Chapitre 16

« Vous êtes bien Zacharius Dawkins… ? » demanda Sirius, après avoir repris son souffle. Sa voix tremblait légèrement, mais sa peur se doublait maintenant d'une sorte d'excitation. Aussi stupéfiant que cela puisse être, Regulus semblait avoir réussi. Il avait vraiment ce pouvoir-là, contacter les morts…

« Oui, c'est moi, dit l'homme, tournant la tête vers lui. Eh, j'vous connais, vous… J'vous ai déjà vu… à Azkaban ? »

Son front se plissa, et il eut l'air anxieux.

« Je suis pas encore à Azkaban, hein ?! Je suis pas revenu là ?!
- Non, vous n'êtes pas à Azkaban », répondit Sirius, embarrassé. L'homme était-il conscient d'être mort ? Comment poursuivre le dialogue sans aborder cette épineuse question ?

« Nous avons besoin d'un renseignement, intervint Rogue. C'est pourquoi nous vous avons fait venir.
- Vous voulez le trésor. Ah, évidemment ! renifla le vieil homme avec une sorte de dédain.
- Pas exactement, corrigea Rogue sèchement. Nous voulons juste un objet. Nous pensons que vous l'avez dérobé, nous voulons le récupérer.
- C'est quoi ?
- Une petite coupe, dit Sirius. Une coupe qui appartenait à Helga Poufsouffle.
- Vous savez, des objets, j'en ai volé des tas… remarqua Zacharius, l'air ennuyé.
- Elle était chez les Lestrange, insista Sirius, refusant de se laisser démoraliser. Leur maison a été dévalisée il y a vingt ans, de cela… »

Il y eut un silence. Le visage du vieil homme devint un peu plus flou, et Sirius crut un instant qu'il allait partir. « S'il vous plaît ! dit-il. Vous avez dit à mon frère qu'il avait besoin du chat…
- Pattenrond ?! s'exclama Zacharius. Pattenrond est là ?! Est-ce que vous vous occupez bien de lui ?
- Euh…
- Comment ce chat pourrait-il nous aider à retrouver la coupe ? » coupa Rogue.

Evidemment, Rogue n'était pas du genre à se laisser démonter par des réflexions concernant un chat…

« Je me souviens pas d'avoir donné Pattenrond… à qui, vous dites ? demanda Zacharius.
- Vous avez fait sa connaissance à Azkaban, expliqua Sirius, qui sentait sa patience s'effriter, à l'image de celle de Rogue. Finnigan Fox.
- Oh… »

Le vieil homme hocha la tête, l'air un peu triste.

« Je me souviens… Il était là quand c'est arrivé… Il a essayé de me sauver, c'est un brave garçon… Je lui ai dit de prendre Pattenrond, il ne fallait pas qu'il reste tout seul…
- C'est pour cela que vous avez dit que le chat pouvait trouver le trésor ? fit Rogue sèchement. Pour vous assurer qu'il allait s'occuper de votre matou ?
- Hein ? Bien sûr que non ! s'insurgea Zacharius. Il peut vraiment le faire ! Je lui ai dit comment procéder !
- A votre chat… ! marmonna Rogue, d'un air profondément sceptique.
- Toi, mon gars, t'es fichtrement pas aimable ! grogna le vieil homme, tournant la tête vers Rogue. J'ai pas très envie de parler avec toi !
- C'est vrai, il n'est pas très aimable, acquiesça Sirius. Il a toujours été du genre grognon…
- Il me prend de haut ! poursuivit Zacharius, remonté. T'as quel âge, mon gars ? Pas plus de vingt-cinq ans, je présume ! On t'a pas appris le respect des aînés ?! Je pourrais être ton grand-père ! »

Sirius vit le visage de Rogue pâlir dangereusement. Il était temps qu'il dévie la conversation de lui, avant que les choses ne dérapent…

« Je connais bien Pattenrond, dit-il à Zacharius. Il venait souvent dans ma cellule. Cela ne m'étonne pas, que vous ayez eu des liens si forts, il est particulièrement doué pour la communication… »

La bouche de Rogue se tordit, et Sirius crut qu'il allait éclater de rire. Tout cela devait lui sembler absolument ridicule.

« Il est à moitié fléreur, vous savez, dit le vieil homme. Si vous l'amenez là-bas, il pourra trouver le trésor.
- Où, « là-bas » ? demanda Sirius, retenant son souffle.
- Mais je l'ai dit à ton frère, non ?!
- Apparemment, il n'a pas très bien compris… S'il vous plaît, Mr Dawkins…
- Dans la forêt de Hafren… Au Pays de Galles. Inutile d'utiliser la magie, j'ai suffisamment protégé mon trésor pour le mettre à l'abri des sorciers. Mais le flair de Pattenrond, lui…
- C'est là-bas, alors ? insista Sirius, le cœur battant.
- Mais où, dans la forêt ? murmura Rogue. Même avec le chat, on risque de perdre un temps fou à la parcourir…
- Suivez la rivière Severn.
- Merci Mr Dawkins…
- Ah… Pas de quoi… Je suppose que c'est mieux comme ça, de toute façon, là où je suis, je n'en ai pas besoin… Saluez le p'tit gars de ma part… Il a fait son possible pour me venir en aide, dites-lui que je le remercie pour ça. Et que je regrette rien.
- Je lui dirai… »

XXXXXXX

McPherson avait pratiquement retourné les bureaux de Scotland Yard pour retrouver le compte-rendu d'interrogatoire de ce Mr Cripers. Sous l'œil dubitatif et vaguement inquiet de ses collègues moldus, il avait fini par brandir le dossier tant souhaiter, un sourire jusqu'aux oreilles. Enfin ! Il allait avoir ses réponses !

Il s'éclipsa aux toilettes avec son dossier et transplana.

Smithers le rejoignit sitôt qu'il le vit entrer dans son bureau. « Alors ? lui demanda-t-il.
- Tu avais vu juste. Et je vais enfin en savoir plus sur ce mystérieux bonhomme… C'est Williamson, qui a pris sa déposition.
- Il est encore à Sainte-Mangouste. Il a reçu un pan de mur sur la tête, alors qu'il venait en renfort, quand Regulus Black a attaqué le Ministère.
- A croire que tout joue contre nous… soupira McPherson en ouvrant le dossier. S'il n'avait pas été blessé, il aurait sans doute songé à récupérer son rapport à Scotland Yard, et je l'aurais déjà lu…
- Au moins, ça prouve qu'il n'y a pas eu de défaillance de notre part, remarqua Smithers, haussant les épaules. On ne peut pas lui reprocher de ne pas être sorti du coma pour nous indiquer qu'il avait un rapport en attente chez les moldus…
- Mmmhhh… »

McPherson l'écoutait à peine, déjà occupé à lire le compte-rendu qu'il avait sous les yeux. Un interrogatoire tout ce qu'il y avait de plus basique. A l'annonce de l'évasion de Sirius Black, ce monsieur Cripers, notaire, venait prendre les dernières décisions de Mrs Black concernant son testament… Apparemment, celle-ci voulait s'assurer que ses biens iraient directement à sa nièce, Narcissa Malefoy. McPherson ne comprenait pas pourquoi. Il se souvenait parfaitement de la vieille femme, il l'avait interrogée, après l'arrestation de Sirius. Profondément ancrée dans ses préjugés, elle lui était apparue comme une réelle partisane de l'idéologie du Lord Noir. Si elle avait été plus jeune, l'inspecteur l'aurait volontiers envoyée à Azkaban avec son fils aîné. Sauf, évidemment, qu'il n'avait rien à lui reprocher de plus concret. Elle était à moitié folle, haineuse, mais pas véritablement dangereuse.

Pourquoi une femme pareil avait-elle déshérité son fils, Mangemort et proche du Lord Noir ?

C'est incompréhensible… Sauf si Sirius Black n'est pas celui qu'on imagine. Sauf si Sirius n'est pas coupable…

Il écarta la pensée parasite de son esprit. Pour le moment, il devait se concentrer sur ce Mr Cripers…

« Smithers, vérifie qu'il existe bien une étude notariale du nom de Cripers, Cripers et Chambers », lança-t-il à son co-équipier, avant de reprendre sa lecture.

L'homme s'était présenté vers midi au 12 Square Grimmaurd, où il avait été alpagué par une journaliste. Il avait promis aux Aurors de répondre à leurs questions sitôt son entrevue avec Mrs Black achevée. Il était reparu deux heures plus tard. A 15 heures, il répondait aux questions de Williamson dans les locaux de Scotland Yard.

Brusquement intéressé, McPherson se pencha plus avant sur le reste du compte-rendu. L'homme avait quitté Scotland Yard juste avant que Regulus Black ne s'attaque au Ministère…

« Pas de Cripers, et Cripers et Chambers , lui indiqua Smithers.
- Je l'aurais parié ! s'exclama McPherson. Qui est disponible ?
- Pardon ?
- Ce Cripers… Je ne sais pas exactement qui s'était, mais ce n'était pas un notaire. Ce qui signifie…
- Que c'est un allié des Black ?
- Je crois qu'ils sont Square Grimmaurd. Les Mangemorts sont retournés chez leur folle de mère… »

XXXXXXX

Harry ne se sentait pas à l'aise du tout. Il s'accrochait au cou de Remus, s'efforçant de ne pas faire de bruit, comme le lui avait demandé son parrain… Mais il avait très envie de pleurer.

Il n'avait pas tout compris de la situation. Juste qu'il devait aller vivre ailleurs, dans une maison qu'il ne connaissait pas. « Avec un vieux monsieur très gentil », lui avait dit Remus. Tout ce qu'il voyait, lui, c'était qu'il serait séparé de Sirius. Et que Remus ne resterait pas non plus avec lui.

Le professeur Dumbledore s'occupera bien de toi, lui avait promis Sirius en l'aidant à s'habiller. Il te protégera. Avec lui, personne ne pourra te faire du mal.

Harry pensait, lui, que Remus et Sirius le protégeaient bien assez à eux-deux, qu'il n'avait pas besoin de ce vieux bonhomme inconnu. Et puis… Il aimait quand Remus le prenait sur ses genoux pour lui raconter des histoires, il aimait sentir ses bras se refermer sur lui pour un dernier câlin avant de dormir. Et il aimait quand Sirius s'efforçait de le faire rire, parce qu'il voyait bien que dans ces moments-là, son parrain était heureux. Et s'il était heureux, c'était parce qu'il tenait à lui, non ? Harry n'avait jamais connu cela chez son oncle et sa tante.

Il allait devoir quitter Sirius et Remus pour vivre avec un inconnu…

Il n'avait pas osé leur dire qu'il ne voulait pas. Un moment, après avoir vu ce qu'il avait vu dans la bibliothèque, il avait quand même pensé que c'était bien de partir de la maison. Et puis, il ne verrait plus le sorcier au grand nez… Lui, il ne l'aimait pas. Surtout parce qu'il faisait crier Sirius tout le temps. Il ne verrait plus non plus la vieille dame qui parlait toute seule… Mais il ne verrait plus non plus Kreattur. Harry aimait bien Kreattur, il le trouvait drôle à regarder, avec ses grandes oreilles… Et puis, finalement, il était plutôt gentil, avec lui.

Infiniment plus gentil que son cousin Dudley…

« Ça va aller, Harry, lui murmura Remus à l'oreille. Nous sommes bientôt arrivés. Il va falloir être très silencieux, il y a plein de monde, près de la grille, ils ne doivent pas nous entendre. »

Harry tourna la tête pour regarder par-dessus son épaule. A travers la cape, il apercevait des gens, effectivement. Ils étaient tous plus ou moins massés près d'une haute grille qui barrait l'entrée d'un parc.

« C'est Poudlard, continua Remus. C'est là que tu vas vivre, avec le professeur Dumbledore… Il est bientôt l'heure, il ne va plus tarder… »

Harry s'accrocha un peu plus fort à lui. Reste avec moi…pensa-t-il.

XXXXXXX

« C'est bientôt l'heure », fit remarquer Minerva. Dumbledore ne releva pas. Les mains croisées derrière le dos, il regardait les grilles qui fermaient le parc de Poudlard. Minerva quitta la porte de l'école pour le rejoindre sur le perron.

« Il y a beaucoup de monde… dit-elle.
- Des curieux, des journalistes, des Aurors… et peut-être même quelques Mangemorts, murmura Dumbledore. Passer au travers d'eux ne sera pas facile, même avec la cape d'invisibilité…
- Ils viendront ?
- Si Sirius et Remus tiennent vraiment à la sécurité de l'enfant… oui, ils seront là. Nous leur avons offerts cette opportunité, ils la saisiront. Quand j'ai parlé à Sirius au Ministère, il était essentiellement préoccupé par Harry. Il était condamné au baiser du Détraqueur, et tout ce qui l'inquiétait, c'était protéger Harry.
- Et cela vous a convaincu de son innocence.
- Cela entre autres choses…
- Il ne reste plus qu'à espérer que cette journaliste ait bien passé le message, alors. »

Dumbledore ne répondit pas.

« Ils vont se douter de quelque chose, non, s'ils vous voient à la grille ? Je veux dire, les Aurors. Ou les Mangemorts.
- Je vais ouvrir les grilles et m'avancer au milieu d'eux. Attirer leur attention sur moi. Cela laissera sans doute le champ libre pour Sirius et Harry. »

Dumbledore soupira.

« Il faut que je trouve un moyen de les faire tous venir ici. Sirius et Remus, mais aussi Severus et le cadet des Black. Et peut-être même la journaliste. J'ai peur pour elle-aussi…
- Comment ? Il y a le passage sous le saule…
- La cabane hurlante est surveillée nuit et jour, je l'ai vérifié. Pettigrow a dû révéler son secret à ses nouveaux amis... »

La bouche de Minerva se tordit dans une grimace. Que ce misérable ait pu trahir les Potter et faire condamner Sirius à sa place… Elle était révoltée.

« Il est temps, déclara Dumbledore. J'y vais. »

XXXXXXX

McPherson exultait. Il était persuadé d'avoir enfin une piste. Il regarda les huit Aurors qu'il avait réussi à regrouper d'un air critique. Il aurait préféré avoir recours aux Brigades des Tireurs de Baguette d'Elites. Mais puisque les Aurors étaient temporairement dépourvus de chef, personne n'ayant été officiellement nommé à la succession de Scrimgeour, il aurait dû avoir recours directement à Fudge. Ce qui signifiait remplir beaucoup de paperasses, et perdre un temps précieux en ronds de jambe.

McPherson était pressé. Il ne voulait pas risquer de perdre la trace des frères Black pour de ridicules questions administratives…

Il avait donc fait avec les maigres moyens en sa possession : il avait regroupé ces sept Aurors qui n'étaient pas affectés à des tâches particulières, plus son co-équipier Smithers.

« J'ai des raisons de penser que les frères Black se sont réfugiés à leur domicile familial, au 12 Square Grimmaurd, dit-il.
- Nous avons des hommes qui font le guet là-bas, remarqua l'un de ses hommes. Ils ont signalé quelque chose ?
- Peu importe, coupa McPherson, écartant la question d'un geste vague de la main. Il faut agir vite. Nous allons cerner la maison. Et attaquer.
- Attaquer… marmonna un autre. Nous avons les autorisations officielles ?
- Dans le cadre de l'enquête sur l'évasion des Black, oui, trancha McPherson, exaspéré par ces considérations.
- Scrimgeour a été destitué…
- Mais nous n'avons reçu aucun contre-ordre sur les affaires en cours ! J'en prends la responsabilité. Nous attaquons.
- Et s'ils tiennent vraiment Harry Potter ?
- Nous allons cerner la maison et exiger qu'ils nous rendent l'enfant.
- Ils n'écouteront pas.
- Alors nous prendrons la maison d'assaut. »

XXXXXXX

Remus scruta avec anxiété la masse de personnes qui le séparait de la grille de Poudlard. Sans doute n'étaient-ce là que des curieux, pour la grande majorité. Des gens anodins. Mais qui lui barraient l'accès de manière certaine.

Il aurait bien aimé transplaner juste devant la grille. Mais il était à peu près certain que l'endroit était sécurisé. Qu'il utilise la magie, et il se ferait aussitôt repérer, cape d'invisibilité ou pas.

Il sentit les petites mains de Harry se crisper sur le col de sa robe. Il avait peur, c'était évident. Remus se mordit les lèvres. Il devait prendre une décision rapidement, avant que Harry ne craque et se mette à pleurer. Il avait beau être un courageux petit bonhomme, il n'avait que deux ans… Il fit quelques pas vers Poudlard.

Et alors, avec un intense soulagement, il vit Dumbledore de l'autre côté de la grille. Le vieux sorcier allait intervenir, disperser la foule des badauds et lui permettre de se faufiler avec Harry dans le parc.

« S'il vous plaît, fit Dumbledore, attirant sur lui l'attention de tous. Je pense que vous avez certainement mieux à faire que de passer vos journées à espionner le parc vide de mon école, non ? »

Les badauds s'écartèrent en murmurant, et Dumbledore fit quelques pas au milieu d'eux pour les obliger à reculer un peu plus. Maintenant ! songea Remus.

Il y avait un espace libre qui longeait la grille, derrière Dumbledore. Il lui suffisait de l'atteindre…

La cape soigneusement serrée autour de lui, il accéléra le pas. Et se figea sur place quelques secondes plus tard. Non. Ça n'allait pas. Quelque chose clochait. Tous ses sens lui criaient qu'il était en danger. Qu'il allait droit à la catastrophe. Un sentiment qui surgissait du plus profond de lui-même, de son passé.

L'odeur. Une odeur de terre, de sang. De bête.

« Tu pensais m'échapper, peut-être… » grogna une voix détestable, bien trop près de son oreille.

Il sursauta et fit volte-face. Focalisé comme il l'était sur la grille, trop sûr de passer inaperçu sous la cape, il n'avait pas réalisé qu'il y avait quelqu'un, juste derrière lui. Quelqu'un qui ravivait ses pires cauchemars.

« Greyback… murmura-t-il.
- La partie est finie, Remus ! »

Et Greyback fondit sur lui.

XXXXXXX

« Au Pays de Galles, murmura Rogue.
- J'ai tout noté, dit Rita, du coin de la pièce. Forêt d'Hafren, il suffit de suivre la rivière, avec le chat. Où il est, d'ailleurs, ce chat ?
- Ça… fit Sirius en soupirant. Nous savons où nous l'avions laissé, quant à savoir s'il y est toujours… »

Il jeta un regard sur Regulus. Celui-ci n'avait plus les traits de Dawkins. Il dodelinait de la tête, comme s'il dormait debout.

« Regulus ? » appela-t-il doucement. Il n'avait pas la moindre idée de la façon dont son frère était censé sortir de sa transe. Cela n'était-il pas automatique, à partir du moment où l'esprit du défunt le quittait ? La main de Regulus était toujours aussi inerte, dans la sienne. Sirius fronça les sourcils.

« Et si vous ne retrouvez pas le chat ? demandait Rita, convergeant vers la table.
- Nous retournerons la forêt feuille par feuille, tiens ! ironisa Rogue. Nous n'avons que ça à faire…
- Regulus… insista Sirius, serrant ses doigts dans les siens. Il est parti, réveille-toi.
- Sirius… »

La voix sortait bien des lèvres de Regulus. Mais ce n'était pas celle de son frère. Pourtant, elle était familière. Vraiment familière.

« Sirius ! » répéta-t-elle, plus appuyée.

Sirius sentit un éclair glacé descendre le long de sa colonne vertébrale. Sous ses yeux, les traits de Regulus se modifiaient à nouveau, subtilement. Des cheveux plus longs, des yeux plus foncés… L'esquisse d'une paire de lunettes…

« Non… murmura Sirius d'une voix étranglée.
- Qu'est-ce que… » fit Rita, se réfugiant derrière la chaise de Rogue. Rogue qui pâlit effroyablement, les yeux scotchés sur l'apparition. « Potter… ?! lâcha-t-il du bout des lèvres.
- Mon dieu… James… » souffla Sirius, écrasé par l'émotion.

La tête ébouriffée de James Potter se tourna vers lui et lui sourit. « Salut, Patmol… Content de te voir, vieux frère ! » Incapable de répondre, Sirius se contenta d'un signe de tête. Il sentait les larmes lui monter aux yeux, sans qu'il puisse les refouler. Cela sembla troubler l'apparition. Le sourire de James se fit plus triste. « Ce n'était pas ta faute, lui dit-il.
- Je suis tellement désolé…
- Ne le sois pas, tu n'y es pour rien. C'est Peter, le responsable, pas toi. Je n'ai pas beaucoup de temps, Sirius, ton frère s'épuise… »

Sirius déglutit péniblement et hocha la tête.

« C'est Harry, Sirius, dit James, une note pressante dans la voix. Harry est en danger, il faut le protéger.
- Nous savons que les Mangemorts le veulent. Pour Voldemort. Mais nous ne savons pas…
- Il ne s'agit pas de cela ! coupa James. Il y a des choses… plus terribles que les Mangemorts, plus puissantes que Voldemort !
- De quoi tu parles ?! coupa Rogue.
- Oh, Servilus… fit James, se tournant vers lui comme s'il venait juste de remarquer sa présence.
- Ne m'appelle pas comme ça… marmonna Rogue entre ses dents serrées.
- Je sais ce que tu as fait, poursuivit James, plus durement.
- Quoi ? fit Sirius, tournant la tête vers Rogue. Qu'est-ce qu'il a fait ?
- C'est sans importance, coupa James. D'ailleurs… Lily te pardonne, Severus. »

Sirius vit le visage de Rogue se décomposer brusquement. Sa bouche prit un pli amer, et il se tendit de tout son corps, comme s'il souffrait.

« Elle a toujours eu de l'affection pour toi, ajouta James. Elle ne t'en veut pas. »

Une larme brilla au fond des yeux de Rogue. Il baissa promptement la tête, comme pour se soustraire à leurs regards à tous.

« Mais tu dois protéger son fils, Severus, poursuivit James. Protège Harry.
- C'est ce que nous nous efforçons de faire… murmura Rogue d'une voix rauque.
- Oubliez les Mangemorts, ils ne sont pas importants !
- Qui menace Harry, James ? demanda Sirius, frissonnant.
- Une chose mauvaise, répondit James, le front plissé par l'inquiétude. Une chose mauvaise et puissante… Un évadé de l'Ombre…
- Un quoi ? demanda Rita.
- Explique-nous, James, supplia Sirius broyant la main de Regulus dans la sienne.
- Je… C'est trop tard, ils sont là ! s'exclama James, les yeux tournés vers la porte du salon.
- Qui ? demanda Rogue d'une voix blanche.
- Ceux qui vous pourchassent ! répondit James. Il y a un Mangemort parmi eux, il faut que vous partiez tout de suite d'ici !
- Mais, tu ne…
- Vite, Sirius ! coupa James. Va-t-en ! Réveille ton frère et sauve-toi ! »

Rita avait déjà traversé la pièce et écarté l'un des rideaux perpétuellement tirés devant les fenêtres. « Il y a du mouvement, dehors. Au moins trois Aurors.
- Contacte Dumbledore, reprit James d'une voix pressante. Dis-lui que cette chose en veut à Harry, il le protègera.
- Remus est en route avec Harry pour Poudlard, James…
- Merci Patmol… Ne perds pas courage…
- James… »

Les traits de son ami s'évanouirent aussi rapidement qu'ils étaient apparus sur le visage de Regulus, laissant Sirius complètement assommé par ce qu'il venait de vivre.

« Vite ! s'exclama Rita, le sortant de sa torpeur. Votre ami a raison, ils sont là ! Il faut partir tout de suite !
- Regulus… Il n'est pas encore… »

Il lâcha la main de son frère. Celui-ci poussa un gémissement et battit des paupières. « Que… murmura-t-il.
- Les Aurors sont là, il faut partir, dit Rogue d'un ton pressant.
- Ils ne peuvent pas entrer, contra Sirius. La maison est bardée de sorts, ils ne peuvent pas entrer comme cela.
- Ce sont des Aurors, Black ! insista Rogue. Ils ont arrêté Rodolphus, Bellatrix, Dolohov… ! Combien de temps crois-tu que ta maison les arrêtera ?! »

Sirius hésita un instant. Il était chamboulé par l'apparition de James, il aurait voulu un moment pour réfléchir. Et puis, Remus n'était pas là, qu'allait-il lui arriver, quand il reviendrait à Square Grimmaurd… ?

« Tu as entendu Potter, reprit Rogue, insistant. Il voulait que nous partions tout de suite ! »

Oui, c'était ce qu'avait dit James… Il avait toujours écouté James.

« Très bien, on s'en va. »