Chapitre 30

Malefoy entra en trombe dans son bureau, absolument furieux. Comment Croupton avait-il osé faire un chose pareille ?! Utiliser son fils pour ramener à la vie le Maître défunt… ! Il s'approcha de la cheminée, mais recula presque aussitôt, alors que quelqu'un prenait pied dans la pièce. Croupton, justement, toujours sous l'apparence de son père.

Aussitôt, Malefoy tira sa baguette et lança un sort qui projeta un Croupton stupéfait contre le mur opposé. « Qu'est-ce que tu as fait à mon fils ?! hurla-t-il, au comble de la rage. Je t'accueille sous mon toit, et voilà comment tu me remercies ?! En mettant en danger la vie de mon fils unique ?!
- Oh, qui t'a dit ? demanda Croupton, comme si rien de tout cela n'avait d'importance.
- Dobby m'a dit que c'était toi, qui avait donné le journal à Drago ! Tu savais ce qui allait se passer, n'est-ce pas ?! Réponds vite avant que je te réduise en cendres !
- A vrai dire… Je savais que le journal avait le pouvoir de faire revenir le souvenir de notre Maître, mais le résultat a de loin dépassé mes espérances, répondit Croupton, avec un aplomb que Malefoy trouva incroyable.
- Mon fils se meurt à cause de toi et de tes manigances !
- Il fallait une jeune vie à notre Maître. Quand je suis venu ici, et que je t'ai vu te pavaner auprès de tes amis du Ministère, comme si tu avais tout oublié de la Cause… Je me suis dit qu'il fallait bien cela pour te rappeler ton allégeance au Maître !
- Tu vas le payer ! » fit Malefoy, la mâchoire crispée par la colère.

Et il leva une nouvelle fois sa baguette, bien décidé à éliminer Croupton radicalement. Ce qu'il aurait dû faire dès le début. Malefoy regrettait maintenant de s'être allié avec un fanatique pareil.

« Attends, Lucius ! s'exclama Croupton, les yeux agrandis d'effroi. Attends ! Drago ne va pas mourir ! Il y a une solution ! »

Lucius baissa légèrement sa baguette. Il voulait de toute son âme éliminer cet homme devant lui. Mais il voulait plus encore sauver son fils.

« Si je suis venu, c'était pour t'apprendre la nouvelle ! Nous tenons Harry Potter ! »

XXXXXXX

Sirius avait été sérieusement tenté de se précipiter dans le bureau pour attaquer directement Malefoy. Mais il s'était raisonné. S'il le faisait, il ne saurait jamais comment retrouver Harry. Et les derniers mots prononcés par Croupton achevèrent de le convaincre de ne pas agir tout de suite.

Il se colla donc un peu plus contre la porte du bureau, écoutant de toutes ses oreilles.

« Vous avez le petit Potter ? dit la voix de Malefoy, sceptique.
- Nous l'avons capturé tout à l'heure, alors que Lupin tentait de le remettre aux mains des Aurors. Une action menée de main de maître, tu l'admettras toi-même !
- Et où est-il ?
- En sûreté. Nos hommes attendent ton signal pour te l'amener. Je pensais qu'il était préférable de s'assurer d'abord qu'il n'y avait aucun risque à le conduire jusqu'ici. Sirius Black va essayer de le retrouver, et ne nous leurrons pas, il y a fort à parier qu'il viendra le chercher directement ici !
- Eh bien qu'il vienne ! Nous le recevrons comme il le mérite ! »

Sirius esquissa un sourire malgré lui. Malefoy ne se doutait même pas que son manoir avait déjà été infiltré…

« Le rituel libérera ton fils, Lucius », appuya Croupton.

Rituel ? Quel rituel ?! Qu'est-ce que ces monstres projetaient de faire à son petit Harry ?! Sirius serra les poings pour maîtriser la colère qu'il sentait grandir en lui.

« Comment puis-je en être certain ?! Tu as passé ton temps à me mentir !
- Harry Potter en échange de Drago. Cela a toujours été convenu ainsi. Le Maître puisera l'énergie vitale de son pire ennemi, et libérera ton fils du même coup. Drago ne l'intéresse pas. »

Voldemort « vampirisant » l'énergie vitale de Harry. Cette pensée fit courir un frisson dans le dos de Sirius. Mais pourquoi voulait-il spécifiquement Harry ? A cause de la prophétie ?

« J'espère pour toi que tu ne te trompes pas, Barty, fit Lucius d'une voix lourde de menaces et de haine non dissimulée. Parce que je te jure que si Drago meurt, tu iras pourrir toi-même en enfer ! »

XXXXXXX

Rita avait finalement décidé de retourner dans la chambre de Drago. Elle avait cherché le journal dans le bureau de Lucius, dans la bibliothèque, dans la chambre conjugale, en vain. Puis, elle s'était dit que si c'était bien ce journal qui était la cause de l'état de santé de l'enfant, il était peut-être bien dans sa chambre.

Il y avait de l'agitation, dans la chambre. Narcissa avait vidé tous les livres de la bibliothèque de l'enfant, tandis que l'Elfe des Malefoy fouillait dans chaque tiroir, chaque placard.

Apparemment, elle n'était plus la seule à chercher le journal…

« Dobby est vraiment désolé, Maîtresse ! sanglotait l'Elfe, tout en s'acquittant de sa tâche. Dobby ignorait que cela pouvait faire du mal au Petit Maître !
- Et il ne t'est pas venu à l'esprit qu'il ne fallait pas toucher aux affaires de ton Maître, Elfe stupide ! répliqua Narcissa, les joues rougies par la colère et l'animation. Retrouve ce journal, ou je te jure que tu ne verras pas le soleil se lever demain matin ! »

L'Elfe redoubla de sanglots et s'agenouilla au pied du lit de l'enfant. Un moment, Rita crut qu'il allait tomber en syncope.

« Lucius dit qu'il est ici… murmura Narcissa, laissant tomber un album de photos sur une table. Regarde sous les meubles. Et arrête de pleurnicher ! »

L'Elfe se mit aussitôt à quatre pattes pour regarder sous le lit. Rita le devança et courut de toutes ses pattes, louvoyant entre des amas de poussière gros comme des buissons. Apparemment, le ménage n'avait pas été fait depuis longtemps, remarqua Rita distraitement.

Elle percuta presque le petit livre qui avait glissé sous la table de nuit.

Un flot d'adrénaline l'électrisa. Elle l'avait trouvé ! Elle était persuadée que c'était cela !

Au même moment, la main de l'Elfe s'abattit sur le journal, le soustrayant à son regard.

« Maîtresse… couina l'Elfe.
- Donne-le moi ! » s'exclama Narcissa, d'une voix où perçait un soulagement manifeste.

Rita grimpa le long du chevet et se dissimula derrière un tas de remèdes, pestant en elle-même. Elle avait été à deux doigts de l'avoir !

Narcissa commença à feuilleter le journal, sous le regard inquiet et encore noyé de larmes de l'Elfe. « C'est ça… ? murmura-t-elle, d'une voix mêlée d'interrogation et de scepticisme. Mais il n'y a rien dedans !
- C'est bien le cahier que Dobby a donné au petit Maître », confirma l'Elfe d'une petite voix.

Narcissa s'assit sur le lit, feuilletant toujours le carnet. Elle finit par trouver un petit dessin gribouillé au crayon de couleur, et une tache qui ressemblait fort à du sang. Narcissa l'effleura du bout des doigts.

« Allons voir Lucius », décida-t-elle.

XXXXXXX

Scrimgeour quitta l'hôpital de Sainte-Mangouste très satisfait. Il avait trouvé une Minerva McGonagall particulièrement remontée, au chevet d'un Lupin plongé dans un sommeil magique destiné à accélérer sa guérison. La vieille femme était prête à se joindre à la bataille. Outre qu'elle était réellement inquiète du sort du petit Harry, elle s'en voulait manifestement d'avoir été mise hors jeu si facilement par les Mangemorts.

Aussi, lorsque Scrimgeour lui confia ce qu'il avait l'intention de faire s'empressa-t-elle d'accepter de se battre à ses côtés. Et avec elle viendrait certainement tout ce que l'Ordre du Phénix pouvait fournir en combattants déterminés à mettre fin une fois pour toute à la menace des Mangemorts.

« Mais par où commencer ? avait-elle demandé.
- Nous avons de bonnes raisons de penser que c'est Lucius Malefoy, la tête à abattre.
- Lucius… Il a réussi assez habilement à échapper à la justice…
- Pas cette fois-ci. Il a manœuvré pour faire tomber Milicent Bagnold et mettre son homme de paille à la place, et en faisant cela, il s'est fragilisé.
- Vous ne prouverez pas de cette façon qu'il est bel et bien un Mangemort !
- Les preuves, nous les trouverons chez lui. Nous allons attaquer son manoir. »

McGonagall avait gardé le silence. Si elle désapprouvait l'action coup de poing que Scrimgeour projetait de lancer, elle ne lui en avait pas fait part.

Tant mieux. Scrimgeour comptait aller au plus vite. Il n'avait pas de temps à perdre à convaincre ses partisans de l'importance d'une attaque frontale. S'il se trompait, sa tête tomberait, mais Scrimgeour était persuadé qu'il avait raison. Il trouverait Harry chez les Malefoy.

Il retrouva McPherson dans un pub moldu, à quelques mètres de l'hôpital. Celui-ci avait commandé une bière qu'il ne buvait pas. Scrimgeour le connaissait suffisamment pour le deviner sous tension, malgré son calme apparent. Et Scrimgeour s'en réjouit. Lorsque McPherson était dans un tel état d'esprit, même une armée d'inferi était incapable de l'arrêter !

« Alors ? demanda l'Inspecteur.
- Elle est d'accord, évidemment ! Elle veut rendre aux Mangemorts qui l'ont malmenée la monnaie de leur pièce ! Et elle veut retrouver Harry. Elle se sent responsable de sa disparition.
- C'est plus mon échec que le sien… murmura l'inspecteur.
- Sottises ! Cet enlèvement nous donne l'occasion d'agir ! Si nous retrouvons Harry chez les Malefoy, c'est la tête des Mangemorts qui tombera !
- Vous pensez qu'il sera assez imprudent pour faire venir l'enfant chez lui ? » demanda l'inspecteur sceptique.

La question était pertinente. Malefoy avait été excessivement prudent, jusqu'à présent. On n'avait jamais rien réussi à découvrir qui soit de nature à vraiment le compromettre. Allait-il vraiment courir le risque de séquestrer Harry Potter sous son propre toit ?

« Si seulement nous savions pourquoi il désire tellement l'enfant… » murmura-t-il.

S'il ne s'agissait que de le mettre à mort, il était en ce cas inutile de le faire chez lui… Et Scrimgeour n'aurait pas les preuves nécessaires pour l'inculper. Une pensée qui était loin d'être réjouissante !

« Nous n'avons pas tellement le choix, reprit-il. Il faut partir du principe qu'il a besoin du petit. Et que nous le trouverons au manoir.
- Mais si ce n'est pas le cas, le gosse est perdu, non ?
- Pas nécessairement ! Les Mangemorts auraient pu tuer Harry dans le parc, au lieu de l'enlever. Ce qui signifie que Malefoy le veut vivant. Peut-être pour le tuer lui-même.
- Il faut donc agir très vite… murmura McPherson.
- Exact ! Je pense que nous serons prêts dès ce soir pour l'attaque. Où en est votre homme ?
- Je n'ai pas encore de nouvelles.
- Si nous attaquons le manoir, il faut arrêter Croupton et Fudge en même temps.
- Je sais. »

Les deux hommes se regardèrent avec gravité. Ce qu'ils préparaient était insensé. S'il s'averrait qu'ils avaient tort, leur coup d'état les mènerait tout droit à Azkaban.

Mais Scrimgeour préférait ne pas y penser.

XXXXXXX

« Où est Harry Potter ? demanda Lucius.
- Je peux le faire venir immédiatement, si tu le désires », répondit Croupton.

Lucius hésita un instant. Faire venir l'enfant chez lui était loin d'être une bonne idée. Il ne voulait certainement pas qu'on puisse l'associer d'une façon ou d'une autre aux Mangemorts. Et ce n'était pas parce que le chef des Aurors était l'un des leurs qu'il devait se montrer négligent !

D'un autre côté… Drago était au plus mal. Il fallait mettre fin à tout cela au plus vite, où il perdrait son fils.

« J'ai lancé les Aurors aux quatre coins du pays pour chercher Harry, poursuivit Croupton. Ils seront trop occupés pour regarder par ici ce qui se passe.
- Mais il y a toujours Sirius Black.
- A lui tout seul, je ne vois pas ce qu'il ferait ! »

Lucius était loin de partager son opinion. Sirius était un adversaire à ne pas négliger. Tout comme son frère. Ces deux-là avaient réussi l'impensable, ils s'étaient évadés d'Azkaban… Qui sait ce qu'ils étaient encore capable de faire !

« Et puis, si Sirius est sur les traces de Harry, mieux vaut en finir au plus vite ! Même s'il débarque ici, il ne trouvera rien d'autre qu'un cadavre ! »

Lucius ne releva pas. Il n'aimait pas agir dans la précipitation. Mais Croupton avait raison, il n'y avait pas de temps à perdre. Au moins pour Drago.

« D'accord. Fais venir Harry. Mais encore une question. Comment as-tu fait pour mettre la main sur lui ? »

Cela l'intriguait vraiment. Il ne pensait vraiment pas Croupton capable d'un pareil exploit !

« Lupin voulait le remettre aux Aurors. L'innocenter était la bonne chose à faire, cela a rétabli sa confiance. Mais j'avoue que sans Pepplewood, j'en serais encore à ignorer où Lupin avait donné rendez-vous à McPherson ! »

L'information fit tiquer Malefoy. Ainsi, l'inspecteur McPherson avait caché à son supérieur une information aussi capitale… ? Ce n'était pas bon signe. Cela signifiait qu'il ne lui faisait pas confiance. Allait-il jusqu'à le soupçonner d'être un imposteur ? Cette idée fit frissonner Malefoy. McPherson pouvait se montrer particulièrement perspicace…

« Dès que j'ai su, j'ai ordonné à Pepplewood de kidnapper l'enfant.
- Et il a réussi ce tour de main tout seul ? Au nez et à la barbe de McPherson ?! s'exclama Lucius, sceptique.
- J'ai envoyé des Détraqueurs attaquer les Aurors pour le seconder. »

Un instant, Lucius crut qu'il avait mal compris. Cet imbécile avait fait quoi ?

« Des Détraqueurs… ?
- Trois. Je leur ai dit d'attaquer le parc. »

Croupton souriait de toutes ses dents, très content de lui. Lucius, lui, avait l'impression d'avoir avalé des pierres. Comment Croupton ne comprenait-il pas l'erreur énorme qu'il avait commise ?!

« C'était vraiment la chose la plus stupide que tu pouvais faire ! s'exclama-t-il.
- Pardon ? fit Croupton sèchement.
- Espèce d'idiot ! En faisant cela, tu as signé l'attaque de ton nom ! Qui d'autre que le chef des Aurors pouvait avoir recours aux Détraqueurs ?! Et McPherson a prouvé qu'il te soupçonnait déjà ! »

Lucius avait le front mouillé de sueur. Il était sûr que l'inspecteur menait déjà sa petite enquête… Croupton tomberait, ce n'était qu'une question de temps. Et lui-même ? Pour combien de temps, encore, serait-il à l'abri ?

« Cela ne veut rien dire… marmonna Croupton, maussade. Je ne suis pas le seul à avoir pu donner cet ordre…
- Et qui d'autre ? Fudge ? Tu as ruiné tout ce que j'ai si patiemment mis en place ! »

Il était plus furieux contre Croupton qu'il ne l'avait été en arrivant dans le bureau. Ce qu'il ne pensait pas possible !

« Sors de chez moi tout de suite ! hurla-t-il. Donne-moi Harry et disparais !
- Ne t'emballe pas comme ça, Lucius, protesta Croupton. Pour le moment, rien n'est sûr…
- Comment donc ?! Tu crois McPherson stupide ?! La seule chose que tu puisses encore faire, c'est disparaître dans la nature ! »

Si Croupton endossait seul la faute, Fudge ne serait pas nécessairement éclaboussé par le scandale, il pourrait toujours prétendre avoir été dupé – ce qui était vrai, dans le fond – et lui, Lucius, de la même façon, échapperait aux suspicions.

« Dis à tes hommes de m'amener Harry et quitte le Ministère. C'est la seule chose à faire.
- Lorsque nous aurons mené le rituel à son terme, cela n'aura plus d'importance ! Le Maître aura retrouvé sa pleine puissance !
- En attendant, disparais de ma vue ! »

XXXXXXX

Sirius s'était réfugié dans la bibliothèque. Ce qu'il avait appris le plongeait dans un état de quasi fébrilité. Très bientôt, Harry serait dans le Manoir, et il serait alors en mesure de le sauver. Et si McPherson fouinait dans le bon sens, Sirius avait bon espoir de voir les Mangemorts perdre le Ministère. Et on pouvait compter sur l'inspecteur pour cela.

Certes. Mais Sirius préférait s'en assurer.

« Kreattur ! » appela-t-il à voix basse.

L'Elfe apparut dans la pièce, les yeux écarquillés, à la recherche de son maître. Sirius dégagea sa tête de la cape d'invisibilité. « Kreattur, j'ai besoin de toi tout de suite… murmura-t-il.
- Mais… Kreattur devait… murmura l'Elfe, gêné.
- Devait quoi ?
- La demoiselle, l'amie de Maître Regulus… »

Sirius se mordit les lèvres. Il avait besoin de l'elfe tout de suite. Mais il ne voulait pas que cela soit au détriment d'Isabelle.

« Où est-elle ?
- Dans la chambre de ma Maîtresse. Elle attend.
- Est-elle en sécurité ?
- Oui. Elle est tout comme ma Maîtresse Walburga.
- Personne ne soupçonne sa véritable identité ? »

Kreattur fit non de la tête.

« Très bien… J'ai besoin de toi pour transmettre un message urgent à l'inspecteur McPherson.
- Et la demoiselle ?
- Elle attendra un peu.
- Kreattur peut la déposer avant de donner le message… ?
- Pas le temps. Je te veux ici, au manoir, le plus vite possible. Si les Mangemorts amènent Harry, je veux t'avoir sous la main pour l'emmener loin d'ici. Il n'y a qu'un elfe, pour pouvoir transplaner d'ici… »

Sirius se passa une main sur le front. Il n'avait pas le choix. Et si tout se passait bien, de toute façon, Isabelle ne risquerait rien. Malefoy serait arrêté bien avoir d'avoir pu la soupçonner de ne pas être Walburga. Et Harry aurait été conduit en sécurité par Kreattur.

« Ecoute. Tu vas porter mon message à McPherson et tu vas revenir tout de suite. Et ensuite, ensemble, nous attendrons Harry. »

XXXXXXX

Narcissa tendit le journal à Lucius d'une main tremblante. Celui-ci poussa un soupir de soulagement en le recevant.

« C'est bien cela, Lucius ? demanda Narcissa. C'est à cause de cet objet, que Drago va si mal ?
- Oui.
- Alors il faut le détruire immédiatement ! »

Rita grimpa sur un guéridon, dans l'angle du bureau, pour mieux voir. Et pour se mettre à l'abri de leurs chaussures… Toute curieuse qu'elle puisse être, elle était parfaitement consciente du risque qu'elle prenait, à trop s'approcher d'eux.

« Non, répliqua Malefoy catégorique.
- Mais si cela fait du mal à notre fils… ?! répliqua Narcissa d'une voix tremblante.
- Nous avons un moyen ! Mes hommes nous amènent Harry Potter. Nous pourrons commencer le rituel, et Drago sera libéré.
- Et si cela ne marche pas ?!
- Alors, nous aviserons. Mais je ne peux pas laisser passer cette opportunité. Grâce au sang du petit Potter, le Maître marchera de nouveau à nos côtés. »

Rita sentit une nouvelle flambée d'excitation. Un rituel ! Voilà qui allait passionner ses lecteurs ! Surtout un rituel mettant en jeu le Survivant et le Lord Noir ! Juste le genre d'histoire que la Gazette lui paierait à prix d'or !

Non, elle ne devait pas penser de cette façon-là. Pas maintenant. Il y avait plus en jeu, qu'un article. Elle en était parfaitement consciente.

Réfléchis, ma fille ! se dit-elle. Lucius a besoin de ce journal… C'est à cause de lui que son fils est malade, mais c'est aussi à cause de lui que Celui-dont-on-doit-taire-le-nom est sur le point de revenir…

La conclusion s'imposa d'elle-même. Il fallait détruire ce journal. Faire en sorte qu'il ne puisse pas servir dans ce rituel obscur qui devait sacrifier Harry Potter. Et du même coup, cela libèrerait Drago.

Très bien, elle savait ce qu'elle devait faire !

XXXXXXX

Severus sentait la pression monter, malgré tout le soin qu'il apportait à ne pas penser à la situation.

Pour le moment, semblait-il, sa vie n'était pas en danger. Il avait suffisamment intrigué Lucius, avec ses demi-révélations, pour avoir gagné un sursis. Ce qui ne voulait pas dire, évidemment, que Lucius avait gobé tout ce qu'il lui avait dit, et qu'il était convaincu qu'ils jouaient toujours tous les deux pour le même camp.

Et il y avait Rita. Cette fouineuse était bien capable de faire basculer le rapport de force. Si elle trouvait le journal, elle lui fournirait un atout de choix.

Un atout. Qu'il ne tiendrait qu'à lui d'utiliser de la bonne manière. Et là, il y avait deux options.

Rendre le journal à Lucius. Participer au retour du Lord Noir. Prêter la main au meurtre du fils de James Potter. Plus personne ne pourrait l'accuser de trahir la cause, il deviendrait même le bras droit de Lucius, dans la conquête du monde sorcier. Il aurait le pouvoir. Et sa connaissance des horcruxes lui donnait un levier certain pour pousser les autres à agir à sa guise.

Mais faire cela, c'était trahir Regulus. Trahir le souvenir de Lily. Renoncer à la rédemption permise par Dumbledore.

Faire cela, c'était revendiquer que son âme n'était pas aussi noire et corrompue qu'il s'était habitué à imaginer ces dernières années.

Il pouvait détruire le journal. Empêcher le Lord Noir de drainer la force vitale du fils Potter. Annihiler ce qui restait des Mangemorts, en s'en prenant directement à la tête – Malefoy et Croupton.

La porte s'ouvrit, le tirant de ses réflexions. Malefoy entra, l'air agité. A la fois troublé et en colère. Etait-ce à cause du faux médaillon ?

« Tu avais raison pour le journal, dit Lucius, lui tendant un petit livre.
- Ravi de l'apprendre… » répondit Severus.

Ce qui le ravissait moins, en revanche, c'était de voir l'objet en question entre les mains de Lucius. Ainsi, Rita ne l'avait pas trouvé. Autant pour ses projets d'avenir ! Il n'aurait sans doute même pas à se poser la question de choisir son camp, tout dépendrait de Lucius !

« Comment cet objet permet-il au Maître de revenir ? demanda Malefoy.
- Je peux le voir ? »

La curiosité prit le pas sur toute autre considération. Ce journal avait sans doute des pouvoirs que n'avait pas le médaillon. Et Severus brûlait de découvrir lesquels. Les élancements de sa main blessée n'y changeaient rien.

« Ne t'avise pas de faire le moindre geste inconsidéré, Severus », menaça Lucius.

Rogue ne se donna même pas la peine de relever. Il prit le journal avec précaution. Presque délicatement. Il avait déjà eu affaire au médaillon, il savait le mal que ce genre d'objet pouvait causer. Et s'il était curieux, il n'en restait pas moins prudent.

Il le feuilleta lentement, examinant sa facture, et regrettant de ne plus avoir sa baguette, qui lui aurait permis de révéler quelques-uns des sorts utilisés sur lui. Il s'arrêta sur la page du dessin gribouillé par Drago.

« Il a dessiné dedans, remarqua Malefoy. Je pense que c'est de cette façon que le Maître pensait activer le processus.
- Sauf qu'un dessin, c'est anodin, dit Severus. Il n'y a rien là qui puisse être utilisable par le souvenir emprisonné dans ces pages.
- Mais il y a du sang.
- Oui. Du sang de ton fils. C'est le sang du petit Potter, que le Maître exige, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Le sang n'a pas fait qu'activer le souvenir. Il a aussi réveillé le morceau d'âme abrité dans le journal. Un morceau d'âme qui s'est lié aux souvenirs du Maître, pour créer la créature que j'ai vu dans ton salon. Un clone presque parfait du Maître, mais qui a besoin de plus pour prendre définitivement pied dans la réalité. »

Severus en avait le vertige. Mettre un morceau de son âme dans un objet était assez répugnant, même pour lui. Mais le faire dans un objet capable d'évoluer et de grandir jusqu'à devenir une entité semblable mais distincte de l'homme d'origine… C'était plus épouvantable encore que de faire d'un cadavre un inferius… Parce que cette chose agirait avec les souvenirs du Lord Noir, avec ses pouvoirs, aurait ses traits de caractère essentiel, le même désir maladif de domination, tout en n'étant, en fait, qu'un mirage dû à la magie noire. D'un seul coup, Severus réalisa qu'il s'était trompé, qu'il n'avait jamais eu qu'une seule option.

« Il faut détruire ce truc… murmura-t-il sans y penser.
- Pardon ?
- Détruire ce journal si tu veux sauver ton fils, se reprit Severus. Le sang… C'est lui qui active le processus. C'est lui qui lie le journal à ton fils. Et il n'y a aucun autre moyen de rompre le lien, il faut détruire le réceptacle. Le journal.
- Il y a un autre moyen, corrigea Lucius, avec un sourire à faire froid dans le dos. Lui donner un autre sang. Le sang qu'il réclame. Nous allons lui sacrifier Harry dès ce soir. »