Finalement, ce chapitre qui aurait dû être le dernier s'est révélé être tellement long, que je l'ai coupé en deux. Et finalement, c'est mieux comme ça. Donc, avant-dernier chapitre !

Chapitre 37

Severus avait de plus en plus de mal à repousser les sorts lancés par les Mangemorts. Un coup d'œil lancé à Sirius lui montra que c'était tout aussi difficile pour lui. Ce n'était pas seulement que Lucius avait l'avantage du nombre, mais surtout, que Black et lui mobilisaient leurs forces pour protéger Isabelle, Harry et Regulus…

Sans être exagérément pessimiste, à moins d'un miracle, l'issue du combat ne serait certainement pas en leur faveur… Mais Severus refusait de baisser les bras. Jamais il n'avait été aussi sûr de ses convictions, jamais il ne lui était apparu comme aussi absolument évident qu'il avait fait le bon choix en choisissant le camp de Dumbledore. Parce que pour la première fois, il ne se battait pas uniquement pour une idéologie, mais aussi pour des personnes qu'il aimait indéniablement : Lily, Regulus.

D'une certaine manière, il venait de trahir Lily une seconde fois, en levant sa propre baguette contre son fils. S'il tournait en plus le dos à Regulus maintenant, autant mourir tout de suite…

Severus ne tenait pas à mourir. Mais avec Clements qui le harcelait et Lucius qui s'acharnait contre Regulus, il n'avait que très peu de marge de manœuvre. Et cela risquait d'empirer, si les deux autres Mangemorts, qui s'en prenaient à Sirius, se rabattaient finalement sur lui…

Il visa Clements tant bien que mal, maintenant la tête baissée pour éviter les sorts de Malefoy. Il le manqua d'un cheveu. Non, décidément, les choses étaient mal parties…

« Ils sont par là ! » cria subitement une voix féminine, depuis le couloir derrière lui. Severus n'eut même pas le temps de s'étonner. Une poignée de secondes plus tard, une escouade d'Aurors surgissait brusquement dans la pièce, Scrimgeour en tête. Severus aperçut Rita Skeeter, derrière eux, à moitié dissimulée par la porte. Elle détaillait la pièce d'un œil avide… Sans doute déjà en train d'écrire mentalement son article sur l'arrestation des Mangemorts.

Lucius poussa un cri de rage et tourna sa baguette vers eux. « C'est terminé, Malefoy ! coupa Scrimgeour, le désarmant aussitôt d'un sort adroit. Rendez-vous ! »

Lucius hésita un court instant, pendant lequel Severus vit la colère et l'amertume se peindre sur ses traits. Il n'était pas homme à se rendre facilement. Les doigts de Severus se raffermirent sur sa propre baguette, prêt à agir. Mais Lucius se contenta de croiser les bras, retrouvant son air supérieur. « On peut dire que vous arrivez à point ! dit-il. Black est là ! Arrêtez-le ! »

Etait-ce vraiment de cette façon que Lucius comptait s'en tirer ? songea Severus avec dédain. La partie était perdue pour lui. Il aurait dû avoir la décence de le reconnaître…

« Suffit, Malefoy ! coupa Scrimgeour, le tenant toujours en joue. Cette fois-ci, vous ne vous en tirerez pas avec une pirouette ! Miss Fudge, vous allez bien ? » La jeune femme, toujours réfugiée derrière Sirius, fit oui d'un rapide signe de tête.

« Et Harry ? demanda le chef des Aurors.
- Harry va bien, répondit Sirius, visiblement tendu.
- D'accord. Maintenant, tout le monde pose sa baguette. Tout de suite. »

Severus s'exécuta comme tout le monde, non sans une pointe de soulagement. C'était fini. Enfin.

« Je me plaindrai, vous savez, insista Lucius.
- A qui ? A votre cher Ministre de la Magie ? A Croupton ? Nous les avons arrêtés tous les deux !
- De quel droit…
- Croupton Junior… Qui mieux que le fils pouvait se faire passer pour le père, n'est-ce pas ? Nous l'avons arrêté alors qu'il s'apprêtait à faire évader la fine fleur des Mangemorts d'Azkaban ! »

Le visage de Lucius se ferma brusquement. Severus ne put s'empêcher de ressentir une joie féroce. Croupton avait vraisemblablement pris cette initiative tout seul… Et cela conduirait Lucius droit à sa perte ! Finalement, il y avait une justice quelque part…

Mais subitement, Severus réalisa que Regulus n'avait toujours pas repris conscience. Il ne manquait pourtant plus que lui, pour que leur victoire soit complète ! Il se tourna vers le corps du jeune homme, toujours allongé derrière lui. Et il eut un coup au cœur.

Les cheveux de Regulus étaient désormais d'un blanc neigeux.

XXXXXXX

Le brusque changement de plan obligea l'Entité à lâcher prise. Son essence déjà instable s'étira brusquement, libérant du même coup les différentes composantes de l'amalgame qui la définissait. Regulus sentit l'étau qui le broyait se dissiper d'un coup, et se trouva rejeté de côté, comme si la chose n'était maintenant plus à même de l'assimiler.

Il se sentit flotter, complètement perturbé, lui-aussi, par ce nouvel univers qui l'entourait. Il avait l'impression que sa propre essence se dissolvait dans un torrent de lumière, que chaque particule de son être se parait de couleurs. Un nouvel accès de panique l'oppressa brusquement. Il ne connaissait pas les règles qui régissaient ce monde, il nageait en océan inconnu.

La porte qu'il avait empruntée n'était pas refermée. Pas encore. Mais elle se réduisait inéluctablement, toute sa magie ne pouvait l'empêcher. Il n'était pas dans l'ordre des choses qu'une telle brèche puisse rester ouverte indéfiniment. Regulus tenta d'avancer jusqu'à elle. Il lui restait une infime chance de retrouver son monde, il devait la saisir.

Alors qu'il coulait lentement jusqu'à la porte, il pouvait sentir l'entité lutter pour s'adapter. Elle dégageait des ondes de rage pure, qui se traduisait par des éclairs de lumière sombre, comme des déchirures dans le tissu même de ce plan. Mais quel que soit celui-ci, Regulus sentait qu'il aurait raison de cette créature. Il n'y avait tout simplement pas de place pour sa noirceur, ici.

Concentrant ses dernières forces, Regulus se tendit vers son but. La brèche était étroite, si étroite… Abandonne, lui murmurait une petite voix épuisée au fond de lui. Laisse-toi glisser, laisse ce monde redéfinir ton essence, effacer ta conscience humaine…

Les bords de la déchirure se mirent à briller étrangement, alors même que le passage en lui-même s'opacifiait. Quelque chose voulait contrer sa fermeture. Quelque chose qui n'avait rien à voir avec Regulus, puisqu'il n'avait de toute façon plus suffisamment de magie en lui pour permettre une telle chose.

Lentement, la brèche retrouva de sa transparence, et elle s'agrandit indubitablement. Regulus pouvait voir le plan qu'il avait quitté, si proche de lui, maintenant. Encore un effort…

« Viens, Regulus ! »

La voix parvint jusqu'à lui dans des bulles de lumière jaune. Si réconfortante… Regulus tendit tout ce qui restait de sa volonté vers la source de cette voix – de l'autre côté, chez lui.

« Tu y es presque… »

Sans trop savoir comment, Regulus se trouva brusquement de l'autre côté.

« Tu y es arrivé, finalement. »

La voix était comme un sourire. Regulus regarda autour de lui, hébété. La silhouette qui s'adressait à lui était brillante, bien plus que celle de Belvina, qui se pressait maintenant à son côté. Un homme, sans doute. Mais Regulus n'y voyait plus, au bout de l'épuisement.

« Dis à Sirius de prendre soin de mon fils… » murmura la silhouette, avant de disparaître.

Regulus aurait voulu le rappeler, lui demander de l'aider encore une fois. S'il avait pu rouvrir la brèche, il pouvait certainement le guider jusqu'au plan terrestre, non ? Lui-même se sentait tellement épuisé…

Il n'y arriverait pas. Il n'était même plus sûr de le vouloir. Il se sentait comme un animal blessé soupirant après sa propre mise à mort. Une part de lui-même était consciente de la perte qu'il avait subie. A quoi bon revenir ? Il ne serait plus jamais le même, le monde était perdu pour lui.

« Choisis, murmura Belvina.
- Quel choix ?
- Tu peux partir, si tu le souhaites. Je peux te guider.
- Mourir ?
- Oui. »

Le pouvait-il vraiment ? Cela lui paraissait tellement simple, en fin de compte. Terriblement plus simple que de retourner en bas, de revenir dans ce corps si étroit qu'il n'était pourtant même plus à même d'habiter totalement.

Il aperçut vaguement le lien vital qui le reliait encore à son enveloppe physique, aussi ténu que l'avait été celui de Harry, plus tôt. Si près de se trancher.

« Tu préfères retourner là-bas ? » demanda Belvina.

Il n'y avait aucune nuance de jugement, dans sa voix. Tel n'était pas son rôle. Elle avait toujours été là pour le soutenir dans ses choix, quels qu'ils puissent être.

« Je ne sais pas comment faire… » avoua Regulus.

Il lui suffisait pourtant de remonter le lien jusqu'à sa source, de forcer son essence à se couler dans sa propre enveloppe charnelle. Mais il n'y voyait plus, il ne lui restait plus de force à utiliser pour seulement avancer.

« Il faut te dépêcher de faire ton choix, Regulus, insista Belvina. Ton corps épuise ses dernières forces. »

Regulus hésitait. Revenir, cela voulait dire aussi souffrir. Et pourtant… Il y avait aussi plus que cela, en bas. Même à ce point diminué, il sentait quelque chose se frayer un chemin jusqu'à lui, une onde d'énergie positive, aimante, quelque chose qui s'efforçait de consolider le lien qui le maintenait encore en vie malgré tout.

« Qu'est-ce que c'est ? murmura-t-il.
- Les gens que tu laisses derrière toi, répondit Belvina. Ils te pressent de revenir. Mais le choix dépend de toi. »

Maintenant qu'il l'avait repérée, il pouvait presque voir cette énergie monter jusqu'à lui. Une prière. Des voix multiples tendues vers un seul but : lui-même.

Presque malgré lui, il se laissa couler vers elle.

XXXXXXX

Sirius serrait Regulus étroitement contre lui, si désespérément impuissant qu'il se sentait au bord de la rupture. Il ne comprenait pas ce qui arrivait. Pourquoi Regulus était-il ainsi, inerte, si pâle qu'on pouvait le croire déjà mort ? Pourquoi ne se réveillait-il pas, malgré ses appels incessants ?

« Qu'est-ce qu'il a ? » demanda-t-il à Isabelle, d'une voix rendue rauque par l'angoisse.

La jeune femme s'était elle-aussi précipitée au côté de Regulus, après le brusque appel de Rogue. Elle l'avait examiné rapidement, sous le regard inquiet des deux hommes, mais était restée perplexe.

« Je ne sais pas… avoua-t-elle, au bord des larmes. Il est encore vivant, c'est tout ce que je peux dire…
- Mais que s'est-il passé ? s'emporta Sirius. Avant que j'arrive ? Malefoy lui a jeté un sort ?!
- Il est simplement… tombé… murmura la jeune femme.
- Rogue ? »

Rogue se tenait à deux pas d'eux, agenouillé. Son visage était presque aussi livide que celui de Regulus, ses yeux noirs profondément enfoncés dans leurs orbites. Choqué par ce qu'il voyait, lui-aussi. Il se contenta de secouer négativement la tête.

« Je fais venir une équipe de guérisseurs sur le champ ! intervint Scrimgeour. Ils le conduiront à Sainte-Mangouste, il recevra les meilleurs soins ! McPherson, emmenez les prisonniers ! Et méfiez-vous, le reste du manoir n'est pas encore sécurisé… »

Sirius passa une main tremblante dans les cheveux d'un blanc de neige de son frère. Ne meurs pas…songea-t-il. Pas toi aussiIl avait mal vécu l'annonce de la mort de Regulus la première fois. Ce serait pire, maintenant qu'ils s'étaient enfin retrouvés ! Il lui restait tellement de choses à lui dire…

Isabelle s'était saisie de l'une des mains de son frère. Sirius la sentait prête à craquer, elle-aussi. Tout comme Rogue, d'ailleurs. Curieux, de penser que son vieil ennemi soit réellement attaché à son frère… Et pourtant… Sirius aurait pu jurer qu'il était au bord des larmes !

« On doit pouvoir faire quelque chose ! se reprit Sirius, rendu presque furieux par sa propre impuissance. Il n'est pas mort, il devrait pouvoir revenir !
- Sauf s'il décide que cela n'en vaut pas la peine… murmura Rogue.
- Comment cela ?! protesta Sirius. Merde, Regulus ! Tu n'as pas le droit de faire ça ! »

Il saisit le corps inerte de son frère par les épaules et lui imprima une vive secousse. Il allait le réveiller. Il allait le secouer, le presser… il le ramènerait à la vie. Cela avait bien marché, avec Harry !

« Réveille-toi ! cria-t-il. Nous avons gagné, c'est fini, il faut que tu reviennes ! » Isabelle étouffa un sanglot et s'accrocha plus fermement encore à la main de Regulus. Rogue lui-même avait fini par s'avancer, tendu lui-aussi vers le jeune homme inerte.

Et brusquement, Regulus ouvrit les yeux.

Ils poussèrent tous les trois le même cri de surprise, de soulagement, de joie. Sirius le serra contre lui, à bout de nerfs. « Regulus… murmura-t-il. Est-ce que ça va ? »

Regulus ne répondit pas. Il avait ouvert les yeux, certes… Mais il restait totalement inerte, dans son étreinte. Il ne semblait même pas le voir ! Sirius tourna la tête vers Isabelle, l'interrogeant du regard. Le front barré d'un pli soucieux, les joues barbouillées de larmes, la jeune femme se pencha vers Regulus et examina un long moment son visage toujours aussi pâle et ses yeux inexpressifs.

« Regulus ? appela-t-elle doucement. C'est moi, Isabelle… »

Quelque chose passa dans les yeux du jeune homme. Un éclair fugace. Puis plus rien. Il referma les yeux, exhalant un profond soupir qui avait quelque chose de douloureux.

« Il faut le conduire à l'hôpital… murmura la jeune femme d'une voix tremblante.
- Aide-moi à le porter, Rogue », dit Sirius.

Ils le soulevèrent doucement. Isabelle prit Harry par la main et les suivit jusqu'à la sortie. Escortés de Scrimgeour et de quelques Aurors, ils remontèrent jusqu'au Hall d'entrée. Là, ils retrouvèrent McPherson accompagné de deux hommes portant la robe de l'équipe d'intervention d'urgence des Guérisseurs attachés aux Aurors. Ils firent signe à Sirius et Rogue de déposer le corps de Regulus sur une civière, ce que Sirius fit presque avec regrets. Il ne pouvait se débarrasser de l'impression qu'en lâchant Regulus, il le perdrait pour de bon.

« Nous le conduisons immédiatement à Sainte-Mangouste, lui dit l'un des hommes. Il recevra les meilleurs soins ! »

Sirius acquiesça d'un signe de tête, la gorge serrée.

« Je devrais y aller aussi, intervint Isabelle. Harry a besoin d'être examiné. »

Sirius ouvrit la bouche, prêt à protester. Il ne voulait plus être séparé de Harry… Mais Isabelle devança son objection. « Il a failli mourir. Je veux être sûre qu'il n'a subi aucun dommage, pendant le court moment où son cœur s'est arrêté de battre. Vous savez que j'ai raison, Sirius ! »

Elle souleva l'enfant de terre et le cala contre sa poitrine. « Dis au revoir à Sirius, Harry… » L'enfant lui lança un regard incertain. Sirius se pencha sur lui pour l'embrasser. « Sois sage, Harry. Ne t'inquiète pas, cette dame s'occupera bien de toi. Et tu retrouveras Remus très bientôt…
- Remus ? murmura l'enfant.
- Il est à Sainte-Mangouste, lui-aussi, intervint McPherson.
- Tu vois, tout va bien… »

Il l'embrassa encore une fois, avant de laisser Isabelle l'emmener.

« Quelle est la situation ? demanda Scrimgeour à McPherson.
- Malefoy et ses hommes ont été transférés dans nos locaux, sous bonne garde, répondit McPherson.
- Il y a eu une sacrée bagarre ici, dans ce hall, expliqua Scrimgeour à Sirius et Rogue. L'Ordre du Phénix se charge d'inspecter les étages.
- Le fils de Malefoy… Il a besoin de soins, lui-aussi, intervint Rogue.
- Le professeur McGonagall s'est chargée de lui, répondit McPherson. Je l'ai croisée tout à l'heure.
- Il va bien ? demanda encore Rogue.
- Je l'ignore.
- Et Narcissa ? questionna Sirius.
- Arrêtée, elle aussi. L'enquête nous dira dans quelle mesure elle a été complice de son mari.
- Celui-ci se cachait dans la cuisine ! s'exclama un Auror, poussant un Dobby tremblant de peur devant lui.
- L'Elfe des Malefoy…
- Il est inoffensif, intervint Sirius.
- Oui, comme tous les Elfes ! rétorqua l'Auror, vertement.
- Il m'a indiqué comment délivrer Harry.
- Dans ce cas, il ne sera pas inquiété, trancha Scrimgeour. Nous allons simplement l'interroger. »

On escorta Dobby hors du Manoir.

Scrimgeour se tourna vers Sirius. « Vous aussi, M. Black, dit-il.
- Moi ?
- Et vous, M. Rogue. Nous avons besoin de vos témoignages.
- Mon frère est à Sainte-Mangouste, et…
- Nous vous donnerons toutes les nouvelles que nous aurons sur l'état de santé de votre frère. Mais vous êtes toujours sous le coup d'un mandat d'arrêt.
- Je suis innocent, vous le savez parfaitement ! Si j'avais voulu du mal à Harry…
- Nous le savons, M. Black, coupa Scrimgeour. Mais tant que cela ne sera pas dit officiellement, vous êtes en état d'arrestation. »

Sirius laissa échapper un soupir. Il se sentait bien trop las pour se rebeller maintenant. Tout ce qui lui restait d'énergie était partie en même temps que Regulus.

« Vous aurez droit à un nouveau procès, reprit Scrimgeour.
- Qui débouchera sur une réhabilitation, compléta McPherson, se glissant à ses côtés. Nous avons désormais la preuve indubitable que vous n'avez pas tué Peter Pettigrow… Il a été conduit aux bureaux des Aurors tout à l'heure par Abelforth Dumbledore en personne. Maintenant, si vous le voulez bien…? » Et McPherson lui indiqua la sortie d'un signe de la main. C'était tellement étrange, de voir cet homme qui l'avait pourchassé avec tant d'acharnement se comporter aussi courtoisement avec lui… !

Il le suivit jusqu'à la sortie.

XXXXXXX

Rogue regarda les Aurors quitter le manoir les uns après les autres. Scrimgeour réglait encore quelques détails, à deux pas de lui. Sans doute lui demanderait-il ensuite de le suivre également. Il devrait se rendre dans le quartier des Aurors, raconter comment il s'était trouvé mêlé à l'évasion des frères Black, quelle part il avait joué dans toute cette histoire, de quelle façon il avait été capturé par Lucius et sa bande, ce qu'il avait vu et entendu… Le retour avorté du Lord Noir…

Comme si tout cela avait la moindre importance, désormais…

Il avait presque tué Harry. Il avait trahi sa promesse.

Regulus était plus mort que vif.

A quoi bon lutter, si c'était à ce prix ? Il n'arrivait même pas à se réjouir de leur victoire.

« Eh bien, quelle aventure ! s'exclama Rita, s'approchant de lui.
- Une aventure ? C'est ainsi que vous voyez les choses ?! s'exclama-t-il avec une pointe de dégoût.
- Une aventure qui se termine bien », appuya la jeune femme.

Elle était tout échevelée, les doigts tâchés d'encre… Des parchemins noircis sortaient de la poche de sa robe. Sans doute ses premières notes sur ce qui venait de se passer…

« Regulus va mal, lâcha Severus du bout des lèvres.
- Il ira bien ! Comme Harry !
- Parce que c'est mieux pour votre article ?
- Les gens préfèrent les histoires qui se terminent bien. »

Sans doute. Rogue ne releva pas. Rita n'en ferait qu'à sa tête, comme toujours.

« Où étiez-vous passée ? demanda-t-il plutôt. Vous m'avez lancé le journal, et ensuite ?
- Ensuite, mon cher, j'ai pris la poudre d'escampette ! Avec cette chose qui allait attaquer… » Elle frissonna. « Je suis courageuse, mais pas téméraire ! Aucun papier ne vaut que je risque ma vie pour lui ! Comment l'écrire, autrement ? Il y a des moments où tout bon journaliste doit savoir se préserver !
- Et donc, vous avez fui. Vous auriez pu… je ne sais pas… assommer Malefoy ?
- J'ai fait mieux, je suis venue avec les renforts ! coupa Rita, l'air très satisfaite d'elle-même. Quand je suis remontée dans le hall, ils étaient en train de se battre, tous, les Mangemorts et les Aurors qui venaient de débarquer… Et l'Ordre du Phénix… Vous auriez vu la vieille McGonagall, comme elle était remontée… ! Les hommes de Malefoy ont été balayés en moins de deux ! C'est moi, qui ai dit à Scrimgeour où vous trouver. Vous me devez une fière chandelle !
- Mmmpppfff… »

Elle avait raison. Elle leur avait apporté une aide précieuse. Mais Rogue préférait mourir plutôt que de l'admettre. Cette femme était déjà bien trop imbue d'elle-même pour qu'il lui fasse ce cadeau !

« Et donc, dit-elle en conclusion, je crois que cela me vaut l'exclusivité de l'histoire !
- Toujours vos articles…
- Hé, je suis journaliste !
- M. Rogue ? intervint Scrimgeour. Nous y allons ?
- Essayez de ne pas trahir les faits… » répondit Rogue à Rita, avant de le suivre.

Rita fit la moue, avant de leur emboîter le pas.