Chapitre 33
Barty savait qu'il n'avait que peu de temps devant lui. Il n'était plus question de tergiverser, il devait le faire. Maintenant.
Après avoir rangé soigneusement tous ses papiers et fait disparaître ceux qui pouvaient se montrer compromettants, il se dirigea droit vers la cheminée. La journée était presque achevée, le Ministère se vidait peu à peu de ses employés. Il n'y avait pas de meilleur moment pour agir.
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Mondingus ne supportait plus la tension qui régnait dans la cuisine. Regulus était comme un fauve en cage, les yeux sans cesse posés sur sa montre. Isabelle aurait dû être revenue depuis longtemps, maintenant… Même Andromeda était inquiète. Sans doute commençait-elle aussi à regretter d'avoir échangé sa place contre celle de la jeune femme.
Et aucune nouvelle de Sirius non plus.
Tout cela sentait mauvais, Mondingus en était persuadé.
« Je pourrais aller traîner du côté du manoir, proposa-t-il. Voir ce qui s'y passe ? Malefoy ne me connaît pas…
- Merci, Mondingus, répondit Regulus, morose.
- Si je sonne à la porte en me faisant passer pour un démarcheur… ?
- Jamais Lucius ne te laissera entrer, fit remarquer Andromeda.
- Ouais… »
Il n'avait aucune autre solution à leur proposer. Et c'était affreusement frustrant !
L'arrivée aussi subite qu'inattendue de Kreattur leur arracha à tous les trois un cri de surprise. Ils se précipitèrent aussitôt vers l'Elfe. « Kreattur ! s'exclama Regulus. Enfin !
- Il est blessé ! » remarqua aussitôt Mondingus.
De pâle, Regulus devint blême. Il se pencha sur l'Elfe, qui restait recroquevillé sur le sol carrelé de la cuisine. Kreattur perdait pas mal de sang, et sa respiration difficile n'annonçait rien de bon. Mondingus saisit un torchon, tandis qu'Andromeda emplissait un verre d'eau.
« Kreattur… murmura Regulus, soutenant l'Elfe. Kreattur, que s'est-il passé ? Qui t'a fait ça ? »
Mondingus s'accroupit à son tour près de l'Elfe. Il commença à essuyer doucement le sang qui coulait le long de son visage, depuis son oreille abîmée. Kreattur poussa un gémissement et porta les mains à sa tête.
« Ne bouge pas, lui conseilla Regulus. On va te soigner…
- Tiens, bois un peu, lui proposa Andromeda.
- Il a une méchante blessure dans le dos, releva Mondingus. C'est mauvais, Finn…
- Kreattur… murmura Regulus. Où sont Isabelle et Sirius… ? »
Mondingus tendit instinctivement la main et la posa sur l'épaule de son ami. Il y avait bien trop d'angoisse, dans sa voix…
« Kreattur a dû laisser Mademoiselle Isabelle… répondit Kreattur, d'une voix ténue. Maître Sirius…
- Est-ce qu'il va bien ?
- Monsieur Lucius voulait que Kreattur vous dise… qu'il ferait mal à Maître Sirius si Maître Regulus ne venait pas le retrouver au manoir… »
L'Elfe frissonnait, sa peau était froide et grisâtre… « Il a besoin de soins de toute urgence, dit Mondingus. Ou il va mourir… »
Regulus ne releva pas. Ses mains étaient crispées sur les épaules de l'Elfe. Mondingus lui avait déjà vu ce regard. Il n'annonçait rien de bon.
« Lucius a attrapé Sirius ? C'est cela ? » Kreattur fit oui de la tête. « Et il t'a dit de me prévenir ? Il veut que je me rende ?
- Sinon, il fera mal à Harry Potter. Et à Maître Sirius. Maître Sirius voulait que je vous prévienne.
- Et Isabelle ? Lucius l'a attrapée, elle aussi ?
- Non.
- Très bien… »
Regulus se redressa. Mondingus lui jeta un coup d'œil inquiet. « Andromeda, veux-tu bien t'occuper de Kreattur ? demanda Regulus.
- Evidemment, acquiesça-t-elle.
- Fais ce qu'il faut. Conduis-le à l'hôpital.
- Et toi ? » demanda-t-elle, inquiète.
Mondingus se mordit les lèvres. Il connaissait la réponse de Regulus avant même qu'il la formule.
« Je vais au manoir des Malefoy. »
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Le quartier des gardiens de la prison d'Azkaban était désert. Croupton s'en félicitait. En tant que chef des Aurors, il avait le contrôle des Détraqueurs, et contrairement au personnel humain de la prison, ils ne posaient pas de questions. Fudge était un idiot, de ne pas avoir repris Azkaban en main. Une erreur impardonnable, qu'il allait sûrement regretter…
Croupton ouvrit le bureau qui appartenait à Jorkins avant sa mise à pied, et en sortit la baguette spéciale qui permettait d'ouvrir les cellules du quartier de Haute Sécurité.
Lucius se pensait tellement fort… Mais il n'était pas dévoué au Maître, pas autant que lui, Barty. Il ne pensait qu'à sa petite personne, à son propre avenir, sans songer à la Cause… Mais Barty allait faire en sorte que cela change. Il allait permettre au Maître de retrouver sa toute Puissance.
D'un coup de baguette, il ouvrit la porte qui menait à l'extérieur. L'air était glacial, comme saturé de l'influence mauvaise des Détraqueurs qui régnaient maintenant en maîtres sur la prison. Et Croupton frissonna. Son cœur s'était mis à battre beaucoup plus vite. Il avait failli mourir sur cette île…
Il s'appuya contre le mur du bâtiment qu'il venait de quitter et enfouit sa tête dans ses mains. Il ne craignait rien, n'est-ce pas ? Il était le chef des Aurors, les Détraqueurs ne l'approcheraient même pas…
Il allait devoir retourner là-bas, vers l'enfer. Longer ce couloir sinistre abandonné à la folie. Ce serait difficile, mais il le ferait, pour son Maître, pour ses camarades. Il allait reconstituer l'armée des Mangemorts. Et ensuite… Ensuite, ils marcheraient sur le Ministère.
Pas tout de suite, non. Croupton savait que ses compagnons auraient besoin d'un peu de temps pour se remettre de leur incarcération. Lui-même avait eu du mal à se réhabituer à une vie normale.
Un rire de dément fusa de ses lèvres, et il s'accrocha à cette pensée, la seule qui lui permette de repousser le froid et l'ombre : le Lord Noir écrasant ses opposants sous sa botte, et lui, Barty Croupton, le fidèle Barty, à sa droite, à la place d'un Lucius déchu.
Reprenant courage, il traversa la cour jusqu'au quartier de Haute Sécurité.
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« Tu ne peux pas faire ça ! s'exclama Mondingus, retenant Regulus par le bras.
- Il tient Sirius.
- Et tu n'as pas de meilleure idée qu'aller te jeter dans la gueule du loup ?! Tu m'avais habitué à mieux que ça, Finn ! Toi et tous les plans tordus que tu as pu échafauder en prison…
- Je n'ai pas le temps !
- Mais… Je suis sûr que… Attends, Finn, assieds-toi deux minutes, on va y penser, hein ? »
Le visage de Mondingus était tiré par l'angoisse. Mais Regulus n'avait ni le temps ni les moyens de le réconforter. Il ne pensait qu'à une chose : son frère était le prisonnier de Lucius. Et lui seul pouvait lui venir en aide.
« Je sais ce que tu penses, insista pourtant Mondingus. Que ton frère est sans doute condamné, si tu ne te rends pas, que tout dépend de toi… Mais c'est faux, tu n'es pas tout seul ! Tu n'es plus à Azkaban, tu as… tu as des amis…
- Lucius n'attendras pas que j'ai battu le rappel de nos amis, Ding, répliqua Regulus. Et puis… Qui viendrait ?
- Dumbledore viendrait…
- Il n'est pas disponible. Le temps qu'il revienne à Poudlard, il sera peut-être trop tard ! Mais tu as raison, nous ne sommes plus seuls, Sirius et moi… Alors je compte sur toi. Je vais au Manoir. Et toi, tu vas chercher des renforts. Il y a un Auror, du nom de Shacklebolt, en qui nous avons confiance. Dis-lui que Harry Potter est au manoir des Malefoy, dis-lui que Lucius nous tient, Sirius et moi… et sans doute mon ami Severus. Moi, je ferai mon possible pour gagner du temps… »
Mondingus hésitait, mais Regulus se redressait déjà. Il lança un coup d'œil à Andromeda, qui s'appliquait à panser la blessure de Kreattur avant de le transporter à l'hôpital. « Regulus… murmura celle-ci. Ma sœur…
- Elle a choisi son camp, Andromeda. Comme nous.
- Mais Drago… Ce n'est qu'un enfant, il n'est pas responsable des choix de ses parents, et…
- Je ferai ce que je peux. Et puis… Isabelle est sans doute toujours au manoir. Si elle peut sauver ton neveu, elle le fera.
- Prends soin de toi. »
Regulus acquiesça d'un rapide signe de tête.
« Kreattur ne peut pas t'emmener là-bas… murmura Mondingus.
- Je doute de toute façon que cette voie-là soit encore ouverte. Malefoy n'est pas stupide ! répondit Regulus. Je vais transplaner jusque devant sa grille. Ding ? Je compte sur toi ?
- Tu peux, fit Mondingus sombrement.
- Très bien. »
Il était temps de partir. Chaque seconde perdue était une menace pour Sirius. Mais avant de partir, Regulus prit le sac de Severus. Il n'y avait à peu près aucune chance pour que Lucius lui permette de le conserver, mais ce sac contenait sa seule parade contre l'Horcruxe que détenaient les Malefoy. Avec de la chance, Isabelle le récupèrerait. Ou alors, Shacklebolt interviendrait à temps, et il en aurait alors besoin pour détruire le journal.
Après un dernier regard à Kreattur, il salua sa cousine et Mondingus avant de transplaner.
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« Jamais je n'aurais pensé que Regulus était prêt à se sacrifier pour toi, Sirius, dit Lucius, croisant les jambes avec élégance sur son fauteuil. Vous donniez tellement l'impression de vous haïr, tous les deux, toi le traître à ton sang, et lui, l'honorable rejeton de la famille !
- Comme quoi, les apparences sont trompeuses… marmonna Sirius entre ses dents serrées.
- Oui. Cette pauvre Walburga a bien mal élevé ses enfants… »
Cette fois-ci, Sirius ne releva pas. Il savait que Lucius cherchait à le harceler. Depuis qu'ils étaient descendus dans ce salon pour attendre l'arrivée de Regulus, il s'était arrangé pour glisser une bonne demi-douzaine de fois les mots de « sacrifice » et de « martyr ». Tout pour attiser le sentiment de culpabilité de Sirius.
Et Sirius s'en voulait, effectivement. Il n'osait même pas imaginer ce que cette brute allait faire à Regulus. Sans doute allait-il lui faire payer sa trahison ? A moins que Lucius n'ait besoin de lui ? Sirius se raccrochait à ce mince espoir : que Lucius ait fait venir son frère pour une bonne raison. Si tel était le cas, Lucius ne le tuerait pas immédiatement. Car tout ce dont Sirius avait besoin, c'était d'un peu de temps. Après tout, Kreattur avait prévenu McPherson. Et Sirius avait bon espoir de le voir arriver très vite.
« Y'a un type devant la grille, dit un Mangemort, en entrant dans la pièce. Il est armé. Il veut vous voir.
- Ah ! Brave Regulus… Je suis sûr que tu es fier du courage de ton petit frère, n'est-ce pas, Sirius ?
- Tu n'aurais pas dû le faire venir ici, répliqua Sirius, relevant la tête. Tu ne sais même pas de quoi il est capable !
- Oh, tu cherches à me faire peur ? Ton frère n'est rien d'autre qu'une petite fouine qui fait ses coups dans l'ombre ! Il a surpris quelques secrets du Maître ? Coup de chance ! Et il paiera pour cela ! »
Sirius se contenta de sourire crânement, même s'il était loin de ressentir l'assurance qu'il s'efforçait d'afficher. Lucius l'ignora royalement. Il se leva et fit un signe aux hommes qui surveillaient étroitement le prisonnier. Ceux-ci resserrèrent leur cercle autour de lui. S'il espérait s'enfuir en l'absence de Lucius, c'était peine perdue.
Mais ce n'était que partie remise. Sirius savait qu'il avait encore quelques atouts dans la manche.
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Barty riait à gorge déployée, en ouvrant une à une toutes les cellules du quartier de Haute Sécurité. Un rire totalement incontrôlable. Il sentait sa pensée vaciller, les murs de la prison se refermaient sur son esprit, oblitérant son jugement. Ouvrir, sortir. Seuls ces deux mots tournaient dans sa tête. A grands coups de baguette, il faisait sauter les grilles autour de lui, sans se soucier du prisonnier qu'il libérait, ni même si celui-ci comprenait que sa cellule était ouverte. Même cela n'avait plus d'importance.
Tout ce qui comptait, c'était d'ouvrir les portes. Quitter cet endroit. S'enfuir.
Juste avant d'entrer dans le quartier de Haute Sécurité, il avait eu la présence d'esprit de lancer le signal qui relèguerait les Détraqueurs au sous-sol. Les couloirs étaient donc déserts. Mais l'absence des Détraqueurs n'avait pas pour autant assaini l'atmosphère morbide de la prison. Les longues heures qu'il avait passées en ces lieux pesaient maintenant sur lui de tout leur poids. Le désespoir, le froid, les cauchemars, la certitude que sa vie finirait là, relégué dans un coin de cellule…
« Barty ? »
La voix, incertaine, explosa dans sa tête trop lourde comme une trompette. Il sursauta et fit volte-face, sa baguette brandie. Rodolphus Lestrange s'était traîné hors de sa cellule et le regardait avec des yeux agrandis par la surprise. Des yeux qui avaient encore du mal à se fixer sur lui. Il se remit à rire, au bord de l'hystérie. Les mains décharnées de Rodolphus enserrèrent ses bras. La prise était mal assurée, mais d'un seul coup, Barty eut l'impression de se retrouver connecter à son propre corps.
Il n'était pas une âme errante dans l'antichambre de l'enfer. Il était vivant, en pleine possession de ses moyens. Il venait libérer ses amis.
Il étreignit un Rodolphus vacillant. « Tu as ouvert la cellule… murmura Rodolphus d'une voix éraillée.
- Je suis venu vous libérer. Tous », répondit Barty, après s'être éclairci la gorge. Quelque chose qui ressemblait à un sourire barra le visage trop maigre de Rodolphus.
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« Et si Sirius avait raison, murmura Clements, comme s'il osait à peine prendre la parole.
- Pardon ? fit Lucius, sans ralentir le pas.
- Si Regulus nous causait des soucis ?
- Il te fait peur ? railla Lucius.
- Il va se jeter simplement dans la gueule du loup ? Sans couvrir ses arrières ?
- Nous tenons son frère et le petit Potter.
- Mais nous n'avons toujours pas mis la main sur cette Walburga qui se promène dans le Manoir… Et cette journaliste… »
Cette fois-ci, Lucius stoppa, exaspéré. Il n'avait pas besoin qu'on lui souligne que la situation lui échappait. La pensée que sa propre maison avait été investie de tous côtés sans qu'il s'en rende compte était déjà bien assez troublant comme cela.
« Peut-être ne viendra-t-il pas seul ? suggéra Clements.
- Peut-être, en effet. Mais alors, son frère en paierait le prix. Je ne suis pas sûr que Regulus soit prêt à prendre ce risque-là.
- Et si Sirius…
- Cela suffit ! J'ai absolument besoin de Regulus. Plus vite nous en aurons terminé avec lui, plus vite nous pourrons éliminer nos autres adversaires ! »
Si Regulus était bien à l'origine de ce qui arrivait au petit Potter, il n'avait pas le choix. Il avait besoin de lui pour permettre au rituel de s'accomplir. Et puis, le Maître serait peut-être heureux de tenir enfin l'homme dont il avait décrété la mort, deux ans plus tôt… Peut-être heureux au point de libérer Drago, si les choses ne tournaient pas comme il le souhaitait…
« Nous ferons en sorte qu'il ne soit pas une menace, conclut-il, reprenant son chemin vers la porte d'entrée.
- Et Severus Rogue ? »
Lucius réfléchit un instant. Il n'avait absolument aucune confiance en Severus. Plier Sirius à sa volonté était relativement facile : Sirius donnerait sa vie pour protéger le fils de son meilleur ami. Cela lui fournissait le levier dont il avait besoin pour se faire obéir. Et si en plus Lucius tenait son frère, il était à peu près certain de le tenir en son pouvoir. Mais Severus Rogue…
Severus Rogue était dangereux. Parce qu'il ne savait absolument pas ce qui se cachait au fond de son crâne tourmenté. Parce qu'il ne savait pas sur quelle corde jouer pour le contraindre.
« Tuez-le », décréta-t-il.
Clements le regarda avec surprise. Mais Lucius était persuadé que c'était la meilleure chose à faire. Il avait trop d'ennemis, dans le manoir. Et Severus ne lui était plus indispensable. Plus maintenant qu'il tenait Regulus.
« Très bien », obéit Clements.
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Sirius bouillait sur place. Dans quelques minutes, son frère serait aux mains de Lucius. Et que lui ferait-il, alors ? Allait-il le livrer à ce fameux Maître qui hantait le manoir ?
Les quatre Mangemorts qui le surveillaient s'étaient rapprochés les uns des autres, près de la porte, après le départ de Lucius, lui interdisant tout espoir de fuite. C'était rageant. Il tirait sur les liens magiques qui lui enserraient les poignets, parfaitement conscient, pourtant, que c'était vain. Il ne s'en sortirait pas si aisément…
« Pssttt… »
Il sursauta. Etait-ce le fruit de son imagination, ou quelqu'un avait-il réellement soufflé à son oreille ?
Il jeta un regard nerveux en direction de ses gardiens. Ceux-ci n'avaient pas bougé. Apparemment, ils n'avaient rien remarqué.
« C'est moi, je suis là… souffla la voix tout contre son oreille. J'ai la cape… »
Sirius retint un sourire. Il n'y avait pas de doute possible, cette voix était bien celle d'Isabelle. Non seulement la jeune femme n'avait pas été capturée, mais en plus, elle avait trouvé le moyen de se faufiler jusqu'à lui. Il la sentait dans son dos, maintenant appuyée contre lui, ses lèvres si près de son oreille qu'il sentait sa respiration le chatouiller.
Il rabattit ses genoux contre sa poitrine, posa ses coudes dessus. Le mouvement attira l'œil de ses gardiens, mais pas un ne s'approcha. S'efforçant de prendre son air le plus abattu, il dissimula son visage dans ses mains liées. Les Mangemorts ne devaient pas le voir parler…
« Trouvez Harry… murmura-t-il, d'une voix à peine audible.
- Je ne sais pas où il est…
- C'est lui, qui est le plus en danger. Regulus et moi allons occuper Lucius et ses hommes. Profitez-en pour sauver Harry…
- Je ne sais pas si…
- McPherson est prévenu, il sera bientôt là ! »
Du moins l'espérait-il. Il n'avait même pas eu l'occasion de demander à Kreattur s'il avait bien faire passer son message. Il présumait que oui, mais il ne pouvait avoir aucune certitude.
« Très bien… Je vais essayer, » répondit Isabelle.
D'un seul coup, un poids disparut des épaules de Sirius. Elle allait le faire, elle allait trouver Harry, et elle le mettrait en sécurité… Sirius n'aurait plus qu'à s'inquiéter de Regulus.
Isabelle lui pressa brièvement le bras, avant de glisser quelque chose dans la poche de sa robe. Sa baguette. Lucius aurait dû faire un peu plus attention à ces détails – sa baguette, la cape. Tout content à l'idée d'avoir attrapé Sirius, et à la perspective d'emprisonner Regulus très bientôt, il en avait oublié la précaution la plus élémentaire !
Sirius allait le lui faire amèrement regretter.
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Escorté de trois de ses hommes, Lucius arriva très vite devant la grille qui fermait son manoir. De l'autre côté, Regulus attendait, la baguette à la main.
Lucius lui trouva l'air changé. Il paraissait à la fois plus mûr et étrangement plus grand… Son visage ne trahissait que de la détermination. S'il s'inquiétait pour son frère, il ne le laissait pas transparaître. C'était vaguement… inquiétant.
« Tu voulais me voir, Lucius ? lui demanda le jeune homme alors qu'il atteignait la grille.
- Ravi de te voir de retour d'entre les morts ! répondit Lucius.
- Je ne suis pas le seul, apparemment, à revenir de l'au-delà, sourit Regulus froidement. Sais-tu seulement quel monstre tu abrites sous ton toit ? »
Lucius frissonna malgré lui. Non, il ne le savait pas. Et que Regulus se montre aussi éclairé sur ce qui se passait chez lui n'ajoutait qu'un peu plus à son trouble. Comment pouvait-il être au courant, pour le Maître ?!
« Donne-moi ta baguette ! dit-il, au lieu de répondre.
- Donne-moi d'abord l'assurance que tu ne toucheras pas à un cheveu de Sirius !
- Sinon ?
- Sinon je disparais ! Et ni toi ni tes hommes ne m'en empêcherez ! Mais tu as besoin de moi, alors tu vas jurer. »
Lucius pensait affronter un Regulus aux abois. Il s'était trompé. Regulus n'était certainement plus le jeune homme falot qu'il avait cru connaître. Il n'allait pas se laisser intimider facilement.
« Non, répliqua Lucius, déterminé à garder l'avantage. Si tu pars maintenant, je le tue. Est-ce clair ? Donne-moi ta baguette et peut-être que je ne ferai pas de mal à ton frère ! Disparais maintenant et je le massacre ! Je le ferai, Regulus ! Alors ? Es-tu prêt à tenter le diable ? »
Regulus posa sur lui un regard particulièrement aigu, avant de lui tendre sa baguette sans un mot. Très bien. Lucius avait remporté l'affrontement.
Deux de ses hommes se saisirent de Regulus, le prenant chacun par un bras, et le tirèrent vers le manoir. Regulus se laissa faire, à la grande satisfaction de Lucius. C'était finalement assez facile. Tout était plus facile, de toute façon, quand les sentiments entraient en jeu.
« Et maintenant ? demanda Regulus, alors qu'ils passaient le perron. Tu vas me tuer ?
- Oui, tu vas mourir. Mais avant, tu vas libérer le petit Potter de la chose qui le possède par ta faute. »
