Chapitre 34
C'est bien joli, tout ça, songea Mondingus, mais à quoi il ressemble, ce Shacklebolt ?!
Aussitôt Regulus parti, il avait transplané devant le Ministère. S'il voulait joindre cet Auror, c'était l'endroit où il avait le plus de chance de le trouver. Malheureusement, il était déjà bien tard, et la plupart des employés étaient déjà partis.
Pourvu que ce type soit de garde ce soir… pensa encore Mondingus.
Sinon, comment ferait-il pour le joindre ? Il ne connaissait que son nom, et il manquait cruellement de temps pour effectuer les recherches nécessaires !
Bon. Il pouvait toujours entrer dans le Ministère. Il existait un bureau de permanence des Aurors qui ne fermait jamais. Peut-être que là-bas, on pourrait le renseigner…
L'accès à ce bureau se faisait par l'intermédiaire d'une boîte aux lettres, à deux pas de la cabine téléphonique qui permettait de passer du monde moldu au Ministère. Il lui suffisait de se pencher sur la fente et de demander à voir les Aurors pour se voir directement transporté dans le bureau de garde.
Il n'en eut même pas le temps. Une main s'abattit sur son épaule, le faisant sursauter. « Que… !
- Mondingus Fletcher ! Tiens donc ! Pour une surprise ! »
S'il y avait bien un Auror que Mondingus n'était pas ravi de voir, c'était justement celui-ci. Il gardait un très mauvais souvenir de McPherson. « Vous avez des ennuis ? demanda l'Inspecteur.
- Je venais… » commença Mondingus.
Il se tut. Quel argument pouvait-il avancer pour expliquer sa présence sans paraître suspect aux yeux de cet homme ? Celui-ci le soupçonnait déjà de connivence avec les frères Black !
Il n'eut même pas le temps de s'en soucier vraiment. McPherson prit les devants. « Est-ce Sirius qui vous envoie ? demanda l'Inspecteur. Je sais qu'il a vraiment des ennuis. J'ai eu la visite de son Elfe de maison. Il est toujours au manoir de Lucius Malefoy ? »
Mondingus avait la bouche sèche. Un tel revirement le surprenait, le déstabilisait. Avec réticence, il fit oui de la tête. McPherson soupira.
« Nous allons intervenir… Très bientôt…
- C'est Regulus qui m'envoie. Il est parti là-bas, ajouta Mondingus. Lucius menace de tuer Sirius et Harry s'il ne lui obéit pas… Il est… Regulus est un type bien, ce n'est plus un Mangemort…
- Je sais. Ne restez pas là, Fletcher.
- Mais…
- Eloignez-vous du Ministère ! Et ne vous inquiétez pas. Nous avons une chose importante à faire avant d'aller au Manoir. Et ensuite, nous irons au secours de Regulus. »
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Clements était loin d'être ravi, à l'idée d'accomplir la mission que Lucius lui avait assignée. Il s'était enrôlé chez les Mangemorts parce que son père estimait que c'était un honneur, de se mettre au service d'hommes aussi influents et bien nés que Lucius Malefoy ou les frères Lestrange. Une façon de glorifier une famille qui, quoique de sang-pur, était plutôt modeste. Et Clements avait aimé cette atmosphère de puissance qui régnait dans les réunions des Mangemorts. Il aimait sentir qu'on les craignait, lui et ses amis, il aimait l'idée qu'il était naturellement supérieur aux nés moldus et autres sangs-mêlés, malgré le peu de fortune qu'il possédait et un emploi sans prestige.
Mais tuer de sang-froid un homme désarmé…
Il ne faillirait pas. Maintenant que la plupart des Mangemorts les plus importants étaient enfermés à Azkaban, il avait une occasion unique de grimper dans la hiérarchie. Quoi de mieux que de se mettre au service du dernier homme appartenant au cercle restreint des favoris du Maître ?
Il tuerait Severus Rogue, comme on le lui avait ordonné.
Son cœur battait à un rythme désordonné, lorsqu'il descendit le dernier couloir avant la pièce où Malefoy tenait Rogue prisonnier. Il se demanda confusément si Lucius ressentait la même exaltation, en se rendant au devant de Regulus. Non, pas la même. Car Clements avait peur également, il ne s'agissait pas que d'excitation. Il n'avait jamais tué personne, contrairement à Lucius, et il craignait de ne pas y parvenir.
Non, il ne devait pas penser à cela. Il ferait ce qu'il devait. Il allait tuer. De sang-froid. Sans remords.
La pièce était au bout du couloir. Mais Clements n'eut même pas à s'approcher davantage pour réaliser que quelque chose n'allait pas.
Personne ne montait la garde, devant la porte de Rogue.
Il fronça les sourcils. Ce n'était vraiment pas bon signe… Où les gardiens étaient-ils passés ? Ils devraient au moins être deux, à sécuriser la porte !
Il hâta le pas. Lucius avait-il changé les ordres et demandé qu'on lui amène le prisonnier ? Impossible, il venait à peine de le quitter ! Non, ça n'allait pas du tout !
La porte était soigneusement fermée, comme si personne ne l'avait touchée. Clements lança la série de sorts appropriés et entra dans la pièce, s'attendant, avec fatalisme, à la trouver vide.
Elle n'était pas vide. Les deux gardiens censés la garder gisaient sur le sol, stupéfixés. Et aucune trace de Rogue, nulle part. Il s'était enfui.
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« Combien de temps avons-nous, à votre avis, avant qu'ils découvrent votre fuite ? demanda Rita à Severus.
- Peu. Où avez-vous trouvé ma baguette ?
- Dans le bureau de Lucius… Avec la mienne, évidemment. Fureter partout à ses avantages…
- J'imagine », répondit Severus, laconique.
Il avait été surpris de la voir revenir dans sa prison aussi vite, encore plus, lorsqu'elle lui avait tendu sa baguette, en lui disant qu'il fallait absolument qu'il se sauve tout de suite. Et Severus n'avait pas hésité. Si une femme telle que Rita Skeeter était prête à se mouiller, c'était que les choses allaient vraiment mal. Pas le temps de tergiverser.
Il s'était entendu avec Rita pour tendre une embuscade aux deux hommes devant la porte. Une fois stupéfixés, il les avait soigneusement enfermés, et ils parcouraient maintenant les couloirs, plus silencieux qu'une paire de souris.
« J'aimerais quand même savoir de quelle façon vous vous introduisez partout comme vous le faites sans vous faire voir… marmonna-t-il. Vous ne me semblez pas suffisamment douée pour maîtriser les sorts d'invisibilité… Et quand bien même, cela n'explique pas votre façon d'apparaître comme vous le faites, n'importe quand, n'importe comment ! »
Elle se contenta de sourire, l'air très satisfaite d'elle-même. Exaspérante bonne femme !
« Très bien, lâcha-t-il du bout des lèvres. Conservez vos vilains petits secrets pour vous seule… »
Il se plaqua contre le mur, l'oreille tendue. Le hall était absolument désert. « Bon… Sortir d'ici ne va pas être une partie de plaisir… murmura-t-il.
- Comment, « sortir d'ici » ?! s'exclama Rita, un peu trop fort à son goût.
- J'ai passé suffisamment de temps à bénéficier de l'aimable hospitalité de Lucius ! répliqua-t-il à voix basse. Si vous n'êtes pas parvenue à récupérer le journal, je doute de pouvoir y arriver moi-même. Le plus sage est de mettre les voiles. Nous nous occuperons de ce fichu journal plus tard.
- Non ! Non, nous ne pouvons pas partir ! Malefoy a capturé Sirius Black… Isabelle Fudge doit trouver où il a été enfermé, mais elle aura sans doute besoin de notre aide pour le libérer ! »
Ah oui, c'était vrai ! Lucius avait capturé cet abruti ! Mais qu'est-ce que cette femme allait s'imaginer ? Qu'il allait risquer sa vie pour lui ?!
« Vous entendez ce que je vous dit ?! appuya Rita, l'air exaspérée par son mutisme.
- Oui, j'entends. Cet idiot de Black s'est fait prendre. Grand bien lui fasse !
- Quoi, vous n'allez pas le libérer ?!
- Risquer de me faire reprendre pour lui ? Je serais bien stupide !
- Mais…
- D'ailleurs, pourquoi j'en ferais plus pour lui qu'il n'en a fait pour moi ?! Cet imbécile était dans le manoir, et il n'a même pas eu l'idée d'ouvrir la porte de ma prison ! S'il l'avait fait, peut-être qu'il ne serait pas dans les mains de Lucius, en ce moment-même ! »
Il avait déjà bien assez fait pour Black. Après tout, c'était grâce à lui, s'il avait pu s'enfuir d'Azkaban ! Et qu'avait-il eu en retour, à part des sarcasmes ? Rien ! Pas qu'il attende quelque chose de Black, ceci dit…
« Bon, d'accord, reprit Rita, changeant son fusil d'épaule. Vous vous fichez de ce qui peut arriver à Sirius, très bien ! Mais songez à l'enfant ! Lucius tient aussi Harry Potter ! »
Donc, Lucius n'avait pas menti, il avait bien mis la main sur l'enfant…
« Et alors ? demanda Severus simplement.
- Et bien… Il faut le sauver, non ? Lucius veut faire ce rituel, là…
- Ecoutez-moi bien : je me fiche de ce qui peut arriver à ce gamin.
- C'est Harry Potter ! s'exclama Rita, l'air choquée.
- S'il ressemble un tant soit peu à son père, croyez-moi, s'il disparaît, ce ne sera pas une grande perte ! James Potter était…
- Vous allez laisser cet enfant mourir parce que vous n'aimiez pas son père ?! C'est pitoyable !
- Pas plus pitoyable que vous, qui n'êtes ici que parce que vous pensez en tirer de la gloire ! Ne me faites pas croire que vous êtes ici par altruisme ! »
Severus eut l'immense plaisir de voir Rita muette. Qu'imaginait-elle ? Qu'elle pouvait le leurrer ? Il lisait en elle à livre ouvert ! Cette femme se fichait de ce qui pouvait arriver vraiment à Harry, tout ce qui l'intéressait, c'était l'histoire qu'elle pourrait en tirer !
Rita se redressa légèrement, hautaine.
« Très bien. Mes motivations ne sont peut-être pas aussi nobles que celles de Sirius. Mais au moins, j'agis dans le bon sens, contrairement à vous qui ne pensez qu'à sauver votre précieuse peau ! »
Severus en aurait presque rit, si sa patience ne commençait pas sérieusement à s'épuiser. Sauver sa peau ? Certes ! Mais uniquement parce que Sirius ou Harry ne valaient pas qu'il la mette en jeu ! Mais évidemment, il ne pouvait pas faire comprendre cela à cette bonne femme…
« Je ne comprends pas… reprit Rita, presque suppliante. Vous avez tout fait pour détruire les horcruxes, vous y avez laissé un doigt, et là… ! Là, vous êtes prêt à simplement tourner les talons, alors qu'il est en votre pouvoir d'empêcher le retour de Vous-Savez-Qui !
- Détruire les horcruxes est une chose, combattre Lucius et ses hommes dans son manoir alors qu'il s'apprête à user de magie noire pour rendre son pouvoir au Maître en est une autre !
- Justement, il faut agir maintenant ! Avant que Vous-Savez-Qui ne devienne vraiment dangereux !
- Avec pour seule aide une journaliste fouineuse ?! Je ne suis pas suicidaire ! Cette chose n'est pas le Maître. Je ne suis même pas certain que ce rituel puisse fonctionner ! Alors pourquoi tout risquer ? Et il y a de toute façon d'autres horcruxes à détruire, avant de gagner définitivement cette guerre…
- Mais Harry… »
Severus ne se donna même pas la peine de répondre. Il se contenta d'un long regard explicite en direction de la journaliste.
« Très bien ! conclut-elle, avec une pointe de mépris. Sauvez-vous ! Moi, je vais voir si je peux sauver Harry ! »
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Regulus n'avait pas dit un mot, depuis qu'ils étaient rentrés dans le manoir. Mais cela ne gênait pas Lucius. Il préférait cela aux provocations gratuites que lui aurait sans doute lancées Sirius, dans la même situation. Lucius avait toujours pensé que Regulus était quelqu'un de plus convenable que son frère, du strict point de vue du caractère. Moins emporté, plus posé. Dommage que cet idiot ait renié la cause…
Il avait décidé d'en finir au plus vite, aussi conduisit-il directement Regulus au sous-sol, là où ses hommes avaient mis en place les éléments du rituel. Il n'avait déjà que trop tardé.
Regulus entra dans la pièce sans résistance, et Lucius lui en fut plutôt reconnaissant. Il ne souhaitait pas gaspiller son énergie à contraindre le jeune homme par la force. Mais d'un autre côté… Il y avait quelque chose de presque malsain, dans sa résignation… Ou de vaguement inquiétant.
« Amenez-nous Harry Potter ! Et surtout, ne le réveillez pas ! » commanda-t-il à l'un de ses hommes.
Tandis que l'homme s'exécutait, Regulus survolait la pièce du regard, détaillant le grand chaudron et les divers ingrédients posés à portée de main, sur une table sommaire. Sans trahir ni curiosité, ni inquiétude. C'était exaspérant, pour le coup.
« Il manque quelque chose, dit-il simplement, se tournant vers Lucius.
- Quoi ?
- Pour que ce rituel s'accomplisse…
- Qu'est-ce que tu en sais ! répliqua Lucius vertement.
- Tu veux drainer l'énergie vitale de Harry pour l'offrir à ton Maître. Mais il ne s'agit pas vraiment du Lord Noir…
- Comment sais-tu tout cela ? »demanda Lucius froidement.
Il était exaspérant de voir que les deux frères Black soient si au courant de ce qu'il préparait. Comment pouvaient-ils en savoir autant ?! Par quel biais les informations avaient-elles circulé jusqu'à eux ?
« J'en sais plus que toi, sur ton Maître, Lucius, murmura Regulus.
- Oui, tu as percé ses petits secrets ! Je suis au courant de cela… Les horcruxes…
- Oh. Severus t'a parlé de cela ? »
C'était dit sur un ton tellement banal… Lucius avait l'impression que Regulus prenait un malin plaisir à lui dévoiler au compte-gouttes à quel point il était au fait de ce qui se passait dans le manoir…
« Peu importe ! s'emporta-t-il. Peu importe, même, d'où vient le Maître ! L'important, c'est qu'il soit là, prêt à recouvrer toute sa puissance !
- Sauf que cela ne marchera pas. Pas avec le sang du petit Potter.
- Ah oui ?
- L'entité qui le possède le refusera.
- Oui, c'est aussi ce qu'a dit Rogue… Et c'est bien pour cela que tu es ici, Regulus ! Pour débarrasser Harry de ce parasite !
- Parce que tu crois cela si facile ?
- C'est de ta faute, apparemment. Tu dois pouvoir y remédier. »
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Isabelle était plus qu'ennuyée. Elle avait trouvé l'endroit où Harry était tenu enfermé. Du moins le supposait-elle, à la vue des deux hommes devant la porte. Elle l'avait trouvé, certes… Mais comment allait-elle faire pour entrer à l'insu des gardiens ?
Les deux hommes étaient appuyés à la porte. A moins d'être une petite souris, elle n'avait aucun moyen de se glisser là, et la cape d'invisibilité n'y changeait rien ! Non, ce qu'il fallait, c'était détourner l'attention de ces hommes, les forcer à s'écarter de la porte. Et cela laissait Isabelle complètement désemparée. Elle n'avait rien d'une combattante ! Elle était faite pour soigner les gens, par pour les affronter !
Si seulement Sirius était là, avec elle…
Bon. Il fallait détourner l'attention de ces hommes… Et si elle enlevait la cape ? Le polynectar ne faisait plus effet, et en voyant une inconnue dans le couloir, ils réagiraient très certainement. Sauf que c'était risqué. Elle pouvait remettre la cape et passer outre les deux hommes, mais rien ne lui garantissait qu'ils s'écarteraient de la porte suffisamment pour qu'elle puisse passer. Et ils risquaient de réagir en couvrant la zone de sorts défensifs…
Elle avança aussi près qu'elle l'osait. Ce n'était pas tout, d'entrer dans cette pièce, il faudrait également en sortir, et avec Harry. Elle n'avait pas la plus petit idée de la façon dont elle allait s'y prendre ! Elle se sentait prête à maudire Sirius, pour le rôle qu'il l'obligeait à jouer !
Peut-être qu'elle n'aurait pas à en sortir… Avec de la chance, Rita et l'ami de Regulus, Severus, viendraient à son aide. A eux trois, ils arriveraient à neutraliser les gardes, non ?
Sauf que le temps jouait contre elle. Combien de temps, encore, avant que l'attention de Lucius revienne sur l'enfant ? Elle ne pouvait pas prendre le risque de laisser ces hommes l'emmener. Elle devait au moins le cacher, à défaut de le faire sortir du manoir. Et cela, elle pouvait le faire, grâce à la cape !
Il fallait qu'elle entre dans la pièce. Elle n'avait pas le choix. Elle allait devoir attaquer.
Elle souleva doucement un coin de la cape pour libérer sa main et brandir sa baguette…
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Patiente… Ne fonce pas bêtement… songeait Sirius, le cœur battant. Laisse-lui le temps de trouver Harry…
S'il s'évadait maintenant, les Mangemorts risquaient de s'en rendre compte avant que Harry soit en sécurité. La première chose qu'ils feraient, en s'apercevant qu'il avait mis les voiles, serait de renforcer la garde autour de Harry. Et en faisant cela, cela ne ferait que compliquer un peu plus la tâche d'Isabelle Fudge.
Alors oui, il agirait. Mais pas tout de suite. La difficulté était de savoir quand, exactement.
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« En admettant que je prête la main à cela, dit finalement Regulus, c'est sans garantie aucune. Je n'ai jamais tenté cela, cette sorte… d'exorcisme…
- Tu as intérêt à y arriver, ou ton frère en fera les frais !
- Je libèrerais donc Harry pour le livrer à ton rituel macabre ? Pour que tu puisses l'assassiner ?
- Exactement ! »
Regulus se demandait de quelle façon il allait pouvoir se tirer de ce marché de dupes… Rien ne lui garantissait que Sirius ne serait pas en danger, une fois qu'il se serait plié aux exigences de Lucius. Mais de toute façon, il était impensable qu'il fasse quoi que ce soit qui puisse mettre Harry en danger ! Comment Lucius pouvait-il penser qu'il parviendrait à l'y contraindre ?!
Il jeta un bref regard autour de lui. Comme il l'avait supposé, Lucius l'avait débarrassé de son sac, et y avait jeté un rapide coup d'œil. Mais il s'était contenté de l'abandonner près de la porte. Une telle négligence était surprenante, de la part de Lucius, mais elle disait très clairement à quel point l'homme était aux abois. Il était bien loin d'être aussi confiant que ce qu'il s'efforçait d'afficher. Et Regulus était bien décidé à en tirer parti.
« Je ne le ferai pas, dit-il doucement. Je ne permettrai pas le meurtre d'un enfant innocent.
- Et le meurtre de mon fils ! s'emporta Lucius. Le Seigneur a besoin d'énergie vitale ! Si je ne lui offre pas celle de Harry, il exigera le sacrifice de mon fils !
- Tu peux toujours mettre fin à cela, et détruire le journal.
- Mangemort fidèle… » fit une voix affreusement froide et sèche.
Lucius, Regulus et les quatre hommes présents se tournèrent aussitôt vers la porte.
La silhouette qui venait d'entrer était celle d'un homme jeune, à peu près de l'âge de Regulus. Mais son visage était étrangement flou, et trop pâle, comme sans consistance.
Ce n'est pas vivant, songea Regulus. Mais cela dégageait une puissance et une malignité à faire froid dans le dos…
« Le Mangemort dissident… dit le Maître, se dirigeant droit sur Regulus. Celui qui perce les secrets les plus obscurs… Regulus Black…
- Vous n'êtes pas Voldemort, dit Regulus, défiant la créature du regard. Rien d'autre qu'un vague reflet de lui-même…
- Tu te trompes, je suis Lord Voldemort ! répliqua le Maître. Je possède son âme et ses souvenirs… et bientôt sa force pleine et entière ! Et toi, misérable créature, tu paieras pour ton impudence ! Lucius ? Où est le médaillon que je t'ai demandé ?
- Seigneur…
- Il est détruit, coupa Regulus. Tu n'es pas Voldemort ! Tu ne dois ta consistance qu'à la plus abjecte des magies, tu n'es même pas vivant ! »
Une lueur rouge embrasa les yeux de la créature. Regulus pouvait sentir l'énergie magique qu'elle contenait se déployer hors des limites mal définies de sa silhouette. Ce Voldemort-là n'avait pas encore de réelle matérialité. Et en un sens, cela ne le rendait que plus dangereux encore.
« Je veux que le rituel commence ! décréta le Maître. Tout de suite ! Et ensuite… Ensuite, je te tuerai, Regulus Black ! »
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Le premier sort qu'Isabelle lança manqua sa cible et explosa contre la porte dans une gerbe d'étincelles. Elle jura intérieurement et s'appliqua à viser, tandis que les deux gardiens regardaient autour d'eux, les yeux écarquillés de surprise.
« Lance l'alerte ! » s'exclama l'un des hommes, brandissant sa baguette autour de lui, à l'aveugle. Le sort d'Isabelle percuta son compagnon de plein fouet, avant même qu'il puisse réagir. « Saleté ! s'exclama l'homme, maintenant fébrile. Montre-toi ! » Il lança un sort au hasard, qui passa bien loin de la jeune femme. Le cœur battant à tout rompre, elle visa une nouvelle fois. Cette fois-ci, elle toucha sa cible du premier coup.
Elle s'accorda une demi seconde pour reprendre son souffle avant de se précipiter sur la porte. Elle l'avait fait, elle avait stupéfixé les hommes de main de Malefoy ! Il ne restait plus qu'à libérer Harry, maintenant…
Les sorts qui fermaient la porte n'avaient rien de complexe et elle en vint rapidement à bout.
Vite… Elle devait se dépêcher. Entrer, prendre Harry, et le dissimuler avec elle sous la cape…
L'enfant était allongé à même le sol, inconscient. Isabelle se pencha sur lui et l'examina rapidement. Sommeil artificiel. Elle n'avait pas le temps de le réveiller, elle allait devoir le porter… Elle se redressa et rangea sa baguette dans la poche de sa robe.
« Qu'est-ce que… Ne bougez plus ! »
Elle sursauta et se tourna vers la porte. Un homme venait d'entrer, baguette à la main. Et il posait un regard stupéfait sur ses pieds et le bas de sa robe… La cape ne la couvrait pas entièrement. Prestement, elle tira sur le tissu pour la rajuster.
Trop tard.
