Chapitre 23

« Que s'est-il passé ? demanda Sirius.
- Il y avait des Mangemorts chez Rita, expliqua Regulus. Severus a protégé ma fuite… Je ne sais pas du tout où ils peuvent être.
- En tous cas, ils ne sont plus là-bas. J'y suis allé, et il n'y avait personne.
- Et Remus ?
- Introuvable. Lorsque je suis arrivé à Poudlard, lui et Harry étaient déjà partis. Dumbledore s'est rendu place Grimmaurd, mais ils n'étaient pas là-bas non plus. Tu sais que Mère a été arrêtée ?
- C'était dans le journal. Je me suis réfugié chez Andromeda.
- Oh… Et elle t'a hébergé sans problèmes ? »

Sirius n'avait pratiquement eu aucun contact avec sa cousine, depuis qu'elle s'était mariée avec Ted Tonks. Il savait qu'elle préférait rester loin de sa famille.

« Nous avons une petite-cousine très déterminée, sourit Regulus. Et Ted est un type vraiment bien, tu sais.
- Et… Ton ami, là ? » demanda Sirius, désignant Mondingus du pouce. Celui-ci s'était écarté de plusieurs pas, pour laisser les deux frères discuter ensemble. « Un code dont nous avions convenu en prison, expliqua Regulus. Il a loué une maison en toute discrétion. Et Isabelle est avec lui.
- Donc, il est vraiment sûr.
- Sans lui, je n'aurais sans doute pas réussi à te faire sortir d'Azkaban, Sirius.
- D'accord, ça me va ! »

Il fit un signe de tête à Mondingus, qui comprit que leur conciliabule avait pris fin. « Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? demanda celui-ci en les rejoignant. On attend que le chat se pointe pour manger ?
- Cela prendrait trop de temps, décréta Sirius.
- Tu comptes fouiller chaque fourré, chaque buisson pour le retrouver ? Pas sûr que ce soit plus rapide !
- J'ai un moyen très sûr de le retrouver… »

Il se métamorphosa. Mondingus laissa échapper un cri de surprise qui se changea en large sourire, lorsque Sirius lui renifla le bas du pantalon. « Un chien cherchant un chat ! s'exclama Mondingus.
- Apparemment, Pattenrond n'est pas du tout impressionné par les chiens… expliqua Regulus, pince-sans-rire. Il a même développé une relation intéressante, avec mon frère. Tu trouves sa trace, Sirius ? »

Sirius fureta un moment, la truffe au sol, avant de filer à toute allure entre les arbres.

« Il n'y a plus qu'à suivre », dit Regulus.

XXXXXXX

Remus se leva tant bien que mal. Il avait l'impression que sa tête pesait une tonne, au bout d'un cou bien trop fragile pour la soutenir. Mais il devait absolument sortir de cette cave. Harry s'était plaint de la faim, il devait lui trouver à manger. Et ensuite…

Ensuite, il devrait aller à Godric's Hollow… Lily devait se demander où était Harry, et elle ne serait pas contente du tout, s'il n'était pas à l'heure pour sa sieste.

Il eut un vertige.

Non. Il n'allait pas à Godric's Hollow. A quoi pensait-il donc ? Lily et James ne vivaient plus là-bas… Ils étaient…

Il porta la main à son front. Il était brûlant. J'ai de la fièvre, songea-t-il. Beaucoup de fièvre… Et je suis en train de délirer…

Il fallait qu'il trouve quelque chose… Des médicaments moldus. Il lui était arrivé d'en prendre quelques fois, payés avec son salaire de jardinier. Ils étaient efficaces contre la fièvre, et d'accès plus facile qu'une potion.

Une pharmacie. Il faut que je trouve une pharmacie, et à manger pour Harry…

C'était le plus urgent. Ensuite, il lui faudrait retrouver Sirius.

Où était Sirius ?

Il est à Azkaban, il t'a laissé tomber… Il a trahi James. Non, ce n'est pas lui, c'est Peter… Peter est mort…

Tout s'embrouillait, dans sa tête douloureuse.

« Remus ? fit la petite voix de Harry.
- Oui, Harry ?
- J'ai peur… »

Il se pencha vers l'enfant. Celui-ci le regardait avec un flagrant malaise, comme s'il était parfaitement conscient de ne plus être totalement en sécurité, avec lui. Cela lui fit mal. Il aurait tellement voulu que Harry ne s'inquiète pas ! Il lui caressa la joue gentiment, notant au passage que le bandage de fortune qu'il avait noué autour de son poignet blessé était passablement crasseux – mélange de sang et de pus. C'était très mauvais signe.

« Nous allons trouver à manger, lui dit-il.
- Je veux Sirius…
- Je sais, Harry. Mais il me faut aussi des médicaments.
- Tu as mal ?
- Oui. »

Il était inutile de le nier. Remus savait que l'enfant était parfaitement conscient qu'il n'allait pas bien. Lui cacher n'aurait fait que le décrédibiliser à ses yeux. Il valait mieux être honnête.

Il prit sa baguette et s'efforça de transformer leurs robes de sorciers en vêtements moldus. C'était la moindre des choses, s'il voulait circuler dans Londres sans attirer outre mesure l'attention des gens sur eux. Ce ne fut pas chose aisée. Il n'arrivait pas à se concentrer suffisamment, et sa tête menaçait d'exploser toutes les fois qu'il s'évertuait à lancer ses sorts.

Harry le regardait faire d'un œil critique.

« Une robe de fille ? lui demanda-t-il, les yeux fixés sur sa robe qui avait pris une jolie teinte bleu turquoise. Je suis un garçon.
- C'est pour se déguiser », décréta Remus, incapable de pousser la métamorphose pour obtenir le jean qu'il avait en tête. Après tout, Harry était si jeune qu'il pourrait passer pour une fille, si on n'y regardait pas de trop près…

Harry ne fit aucun commentaire. Remus compléta le déguisement en lui nouant un foulard dans les cheveux. Cela ne tiendrait sans doute pas longtemps, mais c'était le mieux qu'il puisse faire. Sa propre robe ressemblait maintenant à un imperméable moldu trop long. Il remonta le col sur son cou blessé.

« Allons-y, Harry », dit-il.

Il déverrouilla la porte de la cave et sortit, tenant la main de Harry serrée dans la sienne.

XXXXXXX

Regulus avait un peu de mal à suivre Sirius. Le chien ne suivait pas une voie franche, il lui arrivait de revenir sur ses pas, concentré sur une piste invisible pour lui-même.

« Il sait ce qu'il fait ? demanda Mondingus.
- Je pense que oui. Sirius connaît bien Pattenrond, je suppose qu'il est capable de le retrouver au flair.
- Parce que c'est vraiment un chien… marmonna Mondingus. Ce n'est pas que du flan, c'est vraiment un animagus… ?
- C'est ça.
- Ça n'a jamais été dit, ça, que Sirius Black était un animagus…
- Même moi je l'ignorais, Mondingus…
- Il est sacrément doué, alors…
- Ne le dis pas trop fort, il est assez fier de lui comme ça ! » sourit Regulus.

Le chien s'arrêta net au pied d'un arbre. Il plaqua ses deux pattes avant sur le tronc et leva la truffe vers les branches.

« Il a trouvé quelque chose », dit Regulus, en hâtant le pas.

Il rejoignit Sirius et leva la tête à son tour. Couché sur une branche épaisse, Pattenrond fouettait l'air de sa grosse queue touffue. Regulus sourit. « Il l'a trouvé ! dit-il à Mondingus. Minou ! Allez, descends de là ! »

Le chat lui jeta à peine un coup d'œil avant de se détourner, l'air absolument dédaigneux.

« Il est en colère, dit Sirius, retrouvant sa forme humaine.
- En colère ? répéta Mondingus. Comment tu le sais ?
- Il me l'a dit, répondit Sirius. Ou plutôt… Il m'a dit d'aller me faire voir ailleurs. Enfin, l'équivalent félin. »

Mondingus dévisagea Sirius, dubitatif.

« Tu parles avec le chat… ?
- Non, mais on se comprend.
- Et il t'a dit qu'il ne voulait pas te voir ?
- Il est vexé parce qu'on l'a laissé en arrière. Allez, Pattenrond ! Nous étions attaqués, ce n'est pas comme si nous avions eu le choix ! »

Le chat se dressa sur ses pattes et s'étira. Avant de sauter sur une branche adjacente, un peu plus haut.

« Fichu caractère ! gronda Sirius. Descends tout de suite ! Tu entends ?! »

Pattenrond lui tourna le dos et commença une toilette minutieuse de ses pattes avant.

« Bon… soupira Sirius, cherchant visiblement à maîtriser une exaspération croissante. Je suis désolé. Vraiment désolé. Ça te va ?
- Tu auras une pleine gamelle de… de… de poisson frais ! tenta Mondingus.
- Nous avons vraiment besoin de toi, allez, descends ! pria Sirius. Et je te promets que ça ne se reproduira plus ! Si tu nous aides… je t'adopterai comme animal de compagnie ! »

Regulus n'en croyait pas ses oreilles… Sirius en train de parlementer avec un chat… Heureusement que Severus n'était pas là, après tout, parce qu'il ne serait certainement pas resté de marbre, devant un spectacle aussi étrange ! Et il n'aurait pas manqué de lui balancer quelques vannes bien senties !

Pattenrond se tourna pour les regarder, ce qu'il fit avec un air supérieur absolument insupportable.

« Tu seras dorloté comme un bébé, tu auras un panier douillet, des gamelles bien remplies, et tu pourras jouer avec Harry ! insista Sirius. Tu sais, Harry ? Tu as dormi avec lui…
- On perd notre temps… marmonna Mondingus à Regulus. Un bon sort adroitement lancé, et voilà, on le fait descendre de son perchoir !
- Nous avons besoin de son aide, il ne le fera pas, si on s'y prend par la force, expliqua Regulus.
- Besoin de son aide. Pour lutter contre les Mangemorts… ?
- Exactement ! trancha Sirius vertement. Allez, Pattenrond ! Tu seras adoré par tous les sorciers d'Angleterre, quand ils sauront l'exploit que tu auras réalisé ! S'il te plaît ! »

Il y eut un moment de tension extrême, où les trois hommes épièrent la moindre réaction du chat. Et finalement, celui-ci sauta de sa branche jusqu'à terre, en quatre bonds.

« Merci, Pattenrond ! soupira Sirius en le grattant sous le menton.
- Et maintenant ? demanda Mondingus. Où sommes-nous censés aller ?
- Au pays de Galles », répondit Sirius.

XXXXXXX

Severus s'attendait un peu à une visite de Lucius dans la matinée. Mais pas à ce qu'il ait l'air aussi furieux. Tous ses traits étaient crispés, et son visage, plus pâle que d'ordinaire. Cela n'annonçait rien de bon, certainement.

« Où est-elle ?! » demanda-t-il froidement.

Oh… Ainsi, il avait découvert la disparition de Rita. Celle-ci devait fureter quelque part dans la maison, très certainement. Severus croisait les doigts pour qu'il ne la retrouve pas.

« De qui parles-tu ? demanda-t-il avec une politesse affectée.
- Ta complice, la journaliste ! répliqua Lucius. Où est-elle ?!
- Comment le saurais-je ? Tu m'as enfermé ici, j'ignore tout de ce qui se passe dans ton manoir !
- Ne joue pas à ça, Rogue ! menaça Lucius, sortant sa baguette de sa poche. Ne me pousse pas à bout !
- Ce n'est pas un jeu, Lucius, répondit Rogue très sérieusement. Je connais à peine cette femme. Tout ce que je sais, c'est qu'elle a été assez habile pour trouver Sirius et Regulus. Comment a-t-elle fait, je l'ignore. Croyais-tu qu'elle m'avait livré tous ses secrets ? »

Lucius ne répondit pas. Il croisa les bras et inspira profondément.

« Le médaillon, dit-il finalement. Dis-moi tout ce que tu sais.
- Je t'ai déjà dit tout ce que je savais.
- Tu as dit que c'était un horcruxe. Comment le sais-tu ?
- Une intuition.
- Ah ah ! Très drôle, Severus ! Et depuis quand risques-tu ta tête pour une intuition ?!
- Cela expliquerait pourquoi le Maître n'est pas mort, malgré le sort qui s'est retourné contre lui.
- Certes… Ce médaillon, tu l'as vu ?
- Oui. Entraperçu.
- Où ?
- Dans les mains de Regulus. Mais il l'a confié à son elfe de maison. Et tu sais comment sont les elfes de maison. Jamais celui-là ne trahira son maître. Il préfèrerait mourir que de causer du tort à Regulus. »

Lucius garda le silence, profondément enfoncé dans ses pensées. Ses mains étaient toujours crispées sur sa baguette. Severus savait que ce n'était pas vraiment bon signe.

« J'ai besoin de ce médaillon, décréta-t-il finalement. Le Maître le veut.
- Le Maître ? railla Severus. Allons, Lucius, cette… chose… ne peut pas être le Maître ! Ou alors, c'est qu'il a vraiment perdu son pouvoir ?
- Tais-toi ! s'exclama Lucius.
- Tu ne me feras pas croire que c'est lui ! Pourquoi ne sort-il pas de l'ombre ? Est-ce qu'il en est seulement capable ?
- J'ai dit « tais-toi » ! répéta Lucius, plus fort. Tu ne sais pas de quoi tu parles !
- Pourquoi te fait-il si peur, Lucius ? demanda Severus. Comment arrive-t-il à te tenir à sa botte ?
- Endoloris ! »

Le sort atteignit Severus de plein fouet. La douleur était si intense qu'il en eut le souffle coupé.

« Ne parle pas du Maître ainsi, traître ! cracha Lucius, tout en maintenant le sort. Ne t'avise plus de lui manquer de respect ! »

Severus frissonnait de douleur, recroquevillé sur le sol. Il ne voyait, n'entendait plus rien. Ses sens étaient submergés par la violence du sort.

« Tu ne sais rien, Severus ! poursuivit Lucius, abaissant finalement sa baguette.
- Si… hoqueta Severus. Je sais que quoi que ce soit, cette chose arrive à te manipuler à sa guise… Dis-moi ce que c'est… Dis-moi d'où il sort…
- Tu te trompes ! C'est le Maître, et il est de retour. Et il n'est pas si faible que tu le crois, oh non ! »

Severus se redressa tant bien que mal et leva les yeux sur Lucius. L'homme était d'autant plus furieux qu'il avait peur. Cela, Severus le percevait très clairement. Seulement… Il n'était pas dans la nature de Lucius, de se laisser si facilement impressionner.

Non, songea Severus. Ce n'est pas pour lui-même, qu'il craint. Il a peur… pour ceux qui lui sont chers.

Pour son fils. D'après ce qu'avait prétendu Rita Skeeter, il était arrivé quelque chose à Drago. Et dans ce cas, rien ne le détournerait du but qu'il s'était fixé, Severus en était persuadé.

« Si tu le crains tant que cela, Lucius… murmura-t-il. Pourquoi cherches-tu à lui donner plus de pouvoir qu'il n'en a déjà ?
- Parce que je n'ai pas le choix. »

Lucius semblait déjà regretter ses dernières paroles. Un instant, Severus fut persuadé qu'il allait de nouveau goûter au doloris, et il se prépara mentalement à une nouvelle vague de souffrance. Mais Lucius se contenta de tourner les talons, le laissant seul avec ses questions.

XXXXXXX

McPherson attendit patiemment que Bartemius Croupton ait achevé de lire son rapport. Il en profita pour observer attentivement le nouveau chef des Aurors. Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, Dumbledore semblait se défier de lui, et il aurait été ravi de comprendre pourquoi.

Mais il ne découvrit rien de suspect. L'homme qu'il avait devant lui paraissait vraiment être celui qu'il prétendait. McPherson avait peu côtoyé Croupton, certes… Mais il n'y avait absolument rien de discordant, chez l'homme qu'il avait devant lui.

« Voilà donc votre compte-rendu de l'arrestation de Greyback… murmura Croupton, reposant le parchemin sur son bureau. Intéressant…
- Remus Lupin est innocent. »

McPherson se crispa, sous le regard de son supérieur. Si cet homme jouait dans le camp ennemi, il allait certainement trouver quelque chose pour contrer son affirmation.

« Mmmhhh… fit Croupton. Votre conclusion me semble juste, dans l'ensemble… »

McPherson fronça les sourcils, pris au dépourvu. Mais il s'efforça de rester impassible. « Dans l'ensemble, monsieur ?
- Greyback a avoué le meurtre des Dursley. Lorsque je l'ai interrogé, il n'a pas nié les faits.
- Et ce n'est donc pas Lupin, le responsable.
- Lupin a enlevé le petit Harry Potter.
- Pour le protéger.
- Peut-être… »

Voilà, les réticences venaient, en définitive. McPherson en fut presque soulagé.

« Mais je suis d'accord avec vous, reprit Croupton. Cet homme est perdu dans la nature avec l'enfant. Nous devons agir au plus vite.
- Il est blessé. Julius confirme que Greyback l'a attaqué et blessé. Il avait du sang de Lupin sous les ongles, sur le visage… Et Dumbledore affirme qu'il l'a vu le mordre.
- Oui, si Dumbledore l'affirme… murmura Croupton, l'air songeur. Savait-il ce que Lupin faisait, devant son école ?
- Il pense qu'il venait lui confier l'enfant. Le mettre à l'abri.
- Et comment Dumbledore savait-il qu'il venait ? »

McPherson ne répondit pas. La question était pertinente, évidemment. Il était vraisemblable qu'il y ait eu un contact entre le professeur et Lupin, qu'il s'agissait là d'un rendez-vous convenu. Ce qui était ennuyeux, d'une certaine manière.

« Lupin étant innocent… Je suppose que la première chose qu'il a faite, à partir du moment où il a emmené le petit, a été de contacter la seule personne capable de le protéger plus efficacement que lui-même, avança-t-il.
- Dumbledore aurait dû nous prévenir.
- Scrimgeour refusait d'entendre parler de l'éventuelle innocence de Lupin, répondit l'inspecteur. Dumbledore a voulu le protéger contre d'éventuelles représailles.
- Mmmhhh… »

Croupton laissa courir ses yeux sur le parchemin devant lui, plongé dans ses pensées. McPherson bouillait d'impatience. Quelle décision allait-il prendre ? Ferait-il le faux pas qui appuierait les soupçons de Dumbledore ?

« Si Lupin est blessé, la sécurité de Harry Potter est compromise, dit finalement Croupton. Et bien que je répugne à prendre pareille décision sans que l'affaire ait été dûment jugée… » Il soupira, comme si les mots qui allaient suivre étaient particulièrement difficiles à prononcer.

« Je vais annoncer publiquement l'innocence de Lupin, décréta-t-il. Il sera lavé de tout soupçon. Amnistie complète.
- Vraiment ? fit McPherson, un peu surpris.
- Oui. Je vais faire une annonce publique. Lupin aura toutes les garanties qu'il ne sera pas incarcéré pour l'enlèvement de Harry, ni poursuivi pour le meurtre des Dursley auquel, visiblement, il n'a pris aucune part.
- C'est… C'est vraiment votre décision ? murmura McPherson sans y croire.
- Oui. Et lorsque Lupin sera parfaitement rassuré sur nos intentions… il nous remettra lui-même l'enfant. »

XXXXXXX

« Qu'est-ce qu'on fait ici ? demanda Mondingus, tournant sur lui-même pour observer les alentours.
- Oh, ça va te plaire, Mondingus ! sourit Regulus. Nous sommes à la recherche d'un trésor ! »

Les yeux de Mondingus se mirent à briller d'excitation. « Un trésor… ? Enterré ici ?
- Absolument ! Le trésor de Zacharius…
- Il t'a dit où il l'avait caché ?! »

Regulus échangea un regard avec Sirius. Il ne savait pas exactement ce que Zacharius avait pu dire à son frère, pendant la séance de spiritisme, mais Sirius ne les aurait pas conduit jusqu'ici s'il n'était pas sûr de son fait…

« Il l'a dit à Sirius, répondit Regulus, laconiquement.
- A Azkaban ?
- Non. »

Il n'avait pas envie d'entrer dans les détails. Mondingus plissa les paupières, l'air passablement intrigué, mais il n'insista pas. « Et maintenant ? demanda-t-il.
- Maintenant, intervint Sirius, on suit la rivière. Et Pattenrond. »

Il lâcha le chat qu'il tenait serré contre sa poitrine. Celui-ci hésita un instant, tourna sur lui-même, et se mit à trottiner vers la rivière. « Allons-y ! » dit Sirius.

Ils se mirent en route.

« Que t'a dit Zacharius ? demanda Regulus à Sirius, alors que Mondingus se laissait distancer.
- Que nous avions absolument besoin du chat, pour commencer, répondit Sirius à voix basse. Il est clair qu'il tenait à lui.
- Il n'a fait aucune difficulté ?
- Quand il a su que c'était toi qui demandait, non. Il tenait à te remercier pour ce que tu as fait.
- Je n'ai rien fait, soupira Regulus. J'ai échoué.
- Il ne t'en veux pas. Il a dit qu'il ne regrettait rien. »

Regulus hocha la tête. Il aurait vraiment aimé pouvoir sauver le vieil homme. Si seulement il avait eu un peu plus de temps…

« Tu n'as rien à te reprocher, Regulus, reprit Sirius, comme s'il avait suivi sa pensée.
- Je sais. Mais ça n'empêche pas les regrets. Sirius ? Il s'est passé autre chose, non ? Pendant la séance ? »

Sirius se crispa légèrement. Une tension, dans les épaules, une façon de rentrer le cou… Il était mal à l'aise. Mais Regulus avait vraiment besoin de savoir.

« J'étais anormalement fatigué, expliqua Regulus. Comme si j'avais trop donné de mon énergie. Tu peux m'expliquer ?
- James… murmura Sirius. James est venu.
- James Potter… ?
- Il voulait me parler de Harry. Et… »

Sirius se tut. Regulus n'insista pas. Il savait à quel point Sirius tenait à son ami, à quel point sa perte avait été douloureuse pour lui, et qu'il se sentait coupable. Il avait sa réponse, il ne voyait pas l'utilité de le torturer davantage en posant des questions. Il n'avait pas sa place, dans l'intimité des deux amis.

Ils marchèrent en silence un moment.

« Il a dit une chose, Regulus, reprit Sirius. A propos de Harry. Il a dit… Il a dit que quelque chose le menaçait.
- Il a dit quoi ?
- Dumbledore pense que c'est une entité que tu aurais ramené de… de… Je ne sais pas, au juste ! J'ai du mal à comprendre ces choses-là. »

Regulus sentit un frisson lui parcourir l'échine. Il voyait parfaitement à quoi Dumbledore pouvait faire allusion. Et c'était vraiment mauvais…

« Qu'est-ce que tu as fait, Regulus… ? demanda Sirius avec précaution. Comment cette chose a-t-elle pu s'en prendre à Harry ?
- Quand nous avons quitté Azkaban… murmura Regulus. Nous avons changé de plan d'existence… Il y a des choses, qui vivent là, tu sais… Enfin… vivre n'est certainement pas le bon mot. Vois plutôt cela comme des énergies. Positives ou négatives.
- Et une des ces choses a réussi à s'introduire dans notre monde ?
- Sur notre plan, Sirius. Ce ne sont pas des mondes, à proprement parler.
- Et cette chose a besoin d'énergie magique ?
- Et d'un corps matériel. Sinon, elle se disperse. J'ai dû lui servir de véhicule, pour la faire passer d'un plan à l'autre. C'est le risque majeur, quand on fait ce que je fais. Et là… Je pensais l'avoir renvoyé sur son plan, mais apparemment… J'ai échoué… »

Il se passa la main dans les cheveux. Il se souvenait parfaitement d'avoir porté cette chose en lui. Une formidable source de magie, mais quelque chose de très noir, également. Et il avait fait ce cadeau-là à Harry ?!

« On peut la renvoyer d'où elle vient ?
- Oui, Sirius, répondit-il. Mais plus on attend, plus ce sera difficile. Parce qu'elle se réorganise pour s'accommoder à notre plan matériel, et qu'elle se lie de plus en plus avec son hôte. Le fait que Harry soit jeune a favorisé la symbiose, mais d'un autre côté, sa magie est peu développée, il ne lui fournira que peu d'énergie magique. Et cela, c'est plutôt bon pour nous. L'Entité ne pourra compter que sur ses propres réserves. »

Sirius ne releva pas.

« Ecoute, Sirius, reprit Regulus. Je te promets que je règlerai cela dès que nous aurons retrouvé Harry. Il me suffira d'ouvrir la porte… D'attirer l'entité à moi…
- Et elle te suivra ? demanda Sirius, sceptique. Elle acceptera de quitter Harry pour te suivre ?
- Je l'y forcerai. »

Il devrait y arriver, il n'avait pas le choix. Mais Regulus savait bien que ce ne serait pas si simple. Si cette entité-là était vraiment puissante, alors… Alors, il risquait bien d'y laisser son âme.