Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses et plus courageux·ses que Godric lui-même. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.
Attention : Rated M et relation M/M. Thématique du suicide et de la dépression. Vous lisez en connaissance de cause.
RàR:
Liyly :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review !
Bien vu pour le passé de Nigel. Effectivement, c'est l'une des raisons pour laquelle il ne respire pas tellement la joie de vivre, cet enfant…
Je note ton hypothèse pour Alexis ! Et merci pour Paris keur:keur:keur.
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Cassiopee :
Hey ! Merci beaucoup pour ta review !
Ah bah je crois que la franchise de Raphaël était nécessaire, parce que Nigel aurait été capable de se convaincre qu'il ne s'agissait que d'un dîner entre ami (oui, il est stupide à ce point).
Non, je ne suis pas cruelle, je n'allais pas vous faire miroiter ce premier rendez-vous pendant plusieurs chapitres :wink:wink:wink. (cela ne veut pas dire que TOUT va être aussi simple).
Merci pour Paris ! Je suis assez contente de moi:)
Je te laisse avec la suite !
Bonne lecture !
Des mercis et des bisous de loin à feufollet, Cassiopee, Liyly, NyannaCh, Tiph l'Andouille, tzvine, Lupa Alpha, mimi70 et Sun Dae V pour leur review. Vos mots illuminent mes journées ! Keur:keur:keur sur vous !
Bonjour à toutes et à tous !
Comment va la vie de votre existence ?
De mon côté, c'est presque déjà les vacances ! J'ai dit au revoir à mes élèves cette semaine (avec plus ou moins de tristesse xD), ce qui signifie donc plus de préparations de cours, plus de copies, plus de conseils… Il reste le bac, mais il est très light cette année, donc la fin du mois de juin s'annonce très agréable ! En espérant que le soleil soit au rendez-vous !
Niveau écriture, j'ai été pas mal efficace depuis la dernière MàJ car j'ai terminé un chapitre sur Gravity (entendez par là que j'ai épuisé une nouvelle fois mon forfait 30k pour ces deux idiots). J'ai officiellement rattrapé (et même un peu dépassé) la timeline sur Supernova (en terme d'écriture plutôt que de publication) et j'ai franchement très très hâte de vous le faire lire parce qu'il s'y passe de ces choses… En théorie, il me reste plus qu'un chapitre, mais je suis assez certaine que ça ne sera pas vraiment le cas (oui, je me suis attachée. Et oui, ils sont de toute façon ingérables depuis le début!).
Cela étant dit, je vous laisse avec le chapitre 4 de ce Spin-Off et je vous souhaite un bon moment avec mes deux idiots !
Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et ses retours enthousiastes ! Je vais donc redire une fois de plus : sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
Black Sunset
Spin-Off : Gravity
Chapitre 4
Gravity : A mutual physical force of nature that causes two bodies to attract each other.
- Tu devrais montrer ta main à un Soigneur.
- Je n'ai pas besoin d'un Soigneur.
- Pardon, tu devrais montrer cette main à ton Soigneur quand il viendra te rendre sa visite quotidienne.
- Delacour n'est pas mon Soigneur.
- Delacour, hein ? Le rendez-vous s'est si mal passé ?
Il attrapa une pleine poignée de cheveux de sa main gauche, ce qui ne servit qu'à empirer son mal de crâne. Il avait été hanté par ses cauchemars tout le weekend et, de fait, il n'avait pas assez dormi. Sa main droite avait au moins doublé de volume depuis samedi soir et la douleur pulsait au rythme des battements de son cœur. La dernière chose dont il avait besoin était que son patron se transforme en commère et lui fasse subir un interrogatoire sur son rendez-vous avec le Guérisseur Delacour.
De toute évidence, il s'était montré trop permissif avec lui aussi.
Cela devait changer.
- Eugène, vous êtes mon employeur, j'aimerais que vous vous absteniez de me poser des questions sur ma vie privée, dit-il en rouvrant les yeux.
Eugène se raidit. Son expression passa d'inquiète à blessée, avant que sa fierté reprenne le dessus. Il se redressa de toute sa hauteur – ce qui le faisait arriver à sa propre épaule –.
- Très bien. Dans ce cas, va ranger les derniers arrivages. Et n'oublie pas de sourire aux clients.
Sa bonne étoile dut prendre pitié de lui car il n'eut pas besoin de monter à l'échelle pour ranger la cinquantaine de livres arrivés le matin-même – ce qui aurait été compliqué entre sa jambe et sa main –, et les clients se firent rares – seulement une poignée d'habitués qui préféraient être conseillés par Eugène de toute façon –.
Il fit de son mieux pour s'occuper dans les rayons les plus éloignés de la porte de la boutique – et les plus proches de la réserve – ce qui lui permettrait de disparaître s'il reconnaissait la voix de Delacour au loin.
Son plan était parfait, sauf qu'il avait sous-estimé la capacité du Soigneur à le surprendre.
- Montre-moi ta main...
Raphaël – Delacour – se tenait au bout du rayon qu'il faisait mine de ranger depuis une heure quand, vraiment, la seule chose dont il avait envie était de rentrer chez lui et de boire de l'alcool jusqu'à ce que l'inconscience l'emporte. Ou peut-être qu'il passerait acheter de quoi préparer un filtre de Paix.
Et tant pis si ça se terminait mal.
- Nigel ?
- Ma main est parfaitement normale. Va-t-en.
Raphaël soupira et s'avança un peu. Il portait encore sa blouse blanche par-dessus l'uniforme des Soigneurs et il avait un petit sachet en papier à la main, contenant sans doute des potions ou des bandages ou Merlin seul savait quoi.
- Tu es blessé, Nigel. De ce que je vois, tu as au moins un doigt de cassé. Laisse-moi t'aider.
- Non !
Il espérait provoquer sa colère, il ne réussit qu'à faire apparaître une expression blessée sur son visage. Sa résolution vacilla l'espace d'une folle seconde – il s'était promis de ne plus blesser – mais peut-être que c'était la solution, après tout.
- Nigel, s'il-te-plaît...
Il abandonna ses livres pour lui faire face.
- Que faut-il que je fasse pour que tu écoutes mes réponses ?! Parce qu'il me semble que mon français est très compréhensible et que j'ai utilisé des mots simples ! Fiche-moi la paix !
Il fit un geste un peu trop vif avec sa main droite et il ne put que jurer copieusement tandis que la douleur remontait jusqu'à son épaule. Le Soigneur soupira à nouveau, puis sa main se referma sur son poignet avec fermeté.
- Arrête de gesticuler dans tous les sens, tu vas aggraver la fracture.
- Lâche-moi !
Il tira et il voulut fermer son poing par réflexe, ce qui provoqua une deuxième vague de douleur.
Un goût métallique se diffusa dans sa bouche, ses oreilles grésillèrent, la pièce vacilla un peu.
Il avait envie de vomir.
L'expression de Delacour se ferma.
- Je suis à deux doigts d'appeler Eugène pour qu'il vienne te tenir pendant que je te soigne. Ne me tente pas.
Son ton lui rappela leur première rencontre, à l'hôpital des Anges, durant laquelle il avait refusé de le laisser dicter les conditions de l'examen. Raphaël Delacour était obstiné en temps normal, mais il devenait coriace quand il revêtait son rôle de Soigneur. Il en viendrait au maléfice s'il le fallait.
- Très bien, cracha-t-il.
Le Soigneur refusa de le libérer tandis qu'il le menait dans la réserve. En plus des nombreux cartons et étagères, il y avait un petit bureau. Raphaël l'obligea à s'asseoir sur la chaise puis approcha un tabouret. Il fit une place sur le bureau pour y installer son matériel – trois fioles de potion, deux baumes et des bandages – puis plaça sa main sous la lampe.
Comme un an plus tôt, il l'examina avec douceur, ses sourcils froncés.
- Bouge tes doigts.
Il échoua à faire bouger son index et son majeur. La douleur le fit grimacer. Raphaël dut le remarquer, mais il s'abstint de commentaire. Il agita ensuite sa baguette magique, faisant apparaître des nuages de couleurs et des formes sur sa peau.
- Félicitations, tu as deux doigts cassés. Comment tu t'es débrouillé ?
Il avait l'air en colère, ce qui était au moins ça de pris.
- Je suis tombé.
Raphaël releva les yeux vers lui et le dévisagea. Son expression était fermée, sa mâchoire verrouillée. Ce n'était pas le plan, mais il pouvait travailler avec ça.
- Tu es un idiot. Et tu es un très mauvais menteur.
Il faillit éclater de rire. Il avait passé la majeur partie de sa vie à mentir, à tout le monde, y compris à lui-même. Il pourrait écrire plusieurs guides sur la question.
Raphaël se mit au travail. En quelques coups de baguette magique, il fit disparaître les deux fractures, puis atténua le gonflement et l'hématome violet au niveau de ses phalanges. Il appliqua ensuite l'un des deux baumes sur sa main, avant de l'entourer d'un bandage qui l'obligerait à garder son index et son majeur tendus. Il remit tout son matériel dans le petit sac en papier, ne laissant qu'une potion, sûrement pour la douleur.
- Le gonflement devrait avoir bien diminué d'ici quelques heures. Étant donné que tu as au moins laissé ça traîner une journée, je jetterai un coup d'œil demain. En attendant, évite de trop bouger tes doigts.
- Je ne veux pas que tu viennes demain, dit-il en récupérant sa main, de peur que Raphaël ne l'emprisonne comme ce soir-là.
Raphaël se redressa sur son tabouret. La colère d'il y a quelques minutes avait disparu – comment ? –. Si son expression était sérieuse, il n'était plus le Guérisseur Delacour, juste l'homme le plus agaçant du pays.
- Tu m'as promis un deuxième rendez-vous et ce deuxième rendez-vous est demain soir.
- Sans moi, Delacour.
Son expression vacilla.
- Tu as promis, Nigel...
- J'ai menti. Je vais déjà en Enfer. Je doute que me parjurer changera grand chose quand viendra le moment de peser mon âme.
Il voulut se lever mais Raphaël l'en empêcha en l'attrapant par les épaules.
- Laisse-moi partir ! grogna-t-il, les dents serrées.
Raphaël lâcha ses épaules et saisit le genou de sa prothèse avec assez de force pour le maintenir collé à sa chaise aussi longtemps qu'il le voulait. Son expression semblait le mettre au défi de le tester.
- Lâche-moi.
- Non. On a pas terminé cette discussion. Quel est le problème ?
Pourquoi fallait-il toujours qu'il veuille tout discuter ?
- Je te l'ai déjà dit. Ce n'est pas une bonne idée. Il vaut mieux pour tout le monde qu'on en reste là et que tu m'oublies complètement.
Peut-être que s'il réussissait à subtiliser sa baguette, il pourrait l'aider à oublier. Il n'avait jamais eu de problèmes avec les sortilèges d'amnésie.
Raphaël libéra sa jambe et se frotta le visage de ses deux mains. Le regard qu'il braqua dans le sien lui apprit qu'il n'avait toujours pas perdu son sang-froid.
Il devait avoir des ancêtres reptiles, ou quelque chose du genre, ce n'était pas possible autrement. Il croisa ses bras sur sa poitrine et haussa un sourcil.
- Pourquoi ?
- Parce que !
Raphaël s'esclaffa.
- Parce que ? Quel âge as-tu ? Cinq ans ?!
- Arrête de me prendre pour un gamin.
- Arrête de te comporter comme un gamin ! Tu sembles convaincu que je devrais avoir peur de toi. Je t'ai vu manger des macarons avec un couteau et une fourchette, alors excuse-moi si je ne tremble pas d'effroi !
Il aurait pu lui expliquer que les personnes auprès desquelles il avait grandi avait les manières les plus raffinées du pays, ce qui ne les empêchait pas d'écorcher vif des moldus sur un seul mot du Seigneur des Ténèbres, mais discuter le laissait toujours au fond d'un cul de sac.
Il asséna un grand coup sur la table du plat de la main gauche. La bouteille de potion bascula.
Raphaël tressaillit à peine.
- Tu ne sais rien de moi !
- Pour ton information, ce n'est pas faute d'avoir essayé ! Et j'en sais certainement plus que tu ne le crois.
Pourquoi refusait-il de s'avouer vaincu ? Avait-il parier une ridicule somme de monnaie avec quelqu'un le concernant ? Ou était-il simplement dérangé mais plus doué que d'autre à le dissimuler ?
Sa magie crépita sur sa peau, ce qui ne lui était par arrivé depuis des années.
Raphaël voulait une bonne raison ? Il allait lui en donner une !
- Je suis un Mangemort, cracha-t-il. J'ai tué et torturé des personnes innocentes pendant la guerre. Convaincu ?
Raphaël se figea. Son sourire légèrement moqueur se transforma en grimace et il déglutit bruyamment. Toutefois, son regard ne lâcha pas le sien.
Pas une seule seconde.
S'il était dégoûté ou effrayé ou en colère, il ne laissa rien transparaître, ce qui était presque remarquable pour quelqu'un qui portait chacune de ses émotions sur son visage.
- Deux questions, murmura-t-il, sa voix un mince filé d'air qui se brisa sur la dernière syllabe.
Il ne comprenait pas sa réaction aussi lui fallut-il quelques secondes pour répondre.
- Quoi ?
- J'ai deux questions. Auxquelles j'aimerais avoir une réponse. La vérité, si possible.
Il lui en avait déjà trop dit, ce qui signifiait qu'il allait devoir se décider entre Lyon et Bordeaux. Ou peut-être Montpellier.
Il hocha la tête.
- Quel âge avais-tu, quand tu as pris la Marque ?
La surprise lui vola ses mots pendant une longue seconde. Ce n'était pas du tout ce à quoi il s'attendait. Il se racla la gorge.
La peau de son avant-bras gauche le picota. La Marque avait disparu depuis longtemps mais il pouvait encore en redessiner les contours de mémoire.
- Seize ans.
Ta place est à Ses côtés, mon fils.
Une ombre passa sur le visage de Raphaël. Il serra les poings et les dents.
Pendant une folle seconde, il crut qu'il allait prendre un coup.
Puisqu'il ne méritait rien de moins, il faillit tendre la joue.
- Était-ce un vrai choix ?
Il fronça les sourcils.
- Comment ça ?
- La Marque. Était-ce un vrai choix ? Ou était-ce la seule issue possible ?
Il revit son frère, le visage en sang, le corps secoué de convulsions tandis que leur cousine abaissait sa baguette, juste pour lui laisser le temps de reprendre son souffle. Leur parents savaient qu'il refuserait, comme il avait refusé tout le reste. Ils avaient quand même voulu lui imposer la Marque, parce qu'il était le fils aîné.
Et ils avaient voulu qu'il assiste à la scène d'horreur qui en avait résulté. Les cris d'agonie de son frère avait hanté ses nuits pendant des semaines, d'autant plus cruels qu'il avait cru que leur cousine l'avait tué quand personne ne lui avait dit qu'il avait juste fugué.
Était-ce un vrai choix ?
Il n'avait jamais voulu de la Marque. Il avait cru à l'idéologie Sang-Pur, bien sûr. Au fait que les sorciers soient supérieurs aux moldus et les Sang-Purs supérieurs à tous les autres. Comment en aurait-il pu être autrement ? Ils avaient l'argent, le pouvoir et ils connaissaient les secrets de l'Ancienne Magie – pour ne pas dire de la Magie Noire –. Cela ne signifiait pas pour autant qu'il était prêt à tuer. Les moldus formaient une race à part de la leur et il se satisfaisait tout à fait du statu-quo permis par le Secret Magique.
A la différence de son frère, il avait toujours été un lâche.
Il avait cédé à la Marque puis il s'était enfui.
Une crampe déchira son moignon. Ses mains se mirent à trembler. Les battements de son coeur s'emballèrent. Il détourna brièvement le regard.
- Non, souffla-t-il finalement.
Raphaël hocha la tête, son geste raide. Il redressa la potion sur le bureau.
- Une gorgée toutes les quatre heures, pas plus, et surtout pas moins.
Il se leva.
- Je passerai te prendre vers sept heures demain soir. Essaye de mettre quelque chose de plus décontracté qu'un de tes costumes trois pièces.
Il en perdit le contrôle sur sa mâchoire.
Unbelievable.
- Tu n'es pas sérieux.
Raphaël avait déjà ouvert la porte. Il lui adressa un regard par-dessus son épaule. Si cela était encore possible, il semblait plus décidé que jamais.
- Et ne prends pas ta canne. On sait tous les deux que tu n'en as plus besoin.
…
Finalement, ce serait Lyon. Quitte à changer de vie – encore – , il aurait préféré se rapprocher de la mer, mais il n'y avait pas de communauté magique digne de ce nom à Bordeaux ou Montpellier. Paris l'avait habitué à vivre auprès des moldus et à se servir de bons nombres de leurs gadgets, mais il n'était pas encore prêt à vivre complètement coupé de la magie. De plus, il fallait qu'il soit en mesure de trouver un emploi. Il avait eu de la chance, sept ans plus tôt, qu'Eugène soit à la recherche d'un assistant quand il était arrivé. Il avait eu encore plus de chance qu'il lui donne le poste. Après tout, son français avait été approximatif et il n'avait aucun moyen de prouver les résultats de ses Aspic's. Les choses seraient différentes à Lyon, surtout s'il réussissait à convaincre Eugène de lui écrire une lettre de recommandation.
Il grimaça.
Puisqu'il allait tout faire pour partir le plus vite possible, il doutait vraiment qu'Eugène accepte.
Il parcourut à nouveau la liste des choses qu'il devait faire avant son départ. Le préavis pour son appartement était d'un mois, mais ce n'était pas un problème. Il pouvait toujours payer le loyer et le laisser vacant. Sans baguette magique, il ne pourrait pas emporter toutes ses affaires. Il allait devoir faire un choix, sûrement dans sa collection de livre, ce qui lui laissait un goût amer dans la bouche.
Il passa une main lasse sur sa nuque.
Il n'avait qu'à s'en prendre qu'à lui-même. Il s'était promis de rester à l'écart, autant pour protéger les autres de lui que pour simplifier les choses quand il devrait disparaître, quelque soit la raison.
Il avait toutefois intérêt à brouiller les pistes s'il voulait réussir son coup, parce que Raphaël pourrait très bien se mettre en tête de le retrouver.
Une part de lui espérait même qu'il le ferait.
Un coup d'oeil à sa montre lui apprit qu'il ferait bien de descendre. Raphaël était du genre ponctuel.
Il n'aimait pas le reflet que lui renvoyait son miroir. Outre la fausse jambe et les cicatrices qui barraient son visage, il avait l'air aussi ridicule dans son jean aujourd'hui que sept ans auparavant. Toutefois, la chemise et le pull noir étaient plus acceptables que le sweatshirt informe d'alors.
Merlin, il pourrait facilement passer pour un moldu ce soir. Si ses parents le voyaient…
Un rictus étira ses lèvres, ravivant ses ressemblances avec son père. Il détourna les yeux de son reflet, attrapa sa veste, puis quitta la pièce.
Raphaël l'attendait devant la porte de son immeuble, les bras croisés sur sa poitrine. A son expression, il n'aurait sans doute pas hésité à frapper à chacune des portes des dix étages pour le trouver s'il avait essayé de lui faire faux bond ce soir.
Il le détailla de la tête aux pieds quand il l'aperçut, puis il se racla la gorge.
- Je ne pensais pas que tu possédais quelque chose d'aussi vulgaire qu'un jean.
Puisqu'il avait un jour qualifié la mode moldue de cette façon, il avait peut-être mérité la moquerie.
- Tu as dis décontracté. Je n'avais que ça qui rentrait dans cette catégorie.
Raphaël portait un pantalon foncé, un pull fin qui semblait lui faire comme une seconde peau et une veste en cuir. Il n'était pas plus habillé que lui.
- Non c'est très bien. Parfait, même.
Il se racla à nouveau la gorge.
- Je vois que tu as déjà enlevé le pansement... Est-ce que je peux voir ta main avant qu'on se mette en chemin ?
Il n'avait pas la moindre chance d'obtenir qu'il lui fiche la paix, aussi obtempéra-t-il sans discuter.
- Le bandage était pénible.
- Vraiment ? Je suppose que le plus simple aurait été de ne pas t'arranger pour fracturer deux de tes cinq doigts. Sans parler de refuser de te faire soigner ensuite.
Raphaël l'obligea à faire quelques pas en direction de la rue principale, afin qu'ils sortent de l'ombre et qu'il puisse y voir plus clair.
- Je déteste les Soigneurs.
Les lèvres de Raphaël frémirent.
- Sauf moi.
- Toi plus que les autres.
Raphaël éclata de rire. Il agita sa baguette à nouveau. Les formes et les couleurs revinrent brièvement, différentes de la veille.
- Tu peux plier les doigts ?
Il forma un poing prudemment – ses tendons étaient encore tendres – et ouvrit à nouveau ses doigts. Dans quelques jours, il n'y paraîtrait plus.
- C'est encore un peu inflammatoire. La potion, et de la glace à l'occasion, jusqu'à la disparition des douleurs.
- Je n'ai plus mal.
- Bien sûr.
Sans grande surprise, Raphaël refusa de lui rendre sa main tandis qu'il l'entraînait vers Merlin savait où. Il se résigna à suivre en silence, sa main droite délibérément flasque.
Il avait eu plus d'une journée pour échafauder un plan concernant ce maudit deuxième rendez-vous qu'il avait été trop faible pour promettre.
Bien sûr, il aurait pu lui faire faux bon. Il lui suffisait de trouver refuge dans un bar pendant quelques heures, puis de rentrer le plus tard possible chez lui. Obstiné ou pas, Raphaël n'attendrait pas toute la nuit devant l'immeuble. Toutefois, il aurait été certain de le trouver devant la librairie bien avant l'heure d'ouverture. Il allait avoir besoin qu'Eugène lui fasse une grosse faveur dans les jours à venir, il ne pouvait pas se permettre de s'attirer ses foudres en n'ouvrant pas la librairie comme prévu demain.
Il avait donc dû faire preuve d'imagination. L'expérience lui avait montré que Raphaël ne se laisserait pas décourager par un ton acide et des regards sombres. Il semblait même trouvé ça amusant, sûrement parce qu'il aimait relever des défis.
Il avait contemplé la possibilité de jouer la part qu'il lui revenait. Il n'avait courtisé personne depuis des années, mais il n'avait pas été mauvais, à l'époque. Il savait quand maintenir un regard, quand sourire ou faire un compliment.
Seulement, il n'était pas aveugle au point de ne pas reconnaître une situation glissante. Raphaël lui rendrait coup pour coup. Leur rendez-vous de samedi lui avait montré à quel point il excellait dans la discipline. Il risquait d'être celui qui y laisserait des plumes, ce qui serait inacceptable.
Il ne lui restait donc que la carte de l'indifférence, ce qui aurait le mérite d'être inattendu, même si la partie serait sans doute compliquée.
Raphaël savait très bien sur quel bouton appuyer pour le faire réagir.
Ils empruntèrent un nouveau passage depuis une rue moldue voisine – la marque se trouvait sur le rebord d'une fontaine – qui les emporta dans une autre partie de Paris. Il lui fallut plusieurs rues pour reconnaître le 3ème arrondissement. Si sa mémoire était bonne, ils ne devaient pas être loin du Marais. S'il devait deviner, il dirait que Raphaël habitait là-bas.
Puisqu'il refusa de participer à la discussion, Raphaël finit par se lasser. Il ne relâcha pas sa main pour autant, non plus qu'il s'agaça de son silence – sans doute parce que ce n'était pas la première fois –.
Ils s'arrêtèrent devant une brasserie qui semblait toute droit sortie des années 50 avec ses nappes en tissu vichy, ses meubles de bois foncé et ses luminaires dorés. Eugène l'avait déjà traîné dans un endroit pareil et il n'en avait pas gardé un souvenir ému.
Il était encore tôt pour les parisiens, aussi la salle était presque vide. La serveuse les laissa s'installer où ils le souhaitaient. Raphaël choisit une table dissimulée dans un coin de la pièce.
Il garda son menu fermé devant lui, ignorant au passage les nombreux coups d'œil que Raphaël lui jeta tandis qu'il choisissait.
Il y avait de nombreuses photos – immobiles – sur les murs. Certaines semblaient très anciennes – fin du siècle dernier, au moins – d'autres – en couleurs – montraient toujours les deux mêmes personnes – une femme très grande et un homme rondouillard – accompagné d'un invité différent, probablement une personnalité quelconque. Pour certains, les restaurants étaient des temples sacrés de la gastronomie : fréquenter les mêmes tables que des célébrités était le comble du bon goût – même si ces derniers avaient peut-être un palais mal dégrossi –.
La serveuse revint, son petit carnet à la main.
- Nigel ?
Raphaël le dévisageait ouvertement maintenant, les sourcils froncés.
- Non merci, je n'ai pas faim.
Son estomac choisit cette exacte seconde pour grogner. Raphaël se redressa, les bras croisés sur son torse, un sourcil levé.
Le mot « défi » semblait être écrit en lettres rouges clignotantes sur son front.
Tout en maudissant son traître de corps en silence – vraiment ? –, il ouvrit rapidement le menu et décida que le premier plat qui accrocherait son regard ferait parfaitement l'affaire.
- Un tartare.
Le deuxième sourcil de Raphaël monta rejoindre le premier. Le coin de ses lèvres frémirent.
- Tout bien réfléchit, je vais plutôt prendre un croque-monsieur avec des frites. Et un double whisky.
- Monsieur, quelque chose à boire ?
- Non merci.
Il blâmait l'alcool pour son manque de discernement samedi dernier, il allait au moins apprendre de ses erreurs.
La serveuse s'éloigna, ce qui laissa retomber un nouveau silence entre eux. S'il avait été un peu tendu avant l'arrivée de la serveuse, il pouvait clairement sentir que Raphaël attendait quelque chose avec impatience.
Un nouveau grognement de son estomac, peut-être ?
Une carafe d'eau arriva en même temps que le verre de whisky. Une autre fois, il aurait commenté ce choix, mais il essaya plutôt de déterminer si Raphaël cherchait à attiser son courage ou éteindre son agacement.
Quand la serveuse déposa son plat devant lui, il resta interdit.
Ce qui ressemblait beaucoup à un dôme de viande crue était posée au milieu de son assiette. La serveuse rajouta quatre petits pots sur la table – dont l'un d'entre eux contenait un œuf cru – puis une assiette de frites – fraîches, selon toute vraisemblance –.
Refusant de perdre la face, il toucha le tas de viande du bout de sa fourchette. S'il avait eu une baguette, peut-être aurait-il pu le cuir, ce dont semblait s'abstenir les moldus.
Peut-être que la serveuse allait revenir avec l'un de ces lance-flammes ?
- Tu es censé assaisonner la viande avec les condiments, lui indiqua Raphaël.
Les condiments ?
Ses yeux glissèrent sur les quatre petits pots. Il reconnut des oignons – ou peut-être des échalotes –, des trucs verts et un mélange d'herbes. Les oignons et les herbes semblaient un choix aussi mauvais que les autres. Il les versa au-dessus de la viande, puis les mélangea du bout de sa fourchette.
Ça avait l'air répugnant.
Il pouvait toutefois sentir le regard de Raphaël sur lui – il n'avait pas encore touché à son plat malgré le fait qu'il ait mentionné un quart d'heure plus tôt qu'il était affamé – aussi poussa-t-il un peu de viande sur sa fourchette.
Il prit une profonde inspiration.
Il fut incapable d'approcher l'espèce de pâtée de ses lèvres tant l'odeur de la viande crue était forte.
- That's disgusting, marmonna-t-il.
Il avait presque la nausée.
Raphaël fit claquer sa langue sur son palais, attirant son attention. Il avait toujours les bras croisés sur sa poitrine il secouait la tête, hilare.
- J'aurais pensé que tu mangerais au moins une bouchée avant d'abandonner.
Son regard assassin le fit éclater de rire, attirant l'attention de la dizaine de clients dans la salle.
Il sentit son visage s'enflammer. S'il avait pu, il aurait avaler la bouchée qui était toujours perchée sur sa fourchette, mais il vomirait à coup sûr.
Quand Raphaël eut retrouvé son calme, il essuya les larmes qui s'étaient échappées, secouant la tête sans pour autant cesser de le dévisager avec cette expression étrange qu'il avait parfois – comme s'il avait mal quelque part quand il le regardait –.
- Tu es ridicule.
Dans sa bouche, ça ne sonnait même pas comme un reproche.
Il refusa de répondre à une telle déclaration.
Raphaël attrapa alors son assiette pour l'échanger avec la sienne. Il lui prit aussi ses frites et les deux pots qu'il n'avait pas utilisé. Il rajouta l'oeuf, du sel et du poivre, puis mélangea le tout avec enthousiasme.
- Tu me dégoûtes, dit-il, quand Raphaël avala une première bouchée.
Il n'avait pas hésité.
Il avait l'air de trouvé ça délicieux.
- Mange, c'est meilleur chaud, répondit-il en désignant son nouveau plat d'un signe du menton.
Il s'avéra que le croque-monsieur était une sorte de sandwich au jambon et au fromage. Son ventre se mit à grogner un nouvelle fois, ce qui mit fin à ses tergiversations. Il n'avait rien avalé depuis ce matin, quand Eugène avait insisté pour qu'il prenne le dernier biscuit dans leur boîte à gâteaux.
Ils mangèrent en silence, ce qui l'arrangeait parfaitement.
Il ne put s'empêcher de se demander ce que Raphaël avait prévu ensuite, parce qu'il doutait sincèrement qu'il se contenterait d'un dîner. A la différence des nombreux restaurants de la ville, les brasseries n'étaient pas faites pour qu'on s'y éternise. Et quand bien même cela aurait été le cas, Raphaël allait faire en sorte que la soirée dure le plus possible, comme pour trouver un moyen de lui arracher un troisième rendez-vous.
Cette fois, il était résolu à lui dire non, et à s'y tenir. Aucun secret parisien ne réussirait à le faire changer d'avis.
- Nigel ?
Il se laissa basculer contre le dossier de sa chaise puis releva la tête vers lui.
Raphaël prit une profonde inspiration.
- A propos de ce que tu m'as dit hier...
Son cœur s'accéléra. Il jeta un regard autour d'eux, regrettant de ne pas avoir de baguette pour lancer un Muffliato. Évoquer son passé dans la réserve de la librairie était une chose, mais il refusait de prendre le risque que quelqu'un le surprenne.
Il n'était pas prêt à rejoindre Azkaban.
- Je suis désolé que tu ais eu à vivre un truc pareil.
Il cligna plusieurs fois des yeux. Quelques jours plus tôt, les déclarations de Raphaël avaient eu d'étranges effets sur lui. Il avait eu chaud puis froid. Son cœur s'était emballé d'une façon inquiétante. Il s'était mis à transpirer à des endroits qui restaient secs en temps normal.
Cette fois, son estomac se contracta et il sentit la colère rendre son sang plus épais.
- Je suis sûr que c'est une grande consolation pour les familles des moldus qui ont croisé ma route, cracha-t-il.
Le visage de Raphaël se ferma et il serra les dents à nouveau.
Il soutient toutefois son regard sombre sans ciller.
Exactement comme la veille.
- Ce n'est pas ce que je veux dire.
- Que veux-tu dire, dans ce cas ? Que ce n'est pas si grave ? Que ce n'étaient que des moldus ? Que c'était il y a longtemps ? Peut-être entretenir l'illusion que j'étais sous l'Imperium quand cela s'est produit ? Ou que le fait que j'ai perdu une jambe m'absout de tous mes crimes ?
- Je...
- Parce que ce sont des conneries, Delacour ! J'étais parfaitement conscient de ce que je faisais au moment où je l'ai fait. La vérité, c'est que tu as un fétiche pour les meurtriers !
Il réussit enfin à le faire blêmir et il eut un rictus mauvais pour marquer sa victoire. C'était ce genre de réaction que n'importe qu'elle personne saine d'esprit aurait dû avoir la veille, quand il lui avait avoué son rôle dans la guerre.
Il se leva. Il avait dit ce qu'il avait à dire et il ne souhaitait pas lui laisser l'occasion de protester.
Raphaël attrapa son bras quand il passa à côté de lui, sa prise si serrée qu'il pouvait déjà sentir une marque s'épanouir sur sa peau et des fourmillements engourdir sa main. Le regard que Raphaël relevait vers lui brillait, les larmes en équilibre sur ses cils.
- Reste.
Il y avait de la douleur dans sa voix et comme un échos de cœur brisé. Il sentit sa gorge se serrer – il avait promis de ne plus blesser – mais il se raccrocha à sa résolution. S'il devait être raisonnable pour deux, il n'hésiterait pas.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire.
Il posa sa main sur celle de Raphaël et il se dégagea avec douceur.
- S'il-te-plaît, Nigel.
Il le dévisagea longtemps, s'autorisant à mémoriser son visage une dernière fois – son front large, les nombreuses tâches de rousseur sur son nez droit, ses lèvres pleines et le creux de son menton –.
Il ne lui avait jamais vu cette expression et il refusa de la nommer.
Une larme roula sur sa joue. Raphaël serra les paupières pour retenir les autres. Un violent frisson le secoua quand il essuya la larme solitaire du bout de son pouce. Il se pencha pour embrasser son front – une fois, juste une fois – et emporter avec lui le souvenir de son parfum – juste une dernière fois –.
- Oublie-moi, Raphaël, murmura-t-il contre sa peau, souhaitant en silence que sa magie lui efface gentiment la mémoire.
Il s'en alla.
Je plaide coupable pour ce petit cliffhanger. Avouez, ça faisant longtemps !
Comme d'habitude, je suis curieuse d'avoir votre avis sur :
- Nigel Sky et ses petites révélations (même si c'est pas pour les bonnes raisons).
- Eugène Lechat qui, clairement, a décidé que Raphaël était la meilleure chose qui puisse arriver à son petit protégé.
- Raphaël Delacour qui ne se laisse définitivement pas impressionner et qui a un don pour poser les bonnes questions.
- Ce deuxième rendez-vous romantique écourté (#drama)
Et bien entendu, si vous avez des théories concernant le(s) lien(s) entre ce Spin-Off et le reste de mon UA maison, je suis tout ouïe.
Je vais pas vous mentir, le moyen le plus efficace pour me motiver à poster le prochain chapitre est une review !
On se dit à la prochaine du côté de Black Sunset : Supernova.
Orlane.
Mis en ligne le 12/06/2021
