Incroyable mais vrai, après toutes ces années, voici l'épilogue des Evadés de l'Ombre ! Un grand merci à Alixe qui m'a donné le coup de pied dans le derrière nécessaire pour terminer cette histoire. Elle a lancé le généreux projet de mettre à disposition certaines fanfictions pour les rendre imprimables, pour toutes les personnes qui seraient intéressées par une version papier de ces histoires. Vous pouvez donc trouver les fichiers d'Azkaban Break et de ses suites sur son site : /

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L'épilogue qui suit se déroule pendant la deuxième année de Harry à Poudlard. Je trouvais intéressant d'imaginer quelle pouvait être sa vie, ainsi que celles des principaux protagonistes, dans le nouveau contexte posé par la fin des Evadés de l'Ombre : Sirius est innocenté et obtient la garde de Harry, Malefoy et Pettigrow sont à Azkaban, l'Ordre du Phénix a conscience de l'existence des Horcruxes et se mobilise pour les retrouver. Par contre, je pars du principe que Voldemort est bien revenu durant la première année de Harry, via le professeur Quirrell. Cet épilogue tient donc compte de la trame du premier tome de JKR (épisode des Dursley mis à part – paix à leur âme…) Dans cette deuxième année alternative, il n'est bien évidemment plus question du journal de Jedusor, détruit dans ma fic, ni de la chambre des secrets…

Bonne lecture à tous !

Epilogue

Dix ans plus tard

« Harry ! Hé, Harry ! Réveille-toi, mon vieux ! »

Harry battit des paupières et se redressa dans son lit, emberlificoté dans ses couvertures. Rien de ce qu'il venait de vivre n'était vrai, il n'était pas à la merci de Voldemort, il n'y avait pas de lumière verte, ce n'était qu'un mauvais rêve… Il était dans son lit, dans la tour de Gryffondor, et vue la lumière qui entrait dans le dortoir, c'était probablement déjà le matin. Un matin comme un autre, à Poudlard.

« Tu vas bien ? demanda Ron, s'efforçant visiblement de ne pas paraître trop inquiet.
- Evidemment, que je vais bien ! répliqua Harry, exaspéré – bien plus par ses mains tremblantes que par la sollicitude de son meilleur ami, d'ailleurs. Ce n'était rien qu'un cauchemar !
- C'est le troisième cette semaine », nota Ron, s'asseyant sur le lit près de lui.

Oui. Et cela devenait pesant. Mais qu'y pouvait-il ?

« Peut-être que tu devrais en parler à Sirius, suggéra Ron, tandis qu'Harry gardait le silence.
- Certainement pas ! répliqua Harry. Après ce qui s'est passé l'année dernière, tu peux être sûr qu'il va prendre ça comme prétexte pour me ramener à la maison !
- Dumbledore ?
- Ce ne sont que des cauchemars, Ron ! Pas de quoi en faire tout un plat !
- Ouais, mais quand même… Si c'était… Autre chose ?
- Quoi ?
- Bah, tu sais… Tu as quand même affronté Tu-Sais-Qui… »

Harry s'efforça de maîtriser l'angoisse qui lui serra subitement la gorge. Il n'avait pas besoin que Ron lui rappelle cela : la confrontation avec Quirrell et la découverte de son horrible secret, cette chose qui réveillait de vieilles terreurs que Harry avait soigneusement enfouies au fond de lui. Il avait eu de la chance, il en était conscient. Qu'il fasse des cauchemars n'avait rien de surprenant !

« Oui, et ce n'était pas la première fois… murmura-t-il sombrement.
- Justement ! appuya Ron. C'est après toi qu'il en a !
- Inutile de me le rappeler ! » coupa Harry, cinglant.

Il avait vécu avec cette menace au-dessus de sa tête aussi loin qu'il se souvenait. Sirius ne lui avait jamais caché que Voldemort pouvait revenir, qu'il ne serait pas en sécurité tant que l'Ordre du Phénix n'aurait pas déniché le dernier Horcruxe… Mais jusqu'à présent, il s'était toujours senti parfaitement en sécurité, persuadé que son parrain le protègerait comme il l'avait toujours fait. Ce n'était plus vrai depuis quelques mois. Voldemort était parvenu à se frayer un chemin jusqu'à lui, au sein même de Poudlard.

« Tout le monde est déjà bien assez inquiet comme ça sans que j'en rajoute avec quelques rêves, conclut-il. Et Dumbledore a certainement autre chose à faire qu'à me tenir la main pendant que je dors !
- Tu ne m'empêcheras pas de penser que tu devrais mettre quelqu'un au courant ! insista Ron. Dis-le à Lupin, alors !
- J'y penserai, répondit Harry, de façon à couper court à la discussion. On va être en retard… »

Les deux amis finirent de se préparer en silence.

Ce n'était qu'un cauchemar, se répétait Harry. Il avait connu bien pire, même s'il ne s'en souvenait pas vraiment – il était tellement jeune, à l'époque !

Sirius lui avait souvent parlé de ce qui s'était passé, alors qu'il n'avait que deux ans, comment l'un des Horcruxes de Voldemort s'était réveillé et avait tenté de le tuer une fois de plus. Il était convaincu que son filleul devait savoir précisément de quoi ce monstre était capable. Et même s'il était plutôt angoissant de connaître la vérité, c'était aussi un soulagement de voir que tant de personnes se mobilisaient pour que lui, Harry, soit en sécurité.

Il s'efforça d'effacer les dernières images de son rêve qui s'imprimaient encore dans son esprit, sans parvenir à juguler l'angoisse qui lui serrait la poitrine. Parce que ce n'était pas seulement un rêve. Il s'y mêlait une bonne part de ses souvenirs : des éclairs verts, un univers inconnu dans lequel il avait l'impression de se dissoudre, et un affreux sentiment de perte… Et la malveillance.

Mais il ne voulait pas inquiéter Ron.

Il en parlerait peut-être à Remus, finalement…

XXXXXXX

Hermione les attendait dans la salle commune, plongée dans son livre de potions. Cette simple vue rappela à Harry qu'il avait à affronter des difficultés bien plus réelles : Rogue n'était pas Voldemort, mais il savait parfaitement lui gâcher la vie, lui aussi !

« Il n'est même pas huit heures et elle est déjà plongée dans un fichu bouquin ! grommela Ron.
- Mmmmh ? Bonjour à toi aussi, Ron, répartit la jeune fille en refermant son livre d'un claquement sec. Tu as une mine épouvantable, Harry.
- C'est rien ! répliqua Harry, de mauvaise humeur.
- Neville m'a dit que tu n'avais pas arrêté de…
- Ça va ! coupa Harry. Est-ce qu'on peut ne pas passer autant de temps sur mes problèmes de sommeil ?!
- Comme tu veux, répondit Hermione en haussant les épaules. Mais tu devrais en parler à quelqu'un…
- C'est exactement ce que je lui ai dit ! » appuya Ron.

Harry tourna les talons et les laissa plantés au milieu de la salle commune. S'ils savaient à quel point leur sollicitude pouvait être pesante !

Ce sont tes amis, ils sont juste inquiets pour toi… tempéra-t-il en passant le passage secret. C'est contre Voldemort, que tu devrais tourner ta colère, pas contre eux…

Le temps qu'il parvienne jusqu'à la Grande Salle pour le petit déjeuner, il était quasiment calmé.

Il attendit devant les portes que Ron et Hermione le rejoignent.

XXXXXXX

Il choisit une place à l'écart, au bout de la table, peu désireux d'avoir à endurer une nouvelle fois des remarques sur sa nuit agitée. « J'espère que l'interro portera sur la potion de *** ! fit Hermione, en se versant un jus de citrouille. C'est celle que je maîtrise le mieux !
- Le mieux ?! Allez, Hermione, tu sais toutes les faire ! fit Ron, levant les yeux au ciel.
- Non, c'est faux ! se défendit la jeune fille.
- Tu n'en as jamais ratées aucune !
- D'accord, mais elles ne sont pas toutes aussi réussies les unes que les autres !
- Qu'est-ce que ça peut faire, tu auras une bonne note de toute façon ! »

Hermione plissa le nez, mais ne releva pas. Elle ne voulait pas une bonne note, elle voulait une note excellente, songea Harry. Chose qui ne risquerait pas d'arriver pour lui tant que Rogue se chargerait des évaluations, et ce, même s'il était aussi doué que son amie… Ce qui n'était pas le cas, il devait bien l'admettre.

Il coula un regard en direction de la table des professeurs. Rogue mangeait du bout des lèvres, tandis que Remus s'évertuait à faire la conversation. Il esquissa un sourire. Remus ne pouvait pas s'en empêcher, c'était plus fort que lui, il cherchait toujours à arrondir les angles. Et Harry savait à quel point cette qualité-là était précieuse. Après tout, c'était grâce à Remus, qu'il avait pu revenir à Poudlard. C'était lui, plus que Dumbledore, qui avait réussi à apaiser la colère noire de Sirius, lorsque celui-ci avait appris que Voldemort s'en était encore pris à son filleul.

« Voldemort aurait pu s'en prendre à Harry n'importe où ailleurs !
- Justement ! N'importe où, oui ! Mais pas à Poudlard ! Pas sous le nez de Dumbledore ! Bon sang, il est hors de question qu'il remette un pied là-bas ! »
Sirius faisait les cent pas tel un lion en cage. Et Harry s'était fait tout petit, derrière la porte où il se tenait, à les espionner, Remus et lui, très conscient que cette colère-là était du genre à tout broyer sur son passage. « Mais nous sommes prévenus, maintenant, avait insisté Remus. Et la sécurité de l'école va être renforcée !
- Je ne veux pas qu'il y retourne !
- Sirius…
- Non, Remus ! Quirrell aurait pu le… »

Sirius était à bout de nerfs, Harry l'avait parfaitement perçu. Rien que pour cela, il avait été tenté de s'en remettre à sa décision, parce qu'il ne supportait simplement pas de voir Sirius aussi inquiet pour lui. Mais il y avait Ron, et Hermione, et sa vie à Poudlard, qu'il appréciait tellement… Une vie à lui. C'était parfois tellement dur, de vivre sous le toit de Sirius… Mais cela, Harry ne l'aurait jamais avoué à son parrain. Comment celui-ci aurait-il pu comprendre à quel point il était difficile, pour lui, de grandir dans l'ombre de ses parents décédés, auprès d'un homme qui restait tellement attaché à James… ?

« Et que proposes-tu ? avait demandé Remus, si merveilleusement maître de lui, contrairement à Sirius. De le tenir enfermé ici ? Et quand tu partiras à la recherche du dernier horcruxe ?
- Les autres s'en chargeront, moi, je resterai près de lui.
- Sa place est à Poudlard ! Il doit apprendre, se faire des amis, vivre sa vie ! Et sérieusement, Sirius, tu penses que Dumbledore se laissera berner une nouvelle fois ? Que McGonagall n'aura pas un œil plus attentif posé sur lui ? Même Rogue… Je suis sûr que Rogue se fera un plaisir d'être toujours sur son dos !
- Pour lui pourrir la vie, oui…
- Tu sais qu'il est efficace.
- Je n'ai vraiment confiance qu'en
nous, Remus…Toi et moi. »

Fort de ce que lui avait dit Sirius, Remus était revenu à la charge, dès le lendemain. Il avait vu Dumbledore et ils étaient parvenus à un accord : Remus intègrerait le corps enseignant de Poudlard dès la rentrée, au poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal – et garderait ainsi l'œil sur Harry. Sirius avait été pris complètement au dépourvu, mais il l'avait dit lui-même, il faisait confiance à Remus. Il ne pouvait plus retirer Harry de Poudlard sans se désavouer, désormais.

Harry avait accueilli la nouvelle avec une joie particulière. Il adorait Remus…

XXXXXXX

L'arrivée du courrier le tira de sa rêverie. Il contempla avec étonnement le paquet qu'un hibou éreinté avait laissé tomber juste à côté de son assiette de bacon : il n'attendait aucun colis particulier. Il y avait aussi une lettre.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda Ron.
- Je ne sais pas… répondit Harry, prenant le paquet.
- Oh… Tu es sûr que tu devrais l'ouvrir, dans ce cas ? suggéra Hermione.
- Les paquets acheminés ici sont tous soigneusement contrôlés, soupira Harry. Crois-moi, Sirius y veille ! »

Il déchira l'emballage en kraft d'un coup sec. C'était un livre : Dans l'intimité des loups-garous, par Rita Skeeter. Il sourit et jeta un coup d'œil vers la table des professeurs. Remus tenait le même livre entre les mains, apparemment indécis.

« Alors ? demanda Ron.
- C'est un livre…
- Ça, on le voit bien ! Qui te l'envoie ?
- Rita, j'imagine…
- Rita ? fit Hermione, lui arrachant le livre des mains. Rita Skeeter, la journaliste ?!
- Ouais…
- Celle qui a écrit cet article le mois dernier ? Comment était-ce déjà… Sirius Black, les vraies raisons de son célibat : Portrait du parti le plus couru de la bonne société sorcière ?
- Tu l'as lu ?
- Euh… Oui… Je veux dire, évidemment, on parlait de ton parrain…
- Tu t'intéresses aux cancans, toi ? fit Ron, avec une vague grimace. Je te croyais trop intelligente pour lire ces trucs…
- Justement, ce sont des cancans ! Et elle pond un livre sur les loups-garous ?!
- Ne te méprends pas, Hermione, c'est une très bonne journaliste, intervint Harry.
- Je doute que ton parrain soit du même avis ! Enfin… Après tout ce qu'elle a dit sur lui !
- Ah, oui, Sirius était furieux ! Il est même venu ici, à Poudlard, pour se lamenter auprès de Remus ! sourit Harry. Mais ils s'étaient disputés tous les deux, elle s'est juste vengée !
- Vengée… ? »

Harry ne se donna pas la peine d'expliquer. La colère de Sirius avait été plutôt drôle, pour le coup. Mais surtout, Harry chérissait ce souvenir parce qu'il avait eu comme agréable conséquence de mettre Rogue… eh bien, oui, de bonne humeur ! pour les deux jours qui avaient suivi. Apparemment, Rita s'était assurée qu'il lirait l'article lui aussi. Et ces deux jours, Harry en avait bien profité. Pas de punitions arbitraires, pas de brimades !

« Alors, tu la connais… reprit Hermione.
- C'est une amie de Sirius et Remus. Et… Bah… de Rogue aussi, je crois… » Il était curieux, d'ailleurs, d'imaginer que son parrain puisse avoir une amitié en commun avec Rogue. Quoique non, après tout. Rogue était l'ami de Regulus, et le parrain de sa fille… « Et c'est la marraine d'Emily. » Comme si Regulus s'était efforcé de resserrer les liens de tout ce petit monde autour de son enfant…

Hermione feuilletait le livre, maintenant, vraiment curieuse.

« Il y a longtemps qu'elle travaille sur ce projet, expliqua Harry. Elle avait promis à Remus de rendre justice aux loups-garous…
- J'aimerais bien le lire !
- Je te le prête ! »

Enthousiaste, la jeune fille le cala contre la carafe de jus de citrouille et commença sa lecture. « Il y a une dédicace, dit-elle. A R.J.L., avec toute mon admiration, pour ses grandes qualités humaines et son courage sans faille. Oh… Il s'agit vraiment de…
- Comme je te l'ai dit, ils sont amis… répondit Harry.
- Tu as une lettre aussi, intervint Ron, poussant l'enveloppe vers lui.
- Ah, oui… C'est d'Emily, dit Harry, reconnaissant d'un coup d'œil l'écriture enfantine.

XXXXXXX

Malgré ses trois ans de moins, Emily le comprenait merveilleusement bien. Peut-être plus que Ron ou Hermione. Elle seule savait à quel point il était dur, de vivre dans le souvenir de ses parents. Son père était mort alors qu'elle atteignait ses cinq ans. Et c'était difficile, pas seulement parce qu'il n'était plus là, mais aussi parce qu'elle devait vivre avec le regard miséricordieux des autres. Harry, lui, détestait cela. Il détestait la condescendance dont tout le monde faisait preuve à son égard, parce que ses parents avaient été tués par Voldemort. Il détestait la façon dont les vivants cherchaient le souvenir des morts à travers lui, il détestait quand Sirius soulignait tout ce qui le faisait ressembler à son père. Parce qu'il n'avait pas besoin de cela. Il n'avait pas besoin qu'on lui rappelle sans arrêt ce qu'aurait pu être sa vie, si James et Lily avaient toujours été de ce monde. Il avait besoin d'avancer, de se débarrasser des ombres du passé. Ce qui ne voulait pas dire, bien évidemment, oublier ses parents. Seulement, il aurait aimé que tout ne tourne pas autour d'eux, de leur sacrifice, de leur absence.

La seule qui comprenait parfaitement cela, c'était Emily.

La mort de Regulus avait été un tel choc que toute la famille s'était resserrée brusquement autour de la petite fille. Elle était ce qui restait de lui, le disparu que tout le monde pleurait. Sirius s'investissait autant auprès de sa nièce qu'il le faisait avec son filleul – avec ce même fond de culpabilité. Comme si la mort de Regulus lui était imputable à lui. Il s'en voulait tellement, de ne pas avoir réussi à sauver son frère… Tout comme il s'en voulait encore de la mort de James et Lily.

Pourtant, tout le monde disait que les dernières années de Regulus avaient été comme une bénédiction. Personne ne s'attendait à ce qu'il vive aussi longtemps, pas après ce qu'il avait vécu six ans auparavant. Harry ne savait pas exactement ce qui était arrivé à Regulus pour qu'il soit détruit à ce point, Sirius ne se montrait jamais explicite sur le sujet. Tout ce qu'il voyait, c'était un homme brisé, qui s'accrochait à la vie moins par conviction que pour ne pas décevoir les personnes qui l'aimaient. Il avait combattu longtemps, usant ses dernières forces pour préserver les siens, jusqu'à s'épuiser totalement. Et il était mort.

Cela avait été douloureux, pour tout le monde. Mais curieusement, Emily était restée plutôt sereine. Elle est trop jeune pour se rendre compte, avait-on dit. Ce que Harry trouvait ridicule. Et il parlait en connaissance de cause. Il avait perdu ses parents à un âge bien plus tendre, et il ressentait toujours la même douleur diffuse, lorsqu'il pensait à eux, ce sentiment de perte qu'il reprochait à Sirius de raviver perpétuellement.

« Tu n'es pas triste ? avait-il finalement demandé à la petite fille, quelque peu perturbé et presque envieux de la voir sourire alors qu'elle venait d'enterrer son père.
-Triste ?
- Pour ton père… Tu ne le reverras plus… »
Sans doute n'aurait-il pas dû lui parler aussi crûment. Les adultes, eux, ne le faisaient pas et auraient été certainement choqués de l'entendre s'adresser à elle ainsi. Elle avait levé les yeux vers lui, des yeux d'un gris très clairs, absolument pénétrants. « Il est mort… Mais il n'est pas parti, lui avait-elle expliqué doucement. Pas vraiment. »

Il n'avait pas su quoi répondre, pas persuadé d'avoir vraiment compris ce qu'elle lui disait. Mais il y avait eu désormais une autre connivence entre eux. Il pouvait tout lui dire. Et la réciproque était si vraie qu'elle avait fini par lui avouer, l'année passée, qu'elle avait hérité des dons de Regulus.

Son père était là, près d'elle. Elle le voyait, lui parlait parfois.

Elle n'en avait parlé à personne, consciente qu'elle ne ferait que raviver la tristesse de sa mère si elle le faisait. Et Harry avait respecté son secret. Il l'avait caché à Sirius, même s'il avait été tenté à plusieurs reprises de le lui révéler, dans les moments où son parrain se montrait particulièrement abattu.

Emily écrivait souvent à Harry. Elle avait hâte de le rejoindre à Poudlard, il le savait, même si elle s'efforçait de tempérer son impatience. Harry passait de longs moments à lui décrire sa vie à l'école, lorsqu'ils se voyaient pendant les vacances. Et la petite fille l'écoutait avec une lueur d'envie dans les yeux. Elle aussi rêvait de construire sa propre vie loin des souvenirs…

XXXXXXX

« Elle va bien ? demanda Ron, tandis que Harry finissait la lettre.
- Oui. Elle demande si nous passerons la voir, aux vacances de Noël », éluda Harry.

Comme toujours, il pouvait compter sur Emily pour aborder d'emblée et sans fausse pudeur les questions vraiment importantes. Elle voulait savoir ce qu'il ressentait, sachant que Voldemort était de retour. Et pas le genre de réponse qu'il faisait à Sirius, pour le rassurer. Elle exigeait la vérité toute nue. Elle lui rappelait aussi qu'il n'était jamais tout seul, même s'il ne voyait pas ses anges gardiens. Il se demanda s'il faisait allusion à Regulus, ou si elle parlait de ses parents. Elle n'avait jamais été très explicite, sur le sujet.

Lily était-elle près de lui, à veiller sur lui par-delà la mort ? Il avait l'impression que oui. Une impression qui s'ancrait fermement dans sa plus tendre enfance.

Et elle lui rappelait que l'Ordre du Phénix avait mis la main sur tous les Horcruxes, sauf un. Et que par conséquent, la victoire était toute proche.

Harry sourit malgré lui, en se demandant comment réagirait Sirius, s'il savait que sa nièce était si au fait des agissements de l'Ordre. Il avait décrété que la petite fille avait déjà eu sa part de malheur, et que n'étant pas directement concernée, mieux valait qu'elle reste dans l'ignorance d'un certain nombre de choses. Ce qu'il n'avait pas envisagé, c'était que les liens entre Emily et Harry devenaient si étroits qu'ils en étaient venus de façon naturelle à évoquer les sujets les plus épineux. Harry avait tout raconté à Emily, et il s'était réjoui avec elle chaque fois que l'Ordre avançait dans sa chasse aux Horcruxes.

Il plia soigneusement la lettre et la glissa dans sa poche.

Depuis le retour de Voldemort l'année passée, l'Ordre avait redoublé d'ardeur pour mettre la main sur le dernier Horcruxe. Dumbledore lui-même s'en occupait personnellement. Encore une raison pour laquelle Harry était si réticent à déranger le vieux Sorcier pour lui raconter ses cauchemars !

« On va être en retard pour le cours de potions, dit Hermione, refermant le livre de Rita.
- Ouais… grogna Ron. Chouette… »

Ils se levèrent et quittèrent la Grande Salle.

XXXXXXX

Harry s'empressa de s'asseoir à sa place, à côté de Drago, alors que Rogue entrait dans la salle de classe. Il échangea un sourire avec son voisin, que celui-ci lui rendit distraitement.

Drago était la parade que Harry avait trouvée pour contrer les attaques sournoises de Rogue, du moins, pour tous les travaux à deux. Depuis qu'ils travaillaient en binôme, le professeur était beaucoup moins enclin à dénigrer le travail de Harry : il ne pouvait pas le faire sans porter préjudice à Drago, et c'était quelque chose que Rogue n'aimait visiblement pas faire. Apparemment, l'affreux professeur de potions avait quand même un fond de sentiment humain, quoi qu'en dise Sirius…

Rogue distribua le questionnaire de l'interrogation écrite sans un mot. Harry prit sa feuille en réprimant un soupir, se souvenant brusquement qu'il n'avait certainement pas assez révisé. Du coin de l'œil, il aperçut Hermione déjà occupée à écrire, sa plume grattant furieusement le parchemin. Evidemment.

A ses côtés, Drago semblait aussi indécis que lui-même. Ce qui était plutôt surprenant. Il était plutôt doué pour les potions, même en mettant de côté l'indulgence naturelle de Rogue à son égard. « Drago, ça va ? demanda-t-il à voix basse.
- Monsieur Potter ! tonna Rogue immédiatement. Même s'il est difficile, pour vous, d'intégrer le fait qu'il y a des règles à respecter, je vous rappelle que vous êtes en examen, et qu'aucune parole n'est tolérée dans cette classe ! Si vous êtes, comme je le crois, incapable de répondre correctement aux questions qui vous sont posées, je vous suggère d'avoir l'honnêteté intellectuelle de l'admettre et de laisser M. Malefoy travailler en toute sérénité ! »

Harry se mordit les lèvres et reporta son attention sur son questionnaire. Il s'en sortait à bon compte, il n'allait pas pousser le bouchon plus loin.

XXXXXXX

« Il y a un truc qui cloche… » murmura Harry.

Après l'interrogation, à laquelle Rogue n'avait consacré qu'une demi-heure, ils s'attaquaient tous, maintenant, à la potion du jour. Celle qui mijotait dans le chaudron que se partageaient Harry et Drago était… curieuse. En tous cas, elle ne ressemblait pas à celle d'Hermione et Ron. « Drago… ? Tu ne trouves pas qu'elle sent bizarre ?
- Absolument, elle sent bizarre ! trancha le professeur, les dominant subitement de sa longue silhouette anguleuse. Peut-être parce que vous avez une fois de plus fait montre d'incompétence, M. Potter ! M. Malefoy ? Souhaitez-vous changer de partenaire ? Le vôtre semble décidément bien enlisé dans sa crasse ignorance… »

Aux mots de Rogue, Drago sembla brusquement se réveiller. Il jeta un regard au chaudron, puis à Harry, avant de lever les yeux sur le professeur. « Euh… Harry n'y est pour rien, Professeur… C'est moi. Je crois que je me suis trompé dans la dose de sauge…
- Ah, vraiment ? » fit Rogue, reniflant la potion de son long nez crochu. Mais il ne fit pas un commentaire – preuve, pour Harry, que Drago avait vu juste.

Décidément, il y avait quelque chose qui n'allait pas, chez Drago… Drago ne se trompait jamais dans les dosages. Il était d'une précision incroyable. Quelque chose devait le tourmenter, quelque chose de déplaisant. Harry se sentit inquiet pour lui.

Il allait lui parler. Après tout, Drago était son ami, au même titre que Ron…

XXXXXXX

Il le coinça pendant la pause, alors que Drago s'asseyait sur un banc un à l'écart.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda Harry d'emblée. Drago lui jeta un regard un peu surpris. « Oui, insista Harry. Tu avais l'air complètement ailleurs, en potions… Il y a un problème ? »

Drago hésita un court instant. Peut-être n'avait-il pas envie d'en parler. Mais ce n'était pas comme si Drago avait vraiment d'autres amis à qui se confier… Drago avait eu bien plus de mal que Harry, à trouver sa place à Poudlard. Son statut de « fils de Mangemorts » jouait en sa défaveur auprès de la plupart des collégiens.

« Ma mère va être libérée la semaine prochaine », dit-il simplement.

Oh. C'était donc cela.

Après les événements qui avaient eu lieu dix ans plus tôt, les parents de Drago avaient été envoyés à Azkaban. Et si Lucius avait été condamné à la prison à vie, ce n'était pas le cas pour Narcissa. Elle était complice, certes, mais avait bénéficié de circonstances atténuantes : son avocat avait avancé qu'elle ne pouvait guère faire autrement, la vie de son propre enfant entrant dans l'équation.

« Oh… fit Harry, pris au dépourvu. Et… Tu vas retourner vivre avec elle ?
- Non. Elle a perdu le droit de m'élever, quand elle a été condamnée. »

Brusquement, Harry se sentit mal à l'aise.

Drago avait été privé de ses parents à cause de lui, Harry. Il n'avait plus vu son père depuis dix ans. Il n'avait croisé sa mère que dans l'affreux parloir de la prison d'Azkaban. Et cela devait lui peser, même s'il ne lui avait jamais directement rien reproché. Drago ne lui en voulait-il pas pour cela ?

« Mais ça t'inquiète… avança Harry doucement.
- Je ne suis pas tel qu'elle aurait aimé que je sois. Je le sais.
- C'est-à-dire ? répartit Harry, se tendant malgré lui.
- Oh, tu sais… fit Drago, haussant les épaules.
- Il me semble que c'est plutôt une bonne chose, non ?! Tes parents auraient fait de toi un Mangemort ! Et tu sais bien que c'est mal, hein ?! »

Harry aurait préféré ne pas parler ainsi, mais c'était plus fort que lui. Comment Drago pouvait-il s'inquiéter de cela, de ne pas avoir fini comme ses parents ?! Il avait été élevé dans une maison où on lui avait appris à respecter les autres, sans distinction d'origines, sans ces histoires de Sang-Pur qui avaient pourri la vie de Sirius lorsqu'il était jeune. Il avait eu de la chance, en définitive. En tous cas, c'était ce que ne cessait de répéter Sirius.

Drago s'était tendu, lui aussi, maintenant sur la défensive.

« Je n'ai pas dit que je regrette, remarqua-t-il, un peu froidement. Je sais que ce qu'ils ont fait est mal, qu'ils ont essayé de te tuer, et qu'ils ont mérité la prison pour cela. Enfin, Harry… ! Qu'est-ce que tu imagines ?! Que je leur cherche des excuses ?! »

Harry baissa la tête, gêné. « Je suis désolé, ce n'est pas ce que je voulais dire, dit-il. C'est juste… que j'ai peur que tu m'en veuilles, d'une façon ou d'une autre. Après tout, tu as été privé de tes parents à cause de moi… »

Le regard que posa Drago sur lui était absolument perçant, et Harry sentit sa gêne croître un peu plus. Ils avaient beau se fréquenter depuis l'enfance, une part du garçon lui restait complètement étrangère. Drago n'avait jamais été très expansif, et Harry se fit la réflexion qu'il ne le connaissait peut-être pas aussi bien qu'il le pensait, après tout…

« Tu penses que je t'en veux ? demanda Drago.
- Tu pourrais, non ? » fit Harry. Un léger sourire fleurit sur les lèvres de Drago, adoucissant ce que son visage pouvait avoir d'austère. Un sourire qui disparut presque aussitôt. « C'est à eux, que j'en veux, avoua le garçon gravement. Pour ce qu'ils t'ont fait, pour ce qu'ils m'ont fait. Les manigances de mon père ont presque failli me tuer, moi aussi. Et voyant cela, ma mère n'a même pas eu la présence d'esprit de m'emmener loin de lui… Tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents aussi exceptionnels que les tiens, Harry »

Son amertume faisait peine à voir. Harry sentait à quel point il était blessé. Il ne s'agissait pas seulement de la séparation, Drago était aussi profondément déçu par ce qu'étaient ses parents.

« Ta mère ne savait pas vraiment comment faire, elle était inquiète, vraiment inquiète ! tempéra Harry.
- C'est ce que dit le Professeur Rogue.
- Oh… »

Ainsi, Rogue allait jusqu'à réconforter Drago ? Harry avait de la peine à l'imaginer, il avait toujours vu le professeur comme une créature absolument dénuée de compassion.

« Mon père aussi, s'inquiétait pour moi, selon lui, poursuivit Drago. Mais ce n'est pas suffisant. »

Il y avait quelque chose de définitif, dans son ton. Et Harry réalisa qu'il y avait peut-être pire, finalement, que de perdre ses parents. Avoir l'intime conviction de ne pas avoir été suffisamment aimé par eux. En avoir honte.

« Alors pourquoi cela t'inquiète-t-il, de ne pas être conforme à ce qu'ils attendaient de toi ? demanda Harry doucement. Puisque tu penses toi-même qu'ils n'étaient pas un bon modèle ?
- Parce que ce sont mes parents. »

Drago croisa les bras, vulnérable. C'était sans doute difficile, pour lui, de se confier ainsi. Et Harry ne savait plus trop quoi lui dire pour l'apaiser. « Tu penses qu'ils ne sont pas fiers de toi, et ça te fait de la peine ? avança-t-il lentement.
- Je ne sais pas. J'aurais voulu… Qu'ils ne soient pas si nuls ! »

Il y eut un silence. Drago sembla s'abîmer dans ses pensées.

C'était injuste, songea Harry, qu'il souffre à cause de ses parents. Il n'avait rien fait pour, il ne faisait que subir… Et comment s'affranchir d'eux, alors que tous, à Poudlard, le renvoyaient à son état de « fils de Mangemorts » ?

« Tu n'es pas comme ton père. Tu es quelqu'un de bien, Drago. »

Un nouveau sourire, aussi léger que le premier. Aussi triste.

« Cela n'empêche rien, Harry. Je sais ce qu'il vaut, et pourtant… Pourtant… Tu sais ce que j'ai pensé, à la cérémonie de Répartition, l'année dernière ? Au moment où le Choixpeau a été posé sur ma tête ? » Harry fit non de la tête. « J'ai pensé à lui, Lucius, qui croupissait dans sa cellule, parce qu'il pensait qu'être né Sang-Pur lui donnait tous les droits… Et presque aussitôt, je me suis dit que ce n'était pas une fatalité. Que je pouvais prouver ça, que l'hérédité ne comptait pour rien. Et j'ai choisi Serpentard. »

Harry haussa les sourcils, surpris. Il ne s'attendait certainement pas à cela.

« Le Choixpeau hésitait… Et j'ai pensé que je voulais aller à Serpentard, comme mes parents.
- Ce n'est pas logique…
- Si, ça l'est ! répliqua Drago. Je voulais prouver qu'avec les mêmes cartes, on peut jouer différemment ! »

Drago regardait Harry avec défi. Il utilisait sa rancœur comme une force, un peu à la manière de Sirius… Seulement, alors que Sirius avait choisi le parti de l'opposition systématique, la démarche de Drago était plus subtile, plus… serpentarde…

« Et je suis différent, n'est-ce pas ? ajouta-t-il. Je suis à Serpentard, mais les manigances de mes condisciples me laissent froid. Je n'aime pas qu'ils traitent Hermione de Sang-de-Bourbe, je n'aime pas la façon dont ils se moquent de toi, ou de Ron !
- Parce que tu es mon ami !
- Mais ça aurait pu être différent, Harry. Nous aurions pu nous détester, tous les deux. Je veux… Je veux pouvoir être fier de ce que je suis. Mais avec ma mère qui sort de prison, ça risque d'être difficile… »

Il se tut. Et Harry se sentit gêné, une nouvelle fois. D'un seul coup, ses propres soucis – ses histoires de cauchemars – paraissaient bien anodins. Drago n'avait sans doute pas un destin aussi lourd à porter que lui-même, mais était-il plus heureux pour autant ? Non. Certainement pas.

« Tu en as parlé à Andromeda ? demanda Harry. Elle sait que ça t'inquiète ?
- Evidemment, qu'elle le sait ! répondit Drago. Cela fait trois mois au moins qu'elle me « prépare » à ces retrouvailles ! Elle assure que tout se passera bien. Et je sais que je peux compter sur elle. Mais… C'est difficile quand même ! »

Harry lui tapota légèrement le bras. Que pouvait-il dire de plus ? La situation de Drago n'était pas de celles qu'on règle d'un bon coup de baguette. Il ne suffisait pas de détruire un malheureux Horcruxe pour libérer le garçon du poids de son destin…

« A chacun ses problèmes, hein ? sourit Drago, comme s'il avait suivi son cheminement de pensée. Toi, tu as Tu-sais-Qui qui veut te tuer, moi, j'ai juste à survivre à mes parents…
- Ouais… Je ne suis pas sûr que ma situation soit pire que la tienne… » Drago haussa les épaules et se leva. « Merci, Harry. »

XXXXXXX

Discuter avec Drago avait au moins eu le mérite de pousser Harry à remettre les choses dans une perspective. Même s'il était désagréable de faire des cauchemars, il devait bien admettre que ce n'était que cela : des cauchemars ! Ce n'était pas une menace concrète, juste la manifestation de sa peur de Voldemort. Alors, pourquoi vouloir donner plus de poids à tout cela en alertant les adultes sur ces désagréments ? En faisant cela, Harry risquait de s'enfermer un peu plus dans le rôle du pauvre garçon condamné par le destin qu'on avait déjà tendance à voir en lui. Harry détestait cela, comme il détestait être l' « élu », comme il détestait le regard que tout le monde posait sur sa cicatrice… S'il voulait être traité comme un garçon normal, autant qu'il commence à agir comme tel, non ?

Il ne se plaindrait pas. Il n'irait pas voir Remus. Il ne parlerait pas de ses cauchemars à Sirius. S'ils persistaient jusqu'à rendre ses nuits trop désagréables, il lui suffirait de demander un remède pour dormir à Pomfresh, et voilà tout.

Il se sentait beaucoup mieux, alors qu'il entrait dans la salle de classe de Remus.

« Harry… » Remus lui adressa un sourire et l'arrêta au passage, alors qu'il allait prendre sa place auprès de Ron.
- Rem… Professeur Lupin ?
- J'ai entendu dire que tu ne dormais pas bien, en ce moment ? »

Flûte. Pourquoi fallait-il que Remus soit toujours à ce point soucieux des autres ?! « Ce n'est rien, juste quelques cauchemars, expliqua-t-il. Pas de quoi en faire une montagne !
- Passe me voir ce soir, veux-tu ?
- Mais…
- Harry… S'il te plait. » Harry laissa échapper un soupir. Voilà pourquoi il n'arrivait pas à se débarrasser de son encombrante « destinée ». Il y avait toujours quelqu'un pour penser que tout ce qu'il vivait était « spécial » ! « Sirius m'en voudra à mort, si je ne te parle pas, sourit Remus.
- Je t'assure que ce n'est rien !
- Alors nous nous contenterons de boire une tasse de thé en mangeant quelques petits gâteaux ! »

Harry se mordit les lèvres. Remus prenait son rôle de protecteur très à cœur, comme toujours, et il était impossible de lui échapper. Autant prendre les choses du bon côté. Et puis, ce n'était pas comme si Harry n'appréciait pas réellement la compagnie de Remus… « D'accord. Ce soir.
- Assieds-toi vite que nous puissions commencer le cours ! »

XXXXXXX

Remus était un pédagogue né. Assister à ses cours était un véritable plaisir, même pour Harry qui, pourtant, le connaissait bien. Tout le monde s'accordait à dire qu'il était le meilleur professeur de Défense contre les Forces du Mal que Poudlard ait accueilli depuis des années. Et Harry en était plus qu'heureux.

Remus n'avait pas une vie facile. Bien sûr, il pouvait compter sur Sirius, mais Harry savait qu'il aurait préféré pouvoir vivre uniquement par lui-même, et pas grâce à la charité de son meilleur ami, comme il avait vécu grâce à James et Lily Potter, avant leur mort. Son emploi à Poudlard était une bénédiction. Non seulement il parvenait maintenant à subvenir seul à ses propres besoins, mais en plus, il était apprécié et respecté dans son rôle de professeur.

Harry espérait que Remus resterait très longtemps professeur à Poudlard. Peut-être le livre de Rita aurait-il cet effet-là, de balayer les préjugés qui empêchaient encore les loups-garous de mener une vie à peu près normale ? Rita semblait le croire, elle. Il suffisait de voir avec quel enthousiasme elle évoquait le sujet, toutes les fois qu'elle venait déjeuner chez Sirius… Remus s'était toujours prêté au jeu des interviews avec elle, sans doute plus pour lui faire plaisir que parce qu'il croyait réellement à ce qu'elle faisait. Mais le résultat était là : le livre qu'avait feuilleté Harry avant de le donner à Hermione paraissait plutôt bon… En tous cas, Hermione ne l'avait pas repoussé de côté avec une grimace passée l'introduction, ce qui était plutôt bon signe.

XXXXXXX

« Est-ce que tu crois que les loups-garous auront une vie plus facile, grâce à ce bouquin ? demanda-t-il à Hermione.
- Mmmhh ? fit la jeune fille, levant la tête des pages dans lesquelles elle était plongée.
- Rita est persuadée que oui, reprit Harry. Que grâce à elle, Remus, et tous les autres loups-garous, pourront vivre à peu près comme tout le monde.
- Peut-être. Si le monde arrive à se persuader que les loups-garous sont comme tout le monde la plupart du temps…
- Le pouvoir de la presse… Tu sais que Rita a fait beaucoup, pour la réhabilitation complète de Sirius ! Ses articles ont fait plus de sensation que le procès !
- Je les ai lus, dit Hermione. Elle a vraiment vécu tout ce qu'elle a dit, ou elle a exagéré ? Je veux dire, toutes ces histoires, l'enlèvement, les Mangemorts, et… »

Elle s'arrêta brusquement, comme si elle prenait tout juste conscience qu'elle parlait du propre passé de Harry. « Tu as vraiment vécu tout ça… ? murmura-t-elle. Quand tu étais petit…
- Je ne me souviens pas de grand-chose, avoua Harry. J'étais trop petit. Mais Sirius m'a dit que tout était vrai. »

Sirius n'aimait pas vraiment lui parler de tout cela, et pas seulement parce qu'il avait peur de le choquer.

« Ce qui s'est passé, quand j'avais deux ans… ça a tué Regulus, dit-il plus doucement.
- Regulus ? Il n'est pas mort il y a cinq ans ? demanda Hermione, surprise.
- Si… Il était… malade… Enfin, pas vraiment malade, c'est dur à expliquer… Mais c'est arrivé suite à tout ça… » Il avait toujours du mal à comprendre ce qui était arrivé à Regulus, d'autant plus que Sirius n'avait jamais été très clair, dans ses explications. « Je ne suis pas sûr qu'il sache vraiment lui-même pourquoi son frère est mort… ajouta-t-il.
- C'est triste… » murmura Hermione.

Harry ne releva pas. Oui, c'était triste.

« Sirius ne parle pratiquement jamais de ce qui s'est passé à cette période. Tout ce qu'il dit de Regulus, c'est que je lui dois la vie… »

Et cela embarrassait profondément Harry. Il ignorait ce que Sirius voulait dire par là. Après tout, il devait à Remus de ne pas être mort sous les crocs de Greyback, mais Sirius ne présentait jamais Remus comme son sauveur. Comme si ce qu'avait fait Regulus se trouvait un cran au-dessus de ce que Remus avait fait pour lui. Et Harry sentait que Sirius était d'autant plus attaché à son frère pour cela. Quoi qu'ait pu être Regulus dans le passé, même s'il portait la marque des Mangemorts, tout avait été pardonné avec cette chose, ce sacrifice que Regulus avait fait pour Harry.

« Je n'aime pas trop parler de tout ça », conclut-il, mal à l'aise. Il était particulièrement difficile de parler de ces choses, tant elles lui échappaient. Hermione se contenta de replonger la tête dans son livre, sans plus de commentaires.

XXXXXXX

« Ah, Harry, rentre ! » fit Remus, s'écartant pour le laisser passer. Il referma la porte derrière lui et débarrassa son bureau de la pile de parchemins et de livres qui l'encombraient. « Je t'assure que ce n'était pas utile, dit Harry, déterminé à ne pas s'appesantir sur ses soucis de sommeil.
- Mmmh… fit Remus, l'air absent.
- Oui, il n'y a pas de quoi en faire une montagne, ce ne sont que quelques cauchemars, rien de plus ! »

Remus ne releva pas. Il ouvrit un placard et en sortit deux tasses et une boîte de gâteaux déjà entamée. Ses gestes avaient quelque chose de machinal, et Harry réalisa qu'il avait l'air soucieux.

Décidément, la morosité semblait contagieuse, aujourd'hui…

« Remus ?
- Oui ?
- Est-ce que ça va ? » Remus lui adressa un sourire affectueux. « Oui, pourquoi ?
- Tu as l'air ailleurs…
- Ah… C'est que… » Remus se gratta la nuque, l'air embarrassé, comme s'il se demandait s'il était vraiment judicieux de se confier à un enfant. « C'est sans importance, Harry. »

Il se tourna pour prendre la théière sur le buffet derrière lui et disparut dans le cabinet de toilette pour la remplir d'eau. Harry se laissa tomber sur une chaise près du bureau, ennuyé. Après sa discussion avec Drago, la dernière chose dont il avait besoin, c'était d'un Remus déprimé. Et pourquoi l'était-il, d'ailleurs ? Il allait très bien, en cours, tout à l'heure ! Avait-il reçu de mauvaises nouvelles ? Intrigué, il tendit le cou vers le bureau, à la recherche d'un indice. Peut-être Sirius lui avait-il envoyé des nouvelles – mauvaises – de l'Ordre du Phénix ? Il aperçut une enveloppe, dans le tas de papiers que Remus n'avait pas débarrassé. Il tendit la main pour la prendre.

« Harry ! fit Remus derrière son dos. Ce que tu fais est très impoli !
- Oh, désolé ! soupira Harry.
- Tu es trop curieux pour ton propre bien !
- Tu as l'air soucieux, je voulais savoir pourquoi ! C'est à cause de ce qui est écrit dans cette lettre ? »

Remus posa la théière sur le bureau et lui prit l'enveloppe des mains.

« Cela ne te concerne pas, Harry, dit-il gentiment, mais fermement.
- Mais ça t'ennuie…
- Oui. Oui, ça m'ennuie. Mais tu n'as pas à t'occuper de ça.
- C'est une lettre de Sirius ? C'est le dernier Horcruxe ?
- Non. S'il te plait, Harry…
- Vous essayez toujours de me cacher des choses, Sirius et toi, et les autres membres de l'Ordre. Comme si ça allait me soulager, d'ignorer toutes les menaces qui pèsent sur moi ! Comment veux-tu que je ne m'inquiète pas, quand je te vois visiblement soucieux ? »

Sans répondre, Remus reposa l'enveloppe sur la table, sortit deux tasses et versa les petits gâteaux dans une assiette. Un pli soucieux lui barrait le front, maintenant. « Je te l'ai dit, reprit-il finalement. Il ne s'agit pas de toi, ni de Sirius, ni de l'Ordre du Phénix. C'est juste… » Il soupira. Harry tendit le cou en avant, suspendu à ses lèvres. D'un coup de baguette, Remus fit chauffer le contenu de sa théière, avant de s'asseoir à son tour dans son fauteuil. Il se mit à tapoter l'enveloppe d'un doigt, pensif.

« C'est une lettre de Peter. »

Peter ? Il fallut une seconde à Harry pour comprendre que Remus parlait de Pettigrow. « Peter » était un sujet complètement tabou, à la maison. Sirius n'avait jamais accepté de parler de lui à Harry, même quand celui-ci l'avait pressé de questions pour savoir pourquoi il avait trahi ses parents. « Parce que c'est un lâche » s'était contenté de répondre Sirius. Et il y avait une telle colère, au fond de ses yeux, qu'Harry n'avait plus jamais osé aborder le sujet.

« Peter… t'a écrit ? fit Harry, surpris. Il n'est pas en Haute Sécurité à Azkaban ?
- Si. Mais d'après ce qu'il me dit, on encourage les prisonniers à faire acte de contrition… »

Remus se tut et versa le thé dans les tasses. Il s'efforçait de rester maître de lui, mais Harry le sentait troublé.

« Et que dit-il ? demanda encore Harry.
- Qu'il regrette.
- Ah oui ?! s'exclama Harry, sentant monter en lui une colère irrépressible. Il regrette d'avoir causé la mort de mes parents ?! Il regrette d'avoir laissé Sirius pourrir en prison pour cela ? Il regrette le meurtre de mon oncle et de ma tante ?! » Il serra les poings, sur ses genoux. Il n'avait que peu pensé à Peter Pettigrow, préférant tourner toute sa rancœur contre Voldemort lui-même, le responsable direct de la mort de ses parents. Quant à son oncle et sa tante, Harry n'arrivait pas à se sentir réellement touché par ce qui leur était arrivé. Sirius disait que c'était parce qu'il était bien trop jeune, à l'époque où Greyback les avait tués, mais Harry savait bien, au fond de lui, que ce n'était pas pour cela. Même s'il n'avait pas vraiment de souvenirs de l'époque où il vivait chez les Dursley, il avait, chevillée au corps, la certitude qu'il n'y avait pas été heureux.

« Oui, il regrette, appuya Remus.
- Oui… Je pense que cela peut se comprendre, quand on est enfermé dans une cellule minuscule toute la journée… C'est une situation qui pousse aux remords, non ?
- Sans doute. »

Remus but une gorgée de thé, les doigts crispés sur l'anse de sa tasse. Sans doute Harry aurait-il dû laisser tomber, Remus paraissait tellement mal à l'aise…

« Qu'est-ce qu'en pense Sirius ? » demanda Harry.

Remus reposa sa tasse en soupirant. « Sirius ne veut même pas en parler.
- Oui, ça se comprend ! Il a passé un an à Azkaban à cause de lui, et dans des conditions autrement plus dures ! » Sirius, lui, avait eu à supporter la présence des Détraqueurs, ce qui n'était désormais plus le cas. Isabelle, la mère d'Emily, avait mené une campagne très active afin de rendre la détention des prisonniers de Haute Sécurité plus humaine. Quelque chose que Sirius avait eu du mal à comprendre, mais il n'avait jamais été du genre compatissant.

« Je ne suis pas aussi doué que Sirius pour la rancune… » murmura Remus. Et comme s'il regrettait lui-même cet aveu, il replongea le nez dans sa tasse. Harry le regarda un instant, perplexe. « Tu veux dire que tu lui pardonnes ?! » s'exclama-t-il finalement.

Remus se massa les tempes en grimaçant. Etait-ce une nouvelle crise de migraine, ou la marque de son malaise ? Harry voyait à quel point le sujet l'embarrassait, et il regrettait presque de l'avoir poussé à se confier, maintenant. Mais il était bien conscient qu'il ne pouvait pas simplement refermer le sujet « Pettigrow » et passer à autre chose.

« Je suis désolé, Harry, souffla Remus. Je crois que je n'ai simplement plus la force de lui en vouloir… Je ne suis pas comme Sirius, j'ai besoin… de laisser la colère de côté. »

Il but une nouvelle gorgée de thé et reposa la tasse soigneusement sur le bureau. Il esquissa un pâle sourire.

« Sirius ne comprend pas, il refuse catégoriquement qu'on parle de Peter, je suis sûr qu'il ne conçoit même pas qu'on puisse lui pardonner un jour… Mais nous sommes différents, lui et moi. Sirius fonctionne à la rage. C'est ce qui le fait avancer, toujours. Déjà, quand il avait ton âge… La colère couvait au fond de lui avant même son arrivée à Poudlard. Sa rencontre avec ton père n'a fait que la laisser éclater. C'est elle qui l'a poussé dans ses choix, qui l'a entraîné dans la bataille contre les Mangemorts, qui lui a permis de tenir à Azkaban. Moi… » Il se tut un instant, comme s'il cherchait ses mots. Harry garda le silence, conscient de la difficulté qu'avait Remus à se confier ainsi.

« Moi aussi, j'ai eu des moments où la colère dominait. Quand j'ai été… mordu… Cela me paraissait tellement injuste, tellement affreux aussi… Mais au bout du compte, la rage était vaine. Elle ne m'a jamais permis d'endurer la pleine lune, ce n'est pas ainsi que je fonctionne. »

Il prit une nouvelle gorgée de thé.

« Les choses ont été beaucoup plus faciles, à partir du moment où j'ai simplement accepté les choses telles qu'elles étaient.
- Tu veux dire que c'est plus facile de baisser les bras ? fit Harry, un peu sèchement.
- Facile ? Oh non, pas plus facile ! Crois-moi, Harry, il faut bien du courage, pour accepter de céder… »

Il repoussa sa tasse, un sourire triste sur le visage.

« Sirius n'a jamais compris ça… Après ce qui est arrivé à son frère, quand il a été évident que Regulus ne serait plus jamais le même et qu'il n'en aurait plus pour très longtemps… Sirius était tellement en colère ! Et cette colère était essentiellement tournée vers lui-même. Mais à quoi bon ?! Regulus avait fait ses choix, il acceptait d'en supporter les conséquences. En quoi l'attitude de Sirius avait-elle une quelconque utilité ? N'était-il pas plus sage de simplement accepter ce qui ne pouvait pas être changé, et profiter au maximum des derniers moments à passer avec son frère ? Crois-moi, Harry, parfois, il est simplement plus sage de se résigner… »

Harry ne répondit pas tout de suite. Il se souvenait encore de la douleur de Sirius, toutes les fois qu'il quittait Regulus, de son amertume. Remus avait raison, sur ce point. Il n'était pas dans les compétences de son parrain de changer les choses pour son frère. Regulus était le seul à avoir les clés, personne d'autre que lui-même n'aurait pu le sauver. Et il avait essayé, on ne pouvait pas lui retirer cela.

« Tu penses qu'il est plus sage de pardonner à Pettigrow… ? murmura Harry
- On ne peut pas effacer ce qu'il a fait, je le sais bien… Mais je crois qu'au fond de moi, j'aimerais… »

Il hésitait, troublé lui-même par sa confession.

« J'aimerais me souvenir qu'il était notre ami, lui aussi… avoua-t-il à voix basse.
- Votre ami… » répéta Harry. Il sentait un froid désagréable lui remonter le long du dos. Remus se leva de son fauteuil et commença à ranger les papiers qui restaient encore sur son bureau, comme si cela l'aidait à remettre de l'ordre dans ses idées.

« Tu sais, Harry, Peter n'a pas toujours été… Enfin… Nous étions très proches… C'était notre ami. Je ne veux pas penser qu'il nous mentait à ce moment-là, non. Il a… Il a fait beaucoup pour moi, lui aussi. Je sais que Sirius a tendance à déformer un peu les choses, quand il te parle de nous, à Poudlard…
- Quoi, qu'est-ce qu'il déforme ?
- Il aimait profondément ton père, c'était son meilleur ami… Sirius a tendance à se focaliser sur le duo qu'il formait avec James, mais nous étions quatre ! Même si les liens qui unissaient Sirius à James étaient particulièrement fort, il y avait une réelle amitié entre nous quatre ! Peter était toujours avec nous, il recevait les confidences des uns et des autres au même titre que Sirius ou James. Ce n'était pas un… « Maraudeur au rabais » !
- J'ai un peu de mal à y croire…
- Parce que Sirius refuse de voir la vérité en face ! Il ne veut pas envisager qu'on puisse changer à ce point ! Peter était un ami fidèle, jusqu'à la guerre…
- Alors pourquoi a-t-il trahi… ? » demanda Harry, la gorge serrée.

Remus rangea quelques livres sur l'étagère du fond, se donnant le temps de réfléchir avant de formuler sa réponse.

« C'était dur, Harry… Nous perdions des amis tous les jours…
- Mais toi, tu n'as pas trahi mes parents ! Sirius non plus !
- Peter était sans doute plus fragile…
- Et c'est tout ?!
- Il n'y a que lui, qui pourrait vraiment t'expliquer, Harry. »

Harry croisa les bras, dans un geste instinctif de défense. Parler à Pettigrow… La chose lui faisait peur.

« Je suis comme toi, Harry, reprit Remus, posant une main réconfortante sur son épaule. J'ai moi aussi besoin de savoir. Mais pour cela, il faut d'abord que j'accepte d'écouter ce que Peter a à dire. Il le faut. Pour que je puisse tourner la page. »

Il s'appuya sur le bord de son bureau, sans lâcher l'épaule de Harry.

« Comprends-moi bien, Harry : il ne s'agit pas d'oublier tes parents… Simplement, toute cette rancœur nous empêche de vivre, Sirius et moi. Nous arrivons au terme de la lutte. Bientôt, j'en suis sûr, nous trouverons le dernier Horcruxe, et Voldemort ne sera plus qu'un souvenir – terrible, certes. Et que ferons-nous, alors ? Il est temps de passer à autre chose. Sirius refuse de le voir, il n'a pas encore fait son deuil. Ce n'est pas pareil pour moi. Oh, je ne dis pas que je vais me rabibocher avec Peter, non ! J'ai juste besoin de comprendre, maintenant. Et ce ne sera possible qu'en laissant la colère de côté. »

Harry acquiesça lentement de la tête. Il comprenait parfaitement, dans le fond. Quand il pensait à la mort de ses parents, il ressentait plus de la tristesse que de la colère. Que Remus ait le même sentiment ne le choquait pas. Et puis, la colère permanente de Sirius avait parfois quelque chose de pesant… Une nouvelle fois, Harry se fit la réflexion que Remus était autrement plus facile à vivre que son parrain. Il l'avait toujours adoré pour cela !

« D'accord, Remus, dit-il finalement. Je comprends et… fais comme tu le sens ! »

Il y avait indéniablement du soulagement, dans le sourire qui fleurit sur le visage de Remus. « Merci Harry. Mais maintenant… Parle-moi de tes cauchemars ! »

Harry se rembrunit. Il avait oublié pourquoi Remus l'avait fait venir, et après la discussion qu'ils venaient d'avoir, il avait encore moins envie de s'appesantir sur ses mauvaises nuits.

« Je te l'ai dit, ce n'est rien… » marmonna-t-il en plongeant la main dans l'assiette de gâteaux.

Remus prit une chaise dans un coin et la tira près de celle de Harry, posant un regard à la fois pénétrant et concerné sur lui. Comme Sirius, Remus avait son côté mère poule…

« Avec ce qui s'est passé l'année dernière, tu as légitimement le droit d'être perturbé, remarqua Remus posément. Tu n'étais pas préparé à ce que Voldemort cherche à s'en prendre à toi au sein même de Poudlard…
- Mais il a échoué ! coupa Harry. C'est ça, le plus important.
- Oui. Mais il est compréhensible que cela te perturbe au point d'avoir des répercussions sur ton sommeil. »

Harry caressa machinalement sa cicatrice du bout des doigts. Ce n'était pas tant cela, qui l'ennuyait. Il avait vraiment l'impression que ces cauchemars-là étaient différents.

« C'est juste que là… ça me semble si réel ! soupira-t-il. J'ai souvent rêvé que j'étais attaqué par Voldemort, mais là… C'était comme une présence vraiment familière. La… chose… dont je rêve, ce n'est pas juste un truc qui me fait peur, c'est quelque chose que… que je connais !
- Parce que c'est le cas, Harry. Tu l'as finalement rencontré, ce n'est plus juste une vague menace qui plane sur toi depuis ta plus tendre enfance.
- Sauf que je le connaissais déjà, Remus. »

Comment lui faire comprendre à quel point ces rencontres-là étaient intimes ?! Ces rêves de Voldemort avaient plus la résonance… d'un souvenir.

Remus se frotta le menton d'un air pensif.

« Qu'est-ce que Sirius t'a raconté, au juste, au sujet des événements qui ont eu lieu lorsqu'il s'est enfui d'Azkaban ? »

La question surprit Harry, d'autant plus qu'il avait évoqué le sujet plus tôt avec Hermione.

« Pas grand-chose, avoua-t-il. Sirius n'aime pas parler de tout ça… A cause de Regulus. Pourquoi ?
- Je me demande… si tes cauchemars ne sont pas liés à ce que tu as vécu à ce moment-là… Ce serait logique, après tout, non ? Sans doute est-ce pour cela qu'ils te paraissent si réels. »

Il y eut un silence.

« Qu'est-ce qui s'est passé, réellement, Remus ? demanda Harry. Qu'est-ce qu'a fait Regulus ? Est-ce qu'il m'a vraiment sauvé la vie ? Oh, et ne me dis pas qu'il vaut mieux que Sirius me le raconte lui-même, tu sais qu'il ne le fera pas !
- Je sais.
- J'ai le droit de savoir, non ? J'ai besoin de le savoir ! »

Remus tendit à son tour la main vers l'assiette de biscuits, en prit un et mordit dedans d'un air songeur.

« Regulus avait un don spécial…
- Il parlait avec les morts.
- Oui. Et ce don-là l'avait conduit à des pratiques particulièrement obscures… et à devenir un Mangemort… »

Harry acquiesça d'un signe de tête. Il savait tout cela, même si Sirius ne lui avait avoué le passé de son frère qu'avec la plus grande répugnance.

« Mais il s'est amendé. Il a trahi Voldemort, lui a volé un Horcruxe et s'est caché avec la complicité de Severus Rogue. Quand Sirius a été arrêté, il s'est fait enfermer à son tour à Azkaban pour le faire évader.
- Grâce à la magie noire, compléta Harry.
- Sauf qu'en faisant cela, il a permis à une… entité… de s'ancrer dans notre monde. Par ton intermédiaire.
- Moi… ?
- C'est de cela, que Regulus t'a sauvé, Harry. De cette chose qui s'était tapie au fond de toi. Mais il y a plus… »

Il croisa les mains sur ses genoux, embarrassé, maintenant.

« Dis-moi, Remus ! le pressa Harry.
- Cette chose-là… en a réveillé une autre…
- Quoi ?
- Sirius t'a tout expliqué sur les Horcruxes, n'est-ce pas ? »

Harry acquiesça lentement. Une pensée affreuse s'insinuait petit à petit dans son esprit. Remus voulait-il dire que… ?

« Quand Voldemort a tué ta mère… il a fait de toi un Horcruxe, Harry », murmura Remus.

Harry sentit ses cheveux se dresser sur sa tête. Un long frisson courut le long de son corps.

« Mais plus maintenant ! enchaîna Remus. Cette partie-là a été vaincue ! Il ne reste absolument rien de Voldemort en toi, Harry, pas une particule, tu peux en être certain ! Dumbledore lui-même te le dirait !
- J'étais… un Horcruxe ?! Et vous me l'avez caché ?!
- Nous ne voulions pas t'effrayer, d'autant plus que cela n'avait plus aucune importance… Je t'en parle uniquement parce qu'il me semble que cela peut expliquer la familiarité que tu as avec Voldemort.
- Mais c'est sûr ?!
- Absolument ! Oh, Harry, ne t'inquiète pas pour cela, je t'assure ! Pendant un bref instant, tu es mort… Et Regulus a fait en sorte que l'entité qui te possédait ainsi que la part de Voldemort qui t'habitait soient éliminées. Lorsque Isabelle t'a ranimé, tu étais absolument toi-même ! »

Que Sirius lui ait caché tout cela n'étonnait pas Harry. Et il comprenait mieux à quel point son parrain se sentait redevable envers Regulus. Il dévisagea Remus un long moment, digérant l'information. Il ne devait pas s'en faire, Remus lui certifiait qu'il n'y avait plus rien de Voldemort en lui, et Remus ne lui mentirait pas sur un sujet pareil…

« Tu as vécu des choses très pénibles dans ta toute petite enfance, Harry, conclut Remus. Les événements de l'année dernière les ont ramenées à la surface de ta mémoire. »

Harry se mordit les lèvres, pensif. Oui, sans doute Remus avait-il raison. Mais il restait une question à poser…

« Je suis mort… Comment ?
- Pardon… ?
- Tu as dit que j'étais mort un court moment… Comment suis-je mort ? A cause de Voldemort ?
- Je… je ne suis pas sûr, en fait. Je n'étais pas là, quand cela s'est passé, tout ce que je sais, c'est ce que Sirius m'a raconté…
- Il ne t'a pas dit comment j'étais mort ?!
- Le plus important, c'est que Regulus ait réussi à purger ton âme de ce qui la parasitait, et que Isabelle ait réussi à te ranimer !
- Sauf que ce n'était pas la première fois qu'on essayait de me tuer ! Et on essaye encore ! répliqua Harry, un air de défi dans la voix.
- C'est juste… Mais là, Harry, je ne peux pas te répondre. »

Remus se leva et contourna le bureau pour reprendre sa place dans son fauteuil. Mais Harry le connaissait trop bien pour ne pas sentir sa gêne.

« Tu ne sais pas, mais tu as une petite idée, dit-il.
- Harry…
- Allez, Remus ! Je te l'ai dit, j'ai besoin de savoir ! »

Remus reprit sa tasse de thé et lui lança un sort pour la réchauffer, avant de la finir en silence. Il ne parlerait pas, pas cette fois, Harry en était persuadé. Mais cela seul suffit à confirmer les soupçons qu'il avait déjà.

« C'est Rogue, n'est-ce pas ? » lança-t-il.

Il vit les doigts de Remus se crisper sur l'anse de sa tasse.

« C'est Rogue ! Je sais que c'est lui ! insista Harry. C'est pour ça que tu ne veux rien dire !
- Harry… soupira Remus. Je te l'ai dit, je n'étais pas là. Et Sirius non plus d'ailleurs.
- Il n'empêche, je sais que c'est Rogue !
- Sirius déteste Rogue depuis le collège, il n'est pas très impartial, tu sais…
- Il ne s'agit pas de ça ! Rogue était là, ne dis pas le contraire !
- Il n'était pas le seul…
- Isabelle n'aurait jamais levé sa baguette contre un enfant !
- Evidemment non. Mais il y avait les Mangemorts…
- C'est Rogue, dit Harry, catégorique. Je sais que Sirius et lui se détestent, mais il y a quelque chose de plus, entre eux. Sirius ne veut pas qu'il s'approche de moi ! Je suis sûr que c'est parce qu'il sait que c'est Rogue qui m'a lancé le sort de mort !
- Rogue te protège comme n'importe quel autre membre de l'Ordre, Harry, lui rappela Remus, sévèrement.
- Il n'a pas été très efficace contre Quirrell, répliqua Harry, venimeux.
- Mais pas moins que McGonagall ou Dumbledore ! »

Harry croisa les bras sur sa poitrine, les lèvres pincées. Il était persuadé que c'était Rogue. Rogue qui le détestait, qui n'aurait certainement aucun scrupule à le sacrifier si nécessaire…

Remus se gratta la tête d'un air ennuyé, conscient que rien de ce qu'il dirait ne ferait changer Harry d'avis.

« Les circonstances étaient spéciales, Harry.
- Tu penses que certaines circonstances justifient la mort d'un enfant ?!
- Comprendre n'est pas forcément « excuser »…
- Oui, comme pour Peter…
- Il y avait cette entité, particulièrement dangereuse, et l'Horcruxe qui prenait de la vigueur… en pompant la vie de Drago, dois-je te le rappeler ?
- Ouais… Rogue a sacrifié ma vie pour celle de Drago, c'est ce que tu veux dire ?!
- Tout le monde était en danger ! Et tu étais au centre de tout cela ! Tu n'étais pas qu'un enfant innocent, Harry, tu étais aussi le réceptacle d'une véritable menace ! Il est difficile de juger, maintenant, après coup… c'est pourquoi je te dis : concentre-toi sur les effets bénéfiques ! Je sais que ce que je dis est affreux, mais… ta mort était nécessaire, Harry… »

Harry ne répondit pas. Une partie de lui avait toujours su que la mort de James et Lily n'avait jamais été que l'occasion d'avoir un sursis, qu'il était, d'une certaine façon, condamné dès le moment où Voldemort l'avait choisi. Sa mort était inévitable dès le début, dès l'énoncé de la Prophétie…

Mais il ne pardonnerait jamais à Rogue !

« Je sais que tu détestes Rogue, dit Remus, comme s'il avait lu dans ses pensées. Mais évite de penser à tout cela, c'est du passé. Tout ce que tu dois garder à l'esprit, c'est qu'il y a nombre de gens qui feront tout pour te protéger… Et Rogue en fait partie.
- Pourquoi ?
- Quoi « pourquoi » ?
- Pourquoi me protège-t-il ? Il me déteste lui aussi ! Et ne dis pas que je me fais des idées !
- Evidemment ! Tu es le fils de James… Le filleul de Sirius…
- Je ne lui ai rien fait, moi, que je sache !
- Je sais. Quoi qu'il en soit, il est dans notre camp. Et à ce titre, il fera n'importe quoi pour permettre que Voldemort soit définitivement détruit.
- Il me protège par intérêt personnel, c'est ça ?
- Très certainement.
- D'accord… »

Remus avait raison. Dans la lutte contre Voldemort, il n'était pas question de sentiments. Rogue le protégeait parce que telle était la mission de l'Ordre. C'était tout. Et pas incompatible avec le fait que Rogue ne puisse pas le supporter.

« Oublie Rogue, conclut Remus.
- Ce serait plus facile s'il ne me rendait pas la vie impossible, soupira Harry.
- Je sais qu'il est injuste avec toi, qu'il ne perd pas une occasion de te rabaisser, de se moquer de toi. Ignore-le simplement. Et là, je te parle en connaissance de cause, Rogue n'est pas tendre avec moi non plus ! »

Harry sourit malgré lui. Rogue s'évertuait effectivement à être désagréable avec Remus… qui feignait de ne pas comprendre les attaques dont il était l'objet. Ce qui exaspérait d'autant plus le professeur de potions !

« Je vais essayer… fit Harry.
- Parfait ! Maintenant, tu devrais regagner ton dortoir, il est tard… »

Remus se leva et raccompagna Harry jusqu'à la porte. Au moment de partir, celui-ci l'étreignit brièvement. « C'est bon de t'avoir ici, Remus… » avoua-t-il. Remus lui rendit son étreinte avec un sourire.

XXXXXXX

Harry avait l'impression de flotter au milieu d'un maelström de couleurs. Il y avait quelque chose de grisant, à se sentir ainsi en apesanteur, comme si, libéré du poids de son corps, il l'était également de tous ses soucis. Il se sentait… bien. Vraiment bien.

« Attention »

Une voix bienveillante, concernée… Mais Harry sentit aussitôt la pertinence de l'avertissement. Une boule d'obscurité s'était formée devant lui, glaçant l'air autour de lui. Il essaya de reculer, mais il n'avait aucun contrôle sur ses déplacements, il n'avait pas de corps à mouvoir…

La chose devant lui grossissait, enflait comme une tumeur maligne…

Harry se réveilla en sursaut, le front moite de sueur. Encore un mauvais rêve… Au moins s'était-il réveillé très vite, ce coup-ci…

« Bien dormi ? lui demanda Ron, alors qu'il sortait de la salle de bain.
- Oui, ça va. Remus dit qu'il n'y a pas à s'inquiéter, pour mes cauchemars…
- C'est bien de lui en avoir parlé. Peut-être que Pomfresh pourrait te donner quelque chose pour t'aider à dormir ?
- Si ça devient trop pénible, j'y songerai. »

Il boutonna sa chemise, hésita un moment… « Merci, Ron.
- Pour quoi ?
- Pour t'inquiéter sincèrement pour moi, tiens !
- Oh… Pas de problème, marmonna Ron, vaguement gêné. Allez, on va manger ! »

XXXXXXX

« Déplorable, comme d'habitude ! » lâcha Rogue, avant de laisser tomber la copie de Harry sur la table devant lui. Harry serra les dents. Après l'échange qu'il avait eu avec Remus la veille, la présence de Rogue si près lui était plus répugnante encore. Ce type avait voulu le tuer ! Bon, évidemment, Remus n'avait pas confirmé ce qu'il soupçonnait. Mais Harry était sûr que c'était lui.

Il prit son parchemin et le glissa dans son sac sans même le regarder. A quoi bon, de toute façon ? Il ne pouvait s'attendre à rien de positif d'un homme capable d'abattre sans frémir un enfant de deux ans ! Il serra les dents et sortit son livre de potions. Il n'allait pas fournir à Rogue le moindre motif pour le punir !

Il s'efforça de se concentrer sur le cours. Il devait se souvenir de ce que lui avait dit Remus : ne pas donner prise aux attaques de Rogue. Au moins, constata-t-il avec plaisir, Drago avait l'air moins tendu. Peut-être leur discussion de la veille lui avait-elle fait du bien, finalement.

« Une potion assez simple à réaliser, disait Rogue, si tant est qu'on ait un minimum de concentration… Même les plus imbéciles d'entre vous devraient être capable de la réussir sans faire sauter leur chaudron ! » disait Rogue, en coulant un regard désagréable sur Harry.

Du calme, du calme ! se dit Harry. Il essaye juste de t'énerver pour que tu loupes ta potion…Et elle t'explosera à la figure, et Rogue aura finalement ce qu'il souhaite depuis toujours…

Rogue avait voulu le tuer… Que Sirius lui voue une haine sans nom ne l'étonnait pas.

« Vous vous dispersez une fois de plus, Mr Potter ! s'exclama Rogue, s'arrêtant devant son pupitre. Pourquoi découpez-vous les racines, alors que vous n'avez pas fini de piler les élytres de scarabée ?!
- Je… je pensais qu'elles étaient suffisamment pillées, monsieur, répondit Harry, les oreilles cramoisies.
- Incompétent, comme toujours…
- Je... »

Il bouillait intérieurement. Que Rogue s'amuse à le traiter de la sorte alors qu'il aurait pu finir à Azkaban pour ce qu'il lui avait fait… !

Non, il ne devait pas penser à cela… Remus le lui avait bien dit !

« Finissez-moi cette potion correctement, ou je vous mets en retenue toute la semaine ! » conclut Rogue avant de passer à l'élève suivant.

Harry se mordit furieusement les lèvres.

« Je vais t'aider, lui souffla Drago, prenant son bol d'élytres de scarabée.
- S'il te voit faire…
- Bah ! Il ne me fera pas grand-chose, à moi… sourit Drago. Finis de découper tes racines… »

Harry s'exécuta. Décidément, il avait été bien inspiré, le jour où il avait choisi de se placer à côté de Drago pour les cours de potions…

XXXXXXX

« Et c'est franchement injuste ! disait Harry, la fourchette brandie devant lui, agressive. C'est Drago qui a fait la moitié de ma potion, et pourtant, Rogue me colle une mauvaise note !
- Si c'est Drago qui a fait la moitié de ta potion, tu aurais même carrément mérité une punition ! fit remarquer Hermione. Ce n'est pas à lui de travailler à ta place !
- Ce que je veux dire, répliqua Harry, vexé, c'est que même si j'arrivais à faire une potion convenable, ça ne serait jamais suffisant pour Rogue, parce qu'il me déteste ! Ce n'est pas mon travail, qu'il juge, mais moi !
- Oui, c'est pas cool… confirma Ron, à ses côtés.
- Tu devrais te venger ! lança Fred.
- Oui, lui faire comprendre que s'il veut la guerre, il l'aura ! appuya George.
- Mauvaise idée ! coupa Hermione. S'il fait ça, Rogue lui rendra la vie encore plus impossible ! C'est un professeur !
- Ouais, on sait que tu admires ces gens-là, Hermione, mais quand même ! fit Ron. Rogue est un sale type.
- Et en quoi lui faire la guerre changera quoi que ce soit pour Harry ? » demanda Hermione. Les jumeaux haussèrent les épaules d'un même mouvement désinvolte. « Au moins, on se marrera ! » dit George.

Harry termina sa purée de pomme de terre en silence, alors que les Weasley et Hermione s'affrontaient toujours au sujet de Rogue. Hermione avait sans doute raison, déclarer la guerre à Rogue ne lui rendrait pas la vie plus facile. Elle serait sûrement d'accord avec Remus, qui préférait que Harry l'ignore. L'ignorer… Comme si c'était facile ! Cela n'empêchait pas Rogue de le sabrer à chaque interrogation, pour le simple plaisir de l'humilier !

Comment réagirait Hermione, si elle devait être victime de mauvaises notes imméritées, uniquement parce que le professeur ne pouvait pas la supporter… ?!

« Rejoins-nous dans la Tour d'Astronomie ce soir, lui glissa Fred à l'oreille, alors qu'ils quittaient la Grande Salle après le déjeuner.
- Pour quoi faire ?
- Pour mettre en place l'« opération Rogue », pardi ! lui dit George, à l'autre oreille.
- Oh… C'était vraiment sérieux ?!
- Rien n'est plus sérieux qu'une bonne blague ! asséna Fred, catégorique.
- Et j'ai hâte de voir Rogue ridiculisé devant toute l'école ! » conclut George.

Harry sourit malgré lui. Voilà qui serait hautement jubilatoire !

« Alors c'est d'accord, rendez-vous à neuf heures ce soir, à la Tour d'astronomie ! » conclurent les jumeaux d'une même voix.

XXXXXXX

Harry s'assit sur les premières marches qui conduisaient en haut de la Tour d'Astronomie en soupirant. Il était 9h15, et Fred et George n'étaient toujours pas arrivés. Harry commençait à se dire que les jumeaux lui avaient joué un tour à leur façon… Après tout, pourquoi lui donner rendez-vous ici, plutôt que dans leur dortoir ?

Il regrettait de ne pas avoir pris sa cape d'invisibilité… Il n'était pas censé se promener le soir dans les couloirs.

Il n'avait pas croisé les frères Weasley depuis le repas de midi, ni dans les couloirs, ni dans la Salle Commune des Gryffondors. Il les avait entraperçus lors du repas du soir, et les avait trouvés à la fois trop silencieux et anormalement pressés d'en finir avec leur ragoût de bœuf. Il était évident qu'ils préparaient quelque chose. Harry espérait simplement qu'il n'en ferait pas les frais.

Peut-être aurait-il mieux fait d'écouter Hermione, d'oublier Rogue et de rester sagement dans la Tour des Gryffondors…

« Désolés du retard ! »

Il sursauta et se redressa. Les deux frères se campèrent devant lui, un large sourire sur les lèvres.

« Je commençais à penser que vous ne viendriez pas… dit Harry.
- Nous, te laisser tomber au moment où tu te décides enfin à entrer dans la Grande Confrérie des Fauteurs de Troubles ?!
- Pardon ?
- Oui, appuya George. Nous avons toujours pensé…
- … que tu avais de l'avenir dans le domaine ! compléta Fred.
- Déjà, l'année dernière…
- … alors que tu entrais tout juste à Poudlard…
- …tu as prouvé que tu avais un don particulier…
- … pour ne suivre aucun règlement ! »

Harry regarda tour à tour chacun des deux jumeaux. Etait-ce cela, vraiment ? Une prédisposition particulière qui le poussait à n'en faire qu'à sa tête ? Une tendance à ne pas suivre les règles qui serait… génétique ? Héritée de James… ?

« Je ne crois pas… protesta-t-il faiblement.
- Allons, Harry ! Tu as mis les pieds dans l'aile interdite…
- Et tu es sorti dans le parc après le couvre-feu !
- Alors que tu n'avais que onze ans !
- Même nous, nous sommes restés sages la première année ! Tu as fait pire que nous !
- Tu as fait mieux ! »

Harry regardait tour à tour chacun des deux frères, pris d'un léger tournis.

« Nous jugeons donc que tu es prêt pour entrer dans la cour des Grands ! conclurent ensemble les jumeaux.
- Ce qui signifie ?
- … que nous allons t'aider, pardi ! Nous avons passé le reste de la journée à concocter un plan diabolique !
- Magnifique !
- Irrésistible !
- … pour te venger de Rogue.
- Et crois-nous, cela n'a pas été facile !
- Nous avons dû faire quelques investissements, mais le résultat final nous remboursera largement !
- Ecoutez… coupa Harry. J'ai beaucoup de mal à vous suivre, quand vous parlez comme ça… »

Les deux frères poussèrent le même soupir, avant de s'asseoir sur les marches de la Tour d'Astronomie d'un même mouvement, avec la précision de deux champions de natation synchronisée.

« Vas-y toi, George, dit Fred.
- Nous sommes allés faire quelques emplettes, tout à l'heure… De quoi préparer un joli tour à Rogue. Tiens ! »

Il tendit un sac en papier à Harry, qui jeta un coup d'œil à l'intérieur avec réticence. « Vous êtes allés chez Zonko… ? Quand ?!
- Juste après le dîner. Nous avons dû faire vite.
- Mais… Comment… »

Les deux jumeaux échangèrent un sourire. Harry fronça les sourcils. Evidemment. Il n'y avait qu'un seul moyen de se rendre à Pré-au-Lard en dehors des sorties programmées…

« Vous avez trouvé le passage secret », dit-il.

Fred et George le regardèrent bouche bée, à la grande satisfaction de Harry. « Tu connais…
- … l'existence du passage… ?!
- Je sais beaucoup de choses, sur Poudlard », fit Harry, avec une pointe de suffisance dans la voix. Ce n'était pas si souvent qu'il avait l'occasion de couper le sifflet des frères Weasley ! « Après tout, je suis fils de Maraudeur ! »

Harry ne s'était pas attendu à voir une telle stupéfaction sur le visage des jumeaux. « Quoi ? demanda-t-il, intrigué.

- Tu as dit « Maraudeur » ?!

- Tu sais qui ils sont ?!

- Evidemment ! C'est comme ça que s'appelaient mon père et ses amis à Poudlard… Mais vous… Comment… » Il fronça les sourcils, réfléchissant intensément.

« Par la carte ! » s'exclama-t-il, en même temps que Fred et George. Fred plongea la main dans sa robe et en sortit un morceau de parchemin. « Oh, c'est vrai, vous l'avez trouvée ! fit Harry, avec une pointe d'excitation mêlée d'envie.

- Oui… Dans le bureau de Rusard… Mais c'est vrai, Harry, c'est ton père qui l'a créée ?!

- Avec Sirius, Remus et… hum… Peter Pettigrow…

- Ah oui… le traître… murmura George.

- Je peux la voir ? »

Fred lui tendit la carte. Il la prit, la gorge brusquement nouée par l'émotion. La carte du Maraudeur. Sirius avait bercé son enfance de leurs aventures à Poudlard, et la carte en était l'un des éléments centraux, avec la cape de son père. « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises… » Fred et George ne le lâchaient pas des yeux, alors qu'il activait la carte. Mais il s'absorba entièrement dans la contemplation des mots qui étaient apparus sur le parchemin. Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue. Son père.

Avec toutes les histoires que lui avait racontées Sirius, il en était venu à voir James comme une sorte de héros imaginaire, un personnage digne d'un roman d'aventure. Mais là… Voir son nom inscrit sur la carte le remuait profondément, lui faisait toucher du doigt la personne réelle qu'avait été son père. Il parcourut la carte, ému, fasciné, dans un silence quasi religieux. Les deux jumeaux retenaient leur souffle, conscients, apparemment, de l'importance de ce moment pour lui.

Au bout d'un long moment, il referma la carte et la leur tendit. « Quand je dirai à Sirius que j'ai vu sa carte…

- Garde-la ! fit George, repoussant gentiment sa main.

- Quoi… Vous êtes sûrs ?!

- C'est ton héritage, Harry, déclara Fred.

- Il est juste qu'elle te revienne !

- Et puis…

- Nous n'en avons plus vraiment besoin ! »

Harry hésita, la carte brandie entre eux. C'était un objet précieux. Pouvait-il vraiment l'accepter ? Evidemment ! Les jumeaux avaient raison, c'était comme un héritage ! Elle appartenait à son père et à son parrain, il avait tout à fait le droit de l'utiliser maintenant ! Avec un sourire, il la glissa dans sa robe. « Merci…

- Pas de quoi ! Et maintenant, pour Rogue… »

Ils reprirent le sac de chez Zonko et en étalèrent le contenu sur le sol. « Voilà de quoi causer un maximum de désagrément avec le minimum de risque…

- Pourquoi ne pas m'avoir donné tout ça dans notre salle commune ?! demanda Harry. C'est bientôt le couvre-feu…

- Trop risqué…

- … avec cette fouine de Percy !

- Il nous a dans le collimateur !

- Son boulot de préfet lui est monté à la tête, je crois ! Bon, voilà comment procéder…

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Harry se sentait euphorique, alors qu'il se promenait dans les couloirs, le nez sur la carte. Le couvre-feu était passé depuis longtemps, mais il n'était pas inquiet : un coup d'œil sur le précieux parchemin créé par son père lui permettait de s'assurer que la voie était libre…

Les jumeaux et lui s'étaient séparés une bonne demi-heure plus tôt. Ils étaient partis de leur côté, pour mettre en place la première partie du plan « anti-Rogue », et lui-même était censé rentrer dans leur salle commune. Mais il avait activé la carte et avait perdu du temps à déambuler dans les couloirs vides. Il imaginait ce que son père et son parrain avaient ressenti dans la même situation. Il ne s'était sans doute jamais senti aussi proches d'eux qu'en cet instant. L'année passée, il s'était aussi promené dans les couloirs avec Hermione et Ron, mais il avait toujours eu une bonne raison de le faire. Là, c'était totalement gratuit… et délicieusement illicite. Il sentait le poids du sachet de chez Zonko dans la poche de sa robe, et à l'idée qu'il devenait lui-aussi un maraudeur, il frémissait de joie.

« Tiens donc ! Un promeneur nocturne ! » Il sursauta brusquement, stupéfait de s'être fait surprendre, et se trouva nez à nez avec Peeves. « Tu ne m'as pas vu arriver, hein, galopin ! ricana l'esprit frappeur. Je traverse les murs ! Pour te surprendre à ma guise ! » Il se mit à voleter autour de lui, de plus en plus vite, à lui en donner le tournis. « Je… J'ai manqué le couvre-feu, je retournais dans ma salle commune… bredouilla Harry.

- A d'autre ! Je sais reconnaître un menteur ! Menteur, menteur ! » Le nez de Peeves se mit à s'allonger démesurément, avant de se résorber subitement avec un bang particulièrement sonore. « Chuuut ! supplia Harry.

- Tu vois, tu es un petit menteur ! Tu prépares un sale coup en douce !

- Et alors ?! Cela devrait te réjouir, non ?

- Pas du tout ! Je déteeeeste qu'on marche sur mes plates-bandes ! Aleeeerte ! »

Harry sentit ses cheveux se dresser sur sa nuque, alors que Peeves se mettait à brailler à plein poumons et à clignoter furieusement, passant du vert à l'orange à une vitesse propre à déclencher une crise à un épileptique. Harry se protégea les yeux de la main et jeta un coup d'œil inquiet à sa carte, espérant encore s'en sortir…

Hélas ! Des noms convergeaient brusquement vers son couloir. Et pire que tout, il lut le nom Rogue, à seulement deux tournants de lui-même… Rogue, la personne la moins encline à lui montrer de l'indulgence, Rogue qui serait sans doute furieux de découvrir le sachet de chez Zonko donné par les jumeaux…

Il fit volte-face dans le couloir et détala à toutes jambes, poursuivit par un Peeves déchaîné et hilare. « Il est là, il est là ! Alarme ! Alarme ! » Harry accéléra, le cœur battant à tout rompre. Il se maudit pour être parti sans sa cape. Pourquoi avait-il été aussi négligent ?! Il allait retrouver Fred et George pour monter un mauvais coup ! Il aurait dû prendre sa cape !

Il tourna dans un couloir, hésita, jeta un œil à la carte… Il était fait ! Deux préfets arriveraient bientôt devant lui. Mais pire, derrière lui, Rogue était plus près encore ! « Ma cape, ma cape, zut ! marmonna-t-il collé contre le mur, les jambes tremblantes. Il faut que je me cache ! »

Le mur derrière lui changea brusquement. Il se retourna précipitamment, prêt à hurler, et vit une porte. Une porte qui n'était pas là avant. Mais Rogue arrivait, il n'avait pas le temps de s'interroger. Il l'ouvrit, s'engouffra dans la pièce de l'autre côté, et referma le battant sur Peeves et ses hurlements hystériques.

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Le cœur battant à tout rompre, il regarda autour de lui, à la recherche d'une autre issue. Rogue allait arriver d'un instant à l'autre, ce n'était pas une simple porte qui l'arrêterait…

La pièce était immense, et plus encombrée qu'un vieux grenier. Harry quitta la porte pour s'enfoncer dans le dédale de meubles, de coffres et d'objets divers, à la fois stupéfait et émerveillé. C'était un endroit vraiment incroyable, il pourrait passer des heures à fureter là, au milieu des piles de livres de magie abandonnés et des gadgets en tous genres.

Par ici, Harry…

Il fronça les sourcils. Une étrange pesanteur l'avait brusquement saisi, une sorte de poids qui pesait sur sa nuque et ses épaules, doublé d'un bourdonnement sourd au fond de son crâne. Il cligna des yeux plusieurs fois, fit jouer ses épaules comme pour se dégager…

Viens, Harry… C'est ici…

La pression sur son corps s'était faite plus intense, d'un seul coup. Il regarda autour de lui, véritablement inquiet, maintenant. Quelqu'un lui jouait apparemment un mauvais tour… Il jeta un coup d'œil sur la carte, lut le nom de Rogue campé devant la porte, dans le couloir, avec celui de Peeves, mais rien d'autre. Il était seul dans cette pièce. Absolument seul. Il secoua la tête énergiquement. Il devait reprendre ses esprits. Il n'y avait rien, ici, aucune menace. Il avait juste eu peur de Rogue, et maintenant, il imaginait des choses…

Il devait trouver une autre sortie. Peeves avait dû dire à Rogue qu'il était entré là, et il l'attendrait certainement de l'autre côté de la porte, s'il s'avisait de simplement rebrousser chemin. Il se remit en marche.

Non, Harry, par ici !

Il l'avait clairement entendu, cette fois ! Il se frotta les oreilles, serrant les dents pour ne pas céder à la panique. Que lui arrivait-il ?! Etait-il victime d'un sort ? Il y avait toujours ce bourdonnement sourd, dans sa tête, comme si une mouche s'était glissée là et cherchait furieusement une sortie. « Non, dit-il tout haut, avec l'espoir de chasser le bruit parasite.

- Il faut aller par là… »

La voix était claire et sonore, d'un seul coup, lui donnant l'impression que son cerveau s'était finalement calé sur la bonne fréquence. Il s'accroupit sur le sol, recroquevillé sur lui-même, alors que la terreur l'envahissait. Etait-ce encore un coup de Voldemort ? Etait-il encore revenu le hanter ?

N'aie pas peur, Harry… Tout va bien… Tout sera bientôt fini…

La voie était curieusement douce. Et pas totalement inconnue. Elle faisait resurgir de vieux souvenirs, ceux qui influaient sur ses derniers rêves… « Qui est-ce… ? demanda-t-il à mi-voix.

- Il faut que tu te lèves… Tourne à droite… »

Il se dressa sur ses jambes, comme si son corps ne lui obéissait plus. Le bourdonnement dans sa tête avait cessé, laissant place à une sensation étrange, comme s'il était sur le point de s'endormir. Des pensées décousues lui venaient, des images sans suite. Il se mit à avancer au hasard, guidé par une volonté qui n'était pas la sienne.

Tu y es presque, Harry…

Il se vit tendre la main, saisir un objet…

« Potter ! Potter, que faites-vous dans les couloirs après le couvre-feu ?! » Harry battit des paupières et constata avec stupéfaction qu'il faisait face au professeur Rogue. Celui-ci le regardait avec une sorte de joie féroce terrifiante, poings sur les hanches, sourire détestable au coin des lèvres. Il eut un mouvement de recul et buta contre le mur derrière lui.

Comment était-il arrivé là ? Il n'en avait aucune idée ! Il était dans l'immense salle encombrée d'objets, et maintenant… Maintenant, il était de retour dans le couloir, la porte avait disparue et il devait affronter le professeur Rogue.

« Potter… ! » Le ton de Rogue s'était modifié. Il avait froncé les sourcils et perdu son sourire. « Potter, qu'est-ce que vous cachez dans votre robe… ? » Harry sentit ses jambes flancher sous lui. Il n'y avait aucun moyen d'échapper à la punition, maintenant, Rogue allait trouver le sachet de Fred et George et il serait collé jusqu'à la fin de l'année ! Ou pire, jusqu'à la fin de sa septième année !

« Peeves… Dis au directeur de venir immédiatement », lança Rogue, sans le quitter des yeux. Prévenir Dumbledore ? C'était donc si grave que cela ?! Ce ne serait donc pas une punition à vie qui se profilait, plutôt une expulsion pure et simple !

Etait-ce le ton employé par Rogue ? Peeves obéit aussitôt, avec une docilité surprenante de sa part. Rogue fit un pas en avant, ses doigts crochus se tendant vers lui. La simple idée que cette main-là pouvait se poser sur lui le révulsait. « Donnez-moi ce que vous avez mis dans votre poche ! insista le professeur.

- Il n'y a rien dans ma poche, Professeur Rogue… tenta Harry d'une voix qui manquait complètement de force.

- Potter !

- Rien, ce n'est rien du tout !

- Harry ! Donne-moi ça tout de suite ! »

Harry sursauta. Jamais le professeur Rogue ne l'avait appelé ainsi, par son prénom. C'était franchement inquiétant…

« Harry, s'il te plait », insista Rogue.

Son ton était étrange… Rogue aurait dû être furieux, ou alors, au contraire, carrément satisfait de pouvoir le prendre la main dans le sac… Mais cela ne collait pas. Il y avait comme une sorte d'urgence, dans sa voix, et un mélange de jubilation et de tension que Harry n'arrivait pas à cerner. « J'allais retourner dans mon dortoir, et Peeves a surgi d'un coup et…

- Cela suffit, Harry ! Tu ne comprends pas ?! C'est… »

Le professeur avança brusquement et tendit la main vers sa poche. Instinctivement, Harry tira sa baguette et tenta de se glisser sur le côté, loin de lui. Il avait tort de réagir ainsi, il le savait, mais il ne pouvait viscéralement pas laisser Rogue le toucher. « Harry ! Range ta baguette !

- Ne me touchez pas ! répliqua Harry, alors que son niveau de stress montait encore d'un cran. Qu'est-ce que vous allez me faire, si je ne vide pas mes poches ?! Me jeter un sort ?! »

Il se sentait incapable de réfléchir, dominé par la silhouette osseuse de Rogue. Il le menaçait, il était dangereux pour lui. Et… il l'avait tué. Peu importait les circonstances, il l'avait fait. Et il n'hésiterait certainement pas à recommencer si tel était son intérêt, Harry en était persuadé.

« Vous allez m'abattre ?! poursuivit-il, vindicatif. Comme quand j'étais bébé ?! »

Rogue ouvrit des yeux stupéfaits et recula d'un pas, comme s'il l'avait frappé. « Qui t'a dit ça… ?!

- Je le sais, c'est tout ! Vous êtes un monstre, et je vous déteste ! Vous mériteriez qu'on vous punisse et qu'on vous humilie à votre tour ! » Il n'arrivait plus à s'arrêter, il ne parvenait même plus à reprendre son souffle. « Vous trouvez ça drôle de terroriser vos élèves ! Parce que vous êtes un médiocre et que vous êtes mauvais ! »

Les yeux noirs de Rogue étaient braqués sur lui, mais il s'en moquait. Il ne laisserait plus cet homme le terroriser. La colère qu'il ressassait depuis sa discussion avec Remus débordait et enflait de façon démesurée. « Vous auriez dû aller pourrir à Azkaban avec les autres Mangemorts ! Tueur de bébé !

- Je suis désolé.

- Quoi… ?!

- J'ai dit que j'étais désolé ! »

Harry était stupéfait, maintenant. Il y avait une expression, sur le visage de Rogue, que Harry n'avait jamais vue. Le professeur semblait accablé. Vraiment accablé.

« Il n'y a pas un instant où je ne regrette pas ce que j'ai fait, poursuivit Rogue d'une voix si basse que Harry avait du mal à l'entendre. Toutes les fois où je pose les yeux sur toi, je me souviens que j'ai échoué… Lamentablement échoué… J'aurais dû te protéger, j'en avais fait le serment… Ils ont tous dit que les circonstances étaient spéciales, que cela se justifiait… Tous, sauf Sirius, évidemment… Lui, il ne cautionne pas, ne pardonne pas… Et il a raison… »

L'aveu lui arrachait visiblement le cœur. Il était tellement pâle, maintenant, que son visage paraissait luire dans la semi-obscurité du couloir. Et il semblait avoir vieilli de dix ans d'un seul coup. Il se tenait voûté, torturé par le poids de ses remords.

Harry retenait son souffle, les doigts crispés sur sa baguette. Jamais il n'aurait pensé entendre Rogue s'exprimer de la sorte.

« Vous regrettez vraiment… ? demanda-t-il dans un souffle.

- Je ne suis pas un monstre ! répartit Rogue avec morgue. Tuer un enfant ? Jamais cela n'aurait dû se présenter comme alternative ! Jamais ! C'était… » Il soupira profondément. « Je regrette, Harry… »

Ils restèrent un long moment face à face, tous les deux perturbés par la tournure qu'avait pris leur échange. Harry sentait sa colère fondre, troublé de voir Rogue si différent de l'homme qu'il était habituellement, celui qui l'humiliait et le terrorisait.

« Vous regrettez… mais vous faites tout pour me rendre la vie impossible… murmura-t-il, plein d'amertume.

- J'ai trahi le fils de Lily… C'est plus facile, de te voir comme le fils de James…

- Je ne suis pas James…

- Je le sais. Au fond, je le sais. C'est ce qui rend tout cela si… difficile… Pénible… »

Il y eut un nouveau silence. Harry se demandait maintenant si tout cela aurait des répercussions. Rogue allait-il continuer à le harceler ? Ou finirait-il par lui pardonner d'être un rappel vivant de ses plus tragiques erreurs ?

« Je vois que vous avez finalement eu la discussion qui s'imposait… » Albus Dumbledore les rejoignit en deux pas. Le professeur Rogue se tourna vers lui, apparemment très las, comme si se livrer comme il venait de le faire était une épreuve entre toutes. « Monsieur le Directeur…

- Il y a des choses, Severus, qui méritaient d'être dites. Maintenant, Harry, donne au Professeur Rogue ce que tu as dans la poche. »

Harry battit des paupières, un peu perdu. Les révélations de Rogue l'avaient perturbé, lui faisant oublier toutes ces histoires de blagues et la raison pour laquelle il cherchait à fuir. Il plongea machinalement la main dans sa robe. Ses doigts entrèrent en contact avec un objet métallique. Surpris, il baissa les yeux.

L'objet qu'il tenait lui était inconnu… ou peut-être pas, en vérité. Il se voyait l'empoigner, mais comme si cela avait eu lieu dans son sommeil, pendant un rêve particulièrement réaliste. Il le leva devant lui pour l'examiner. Et réalisa finalement ce que c'était.

« Le diadème de Serdaigle… murmura-t-il, le souffle court.

- Oui, Harry, acquiesça Dumbledore. Le dernier Horcruxe…

- J'ai trouvé le diadème… » Il n'en revenait toujours pas. Rogue le lui prit des mains avec précaution. « Mais comment… ?! s'exclama Harry. Je…

- Je l'ai vu qui dépassait de votre poche, Potter, dit Rogue. Je ne sais pas ce que vous maniganciez, mais…

- Il était dans la pièce… La pièce, là, derrière…

- La Salle sur Demande, dit Dumbledore. Nous aurions dû y penser…

- Il y avait plein d'objets, là-dedans, et… » Il fronça les sourcils, incapable de formuler ce qui lui était arrivé dans cette pièce. « Je ne sais pas… conclut-il.

- Tu as trouvé l'Horcruxe… reprit le Directeur. Peut-être t'a-t-on aidé à le faire ?

- Il y avait une voix… »

Il n'était pas certain de vouloir s'en souvenir.

« Très bien. Professeur Rogue ? Je vous laisse mettre cet objet en lieu sûr.

- Vous allez le détruire ? demanda Harry.

- Bien évidemment, Harry ! s'exclama Dumbledore. Quant à toi, tu vas me suivre. Je pense qu'il faut que nous ayons une petite discussion, tous les deux. Je ne serais pas contre une bonne tasse de thé avec des petits gâteaux ! »

XXXXXXX

Le thé était très sucré et bien trop chaud, mais les petits gâteaux, très appétissants. Maintenant qu'il était dans le bureau de Dumbledore, Harry se sentait beaucoup mieux. Il engloutit deux pâtisseries, sous le regard amusé du directeur. « Je vois que tu te sens mieux », commenta-t-il. Harry acquiesça d'un signe de tête, un peu gêné. Il se doutait qu'il lui faudrait répondre à certaines questions, mais il ne savait pas vraiment ce qu'il pourrait dire. Il ne s'expliquait pas lui-même comment il était entré en possession du dernier Horcruxe. « Tu avais l'air plutôt perturbé, tout à l'heure, poursuivit Dumbledore, en se versant également une tasse de thé.

- J'ignore ce qui s'est passé, c'est vrai, Professeur… Au début, j'avais juste envie de… enfin… d'échapper à…

- … Au professeur Rogue… Tu as souhaité te cacher ?

- Oui… Je n'avais rien à faire dans les couloirs, et… le professeur Rogue…

- Il n'aurait pas manqué l'occasion de te punir. » Harry soupira.

Dumbledore sirota son thé trop chaud en silence. Harry l'imita, avant de se brûler fortement la langue et renoncer. Il reposa sa tasse et tendit la main vers un autre gâteau.

« Ce n'est pas pour ses qualités de pédagogue, que je garde le Professeur Rogue ici, à Poudlard, dit Dumbledore.

- C'est un professeur affreux… murmura Harry.

- N'exagère pas, Harry ! Il est exigeant, et de nombreux élèves de cette école ont beaucoup appris grâce à lui.

- Il nous punit dès qu'on commet la plus petite erreur ! Mais c'est normal, de se tromper, quand on ne sait pas faire !

- Exact. Severus Rogue est un excellent sorcier, l'un des meilleurs que je connaisse, et il a un don indéniable pour les potions… Mais comme je le disais, ce n'est pas exactement un excellent pédagogue. Non, s'il est ici, c'est surtout pour toi, Harry. »

Harry s'étrangla avec les miettes de son gâteau et se mit à tousser furieusement. « Pour moi ? hoqueta-t-il.

- Oui, pour toi. Il ne faut pas négliger la puissance de son sentiment de culpabilité à ton égard… Ne l'as-tu pas compris, après ce qu'il t'a révélé tout à l'heure ?

- Il a failli me tuer !

- Et il ne se le pardonnera jamais. Et pour cette raison, j'ai autant confiance en lui qu'en Sirius, pour ce qui est d'assurer ta protection. »

Harry ne répondit pas. Savoir cela allait-il modifier le regard qu'il portait sur Rogue ? Il le trouvait toujours aussi épouvantable… Mais sans doute pouvait-il croire Dumbledore, lorsqu'il lui affirmait qu'il ne tenterait plus jamais rien contre lui… « Ce serait plus simple s'il arrêtait de m'humilier et de me punir à la moindre occasion… Je ne suis pas James, il n'a pas à se venger comme il le fait…

- Il ne s'agit pas vraiment d'une vengeance, Harry… N'as-tu pas écouté ce qu'il a dit ? »

Si, il avait écouté. Mais il n'avait pas vraiment compris. Il n'en avait pas très envie, de toute façon. Il avait l'intuition qu'il n'était pas particulièrement sain de se plonger dans la psyché torturée de son professeur de potions.

« Mais maintenant que nous avons trouvé le dernier Horcruxe, je ne risque plus rien, n'est-ce pas ? demanda Harry, préférant changer de sujet.

- Il nous reste encore à trouver ce qui reste de Voldemort… Privé de ses Horcruxes, sans forme bien définie, sans ses partisans Mangemorts, il est bien moins dangereux maintenant. Ce qui ne veut pas dire que nous devons abaisser notre niveau de vigilance. Tu risques d'avoir à supporter le Professeur Rogue pendant quelques temps encore… »

Harry grogna vaguement. Il avait compris qu'il devait se faire une raison : Rogue resterait à Poudlard, et ils devraient cohabiter tous les deux.

« Maintenant, j'aimerais que tu me racontes ce qui s'est passé dans la Salle sur Demande, si tu veux bien, Harry.

- Je n'ai pas compris moi-même, Professeur… Je ne me souviens même pas d'avoir pris le diadème… C'était comme si… comme si je dormais…

- Tu as parlé d'une voix ?

- Oui… Il me semble…

- Une voix que tu connaissais ?

- Je l'avais déjà entendue, je crois.

- Masculine ou féminine ?

- C'était un homme… Je crois, je ne suis pas certain…

- Ce n'est pas grave, Harry. Je pense que tu n'as pas trop à t'inquiéter. La… voix qui t'a guidé l'a fait pour de bonnes raisons, après tout. Mais si le phénomène se reproduit, promets-moi de me le signaler tout de suite, d'accord Harry ?

- Bien, Professeur…

- J'ai fait prévenir Sirius. Il viendra te voir demain.

- C'était inutile ! »

Sirius allait encore s'inquiéter, il en était sûr, et il risquait de vouloir le ramener chez eux, encore une fois. Harry n'avait pas du tout envie d'avoir à le convaincre de le laisser à Poudlard.

« Sirius a besoin de vérifier que tu vas bien. Il parlera un peu avec toi, et il se remettra à la recherche de Voldemort.

- Il risque de vouloir me récupérer encore !

- Non, il a bien compris que tu n'avais pas du tout été en danger, cette fois-ci. Il a juste besoin de te voir et de voir le diadème. Par contre… J'aimerais autant que tu restes prudent, sur les circonstances qui t'ont mené jusqu'au diadème…

- Vous voulez dire la voix ?

- Oui.

- Vous pensez qu'il peut… me croire fou, ou possédé, ou… quelque-chose comme ça ?

- Cette voix… Je pense que c'était celle de Regulus…

- Regulus… ?!

- Regulus avait des dons inhabituels… L'entité qui t'a guidé voulait te venir en aide, et je ne vois que trois personnes qui auraient pu le faire : tes parents et Regulus… Je pense que c'était Regulus… »

Harry repensa à ce que lui avait confié Emily. Il lui arrivait de voir son père. La mort n'était pas une barrière totalement infranchissable, apparemment. Du moins, pas pour Regulus Black… Mais il était inutile de perturber Sirius avec tout ceci, Dumbledore avait raison.

« D'accord, je ne lui parlerai pas de la voix… Je peux retourner dans mon dortoir maintenant, Professeur ?

- Oui, Harry. Passe une bonne nuit… »

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Harry avait hâte de se glisser dans son lit. Il n'avait plus envie de se poser de questions sur la voix mystérieuse qui l'avait conduit jusqu'au diadème, ni sur les motivations profondes de Rogue. Il était trop fatigué.

Il posa ses affaires sur sa malle, sourit en rangeant le sachet de chez Zonko dans sa table de chevet et enfila son pyjama. Allait-il laisser Fred et George humilier Rogue ? Il ne savait plus. Il y repenserait le lendemain.

« Où est-ce que tu étais passé ? demanda Ron, qui l'observait depuis son propre lit.

- Tu ne dors pas ?

- Percy était furieux ! Fred et George ont manqué aussi le couvre-feu ! Vous étiez ensemble ?

- Au début, oui. Mais j'étais avec Dumbledore…

- Oh… Un souci ?

- Non, Ron. Tout va très bien. »

Il s'allongea dans son lit, rabattit les couvertures sur lui. Oui, tout allait très bien. Il s'endormit le sourire aux lèvres.

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Remerciements :

Cet épilogue met un point final à une longue et gratifiante expérience d'écriture…

Un grand merci à vous tous, qui avez suivi cette longue histoire pendant toutes ces années – aux anciens comme aux nouveaux lecteurs – et plus particulièrement à Alixe, qui œuvre beaucoup pour la promotion de notre péché mignon que sont les fanfictions. J'ai aussi une pensée pour toi, Ocee… Je ne sais pas si tu liras cet épilogue, mais je n'oublie pas nos échanges si riches, à l'époque de l'écriture de nos deux fictions parallèles.

Et bien évidemment, un grand merci à JK Rowling, pour l'univers merveilleux qu'elle a créé !