Penny Jackson et le Voleur de Foudre
Disclaimer : La saga Percy Jackson et ses spin-offs ne m'appartiennent pas, ce sont les créations de Rick Riordan. De même, Sailor V et Sailor Moon sont la propriété de Naoko Takeuchi.
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Chapitre 21 : Penny visite l'Olympe et fait coucou à son père.
D'après le journal télévisé de Los Angeles, l'explosion de Santa Monica avait été provoquée par un kidnappeur fou qui avait tiré au fusil de chasse sur une voiture de police. Il avait touché par accident une canalisation de gaz qui avait éclaté pendant le tremblement de terre.
Ce kidnappeur fou (alias Arès) était l'homme qui avait enlevé Penny Jackson et deux autres adolescents, dans l'État de New York et leur avait fait traverser le pays en une terrifiante odyssée de dix jours.
La pauvre petite Penny Jackson n'était pas une criminelle internationale, en fin de compte. Ses amis et elle avaient semé la panique dans l'autocar dans le New Jersey en essayant d'échapper à leur ravisseur (et après coup, des témoins jureraient même avoir vu l'homme vêtu de cuir à bord du car – « Pourquoi ne m'en suis-je pas souvenu plus tôt ? »). Le fou avait provoqué l'explosion à l'Arche Saint Louis. D'ailleurs, comment une enfant aurait-elle pu déclencher un tel désastre ? Une serveuse inquiète avait vu l'homme menacer ses captifs devant son restaurant, à Denver, et elle avait demandé à un ami de les prendre en photo, puis elle avait averti la police. Finalement, la courageuse Penny Jackson avait volé un fusil à son ravisseur à Los Angeles et l'avait affronté en duel armé sur la plage. La police était arrivée juste à temps. Mais cinq voitures de police avaient été détruites dans la spectaculaire explosion, et l'homme avait pris la fuite. Il n'y avait pas eu de victimes. Penny Jackson et ses amis étaient sous la garde de la police, sains et saufs.
Les journalistes avaient expliqué toute l'histoire et les trois jeunes s'étaient contentés de hocher la tête, de prendre un air larmoyant et épuisé, et de jouer aux victimes devant les caméras.
Penny avait pris les devants et avait même insinué que son kidnappeur prétendait avoir coopéré avec son beau-père pour l'enlever. L'adolescente savait qu'Arès ne serait jamais attrapé, donc personne ne pouvait démentir les déclarations de la pauvre petite victime. Penny ne comptait pas laisser sa mère retourner à leur appartement en sachant que Gaby Pue-Grave l'y accueillerait, elle méritait mieux que ça, et s'il fallait l'accuser d'enlèvement et séquestration pour se débarrasser de lui, Penny était prête à ça.
_ Au tout début, je refusais de croire que mon beau-père était derrière mon enlèvement, mais mon kidnappeur a mentionné une assurance vie sur ma mère et je me suis rappelée à quel point Gaby aimait l'argent, la bière et le poker… Sniff, sniff. Je me suis dit qu'il devait peut-être avoir des dettes à cause de ses vices. Sniff, sniff. Et puis, je l'ai vu à la télé, feignant de pleurer ma mère avec sa maîtresse blonde à ses côtés. J'ai compris… Gaby voulait se débarrasser de ma mère et moi pour refaire sa vie avec sa maîtresse. Mais notre kidnappeur… il a dit que son complice détenait ma mère en vie… Sniff, sniff. Qu'il ne la tuerait qu'une fois qu'il aurait empoché son argent, sanglota Penny devant les caméras. Je veux rentrer à la maison, mais j'ai si peur qu'il me frappe encore. Mon beau-père est souvent violent et il boit tellement...
Les policiers et les journalistes étaient tellement émus par son laïus qu'ils avaient fait la quête et rassemblé de quoi payer trois billets pour le prochain vol à destination de New York.
Le décollage fut un cauchemar. Durant le vol, chaque turbulence faisait plus peur à Penny qu'un monstre grec. Elle ne desserra pas les mains des accoudoirs de tout le trajet, jusqu'à l'instant où le trio se posa sain et sauf à New York. À l'aéroport, les journalistes locaux les attendaient derrière les contrôles de sécurité et Penny accorda une brève interview en jouant la victime soulagée d'avoir été secourue.
Le trio se sépara à la station de taxi. Penny ordonna à Annabeth et Grover de retourner à la Colonie des Sang-Mêlé et de raconter ce qu'il s'était passé. Ils protestèrent, mais Penny ne changea pas d'avis. Elle savait que si les choses tournaient mal, si jamais les dieux refusaient de la croire… il fallait à tout prix qu'Annabeth et Grover survivent pour dire la vérité à Chiron.
Avec leur promesse de contacter Chiron afin de le prévenir de la culpabilité présumée de Luke, Penny sauta dans un taxi, direction Manhattan.
Une demi-heure plus tard, Penny était à l'intérieur du hall de l'Empire State Building. Elle faisait face à un vigile assis au bureau d'accueil.
_ Six centième étage, dit Penny.
L'homme lisait un gros bouquin avec un dessin de sorcier en couverture, mais ce n'était pas un tome d'Harry Potter.
_ Il n'y a pas de six centième étage, fiston, répondit le vigile.
_ J'ai besoin d'une audience avec Zeus. Je lui ramène l'éclair primitif, dit Penny en ouvrant le sac à dos d'Arès devant le vigile.
L'homme regarda le cylindre métallique à l'intérieur pendant quelques secondes avant de comprendre de quoi il s'agissait. Alors il devint blanc comme un linge.
_ Ce n'est pas…, bafouilla-t-il.
_ Si, absolument, assura Penny. Voulez-vous que je le sorte et…
_ Non ! Non ! Tiens, insère-la dans la fente de sécurité. Fais bien attention à ce que personne ne te voie.
Penny accepta la carte-clé et entra dans l'ascenseur vide. Dès que les portes de l'ascenseur se fermèrent, elle glissa la carte dans la fente. La carte fut avalée et un nouveau bouton apparut sur le panneau des étages, un bouton rouge marqué « 600 ». Penny appuya dessus et attendu.
Une musique d'ambiance se diffusait en sourdine. Pour finir, il y eut un ding ! Les portes s'ouvrirent en coulissant. Penny sortit et faillit avoir une crise cardiaque.
Elle était debout sur une étroite passerelle suspendue dans l'air. À ses pieds s'étendait Manhattan, vu de la hauteur d'un avion. Devant elle, un escalier de marbre blanc enjambait un nuage et grimpait dans le ciel. Son regard suivit les marches jusqu'en haut.
Au-dessus des nuages flottait le sommet décapité d'une montagne, couronné de neige. Des dizaines de palais de plusieurs étages étaient accrochés sur les flancs, formant une cité somptueuse toute en portiques de colonnes blanches, terrasses dorées et braseros de bronze brillant de mille feux.
Des routes serpentaient en dessinant des zigzags délirants jusqu'au sommet, où le plus grand des palais scintillait contre la neige. Des jardins perchés en équilibre précaire débordaient d'oliviers et de rosiers en fleurs. Penny aperçut un marché en plein air aux tentes de toutes les couleurs, un amphithéâtre en pierre construit sur un des flancs de la montagne, et sur l'autre un hippodrome et un colisée. C'était une cité grecque antique, à la différence qu'elle n'était pas en ruines. Elle était neuve, propre, riche en couleurs, comme Athènes avait dû l'être il y a quelque deux mille cinq cents ans.
Penny traversa l'Olympe comme dans un brouillard de nostalgie. Elle avait toujours été attirée par l'architecture grecque et romaine, mais contempler en chair et en os, l'Olympe était une toute autre vision et émotion. Penny se voyait marcher dans une cité similaire, mais avec de l'or et de l'argent sur tous les bâtiments. Des souvenirs d'une gloire longue perdue revenaient à la surface de son esprit.
Son foyer, non, le foyer de Rosalia sur la planète Vénus était similaire à l'Olympe à la fois dans son architecture, mais aussi dans son organisation. De brèves images de course de char dans un hippodrome, de combats dans un colisée en or et de divertissements théâtraux et musicaux dans un amphithéâtre en argent traversèrent son esprit.
Penny grimpa la route principale, qui menait au grand palais du sommet. C'était la réplique inversée du palais des Enfers. Là-bas, tout était noir et bronze. Ici, tout scintillait de blanc et d'argenté.
Un escalier menait à une cour centrale. De l'autre côté de la cour s'étendait la salle du trône.
« Salle » n'était pas vraiment le mot. C'était un lieu si vaste que par comparaison, la gare centrale de New York tenait du placard à balais. D'imposantes colonnes rejoignaient un dôme doré, orné de constellations en mouvement.
Douze trônes construits pour des êtres de la taille d'Hadès étaient disposés en U à l'envers, comme à la Colonie des Sang-Mêlé. Un énorme feu crépitait dans la fosse centrale. Les trônes étaient vides à l'exception de deux d'entre eux, au fond du U : le trône principal à droite et celui qui se trouvait juste à sa gauche. Penny sut tout de suite qui étaient les deux dieux qui trônaient là. Elle s'avança vers eux, les jambes tremblantes.
Les dieux étaient sous forme humaine géante, comme Hadès quand Penny l'avait rencontré, mais elle ne pouvait pas les regarder sans ressentir un picotement, comme si son corps allait prendre feu. Zeus, le Seigneur des Dieux, portait un costume bleu foncé à fines rayures. Il était assis sur un trône de platine massif aux lignes sobres. Il avait une barbe taillée avec soin, marbrée de gris et de noir comme un nuage d'orage. Son visage était fier, beau et grave, et ses couleur de pluie.
Quand Penny se rapprocha de lui, l'air crépita en dégageant une odeur d'ozone.
Le dieu assis à côté de lui était son frère, sans l'ombre d'un doute, mais il était habillé très différemment. Il lui faisait penser à l'un de ces types qui arpentaient les plages de Floride en ramassant des coquillages et des bois flottés. Il portait des sandales en cuir, un bermuda en toile et une chemise à motifs de perroquets et de cocotiers. Son visage était tanné et ses mains calleuses comme celles d'un vieux pêcheur. Il avait les cheveux noirs, comme Penny. Son visage avait cet air sombre qui avait souvent valu à Penny de se faire qualifier de rebelle quand elle ne souriait pas. Mais ses yeux, vert d'eau comme ceux de Penny, étaient entourés de petites rides de soleil qui disaient qu'il souriait beaucoup lui aussi.
Son trône était un siège de pêcheur de haute mer. C'était le modèle tout simple, pivotant, avec une assise en cuir noir et un étui incorporé pour ranger la canne à pêche. En l'occurrence, à la place d'une canne, l'étui contenait un trident en bronze, dont les pointes lançaient des éclats de lumière verte.
Les dieux étaient immobiles et silencieux, mais il y avait de la tension dans l'air, comme s'ils venaient tout juste de se disputer.
Penny s'approcha du trône du pêcheur et s'agenouilla.
_ Père, s'inclina Penny.
Elle n'osait pas lever la tête. Son cœur battait à se rompre. Elle sentait l'énergie qui émanait des deux dieux. Si elle disait ce qu'il ne fallait pas, elle ne doutait pas une seconde qu'ils pourraient la pulvériser.
À sa gauche, Zeus parla.
_ Tu ne crois pas que tu devrais adresser la parole au maître de céans d'abord, petite ?
Penny garda la tête baissée et attendit.
_ Paix, mon frère, finit par dire Poséidon. La fille s'incline devant son père. Rien de plus normal.
_ Tu la reconnais donc toujours ?, demanda Zeus d'un ton menaçant. Tu reconnais comme tien cet enfant que tu as engendré au mépris de notre serment sacré ?
_ J'ai admis mon méfait, répondit Poséidon. Maintenant, j'aimerais l'entendre parler.
Penny sentit un poignard transpercer son cœur au mot « méfait ». N'était-elle rien de plus que cela ? Un méfait ? Le fruit d'une erreur commise par un dieu ?
_ Je l'ai épargnée une fois déjà, grommela Zeus. Oser pénétrer dans mon domaine…. Pff ! J'aurais dû la griller en plein vol pour son impudence.
_ Et courir le risque de détruire ton éclair primitif ?, demanda posément Poséidon. Écoutons ce qu'elle a à dire, mon frère.
Zeus bougonna encore un peu, puis il trancha
_ Je l'écouterai. Puis, je déciderai si oui ou non je souhaite précipiter cette fille du haut de l'Olympe.
_ Pénélope, demanda Poséidon. Regarde-moi.
Penny obéit, mais elle ne sut pas décrypter son expression. Elle n'y lut aucun signe clair d'amour ou d'approbation. Rien qui pût l'encourager. C'était comme regarder l'océan : certains jours, tu voyais quelle était son humeur. Mais la plupart du temps, il était énigmatique, mystérieux.
Penny eut l'impression que Poséidon ne savait pas vraiment quoi penser d'elle. Il n'avait pas déterminé s'il était heureux de l'avoir pour fille ou non.
_ Parle au seigneur Zeus, petite, lui dit Poséidon. Raconte-lui ton histoire.
Alors, Penny raconta tout à Zeus, exactement comme cela s'était passé depuis sa rencontre avec Arès à Denver, jusqu'à la façon dont elle était revenue par avion à New York. Elle sortit le cylindre de métal, qui aussitôt lança des étincelles en présence du dieu du ciel, et elle le déposa à ses pieds.
Il y eut un long silence, interrompu seulement par le crépitement du feu dans la fosse.
Zeus ouvrit la main. L'éclair de foudre vola pour s'y placer. Lorsque le dieu referma le poing, l'électricité embrasait les extrémités du métal et bientôt ce qu'il tenait en main prit l'aspect d'un véritable éclair, d'un javelot long de six mètres d'énergie vibrante et sifflante qui hérissait les cheveux de Penny sur sa tête.
_ Je sens que la fille dit la vérité, marmonna Zeus. Pourtant, qu'Arès ait fait une telle chose… Ça ne lui ressemble vraiment pas.
_ Il est fier et impulsif, dit Poséidon. C'est de famille.
_ Seigneur ?, dit Penny.
_ Oui ?, dirent les deux frères.
_ Comme je vous l'ai dis, il est clair qu'Arès n'est pas le commanditaire du vol, ni le voleur. Il a juste capturé le voleur après que le vol fut remarqué. Le commanditaire est dans le Tartare, grand-père, le Retors, comme son serviteur l'a appelé. Il a manipulé les désirs d'Arès de façon subtile en pensant qu'il parviendrait ainsi à obtenir votre éclair et le casque du Seigneur Hadès. Mais Arès ne lui a pas complètement obéi. Il a juste connecté l'éclair au sac qu'il m'a remis à Denver, il a conservé le casque sur lui dans un bref moment de défiance. Grand-père n'est pas complètement parvenu à le manipuler, mais il y était presque. Mes amis et moi avons bien failli tomber dans la fosse, dans ses griffes. Et il semble qu'au moins un demi-dieu travaille pour lui, probablement Luke Castellan de la Colonie des Sang-Mêlé et du bungalow d'Hermès. C'est lui qui m'a remis les chaussures volantes ensorcelés qui ont failli précipiter mon compagnon satyre dans le Tartare. Il a aussi tenté de me manipuler contre mes compagnons et le Seigneur Hadès lors d'une conversation par Iris-Mail. Et en y repensant, je suis quasiment sûre que c'est sa voix que j'ai entendu, lorsque j'ai espionné par rêve la conversation de grand-père et son serviteur, déclara Penny.
Poséidon et Zeus se regardèrent quand elle se tut. Ils eurent une conversation brève et enflammée en grec ancien. Et Penny entendit clairement le mot : père.
Poséidon voulut faire une suggestion, mais Zeus l'interrompit. Poséidon essaya de discuter, mais Zeus leva la main avec colère.
_ Le sujet est clos, dit-il. À présent, je dois aller en personne purifier cet éclair dans les eaux du Lemnos, pour retirer la souillure humaine du métal.
Il se leva et regarda Penny. Son expression s'adoucit d'un quart de degré.
_ Tu m'as rendu service, petite. Peu de héros auraient pu en accomplir autant.
_ J'ai eu de l'aide, seigneur, répondit Penny. Annabeth Chase et Grover Underwood…
_ En signe de remerciement, je t'épargnerai la vie. Je ne te fais pas confiance, Pénélope Jackson. Je n'aime pas ce que ton arrivée signifie pour l'avenir de l'Olympe. Mais pour préserver la paix dans la famille, je te laisserai vivre. Mais ne t'avise pas de reprendre l'avion. Que je ne te trouve pas ici à mon retour, ou tu tâteras de cet éclair. Et ce sera ta dernière sensation.
Le tonnerre ébranlait le palais. Dans un éclair de foudre aveuglant, Zeus disparut.
Penny se retrouva seule dans la salle du trône avec son père.
_ Ton oncle, soupira Poséidon, a toujours eu un faible pour les sorties spectaculaires. Je pense qu'il aurait fait un excellent dieu du théâtre.
Un silence gêné s'installa.
_ Si je puis m'excuser… père. Je vais quitter votre champ de vision et repartir pour la Colonie des Sang-Mêlé. J'aimerai m'assurer que mes compagnons sont arrivés sains et saufs, déclara Penny d'une voix glaciale.
Elle avait toujours en tête la façon dont Poséidon l'avait désigné comme un « méfait », une erreur de sa part. Et elle ne voulait qu'une chose, quitter l'Olympe et pleurer loin des dieux.
Poséidon la regarda mal à l'aise. Il pouvait sentir la déception et la colère dans le ton de voix de sa fille.
_ L'obéissance ne te vient pas facilement, hein ? C'est sans doute un peu ma faute. La mer n'aime pas être contenue. (Il se déplia de toute sa hauteur et il brandit son trident. Puis il scintilla et il devint de la taille d'un homme normal, debout devant Penny.) Tu peux partir, mon enfant. Mais d'abord, sache que ta mère est rentrée. Tu l'as retrouveras à la maison. Hadès l'a renvoyée lorsqu'il a récupéré son casque. Même le Seigneur des Morts paie ses dettes.
_ J'ai respecté mon serment sur le Styx, en récupérant son casque et en le confiant à l'un de ses fidèles serviteurs. Le Seigneur Hadès a respecté sa propre part du marché, dit calmement Penny.
Elle était soulagée d'avoir la confirmation du retour de sa mère, même si elle n'en doutait pas vraiment. Hadès souhaitait seulement récupérer au plus vite son casque, il n'en avait rien à faire de Sally Jackson, s'il retrouvait son bien volé. Et puis, ce n'était pas comme si sa mère était l'un de ses morts, il l'avait maintenue en vie durant tous ces jours, donc elle n'était pas un véritable membre de son royaume.
_ Lorsque tu rentreras chez toi, Penny, tu devras prendre une décision importante. Tu trouveras un paquet qui t'attend dans ta chambre.
_ Un paquet ?
_ Tu comprendras en le voyant. Personne ne peut choisir ta voie, Penny. C'est à toi de décider.
Penny hocha la tête sans comprendre ce qu'il voulait dire.
_ Ta mère est une reine entre les femmes, dit Poséidon avec mélancolie. Je n'avais pas rencontré de mortelle comme elle depuis mille ans. Pourtant… je regrette que tu sois née, mon enfant. Je t'ai apporté un destin de héros, et un destin de héros n'est jamais heureux. Il n'est jamais rien d'autre que tragique.
Penny était au bord des larmes. Son propre père lui disait qu'il regrettait qu'elle soit née.
_ Je vais vous laisser, alors. Je… je ne vous embêterai plus. Vous pouvez faire comme si je n'avais jamais existé, dit Penny en s'inclinant gauchement, puis en se tournant vers les portes de la salle des trônes.
Elle n'avait pas fait cinq pas lorsqu'il la rappela :
_ Pénélope.
Penny s'arrêta, mais ne se retourna pas. Elle ne souhaitait pas montrer ses larmes à Poséidon.
_ Tu as bien agi, Pénélope. Ne te méprends pas sur mes paroles. Quoi que tu puisses faire d'autre, sache que tu m'appartiens. Tu es une vraie fille du dieu de la mer.
Lorsque Penny traversa la cité des dieux dans le sens inverse, les conversations s'arrêtèrent à son passage. Les muses interrompirent leur concert. Les gens, les satyres et les naïades se tournaient tous vers elle, le visage empreint de respect et de gratitude, et s'agenouillaient comme si elle était une sorte de héros.
Un quart d'heure plus tard, toujours en transe, Penny était de retour dans les rues de Manhattan.
Penny prit un taxi pour se rendre à l'appartement de sa mère et paya le chauffeur avec sa carte Lotus en plastique vert. Elle sonna à la porte et sa mère lui ouvrit. Dès que Sally vit sa fille, elle l'enlaça et cria :
_ Penny ! Mon bébé ! Le ciel soit loué !
Mère et fille s'étreignirent dans hall, Sally passant sa main dans les cheveux de sa fille.
Sally raconta qu'elle avait débarqué à l'appartement ce matin, quasiment en même temps que la police. Gaby avait été arrêté par les policiers new yorkais suite aux accusations de Penny et Sally elle-même avait été emmenée à l'hôpital puis au commissariat pour donner une déposition. Heureusement, Hadès avait pris le temps d'observer le petit manège de Penny avec les journalistes et la déesse Hécate qui avait la Brume pour domaine, avait pris soin de l'informer des modifications qu'elle avait effectuées pour masquer le surnaturel. Une version des évènements avait été convenue entre les deux dieux et Sally, une qui enfonçait le clou contre Arès bien sûr.
Hadès n'avait guère apprécié les actions de son neveu et le faire accuser d'enlèvement et séquestration était sa manière de se venger. Penny approuvait complètement.
En tout cas, Sally avait informé la police que ses ravisseurs l'avaient séparée de sa fille et qu'ils avaient eux aussi mentionné son assurance vie et la complicité de son époux. Mais sinon, elle ne gardait que très peu de souvenirs de sa séquestration. Un docteur, et Sally était quasi certaine qu'il s'agissait d'un certain dieu de la médecine et de la musique incognito, avait déclaré qu'elle souffrait d'une amnésie partielle suite au choc. Le médecin lui avait lancé un clin d'œil amusé après avoir remis son bilan médical aux forces de police. Comme s'ils partageaient une plaisanterie qu'ils étaient les seuls à comprendre.
Après avoir donné sa déposition, elle était retournée à l'appartement pour attendre Penny, car on l'avait informée que sa fille rentrerait à New York par avion.
_ J'étais folle d'inquiétude quand on m'a dit que tu prenais l'avion pour New York ! Tout s'est bien passé ? Il n'y a pas eu de problème ?, lui demanda Sally une fois qu'elles furent entrées dans l'appartement.
_ Non, oncle Z m'a épargnée cette fois-ci. Mais il m'a prévenue que ce serait la seule et dernière fois, plus jamais d'avion pour moi…. Et j'ai vu mon père… Pas les plus aimantes retrouvailles père-fille qui soient, répondit Penny en soupirant.
Sally grimaça quelques instants, puis soupira.
_ Je voulais tant te protéger de ce monde. Je pensais qu'on pourrait continuer à vivre toutes les deux, sans que le monde de ton père nous sépare, dit Sally tristement.
_ Maman, je suis grande maintenant. Je peux me protéger seule des monstres. On n'a plus besoin de Gaby. Tu peux le quitter et vivre la vie que tu mérites sans craindre pour ma vie. Je suis forte aujourd'hui. J'ai même battu un dieu, tu sais ?, déclara Penny.
Sally la regarda horrifiée.
_ C'est une longue histoire que je n'ai malheureusement pas le temps de te raconter aujourd'hui. Il faut que je retourne à la colonie. Je veux m'assurer que le gars qui nous a mis dans le pétrin a bien été appréhendé et j'ai des choses à rendre à mes amis là-bas. Mais je compte bien revenir direct à la maison, lui dit Penny.
_ Tu ne souhaites pas rester à la colonie ? Même pour l'été ?, lui demanda sa mère avec espoir.
_ Je n'ai aucune intention de rester l'année à la colonie. Pour les vacances, ça dépend. J'aimerai être sûre qu'on soit définitivement débarrassée de Gaby. Et puis, si tu travailles tout l'été, peut-être que rester au camp pour m'entraîner quelques semaines ou jusqu'à la rentrée ne serait pas une mauvaise idée. En tout cas, il faut au moins que je repasse au camp pour m'assurer que tout va bien, annonça Penny en entrant dans sa chambre.
Son regard s'attarda sur le paquet posé sur son lit. Un paquet extrêmement familier, dont l'adresse était écrite de la main même de Penny :
LES DIEUX
MONT OLYMPE
600ÈME ÉTAGE
EMPIRE STATE BUILDING
NEW YORK, N.Y
Avec les salutations respectueuses de
PÉNÉLOPE JACKSON
En haut du carton, tracés en capitales fermes d'une main d'homme, figuraient l'adresse de leur appartement et les mots : RETOUR À L'EXPÉDITEUR.
Soudain, Penny comprit ce que Poséidon lui avait dit à l'Olympe.
Un paquet. Une décision.
Penny se tourna vers sa mère.
_ Maman, si Gaby tente de revenir à l'appart', j'me débarrasserais définitivement de lui avec ça, déclara Penny en soulevant le carton avec caution.
_ Un carton ?, demanda Sally confuse.
_ Ce qui se trouve à l'intérieur. La tête de Méduse toujours capable de statufier d'un regard. Mes amis et moi l'avons décapitée durant notre quête, et je l'avais envoyée à l'Olympe pour m'assurer qu'elle ne traîne pas n'importe où, répondit Penny en omettant une partie de la vérité.
Sa mère n'avait pas besoin de savoir que Penny avait voulu faire une sorte de doigt d'honneur à Zeus en lui envoyant ce colis.
_ Tu souhaite pétrifier Gaby ?, dit Sally d'une petite voix.
_ En statue, il ne nous embêterait plus jamais. On aura qu'à dire à la police qu'il a pris la fuite et la statue… on pourra la briser ou même la vendre, lui dit Penny.
Sally contempla le carton dans les mains de sa fille en hésitant un bref instant. Puis elle leva la tête et fixa Penny droit dans les yeux.
_ Non, Penny. Tu ne peux pas faire ça pour moi. Ce n'est pas à toi de régler mes problèmes… Je dois me sauver moi-même, si je veux que ma vie ait un sens quelconque. Je ne peux pas laisser quelqu'un d'autre s'occuper de moi. Je dois trouver le courage par moi-même. Laisse-moi la boîte, je me chargerai de Gabriel s'il repointe le nez ici, déclara Sally.
_ Maman, tu en es sûre ?, lui demanda Penny incertaine.
_ Oui, ma puce. Je sais ce qu'il me reste à faire. Maintenant, va vite à la colonie voir tes amis, répondit Sally en lui donnant un baiser sur le front.
Penny lui laissa la boîte avec la tête de Méduse, puis elle ressortit de l'appartement après s'être rapidement douchée et changée.
Elle reprit un taxi et donna l'adresse de la Colonie au chauffeur. Penny repensa aux paroles de la prophétie de l'oracle de Delphes, plus précisément à la ligne : Et à la fin, tu ne parviendras pas à sauver ce qui compte le plus.
Penny avait retourné les objets volés à leurs propriétaires et avait récupéré sa mère. Alors qu'avait-elle échoué à sauver ?
Sa mère.
Cette réalisation fut si soudaine, qu'elle en sursauta. Même si elle avait secouru sa mère des Enfers, elle ne l'avait pas vraiment sauvée. Non, sa mère avait décidé de se sauver elle-même. Penny ne pouvait plus que prier pour qu'elle réussisse. Le sort de sa mère n'était plus entre ses mains.
