Novembre 1991. La Guide
"Tonks !"
Cyrus saute dans mes bras dès que j'ai poussé la porte de la chambre d'hôtel de Remus à Dublin. Elle est nettement plus grande que la mienne. C'est ce qu'on appelle une suite.
"Prêt pour toute une journée avec moi ?", je questionne en retour.
L'idée est de moi : le sortir de cet hôtel et passer une journée à faire du tourisme, une vraie journée de vacances, de rupture avec ma mission de surveillance et de protection du chef de la Diplomatie britannique. J'ai proposé sans arrière-pensée dès que j'ai eu une vision de mon agenda durant cette semaine irlandaise, et j'ai tenu bon face au scepticisme de Remus.
"Oui !", clame le gamin avec ce sourire resplendissant qui est sa marque de fabrique.
"Merci encore, Tonks", intervient Remus. "Tu as un programme ?"
Je flirte avec l'idée de dire que non, ou de parler d'aller voler à l'étalage dans les grands magasins moldus irlandais, mais j'ai pitié de lui. Il va passer, lui, la journée à négocier avec les autres écoles européennes de magie les termes d'une coopération renouvelée. Il n'a pas besoin de se demander si j'étais sérieuse dans mes provocations. Pas dans celles-là, en tout cas.
"Je pense qu'on peut commencer par aller courir et se défouler dans un parc. J'en ai repéré un avec une super aire de jeux", j'explique. "Et puis, il sera sans doute l'heure de manger quelque part. Et cet après-midi, on verra ce qu'on a envie de faire. Sorcier, moldu... On sera de retour à 18h au plus tard."
Bizarrement, Lupin a l'air encore plus désarçonné par mon programme.
"Ça ne te convient pas ?", je m'inquiète.
"Je trouve ça, au contraire, parfait", il me répond.
"On est partis ?", presse Cyrus alors que j'essaie encore de comprendre le fond de la pensée de son père adoptif.
"On est partis", je souris.
"Tu te rappelles d'être sage ?", intervient encore nerveusement Remus.
"Papa, je vais être sage. Tu as été plus que clair. J'ai promis en plus", soupire Cyrus en écartant ses longues mèches de son visage pour le regarder bien en face. "Je peux faire quoi de plus ?"
"Tenir ta promesse", répond Remus avec ce sixième sens pour le tac au tac avec les adolescents que je n'ai pas oublié, mais il y a aussi un sourire qui me plaît sur son visage.
La matinée dans le parc se passe un peu comme je m'y attendais. Cyrus court partout, se fait autant de copains qu'au Brésil et a l'air d'un gamin de dix ans qui avait besoin de sortir de son hôtel. Je participe de loin en loin, notamment à une course de celui qui montera le plus vite en haut d'une espèce de pyramide en bois. Un môme demande à Cyrus si je suis sa sœur et lui rétorque : "Mais non, une copine de mon père qui a eu pitié de moi." Je ne sais pas quelle appellation je préfère. Je ne peux que mesurer combien en cet instant l'ombre de Sirius semble avoir totalement disparu.
On opte pour des sandwiches qu'on déguste en se promenant dans les artères moldues puisqu'on ira après dans la zone sorcière à la recherche d'un possible magasin de souvenirs dédiée aux équipes irlandaises de Quidditch. J'avoue que je suis aussi partante que Cyrus à l'idée.
Dès qu'on rentre dans le quartier sorcier, la première personne à qui on demande sait tout de suite nous orienter, mais commence aussi à nous donner son opinion du dernier match des Chauves-Souris de Ballycastel. Le temps que je le remercie, Cyrus a simplement disparu. J'ai une seconde d'affolement en ne le voyant pas à mes côtés. J'hésite à lancer une recherche magique, mais j'opte pour l'idée qu'il est parti vers la boutique qu'il voulait tant voir. Je le retrouve au coin de la rue, penaud et m'attendant.
"Pourquoi tu es parti comme ça ?"
"Désolé, Tonks. Je suis désolé. Pardon, pardon, pardon. Promis, je suis désolé !", il promet avec effusion.
"D'accord, mais... pourquoi ?", j'insiste un peu quand même.
"J'ai cru que tu allais suivre mais... je sais, je devais rester à côté de toi... attendre... Pardon, pardon !"
"Tu m'as attendue", je relève en essayant de comprendre ses deux réactions consécutives. Je comprends mieux l'excitation que ses excuses en fait.
"Sirius hurlait", il souffle. "Il hurlait que je ne faisais que des bêtises, que Remus... Papa... allait être furieux - comme l'autre fois ; que tu allais me chercher, que j'avais promis... Il hurlait tellement que je me suis arrêté... Désolé !"
Une partie de mon cerveau, avec un ton qui ressemble un peu trop à celui de Kingsley me faisant la leçon, estime que des propos pareils ne sont pas pour toutes les oreilles. Je crée une bulle de silence autour de nous qui fait s'écarquiller les yeux de Cyrus d'une appréhension claire. Je réalise qu'il pense que je vais le gronder. La vérité est que je cède plutôt à ma tentation d'en savoir davantage.
"Sirius hurle ?", je répète en faisant bien attention de ne pas avoir l'air aggressive.
"Quand il pense que je ne fais que des conneries, oui", soupire Cyrus. "Et la dernière fois que je ne l'ai pas écouté... ça a mal fini. Tu es fâchée ?", il s'inquiète. "Tu ne veux plus aller à la boutique ? Pourquoi tu as mis la bulle ?"
"Si, allons", je décide parce que je n'ai pas d'autres idées pour passer l'après-midi et sans doute aucune expérience en éducation. Cyrus se place à mes côtés dès que je me mets en marche et prend immédiatement ma main comme un enfant plus jeune qu'il n'est. "Tu as juste lâché trop de Sirius et de Remus pour une rue commerçante où qu'elle soit."
"Oh", il réalise, l'air sincèrement contrit. "Je vais être très sage", il promet.
J'avoue que je souris avant de me dire qu'il ne faut sans doute pas. "Bonne nouvelle."
"Tu ne vas pas lui dire, hein ? Promis, je ne recommencerai pas !"
"Si tu parles de Remus, non. Si tu es très sage, je ne vois pas pourquoi je devrais lui parler d'un court instant d'incompréhension entre nous", je réponds avec pas mal de légèreté et un clin d'œil. Je suis assez intriguée par son comportement. Ce n'est pas de la panique, mais ce n'en est pas loin. Or, si je ne dirais pas que Remus ne peut pas en imposer, ce n'est pas Rogue. Toute panique me semble exagérée.
"Si tu te plains de moi, il dira non demain ou un autre jour", il insiste. Peut-être que je tiens la raison de son inquiétude.
"Je vais finir par me sentir flattée que tu mettes autant de valeur au fait de passer la journée avec moi !"
Cyrus se mordille les lèvres avant de me livrer : "D'abord, oui, c'est cool d'être avec toi, Tonks. C'était cool toute la journée. Et puis... je... je serai puni en plus... alors franchement, déjà que c'est pas très drôle si je dois rester à l'hôtel... Et Sirius sera furieux aussi... "
Je me demande vaguement de qui Cyrus a le plus peur sans y arriver.
"Ok, message reçu. Ça m'a inquiétée que tu disparaisses comme ça, mais l'incident est clos. Promis."
On a presque remonté la rue indiquée par le passant aimable de tout à l'heure quand il reprend en serrant ma main.
"Remus... il t'aime bien, tu sais. Quand il a dit qu'il ne fallait pas que je t'embête, j'ai bien vu... Je veux dire : il dit la même chose quand je vais chez les Weasley, mais… ce sont les mêmes mots... mais sa voix est différente", il développe. Il se tait un instant avant de rajouter dans un murmure : "Sirius, il pense comme moi."
Merlin, Cerridwenn, sont les seuls mots qui me viennent tellement mon cerveau a arrêté de penser de manière constructive.
"Et toi ?", il insiste.
"Moi ?"
"Toi, tu l'aimes bien ?", il me questionne de sa petite voix aiguë. "Tu vas jouer au billard avec lui des fois le soir quand il reste à Londres, non ? Il reste de plus en plus souvent. Il a dit que parfois tu lui proposes de jouer au billard..."
Je lui propose de jouer au billard ?
"J'ai fait de grands progrès grâce à lui", j'arrive à formuler après un silence sans doute beaucoup trop long pour être crédible et innocent
"Sirius, il est content qu'il ne fasse pas que travailler... Il dit que je suis égoïste... qu'il a bien le droit d'avoir une vie... d'aimer passer la soirée avec une fille sympa comme toi", reprend Cyrus, les sourcils froncés.
"Tu n'aimes pas quand il ne rentre pas", je relève parce que le reste fait carrément peur.
"C'est mon papa", me répond Cyrus de sa petite voix toujours plus aigue que son âge. "Il regarde mes devoirs ; il râle si je ne range pas mais... c'est mon papa... Minerva ou Linky, ce n'est pas pareil."
J'ai vraiment envie de demander ce que pense Sirius de cette sortie, mais je n'ose pas.
"Sirius dit que j'ai de la chance... que Remus est un papa formidable, qui râle un peu, mais qui rigole aussi beaucoup", ajoute Cyrus de lui-même. Je dirais qu'il se parle presque davantage qu'il s'adresse à moi." Et puis, il y a Harry... quand on est tous les trois, c'est trop bien. Si on était tout le temps tous les trois, Sirius serait content... Il aime aussi... Il pense moins au Rat... "
L'idée que, peut-être, Sirius ne soit pas si totalement pressé de reprendre le contrôle ; ou que, même, Cyrus puisse vouloir rester l'enfant de Remus ou le frère de Harry me saisit comme une évidence que je n'aurais pas voulu voir. Poser la question est trop intimidant néanmoins et je suis assez contente qu'on soit arrivés devant la boutique de Quidditch.
oo
Le vendredi soir arrive plus vite ou plus lentement que je ne l'attendais. Toutes les autres fois où j'arrive à m'échapper avec Cyrus se passent bien. Je ne croise Remus qu'à ces occasions et toujours en coup de vent. Toute une semaine au même endroit, dans le même hôtel, à m'occuper quasi chaque jour de son "fils", et je n'arrive même pas à avoir un moment avec lui ! Tout à l'heure, je vais raccompagner le chef de la diplomatie britannique à Londres, et cette escapade irlandaise - avec les espoirs que j'entretenais - sera terminée. Voilà ce que je rumine dans ma surveillance du dernier étage de l'hôtel où se tient la soirée de clôture de la semaine de refondation de la coopération entre les écoles de magies européennes. Je ne sais pas ce qu'ils ont réellement négocié. À part le retour du Tournoi des Sorciers qui m'avait pourtant l'air acté avant.
Je ne suis pas totalement concentrée sur mon travail de surveillance, mais quelque chose attire mon regard alors que j'erre dans les couloirs. Je suis quasiment sûre d'avoir vu une ombre le long d'un mur, vers la porte qui, je le sais, mène aux combles. Ce n'est pas une ombre bien haute. Un elfe qui revient des combles, peut-être.
Je tire néanmoins ma baguette et j'approche en tapinois de la zone. Il me semble que l'ombre rétrécit. Je pointe ma baguette et ordonne à l'être ou la créature en cause de se révéler "au nom des Aurors britanniques et du Ministère de la magie". C'est la procédure.
"Tonks... ce n'est que moi", livre alors une toute petite voix très aiguë.
"Cyrus ?" En trois pas, je suis à côté de lui et je l'ai tiré de son encoignure.
"Je vais rentrer me coucher. Je faisais juste un petit tour", il m'assure, mais ses yeux, qui n'arrivent pas à me regarder en face et se cachent derrière ses mèches de cheveux, crient sa culpabilité.
"Tu étais sur le toit", je réalise. La porte est encore entrouverte en fait.
"Mais je vais aller me coucher", il tente encore.
"Je te raccompagne."
"Ce n'est pas nécessaire", il essaie.
Je le tracte avec moi vers l'ascenseur.
"Tonks, je promets... sur la tête de Harry, que j'allais aller me coucher !"
"Je te croyais surveillé par une elfe", je rétorque et il perd quelques centimètres. "Si elle se rend compte de ton absence, elle va s'inquiéter et..."
"Mais non. Elle pense que tout va bien et je vais aller dans mon lit et ce n'est pas nécessaire d'inquiéter qui que ce soit !", il plaide avec un culot certain qui me rappelle de pas très bons souvenirs brésiliens.
"Tu es sérieux, là ?"
"Elle va s'en vouloir ; elle va vouloir que Papa sache...", il continue un peu moins déconnecté de la réalité de mon point de vue.
"Il fallait y penser avant", je réponds alors que la porte de l'ascenseur s'ouvre sur le bon étage.
Quand on sort, on tombe pile sur Remus et l'elfe au milieu du couloir. Cyrus gémit encore une fois que ce n'était pas nécessaire que je le ramène comme s'il ne réalisait pas que, même sans moi, des problèmes l'attendaient à son retour.
"En tout cas, elle savait déjà que tu n'étais pas dans ton lit !", je souligne.
Remus est sur nous en quatre enjambées et Cyrus tente de se cacher derrière moi. Par réflexe, je ne le lâche pas.
"Merci de l'avoir ramené", m'accueille Remus. "Je n'ose pas demander où."
"Au dernier étage", je résume sobrement. Ne pas parler du toit est ma seule concession à la réalité.
"Je faisais juste un tout petit tour", tente Cyrus d'une voix qui a encore monté dans les aigus avec l'inquiétude.
Remus me regarde une dernière fois avant de tendre le bras derrière moi pour lui prendre l'épaule. Je lâche de mon côté en ayant vaguement l'impression de trahir quelqu'un. Ma première arrestation m'avait fait plus ou moins le même effet.
"Deux règles, Cyrus", gronde Remus. Il n'élève pas la voix. Il n'en a que rarement eu besoin en classe et je vois que c'est pareil dans son intimité. "Je sais toujours où tu es et tu ne fais pas tourner en bourrique ceux qui s'occupent de toi. Bravo. Tu as enfreint les deux en un seul soir !"
"Pas vraiment", tente Cyrus.
"Je te conseille de ne parler que pour t'excuser", s'agace Lupin. "Tu peux commencer par cette pauvre Balmy !" En parlant, il l'a placé face à l'elfe qui se tord les mains et a les yeux écarquillés.
"Désolé Balmy, je ne voulais pas t'inquiéter", s'exécute Cyrus, sans attendre et avec un certain courage. "Ce n'est pas ta faute..." Il lève les yeux vers Remus et semble décider qu'il doit en faire plus. "J'ai profité de quand les cuisines t'ont appelée... tu ne m'as pas entendu sortir..."
Je crois que j'aurais demandé comment il comptait rentrer sans se faire voir, mais Lupin suit sa propre logique et c'est d'entraîner un Cyrus, réticent mais quand même obéissant, vers la chambre qu'il a dans la suite qui leur a été attribuée.
"Papa... je me suis excusé", il plaide sur le pas de la porte.
"C'est bien le moins que tu pouvais faire. Je ne sais pas ce qui se dit dans cette petite tête, mais si tu imagines que je vais faire autre chose que ce que j'ai promis..."
La porte de la chambre se referme sur eux sans que la phrase soit finie, mais je n'ai pas envie de savoir si j'ai compris tous les sous-entendus. J'abandonne sans doute un peu lâchement l'elfe aux yeux écarquillés en lui répétant que rien n'est de sa faute et je retourne au dernier étage de l'hôtel sans me retourner.
J'essaie de me dire que je vais être contente de revoir Dawn et Carley à Londres quand l'ascenseur tinte et s'ouvre sur Remus.
"Je suis venu m'excuser pour Cyrus", il annonce.
"Pas nécessaire", je marmonne sans trop savoir pourquoi je suis aussi froide. "On doit attendre en bas le directeur de Poudlard."
"Sans doute", il admet avec un air mélancolique. "La situation t'a embarrassée", il suppose.
"Je suis contente de l'avoir ramené si c'est ça ta question", je réponds.
"Mais tu me trouves vieux jeu et autoritaire", il suppose encore.
"Je n'ai pas réellement d'expérience suffisante pour juger qui que ce soit", je formule péniblement. J'ai ravalé par précaution que j'avais été mère trop peu longtemps pour donner des leçons aux autres.
"C'est une tête brûlée qui oublie trop souvent l'ampleur des risques... On joue avec le feu", il se justifie un ton plus bas.
Il cherche mes yeux, il veut me convaincre et, moi, je n'ai pas envie qu'on parle de ça. Je commence donc par me taire en espérant qu'il change de sujet, mais Remus voit trop bien que je me retiens et attend. Il sait attendre, c'est une réalité.
"De ce qu'on a pu discuter tous les deux pendant nos promenades", je commence à contrecœur - j'ai l'impression d'ouvrir une sacrée boîte de Pandore. "Je n'ai pas l'impression qu'il... ne mesure pas ce qui est en jeu. Ce que je me demande, c'est ce que fichait Sirius à ce moment précis. Il m'a paru le retenir efficacement plusieurs fois et, là,... il le laisse faire ?"
"Vous avez réellement discuté", mesure Remus. C'est son tour de chercher ses mots. "Clairement, parfois, Cyrus refuse de l'écouter et, s'il ne l'écoute pas, il ne semble pas avoir le moyen d'avoir le dessus."
J'opine.
"Je n'ai pas d'autre solution que de... de tenter de freiner Cyrus lui-même ...", il commence en détournant les yeux. "Merlin, ce n'est pas comme si je l'accablais de règles !"
"Il s'ennuie sans doute beaucoup et il a besoin de ton attention... si c'est en faisant des bêtises qu'il obtient ta présence..."
"Je fais de mon mieux, Tonks !", il soupire. Pour un peu, on dirait qu'il me demande pardon de l'avoir vu exercer totalement son autorité paternelle. Comme si ce n'était pas une image qu'il voudrait que j'associe avec lui. Le fait est que je préférerais qu'on parle d'autre chose.
"Je ne dis pas le contraire", je lui concède en espérant accélérer un changement de conversation. "Je pense que peu de personnes feraient face comme toi... Je veux dire... je pense à Dawn ou Carley... et une situation équivalente... et je veux m'enfuir en Nouvelle-Zélande !"
"Tu as commencé par le dernier étage", il tente de sourire. Un peu timide. Pas convaincu d'avoir le droit de sourire.
"Si mon chef, le sourcilleux Maugrey Fol-Oeil, découvrait que j'ai abandonné longtemps mon poste, je crois qu'il ne prendrait pas ça beaucoup plus à la légère que toi tu ne prends les promenades nocturnes de Cyrus."
"Je n'avais pas considéré cet aspect", il admet, visiblement désarçonné. "Merci encore une fois de ce que tu fais pour nous."
"Tout est bien qui finit bien", je commence puis je pense à Cyrus et je me sens ridicule et égoïste.
"Tu vas raccompagner Albus ce soir ?", questionne alors Remus me prenant totalement à contrepied.
"C'est ma mission", je confirme.
Il a l'air d'avoir du mal à enchainer et ma curiosité est piquée.
"Je... je me disais que j'allais, que Cyrus et moi allions passer le week-end ici... Il m'a parlé de tas de choses intéressantes - celtes, magiques, moldues", il argumente avec cet air qui me rappelle toutes les fois où il m'a proposé d'aller jouer au billard ou de se promener dans Londres la nuit. "Je pensais que, peut-être, tu... pourrais être notre guide... "
Là, je me rends compte que je suis très près de la colère. Oui, c'est parce que je ne demanderais pas mieux que de passer le week-end avec lui.
"Guide ?", je relève aussi fraichement que je peux.
"Tu as sans doute des plans pour le week-end", il suppose.
"Et toi ?"
"Je viens de te dire !"
"Non, tu viens de me demander de revenir vous servir de guide... alors que ma mission est terminée... alors je te demande, moi, qu'est-ce que tu as en tête, Remus Lupin ?"
"Pardon, si j'ai été présomptueux", il recule pour la première fois.
"Présomptueux !", je m'exclame. "Remus, moi, je vais être claire. Si tu veux que je revienne... il faut que tu m'embrasses..." Il blêmit. "Il faut que tu admettes que tu es attiré par moi autant que, moi, je le suis. Oui, on n'a pas le même âge. Oui, tu es le directeur de Poudlard et, moi, une aspirante... Oui, c'est peut-être une connerie, mais tant qu'on n'aura pas essayé..."
"Tu oublies que tu es humaine et, moi, loup-garou", il intervient, froid et raide, mais j'ai dépassé le point de la conversation où cette réaction m'aurait arrêtée.
"Je n'oublie rien, Remus", je lui oppose. "Mais si tu veux que je revienne demain... il faut que tu arrêtes de faire le prof devenu copain alors qu'on sait tous les deux que... qu'on pense à autre chose !"
"Je pensais que tu... étais avec Aelius Wind", il souffle. Ce qui est quand même une sorte de confirmation, je décide.
"Ton respect de mon éventuelle monogamie est touchant et digne d'éloge", je crache.
"C'est une bêtise", il juge.
"De suivre ses désirs ?", je vérifie.
Il y a un éclair dans ses yeux qui dit que j'ai touché une corde sensible, peut-être profondément enfouie et niée, mais présente.
"Que dirait le sourcilleux Maugrey s'il arrivait et que je t'embrassais ?", il tente comme une dernière tentative assez désespérée de mon point de vue pour éviter de céder au désir que je sens pourtant en lui.
"Si à nous deux on ne détecte pas son arrivée, c'est qu'on est des manches", je rétorque et ça le fait étonnamment sourire.
"Pas entièrement faux", il admet. Il me considère assez longuement avant de reprendre. "Il y a des bêtises vraiment tentantes, je devrais peut-être m'en rappeler la prochaine fois que je gronde les garçons..."
Je souris comme une gosse pleine d'espoir.
"Merlin, tu es belle comme le jour", est sa dernière phrase avant qu'il ne me prenne dans ses bras.
oooo
Voilà un grand pas de fait.
Merci à Meredith, Chrys, Arrion, La Sylvanna, Elorah, Ch0c0fr0g, Pacha pour vous jolies reviews. Je vais vous répondre de ce pas.
