Tout d'abord bonne année à tous ! Après des fêtes bien chargées et un formatage de PC, me voilà prête pour les quelques chapitres qui restent ! Je n'ai malheureusement pas répondu à toutes les reviews, j'en suis désolée. J'ai un planning très chargé, je ferai mon possible pour réparer cela, mais je ne garantis rien... Bonne lecture !

Chapitre 32

Sirius savait que ce qu'il demandait à Kreattur était extrêmement risqué, et qu'il jouait sa carte maîtresse sur un coup de dés, mais si l'Elfe des Malefoy arrivait avec des renforts, comment pourrait-il protéger Harry ? Il avait déjà bien du mal à contrer les sorts qui pleuvaient sur eux, pris comme il l'était entre deux feux.

Kreattur apparut subitement à deux pas de lui, l'air déconcerté. Sirius vit le visage de Malefoy se décomposer, sa baguette se lever…

« Couche-toi, Kreattur ! » hurla Sirius.

L'Elfe s'aplatit sur le sol au moment où le sort jaillissait dans sa direction, lui arrachant un bon morceau d'oreille au passage. Il poussa un glapissement apeuré et douloureux, tandis que Sirius ripostait, plus ou moins à l'aveugle. Clements en profita précisément pour le viser. Sirius n'eut même pas le temps de lancer un contre-sort. Il se tassa comme il put sur le corps inerte de Harry et grimaça de douleur lorsque la peau de son dos se couvrit de cloques brûlantes.

« Emmène Harry, Kreattur ! cria-t-il à l'Elfe chancelant. Vite !
- L'Elfe ! Vise l'Elfe ! » hurla Malefoy à Clements.

Et tout se précipita. Trois hommes déboulèrent brusquement dans la pièce, devançant un Dobby tétanisé d'effroi, tandis que Malefoy et Clements concentraient leurs tirs sur Kreattur. Celui-ci tentait d'atteindre Sirius, qui le protégeait tant bien que mal de sa baguette.

« Avada Kedav…
- Non ! coupa Malefoy. Ne le tuez pas ! Désarmez-le, immobilisez-le, mais ne le tuez pas ! »

Il y eut un hurlement déchirant, une douleur fulgurante… Juste avant de sombrer dans l'inconscience, Sirius comprit qu'il avait perdu la partie.

XXXXXXX

« Pauvre intriguant, maudit couard, puisses-tu aller en enfer, toi qui te crois si supérieur à tous, même pas capable de reconnaître la puissance du Maître… marmonnait Croupton en réunissant ses papiers d'une main tremblante de colère. Mais tu le paieras ! Le Maître te le fera payer… »

Il était furieux. Furieux contre Malefoy qui refusait de voir qu'il y avait des intérêts bien plus hauts que sa pauvre petite personne… Comment ne voyait-il pas qu'ils n'étaient rien, tous les deux, que leurs vies n'avaient de valeur que par le sacrifice qu'ils en faisaient au Maître ? Lucius allait perdre son fils ? La belle affaire, si cela permettait le retour du Maître ! Et tant pis si Fudge tombait maintenant ! Après tout, le Maître allait revenir, n'est-ce pas ? Au faîte de sa puissance ! Il mettrait au pas tous ces imbéciles qui n'avaient pas encore compris qu'ils ne pouvaient que s'agenouiller devant lui, sous peine d'être broyés par son courroux !

La seule personne à redouter, c'était ce misérable gamin, Harry Potter… Quoique Barty n'ait jamais compris en quoi il était si dangereux… Dumbledore lui paraissait autrement plus redoutable, non ? Et pourtant, même lui n'avait pas réussi à arrêter le Maître, la dernière fois. Non, le Maître avait été défait par un misérable concours de circonstances…

Mais cela ne se reproduirait pas, il était là, prêt à tout pour défendre les intérêts de son maître vénéré…

Croupton s'assit dans son fauteuil de chef des Aurors. Il avait les jambes flageolantes. Il n'avait pas retrouvé la pleine santé, pas encore… Et la colère le rendait fragile. Il devait se reprendre et se calmer.

Malefoy avait peut-être raison, peut-être que McPherson allait fouiller de son côté pour comprendre comment les Détraqueurs avaient pu quitter Azkaban. Mais il estimait avoir encore un peu de temps devant lui.

Il lui restait quelque chose de fondamental à faire.

XXXXXXX

« Et maintenant ? demanda Clements.
- Enfermez-les soigneusement dans des pièces séparées, dit Malefoy. Et veillez à ce que le petit ne se réveille pas ! »

Lucius ne comprenait toujours pas ce qui s'était passé avec Harry, mais il ne tenait vraiment pas à renouveler l'expérience.

Ce qui venait de se produire changeait complètement la donne. Lui qui avait pensé, un instant auparavant, que la partie était à peu près gagnée… Ce que Harry avait fait et l'arrivée impromptue de Sirius et de son Elfe remettaient tout en cause.

« Elargissez les mesures anti-transplanage. Je ne veux pas qu'un autre Elfe soit en mesure de circuler dans mon manoir à mon insu !
- Cela paralysera aussi Dobby, remarqua Clements.
- Cela empêchera surtout celui-là de s'enfuir ! coupa Lucius, poussant le corps inerte de Kreattur du pied. Et trouvez Walburga Black ! Du moins, s'il s'agit vraiment d'elle… »

Il avait de sérieux doutes sur la question, maintenant. Il voyait mal comment l'elfe pouvait prendre ses ordres de Sirius à l'insu de sa maîtresse. Ou Walburga s'était rangée derrière ses fils – ce qu'il avait beaucoup de mal à croire – ou ce n'était pas réellement Walburga, qu'il avait accueillie chez lui. Mais qui ? Regulus ?

Si Sirius était là, peut-être son frère s'était-il aussi introduit dans la place…

Et il y avait aussi Harry. Après ce qui s'était passé, il doutait sérieusement de pouvoir accomplir le rite. Ce qui condamnait, du même coup, son propre fils.

Il se sentait au bord de la nausée.

Il devait absolument comprendre. Il doutait que Sirius accepte de lui révéler quoi que ce soit concernant Harry, et il n'avait de toute façon pas le temps de mener un interrogatoire digne de ce nom. Non, il devait trouver quelqu'un de plus coopératif.

« Surveillez-les ! reprit-il en destination de ses hommes. Il est hors de question qu'ils nous filent entre les doigts, comme cette damnée journaliste. Personne, je dis bien personne ne doit les approcher. Quant à moi, je vais rendre une petite visite à Severus Rogue. »

XXXXXXX

Rita hésitait. Elle s'était réfugiée sous un meuble, lorsque Lucius et Sirius avaient commencé à se lancer des sorts, peu désireuse de se trouver prise dans la bataille. Un instant, un bref instant, elle avait songé à reprendre sa forme humaine pour seconder Sirius. Elle aurait bénéficié de l'effet de surprise, et peut-être aurait-elle donné une chance à Harry… Mais l'arrivée des renforts l'avait stoppée net dans son élan. Elle n'avait jamais été douée, pour utiliser sa baguette comme une arme offensive. Elle était brillante en métamorphose, certes, mais ses talents magiques se réduisaient presque à cela. Et jamais cela ne l'avait autant frustrée qu'en ce moment crucial.

Mais Lucius ne voulait pas tuer Sirius, n'est-ce pas ? Il allait l'enfermer, et elle aurait alors l'occasion d'agir. Dans l'ombre.

A moins qu'elle ne reste focalisée sur le journal. Sans le journal, Malefoy ne pouvait pas faire de mal à Harry. Et elle aurait l'occasion de détruire cette chose qui se faisait passer pour le Lord noir.

Et puis, il y avait aussi Harry… Mais l'enfant était de taille à se défendre tout seul, avait-elle compris. Il était dommage, finalement, que Sirius n'ait pas été témoin de ses capacités avant de se jeter dans la gueule du loup. En tous cas, le fameux rite de Malefoy lui semblait maintenant sérieusement compromis.

Donc, elle hésitait. Quelle option choisir ? Voler le journal, et empêcher pour de bon le retour de Celui-dont-on-doit-taire-le-nom, libérer Sirius, ou libérer Harry ? J'ai besoin d'un peu de temps… ragea-t-elle. Elle détestait prendre des décisions aussi importantes dans la précipitation.

J'ai encore plus besoin d'alliés…

Elle aurait dû libérer Severus quand elle en avait eu l'opportunité. Et il n'était plus temps, maintenant. Lucius serait auprès du prisonnier avant elle.

Elle en était encore à tergiverser lorsqu'elle se retrouva subitement seule dans la pièce. Les Mangemorts avaient emmené Sirius, Harry et Kreattur, et Lucius était parti retrouver Rogue. Elle était toute seule, avec son dilemme.

Et si elle allait voir Narcissa ? Si elle lui disait que le rite ne pourrait pas fonctionner et que son fils était donc condamné à mourir, peut-être se rangerait-elle de son côté ? Oui, peut-être. Mais quelle aide lui apporterait-elle ?

C'était bien mince, mais à part les prisonniers, il n'y avait personne d'autre qui soit susceptible de l'aider dans ce manoir, non ?

A moins que…

Lucius avait parlé de Walburga… Et il avait l'air de douter que ce soit la vraie.

Se pouvait-il que ce soit Regulus ? Severus avait encore du polynectar…

D'un seul coup, sa curiosité se trouva émoustillée. Et sans même y réfléchir à deux fois, elle résolut de se mettre en quête de Mrs Black.

Alors qu'elle allait quitter la pièce, une chose attira son attention, sur le sol. La cape d'invisibilité. Dans l'urgence, les Mangemorts l'avaient laissée derrière eux. Elle reprit forme humaine et se drapa dedans. Elle irait bien plus vite sur ses deux jambes…

XXXXXXX

Lucius se hâtait à grandes enjambées dans les couloirs. Il jouait contre la montre, et pas seulement parce que son fils agonisait. Il savait que tôt ou tard, le Maître viendrait réclamer son dû, et Lucius n'avait absolument pas envie de lui avouer qu'il était incapable de dominer un enfant de deux ans, qu'il avait laissé un intrus – peut-être deux – s'introduire chez lui à son insu, et que sa position avantageuse au sein du Ministère venait d'être compromise par l'imprudence de Croutpon Junior. Il n'avait pas envie de se faire traiter d'incapable.

« Harry Potter, dit-il à Severus à peine entré dans la pièce. Dis-moi ce que tu sais sur lui. »

Severus haussa un sourcil surpris.

« Dépêche-toi, Severus ! s'impatienta Lucius.
- Ce que je sais sur lui ? Je ne comprends pas bien le sens de ta question.
- A-t-il des… pouvoirs spéciaux ? Comment a-t-il fait pour défaire le Maître ?
- Cela, je n'en sais rien, avoua Rogue. Mais il me semble que c'est un enfant tout ce qu'il y a de plus banal.
- Sa magie enfantine est incroyablement puissante ! s'emporta Lucius. Ne me dis pas que tu ne l'as pas constaté !
- Oh, ça… laissa tomber Severus.
- Comment, « oh ça » ?! Comment cet enfant s'y prend-t-il pour déployer une telle énergie ?! »

Severus eut une espèce de rictus qui découvrit ses affreuses dents jaunes. Il se fiche de moi ! pensa Lucius, qui sentait sa colère monter encore d'un cran.

« Réponds ! ordonna-t-il, pointant sa baguette sur lui d'un air menaçant.
- Ce n'est pas lui, qui est responsable de ça, répondit Severus posément.
- Quoi, alors ?
- Il est en quelque sorte… possédé… Oui, c'est le terme, « possédé »…
- Possédé ?! s'exclama Lucius. Et par quoi ?!
- A cause de Regulus. Regulus a une fâcheuse tendance à abuser de la magie noire, ce qui n'est pas sans risque, comme tu le sais très bien. Lorsqu'il s'est enfui d'Azkaban, il a eu recours à des forces… particulièrement obscures et maléfiques… Il pensait pouvoir les contrôler, mais il se trompait, naturellement. »

Lucius avait l'impression de plonger dans une eau glacée. Il avait parfaitement senti qu'il avait affaire à une monstruosité, lorsque l'enfant l'avait attaqué. Une autre de plus. Il avait déjà bien du mal à dominer la répulsion que lui inspirait le Maître, si en plus il devait composer avec d'autres forces maléfiques…

Il ne savait plus par quel bout prendre le problème. Il n'était pas de taille, il le savait.

« Qu'est-ce qu'il faut faire ? demanda-t-il d'une voix mal assurée. Le Maître attend le rituel, mais…
- Mais la chose qui a pris possession de l'enfant n'est pas prête à vous laisser faire, hein ? compléta Severus avec une évidente satisfaction. Tu n'as qu'une chose à faire, Lucius. Détruis ce fichu journal.
- Si je le fais…
- Tu détruiras l'aberration qui se fait passer pour le Maître. Crois-moi, nous sommes confrontés à des forces qui nous dépassent…
- Je ne peux pas… »

Il ne voulait pas débattre de ce point avec Rogue. S'il le faisait, il perdrait le peu de puissance qui lui restait. Il devait rester maître de lui, et ne surtout pas donner l'impression que la situation lui échappait totalement.

« Il faut détruire cette chose qui parasite l'enfant, dit-il, s'efforçant de retrouver son aplomb.
- Tu ne sais même pas ce que c'est !
- Mais je le saurais !
- Et comment ? »

Lucius avait l'impression que Rogue allait tout bonnement lui rire au nez. Et cela réveilla sa colère. Non, il n'allait pas laisser ce misérable sang-mêlé mettre en doute ses capacités ! Il n'était pas n'importe qui, il était Lucius Malefoy, héritier d'une puissante lignée de Sangs-purs, bras droit du Lord Noir ! Il utilisait la magie noire bien avant que Rogue ouvre son premier livre interdit !

« Je vais interroger Regulus », répondit Lucius.

Il eut la satisfaction de voir Rogue se tendre, comme si l'information le dérangeait. Et sans doute était-ce le cas. Lucius n'était pas dupe, il ne croyait pas vraiment ce que Severus avait avancé, concernant Regulus et lui.

« Tu as trouvé Regulus ? demanda Severus, retrouvant très vite son masque.
- Pas encore. Mais j'ai une carte maîtresse. Je tiens son frère. »

XXXXXXX

Il y avait beaucoup trop d'agitation, dans le manoir, réalisa Isabelle. Jusqu'à présent, elle était parvenue à passer inaperçue en se réfugiant dans les nombreuses pièces du manoir au moindre bruit suspect, mais elle ne se faisait guère d'illusions. On la trouverait sans peine, à partir du moment où on se mettrait à la chercher. Et elle était sûre que ce moment-là était pour très bientôt.

Elle avait renoncé à libérer Rogue. Elle savait où il était enfermé, elle avait vu des hommes postés devant l'une des pièces du bas. Mais ils étaient quatre, et elle, toute seule. Même sous son déguisement, elle n'avait pas la moindre chance d'approcher.

Elle avait donc battu en retraite vers les étages.

Elle avait encore tenté d'appeler Kreattur, mais sans succès. A croire que l'Elfe s'était tout bonnement volatilisé. Si au moins, c'était pour aller chercher Regulus…

Bon. Elle était coincée. Alors quitte à être démasquée, autant qu'elle accomplisse sa mission jusqu'au bout. Elle s'était promise de soigner Drago. Peut-être cela jouerait-il en sa faveur, si Lucius mettait la main sur elle… ? Elle décida de remonter jusqu'à la chambre de l'enfant.

Elle était presque devant la porte lorsqu'une main s'abattit sur son épaule. Elle poussa un cri qui fut vite étouffé par le bout d'étoffe plaqué brusquement sur sa bouche.

« Chut, chut ! Ils vont entendre ! » murmura une voix à son oreille. Une voix de femme qu'elle ne connaissait pas. Elle jeta un bref regard derrière elle, mais ne vit rien. Le couloir, était absolument vide. Pourtant, la main qui étreignait son épaule était bien réelle !

« Entrez-là, dans cette pièce… »

Elle obtempéra, tremblante. Lorsqu'elle eut soigneusement refermée la porte derrière elle, la femme qui la tenait se libéra de la cape d'invisibilité qui la recouvrait. Pas très grande, des boucles sérieusement emmêlées… Le visage lui était inconnu.

Un instant, les deux femmes se dévisagèrent en silence.

« Qui êtes-vous ? demanda finalement la femme.
- Je suis Walburga Black, répondit Isabelle, tentant de retrouver l'intonation vaguement méprisante de la mère de Regulus.
- Non. Je connais Walburga, et vous n'êtes pas elle. Vous ne l'imitez même pas bien ! En tous cas, pas aussi bien que moi…
- Et vous, qui êtes-vous ? Que faites-vous avec la cape de… »

Elle se tut, craignant d'en avoir déjà dit trop.

« Avec la cape de Sirius ? acheva la femme. Sirius vient de se faire attraper par Lucius. Et Harry est aussi entre ses mains.
- Oh, mon dieu… murmura Isabelle. Et Regulus ?
- Je ne sais pas. Qui êtes-vous ? »

Isabelle hésitait. Elle avait bien envie de faire confiance à cette femme, ne serait-ce que pour ne pas être seule à errer dans le manoir des Malefoy, à attendre qu'on la capture.

« Je suis Rita Skeeter, reprit la femme. J'étais chez les Black, lorsque les Aurors ont débarqué pour les arrêter. J'ai été capturée par les Mangemorts qui ont aussi emmené Severus Rogue. »

Rita Skeeter. Oui, Regulus lui avait parlé d'elle. La journaliste. Celle qui s'était échappé de la chambre du manoir où Lucius l'avait enfermée… D'un seul coup, Isabelle respira plus facilement.

« Je suis Isabelle Fudge.
- La guérisseuse ? Celle qui a donné les cheveux de Lucius à Sirius ? »

Isabelle sourit. Si cette Rita savait cela, c'était qu'elle était bel et bien au manoir, qu'elle était vraiment qui elle prétendait être.

« Qu'est-ce que vous faites ici ? demanda Rita.
- Je voulais voir si je pouvais soigner Drago.
- Où est Regulus ?
- A l'abri. Avec un ami et sa cousine. C'était elle, qui devait endosser le rôle de Walburga, mais j'ai pris sa place pour le petit…
- Ce qui était incroyablement stupide… murmura Rita. Malefoy veut vous trouver. Il sait que vous n'êtes pas Walburga.
- Je devais repartir avec Kreattur…
- Il a été méchamment blessé. Il ne vous sera d'aucune aide. Vous êtes bloquée ici, ma chère, tout comme moi ! »

Isabelle s'efforça d'encaisser le coup. Kreattur blessé, Sirius prisonnier, et plus aucune porte de sortie…

« Bon. Maintenant, nous allons convenir toutes les deux de ce qu'il faut faire », reprit Rita, avec une détermination qu'elle trouva remarquable.

XXXXXXX

Sirius avait affreusement mal au dos. Ses brûlures l'élançaient furieusement, et pour la centième fois, il se maudit pour ne pas avoir réussi à dévier le sort de Clements.

Une fois de plus, il avait tout raté… Harry était toujours entre les mains de Malefoy, et lui-même était maintenant hors jeu.

Décidément, il s'était bien rouillé, à Azkaban…

Bien sûr, James lui dirait vraisemblablement que ce n'était pas de sa faute, qu'il s'était simplement frotté à trop forte partie. Mais cela ne le consolait pas. De plus, à cause de lui, Isabelle était maintenant en danger, puisque Kreattur n'était plus en mesure de la conduire à l'abri.

Pauvre Kreattur… Malefoy ne l'avait pas loupé… Et tout ça à cause de lui, parce que l'Elfe n'avait pas eu d'autre choix que d'obéir à son maître et se jeter en première ligne… Jamais Sirius ne s'était intéressé à la condition des Elfes de maison. Il avait même nourri de grosses rancœurs contre Kreattur, pour la simple raison qu'il était aux ordres de ses parents.

Pour la première fois, il comprit que Kreattur n'avait jamais eu le choix. Et il s'en voulait vraiment, maintenant, de ne pas avoir eu un peu plus de considération pour lui, pour ce qu'il risquait.

« Qu'est-ce que vous avez fait de mon Elfe ? demanda-t-il aux trois hommes qui le gardaient.
- Ferme-là !
- Vous lui avez donné des soins ? Il était blessé !
- C'est rien qu'un foutu elfe ! Tais-toi !
- Peut-être fallait-il te préoccuper de son sort avant de l'envoyer entre ma baguette et toi ! » intervint Malefoy en entrant dans la pièce.

Sirius ne se donna pas la peine de répondre.

« Amenez-le ! » ordonna Malefoy à ses hommes restés près de la porte. Ceux-ci traînèrent la silhouette inerte de Kreattur et le laissèrent tomber sur le sol près de Lucius. Sa peau avait pris une teinte affreuse, et son dos trop maigre était maculé de sang. Il avait perdu la moitié d'une oreille. Le cœur de Sirius se serra. Non, il n'avait pas voulu cela. Il ne l'avait même pas envisagé, à sa grande honte…

Lucius l'examina d'un œil vaguement dégoûté et le poussa du bout du pied. « Il survivra, conclut-il. Au moins assez longtemps pour rendre un dernier service à son maître.
- Laisse-le tranquille ! lâcha Sirius.
- Tu n'es pas en bonne position, Sirius, à ta place, je me tairais. »

Malefoy se planta devant lui, bras croisés. Sirius fut furieusement tenté de lui cracher au visage.

« Bon. Maintenant, tu vas m'écouter, dit Lucius. Je vais réveiller ton elfe, et tu vas lui ordonner de me ramener Regulus. » Sirius resta surpris un instant, avant d'éclater de rire. « Parce que tu crois que je vais faire ça ?! Demander à Kreattur de te ramener mon frère ?!
- Oui, tu le feras. Tu feras tout ce qu'on te dira de faire.
- Sinon quoi ?
- Sinon, nous découperons ton précieux petit Harry morceau par morceau. »

Sirius déglutit péniblement. Non, c'était du bluff. Lucius avait besoin de Harry.

« Je le ferai, Sirius, prévint Malefoy. J'ai absolument besoin de Regulus. Et seule l'essence vitale du petit Potter m'importe. Je peux donc le mutiler à ma guise !
- Tu ne le feras pas, murmura Sirius, d'une voix blanche. Il ne te laissera pas faire.
- Qui « il » ? Tu parles de cette chose qui vampirise ton filleul ? Tu veux vraiment tenter le pari, Sirius ? Harry est inconscient. Vulnérable. »

Malefoy prit sa baguette et la dirigea vers Kreattur. Sous le sort qu'il lui lança, l'Elfe se tordit en gémissant de douleur.

« Allez, debout ! Ton maître a besoin de toi ! »

Kreattur tourna vers Sirius des yeux noyés de détresse. Et Sirius se haït un peu plus.

« Dis à Kreattur d'aller trouver Regulus, ordonna Lucius à Sirius.
- Non… Je ne peux pas faire ça… murmura le jeune homme.
- Kreattur, tu vas aller trouver Regulus et tu vas lui dire que je tiens son frère. Que s'il ne vient pas me rendre visite ici, au manoir, je tuerai Sirius. Tu as compris ? Par contre, s'il vient, je m'engage à ne pas l'éliminer. »

L'Elfe regardait successivement Lucius et Sirius, complètement indécis.

« Ta vie contre la liberté de Regulus, dit Malefoy à Sirius, avec un mauvais sourire sur le visage. Le marché intéressera certainement ton petit frère, lui qui a été assez téméraire pour se faire emprisonner à Azkaban pour te libérer !
- Tu crois vraiment que je vais autoriser ça ?! s'exclama Sirius. Que je vais le laisser s'exposer encore pour moi ?!
- Je ne le tuerai pas. J'ai besoin de lui vivant. Pas contre, toi, tu ne m'es d'aucune utilité, si ce n'est à me pourrir la vie ! C'est un cadeau que je vous fais à tous les deux. Si Regulus vient jusqu'à moi, je vous laisserai la vie sauve à tous les deux. Mais refuse d'ordonner à ton elfe de faire passer le message, et c'est ton petit Harry qui en pâtira. »

Il y eut un silence. Sirius tentait désespérément de trouver une parade. Il ne voulait pas attirer Regulus jusqu'ici. Il ne pouvait pas laisser Malefoy menacer Harry. Peut-être que cette chose qui possédait l'enfant le protègerait, mais Sirius ne pouvait pas en être sûr… Par contre, il était sûr que Malefoy se ferait un plaisir de mettre sa menace à exécution.

« Kreattur, dit Sirius, la mort dans l'âme. Tu vas aller trouver Regulus. Tu vas lui répéter ce que Malefoy vient de dire. Dis-lui que je suis son prisonnier, et qu'il me tuera s'il ne vient pas au manoir. Dis-lui qu'il tient Harry et qu'il menace de lui faire du mal. Dis-lui… Dis-lui que je suis désolé… »

Il se tut, la gorge trop sèche pour parler.

« Tu as entendu ton Maître, petit Elfe ? demanda Lucius. Vas-y, maintenant. Sers-moi Regulus sur un plateau ! »