Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses et plus courageux·ses que Godric lui-même. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.
Attention : Rated M et relation M/M. Thématique du suicide et de la dépression. Vous lisez en connaissance de cause.
Liyly :
Hey ! Merci beaucoup pour ta review !
Je ne te le fais pas dire pour les Delacour ! Je peux même te dire que tu n'es pas au bout de tes surprises ! J'aime beaucoup Simone, j'ai hâte de vous la faire lire !
J'ai l'impression que tu n'es pas la seule à avoir levé le mystère de l'identité de Nigel :wink:wink:wink: Qui sait pour de possibles retrouvailles avec son frère !
Merci pour la relation entre mes deux idiots. Je suis vraiment contente que cette histoire te plaise:) Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Lupa :
Coucou ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que les deux derniers chapitres t'aient plu !
Ah bah c'est sûr que Nigel ne fait pas dans la demi-mesure (est-ce surprenant ? Pas du tout). S'il espérait faire fuir Raphaël, c'est raté par contre xD (cet homme a la patience d'un saint, je l'aime beaucoup aussi).
Merci pour le don d'empathie de Raphaël keur;keur;keur. C'est l'une des belles surprises de cette histoire !
J'espère que la suite continuera à te plaire ! Bonne lecture !
Des mercis et des bisous de loin à Liyly, mamlahaye, NyannaCh, tzvine, Lupa, lune patronus,Tiph l'Andouille, Sun Dae V, Merly Flore (x2), annelisemalleron, emnareedus, henrismh et FoxyCha24 pour leur review. Vos mots ont été le véritable soleil sur mon été ! Keur:keur:keur sur vous !
Bonjour à toutes et à tous !
Comment va la vie de votre existence ?
De mon côté, c'est presque la fin des vacances. Les dernières semaines sont passées bien plus vites que prévues et, même si le soleil n'était pas au rendez-vous, c'était quand même bien sympa de changer de décor ! Je suis bien décidée à en profiter jusqu'au bout, histoire d'être rechargée à bloc pour la rentrée !
Qui dit programme estivale chargé dit moins d'écriture. J'ai bien avancé sur Gravity (je touche la fin du doigt, c'est juste l'affaire de m'y mettre vraiment, possiblement avant septembre xD) et j'ai aussi profité de l'été pour retravailler pas mal de chapitres, ici et du côté de Supernova. Tout ça pour dire que je n'ai pas de gros chiffres à annoncer comme à mon habitude, mais ça fait du bien de faire une pause aussi. Ma muse a parfois besoin de vacances !
Cela étant dit, je vous laisse avec la suite de mon Spin-Off chéri. Fair warning, je n'ai pas mis cette fic en M pour rien, et cela vaudra (surtout) pour le prochain chapitre ! Vous lisez en connaissance de cause ! Enjoy !
Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et ses retours enthousiastes ! Je vais donc redire une fois de plus : sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
Black Sunset
Spin-Off : Gravity
Chapitre 6
Gravity : A mutual physical force of nature that causes two bodies to attract each other.
- Bonsoir, messieurs.
Il salua l'homme qui surveillait les entrées d'un signe de tête et il lui tendit les tickets que l'ami d'Eugène lui avait procuré.
- Le vestiaire est sur la gauche et ce sera l'escalier juste derrière moi pour rejoindre vos sièges.
- Merci.
Il récupéra le manteau de Raphaël.
- Je m'en occupe, lui souffla-t-il. Je te retrouve au balcon ?
Il ne laissa pas à Raphaël l'occasion de protester.
Il y avait une petite file d'attente devant le vestiaire et il en profita pour prendre plusieurs profondes inspirations.
Il ne savait pas vraiment ce à quoi il s'attendait pour cette soirée, mais certainement pas à ça.
Il avait acheté un smoking – de seconde main –, il avait passé plus d'une heure à se préparer – il avait même réussi à dissimuler les cicatrices sur son visage –, tout ça pour se montrer sous son meilleur jour – s'il se fiait à l'expression de Raphaël quand il l'avait rejoint devant le restaurant, cette partie-là de son plan avait été un succès –.
Pour le reste, il n'était pas vraiment sûr.
Non pas que le restaurant avait été un fiasco – la nourriture y était bonne, servie rapidement, Eugène l'avait bien conseillé – ou que Raphaël semblait passer un mauvais moment – il avait salué chacun de ses traits d'ironie par un éclat de rire, ce qui était en général bon signe –.
Il y avait autre chose qui le gênait et il n'arrivait pas à savoir quoi. Cela commençait à l'agacer prodigieusement.
Il espérait que l'opéra serait intéressant, au moins pour qu'il puisse penser à autre chose.
Bien trop vite, ce fut à son tour. Une femme lui donna un morceau de papier en échange du manteau de Raphaël et de sa cape, qu'il glissa dans la poche intérieur de sa veste de smoking avec les billets.
Des dizaines de personnes étaient entrées pendant qu'il faisait la queue. Il dut slalomer un nombre inquiétant de couples d'un certain âge – lui, un smoking sur-mesure elle, un collier de perles ou une parure de diamants – . Il en vint à se demander si Raphaël et lui n'étaient pas les plus jeunes spectateurs.
Son malaise s'accentua.
Le double escalier spectaculaire en marbre, les dorures, les colonnes sculptées et le plafond peint lui donnaient envie de s'enfuir.
De toute évidence, il n'excellait pas dans l'organisation de ce genre de soirée. Il n'était pas prêt de se porter volontaire à nouveau.
Il n'y avait qu'une petite dizaine de fauteuils sur le balcon étroit qui surplombait le côté gauche de la scène. Raphaël était installé au bout de la rangée. Il tourna la tête vers lui à la seconde où il quitta le couloir. S'il avait été n'importe qui d'autre, il aurait blâmé le hasard, mais quelque chose lui disait que l'empathie de Raphaël lui permettait de le repérer presque trop facilement.
Il fit de son mieux pour ignorer son regard interrogateur.
- Tout va bien ? lui demanda-t-il.
Il se redressa sur son siège, le dos droit, comme si sa mère risquait d'apparaître devant lui si sa posture n'était rien d'autre que parfaite.
- Évidement.
Il vit Raphaël plisser les yeux du coin de l'oeil. Il se pencha vers lui.
- Menteur.
Son agacement atteint un nouveau sommet. Il soupira.
- Ton empathie va être parfois pénible, n'est-ce pas ?
La grimace moqueuse de Raphaël lui apprit qu'il n'était pas de son avis.
- Pour toi, peut-être. De mon côté, je suis bien content d'avoir ce moyen-là pour lire entre les lignes. Alors ?
Il grogna. Il aurait dû savoir que Raphaël ne se contenterait pas d'un mensonge. La main qui se posa sur sa cuisse réussit à l'apaiser un peu, jusqu'à ce que l'arrivée d'un couple assez âgé pour être leurs parents n'oblige Raphaël à replacer sa main sur son accoudoir.
Il retint difficilement un cri de rage.
- Je déteste cet endroit, dit-il finalement.
Raphaël tourna lentement la tête vers lui, ses deux sourcils si hauts qu'ils disparaissaient presque sous la mèche qui barrait son front.
- Que fait-on ici, dans ce cas ?
Il serra les dents. C'était une excellente question.
- Je pensais que tu apprécierais...
- Qui t'a mis dans le crâne l'idée que j'aimais l'opéra ? Parce que je suis absolument certain que ce n'est pas moi.
Son visage se mit à le brûler. Il pinça l'arrête de son nez brièvement, son regard fixé sur la scène en contrebas. L'arrivée d'un nouveau couple, encore plus âgé que le premier, faillit le décider à se lever.
- Je n'en sais rien, grogna-t-il. Je suppose que c'est juste la meilleure idée que j'ai trouvé.
Ça lui avait paru évident au moment où il avait demandé à Eugène de lui arranger deux places. Un restaurant, un opéra, une ballade le long de la Seine... N'était-ce pas la façon dont ce genre de choses se passaient ?
Pourquoi avait-il été convaincu qu'il tenait le parfait programme quelques jours plus tôt ?
- Suis-je passé à côté du fait que tu aimes les opéras ?
- Aucune idée. C'est la première fois que je vais en voir un.
Cette fois, Raphaël éclata de rire, ce qui atténua une partie de sa rancœur. Avec un peu de chance, il ne lui tiendrait pas rigueur de ce désastre.
La lumière s'éteignit dans la salle, précédant le silence. La main de Raphaël revint sur sa cuisse, juste un peu plus haut.
- Tu sais que tu n'as pas besoin de sortir le grand jeu, n'est-ce pas ? murmura-t-il à son oreille. Je suis déjà complètement sous ton charme.
Il soupira. Il avait juste voulu organiser quelque chose d'aussi mémorable que leur soirée de mardi. Il posa sa main sur celle de Raphaël et la serra doucement.
- Dans tous les cas, je suis prêt à faire semblant d'adorer les trois prochaines heures si c'est le prix à payer pour te voir dans ce smoking.
Il déglutit.
- Trois heures ?
Le ricanement de Raphaël fut noyé par l'apparition tonitruante du premier chanteur. Il était engoncé dans un costume vert, des feuilles formaient une sorte de halo derrière sa tête.
- Pourquoi cet arbre chante-t-il ?
Raphaël rit un peu plus fort, ce qui lui valut des « chuts » indignés de la part de leurs voisins.
Le chanteur continua sa prestation. Sa voix était si puissante qu'il n'avait pas besoin d'un Sonorus pour habiter tout le théâtre et couvrir la musique venant de l'orchestre.
Il eut besoin de quelques couplets pour réaliser un nouveau détail.
- C'est en allemand ? Je vais tuer Eugène !
Sa remarque fit basculer Raphaël dans un véritable fou rire. Quand il enfouit son visage dans son épaule pour étouffer le bruit qu'il faisait, il ne put se retenir plus longtemps de l'imiter. Leurs voisins se fendirent de « chuts » plus agressifs, l'arbre sur la scène se mit à danser.
Quand ils eurent enfin réussi à retrouver leur calme, de nouveaux personnages avaient rejoint l'arbre, sans qu'il n'ait la moindre idée de leur rôle. La musique lui rappelait vaguement les grands morceaux classiques que son père écoutait parfois dans son bureau. Cela ne l'aida pas à apprécier le spectacle davantage. Il devait lui manquer une certaine éducation pour pouvoir comprendre la complexité de ce qui se jouait sur la scène.
Un sourire ironique étira ses lèvres.
Il avait reçu la plus fine éducation qu'un sorcier de son rang puisse recevoir et il réussissait pourtant à être un parfait inculte. Il se demandait ce que sa mère aurait bien eu à répondre à ça.
- On ne reste que jusqu'à l'entracte, pas vrai ? lui demanda Raphaël.
- Pas une seconde de plus.
- Parfait. Je connais un endroit où on peut finir la soirée.
De toute évidence, il ne valait mieux pas lui faire confiance pour ce genre de choses.
Puisqu'ils avaient au moins une heure devant eux avant de pouvoir disparaître, il fit un effort pour essayer de reprendre le fil de l'histoire, une résolution compliquée par le fait qu'il ne connaissait pas un traître mot d'allemand. Il abandonna assez rapidement pour tourner la tête vers Raphaël.
Même s'il faisait sombre, il réussissait à deviner le contour de son profil. Il avait fermé les yeux mais son pouce battait la mesure sur sa cuisse. Un coup d'oeil vers leurs voisins lui apprit qu'ils étaient tous les quatre absorbés par le spectacle. Il appuya son coude gauche sur le dossier de Raphaël et commença à caresser sa nuque, jouant avec les quelques mèches de cheveux qu'il trouva-là. Le frisson qu'il sentit sous ses doigts lui tira un sourire en coin. Raphaël garda les yeux fermés, mais sa main serra sa cuisse doucement et il bascula la tête en arrière en réponse.
Merlin, il avait envie de l'embrasser.
A la place, il se contenta de ses souvenirs. Quelque chose lui disait que les deux autres couples seraient du genre à crier au scandale. Cela serait un bon moyen de se faire mettre dehors – et d'écourter ce fiasco – mais il n'avait pas envie que cela retombe sur l'ami d'Eugène.
Raphaël commença à promener sa main le long de sa cuisse, ses doigts aussi légers que les siens sur sa peau. Il lui fallut quelques minutes pour comprendre que Raphaël reproduisait ses gestes. Il serra doucement sa nuque pour tester son hypothèse. Il fut récompensé par une pression au milieu de sa cuisse qui fit accélérer les battements de son cœur et ralluma le brasier au fond de son ventre.
Il avait conscience que ce qu'ils faisaient avait le goût du fruit défendu. Si les sorciers français toléraient l'homosexualité, il était illégal (2) pour deux hommes de se toucher de la sorte en public dans le monde moldu. L'opinion générale n'était pas très tendre. Les guides spirituels des moldus avaient décrétés que l'homosexualité était un crime contre la moralité, rejoignant en ce sens l'avis de beaucoup de sorciers, ici ou au Royaume-Uni. On leur prêtait des mœurs dissolus, ainsi qu'une inclinaison vers les enfants, ce qui était particulièrement stupide.
Dans tous les cas, il ne fallait pas que l'un des quatre moldus ne remarque quoique ce soit. C'était une bonne chose qu'il se soit plusieurs fois prêté à ce jeu-là du temps de Poudlard.
Il remonta sa main jusqu'au sommet du crâne de Raphaël et il l'imita sans la moindre hésitation.
Ce fut à son tour de frissonner, attisant la chaleur au fond de ses entrailles. Il écarta un peu plus les jambes.
Les doigts de Raphaël étaient si proche de son entrejambe qu'il n'aurait qu'à les tendre pour le toucher.
Il déglutit pour ravaler le gémissement qu'il sentait sur le bout de sa langue. Son cœur battait si vite qu'il en avait le tournis.
Raphaël tapota deux fois sa cuisse avec son pouce, comme pour pour lui demander s'il comptait continuer leur étrange danse.
Il prit une profonde inspiration puis il retraça le pli derrière son oreille.
L'air se bloqua dans ses poumons quand Raphaël fit de même le long de son plis de l'aine.
Ce fut soudainement trop et très loin d'être assez.
Il se pencha vers Raphaël.
- We're leaving.
Si les quatre moldus s'indignèrent, il s'en ficha complètement. Il voulait mettre le plus de distance possible entre lui et cet endroit, le plus vite possible. Il avait besoin d'embrasser Raphaël jusqu'à ce que leurs poumons crient grâce. La seule musique qu'il avait envie d'entendre était leurs gémissements de plaisir entremêlés.
Il n'était pas certain d'avoir jamais eu envie de quelqu'un d'autre de cette façon.
La femme au vestiaire les dévisagea ouvertement.
- Tout va bien, messieurs ?
Raphaël était sans doute trop proche de lui, la chaleur de son corps faisant monter sa température déjà trop élevée. Il avait conscience que son visage était carmin et que ses mains tremblaient.
- Obviously. Good bye.
Il eut un brève moment d'hésitation une fois les portes passées, incertain quant à la direction à prendre et un peu étourdi par leur sortie. La main de Raphaël se referma sur son bras gauche. Il lui fit remonter la coursive bordée d'arches d'un pas vif, ignorant la volée de marches qui aurait été son choix pour partir. Il n'eut pas le temps de s'étonner car, déjà, Raphaël faisait volte face. Une main se referma sur sa nuque, précédant une bouche désormais familière. Dans leur élan, ils percutèrent le mur le plus proche dans un bruit sourd, disparaissant dans un coin d'ombre à l'abri des regards indiscrets.
Ce baiser là n'avait rien à voir avec tous ceux qu'ils avaient déjà échangés. C'était féroce et brûlant et définitivement passionné. Leurs dents s'entrechoquèrent plusieurs fois, la pression sur ses lèvres allaient finir par les couper, leurs langues allaient sans doute fusionner. Il avait vaguement conscience de toucher Raphaël partout où il pouvait poser ses mains, sans vraiment savoir où, maudissant les trop nombreuses épaisseurs de vêtements entre sa peau et celle de Raphaël. Il devait toutefois tomber aux bons endroits parce que Raphaël gémit à plusieurs reprises, à moins que ce ne soit lui.
Vraiment, c'était le dernier de ses soucis.
Il voulait plus.
Il avait besoin de plus.
Il réussit à se concentrer juste assez pour localiser les hanches de Raphaël avec ses deux mains. Il le plaqua contre lui. Leur érection pressèrent l'une contre l'autre. La chaleur qui se diffusa dans ses veines lui donna l'impression qu'il allait se consumer de l'intérieur.
- AH !
Raphaël grogna en réponse, si fort qu'il le sentit à l'intérieur de sa poitrine. Il essaya de l'empêcher de bouger, mais ses muscles ne répondaient plus vraiment. Il oublia de protester quand la cuisse de Raphaël se glissa entre ses jambes.
Il devint incapable de penser.
Sa tête bascula en arrière, son dos s'arqua, ses poumons se mirent à le brûler tant son souffle était erratique. La pression sur son érection était juste parfaite.
Merlin, il avait presque l'impression d'être de retour à Poudlard.
Quand Raphaël commença à embrasser son cou, laissant une traînée brûlante derrière lui, son bassin se mit à onduler doucement.
Le plaisir emporta le peu de lucidité qu'il lui restait.
S'ils continuaient comme ça, ça n'allait pas prendre beaucoup de temps.
Raphaël mordit son épaule à travers le tissu de sa veste de smoking, ce qui réussit à peine à étouffer le gémissement qui semblait venir du fond de ses entrailles. Sa main s'agrippa à ses fesses, l'empêchant de continuer à bouger.
S'il avait eu un peu plus d'air dans ses poumons, il l'aurait sans doute insulté.
Copieusement.
- Close, gémit-il.
- Non !
Raphaël se tendit puis se dégagea précipitamment. Il voulut le suivre mais il plaqua son bassin contre le mur avec force, ses bras tendus pour se maintenir à distance.
Rouvrir les yeux lui demanda un effort surhumain. Le visage de Raphaël rougeoyait dans la pénombre. Son regard si vorace qu'il se mit à trembler.
Le monde tournait un peu autour de lui.
- Please ? réussit-il à articuler, le souffle court.
Raphaël serra les dents.
- Pas ici. Pas comme ça.
Son cerveau était peut-être un peu trop embrumé par le désir, mais il ne voyait pas ce que cet endroit avait de mal. Poudlard lui avait appris à se satisfaire de recoin bien plus sales ou étriqués. Il se ferait un plaisir de le démontrer à Raphaël.
- It's good like this. I'll go on my knees for you after. Make it good for you too.
Raphaël serra les paupières. La prise sur ses hanches devint douloureuse. Les bras de Raphaël se mirent à tressauter. Quand il se pencha à nouveau vers lui, il crut qu'il avait gagné. Son cœur se remit à battre à mille à l'heure, dopé par l'adrénaline et l'impatience.
- La première fois, Nigel, je te veux complètement nu dans mon lit et à l'intérieur de moi. Pas comme ça.
Ses mots firent naître une image très nette dans son esprit qui faillit bien lui faire atteindre l'orgasme malgré tout.
Il faillit hurler de frustration mais il préféra donner un coup en arrière avec sa tête. Le bruit sourd fut suivi d'une brève vague de douleur qui eut le mérite de l'aider à reprendre ses esprits.
- Ne te blesse pas !
- Says he when he just gave me the worst blue balls of my life.
Raphaël rit doucement, l'air très satisfait de lui.
- Tu as conscience que tu parles anglais depuis toute à l'heure, n'est-ce pas ?
Pas vraiment, mais il n'allait pas le reconnaître à voix haute.
- La ferme.
Finalement, Raphaël relâcha sa pression sur ses hanches. Ses mains remontèrent au niveau de sa taille avec douceur, puis il posa ses lèvres sur sa joue pour ne plus bouger. Il glissa ses mains sur ses bras et ferma les yeux. S'il était à nouveau cohérent, il pouvait toujours sentir le désir faire battre son cœur plus vite. Son érection était encore douloureusement pressée contre la boutonnière de son pantalon, il n'avait pas tout à fait reprit son souffle, ses lèvres pulsaient doucement, comme si elles avaient reçu un coup de poing, et son visage devait vraiment être aussi luisant que celui de Raphaël un peu plus tôt.
- Ça va aller ?
- Je te déteste.
Raphaël rit à nouveau.
- Menteur.
Le coin de ses lèvres frémirent.
- Oh, je peux t'assurer que mon pénis te hait.
- Je saurais me faire pardonner, promit-il.
Il l'embrassa à nouveau, presque chastement en comparaison de ce qu'ils avaient échangé un peu plus tôt.
- Je peux nous faire transplaner ?
- Où ?
- Quelque part où le concert sera un peu plus à mon goût et où l'on sert de l'alcool. Je crois qu'il va me falloir au moins ça pour survivre à cette soirée.
Si quelqu'un avait failli mourir, c'était lui – de frustration –, mais Raphaël serait capable de le prendre comme un compliment, aussi se contenta-t-il de hocher la tête. Avec un peu de chance, un peu d'alcool l'aiderait à arriver à ses fins malgré tout. (2)
Raphaël se baissa pour récupérer les vêtements qu'il avait lâché au sol dans la passion du moment, puis sortit sa baguette.
Ils réapparurent dans une petite rue sombre, ceinte par deux bâtiments anciens. Il n'y avait pas l'ombre d'un bar et aucune rumeur caractéristique des clubs parisiens, moldus ou sorciers. Il cessa de s'interroger quand Raphaël défit son nœud papillon d'un geste sec.
Il haussa un sourcil.
- Des regrets ? Parce que ma proposition tient toujours.
Raphaël était assez proche de lui pour qu'il remarque que sa respiration s'accéléra. Il resta un long moment silencieux, son regard planté dans le sien. Il crut voir l'hésitation jouer sur ses traits mais elle disparut vite quand il secoua la tête.
- Non pas que je me plaigne, mais tu es un peu trop bien habillé pour l'endroit où nous allons.
Il était presque certain qu'il était bien moins tiré à quatre épingles qu'une demi-heure plus tôt, mais cela ne semblait pas être suffisant. Raphaël défit les trois premiers boutons de sa chemise, l'aida à enlever sa veste de smoking, puis défit ses boutons de manchette.
- Ne perd pas ça ou Eugène va me tuer.
Il sortit son portefeuille pour les ranger soigneusement avant de retrousser ses manches. Il rétrécit ensuite les vêtements dont il n'avait pas besoin, ce qui lui permit de les glisser dans l'une des poches avant de son pantalon.
Sa main attarda juste un peu trop longtemps, un sourire en coin et un regard provoquant assorti.
Ce fut à son tour de devoir trouver un trésor de sang-froid pour ne pas reprendre là où ils s'étaient arrêtés quelques minutes plus tôt.
Raphaël récupéra sa main pour ajuster sa tenue. Sa cravate et sa veste subirent le même sort que ses affaires. Il sortit sa chemise bleu de son pantalon et l'ouvrit complètement, découvrant un fin maillot de corps.
- Tu portes définitivement trop d'épaisseurs.
La regard de Raphaël sembla à nouveau vorace pendant une brève seconde.
- Et de ce que j'ai cru comprendre, peut-être que tu n'en portes pas assez, répliqua-t-il, sa voix juste un peu plus grave.
Il haussa les épaules.
- Le style avant le confort.
La langue de Raphaël passa sur sa lèvre inférieure, mais il se détourna quand même, ce qui le fit jurer en silence.
Merlin que cet homme était obstiné !
Il l'observa tandis qu'il tapotait la plaque de métal fixée dans le sol à côté d'eux de la pointe de sa baguette. La plaque disparut, remplacée par une lumière douce qui lui permit de deviner une échelle qui s'enfonçait dans les profondeurs de Paris.
- Encore un endroit secret ?
- Pas pour qui sait se renseigner. Je passe en deuxième parce qu'il faut que je referme. Tâche de ne pas tomber.
Il leva les yeux au ciel mais attrapa la main qu'il lui tendait.
- Ça ne s'est produit qu'une seule fois.
Il engagea sa prothèse en premier, confiant en sa technique. Il montait et descendait d'une échelle plusieurs fois pas jour à la librairie, il ne comptait pas s'humilier en s'écrasant à ses pieds.
Les barreaux devenaient brillants à mesure qu'il progressait, juste assez pour qu'il sache où il mettait les mains, mais pas assez pour qu'il devine ce qui l'attendait en bas. Raphaël lui avait promis de la musique et de l'alcool, il espérait juste qu'il ne faille pas descendre pendant plusieurs centaines de mètres pour y parvenir.
Le sol le prit par surprise au bout d'une vingtaine de barreaux.
Raphaël ne tarda pas à le rejoindre. Quand il alluma la pointe de sa baguette, il eut l'impression de reconnaître une sorte de galerie en pierre, qui lui rappela un peu l'hôpital des Anges. Le monde sorcier parisien semblait avoir mis à profit les profondeurs de la capitale au fil de l'histoire. Cela devait être un autre de ces endroits.
Ils ne marchèrent pas très longtemps avant qu'une porte en bois très rustique n'apparaisse. Raphaël y frappa selon un rythme qui ressemblait beaucoup à un mot de passe.
Il eut un mouvement de recul quand elle s'ouvrit.
Le bar ressemblait à une cave démesurée. Les murs étaient dans la même pierre que celle de la galerie. Le plafond voûté était définitivement semblable à celui de l'hôpital des Anges, sauf qu'il était peint de larges bandes de couleurs – rose, rouge, orange, jaune, vert, turquoise, bleu et violet –. La peinture devait être magique car elle servait en partie à éclairer la pièce. Un groupe de musiciens occupait une scène installée à l'opposé de la porte. De nombreuses personnes les écoutaient un verre à la main, d'autres dansaient, en couple ou seul.
Raphaël passa un bras autour de ses épaules et le guida vers le bar. Des Elfes de maison, tous vêtus d'uniformes colorés, s'occupaient de servir les boissons.
- Deux Arc-en-Ciels.
Les tables autour d'eux semblaient toutes venir d'une époque différente. Elles avaient été enchantées également de toutes les couleurs, parfois seulement en partie, ce qui réussissait à créer une sorte d'unité dans tout ce bric-à-brac.
Ce fut en parcourant les tables des yeux qu'il réalisa que plusieurs hommes étaient définitivement en couple.
Il ne put s'empêcher de regarder autour de lui quand il vit deux d'entre eux s'embrasser, et il perdit brièvement le contrôle sur sa mâchoire quand personne ne s'indigna.
Il ne devait pas être très discret car l'un des deux lui adressa un clin d'oeil.
Il se détourna, les joues un peu brûlantes.
Merlin, c'était sans doute la première fois qu'il assistait à une scène pareille.
- Rapha ! Par Adèle, ça fait une éternité !
Il tourna vivement la tête.
Rapha ?
Une petite blonde – Raphaël faisait presque deux têtes de plus qu'elle –, un peu ronde, mais au sourire lumineux, se précipita sur eux.
Il grinça des dents malgré lui quand Raphaël libéra ses épaules pour lui faire la bise.
- Comment vas-tu, Lou ?
- Très bien ! Mais c'est surtout à toi qu'il faut demander ça ! Je commençais presque à m'inquiéter !
Raphaël la libéra.
- J'ai été pas mal occupé ces derniers mois, répondit-il en lui glissant en regard en coin.
Lou le détailla. Son sourire devint amusé.
- Voici Nigel, mon...
Il ne lui laissa pas le temps de dire « ami ».
- Petit-ami.
A la façon dont Raphaël le dévisagea, il réalisa qu'il aurait peut-être mieux fait de se taire. Il était presque certain que ce n'était pas le genre de chose qui se décidait de façon unilatérale.
Il décida de faire comme si de rien était, au moins devant cette Lou.
-Enchanté, dit-il, peut-être un peu sèchement.
Du coin de l'oeil, il vit Raphaël secouer la tête et adresser ce qui semblait être une grimace d'excuse à son amie.
- Passe-moi un coup de fil à l'occasion ?
Lou serra le bras de Raphaël puis s'en alla rejoindre la table où étaient installées trois autre filles. L'Elfe déposa deux verres sur le comptoir, ce qui lui offrit une excellente diversion. Il sortit son portefeuille. Tout comme au Royaume-Uni, les Gobelins avaient réussi à obtenir le monopole de la finance au fil des siècles. La monnaie frappée était différente – des pièces triangulaires de quatre sortes différentes, percé d'une étoile dont le nombre de branches indiquait la valeur – mais le principe était le même : personne ne pouvait faire des affaires sans passer par eux.
Raphaël se colla contre son dos tandis qu'il cherchait l'appoint.
- Tu es ridicule, dit-il.
Ce n'était pas la première fois qu'il utilisait cette formule. Il n'avait pas besoin de tourner la tête pour savoir qu'il devait avoir cette étrange expression – à moitié amusée, à moitié charmée – qui le rendait terriblement séduisant. C'était un bon signe, en général, aussi sa déclaration quelques minutes plus tôt avait dû être bien reçue.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
Les bras de Raphaël se refermèrent autour de sa taille, puis il embrassa la jonction entre sa nuque et son épaule. Il sentit ses lèvres s'étirer en un sourire qu'il devina satisfait quand il échoua à contenir un frisson.
- Menteur.
Raphaël le libéra pour prendre son verre une fois que l'Elfe eut ramassé la monnaie. Il se laissa guider vers une table libre au milieu de la salle. Un canapé jaune citron faisait face à une chaise en bois au dossier jaune moutarde et un fauteuil parfaitement noir, à l'exception d'un soleil qui souriait sur l'assise.
La table rectangulaire était décorée de cercles, jaunes eux aussi.
Il posa son verre sur l'un d'entre eux. Il n'avait jamais vu de boisson pareille. Le liquide était séparé en huit parties, chacune d'une couleur différente – ce qui lui valait sans doute son nom – et il eut beau agiter la paille, elles ne se mélangèrent pas. Une première gorgée lui apprit que l'alcool dans la couleur verte était un mélange de rhum et de citron vert.
Surtout de rhum, réalisa-t-il quand le liquide brûla sa gorge. Il toussa et Raphaël eut un éclat de rire moqueur.
Puisqu'il ignora son regard sombre, il se rencogna contre le dossier du canapé et reprit ses observations. La musique était plus rythmée qu'à leur arrivée, ce qui semblait être au goût du public. Les clients étaient loin d'être tous aussi jeunes que Raphaël et lui – les deux femmes qui partageaient un cocktail d'un rouge profond devaient avoir plus de quatre-vingt ans –. Il comprenait mieux pourquoi Raphaël avait insisté pour qu'il abandonne son nez papillon : les tenues variaient de décontractées à excentriques en passant par très légères.
Ses yeux revinrent se poser sur Lou et son groupe d'amies. Elle riait à gorge déployée, un verre de bièraubeurre à la main et une cigarette aux lèvres. La lumière donnait l'impression que ses longs cheveux blonds avaient des reflets violets, la faisant paraître plus jeune encore. Entre deux éclats de rire, elle salua plusieurs personnes de loin.
Il ne put s'empêcher de se demander comment Raphaël pouvait le préférer lui à une fille comme elle.
- Lou est juste une amie, Nigel.
Il leva les yeux au ciel.
- Je ne suis pas empatte, mais je ne suis pas aveugle non plus. C'est une ex-petite-amie.
Ce qui était troublant, vraiment, surtout quand le souvenir de l'érection de Raphaël contre la sienne était aussi frais.
- Lou et moi, on se connaît depuis Beauxbâtons. On a passé quelques nuits ensemble au fil des années, mais on est tous les deux d'accord sur le fait que ça n'ira jamais au-delà. Encore moins maintenant que j'ai un petit-ami.
Il ferma les yeux une brève seconde, ses oreilles brûlantes. Il aurait dû se douter qu'il ne laisserait pas passer ce détail aussi facilement. Il refusa de se laisser acculer.
- Plusieurs nuits, hein ? Et moi qui croyait que tu préférais les hommes.
Son ton était peut-être un peu plus sec que ce qu'il avait voulu. Il prit une nouvelle gorgée de sa boisson, plantant sa paille dans une nouvelle couleur. Il reconnut le goût amer du whisky, mêlé à celui de l'orange. C'était au moins aussi fort que le rhum.
A ce rythme, il allait être nettement moins cohérent quand il aurait terminé son verre.
Raphaël lui prit doucement la main gauche, l'obligeant à desserrer son poing pour enlacer ses doigts avec les siens.
- Je suis assez bien placé pour savoir que, homme ou femme, on est avant tout humain. Les émotions sont les mêmes, en tout cas. Je préfère les êtres humains avant de préférer les hommes ou les femmes.
Un regard en coin vers Raphaël lui apprit qu'il était parfaitement sérieux, ce qui l'obligea à réfléchir un peu plus à ce qu'il venait de lui dire. Il lui avait fallu du temps pour accepter le fait que les hommes – lui – n'étaient pas forcément tous attirés par les femmes – et les femmes par les hommes, sans doute –. Bien sûr, certains de ces hommes passaient parfois la majeur partie de leur vie mariés à une femme, mais il doutait que cela soit vraiment un choix.
Ce n'était pas comme si Emily Rosier avait un jour compté pour lui.
- Pour être plus précis, je suis attiré par la connexion que je ressens avec certaines personnes. Le reste, ce n'est qu'un emballage.
Il le vit se pencher vers lui du coin de l'oeil, son expression espiègle.
- Et quand l'emballage est à la hauteur du tien, c'est juste un bonus.
Entre sa jambe en moins et ses nombreuses cicatrices, il n'avait pas l'impression d'être un « emballage » si luxueux que ça, mais il avait renoncé à lui faire entendre raison sur ce point. Apparemment, il en fallait plus pour le dégoûter.
Et, connexion ou pas, il n'avait rien en commun avec cette Lou. Il était grand et sans doute trop maigre quand elle était petite et ronde. Elle était blonde, il était brun. Elle avait l'air plus extravertie que Raphaël quand, vraiment, il devait se faire violence pour supporter plus de trois personnes à la fois. Ça, sans compter des différences encore plus évidentes.
Raphaël lâcha sa main pour passer un bras autour de ses épaules Il voulut l'ignorer complètement, parce qu'il ne savait pas encore quoi penser de ce qu'il venait d'apprendre – il était dans l'incompréhension la plus totale – mais ses pensées devinrent superflues quand Raphaël saisit le lobe de son oreille gauche avec ses dents.
- Je peux t'assurer que j'ai très envie de toi, Nigel.
Son autre main trouva le genou de sa prothèse et commença à remonter sa cuisse – encore –. Il attrapa son poignet avant que ses doigts n'atteignent son entrejambe et le début d'une nouvelle érection.
- You need to stop doing that.
Raphaël rit doucement, de ce rire grave qui semblait avoir un effet immédiat sur ses entrailles.
- Anglais à nouveau. Je me demande ce qu'il faudra de plus pour te rendre monosyllabique.
Il s'obligea à se concentrer pour que sa réponse soit dans la bonne langue.
- Tu aurais pu le découvrir il n'y a pas une heure si tu était moins obtus.
- Ça ne me dérange pas. Je suis patient.
Ça, il avait eu l'occasion de le remarquer.
Avec un dernier regard en coin accusateur, il relâcha son poignet. Raphaël se redressa un peu pour boire une gorgée de son cocktail.
- Puisque le sujet est sur la table... Combien de cœurs brisés as-tu laissé au Royaume-Uni ?
La question le prit par surprise. Depuis qu'il le connaissait, Raphaël n'avait presque jamais dérogé à la règle tacite concernant son passé. Il faillit botter en touche par habitude mais son regard tomba à nouveau sur Lou. Raphaël n'avait jamais été rien d'autre qu'honnête avec lui, il pouvait au moins lui rendre la pareille.
- Je n'étais pas vraiment dans la position de briser les cœurs qui auraient vraiment eu de l'importance. Mon frère avait pour habitude de dire que notre mère n'en avait pas, aussi je doute qu'elle compte. Et je ne pense pas que ma fiancée ait porté le deuil si longtemps donc...
Raphaël écarquilla les yeux et entrouvrit la bouche de stupeur.
Il grimaça légèrement. Peut-être en avait-il un peu trop dit d'un seul coup.
Raphaël le dévisagea un long moment, ses sourcils froncés. Si la Légilimancie fonctionnait de cette façon, il n'aurait pas eu besoin d'être un grand initié pour lire les questions qui devaient danser dans son esprit.
Il but une nouvelle gorgée de son cocktail pour se donner une contenance – le rouge avait le goût de la cerise, l'alcool un peu moins fort que le whisky –. Il commençait à avoir chaud.
- Pourquoi ta fiancée aurait-elle porté le deuil ?
Il n'hésita qu'une seconde. Il en avait déjà trop dit.
- Parce qu'ils pensent tous que je suis mort. D'une certaine façon, c'est le cas. La personne qu'ils voulaient que je sois est morte. Ce qui est une bonne chose, étant donné qu'il était un Mangemort et, de l'avis de beaucoup, un connard prétentieux.
Sans compter qu'il n'avait pas été heureux, à l'époque, entre la Marque, son mariage imminent, la pression constante de se comporter en parfait petit héritier et sa solitude étouffante. Il n'avait pas prévu que les choses se passeraient de cette façon – il était censé mourir dans cette grotte – mais il ne regrettait rien.
Ou, pas cette partie-là, du reste.
Raphaël le dévisagea à nouveau, les yeux plissés.
- Tu le penses vraiment.
Ce n'était pas une question. Sans doute son empathie lui permettait-il de sentir sa sincérité.
- Crois-moi, tu m'aurais détesté aussi.
Dans tous les cas, il avait fini par se haïr lui-même, et pas seulement parce qu'il était devenu un meurtrier sous la direction de sa cousine. Sa lâcheté avait guidé chacun de ses choix : Serpentard, la Marque, ses fiançailles, sa mort... Il ignorerait sans doute toujours comment il avait survécu – et pourquoi – mais il avait dû mourir pour pouvoir avoir le contrôle de sa propre vie.
- Quand tu dis que tout le monde te pense mort... Ton frère aussi ?
Son cœur se serra. Si son frère ne s'était pas arrangé pour obtenir un aller simple à Azkaban, sans doute aurait-il essayé de reprendre contact avec lui – il avait essayé de reprendre contact avec lui –. De toute sa famille, c'était la seule personne qui lui manquait.
Parfois.
Il secoua la tête.
Il était trop tard maintenant.
- Mon frère s'est fait arrêter juste après la fin de la guerre. S'il n'est pas encore mort, il doit m'avoir oublié.
Raphaël fronça les sourcils à nouveau.
- Je croyais qu'il avait refusé la Marque ?
- Je n'ai jamais précisé qu'il a toujours été particulièrement stupide et téméraire, n'est-ce pas ?
Sa tentative d'humour échoua quand sa voix se brisa à mi-chemin. Ses yeux se mirent à le piquer.
L'image de son frère, décharné, sale, l'air absent, entouré de Détraqueurs, se forma derrière ses paupières. Il passa une main sur son visage pour reprendre ses esprits. Ça allait bientôt faire dix ans, s'il était encore vivant, il n'était plus qu'une coquille vide. D'une certaine façon, son frère était mort en même temps que les Potter, ce qui devait être adéquat, étant donné son inclinaison pour les sorties dramatiques.
Raphaël l'attira contre lui avec douceur, guidant son visage dans la courbe de son cou. Quand il embrassa sa tempe, l'image de son frère se désagrégea.
- Tu devrais vraiment t'autoriser à pleurer de temps en temps, Nigel. Je t'assure que ça ne te ferait pas de mal.
Il eut un bref éclat de rire, juste un peu étranglé.
- Je suis sérieux.
- Je sais.
Il garda les yeux fermés encore une longue minute, respirant à plein poumon l'odeur de Raphaël – qu'il commençait à associer à une certaine forme de refuge –. Il pouvait sentir l'alcool émousser sa conscience à la façon dont son cerveau flottait dans sa boîte crânienne.
- S'il était stupide et téméraire, et toi stupide et borné, vous deviez faire une sacré paire d'idiots.
Cette fois, il éclata de rire. Raphaël n'avait pas idée à quel point il était proche de la vérité.
Il prit une profonde inspiration puis il se redressa. Raphaël ne retira pas le bras qu'il avait passé autour de ses épaules. Il prit une nouvelle gorgée de son cocktail – le violet avait le goût de la violette, mais pétillait à la façon d'un bon Champagne, sans doute parce qu'il en contenait –. C'était le moins fort jusqu'à maintenant.
- Et donc tu avais une fiancée de l'autre côté de la Manche ? Est-ce mon tour d'être jaloux ?
Il voulut rétorquer qu'il n'était certainement pas jaloux de Lou, mais quelque chose dans l'expression de Raphaël lui rappela que sa mauvaise foi ne prendrait pas.
Fichu empatte.
- Et bien, tout cumulé, j'ai dû danser au moins deux heures avec elle. Ça doit bien compter pour quelque chose.
Certains de ses orteils ne n'avaient jamais été les mêmes.
Raphaël haussa ses deux sourcils.
- Toi, tu danses ?
- Crois-moi, c'est un pré-requis indispensable pour devenir Mangemort.
Raphaël se leva. Ce fut à son tour de le dévisager.
- Je vais avoir besoin d'une démonstration pour te croire.
- La musique n'est pas du tout appropriée.
- Je suis certain que tu vas réussir à t'arranger.
Il secoua la tête.
- J'ai une prothèse. Je suis dispensé.
Raphaël eut un sourire mauvais.
- Ce n'est pas grave, je suis certain que Lou sera d'accord pour m'accompagner.
Il jeta un regard sombre en direction de la table où elle était installée, puis il se leva, non sans maugréer une malédiction à voix basse, même s'il aurait été incapable de dire à qui il l'adressait.
Raphaël éclata de rire.
- C'est presque trop facile.
Le groupe de musique terminait un nouveau morceau lent qui, s'il était plus propice à une certaine forme de danse, était bien loin des compositions sur lesquelles il avait appris à valser à partir de ses sept ans.
Ils s'arrêtèrent un peu à l'écart de la masse compacte qui écoutait le concert en se balançant d'un pied sur l'autre sans grâce. Il attrapa la main droite de Raphaël avec sa gauche, puis plaça son bras juste en-dessous de ses omoplates, l'obligeant à se rapprocher. Raphaël haussa un sourcil, il lui répondit par un sourire en coin.
S'il tenait tellement à sa démonstration, il allait devoir en assumer toutes les conséquences.
C'était la première fois qu'il s'essayait à une valse depuis qu'il avait perdu sa jambe. Il réalisa très vite qu'il en aurait été incapable avec son ancienne prothèse. Ses premiers pas furent maladroits, puis il finit par trouver un rythme qui s'accordait presque au nouveau morceau.
Les dizaines d'heures passées à répéter les pas depuis ses sept ans prirent le relais.
Raphaël se laissa guider, sa main légère sur son bras, ses enjambées suffisamment assurées pour qu'il devine que ce n'était pas la première fois qu'il se prêtait à l'exercice.
- J'étais le témoin de mon frère à son mariage, dit-il quand il lui en fit la remarque. J'ai été obligé d'apprendre quelques pas de bases pour ne pas l'embarrasser devant sa belle-famille.
Quand la chanson se termina, une autre suivit, trop lente pour une valse.
- A mon tour, souffla-t-il.
Il ramena la main qui tenait la sienne au niveau de son épaule et entoura sa taille de l'autre, l'obligeant à se rapprocher un peu plus encore. Sa joue se colla contre celle de Raphaël. Ils basculaient d'un pied sur l'autre, en rythme avec la musique.
- Ce n'est pas une danse, dit-il, après une minute.
- Non, c'est juste une excuse pour te tenir contre moi.
Le morceau s'éteignit, remplacé par un nouveau, toujours aussi lent. Il ferma les yeux, décidé à se laisser guider, ce qui était une nouveauté pour lui. Qu'importe la danse, il lui était toujours revenu de mener.
La différence semblait insignifiante mais elle finit de lui faire réaliser à quel point il pensait ce qu'il avait déclaré à Lou, un peu plus tôt.
Raphaël était son petit-ami et il était le sien. C'était au moins aussi terrifiant qu'exaltant.
- Je n'ai jamais été avec quelqu'un comme ça, souffla-t-il.
Encore moins avec quelqu'un à qui il tenait autant qui, selon ses propres mots, l'aimait.
L'étreinte autour de sa taille se resserra brièvement.
- Je sais.
- Je n'ai pas la moindre idée de la façon dont tout ça est censé fonctionner.
Avec un peu de recul, il était fort probable qu'il ait tiré son idée de l'Opéra dans un livre qui expliquait comment courtiser selon l'étiquette Sang-Pur et cela avait été un fiasco – au moins en partie –. Il ne pouvait pas dire que ses parents lui avaient montré un brillant exemple de ce qu'était censé être un couple – ils ne s'étaient jamais beaucoup disputé, mais ils ne s'étaient pas aimé non plus –. Tout ça, sans oublier le détail le plus important : Raphaël était un homme. Même les livres de romance qu'il avait pu lire plus jeune – ils n'avaient pas été très nombreux et il les avait trouvé ennuyeux – ne lui seraient d'aucun secours.
- Pour le moment, tu t'en sors plutôt bien. Il n'y a pas de recettes magiques, Nigel. Il faut juste être prêt à fournir les efforts pour que ça marche. Et puis, tu peux aussi poser la question en cas de doute. Je ne mors pas.
Il se détendit, juste un peu.
- Menteur, dit-il, un sourire en coin aux lèvres.
Raphaël éclata de rire et il tourna la tête pour l'embrasser.
Pour cette nuit, il décida de croire que toute cette histoire n'allait peut-être pas se terminer en une énorme catastrophe.
Je me répète, mais ils sont vraiment choupis tous les deux xD
Behind the Scene :
- (1) Ma chère bêta m'a appris qu'à l'époque (1987), l'outrage public à la pudeur était doublement plus sévère quand il s'agissait de deux hommes. Je souhaite donc à toutes les personnes derrière cette loi (et son application) une éternité à se faire gratter la rétine avec une seringue usagée dans l'au-delà.
- (2) Petit rappel, on abuse pas des personnes et encore moins quand ces dernières sont alcoolisées. Consent, people !
- J'ai peut-être volé le fou rire de Raphaël et Nigel à l'opéra au film Intouchable. No regret.
- Raphaël est pansexuel.
Comme d'habitude, je suis curieuse d'avoir votre avis sur :
- Ce deuxième rendez-vous à l'Opéra (qui ne se passe pas tout à fait comme prévu).
- Nigel qui doute (pour changer mais bon, trop d'amour pour cet enfant).
- Les petites révélations de Raphaël (qui, peut-être, répondent à certaines questions?)
- Les quelques avoeux de Nigel (qui s'ouvre tout doucement).
Et bien entendu, si vous avez des théories concernant le(s) lien(s) entre ce Spin-Off et le reste de mon UA maison, je suis tout ouïe.
Je vais pas vous mentir, le moyen le plus efficace pour me motiver à poster le prochain chapitre est une review !
On se dit à dans (normalement?) trois semaines par ici.
Orlane.
Mis en ligne le 21/08/2021
