Chapitre 26

Andromeda se pencha sur son neveu, le cœur serré par l'inquiétude et la pitié. L'enfant était inconscient. On aurait presque pu croire qu'il dormait, mais sa respiration était bien trop ténue. A peine un souffle.

« Et il est dans cet état depuis combien de temps ? demanda Andromeda à Narcissa.
- Au début, cela ne paraissait pas bien grave, répondit celle-ci d'une voix qu'elle maîtrisait tant bien que mal. Une mauvaise grippe. Mais ça a empiré… Voilà deux semaines qu'il ne peut plus se lever. Et il n'ouvre plus les yeux depuis cinq jours… »

Elle inspira un grand coup, comme pour évacuer les sanglots qui menaçaient de l'étrangler.

Andromeda n'avait plus revu sa sœur depuis son mariage avec Ted. Et elle avait vraiment appréhendé le moment où elle se trouverait face à elle, tandis qu'elle accompagnait Lucius au Manoir des Malefoy. Mais c'était pire, en un sens, que ce qu'elle avait pu imaginer. Jamais elle n'aurait pensé voir sa sœur si dévastée par le chagrin. Narcissa, la parfaite Narcissa, qui savait si bien se contrôler, qui savait toujours si merveilleusement préserver les apparences… Un moment, Andromeda avait même été tentée d'abattre son masque, de lui révéler qu'elle n'était pas la tante Walburga, mais sa sœur. Et qu'elle était profondément désolée pour elle. Puis, elle avait repensé à Regulus, et elle s'était appliquée à jouer son rôle.

Après tout, elle pouvait aussi réconforter sa sœur sous son déguisement. Narcissa semblait, très curieusement, vraiment attachée à sa vieille tante…

« Et les guérisseurs, que disent-ils ?
- Lucius ne veut pas les laisser approcher de Drago.
- Oh. Et comment pense-t-il que son fils se rétablira, sans personne pour le soigner ?
- Ce n'est pas une maladie. Pas vraiment. C'est à cause de… »

Elle ne poursuivit pas et lança un coup d'œil furtif autour d'elle, comme si elle craignait d'avoir déjà trop parlé.

« Si ton fils est en lien avec quelque chose qui lui fait du mal, dit Andromeda, pesant ses mots, alors, il faut trouver quel est ce lien. Et le rompre.
- Nous avons cherché, Lucius et moi ! répondit Narcissa, fondant finalement en larmes. Nous ne savons pas comment il utilise notre fils ! C'est comme si… comme s'il drainait sa force vitale… »

Andromeda caressa le front de Drago d'un air pensif. Le pseudo Maître des Ténèbres qui se terrait dans la maison utilisait donc l'enfant comme source d'énergie. Si elle pouvait trouver par quel moyen ce transfert s'effectuait, alors elle serait en mesure d'aider sa sœur. Et Regulus par la même occasion.

XXXXXXX

Remus avait soigneusement choisi le lieu du rendez-vous. Il connaissait parfaitement bien ce parc moldu, il en avait assuré l'entretien en tant que jardinier. Et il savait que personne ne viendrait les chercher dans la cabane à outils, réduit minuscule près de la grille qui en clôturait l'entrée.

Il avait installé Harry sur les caisses qui lui servaient à ranger le petit outillage, dans une autre vie, et surveillait les allées et venues entre deux planches que le temps avait disjointes.

Il se sentait un tout petit peu mieux. Les médicaments moldus avaient fait leur effet, et même s'il avait toujours de la fièvre, celle-ci était moins élevée. Mais il avait toujours mal.

Dans moins d'une heure, tout sera fini, se dit-il pour se redonner du courage. Dumbledore s'occupera de Harry, je n'aurai plus à me faire du soucis pour lui.

Il se tendit brusquement. Un groupe important de personnes approchait du parc. Des hommes de la police londonienne. Des Aurors déguisés ? Il colla un peu plus son œil à la fente, en vain.

« On va bientôt sortir ? demanda Harry.
- Oui, bientôt. Ils arrivent, je crois. »

Le manque de visibilité le frustrait. Il devait absolument être sûr de ce qui l'attendrait, lorsqu'il sortirait de sa cachette. Pas question de réitérer le fiasco de Poudlard ! Il sortit sa baguette et lança un sort pour voir à travers la cloison. Le résultat fut plutôt décevant : il avait l'impression de voir le parc au travers d'une vitre embuée.

Décidément, il était grand temps qu'il mette un terme à tout cela. Bientôt, il serait incapable d'utiliser sa baguette, tant il s'affaiblissait !

Les policiers commençaient à évacuer le parc. Au milieu d'eux, Remus reconnut l'Inspecteur McPherson.

Sirius avait toujours dit que ce type-là exécrait tellement les Mangemorts qu'il était prêt à tous les excès de zèle pour les mettre hors d'état de nuire. Lui-même avait fait l'expérience de sa ténacité. Remus ne pouvait qu'espérer qu'il n'était pas passé dans l'autre camp… Il n'avait aucune garantie, cependant. Tout ce qu'il pouvait espérer, c'était que McPherson ait effectivement caché le lieu du rendez-vous à Croupton. Remus n'avait aucune confiance en Croupton. Il avait été poussé à ce poste par Lucius Malefoy, cela ne pouvait certainement rien signifier de bon.

Et il comptait sur Dumbledore.

Mais il avait beau regarder de tous ses yeux, il ne voyait nulle part le vieux professeur.

Peut-être McPherson n'était-il absolument pas fiable, en fin de compte ? Peut-être même cette histoire de réhabilitation de son nom n'était qu'un piège grossier pour l'attirer au Ministère et lui reprendre Harry ?

Toutes ces questions sans réponses le torturaient plus sûrement que les blessures causées par Greyback. Parce que là, il n'était plus question de sa seule sécurité, il en allait aussi de celle de Harry.

XXXXXXX

La surveillance avait été doublée, devant la porte de Severus Rogue. Mais cela ne surprit pas Rita. Elle s'en voulait un peu, maintenant, de s'être révélée à Narcissa, et pas seulement parce que cela la mettait un peu plus en danger. En parlant comme elle l'avait fait, elle avait révélé sans ambiguïté à quel camp elle appartenait. Et que ce camp, ce n'était pas celui des Malefoy.

Elle ne pourrait plus manœuvrer avec Lucius, désormais.

Il lui fallait donc agir. Ce qu'elle avait appris allait peut-être intéresser Rogue. Après tout, cet affreux bonhomme paraissait pas mal versé, question magie noire. Et si, tous les deux, ils parvenaient à détruire cette chose qui passait pour Celui-dont-on-doit-taire-le-nom…

Elle se faufila entre le mur et les hommes devant la porte, longeant la plinthe. Elle sentait peser sur elle les sorts d'anti-dissimulation censés la révéler au grand jour, et elle rit intérieurement. Personne ne songeait à se garantir des insectes et autres vermines qui grouillaient dans les maisons… Et comme elle l'avait fait la première fois, elle se glissa sous la porte.

Severus Rogue n'avait pas bougé. Il paraissait amorphe, vide de sa propre substance. Une vision particulièrement désagréable. Elle approcha au plus près de lui avant de reprendre sa forme humaine. Il l'accueillit sans surprise, presque comme s'il s'attendait à la voir apparaître devant lui à tout moment.

« Vous savez qu'ils risquent d'entrer ici à tout moment ? lui murmura-t-il.
- Il faut que je vous parle !
- Vous avez trouvé quelque chose d'intéressant ?
- J'ai surpris une conversation entre Narcissa et Walburga Black.
- Mrs Black est ici ?!
- Elle était dans la chambre de Drago. Narcissa lui a dit que son fils n'était pas malade, qu'une… chose… drainait son énergie vitale.
- Intéressant… fit Rogue, l'air soudainement beaucoup plus vivant.
- Vous pensez que cette chose qui se fait passer pour Vous-Savez-Qui utilise le gamin pour exister ? »

Rogue tapota ses lèvres minces de l'index qui lui restait d'un air pensif. Rita devinait qu'elle venait de lui ouvrir tout un champ de perspectives intéressantes.

« Un Seigneur des Ténèbres qui serait dépendant d'une source de magie pour exister… murmura-t-il. Le sort qui devait tuer le petit Potter ne l'a pas anéanti…
- A cause des horcruxes, ajouta Rita, s'asseyant à ses côtés.
- Oui. Des morceaux d'âme… Et… Regulus a dit qu'il y en avait un ici…
- Quoi ?
- Regulus a dit que Malefoy possédait un horcruxe !
- Vous croyez que c'est cela ? demanda Rita, passablement excitée, elle-aussi. Qu'un horcruxe s'est… réveillé ?
- Je ne sais pas. Je ne suis pas un expert en horcruxe ! Mais à ce qu'il me semblait… Ce qu'il m'a semblé, quand j'ai détruit le médaillon… c'est que ces morceaux d'âme sont inertes.
- Pourtant, cette chose que vous avez vue bougeait, non ?
- Elle me semblait avoir sa volonté propre. Elle a tenté de faire valoir sa volonté contre celle de Lucius.
- Alors ce n'est pas à cause d'un horcruxe ? demanda Rita, déçue.
- Peut-être qu'il y a de cela quand même. Si le morceau d'âme a été placé dans un objet magique particulier… Un objet que Drago aurait utilisé… Ou si le morceau d'âme avait trouvé une autre enveloppe que l'objet censé le contenir…
- Le morceau d'âme serait entré en Drago, et il utiliserait sa magie pour se créer une substance extérieure à lui ? »

Rogue la regarda avec surprise, et une répugnance évidente.

« Quoi ?! fit Rita. C'est une bonne idée, non ?! Ce ne serait pas possible ?
- Je ne pense pas qu'on puisse être possédé par un morceau d'âme emprisonné dans un horcruxe ! trancha Severus. Ça n'a pas de volonté propre, pas de personnalité.
- Vous avez mieux à proposer ? lança Rita d'un air de défi.
- Je pense que ça tient plutôt à la nature de l'horcruxe. Regulus a parlé d'un journal.
- Du genre journal intime ?
- Quelque chose qui aurait contenu plus que le morceau d'âme de Vous-Savez-Qui. Quelque chose qui aurait contenu ses souvenirs, les traits marquants de sa personnalité.
- Et Drago ? Pourquoi lui ?
- Pour une raison que je ne m'explique pas, il semblerait que ce soit lui qui ait généré le phénomène… Il est la source d'énergie qui alimente l'horcruxe. »

XXXXXXX

Andromeda leva les yeux vers la porte du salon, alors que celle-ci s'ouvrait sur Lucius. Après l'avoir déposée chez lui, celui-ci était aussitôt reparti pour le Ministère, ils n'avaient pas échangé plus de deux mots. Mais elle se doutait qu'il ne l'avait pas invitée chez lui sans une bonne raison. Et elle allait savoir laquelle dans quelques minutes.

« Etes-vous bien installée, Mrs Black ? La chambre vous convient-elle ?
- Parfaitement, Lucius. J'ai vu votre fils… Le pauvre enfant !
- Mmmh… Oui… Nous nous en occupons, bien évidemment. Et d'ailleurs… »

Lucius traversa le salon et s'assit sur le divan face à elle. Il était nerveux.

« Je pense que vous pouvez nous aider, Mrs Black. Vous pouvez aider Drago à aller mieux.
- C'est vrai ? »

Lucius joignit ses mains, comme pour une prière. Andromeda sentit son cœur battre un peu plus vite.

« Votre fils Regulus… Il était entré en possession d'un médaillon. Un objet magique très important.
- Un médaillon ?
- Oui. Il nous faut absolument ce médaillon, comprenez-vous ?
- Pour soigner Drago ?
- … Oui… Vous a-t-il parlé d'un médaillon ? L'auriez-vous vu, par hasard, dans ses affaires ?
- Cela ne me dit rien.
- Et votre Elfe de Maison ? Pouvez-vous l'appeler et lui demander si Regulus lui aurait confié ce médaillon ? »

Kreattur sait quelque chose, pensa aussitôt Andromeda. Et Lucius le sait. Comment expliquer, autrement, que Lucius ait seulement songé à Kreattur ?

Elle allait devoir être extrêmement prudente, en interrogeant l'Elfe… « Kreattur !
- Oui, Maîtresse, fit celui-ci, apparaissant aussitôt.
- Regulus t'aurait-il confié un médaillon ? »

L'Elfe la regarda de ses yeux énormes, visiblement perturbé par la question.

« Sais-tu où est ce médaillon ? » insista Lucius, plutôt rudement. Il ne fallait pas que Kreattur réponde à Lucius, de cela, Andromeda était persuadée. Elle accrocha le regard perdu de l'elfe. « Si Regulus t'a confié un médaillon, tu peux me le dire, lui confirma-t-elle.
- Oui, Maître Regulus voulait qu'il soit en sûreté… répondit Kreattur, hésitant. Personne ne devait savoir…
- Tu vas le donner à ta maîtresse, pourtant, n'est-ce pas ? coupa Lucius.
- Non… murmura Kreattur.
- Comment, non ?! fit Lucius. Telle est la volonté de ta Maîtresse ! Tu n'oserais pas aller contre elle ?!
- Lucius… Kreattur est un bon elfe de maison, il a toujours été dévoué à Regulus.
- Regulus est… ! » commença Lucius.

Il ne finit pas sa phrase. Qu'allait-il dire ? Qu'il était un traître ? Qu'il ne méritait plus d'appartenir à la noble famille des Black ? Le genre de sottises qu'Andromeda elle-même avait dû essuyer en choisissant Ted… Elle en avait presque la nausée.

Kreattur était complètement perdu. Il avait accepté de la suivre chez les Malefoy, évidemment, puisqu'elle était une Black. Mais elle n'était pas Walburga… Elle lui avait dit que Regulus attendait de lui qu'il lui obéisse comme à sa mère, mais elle savait que c'était difficile, pour l'elfe.

« Nous allons retourner Place Grimmaurd, lui dit-elle. Et tu vas me donner le médaillon de Regulus. »

Kreattur hésita, avant d'acquiescer d'un signe de tête.

XXXXXXX

Il n'y avait toujours aucun signe de Dumbledore… Par contre, il y avait de plus en plus d'Aurors. Remus n'aimait pas du tout ce qu'il voyait.

« Remus… murmura Harry.
- Chut, Harry. Il ne faut pas qu'on nous entende.
- Ils sont méchants ?
- Je ne sais pas. J'espère que non… »

L'enfant était particulièrement nerveux. Il s'accrochait à sa jambe avec une force qui en disait long sur sa crainte de ce qui allait arriver. Et Remus ne se sentait pas plus confiant.

Encore cinq minutes, et si Dumbledore ne venait toujours pas, il s'enfuirait avec Harry par l'ouverture qu'il s'était ménagée sur le côté de son abri.

Ce ne fut pas Dumbledore, mais le Professeur McGonagall, qui fit son apparition dans le parc, moins de deux minutes plus tard. Remus se sentit brusquement apaisé. Remus savait qu'il pouvait avoir toute confiance en elle. Elle était le bras droit de Dumbledore, elle avait été sa directrice de maison à Poudlard. Elle avait protégé son plus honteux secret pendant les sept années où il avait été sous sa responsabilité. Elle avait de l'estime pour lui, il le savait.

Et elle ne voulait certainement pas de mal à Harry.

Il posa une main sur l'épaule de l'enfant et l'étreignit.

Oui, Harry serait en sécurité avec McGonagall. A condition que cette femme, près de McPherson, soit bien le professeur et pas un leurre…

XXXXXXX

Regulus et Sirius sursautèrent, alors que Kreattur et Walburga se matérialisaient subitement au milieu de leur cuisine. Stupéfaits, ils les dévisagèrent, tandis qu'Isabelle ravalait un cri d'effroi.

« Regulus, il faut que je te parle ! Oh, bonjour, Sirius ! fit la vieille femme, lui adressant un sourire.
- Andromeda ? fit Sirius, se souvenant subitement de ce qu'avait dit Ted Tonks.
- Oui, c'est moi.
- Il y a un problème ? demanda aussitôt Regulus.
- Lucius veut un médaillon. Il dit que tu as confié un médaillon à Kreattur.
- Qu'est-ce que je dois faire, Maître, geignit l'Elfe. Le médaillon est tout cassé, maintenant…
- Flûte… murmura Regulus.
- Comment sait-il, pour le médaillon ? demanda Sirius.
- Je suppose que Rita ou Severus lui en ont parlé.
- Il y a pas mal d'hommes qui circulent dans les couloirs du Manoir, intervint Andromeda. Ils semblent tous sur le qui-vive.
- Et lui, Voldemort, tu l'as vu ? demanda Sirius.
- Non, répondit Andromeda, réprimant un frisson. Mais j'ai vu Drago. Il est mourant. Et Narcissa, complètement désespérée… Elle pense que Vous-Savez-Qui se sert de lui. »

Les deux frères échangèrent un regard.

« Il faut faire quelque chose… murmura Andromeda. Drago est mon neveu, je ne veux pas qu'il… » Elle ne finit pas sa phrase, troublée.

« Le médaillon ne lui sera d'aucun secours, dit Regulus. Et si Lucius sait qu'il a été détruit… Il pourrait décider qu'il n'est plus nécessaire de garder Severus en vie… »

Il y eut un silence, rompu par le grincement de la porte d'entrée. « Finn ? fit la voix de Mondingus.
- Dans la cuisine ! » répondit Sirius. Mondingus les rejoignit, apparemment très content de lui-même. « Mission accomplie, dit-il aux deux frères.
- Une bonne chose de faite… soupira Regulus.
- Qui est-ce ? demanda Mondingus, désignant les nouveaux-venus.
- Notre cousine et notre Elfe de Maison, dit Sirius.
- Votre cousine… ?
- Elle est déguisée, expliqua Isabelle.
- Ah.
- Qu'a dit Dumbledore ? demanda Sirius.
- Qu'il allait la détruire tout de suite.
- Très bien.
- Le médaillon, Regulus ! reprit Andromeda, insistante.
- Je ne sais pas quoi te dire, Andromeda ! soupira le jeune homme. Il n'y a plus de médaillon…
- Si je reviens sans, comment je l'expliquerai à Lucius ?!
- De quel médaillon vous voulez parler ? interrompit Mondingus.
- Un objet que veut Lucius Malefoy, mais que nous avons sérieusement abîmé, expliqua Sirius succinctement.
- Oh, si ce n'est que ça, je peux peut-être vous aider ! » fit Mondingus.

Sirius croisa le regard de Regulus. Contre toute attente, il semblait que Mondingus soit bel et bien fiable. Pouvait-il vraiment les aider une fois de plus ?

« Pour ce qui est de faire des faux, j'ai pas mon pareil ! insista Mondingus, sentant leur réticence. Je peux faire une copie très réaliste de votre médaillon, vous savez…
- Pas de ce médaillon-là, répondit Regulus. La chose qu'il renfermait a heureusement été détruite, et il n'y a aucun moyen pour faire croire qu'elle y soit encore.
- Mais cela nous permettrait sans doute de gagner du temps, songea Sirius à voix haute. Et cela protègera Andromeda et Kreattur.
- Oui, sans doute, murmura Regulus, songeur. Kreattur ? Tu veux bien m'amener le médaillon ? »

L'Elfe disparut immédiatement. Et le voyant faire, Sirius sentit son cœur frémir. Evidemment, c'était tellement simple !

« L'enfant est donc vraiment mal en point ? demanda Isabelle.
- Oui. Il n'est plus capable de s'alimenter seul, il est inconscient depuis plusieurs jours, expliqua Andromeda.
- Il faudrait que je le vois. »

Tous se tournèrent vers la jeune femme, surpris. Mais celle-ci leur renvoya leurs regards avec une détermination non feinte.

« Je suis une bonne guérisseuse, dit-elle. Je peux peut-être faire quelque chose pour lui !
- Tu as entendu Andromeda, Isabelle, contra Regulus doucement. Il n'est pas malade. Il est vampirisé par cette chose qui prétend être Voldemort.
- Et tu crois que je n'ai jamais eu à faire avec ce genre de phénomène ?! s'exclama la jeune femme. Je ne le guérirai sans doute pas, mais je peux faire en sorte que le processus qui le tue soit considérablement ralenti !
- Vraiment ? murmura Andromeda.
- Cela ne coûte rien d'essayer !
- Comment, « cela ne coûte rien d'essayer » ?! s'exclama Regulus. Et comment comptes-tu te rendre au chevet de Drago ?!
- Il suffirait que je prenne la place d'Andromeda…
- Il n'en est pas question ! trancha Regulus.
- Je peux le faire ! Vraiment ! Je prends sa place juste le temps de voir si je peux aider le petit… Kreattur me ramènera ici au moindre signe d'alerte ! »

Regulus ne répondit pas. Andromeda serrait ses mains l'une contre l'autre, à la fois troublée et séduite par la suggestion.

« Je vais le faire, déclara Isabelle, déterminée. Que cela te plaise ou non, Regulus ! »

Le silence pesant qui s'ensuivit fut brisé par le retour de Kreattur. Celui-ci tendit le médaillon à Regulus. « Donne-le à Mondingus », lui dit celui-ci, morose.

Mondingus le saisit et l'examina d'un œil d'expert. « C'est un bijou assez exceptionnel… remarqua-t-il.
- Et encore, tu n'as pas vu de quoi il était capable… dit Sirius. Tu peux en faire une copie ?
- Je pense.
- Combien de temps cela te prendra-t-il ?
- Une demi-journée si tu veux un vrai bon boulot.
- C'est trop long. Andromeda ne pourra pas s'absenter aussi longtemps sans attirer les soupçons de Lucius.
- Je peux faire une copie en une demi-heure si tu préfères, mais ce ne sera pas exceptionnel !
- Peu importe ! De toute façon, je doute que Lucius sache vraiment à quoi ressemble ce fichu médaillon, coupa Regulus. Alors ? Tu peux le faire ? »

Mondingus fit oui d'un air absent, déjà absorbé par la tâche qui l'attendait. Il quitta la cuisine sans un mot. Sirius se tourna vers Kreattur.

« Maintenant, Kreattur, si tu veux bien… J'ai un immense service à te demander. Retrouve-moi Harry. »