Chapitre 19
Sirius cessa brusquement de faire les cent pas lorsqu'il aperçut Dumbledore par la fenêtre. Mais pas de trace de Remus, ni de Harry. Avant que Hagrid ait eu le réflexe de le retenir, il ouvrit tout grand la porte de la cabane pour aller à la rencontre du professeur.
« Vous
ne les avez pas trouvés ?! s'exclama-t-il, la gorge nouée
par l'angoisse.
- Ils n'étaient pas chez vous, Sirius,
répondit Dumbledore. Les Aurors ne les ont pas arrêtés.
- Mais
où peuvent-ils être… ?!
- Je ne sais pas. Vous devriez
rentrer dans la cabane d'Hagrid, Sirius… »
Sirius soupira. Il en avait assez, de devoir se cacher sans arrêt.
« Il
faut que j'aille retrouver Regulus et les autres, dit-il.
-
Quels autres ?
- Rita Skeeter, la journaliste. Et… Severus
Rogue…
- Ah, bien sûr, Severus… murmura Dumbledore.
-
Surprenant, hein ? fit Sirius, avec un vague sourire ironique.
-
Avant que vous partiez, j'aimerais que nous discutions un peu tous
les deux, Sirius… »
Sirius suivit le vieux sorcier jusque dans la cabane, où Hagrid faisait déjà chauffer du thé dans une théière gigantesque.
« Racontez-moi
tout, Sirius, proposa Dumbledore. Dites-moi tout ce que vous ne
m'avez pas dit lors de notre dernière discussion au Ministère.
-
Tout ?! Mais il faut…
- … que vous retrouviez les autres,
oui, vous l'avez déjà dit. Mais il y a trop de choses qui
m'échappent encore, et si je veux pouvoir vous aider, il faut tout
me dire ! Je ne convaincrai pas McPherson avec de belles
phrases !
- Convaincre McPherson… ? répéta Sirius
sombrement.
- Je lui
ai remis Greyback et ses amis. Je ne vois pas comment il pourrait
encore croire Remus coupable de la mort des Dursley.
- Il est
buté.
- Mais il n'est pas sot ! Donnez-moi tous les
éléments pour que je puisse démonter sa théorie. A commencer par
ceci : pourquoi Remus surveillait-il Harry ? »
Sirius s'assit à la table avec réticence. Mais Dumbledore avait raison. Il devait tout lui dire. Et qui sait, si McPherson finissait par entendre raison, peut-être que les Aurors combattraient finalement de leur côté, au lieu de leur mettre constamment des bâtons dans les roues.
Alors que Dumbledore sirotait son thé, il raconta tout, depuis le moment où il avait vu Regulus dans le quartier de Haute Sécurité d'Azkaban, jusqu'à l'attaque des Aurors Square Grimmaurd.
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Remus avait soigné comme il avait pu les blessures causées par Greyback, à coups de sorts de guérison plus ou moins approximatifs. Il remercia mentalement le guérisseur stagiaire de Sainte-Mangouste qui avait pris sur son temps pour les lui enseigner. « Lorsque vous vous réveillerez blessé après une nuit de pleine lune, pouvoir simplement refermer quelques-unes de vos plaies vous soulagera grandement, avant votre arrivée à l'hôpital, monsieur Lupin », lui avait-il dit. A l'époque, il avait trouvé cela un peu vain, car rien, vraiment, ne pourrait jamais le soulager. Ses amis n'étaient plus auprès de lui, il se sentait seul, rejeté, il aurait préféré mourir… Mais il s'était quand même plié à l'exercice. Parce que ce jeune homme songeait à sa souffrance alors que Remus était généralement vu comme un paria. Ou peut-être même simplement parce qu'il l'appelait monsieur.
La plaie de son cou ne saignait plus, même si elle était loin d'être guérie. Par contre, il ne pouvait pas faire grand chose pour soigner son poignet droit. Il n'était vraiment pas doué pour lancer des sorts de l'autre main…
Harry ne l'avait pas quitté des yeux pendant tout le processus. Il était visiblement inquiet, ce qui n'avait rien de surprenant. La cave dans laquelle ils s'étaient réfugiés était sombre, encombrée de cartons et de vieux objets. Il avait soigneusement fermé la porte à l'aide de sorts. Autant pour empêcher quiconque d'entrer que Harry de sortir. C'était la grande hantise de Remus : que Harry soit tenté de sortir, si lui-même venait à perdre connaissance…
« Tu
as mal ? demanda le petit garçon.
- Un peu. Mais ça va
aller mieux, tu vois, je me suis soigné avec ma
baguette. »
L'enfant fit une vague grimace. Il avait beau être jeune, il n'était pas stupide, il voyait sans doute parfaitement que Remus n'allait pas bien. Il y avait trop de sang, sur sa robe.
« Nous allons nous reposer, Harry. Et demain… » Un instant, il ne sut que dire. Qu'allait-il pouvoir faire, maintenant ? Retrouver Sirius ? Tenter de retourner à Poudlard ? Il était trop mal en point pour transplaner, et il n'avait même plus la cape d'invisibilité pour passer inaperçu.
« Demain… Nous essayerons de trouver une autre maison. » Il ne s'engageait pas trop, en disant cela, et Harry eut même l'air un peu rassuré.
« Dors un peu, Harry. »
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Nymphadora ouvrit la porte d'entrée et fila tout droit à la cuisine. Elle avait laissé Regulus dans le vieux hangar, près de la Tamise, dans lequel elle allait jouer parfois avec ses amis moldus. Elle lui avait promis qu'elle lui apporterait à manger, et elle comptait bien tenir parole. Même si elle devait, pour cela, se faufiler hors de la maison à l'insu de ses parents !
Ses parents étaient en train de discuter dans le salon. Une discussion un peu animée. Curieuse, elle se colla contre le battant pour écouter.
« Si
jamais ce que dit McGonagall est vrai et qu'il est vraiment
de retour, disait son père, cela signifiera la reprise de la
guerre !
- Je sais cela ! soupira Andromeda.
- Nous
ne pouvons pas laisser faire cela…
- Mais je ne peux pas aller
chez Narcissa comme cela !
- L'arrestation de ta tante te
donne une bonne occasion, non ?
- Narcissa sait que je n'ai
plus de contact avec Walburga depuis des années ! Depuis mon
mariage avec toi !
- Alors, qu'est-ce que tu proposes ?
Que nous ne fassions rien ?
- Ne pas attirer l'attention
sur nous nous a protégés, jusqu'à présent ! »
Nymphadora avait entendu l'argument des dizaines de fois. Elle comprenait sa mère – un peu. Mais elle était de l'avis de son père. S'il y avait une menace, il fallait tout faire pour l'éliminer. On ne pouvait pas laisser des gens se faire tuer sans réagir ! Quand elle serait Auror…
« Je
pense à Dora… disait sa mère. Elle est encore si jeune…
- Tu
penses qu'elle sera mieux dans un monde qui exclut les enfants qui
ne sont pas de sang pur ?!
- Tu sais bien que non ! Je
trouve l'idéologie des Mangemorts détestable…
- Mais tu ne
dis rien contre ! Ton cousin Sirius, lui, avait du
courage ! »
Sirius… Nymphadora les avait souvent entendu parler de Sirius, à l'époque où celui-ci avait été arrêté. Ni l'un ni l'autre ne semblait croire qu'il soit un Mangemort, malgré les preuves qui l'accablait. Son père sortait toujours Sirius en exemple à sa mère, qui lui faisait remarquer invariablement que Sirius était à Azkaban…
Sauf que Sirius s'était sauvé, elle l'avait lu dans le journal.
« Et
cette histoire avec ton autre cousin, Regulus, poursuivait Ted. Je
croyais qu'il était Mangemort, lui…
- Le professeur
McGonagall dit que non. »
Nymphadora tendit l'oreille, un peu plus intéressée. Regulus, c'était le jeune homme qu'elle avait pris en charge…
« Nous
sommes tous contraints de choisir un camp, en définitive, appuya son
père. Même si c'est difficile ! Même si c'est dangereux !
- Mais j'ai choisi ! protesta Andromeda. En t'épousant
contre l'avis de toute ma famille !
- Alors va jusqu'au
bout ! Fais ce que veut Dumbledore, et va voir Narcissa !
Joue les espionnes ! Pour ma part, je suis tout prêt à venir
en aide à Sirius… »
Nymphadora sourit. Elle ouvrit la porte du salon, déterminée à pousser sa mère à faire le bon choix.
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« Greyback
a échoué, dit Ferguson, sombrement. Il est aux mains des Aurors,
maintenant.
- L'imbécile… marmonna Malefoy. Harry Potter
était à sa portée ! Et à la tienne, Oswin !
-
Dumbledore s'en est mêlé ! protesta le Mangemort, rougissant
sous le reproche. Même toi, Malefoy, tu ne pourrais pas
rivaliser avec lui !
- Vous étiez cinq ! »
Oswin Ferguson ne répondit pas, renfrogné.
« Il faut hâter le processus, Lucius, décréta Croupton Junior, depuis le fauteuil dans lequel il était avachi. Si Fudge tergiverse encore, lance-lui un sort, bon sang ! Il est grand temps que nous prenions le contrôle des Aurors ! »
Malefoy n'eut pas le temps de répondre. On frappa à la porte.
« Maître…
dit l'elfe, avec des airs de chien battu. Il y a un monsieur qui
désire vous voir.
- Eh bien, fais entrer ! » gronda
Malefoy, à bout de patience.
Clements entra à son tour dans le bureau, l'air aussi sombre que celui qu'avait arboré Ferguson en débarquant chez lui.
« Les
Aurors ont lancé une attaque sur le 12 Square Grimmaurd, dit-il.
-
Tiens donc ! Je croyais qu'il n'y avait rien d'intéressant
là-bas !
- McPherson. L'inspecteur chargé de trouver
Sirius et Regulus Black. Apparemment, il s'était mis en tête
qu'ils étaient là-bas. Ils ont arrêté la vieille dame et son
elfe de maison.
- Mais pas de trace des deux frères ?
-
Non. Il s'est fourvoyé, sur ce coup-là.
- Pas sûr… »
murmura Malefoy.
Il avait croisé McPherson plusieurs fois, au Ministère. C'était lui, qui avait le premier soupçonné une complicité entre Isabelle Fudge et Regulus. Un véritable enragé…
« Tu vois, Lucius, insista Croupton. Il est grand temps que je prenne la tête des Aurors ! »
Malefoy le dévisagea un moment en silence. McPherson était dévoué à Scrimgeour, comme une bonne partie des Aurors. Il n'était pas sûr qu'il se plierait volontiers aux décisions de Croupton. Mais d'un autre côté… Si Croupton parvenait à exciter la haine viscérale que l'inspecteur semblait ressentir pour Sirius…
« Oui,
admit-il finalement. Nous avons perdu bien assez de temps comme cela.
Avec la force de frappe des Aurors de notre côté, nous aurons plus
de chance de mettre la main sur le petit Potter.
- Sans parler
d'Azkaban, ajouta Croupton, les yeux luisant d'une lueur
malsaine. Dès que j'aurai été nommé Directeur de la prison, je
libèrerai les nôtres…
- Cela, ce sera plus difficile. Jamais
un chef des Aurors n'a été en même temps directeur d'Azkaban.
Un tel cumul des mandats risque de heurter l'opinion.
- Heurter
l'opinion ?! Mais qui se soucie donc de cela ! Nous
avons le contrôle du Ministère !
- Ce qui ne signifie pas
que nous pouvons faire à notre guise ! » protesta
Malefoy.
Stupide fanatique… Croupton n'avait aucune sensibilité politique…
Nouveaux coups frappés à la porte.
Malefoy soupira. « Qu'est-ce que c'est, encore ?!
-
Deux hommes vous attendent dans le hall, Maître, murmura l'Elfe,
très conscient de son énervement.
- Et pourquoi ne montent-ils
pas ?!
- Ils sont… accompagnés… »
Malefoy quitta le bureau, laissant Croupton, Ferguson et Clements derrière lui.
« Je suis en pleine discussion ! grommela-t-il. Une discussion importante ! » Il s'arrêta net devant le spectacle qu'il eut alors sous les yeux.
Rogue, étroitement ligoté, allongé sur le carrelage de son hall d'entrée.
Sa mauvaise humeur s'évapora d'un seul coup.
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« James
Potter a vraiment dit cela ? insista Dumbledore, subitement très
sérieux.
- Un « évadé de l'ombre »… Qu'est-ce
que c'est, Professeur ? demanda Sirius.
- Je ne suis pas un
expert dans ce domaine, Sirius…
- Mais c'est une vraie
menace, non ?
- Oui. Si James est venu jusqu'à vous pour
vous en parler, c'est que Harry est vraiment en danger.
- Remus
disait que Harry ne se comportait pas normalement… Je n'ai pas
voulu l'écouter. Enfin… Pas vraiment… »
Il se passa une main dans les cheveux, l'air abattu. Dumbledore réfléchissait à toute vitesse.
« Votre
frère… dit-il finalement. Est-ce qu'il a eu un contact
particulier avec Harry ?
- Regulus ? Non. Harry se
méfiait de lui. Il ne voulait pas qu'il l'approche.
- Je
pense que Harry a senti le danger qu'il représentait. »
Sirius se rembrunit.
« Regulus
ne ferait pas de mal à Harry, Professeur, déclara-t-il, un peu
tendu.
- Lui, non. Mais Regulus a joué avec des forces qui
visiblement le dépassent !
- Il assurait qu'il contrôlait
ce qu'il faisait.
- Mmppff… Il n'y a qu'un enfant de vingt
ans pour croire qu'on peut contrôler ces forces-là ! Votre
frère est puissant, Sirius. Mais certainement pas suffisamment pour
rester parfaitement maître du jeu !
- Ce qui arrive à
Harry, c'est donc à cause de Regulus ? demanda Sirius
lentement. A cause de la magie noire ?
- Regulus joue avec le
monde des esprits. L'un d'eux, apparemment, a trouvé son chemin
jusqu'à Harry.
- Il est… possédé ?
- En quelque
sorte.
- Par qui ? Ou quoi ?
- Quelque chose
avide de puissance.
- Mais
Harry n'est qu'un enfant ! Pourquoi cette chose ne s'en
est-elle pas pris à nous, Remus, Rogue ou moi ?!
- Harry
était une proie plus facile. Et certainement plus tentante… »
Le visage de Sirius était ravagé par l'angoisse. Dumbledore aurait aimé pouvoir le rassurer, mais ce serait lui mentir, de lui affirmer que la situation n'était pas grave. Elle était même, en vérité, bien plus grave que ce qu'il laissait entrevoir.
Si cette entité s'était vraiment emparée de Harry, ce n'était sans doute pas simplement parce que celui-ci n'était pas capable de lui opposer la moindre résistance. Toutes les hypothèses que Dumbledore avait pu faire se révélaient vraies, en définitive.
« Comment
fait-on pour en venir à bout ? demanda Sirius, pragmatique.
-
Il faudrait que je sache exactement de quelle sorte d'entité il
s'agit. Il est vraiment dommage que Remus n'ait pas réussi…
»
Il soupira. Remus avait fait ce qu'il avait pu, il n'était pas à blâmer. Mais il devenait capital que Harry lui soit confié.
« Il
y a quand même un espoir, n'est-ce pas ? demanda Sirius dans
un souffle.
- Evidemment, Sirius ! lui dit le vieux sorcier
avec chaleur. Ecoutez… Je vais aller au Ministère, voir McPherson.
Si j'arrive à le persuader que Remus est parfaitement innocent,
nous pourrons travailler avec les Aurors pour les retrouver, lui et
Harry.
- Il faut que je retrouve Regulus. Peut-être qu'il aura
une idée sur l'entité qu'il a laissée échapper…
- Oui,
bonne idée.
- Il doit être chez Rita Skeeter. Je vais prendre
la cape d'invisibilité de James et transplaner jusque chez elle.
-
D'accord. Retrouvons-nous à la Tête de Sanglier. Je préviendrais
Abelforth... Les Aurors vont revenir à Poudlard pour leur enquête,
et tant que vous ne serez pas disculpé, j'aimerais mieux qu'ils
ne mettent pas la main sur vous.
- Moi non plus ! »
Sirius se leva et lui tendit la main. Dumbledore la serra chaleureusement.
« Merci,
Professeur.
- Prenez soin de vous, Sirius. »
Le jeune homme prit la cape d'invisibilité et quitta la cabane d'Hagrid.
« Je
pensais vraiment qu'il était coupable… marmonna le géant, en le
regardant s'éloigner.
- Nous l'avons tous cru. Et nous nous
sommes tous trompés.
- Il a dû vivre des moments affreux… Et
Harry… Pauvre Harry ! On va l'aider, hein, Professeur ?
-
Une chose à la fois, Hagrid. Il faut d'abord que nous mettions la
main sur lui. Avant Malefoy. Remus Lupin est blessé. »
Il ne l'avait pas dit à Sirius. Inutile de l'inquiéter davantage. Mais lui, Dumbledore, savait qu'il était urgent de les retrouver, avant que le jeune homme soit dans l'incapacité de s'occuper de l'enfant.
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« Tiens
tiens, Severus Rogue… Quelle bonne surprise ! Et vous, vous
devez être la journaliste, miss…
- Skeeter, compléta Rita
tendant devant elle ses mains entravées comme pour le saluer. Rita
Skeeter. Je suis ravie de vous rencontrer, Mr Malefoy ! »
Malefoy haussa un sourcil et lui jeta un coup d'œil un peu intrigué.
« Vous
avez de curieuses fréquentations, mademoiselle…
- C'est le
lot de tout bon journaliste ! rétorqua-t-elle sans se démonter.
J'ai eu l'incroyable chance de me trouver au cœur d'un
fabuleux complot, qu'aurais-je dû faire ? Tourner les
talons ?
- De quel complot parlez-vous ? demanda
Malefoy, sur la défensive.
- L'évasion des Mangemorts Sirius
et Regulus Black ! La façon dont ils manœuvrent pour récupérer
Harry Potter !
- Vous voulez dire que Harry n'était pas
avec eux ? demanda Lucius, se penchant vers elle.
- Oh non !
Apparemment, leur petit plan a échoué ! Harry a été sauvé
in extremis par un membre de l'Ordre du Phénix ! »
Rita avait soigneusement songé à ce qu'elle dirait, pendant le court moment où elle attendait Malefoy, coincée entre ses kidnappeurs. En mélangeant savamment mensonge et réalité, elle était persuadée de produire une histoire parfaitement crédible et de nature à intéresser Malefoy. Ce n'était pas la première fois que Rita était amenée à manipuler la vérité pour obtenir les effets qu'elle escomptait. Et ce ne serait certainement pas la dernière.
« Conduisez Rogue au premier, ordonna Malefoy à l'un des hommes. Que personne ne l'approche. Je monterai le voir dès que j'aurai terminé cette passionnante discussion avec Miss Skeeter. Venez, Miss. Vous prendrez bien un thé ? »
Ses mains se délièrent aussitôt, et elle suivit Malefoy jusqu'à un petit salon. Elle s'assit dans un canapé de velours comme si elle n'était là que pour interviewer l'une des personnalités montantes du bottin mondain sorcier. Elle arrivait presque à s'en convaincre elle-même, cela devrait fonctionner sur Malefoy…
« Ainsi
donc, vous dites que Harry Potter n'était pas avec Sirius ?
-
Non.
- Comment vous êtes-vous trouvée en contact avec lui,
alors que tous échouent à mettre la main sur lui ?
-
J'étais près du Ministère au moment où il s'est évadé.
-
Et vous l'avez… suivi ?
- Oui.
- Il vous a laissée
faire ?!
- Je sais passer parfaitement inaperçue, Monsieur
Malefoy.
- Mmmhh… Pourquoi Severus Rogue était-il à votre
appartement ?
- Ils essayaient de me convaincre que tout ce
que l'on racontait sur eux n'était que mensonge, qu'ils
n'étaient pas d'authentiques Mangemorts… Comme je suis
journaliste, ils ont essayé de me convaincre de soutenir leur point
de vue.
- Je vois mal Sirius faire cela. Sans parler de Rogue…
-
Je ne leur ai pas trop laissé le choix, j'étais à leurs
trousses…
- Et vous n'avez pas jugé utile d'avertir les
Aurors de leur cachette…
- Et pourquoi l'aurais-je fait ?!
répliqua Rita sans se démonter. Ils allaient tout me raconter !
Et s'ils avaient finalement mis la main sur Harry, j'aurais été
la première à le savoir ! Vous imaginez le scoop !
Ecoutez, Monsieur Malefoy, je vous raconterais volontiers tout ce que
je sais, mais il faudrait me promettre de me laisser l'exclusivité
de la divulgation de l'histoire dans les médias ! J'ai
risqué ma vie, avec ces fous dangereux, j'aimerais tirer bénéfice
de mon travail ! »
Malefoy ne répondit pas. Il la regardait avec des yeux particulièrement perçants. Mais Rita avait partagé le quotidien du champion du monde du regard hostile – Rogue, avec le sorcier le plus colérique du monde – Sirius, avec un loup-garou – Remus, et un mage noir qui prêtait son corps à d'obscures personnes décédées – Regulus. Le tout dans une maison particulièrement malsaine, et environnée des cris d'une vieille Mrs Black hystérique. Non, Malefoy ne lui faisait pas peur.
« Pourquoi êtes-vous allée trouver Dumbledore ? » demanda Malefoy.
Ainsi, il savait, pour Dumbledore. C'était certainement parce qu'elle s'était rendue à Poudlard qu'elle était devenue suspecte.
« Je
suis allée à Poudlard pour prévenir Dumbledore que Harry Potter
était vraisemblablement avec Remus Lupin.
- Et vous êtes ensuite
retournée auprès des Black ? Où étaient-ils cachés ?
-
Je suis désolée, mais ils m'ont fait jurer de ne pas le dire.
Vous savez ce qu'il en coûte, de briser ces serments-là…
-
Mais ils vous ont laissée partir…
- Non. Je suis partie à leur
insu.
- Vous auriez pu les faire arrêter ! Et vous ne
l'avez pas fait ! Ce qui fait de vous leur complice, Miss
Skeeter ! »
Rita était parfaitement consciente que ses arguments étaient fragiles.
« Ils ont dit que Vous-savez-qui était de retour. »
Malefoy pâlit. Elle se força à inspirer doucement.
« Et
il y a aussi cet objet, que Regulus dit appartenir à son maître…
Je voulais le trouver.
- Quel objet ?
- Un médaillon. Il
est caché quelque part, je voulais le trouver avant… avant que les
Aurors ne mettent la main dessus. Vous comprenez, Mr Malefoy, il y
avait encore tellement à découvrir ! Pourquoi me serai-je
précipitée chez les Aurors, alors que je pouvais en apprendre
plus ! Savoir si oui ou non Vous-Savez-Qui était vraiment de
retour, mettre la main sur cet objet, peut-être même aurais-je pu
repartir avec Harry, si les frères Black avaient finalement mis la
main dessus ! Mais là… Je suis ici, et c'est
fichu ! »
Elle soupira profondément. Et attendit. Malefoy allait-il gober ce qu'elle avait dit, ou allait-il simplement tomber le masque, se révéler pour ce qu'il était, et lui arracher de force le secret du médaillon ?
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