La vie n'est pas toujours rose bonbon
Note d'intention
C'est une série d'OS centrée sur Dora.
De Poudlard à nos jours. Des scènes jamais écrites dans toutes les saisons de Entre Lune et Étoile. Dans l'ordre chronologique.
Si je dois en rajouter, je les mettrais à leur place dans la ligne temporelle, pas à la fin.
Je ne mets pas d'obligation de longueur. Certains chapitres seront très courts, d'autres moins. Certains se suivront à quelques jours ou semaines. D'autres non.
On a le droit de m'en proposer d'autres.
Pour rappel, ma Tonks est née en 1970 et non en 1973. Elle est ainsi la condisciple de Bill plutôt que de Charlie. C'est ma seule entorse au canon. Ou presque.
Novembre 1985. Le professeur
"Il paraît que le nouveau prof de Défense, malgré sa... malgré qu'il soit... Vous-Savez-Quoi, il est bien. Mon cousin Boreas en septième année qui me l'a dit", annonce Aelius Wind quand on grimpe les escaliers centraux de Poudlard.
Il est un peu essoufflé par l'effort. Il doit marcher à côté de quelqu'un qui va plus vite que lui. Peut-être Carley Paulsen. Mais il pourrait aussi s'adresser à Bill Weasley qu'il cherche souvent à impressionner et qui doit monter l'escalier aussi comme les autres Gryffondors de notre année. Pas que je vais me retourner pour vérifier. Dès qu'une fille ou un garçon semble intéressé par une conversation tenue par des personnes de l'autre sexe, les paris de mariage s'envolent ! Et même s'il ne se passe rien, la réputation te colle à la peau. Je l'ai déjà appris à mes dépens dès mes premières semaines à Poudlard, presque quatre années plus tôt.
"Tant qu'il suit le programme au lieu de nous faire toujours réviser les mêmes choses", estime tout bas ma grande et quasi unique copine, Dawn. Elle, si je ne l'avais pas, je ne sais pas si je saurais résister à Poudlard au quotidien.
On arrive assez vite à la salle et j'avoue que je suis curieuse. Remus Lupin, l'a présenté Dumbledore sans cacher qu'il est un loup-garou. Il n'y a pas eu tant de cris d'effroi à cette annonce quand on y pense. Depuis, il paraît que les protestations des parents ne s'arrêtent pas. Mon père en tout cas m'a écrit qu'il ferait "toujours et en toute chose confiance à Dumbledore, surtout pour juger les gens". Pas que je vais clamer sur tous les toits l'avis de mon père. Un Né-Moldu qui a épousé une Sang-Pur qui a été déshéritée à cause de ça ? J'ai appris à mes dépens que ce n'était pas obligatoirement la meilleure carte de visite pour faire autorité pour tous mes camarades.
De loin, Lupin m'a paru assez jeune. Enfin, une septième année a prétendu qu'il avait le même âge que Rogue - et j'avoue que ça, ce n'est pas tellement rassurant. J'ai pourtant du mal à le croire ami de Rogue : ce Lupin a l'air un peu malade, un peu fragile, mais son sourire depuis l'estrade de la table des professeurs m'a paru gentil. Rogue a l'air indestructible et son sourire fait froid dans le dos.
Les premiers arrivés marquent un infime temps d'arrêt sur le pas de la porte.
"Je vous en prie, entrez". La voix qui nous parvient est chaleureuse, mesurée et amusée. Rien à voir avec Rogue.
On échange des regards nerveux et on entre. Le hasard nous amène, Dawn et moi, au milieu de la rangée de droite. Pas totalement devant mais pas loin non plus. Un truc idéal en théorie. Dawn fait ce genre de théorie. Peut-être même qu'elle a fait exprès de nous mener là.
Lupin attend patiemment qu'on soit tous assis pour se lever du bureau sur lequel il s'était assis. Oui, sur le bureau, pas derrière. Jamais Rogue ne ferait une chose pareille ! Il porte une robe professorale noire, simple et a priori neuve. Mais pas les coûteuses robes en soie qu'affectionnent Rogue.
"Poufsouffle et Gryffondor. 4e année", il lit la liste devant lui comme s'il la découvrait. Ses yeux ambrés parcourent ensuite les rangs avant de poser la question : "Ça vous dit de me montrer ce que vous savez faire ?"
Il y a un murmure dans les rangs qui est peut-être un assentiment. En tout cas, lui le prend comme ça. Moi, j'ai stupidement la gorge serrée parce que je n'aimerais pas le décevoir. Et je me sais parfois si maladroite...
"Je vais vous appeler deux par deux. Le deuxième essaiera de désarmer le premier jusqu'à ce qu'on ait fait le tour de la liste. Ça me permettra de savoir à la fois qui vous êtes et où vous en êtes avec un Expelliarmus", explique notre nouveau professeur de sa voix amusée. "On y va ?", il questionne et, sans tellement attendre, il appelle les deux premiers : "Abercrombie et Brown."
Les deux premières filles, Gryffondor, se lèvent avec un instant d'hésitation. Lupin leur sourit pour les encourager. Elles s'avancent et sortent leur baguette avec l'air presque de le regretter. Je ne suis pote avec aucune des deux mais je suis de tout cœur avec elles. Je me rends compte que je retiens mon souffle.
"Brown ?", questionne notre nouveau professeur. Daisy hoche la tête. "Vous désarmez..." Il regarde sa liste : "... Abercrombie."
Daisy et Ellen se font face, Daisy lève sa baguette et articule le sort et la baguette d'Ellen tremble une fois puis vole vers elle. Je sens le soulagement de Daisy jusqu'à ma place. Ce n'est pas qu'on découvre le sort, mais on n'a eu aucun cours de Défense depuis la rentrée. Juste des séances de révisions théoriques encadrées par les septième année. Autant dire pas grand-chose. J'essaie de calculer contre qui je vais me retrouver, mais j'échoue.
Adrian Chubb, notre premier de la classe, vient ensuite se mesurer à Brown. Il doit savoir toute la théorie, lui, mais il a les mains moites, je le sais, quand il lève sa baguette. Je l'entends prononcer le sort presque avec scepticisme, mais finalement la baguette de Brown ne résiste pas longtemps. Je suis contente pour lui et notre maison.
Alba Grunnion, une jolie fille qui le sait un peu trop, descendante de l'inventeur des Bombabouses, évidemment, s'avance avec décision à l'appel de son patronyme. En bonne Gryffondor, elle n'hésite pas une seconde, et Adrian ne lui oppose aucune résistance notable lui non plus. En même temps, je gamberge de ma place, qui nous a jamais parlé de résister à un Expelliarmus ? Tout le monde sait que c'est possible en théorie, mais personne ne nous a jamais expliqué comment s'y prendre.
Lupin ne fait aucun commentaire, mais je dirais qu'il n'a pas manqué une miette de ce qui s'est passé, des forces et des faiblesses de chacun. Il a mis un petit signe devant chaque nom sans que je puisse savoir de ma place si c'est plus qu'une forme de vérification qu'il suit bien sa liste.
Il appelle maintenant Angus Kirke, un Gryffondor qui ne pense qu'au Quidditch et qui ne manque pas de confiance en lui en société. Ça ne fait pas obligatoirement de lui un preux duelliste. De fait, après deux essais, il paraît clair qu'Angus n'arrive pas facilement à désarmer sa condisciple Alba. À sa plus grande surprise mais pas à celle d'Alba, je dirais. Elle a l'air de plus en plus contente d'elle et Lupin a un demi-sourire.
"Belle opposition spontanée. Mais l'exercice est ailleurs pour l'instant. Mademoiselle Granion, laissez-vous désarmer s'il vous plaît."
Kirke est rouge de confusion, voire de honte quand il a enfin la baguette d'Alba dans sa main et, pire encore, quand elle lui reprend avant de retourner à sa place dans un murmure appréciateur tellement fort que Lupin se sent obligé de nous calmer d'un "Allons, allons", avant d'appeler "Dawn Lawrell."
Ma copine et voisine de table se lève avec une infime inspiration nerveuse pour se placer face à Kirke qui essaie de faire bonne figure, mais qui doute. Il faut dire que pendant nos trois premières années, on a eu différentes occasions de se tester mutuellement. Et, malgré ma réputation de maladresse et celle de gentillesse de, Dawn, elle et moi avons toujours eu le dessus sur lui. Si on ajoute maintenant Alba à la liste, on peut dire que sa réputation de faiblesse face à la gente féminine risque de se faire solide.
Cette fois-là ne dépare pas des autres. Il y a une dose suffisante de moquerie contre Angus pour que Lupin intervienne avec sévérité pour la première fois. Dans le silence revenu, Lupin appelle Carley Paulsen qui était déjà prêt à répondre et se place face à Dawn en trois enjambées rapides.
J'aime bien Carley - beaucoup ont insinué que j'étais amoureuse de lui parce qu'on est plutôt inséparables depuis notre premier Poudlard Express. On rigole tellement tous les deux... D'accord, je ne sais pas ce qu'est être amoureuse, mais la forme d'esprit de Carley me ravit. Sa façon d'être à la fois un bon élève et sacré déconneur m'inspire. Je ne crois pas que ça soit de l'amour. Pour aller au fond de ma pensée, je crois même que lui est plutôt assez attiré par Dawn. En général, sa voix baisse d'un ton et essaie de se faire grave et sérieuse quand elle vient nous rejoindre. Là, ils se regardent assez longtemps pour que la tension mutuelle soit patente. Mais quand le sort de Carley sort de sa baguette, précis et dosé, Dawn ne lui oppose aucune vraie résistance.
"Merci, Mademoiselle Lawrrell. Amyas Rabnott", appelle Lupin sans perdre une seconde.
Amyas est ainsi le troisième Poufsouffle à venir devant toute la classe d'affilée. C'est un garçon rêveur et posé, amoureux de botanique et de créatures magiques. Il passe son temps libre à dessiner. Je pense que Carley fait tout pour que Amyas ne rencontre aucune difficulté à le désarmer - Carley est du genre qui suit les consignes, au moins devant le professeur. Mais Amyas met du temps à se concentrer - la baguette est attirée, mais reste dans les airs en suspens avant de le rejoindre.
Ça provoque de nouveaux rires que Lupin ne relève pas. Il préfère enchaîner en appelant Mélodie Pennyfeather. Si elle est rigolote et une source intarissable de potins de toutes sortes, elle n'est pas très précise en général. Son sort manque carrément Amyas qui en lâche sa baguette de surprise. Tout le monde rit quand elle est au sol, Mélodie la première.
Lupin, qui nous observait jusqu'à maintenant appuyé contre un mur, s'en décolle pour la première fois. Il ramasse la baguette d'Amyas et lui donne avec des conseils que nous n'entendons pas. Il guide ensuite le bras de Mélodie pour l'aider à mieux viser et, à elle, il parle un peu plus haut. On n'entend pas distinctement, mais il est question de sensations et de volonté mais aussi de simplicité. Je crois que toute la classe espère en entendre plus et est aussi frustrée que moi. Le deuxième essai est plus concluant, même si la baguette d'Amyas marque plusieurs à-coups avant de rejoindre la main de Mélodie qui laisse pourtant échapper un petit cri ravi de victoire. J'ai du mal à l'imaginer résister peut-être que c'est plutôt révélateur du manque de volonté ou de précision de Mélodie.
Quand Lupin l'appelle, Tanya Sawbridge est prête et pressée d'en découdre. Mélodie recule presque en la voyant arriver. Sans surprise sa baguette vole dans la seconde qui suit dans la main de Tanya.
"Il ne s'agit pas de prendre son camarade par surprise. C'est important que vous ressentiez bien ce qui se passe, quel que soit votre rôle", commente Lupin, et Tanya est embêtée de sa critique indirecte, je le vois bien. Je crois qu'elle voulait l'impressionner. "Nymphadora Tonks".
Je ne sais pas pourquoi j'ai l'impression qu'il a eu un changement de ton en lisant mon nom. Je sais par contre que Dawn me pousse sous la table. Je me retrouve donc face à Tanya qui est une bonne pote la plupart du temps. Je vois néanmoins bien qu'elle a le regard déterminé et qu'elle va faire de son mieux pour m'empêcher de la désarmer.
Je caresse ma baguette de mon pouce pour bien la sentir, pour aider ma magie à l'investir, pour ne faire qu'un avec elle - comme tous nos professeurs ne cessent de nous le conseiller pour toute utilisation de notre baguette. J'inspire pour me stabiliser et je lance le sort avec détermination, projetant déjà la sensation de la baguette de Tanya dans ma main gauche. Il y a une tension dans l'air - je la ressens physiquement. Je perçois la présence de la baguette de Tanya, déjà liée à mon sort, mais lui résistant. Comme enracinée dans Tanya et sa volonté. Je ne sais pas combien de temps ça dure.
La voix de Lupin nous parvient - "Mademoiselle Sawbridge, s'il vous plaît" - et la baguette semble alors s'arracher à la volonté de ma condisciple pour m'obéir enfin. Je crois que l'une comme l'autre nous retenons de nous essuyer le front.
"Je vois que nous avons des adeptes du spectacle", est le commentaire un peu fataliste de notre professeur, les yeux rivés sur sa liste. Il appelle Samson Toothill.
Je sais, j'aurais dû le voir venir. Toute ma chance : je me retrouve face au descendant de la plus célèbre duelliste de toutes les cartes Chocogrenouille et, aussi, face à l'ami de Kirke que Dawn a humilié. Et pour Kirke ou Toothill, Dawn ou moi, c'est la même chose. Je ne sais pas ce qui fait intervenir Lupin avant même que Toothill ait levé sa baguette.
"Il n'y a pas d'autre enjeu que connaître votre nom et votre maîtrise du sort. Ce n'est pas un duel", il rajoute.
On opine, Toothill et moi, mais dans les yeux de Samson, je vois bien qu'il a d'autres enjeux en tête que les consignes données. Je sais que je ne suis pas censée résister. Je ne sais pas vraiment comment on résiste d'ailleurs. Lupin a salué l'obstination d'Alba, je me souviens. J'ai vu la baguette de Tanya enracinée dans sa volonté. Je ne sais pas si c'est ce qu'il faut faire, mais je décide que je ne veux pas que ça soit trop facile pour Toothill et je m'accroche à cette idée. Il doit lancer le sort trois fois.
"Nymphadora", intervient alors Lupin avec une certaine impatience dans la voix.
"Monsieur, elle déteste qu'on l'appelle comme ça !", s'amuse Daisy Brown.
"Pardon. Mademoiselle Tonks", se reprend notre professeur. "On aura d'autres occasions d'exercer notre volonté."
Il me faut de longues secondes pour arriver à me laisser désarmer. En fait, je crois qu'il me faut la moitié du temps pour arriver à me rendre compte de l'immensité de mon refus. Ensuite, je laisse tout tomber, comme on se casse la gueule.
"Merci, Mademoiselle Tonks", ponctue alors Lupin en se détournant de moi. "Aelius Wind, s'il vous plaît."
De retour à ma place, j'estime que Samson essaie lui aussi de résister. Aelius n'y arrive pas du premier coup - il repousse plutôt Toothill contre le mur.
"Recommencez avec moins d'enthousiasme, Monsieur Wind. Monsieur Toothill, concentrez-vous sur les sensations au moment où la baguette vous échappe. Si vous voulez un jour savoir la retenir efficacement, il faut accepter de la laisser partir et connaître la sensation", indique Lupin avec un flegme qui me laisse pantoise.
Le deuxième essai est concluant sans que je ne puisse décider si c'est Aelius qui a été meilleur ou Samson qui s'est laissé faire. Lupin a l'air soulagé quand il peut appeler Bill Weasley, le dernier de l'alphabet. Aelius ne résiste pas ou ne fait pas le poids face à Bill qui n'est jamais le dernier à lancer des sorts solides. Il faut encore qu'Ellen Abercrombie revienne pour qu'on ait tous fait l'exercice.
"Bon. Il y a des bases", est le premier commentaire de notre professeur quand tout le monde a regagné sa place. Il se frotte le nez. "Malgré ma demande, certains ont essayé de résister. Ça leur a demandé des efforts méritoires mais disproportionnés avec le résultat. Vous ne vous êtes pas opposés au sort, mais à la volonté toute entière de l'autre. Imaginez que les Aurors doivent mettre toute leur volonté dans chaque résistance aux Expelliarmus - heureusement pour nous et pour eux, ce n'est pas le cas", il s'exclame nous laissant quelques secondes pour mesurer cette vérité. "Vous faire distinguer la différence entre résister à un sort et entrer en conflit avec la volonté magique de votre opposant est un chouette défi que je vais tenter de relever. Pour commencer, j'aimerais qu'on se concentre tous sur la volonté de désarmement. Comment nourrir sa magie quand on lance ce sort ? Sans y mettre toutes ses forces ? Sans perdre la conscience d'où on est, de qui on est ? Sans devenir pour autant vulnérable à une quelconque attaque ? Beaucoup moins de force, beaucoup plus de précision. Vous en êtes tous capables."
"Tous ?", questionne Adrian Chubb.
"Il y a divers chemins pour y arriver. La théorie. La pratique. L'obstination. L'intuition", s'amuse Lupin en se levant. "Je vais tous vous les proposer et vous allez trouver le vôtre."
"Un jour, je me marierai avec lui", me souffle alors Dawn d'un ton convaincu alors qu'elle sort son matériel pour prendre des notes.
L'idée me saisit. Je regarde Lupin avec ses robes noires et j'essaie de l'imaginer épouser ma copine Dawn. L'idée m'amuse tellement que je me sens prise d'un fou rire. J'essaie de me contrôler, mais je sens bien que mes barrières sont faibles - sans doute à cause de l'énergie que j'aie stupidement passé à vaincre Tanya et à faire transpirer Toothill. C'est ma dernière pensée cohérente avant que mes cheveux deviennent rose bonbon de rire contenu. Pour la plus grande joie de mes camarades. Évidemment.
Je m'enfuis de la classe avant de réfléchir. Je me colle dans le premier placard que je trouve, renversant seaux et balais entreposés dans un fracas qui explique sans doute que Lupin ouvre la porte très peu de minutes plus tard. À moins que ce soient ses sens lupins, imagine la partie la plus rationnelle de mon cerveau. Ça a un odorat précis, les loups-garous, non ?
"Je suis désolée", je lâche en me recroquevillant dans mon placard.
"Je pense comprendre votre embarras, Mademoiselle Tonks, mais votre solution me paraît pire que le mal", est son commentaire qui m'arrive de haut. J'arrive à relever les yeux. Il me paraît calme. Presque inquiet pour moi. "On ne s'enfuit jamais assez loin pour ne pas avoir à regarder les autres en face. Pour ne pas devoir accepter ses forces comme ses faiblesses."
"J'ai l'air ridicule", je marmonne. "Même pas capable de garder ma couleur de cheveux !"
"Mais pourtant capable de faire suer votre camarade Toothill ou venir à bout de l'obstination marquée de votre camarade Sawbdrige", il commente avec une certaine chaleur. Je le regarde par en dessous et n'arrive toujours pas à le penser en colère sans pour autant savoir quoi en faire. "Allons, debout, mademoiselle Tonks. J'ai un cours à finir et vous allez y participer."
On ne peut pas dire qu'il ait crié ou qu'il ait été très incisif. Il a plutôt semblé énoncer une vérité fondamentale qu'un ordre. J'obéis pourtant. De retour dans la classe, il me fait lire le premier paragraphe du texte théorique qu'il avait apparemment pris le temps d'indiquer aux autres avant de me chercher. Ma voix tremble sur les premiers mots, mais j'arrive au bout et il n'y a aucun rire.
Quand le texte est entièrement lu, il a changé de lecteurs à chaque paragraphe, Lupin pose des questions, et plus personne ne me regarde. Même Dawn qui avait pourtant l'air inquiète pour moi quand je suis revenue. Je n'ose répondre à aucune, même quand j'ai une bonne idée de la réponse. Mais, même si mes cheveux restent rosés malgré tous mes efforts pour leur rendre leur couleur naturelle, je sens que je me calme un peu.
Au moment de donner les devoirs à faire, Lupin est à côté de notre bureau et, quand tout le monde se lève, il me demande de rester. Dawn sort avec un air désolé pour moi que je partage sincèrement. Franchement, le premier jour de l'enseignement d'une de mes matières favorites !
"Métamorphomage", il pose quand la porte s'est refermée et qu'il s'est assis sur mon bureau.
"Oui, professeur."
"J'ignorais que le trait courait chez les Black", est son étonnant commentaire.
Je n'ai pas de réponse sur le fond. Je n'ai jamais posé la question et mon "don" n'a jamais été présenté comme un héritage Black. Mais est-ce que ma mère aurait accepté que j'ai un trait Black ? La tête me tourne un peu.
"Vous connaissez ma mère ?" est la seule réplique qui me vienne, balbutiante. "Professeur", je rajoute un peu tard. Un Rogue m'aurait incendié pour moins.
"Un peu. Plus âgée que moi. Mais, j'étais ami avec un de ses cousins", il hésite alors et je comprends. L'âge colle. Gryffondor ? Sans doute.
"Sirius", je propose.
"C'était mon ami. Je sais que ça peut paraître… culotté de dire ça. Mais à l'époque, je le pensais mon ami."
Ma mère formulerait ça quasiment de la même façon. La même incompréhension fondamentale pour la trahison de Sirius, de ses amis comme des idéaux qu'il avait tant semblé défendre. "Après tout ce qu'il avait sacrifié", soupire souvent ma mère quand le sujet arrive sur le tapis.
"Vous m'avez appelée par mon prénom", je me souviens. Peut-être qu'il m'a vu bébé ou enfant. Sirius venait à la maison et amenait ses amis - je m'en souviens et il y a quelques photos dans notre album familial. J'essaie de me rappeler, mais je n'ai pas souvenir d'un jeune Lupin prenant le thé chez mes parents..
"Je ne savais pas que vous ne l'aimiez pas. Et je n'aurais pas dû."
"Je le trouve un peu ridicule". Il opine sobrement. Sans poser de questions, sans chercher à me demander d'être raisonnable ou aucun de ces comportements adultes habituels "Je n'aurais pas dû passer toute mon énergie contre Toothill", je reconnais en retour. "Surtout après Tanya... Je sais bien qu'après je peux perdre le contrôle de mon... don."
Mes parents ont toujours parlé de "don" après tout.
"Vous n'êtes pas celle qui a commencé... C'était dans l'air depuis le début. J'aurais dû intervenir avant. Interdire clairement la résistance plutôt que de la faire remarquer", il estime - étonnamment à l'aise dans son autocritique. "Le rose a-t-il un sens ?"
"J'avais envie de rire", je lui avoue en baissant les yeux.
"Quelle bonne nouvelle !", est son nouveau étonnant commentaire. J'ose regarder ses yeux et il semble sincère. "Je trouve élogieux de vous avoir amusée. J'espère que vous viendrez curieuse et aussi bien disposée à notre prochain cours."
"Promis, Professeur", est ma réponse fervente. Je ne vais pas lui parler du projet de mariage de Dawn.
oooo
La classe de DFCM 4e année
Poufsouffle
Adrian Chubb (intello) | Dawn Lawrell (future Paulsen) | Carley Paulsen | Amyas Rabnott (botanique et faune magique) | Tanya Sawbridge | Nymphadora Tonks | Aelius Wind
Gryffondor
Ellen Abercrombie | Daisy Brown | Alba Grunnion (Bombabouse) | Angus Kirke (Quidditch) | Melody Pennyfeather | Samson Toothill (descendant de la célèbre duelliste) | Bill Weasley |
