu'il est vraiment totalement mort !
- Oui, comme la vieille tante Belvina ! Et elle me parle depuis que je suis tout gosse ! Laisse-moi faire, Sirius. Il faut que je me concentre.
- Tu te concentres… Et ensuite ? Que va-t-il se passer ? demanda Sirius, avec une pointe d'appréhension.
- Normalement, Zacharius devrait se manifester.
- Il va apparaître là, dans le salon ? demanda Rogue d'un ton léger qui sonnait faux.
- Non, répondit Regulus. Il n'a aucune matérialité, il lui faut un ancrage. Il passera par moi.
- Par… toi… ? murmura Sirius.
- Quand il sera là, pose-lui tes questions, Sirius. »

Sirius poussa un profond soupir. Non, il n'aimait pas cela…

Le silence, dans le salon, devint particulièrement tendu. Lourd, oppressant. Sirius retenait son souffle, Rogue faisait de même, et sans doute Rita également. Regulus, lui, respirait doucement. Il avait fermé les yeux, et sa tête finit par basculer légèrement sur le côté, comme s'il s'endormait. Sa main, dans celle de Sirius, était parfaitement lâche. Sirius fut presque tenté de rire. Pas que la situation soit spécialement drôle, non. Il se sentait juste trop nerveux.

Un frémissement, sur le visage serein de Regulus. Sirius fronça les sourcils, un peu plus inquiet. Il sentit ses bras se couvrir de chair de poule, ses poils se hérisser. Et il eut la certitude que quelque chose était en train de se produire. Il ouvrit la bouche, à moitié déterminé à faire cesser l'expérience, mais les doigts de Rogue, le regard noir, broyèrent les siens.

Regulus poussa un profond soupir. Et d'un seul coup… Ce ne fut plus Regulus… Plus vraiment. Avec stupeur, Sirius vit le visage de son frère se transformer. Non, ce n'était pas exactement cela. C'étaient toujours ses traits, qu'il voyait… Mais ils étaient comme voilés. Comme si un autre visage se superposait sur le sien. Moins marqué, flou, en surimpression.

Deux yeux qui n'étaient pas ceux de Regulus se tournèrent vers lui, battirent des paupières. Et une voix rocailleuse jaillit des lèvres de son frère. Une voix qui ne lui était pas familière.

« Bah… Où j'suis ?! »

1 Voir « Azkaban Break », chapitre 36… Je sais, ça remonte à bien loin !

Ouf ! Voilà plus de deux ans que je l'ai imaginée, cette dernière scène ! Zacharius n'est pas ressucité, Molly1, mais il revient quand même d'entre les morts... Contente ?