Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses et plus courageux·ses que Godric lui-même. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.
Attention : Rated M et relation M/M. Thématique du suicide et de la dépression. Vous lisez en connaissance de cause.
Juliette :
Hey ! Merci beaucoup pour ta review !
Je ne sais pas ce que tu entends par « ne pas commencé par le début » mais je suis contente que cette histoire te plaise ! Oui, cette histoire me permet de développer quelques petits nouveautés maison ! Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Liyly:
Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Je me suis bien amusée à écrire le début de leur rendez-vous à l'opéra, contente que ça t'ait plu ! Si tu aimes en apprendre plus sur ces deux garçons, la mise à jour devrait te combler ! Bonne lecture !
Cassiopee :
Coucou ! Merci beaucoup pour tes deux reviews ! Keur:keurkeur
Je prends beaucoup de plaisir à écrire les rendez-vous de mes deux idiots (et je suis assez d'accord avec toi concernant qui apprivoise qui xD). Je suppose que l'opéra peut être un très beau spectacle et une sacrée prestation vocale, encore faut-il avoir du goût pour la musique classique.
Rholalala, ça me fait trop plaisir de savoir que le chapitre 5 est pour le moment ton préféré (je l'aime beaucoup celui-ci! Promis, j'en ai quelques-uns au moins aussi choupis à venir!).
Ah non mais Raphaël a tout bon, on est bien d'accord ! (et il avait pas le droit à l'erreur sur certains points, parce que Nigel n'aurait pas hésité longtemps à fuir… btw, oui, c'est une étoile montante de la tragédie, j'aime beaucoup cette formulation, ça lui correspond très bien!).
Je note ton hypothèse concernant Alexis ! (tu chauffes ^^)
Merci pour tous tes compliments sur les deux derniers chapitres ! Tu n'as pas idée à quel point ça me touche ! (et ça me fait super plaisir de savoir que mes mises à jour embellissent tes journées. Sache que tes reviews ont le même effet pour moi!). Ne t'excuse pas pour la longueur de tes messages, je les adore tels qu'ils sont !
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Des mercis et des bisous de loin à Juliette, Liyly, mamlahaye, annelisemallero, Cassiopêe (x2),Sun Dae V, FoxyCha24, feufollet (x2) et Tiph l'andouille pour leur review. Vos mots ont été le véritable soleil sur mon été ! Keur:keur:keur sur vous !
Bonjour à toutes et à tous !
Comment va la vie de votre existence ?
De mon côté, comment dire ? J'ai sans doute vécu la rentrée la plus irréaliste de ma jeune carrière. Pas d'emploi du temps, puis des emploi du temps improbables sans salles attribuées… J'ai donc décidé d'arrêter de cracher sur la gestion de Poudlard. Bubus et Minnie gèrent de ouf, vous avez pas idée !
Puisqu'il en faut un peu plus pour m'arrêter (je sais pas si c'est le changement de dizaine, mais je suis devenue maîtresse Zen pendant l'été), j'ai quand même réussi à me remettre à l'écriture. J'ai pour ainsi dire terminé le dernier chapitre de Gravity (stay tuned, je sais déjà qu'il y aura une suite, même si je ne sais pas quelle forme elle prendra. Mes deux idiots sont en plein brainstrorming dans une salle secrète de mon cerveau!). J'aurais finalement réussi à écrire pas loin de 30k cet été, ce qui est assez honorable, je trouve ! Le dernier décompte tourne autour de 260 000 mots pour cette histoire (un peu plus que l'Ordre du Phénix pour les néophytes), sachant que j'ai deux trois scènes en travaux. C'est donc reparti avec mon ado terrible (qui est en forme, pour changer!)
Tout cela étant dit, je vous laisse avec le nouveau chapitre de Gravity (que j'aime beaucoup et dont je suis assez fière, aussi). Fair warning, again, je vous rappelle que cette histoire est rated M à raison (wink wink). Vous lisez en connaissance de cause ! Bonne lecture.
Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et ses retours enthousiastes ! Je vais donc redire une fois de plus : sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
Black Sunset
Spin-Off : Gravity
Chapitre 8
Gravity : A mutual physical force of nature that causes two bodies to attract each other.
Le trajet en taxi lui donna l'impression de durer cinq minutes et une éternité à la fois.
Cinq minutes, parce que si Raphaël n'habitait pas dans le quartier sorcier, son appartement était au cœur du troisième arrondissement, ce qui n'était vraiment pas loin, surtout à cette heure de la journée.
Une éternité parce qu'il avait attendu cette soirée toute la semaine, se donnant plusieurs fois l'impression d'être un enfant qui comptait les jours le séparant de Noël. Le hasard de l'emploi du temps de Raphaël avait fait en sorte qu'il ne l'avait croisé qu'une seule fois – pour un déjeuner qui lui avait laissé un goût de trop peu –. Il avait contemplé la possibilité d'aller frapper à sa porte une fois la librairie fermée, puis il s'était ravisé. Il connaissait assez Raphaël pour savoir qu'il avait un programme en tête pour la soirée. Il avait beau ne pas connaître grand chose concernant cette histoire de couple – puisque c'était le chemin que cela était en train de prendre –, il avait remarqué que cela ferait un mois le lendemain que leur premier rendez-vous avait eu lieu.
Le petit guide sur les relations amoureuses qu'il avait déniché dans une librairie moldue – parce qu'Eugène lui aurait parlé de ça jusqu'à sa mort – insistait sur le fait qu'il était important de célébrer ce genre d'anniversaire.
Merlin, Viviane, Morgane et Circé.
Un mois.
Il ne réussit pas à retenir le sourire un peu idiot – d'après Eugène, adorable selon Raphaël – qui étira ses lèvres. La main qu'il passa sur son visage n'y changea rien.
Il ignorait comment une telle chose avait pu se produire. Un mois plus tôt, il s'imaginait plus facilement quitter Paris – voir même la France – que de se rendre à un deuxième rendez-vous avec Raphaël et, aujourd'hui, il n'avait pas été capable de penser à autre chose que lui – à son rire, son odeur, le goût de ses lèvres, la tendresse dans son regard... – depuis qu'il s'était réveillé, et peut-être même pendant la nuit aussi.
C'était incroyable, vraiment, comment un simple détail avait métamorphosé sa vie.
Il se sentait plus léger – pour la première fois depuis une éternité –, il souriait plus facilement – il avait presque l'impression d'avoir six ans à nouveau –, sa prothèse lui paraissait un peu moins détestable – sans doute parce qu'elle avait fait entrer Raphaël dans sa vie –. Il était curieux de voir ce que l'avenir lui réservait.
Il était d'autant plus curieux de savoir comment la soirée allait se dérouler, surtout que c'était la première fois que Raphaël l'invitait chez lui.
Un frisson glissa le long de sa colonne, lui donnant l'impression que ses extrémités vibraient.
La première fois, Nigel, je te veux complètement nu dans mon lit et à l'intérieur de moi.
Le souvenir de la voix de Raphaël provoqua une vague de chaleur qui l'obligea à serrer les paupières. A son plus grand désespoir, leur étreinte enflammée devant l'Opéra Garnier était restée un événement isolé. A tout point de vue, les baisers qu'ils avaient échangés depuis avaient été sages, ce qui nourrissait une certaine forme de frustration à laquelle il n'avait jamais été habitué. Lors de ses rendez-vous à Poudlard, il avait été essentiel d'aller droit au but pour ne pas être surpris. Il n'y avait pas eu besoin de faire la cour à quiconque pendant des semaines, encore moins de se montrer romantique. Non, il n'avait pas eu d'autres choix que de trouver les moyens les plus rapides pour que la rencontre se termine sur un orgasme mutuel en moins d'un quart d'heure.
Ce qui avait été le cas à chaque fois.
Au lieu de se laisser emporter vers ses souvenirs – qui étaient revenus hanter ses rêves, de plus en plus souvent au fil des trois dernières semaines, le visage de Raphaël à la place de ses anciens condisciples – il se raccrocha à la sensation de la douche froide qu'il avait pris un peu plus tôt.
Merlin en soit témoin, cette soirée avait intérêt à se terminer dans la chambre de Raphaël ou il allait sans doute se consumer de l'intérieur.
Le taxi s'arrêta, mettant fin à ses rêveries. Il régla la note, la monnaie moldue aussi familière que les Gallions avec lesquels il avait grandi, puis resta quelques secondes sur le trottoir, les yeux levés vers l'immeuble haussmannien que son salaire de libraire ne lui permettrait jamais de s'offrir. Comme de nombreux sorciers, Raphaël vivait au milieu des moldus sans que cela ne lui pose le moindre problème, en partie parce que la notion de pureté du sang n'avait cessé de tomber en désuétude depuis la révolution, surtout parce que tous les jeunes sorciers et sorcières suivaient un cursus approfondi sur l'étude des moldus pendant leurs sept années à Beauxbâtons. Il lui avait fallu plusieurs années pour se faire à l'idée et combler ses lacunes.
S'il avait pu, son frère n'aurait pas manqué de commenter l'ironie de sa situation.
Il tapa le code que Raphaël lui avait donné, puis utilisa l'ascenseur, ravi de pouvoir s'épargner les cinq étages à pied.
Il réajusta son nœud papillon devant le petit miroir, grimaçant au passage de trouver ses joues si rouges. Raphaël lui avait promis un dîner avant toute chose et s'il n'avait qu'une certitude pour les prochaines heures, c'était qu'il lui faudrait manger.
Il se composa un visage aussi neutre que possible avant de sonner à la porte la plus éloignée de l'ascenseur.
Des bruits de pas précédèrent celui plus sec de la serrure.
Son cœur fit une étrange embardée quand Raphaël apparut. Ses cheveux étaient encore humides, il avait passé une chemise à carreaux qui donnait l'impression d'avoir été portée des dizaines de fois, par dessus un de ces fins maillots de corps et un jean délavé. Il était moins apprêté que d'habitude, mais il y avait quelque chose dans sa tenue confortable qui le rendait plus charmant encore.
Raphaël se racla la gorge, ce qui lui fit réaliser qu'il était lui aussi détaillé de la tête aux pieds.
- J'aurais dû te préciser de mettre une tenue décontractée...
Son expression racontait une toute autre histoire. Il se félicita en silence – ce smoking allait définitivement devenir sa tenue favorite si elle continuait à avoir cet effet sur Raphaël – et il eut un sourire en coin.
- Tu comptes me laisser entrer ?
Raphaël secoua la tête et se décala. Il eut juste le temps d'apercevoir une belle bibliothèque et un canapé confortable au bout du couloir avant que Raphaël ne le fasse pivoter vers lui pour l'embrasser. Il eut un soupir de contentement quand leurs lèvres se retrouvèrent – Merlin, il avait l'impression que le dernier remontait à trois mois, pas trois jours – suivit d'un gémissement enthousiaste quand la langue de Raphaël glissa dans sa bouche. Il réussit à récupérer son bras droit de la prise de Raphaël et remonta sa main au niveau de sa mâchoire. Humides, les cheveux de Raphaël glissaient comme de la soie entre ses doigts. Il faillit laisser tomber la bouteille de vin qu'il avait apporté au sol pour mettre sa deuxième main à contribution.
Personne ne risquait de les interrompre ou de s'outrager. Peut-être que quelques caresses au bon endroit réussiraient à éliminer le passage par le dîner ?
Raphaël mit fin au baiser, puis embrassa sa joue, son cou, tout en le serrant un peu plus contre lui.
- Tu m'as manqué, souffla-t-il.
Son cœur enfla dans sa poitrine.
- Toi aussi.
Cela lui valut un nouveau baiser, plus humide, à l'angle de sa mâchoire. Il ferma les yeux pour se concentrer sur l'odeur de Raphaël et la chaleur de son corps qui était en passe de lui faire regretter sa tenue.
Raphaël traça son nez avec le sien, l'incitant à rouvrir les paupières. D'aussi près, le brun de ses yeux ressemblait à la surface d'une planète inconnue, recouverte d'or par endroit, dont les pupilles étaient un peu plus dilatées que d'habitude.
Perfect.
- Bonjour, souffla-t-il.
Il haussa un sourcil.
- Bonsoir.
Raphaël eut un bref éclat de rire, puis retrouva son sérieux. Il déglutit en reconnaissant son expression brûlante.
- Tu es splendide dans ce smoking.
Il sentit ses joues chauffer. Raphaël déposa un baiser sur chacune d'elles, puis son souffle caressa son oreille.
- J'ai vraiment hâte de t'aider à l'enlever.
Ses entrailles lui donnèrent l'impression de prendre feu.
- Excellente idée.
Raphaël fit un pas en arrière, saluant son grognement agacé par un clin d'oeil.
- Dîner en premier. Il faut que tu prennes des forces...
Il reconnut son ton décidé – celui contre lequel il se savait incapable de gagner – aussi le laissa-t-il lui enlever sa cape puis sa veste de smoking, se promettant en silence qu'il ne s'en sortirait pas aussi facilement.
- Enlève tes chaussures, tu seras plus à l'aise.
L'invitation le laissa circonspect. Jamais, jamais, il n'avait enlevé ses chaussures en arrivant chez quiconque. Merlin, sa mère avait toujours insisté pour que sa tenue soit impeccable depuis qu'il était en âge de se souvenir, le confort un luxe uniquement toléré quand il était dans sa chambre.
Puisqu'il avait bien l'intention de terminer nu avant minuit, il pouvait sans doute commencer par ça.
Il suivit ensuite Raphaël dans le couloir, en direction du salon, ignorant comme il le put le bruit mat de sa prothèse sur le parquet.
La bibliothèque était tout ce dont il rêvait : un pan de mur entier sur lequel s'alignait un mélange de livres, de photos, plusieurs dizaines de disques et des objets insolites – dont le squelette d'une créature. Le canapé était tourné vers une de ces télévisions auxquelles il n'arrivait pas à s'intéresser, malgré l'insistance de Raphaël à ce sujet. Il ne doutait pas que les moldus produisaient des documentaires passionnants, mais il préférait de loin découvrir de nouvelles choses grâce à un bon livre.
Une table faisait le lien entre le salon et la cuisine. Il haussa les sourcils en remarquant les quelques légumes, la planche à découper, le couteau abandonné au milieu des épluchures et l'odeur agréable qui embaumait la pièce.
Il n'y avait pas d'Elfe de maison en vue.
Raphaël plaça un torchon sur son épaule gauche et reprit le couteau. Il découpa soigneusement les espèces de bâtons verts qui étaient soit des courgettes, soit des concombres, ou peut-être des poireaux, et il n'aurait décidément pas joué sa vie sur sa réponse. Quand Raphaël releva les yeux vers lui, il n'avait pas bougé d'un centimètre. Un sourire amusé joua sur ses lèvres tandis qu'il prenait un second bâton vert.
Il se racla la gorge.
- Tu n'utilises pas la magie ?
- Pas pour tout. Certaines choses sont plus satisfaisantes quand on les fait sans baguette.
Il ne sut quoi penser de son regard, mais ses entrailles s'embrasèrent à nouveau.
- Tu sais au moins ouvrir une bouteille ?
Il se souvint du paquet dans sa main. Son expression dut répondre à sa place car Raphaël éclata de rire. Il abandonna son couteau et lui fit signe de le rejoindre.
Il ne put que l'observer tandis que Raphaël sortait un ustensile vaguement familier – il avait déjà du apercevoir quelque chose de semblable dans un restaurant moldu –.
- On enlève la partie en aluminium à l'aide de la petite lame, puis on enfonce ça dans le bouchon.
Il vissa le bout de métal avec adresse.
- Ensuite soit on tire, soit on utilise le levier pour que ce soit plus facile.
En deux gestes secs du poignet, il y eut le délicat pop qu'il avait appris à associer aux bouteilles de vin. Raphaël sortit deux verres à pied d'un placard puis les remplit. La couleur du vin rouge semblait acceptable. Peut-être que le caviste s'était montré de bon conseil.
Raphaël lui tendit son verre, puis trinqua avec le sien.
Il se fichait bien du dîner et du vin. Il voulait embrasser Raphaël et le débarrasser de toutes ces épaisseurs qui l'avait empêché jusqu'ici de goûter sa peau pour découvrir les endroits qui le rendraient incohérent.
Il se pencha vers lui.
Raphaël attrapa son menton avec douceur pour l'empêcher d'atteindre ses lèvres.
- Dîner d'abord, souffla-t-il, sa voix un peu étranglée, ce qui était déjà ça de pris.
Raphaël embrassa quand même le coin de ses lèvres, puis plaça le verre de vin dans sa main, avant de se détourner vers la cuisinière.
Il se résigna à goûter le vin – charnu, bonne longueur en bouche, légèrement fruité –. Puisqu'il doutait de plus en plus de son sang-froid – sa douche froide un très lointain souvenir – il s'approcha de la bibliothèque, curieux de découvrir la collection de Raphaël.
Il y avait de nombreux livres de médicomagie, quelques recueils de recettes de cuisine, des albums photos et un nombre impressionnant de romans, moldus pour la plupart. Il reconnut certains noms – Barjavel, Verne, Doyle, Tolkien – croisés lors de ses déambulations dans les librairies du monde moldu, mais la majorité ne lui évoquait rien.
Une couverture familière accrocha son regard vers le milieu de la bibliothèque. Une petite dizaine de livres, chacun de taille et de genre différent – étaient rassemblés au même endroit. Il reconnut ceux qu'il avait vendu à Raphaël, des mois de cela. Son cœur fit une nouvelle embardée, ses yeux se mirent à le brûler un peu.
Merlin, Eugène avait eu raison. Raphaël n'avait jamais acheté ces livres pour les offrir lors des multiples occasions qu'il avait inventé. Cela n'avait été qu'une excuse pour le voir, lui.
C'était peut-être une bonne chose qu'il soit si têtu, finalement.
Les photographies étaient toutes magiques. Le couple devait être les parents de Raphaël – la femme au chignon sévère correspondait à l'idée qu'il se faisait de sa mère, en tout cas Raphaël avait les mêmes yeux bruns que son père –. L'homme un peu plus âgé que Raphaël était sans doute son frère la fillette blonde d'une dizaine d'année, sa nièce.
Le garçon qui revenait sur de nombreuses photographies – presque toutes, en fait – n'évoquait aucun souvenir. L'air de famille était pourtant évident : il avait le même sourire que Raphaël, le même nez et la même implantation capillaire. S'il se fiait à la complicité évidente entre les deux, il devait être spécial.
Il était certain que Raphaël n'avait jamais évoqué de neveu ou même de filleul.
- C'est Alexis. Mon fils.
Il se figea. Le goût du vin dans sa bouche devint amer. Son cœur lui donna l'impression de se détacher de sa poitrine et de sombrer au plus profond de ses entrailles. C'était comme s'il venait de tomber à la renverse dans un bain glacé.
Stupide, stupide, stupid.
Le contre sort qu'il attendait depuis des semaines l'avait enfin frappé de plein fouet. Comment aurait-il pu en être autrement ? Raphaël était séduisant, brillant, et fondamentalement bon. Il était ce genre d'homme dont toutes les femmes rêvaient. Évidement que l'une d'elles avait réussi à lui faire un enfant et à se lier à lui jusqu'à ce que la mort les sépare.
Cela lui laissait donc le rôle de l'amant, ce qui irait de paire avec les rendez-vous clandestins, les mensonges et les promesses jamais tenues.
Non pas qu'il méritait mieux – pas après tout ce qu'il avait fait – mais il n'aurait jamais imaginé que Raphaël soit capable de tromper son épouse.
- Nigel ?
Il prit une profonde inspiration, ravala la boule qui s'était formée dans sa gorge, puis tourna la tête, son menton relevé. Raphaël avait abandonné sa cuisine pour s'appuyer contre le dossier du canapé. Il le fixait avec intensité, son front plissé, les bras croisés sur sa poitrine.
- Tu n'as jamais précisé que tu étais marié, dit-il.
Sa voix ne trembla pas, non plus qu'elle ne sonna étranglée – ce qui était une petite victoire – mais, l'espace d'une seconde, il eut l'impression que son père avait parlé à sa place.
Raphaël fronça les sourcils.
- Parce que je ne suis pas marié. Je n'ai jamais été marié si c'est ta deuxième question.
Il eut un rictus mauvais. Raphaël passa une main sur son visage.
- J'avais dix-huit ans quand Alexis est né, Nigel. J'aime beaucoup Lucie, c'est sans conteste ma meilleure amie, mais ce n'était pas une raison suffisante pour l'épouser sous le seul prétexte qu'elle était enceinte. Ça ne m'a jamais empêché d'être là pour Alexis non plus.
Ce fut à son tour de froncer les sourcils. Ce n'était pas du tout comme cela se passait au sein du monde où il avait grandi. Si une telle chose s'était produite, ses parents – et ceux de la fille en question – ne leur aurait pas laissé le choix – si tant est qu'il s'agisse d'une fille des Vingt-Huit Consacrées, auquel cas, une coquette somme d'argent aurait sans doute changé de main pour assurer que l'histoire ne se sache pas –. Concevoir un enfant hors mariage était une chose – rare, mais pas inédite – mais l'élever comme un bâtard ?
- Je savais que j'aurais dû t'en parler avant, souffla Raphaël.
Il ébouriffa ses cheveux avec ses deux mains, ce qui avait déjà trahi son anxiété par le passé.
La petite voix qui lui hurlait depuis le début que toute cette histoire n'était pas une bonne idée lui intimait de partir sur le champ.
Il fit un pas vers Raphaël.
- Pourquoi ne l'as-tu pas fait, dans ce cas ?
Il releva les yeux vers lui, un sourire tremblant aux lèvres.
- Parce que, contrairement à ce que tu sembles penser, je suis très loin d'être parfait.
Il haussa les sourcils. Personne, nulle part, n'était parfait, mais Raphaël était de ces personnes dont la liste des qualités étaient bien plus longue que celle de ses défauts – si tant est qu'il possède ces derniers –. Raphaël resta silencieux un long moment, puis il entreprit de remonter la manche gauche de sa chemise.
Il devait avoir abusé des illusions car pour tout ce qu'il se souvenait, son avant-bras avait toujours été immaculé.
Maintenant, il pouvait voir un tatouage en haut de son avant-bras. Un pas de plus dans sa direction lui confirma qu'il s'agissait du prénom de son fils. Il remarqua également plusieurs petites cicatrices le long de ses veines.
Il en avait une similaire dans le creux de son coude droit, l'un des seuls vestiges des trois mois qu'il avait passé dans le coma, des années plus tôt, une aiguille plantée dans sa peau le raccrochant au monde des vivants.
Il doutait vraiment que Raphaël aurait la même explication pour les siennes.
Il referma sa main sur son avant-bras, recouvrant le prénom d'Alexis avec sa paume et releva les yeux vers le visage de Raphaël, un sourcil levé.
Raphaël eut une grimace douloureuse qui lui serra le cœur.
- J'ai eu beaucoup de mal à supporter mon empathie quand j'étais adolescent. C'était déjà compliqué de gérer mes propres émotions, alors être constamment en contact avec celles de centaines de personnes aussi perdues que moi à Beauxbâtons, ça n'arrangeait rien. Les filtres de paix n'ont fonctionné qu'un temps, le cannabis aussi... L'héroïne était très efficace mais beaucoup plus dangereuse. Tant que Lucie était avec moi à Beauxbâtons, j'ai réussi à tenir le coup puis j'ai perdu le contrôle… Je… Quand elle m'a annoncé qu'elle était enceinte, mon empathie est devenue hors de contrôle. La dose d'héroïne que je me suis injectée était trop forte. J'ai fait une overdose et mes parents ont tout découvert. Ils m'ont mis sous stricte surveillance jusqu'à mes examens, puis j'ai passé tout l'été dans un centre de désintoxication moldu. Alexis est né et je n'ai plus jamais touché une aiguille depuis. Ce n'est vraiment pas la partie de ma vie dont je suis le plus fier.
Raphaël ferma les yeux une longue seconde, déglutit difficilement.
Si je t'avais parlé d'Alexis, j'aurais dû te parler de ça aussi, souffla-t-il avant de croiser son regard à nouveau. Sans oublier que tu as été suffisamment difficile à convaincre sans que je ne me rajoute des obstacles supplémentaires.
Sa tentative d'humour aurait pu lui arracher un sourire si sa voix n'était pas devenue tremblante sur les derniers mots ni ses yeux aussi brillants.
Il serra les dents pour ne pas se laisser emporter par le flot d'émotions qui lui donnait le tournis – des émotions que Raphaël pouvait sans doute sentir –.
Les mots cannabis et héroïne n'évoquaient pas grand chose pour lui, mais il devait s'agir de ces drogues semblables à l'opium, dont certains sorciers fortunés étaient friands.
Il se promit de faire quelques recherches, plus tard.
Raphaël le fixait avec intensité, une prière silencieuse sur ses lèvres tremblantes.
Il ne réalisa pas tout de suite que la voix au fond de son crâne était à nouveau silencieuse et, si son cœur battait un peu douloureusement, il n'était pas certain que c'était parce qu'il venait de découvrir l'existence d'Alexis.
Il retraça les différentes cicatrices sur son bras du bout des doigts. Il ne put s'empêcher de penser à celles, bien plus nombreuses, gravées dans sa propre peau. Celle de son avant-bras gauche se mit à le picoter au souvenir de la Marque des Ténèbres.
Il prit une profonde inspiration.
- Quel âge a-t-il ?
Raphaël eut un soupir, comme s'il retenait sa respiration depuis une éternité. Les traits de son visages se détendirent, ses épaules se relâchèrent. Un sourire timide étira ses lèvres, semblable à celui qui l'avait accueilli au restaurant, un mois de cela.
Une larme s'échappa quand même de ses yeux, qu'il essuya rapidement.
- Onze ans et demi. Il est entré à Beauxbâtons en septembre dernier. C'est un gentil garçon. Sans doute trop intelligent pour son propre bien.
Il faillit demander dans quelle maison il était, juste par habitude, mais Beauxbâtons n'était pas Poudlard. Il y avait juste différentes classes. La majorité des élèves rentraient tous les week-ends chez eux, certains même tous les soirs quand leurs familles habitaient près de l'école.
Raphaël posa ses mains tremblantes sur sa taille, son geste hésitant pour la première fois.
- Il a d'ailleurs laissé entendre qu'il n'hésiterait pas à mettre le feu à tous tes livres si tu me brisais le cœur.
Il plissa les yeux.
- Tu lui as parlé de moi ?
Raphaël grimaça.
- Je n'ai pas eu le choix. Il a hérité de mon empathie et, apparemment, mes sentiments pour toi lui font mal à la tête.
Je t'aime.
Le rappel lui donna l'impression que son cœur se mettait à rayonner dans sa poitrine. Raphaël n'avait pas réitérer sa déclaration depuis leur deuxième rendez-vous, mais il y faisait parfois allusion.
S'il était tout à fait honnête, l'idée l'intimidait toujours autant. Déjà parce qu'il n'arrivait pas à comprendre ce qu'il avait pu faire pour qu'une telle chose se produise, aussi parce qu'il pouvait compter sur les doigts d'une main les personnes qui l'avaient aimé avant Raphaël.
La liste des personnes qu'il aimait, lui, était encore plus courte.
Il s'était avéré que la littérature n'avait pas été d'un grand secours pour l'aider à déterminer s'il retournait les sentiments de Raphaël.
Oh, il tenait à lui, énormément, sa présence lui permettait d'oublier les dix dernières années et le mois écoulé semblaient tout droit tiré d'un rêve, mais il n'avait pas la moindre idée de ce que cela signifiait.
Les doigts de Raphaël sur son menton le ramenèrent dans le présent. Il se laissa guider vers ses lèvres.
- Je suis pardonné ? Demanda-t-il quand ils furent assez proches pour que leurs souffles se mêlent.
Il passa son bras gauche derrière sa nuque, pestant en silence contre son verre de vin qui l'encombrait plus qu'autre chose. Sa main droite remonta le long du bras de Raphaël jusqu'à sa joue.
- Embrasse-moi d'abord et je te dis ça après.
- Bonne idée.
Puisque Raphaël était toujours assis sur le dossier du canapé, il le dépassait d'une bonne tête, ce qu'il ne manqua pas de mettre à profit. Il incita Raphaël à basculer sa tête en arrière d'une simple pression de ses doigts. Raphaël entrouvrit aussitôt sa bouche avec un soupir. Une autre fois, il n'aurait pas manquer de s'engager, mais s'il avait appris une chose au cours des dernières semaines, c'était que le moyen le plus rapide pour que Raphaël perde le contrôle sur son empathie – un signe qui ne trompait pas – était d'utiliser bien plus de douceur que ce dont il avait eu l'habitude jusqu'ici.
Il redessina ses lèvres du bout de sa langue puis les embrassa, l'une après l'autre, avant d'explorer l'intérieur de sa bouche. Raphaël s'agrippa à sa nuque quand leur langues glissèrent l'une contre l'autre. Il relâcha sa mâchoire, caressa sa gorge, le creux à la base de son cou, repoussa sa chemise pour découvrir son épaule puis il traça le contour du col de son maillot de corps, le bout de ses doigts glissant juste quelques centimètres sous le tissus.
Raphaël se mit à trembler. La main qui n'était pas en train de fusionner avec sa nuque quitta sa taille pour ses fesses.
Raphaël l'attira contre lui en haletant.
- Tu ne portes jamais de sous-vêtements quand tu mets un smoking ou c'est juste pour les grandes occasions ?
Sa main glissa sous le maillot de corps. Il pressa sa paume contre le pectoral de Raphaël. Il fut récompensé par une prise plus ferme sur ses fesses.
Il braqua son regard dans le sien, son meilleur sourire provoquant – celui qu'il avait peut-être volé à son frère – aux lèvres.
- Oh, je porte quelque chose. Tu veux voir ?
Le gémissement de Raphaël ressemblait presque à un râle. Il enfouit son visage dans son torse, le souffle court, son corps secoué de tremblements. Ses bras encerclèrent sa taille à nouveau, l'empêchant de bouger.
- Nigel.
Jamais personne n'avait prononcé ce nom avec autant d'adoration et de désir mêlé.
Il déglutit.
- Regulus.
Raphaël sursauta.
- Quoi ?
- Je m'appelle Regulus, pas Nigel.
Raphaël se dégagea juste assez pour basculer sa tête en arrière à nouveau. Il soutint son regard et il s'interdit de réfléchir à ce qu'il venait de dire, ou il risquait de se faire engloutir par la panique.
- Regulus, répéta Raphaël doucement, sa voix plus grave que d'habitude, et un peu tremblante.
Un sourire éclaira son visage, celui qui creusait une fossette sur sa joue gauche et qui donnait l'impression que le fond de ses yeux était tapissé d'or.
La panique disparut.
- Ça te va bien.
- Merci, souffla-t-il avant de l'embrasser à nouveau, curieux de voir s'il pouvait lui faire dire Regulus de la même façon qu'il avait dit Nigel.
Raphaël mit fin à leur baiser avant qu'il n'ait le temps de commencer à l'approfondir. Il se libéra de son étreinte en douceur.
- Au risque de me répéter pour la troisième fois ce soir, dîner d'abord, dit-il en se levant.
- Tu es la personne la plus obstinée que je connaisse, ronchonna-t-il.
Raphaël éclata de rire. Il récupéra son torchon sur la table et ralluma le feu sous ses marmites.
- A mon avis, tu ferais bien de te regarder dans une glace, Reggie, parce que tu n'es pas tellement mieux.
Reggie.
Merlin, la dernière personne à l'avoir appelé comme ça était son frère.
Raphaël tourna la tête vers lui, ses yeux légèrement plissés.
- Trop tôt pour un surnom ?
Il secoua la tête. Réflexion faite, il préférait presque Reggie à Regulus, parce que Regulus Arcturus Black était la raison pour laquelle il avait été obligé de se cacher derrière Nigel Sky pendant toutes ces années. Reggie n'avait été qu'un petit garçon timide, toujours caché derrière son grand frère.
Raphaël agita sa baguette magique. La vaisselle sale sur la table s'envola dans l'évier, les épluchures disparurent, le bois retrouva l'éclat du neuf.
De toute évidence, nettoyer à la moldue ne faisait pas partie de ces choses plus satisfaisantes sans magie.
- Je veux bien que tu allumes les bougies. Et tu peux mettre de la musique, si tu veux.
Il lui fallut quelques secondes pour comprendre qu'il parlait des nombreuses bougies dispersées à travers la pièce. Puisque c'était le genre de sortilèges qu'il était capable de réaliser sans sa baguette, cela ne lui prit pas longtemps. Il passa ensuite en revue la collection de 45 tours.
Aucun nom ne lui parlait beaucoup – s'il se fiait aux pochettes, ils s'agissait de musiciens moldus – mais l'un d'entre eux lui tira un sourire.
- « Der Freischütz » ? Ce n'est pas l'opéra qu'on a été voir ?
Voir était un bien grand mot même si, finalement, il gardait un très bon souvenir de cette soirée.
- Oui. Lucie a un sens de l'humour bien à elle.
Maintenant qu'il y repensait, Raphaël avait déjà évoqué la mère de son fils à quelques reprises. Il n'aurait jamais deviné qu'elle jouait un rôle si important dans sa vie sans sa confidence de ce soir.
En désespoir de cause, il se décida pour l'une des pochettes les plus usées, en supposant qu'elle était dans cet état parce que Raphaël avait beaucoup écouté le disque qu'elle contenait.
Il sut qu'il avait deviné juste quand Raphaël commença à chantonner en même temps que le gramophone. Les deux chanteurs étaient américains, entendre de l'anglais, même avec le mauvais accent, était réconfortant.
Il prit place autour de la table et but son verre de vin rouge pendant que Raphaël terminait de cuisiner, ses gestes assurés, son corps bougeant au rythme de la musique. A un moment, il retira sa chemise à carreaux, non sans lui lancer un regard entendu. Il dut se faire violence pour ne pas se lever et le coincer contre le plan de travail. Il se contenta comme il put de parcourir des yeux les muscles bien définis de son dos, de ses bras et la façon dont son jean mettait en valeur ses jambes.
Réflexion faite, la mode moldue avait des avantages.
Tandis qu'il continuait ses aller-retours entre le garde-manger et la cuisinière, Raphaël dressa la table, ouvrit une bouteille de vin blanc et termina son verre.
Une fois qu'il eut déposé deux assiettes fumantes sur la table, il éteignit toutes les lumières d'un claquement de doigts.
L'ambiance changea subitement. La cuisine était engloutie par la pénombre, les ombres dansantes sur la bibliothèque donnaient l'impression que les bibelots prenaient vie, le vin blanc dans les verres luisait doucement.
Les mèches blondes parmi les cheveux châtains de Raphaël s'étaient multipliées et sa peau semblait dorée. La tendresse dans son expression fit battre son cœur plus vite.
- Mange tant que c'est chaud.
Baisser les yeux vers son assiette n'aurait pas dû être aussi difficile.
Il reconnut du riz, une sauce blanche, des morceaux verts – il était presque sûr que c'était du poireaux – et des noix de Saint-Jacques dorées. L'odeur était alléchante.
- C'est en fait très bon, dit-il, après la première bouchée.
Raphaël éclata de rire.
- Je vois que tu avais placé beaucoup d'espoir dans mes talents culinaires.
Il sentit ses oreilles chauffer. Il releva les yeux avec prudence. Raphaël ne semblait pas vexé. Il se racla la gorge.
- C'est excellent. Tu devrais arrêter la médicomagie et ouvrir ton propre restaurant.
Son regard se mit à pétiller.
- N'en fait pas trop non plus, Regulus.
Il déglutit.
Merlin, il s'était tellement habitué à ce qu'on l'appelle Nigel – et tant redouté que quelqu'un le perce à jour – qu'il allait lui falloir un peu de temps pour se réhabituer à son prénom.
Raphaël posa sa fourchette et attrapa sa main avec douceur.
- Je suis plus que touché par ta confiance, mon amour, mais je peux continuer à utiliser Nigel, si tu préfères.
Mon amour.
Il cligna des yeux.
C'était nouveau.
Le sourire timide de Raphaël revint. Son pouce balaya doucement ses phalanges, comme un mois plus tôt dans ce restaurant du Marais.
Sa respiration finit par retrouver un rythme normal.
- Je préfère Regulus, dit-il finalement. Je m'étais juste convaincu que personne ne m'appellerait plus jamais comme ça un jour quand je suis arrivé à Paris.
Raphaël hocha la tête, sans qu'il ne sache s'il voulait lui indiquer qu'il comprenait ou l'inciter à se confier un peu plus. Le reste de son histoire – le pourquoi il avait fui le Royaume-Uni, perdu une jambe, fait croire à tout le monde qu'il était mort – resta bloquer dans sa gorge.
Raphaël eut un sourire en coin.
- Tu sais que Regulus est l'une des mes étoiles préférées ? Lui dit-il avec un clin d'oeil, changeant de sujet avec une facilité déconcertante.
Il haussa un sourcil. Raphaël était beaucoup de chose, mais il n'était pas un féru d'astronomie.
- L'une des seules que tu sais retrouver, tu veux dire ?
- Peut-être... Mais c'est définitivement mon étoile préférée maintenant.
Il serra une dernière fois ses doigts avant de reprendre sa fourchette.
La nourriture était délicieuse – le risotto crémeux, les Saint-Jacques bien cuites – et le vin se mariait parfaitement avec le poisson. S'il n'avait pas eu très faim jusqu'ici, il se sentait capable de terminer son assiette par gourmandise.
- Qui t'a appris à cuisiner ?
- Mon père.
Ce n'était pas la réponse à laquelle il s'attendait. Sa mère, certainement. Une de ses grand-mères à la rigueur. Peut-être une tante ou une cousine. Mais pas son père. Il dut sentir sa surprise car il rit doucement.
- Ma mère a interdiction de s'approcher d'une casserole depuis la dernière fois où elle a essayé de préparer une blanquette pour mettre fin à sa réputation de mauvaise cuisinière. C'était proprement immangeable et même le chien a été malade.
Certains disaient qu'il n'était pas plus difficile de cuisiner que de préparer une potion. Son expérience en la matière lui avait démontré que c'était loin d'être le cas. S'il était capable de préparer des antidotes redoutables, il n'était toujours pas parvenu à cuire des pattes d'une façon convenable.
- Je peux me tromper, mais je crois que tu pourrais la battre.
Il resta impassible.
- Je sais préparer du thé, ce dont très peu de français peuvent se vanter.
- Tu es britannique. Je suis presque certain que c'est inscrit quelque part dans tes gènes. Ça ne compte pas.
Raphaël se trompait. Il lui avait fallu des mois pour obtenir quelque chose d'à peu près buvable, même s'il n'aurait sans doute jamais le tour de main de Kreattur en la matière.
- Qui faisait la cuisine chez toi ?
Il faillit ignorer la question et se concentrer sur son assiette. Il doutait que Raphaël apprécie sa réponse.
- On avait un Elfe de maison.
L'expression de Raphaël se ferma un peu.
- Libre ?
- Non. Ce n'était vraiment pas le genre de ma famille.
Les têtes empaillées des prédécesseurs de Kreattur dans la cage d'escalier avaient longtemps hanté ses cauchemars, quand il était petit.
Raphaël grimaça.
- Je ne suis pas sûr d'être un grand fan de ta famille, Regulus.
- Ils ne manqueraient pas de te retourner le sentiment, donc ne te culpabilise pas trop.
Ce n'était pas tout à fait vrai. Sirius et Andy n'auraient rien à redire, parce que le fait que Raphaël soit un homme lui permettait de prétendre à leur petit club de rebelles mal aimés. Narcissa cacherait ce qu'elle pensait vraiment derrière un sourire poli.
Sa mère en ferait une crise d'apoplexie.
Bellatrix tuerait Raphaël puis elle le torturerait jusqu'à ce qu'il y laisse sa raison pour avoir osé souillé le nom ancestral.
Un frisson remonta sa colonne. Ses entrailles se glacèrent. Son souffle commença à s'emballer, tandis que son cœur lui donna l'impression de vouloir sortir de sa poitrine en passant par sa gorge.
Il serra les paupières.
Il eut vaguement conscience que Raphaël attrapait à nouveau sa main. Il s'y agrippa le temps qu'il se rappelle que Bellatrix le pensait mort et qu'elle était enfermée à Azkaban.
Cela ne signifiait pas qu'il serait en sécurité toute sa vie – il avait plus conscience que d'autres que la menace de Voldemort était encore bien réelle – mais, pour le moment, elle ne pouvait pas lui faire du mal, ni à lui, ni à Raphaël.
Merlin, il ne remettrait jamais les pieds au Royaume-Uni.
Il prit une profonde inspiration avant de rouvrir les yeux. Sans vraie surprise, Raphaël le fixait, ses yeux bruns si intenses qu'il lui donna l'impression de voir jusqu'à son âme.
Il récupéra sa main puis pressa brièvement ses deux paumes sur ses paupières brûlantes.
- Sorry, marmonna-t-il, son visage tourné vers son assiette.
La vue de la nourriture qu'elle contenait, toute délicieuse soit-elle, lui donna la nausée.
- J'ai l'impression que les seules personnes qui devraient être désolées sont les membres de ta famille, répliqua Raphaël.
C'était sans doute la première fois qu'il sonnait si mauvais.
Si Bellatrix n'avait pas été la Mangemort la plus dangereuse de Voldemort et si sa mère n'avait pas été incapable de remettre en question la doctrine Sang-Pur, même un peu, son indignation – sa haine – lui aurait peut-être tiré un sourire.
Elle ne réussit qu'à lui faire craindre le pire.
Il avait beau essayé de se convaincre que Raphaël avait toutes les qualités des Poufsouffles, la vérité était qu'il pensait de plus en plus souvent qu'il n'aurait pas dénoté à Gryffondor.
Certains – son frère – n'auraient pas manqué de se moquer de lui à ce sujet.
Raphaël lui semblait tout à fait capable de se dresser entre Bellatrix et lui pour le défendre, ce qui se terminerait en drame.
Il préféra porter sa fourchette à sa bouche pour ne pas s'étendre sur le sujet. Son père était mort, sa mère devait avoir jeté son dévolu sur le fils de Narcissa et Sirius était à Azkaban. Aucun d'eux trois ne saurait jamais la vérité à son sujet, ce qui était aussi bien comme ça.
Pour son plus grand soulagement, Raphaël n'insista pas. Pendant quelques minutes, seule la musique et les bruits de vaisselle troublèrent le silence.
Il pouvait sentir son regard sur lui – presque son empathie, vraiment – mais puisque ce n'était pas la première fois qu'une de leur discussion se terminait de cette façon, il savait que Raphaël lui laisserait le temps de reprendre son souffle.
Jusqu'à ce qu'il décide de faire glisser son pied nu le long de son mollet droit.
- Mange, dit-il en désignant son assiette d'un geste du menton.
La vaisselle devait être enchantée, car la nourriture était toujours chaude, comme s'il n'avait pas failli être emporté par ses peurs dans un puits sans fond qui le laisserait à moitié fou.
Bouchée après bouchée, regard après regard, sourire après sourire, le silence entre eux s'allégea. Le pied de Raphaël continua à caresser sa peau, lui rappelant au passage ce qu'il adviendrait après le dîner – s'il se fiait aux paroles de Raphaël un peu plus tôt –.
Raphaël termina son dîner en premier, aussi le fixa-t-il ensuite, un sourire amusé aux lèvres tandis qu'il terminait son verre de vin.
D'ici à ce qu'il avale sa dernière bouchée, sa gorge était à nouveau serrée.
Par l'excitation, cette fois.
Les ombres projetées par la lumière vacillante des bougies ne lui permettaient pas d'être certain, mais il avait l'impression que les joues de Raphaël étaient plus rouges que d'habitude, ce qui lui allait très bien.
Il passa sa langue sur sa lèvre inférieure. Les yeux de Raphaël lâchèrent les siens pour sa bouche, ce qui lui tira un sourire en coin.
Raphaël se racla la gorge, cligna des paupières lentement, et sembla retrouver difficilement ses esprits.
- Une question?
Il se tendit à la tournure de phrase, se souvenant trop bien de la seule autre fois où Raphaël l'avait utilisée.
Il hocha malgré tout la tête, parce que toute cette histoire se finirait forcément mal s'il s'acharnait à esquiver chaque question de Raphaël.
- Ce que tu viens de me dire sur ta famille, est-ce la raison pour laquelle tu as mis autant de temps à répondre à mes avances ?
Il fronça les sourcils. Il avait hésité jusqu'à la dernière seconde, un mois plus tôt, mais il s'était rendu à ce restaurant. Il n'avait pas l'impression de ne pas répondre à quoique ce soit depuis : il avait essayé, c'était peine perdue. Il n'était peut-être pas amoureux mais il était certainement séduit et attiré par lui comme les planètes l'étaient par le soleil.
Raphaël secoua la tête, la bouche entrouverte, ce qui lui donnait un air un peu idiot.
Un idiot très séduisant, mais un idiot tout pareil.
- Ne me dis pas que tu n'avais rien remarqué !
Il se tendit malgré lui, puis releva le menton en signe de défi, trouvant par réflexe refuge derrière une expression neutre qui aurait ravie ses parents.
- Je ne vois pas de quoi…
Raphaël ne lui laissa même pas le temps de finir sa phrase. Il bascula la tête en arrière, les bras levés au ciel, une sorte de cri de rage – ou de grognement amusé – résonna dans toute la pièce, la mise en scène digne de son frère, ce qui était pire que tout.
- J'ai été clair depuis le début, Nigel ! Si clair qu'Eugène m'a promis de me faire subir mille tourments si j'avais en tête de juste m'amuser avec toi. Au bout de trois semaines !
En toute honnêteté, il ne sut quoi répondre à ça et sans toute son éducation, la peau de son visage serait sans doute carmin.
Surtout maintenant qu'il se souvenait des commentaires inspirés de son patron.
- Je pensais que tu étais juste très amical, éluda-t-il en priant pour que Raphaël passe à autre chose.
A la façon dont il haussa les sourcils, c'était loin d'être gagné. Il fixa à nouveau le plafond. Le mot "amical" dansa sur ses lèvres plusieurs fois.
- La France et le Royaume-Uni sont très différents !
D'autant plus qu'il avait grandi dans le monde Sang-Pur.
- Parce que les britanniques expriment leur amitié en s'ignorant et en s'envoyant des maléfices au visage ?!
Il savait que Raphaël plaisantait. Il y avait cet éclat de malice dans son regard et l'ombre d'un sourire moqueur sur ses lèvres, comme s'il essayait de garder son sérieux pour échouer lamentablement. Pourtant, sa question lui donna l'impression de vaciller.
Et peut-être fut-ce à cause de la lumière des bougies qui donnait des airs de sanctuaire à l'appartement, ou la musique, à la fois triste et pleine d'espoir – ton heure est venue, tes rêves sont en chemin, regarde-lez briller – ou simplement parce qu'il s'agissait de Raphaël, en qui il avait éperdument confiance, qu'il avait peut-être blessé sans le savoir en ignorant ses avances – Merlin, c'était une bonne chose qu'il soit si têtu – et qu'il méritait de comprendre, au moins un peu. Dans tous les cas, il ne chercha pas à ignorer la confession quand elle se dessina dans son coeur, pas plus qu'il ne l'empêcha de passer ses lèvres.
- Je ne sais pas, souffla-t-il, sans même détourner les yeux. Tu es le seul ami que je n'ai jamais eu.
L'humour quitta les traits de Raphaël, remplacé par de la tristesse qui rendait son regard plus terne. Sa gorge était serrée quand il déglutit. Son coeur battait à nouveau trop vite dans sa poitrine.
Raphaël attrapa sa main droite avec douceur.
- Je suis désolé, dit-il finalement. Tous ces gens sont stupides s'ils n'ont pas été capables de voir à quel point tu es formidable.
Et peut-être fut-ce le fait qu'il avait avoué son vrai prénom à Raphaël moins d'une heure plus tôt, ou peut-être fut-ce parce qu'il avait enfin quelqu'un dans sa vie qui écoutait ses confidences sans le juger après tant d'année à devoir surveiller chaque mot qui quittait sa bouche. Ou peut-être, plus simplement, fut-ce parce qu'il savait que Raphaël l'aimait, lui, malgré tout ce qu'il avait été et ce qu'il avait fait. Dans tous les cas, le frisson qui le secoua lui donna l'impression que quelque chose venait de tomber en lui.
Il aurait pu être terrifié mais Raphaël tenait toujours sa main et il trouva son regard tendre quand il releva les yeux, semblable à un phare au milieu de la tempête.
- C'est très difficile de se faire des amis quand tu es constamment en représentation, murmura-il. J'ai été le parfait petit hériter que mon frère refusait d'être, puis le parfait petit Slytherin, puis le Mangemort, le préfet, le fiancé… Je…
Il déglutit. Son plan suicide n'avait pas été qu'une façon de racheter ses crimes. Il détestait tellement la vie qu'il menait, depuis si longtemps, que ça lui avait paru être la seule issue possible.
Le réveil dans l'hôpital moldu avait été difficile, il avait été obligé de réapprendre beaucoup de choses, il avait eu l'impression d'être entouré par un brouillard épais pendant tout le temps qu'il avait fallu à sa mémoire pour se reconstruire, tout cela pour réaliser qu'il était peut-être moins misérable avec une jambe en moins qu'avant.
Raphaël porta la main qu'il tenait à ses lèvres, son regard toujours rivé au sien, comme toutes ces autres fois. Il s'y raccrocha pendant tout le temps où sa poitrine lui donna l'impression d'être en feu.
- Je crois que si j'avais remarqué tes tentatives pour me séduire, je ne pense pas que j'aurais risqué de perdre ton amitié.
Raphaël était la meilleure chose qu'il lui soit arrivé depuis des années – depuis qu'Eugène lui avait offert cette place d'assistant, le sauvant de justesse de mourir de faim ou de froid sous l'un des ponts de Paris –.
Raphaël se leva, puis tira sur sa main pour l'obliger à faire de même, avant de le prendre dans ses bras.
Il était certain qu'il avait été plus enlacé en un mois que durant le reste de sa vie. Il enfouit son visage dans l'épaule de Raphaël, ravi d'y trouver sa peau nue, tandis que Raphaël le serrait un peu plus contre lui, une main sur sa nuque, l'autre entre ses omoplates.
Il n'avait jamais su qu'il avait besoin de ce geste et s'il ne devait garder qu'une seule chose, ce serait sans doute ça, même si les baisers étaient enivrants et que leurs caresses avaient été prometteuses. Ce geste incarnait une intimité, une tendresse et une confiance qu'il n'avait jamais connu – ou il y avait très, très longtemps de cela, quand Sirius se préoccupait encore de lui ou qu'Andromèda le consolait –.
- Pour frustrants qu'aient été les derniers mois, murmura Raphaël, je ne changerai rien. Je suis honoré d'être ton ami.
L'air de rien, Raphaël se mit à se balancer au rythme de la musique qui jouait toujours, ajustant ses bras autour de lui pour l'inciter à l'imiter, ce contre quoi il ne chercha même pas à lutter.
Il se redressa juste un peu pour pouvoir le regarder.
Raphaël le fixait à nouveau de cette étrange façon, comme s'il avait presque mal quelque part, comme s'il était sa vue préféré dans tout l'univers – comme s'il l'aimait –. A la lumière de ce qu'il venait de lui dire, il se demanda brièvement s'il avait déjà surpris cette expression au cours des derniers mois – de l'année dernière –.
La réponse était « oui » – évidemment –. Il sentit ses oreilles devenir brûlantes tandis que ses yeux s'arrondissaient.
Raphaël plissa les yeux, puis haussa un sourcil.
- Mon anniversaire… C'était censé être un rendez-vous, n'est-ce pas ?
Raphaël essaya de rester sérieux – voir même rancunier – mais ses lèvres frémissaient et il pouvait deviner sa fossette sur sa joue gauche.
- Merci de ne le remarquer que maintenant. Pour quelqu'un qui se vante d'être très intelligent au moins une fois par jour, tu es parfois remarquablement long à la détente.
Il éclata de rire, ce que Raphaël finit par imiter.
Il comprenait un peu mieux pourquoi Raphaël était autant vexé quand il avait sauté sur la première occasion de se défiler, et il était prêt à parier que l'homme noir qui l'avait accosté ce soir-là était l'un de ses ex-petit-amis.
Raphaël avait peut-être raison. Il n'avait jamais dissimulé ses intentions.
- Quel était le plan ?
- T'emmener dans un bar gay, te faire boire un peu, t'inviter à danser et t'embrasser une fois que je t'aurais fait la déclaration la plus romantique de l'histoire des déclarations ?
Ce fut à son tour de plisser les yeux. Il connaissait assez Raphaël pour remarquer que ce plan-là ne lui ressemblait pas vraiment.
Si Bilal ne les avait pas stoppés juste avant qu'ils ne quittent la rue sorcière, il aurait sans doute paniqué à la seconde où il serait entré dans ce fameux bar.
- Tu croyais vraiment que ça allait fonctionner ?
Raphaël secoua la tête.
- Pour être tout à fait honnête, c'était l'idée de Lucie. Elle en avait marre de m'entendre raconter mes déboires et elle m'a convaincu de laisser tomber la subtilité parce que, de toute évidence, ça ne fonctionnait pas. J'aimais assez l'idée de t'embrasser pour la première fois le jour de ton anniversaire et je commençais à être à court d'idées, alors…
Il eut vaguement conscience que la musique s'était arrêtée, ce qui ne les empêchait pas de continuer à se balancer au rythme d'une chanson silencieuse.
Leur visage étaient de plus en plus proches. Il pouvait sentir l'air s'alourdir avec chaque seconde qui passait. Il était étonné que des étincelles de magie ne crépitent pas entre eux.
Les yeux de Raphaël étaient peu à peu engloutis par ses pupilles dilatées, son visage était en train de prendre de jolies couleurs, sa respiration était de plus en plus rapide, son souffle chaud sur son visage.
Il ne put résister à la tentation de reculer son visage quand Raphaël se pencha vers lui, juste pour savourer le moment un peu plus longtemps.
Il avait l'impression de danser au bord d'un précipice. Même s'il était intimement convaincu que, cette fois, il allait s'envoler au lieu de sombrer, contempler le vide était un peu grisant.
- Si ça peut te consoler, je suis né le 30 décembre, chuchota-t-il doucement tandis qu'il glissait une main sur la joue – brûlante – de Raphaël.
Cela sembla le sortir de son étrange transe.
- Dans ce cas, je me rattraperai à ce moment-là. Arrête de jouer et embrasse-moi.
Et, vraiment, comment aurait-il pu refuser ?
Leurs visages étaient si proches l'un de l'autre qu'il n'eut qu'à se redresser un peu pour que leurs lèvres se trouvent.
Si tous les baisers qu'ils avaient échangé depuis le début de la soirée avaient été plein de promesses – sensuels, brûlants, addictifs –, il n'avait pas besoin de l'empathie de Raphaël pour sentir la tendresse – l'amour – dans la façon où la langue de Raphaël caressait la sienne ou la pression délicate de ses lèvres. Même ses mains semblaient légères sur sa taille et sur sa nuque, un peu comme cette nuit-là, au pied de son immeuble.
Il pouvait sentir le poids de leurs confidences – Alexis, son prénom, la drogue, sa famille – quitter ses épaules et libérer sa poitrine à mesure qu'il se faisait absorber par le moment présent. Son univers se réduisait à la peau du bras de Raphaël sous sa main droite, ses muscles fermes de son flanc sous la gauche, la chaleur de son corps, son odeur entêtante, les bruits humides de leurs bouches mêlées.
Il eut un soupir appréciateur quand Raphaël tira sur son nœud papillon puis défit les deux premiers boutons de sa chemise. Raphaël abandonna ses lèvres pour sa joue, l'angle de sa mâchoire, puis dessina un chemin humide du bout de sa langue jusqu'à la base de son cou, lui tirant un nouveau frisson et l'obligeant à s'agripper un peu plus fermement à lui pour ne pas vaciller.
- Tu as un goût incroyable, murmura Raphaël contre sa peau, sa voix hachée. Je pourrais t'embrasser toute la nuit.
Il ravala difficilement le gémissement qu'il sentait monter dans sa gorge tandis que les dents de Raphaël s'enfonçaient doucement dans sa peau.
- Ne fais pas de promesse que tu ne pourras pas tenir, Delacour, réussit-il à dire, même si articuler était devenu très difficile.
Son cerveau flottait.
Raphaël eut un bref éclat de rire.
- Ne me sous-estime pas, mon amour.
Il fut incapable de savoir s'il devait blâmer le mot tendre ou la pression plus déterminée de la bouche de Raphaël, mais son genou devint tremblant. Il se raccrocha comme il put à Raphaël, sa respiration s'accéléra, sa peau pulsait sur chaque centimètre carré de son corps, son cœur lui donnait l'impression de vouloir s'échapper de sa poitrine et le début d'une érection rendait son entrejambe plus tendre.
Le monde se mit à tourner autour de lui et il serra les dents par réflexe.
- Laisse-toi aller, souffla Raphaël tout en remontant ses lèvres vers son visage.
Il n'eut pas le temps de répondre – d'une façon ou d'une autre – car leur bassin se frôlèrent. Il sentit une vague brûlante remonter sa colonne vertébrale et ils haletèrent à l'unisson, leur souffle mêlés.
Quand il rouvrit les yeux, le visage de Raphaël rougeoyait et il déglutit difficilement face à son regard dévorant.
- Toujours partant ? demanda Raphaël.
Son cerveau se liquéfiait peu à peu dans sa boîte crânienne – ce qui commençait à être une habitude quand Raphaël et lui étaient si proches –. Il fronça les sourcils pour se forcer à rattraper le fil.
- For ?
Raphaël eut un sourire en coin qu'il lui avait peut-être volé.
- Toi, moi, nus dans mon lit ?
Il leva les yeux au ciel. Raphaël éclata de rire et il ne put que l'imiter.
Cela eut le mérite de l'aider à reprendre ses esprits. Au moins en partie.
Raphaël retrouva son sérieux, puis s'écarta un peu de lui.
- Oui ou non ?
Il était certain que, même sans empathie, il n'y avait pas l'ombre d'un doute sur le fait que, oui, il était toujours partant. Qu'il n'excluait pas de lui voler sa baguette pour lui jeter un maléfice s'il s'était juste amusé à l'enfiévrer à l'instant.
Raphaël haussa un sourcil face à son regard accusateur.
- Oui. De toute évidence.
Le sourire timide de Raphaël fit une brève apparition.
- Tant mieux.
Savoir, avec certitude, qu'il allait serrer le corps nu de Raphaël contre le sien dans les heures à venir lui donna l'impression que ses veines s'embrasaient et que sa peau était soudainement trop étroite pour son corps.
Sans qu'il ne sache vraiment qui de lui ou de Raphaël avait bougé le premier, il se retrouva avec sa bouche brûlante sur la sienne – dévorante, féroce, suggestive –. La main sur sa nuque était douloureuse et il savait que ses ongles laisseraient des marques en forme de demi-lunes sur celle de Raphaël. Leur bassin s'alignèrent à nouveau, plus franchement, le faisant gémir quand il sentit l'érection de Raphaël contre la sienne.
Il eut vaguement conscience d'être obligé de reculer, puis que ses jambes heurtaient quelque chose.
Ses poumons le brûlaient quand Raphaël mit fin au baiser. Il leur fallut plusieurs longues secondes pour reprendre leur souffle.
Raphaël tremblait. Un fard d'un rouge profond s'était épanoui sur la peau de son visage et de son cou, engloutissant les tâches de rousseur sur l'arrête de son nez.
Il avait conscience qu'il devait être dans le même état et de lui renvoyer son regard affamé.
Raphaël le poussa gentiment pour le forcer à s'asseoir.
- Ferme les yeux et reste ici.
- Raphaël...
Il était à nouveau à bout de souffle. Il essaya d'attirer Raphaël contre lui, mais cela ne lui valut qu'une rapide pression de sa bouche sur une joue brûlante.
- Je reviens tout de suite. Ferme les yeux et ne bouge pas.
Il le libéra avec un soupir et ferma les yeux, parce qu'il réussissait de moins en moins à lui refuser quelque chose.
Raphaël s'éloigna. Il y eut un bruit de vaisselle. Une odeur ténue de brûler. La musique changea. La porte du garde-manger s'ouvrit et se referma – deux fois –. Le parquet grinça près de lui. Des verres tintèrent sur le plateau de la table basse.
Il s'obligea à prendre de profondes inspirations, son visage enfouit dans ses mains tremblantes. Il attendait ça depuis des semaines, il était hors de question qu'il s'embarrasse au bout de quelques minutes.
- Garde les yeux fermés, murmura Raphaël à nouveau.
L'assise du canapé s'affaissa à sa droite, puis à sa gauche. Il sentit le bras de Raphaël près de son épaule gauche.
Le poids de Raphaël sur ses cuisses lui fit serrer les dents.
Finally.
Sans qu'il ne rouvre les yeux, ses mains trouvèrent les hanches de Raphaël. Il laissa ses mains glisser de ses genoux à sa taille, résistant encore à la tentation de soulever son maillot de corps pour toucher sa peau.
Il ignorait ce qu'il trafiquait, mais il se tenait trop droit à son goût. S'il ne l'embrassait pas dans la minute qui suivait, il allait rouvrir les yeux et prendre les choses en main.
Littéralement si c'était ce qu'il fallait pour le décider.
La main que Raphaël posa sur sa nuque était étrangement froide.
Il n'eut que le temps de s'en étonner, car sa bouche était, elle, glacée.
La surprise le fit sursauter mais il entrouvrit les lèvres quand même. Il reconnut le goût délicat de la vanille, ainsi qu'une pointe de caramel.
Quand il battit des paupières, Raphaël avait un sourire satisfait aux lèvres.
- Dessert ?
Il éclata de rire malgré lui, ce qui chassa une partie de sa tension. Raphaël prit une seconde cuillerée de glace directement dans le pot puis il se pencha pour l'embrasser à nouveau. Cette fois, il put goûter la glace à même sa langue, ce qui lui tira un gémissement. Il chassa la glace fondue le long du menton de Raphaël, ponctuant chaque baiser d'un soupir. Il enfouit son visage dans son cou, inspirant son odeur à pleins poumons.
- I want you, grogna-t-il avant d'enfoncer ses dents avec douceur dans sa peau.
Raphaël arqua son dos et s'agrippa à ses cheveux, sans qu'il ne sache vraiment s'il essayait de le faire lâcher prise ou s'il voulait l'inciter à continuer.
L'air peinait tellement à remplir ses poumons tandis que la pièce commençait à tourner autour de lui. Son corps tremblait. Jamais, jamais, il n'avait ressenti un tel désir.
- Regulus, regarde-moi.
Il s'obligea à prendre une profonde inspiration avant de basculer la tête en arrière. La peau dorée de Raphaël donnait l'impression de s'être transformée en braise incandescente. Le brun de ses yeux n'était plus qu'un cercle minuscule autour de ses pupilles. Il tremblait au moins autant que lui.
Il encadra son visage de ses mains, ses pouces caressant ses joues avec cette douceur qui était peut-être ce qu'il préférait par-dessus tout.
- J'ai envie de toi aussi, dit-il, sa voix rauque. Je pensais vraiment ce que je t'ai dit, l'autre jour. Je te veux nu dans mon lit et au plus profond de moi ce soir. Mais je veux qu'on prenne notre temps.
Raphaël l'embrassa délicatement, juste un peu plus qu'une caresse.
Il serra les paupières pendant un instant. Raphaël ne semblait pas se rendre compte de ce qu'il lui demandait. Non pas qu'il était contre l'idée, mais il était déjà sur le point d'exploser et ils étaient encore tous les deux habillés.
Sa douche froide était devenue un très – trop – lointain souvenir.
Il prit plusieurs inspirations profondes, sa gorge serrée.
- D'accord, souffla-t-il en rouvrant les yeux.
Le sourire de Raphaël en valait à lui seul la peine, puis son expression devint espiègle ce qui, associé à son visage carmin, avait tout de la combinaison dangereuse.
- Je promets de te ménager.
Il leva les yeux au ciel.
- C'est trop aimable de ta part.
Raphaël rit doucement. Les baisers qui suivirent allumèrent un brasier dans le fond de son cœur, ce qui était beaucoup plus facile à ignorer.
Pour le moment, du reste.
Il y eut de nouvelles cuillèrées de glace, quelques gorgées de vin, les mains de Raphaël le long de ses côtes et les siennes retraçant les muscles fermes de son dos.
S'il avait envie de débarrasser Raphaël de son maillot de corps pour continuer l'exploration qu'il avait commencé avant le repas, il s'obligea à suivre le rythme qu'il lui imposait.
Il n'avait jamais eu l'occasion de prendre son temps pour ça.
Quand Raphaël défit un nouveau bouton de sa chemise, il eut un soupir approbateur. Il commença à tirer sur le maillot de corps de Raphaël pour le dégager de son pantalon. Raphaël attrapa ses mains avec autorité, riant quand il grogna.
- Tu es le plus habillé de nous deux. Toi d'abord.
A Poudlard, il aurait utilisé sa baguette pour se débarrasser de sa chemise – il avait développé un talent certain pour le sortilège de Bannissement – sauf que ça, ce soir, était bien plus important que tous ses rendez-vous secrets réunis.
Raphaël enleva le bouton de manchette – les siens, cette fois, pas ceux d'Eugène – puis défit les autres boutons avec une lenteur étudiée. Il repoussa le tissu, découvrant les nombreuses cicatrices. Il les embrassa toutes, les unes après les autres, sans marquer la moindre hésitation.
Et sans le lâcher des yeux.
Son deuxième poignet subit le même sort, puis Raphaël se contorsionna pour déposer ses boutons de manchettes sur la table basse. Il en profita pour l'attirer un peu plus contre lui. Leurs bassins s'alignèrent. L'érection de Raphaël était brûlante contre le bas de son ventre et il faillit bien envoyer au diable sa promesse de se montrer patient quand la sienne se retrouva pressée contre ses fesses. Il verrouilla ses mains sur ses hanches, son bassin commença à onduler malgré lui. Il bascula sa tête en arrière, son cerveau submergé par une vague de plaisir qui lui donna l'impression que son corps vibrait. Raphaël gémit contre sa gorge.
- Tricheur.
Le vocabulaire – anglais ou français – lui manqua. Il dut relâcher sa prise car Raphaël réussit à se mettre hors de portée. Sa malédiction ressembla plus à un borborygme qu'à autre chose. Il leur fallut plusieurs minutes pour reprendre leur souffle. Il ignorait qu'une érection pouvait être douloureuse à ce point jusqu'à maintenant.
Il ne réalisa pas tout de suite que Raphaël s'évertuait à défaire les derniers boutons de sa chemise, ses mains tremblantes et ses doigts malhabiles. Il faillit s'abandonner tout à fait. Fermer les yeux et ne se concentrer que sur la sensation de la paume de Raphaël sur sa peau, jusqu'à ce qu'un détail ravive la panique au fond de son cœur. Il attrapa ses poignets avec force.
Raphaël embrassa le coin de ses lèvres doucement, ce qui lui donna juste assez de courage pour rouvrir les yeux.
Il déglutit en croisant le regard de Raphaël.
- I've got other scars, souffla-t-il.
Raphaël hocha la tête.
- D'accord... Tu peux garder ta chemise si tu préfères.
Il secoua la tête, juste une fraction de centimètres de gauche à droite, puis il relâcha ses poignets doucement. Un sourire en coin étira les lèvres de Raphaël, juste un peu crispé.
- J'ai un piercing.
Et, juste comme ça, son malaise disparut.
Raphaël l'embrassa tendrement tandis que ses mains remontaient le long de son torse, écartant les pans de sa chemise avec elles. Il se pencha légèrement pour l'aider quand il eut rejoint ses épaules.
Pour la première fois, Raphaël marqua un temps d'arrêt en découvrant les marques qui recouvraient sa peau. Il retraça du bout des doigts les plus profondes, au niveau de ses épaules, puis la boursouflure à l'endroit où il lui manquait un morceau de chair.
- Comment as-tu survécu ? murmura-t-il, sa voix tremblante.
Il prit une profonde inspiration.
- Je ne sais pas.
Il obligea Raphaël à relever les yeux vers son visage d'une simple pression sur son menton.
- Je suis content de l'avoir fait.
Un sourire s'épanouit sur son visage, éloignant la tristesse de ses traits. Raphaël posa sa main sur son cœur, puis l'embrassa avec la même douceur que cette fois-là, au pied de son immeuble.
- Je t'aime tellement, Regulus.
Il ne savait toujours pas ce qu'il était censé répondre à ça, aussi préféra-t-il resserrer son étreinte. Ses mains, comme douées d'une vie propre, se posaient partout. Il y avait trop de tissu à son goût et pas assez de peau nue.
- Off, grogna-t-il entre deux baisers brûlants, deux pleines poignées du maillot de corps de Raphaël coincées entre ses doigts, incapable de coordonner ses mouvements pour l'en soulager.
Raphaël se redressa, repoussa ses mains et découvrit son torse d'un geste fluide.
L'air se bloqua dans ses poumons tandis qu'une nouvelle vague de désir le traversait. Tout le sang qui ne servait pas de rôle vital convergea dans son pénis, accentuant la pression de son érection contre sa boutonnière.
Le laissant étourdi.
Merlin, Viviane, Morgane, Circé et Adèle.
Si perdre une jambe était le prix à payer pour ce moment précis, il était prêt à sacrifier la deuxième.
Raphaël n'était pas exagérément musclé, mais son torse était parfaitement dessiné, avec ses pectoraux qu'il savait fermes, sa taille robuste et son ventre plat. La lumière des bougies lui permettait de deviner quelques poils blonds qui disparaissaient sous la ceinture de son pantalon. Son regard resta fixé une longue seconde sur son érection, piégée par le tissu épais de son jean. Il s'interdit de le toucher, conscient qu'il n'arriverait sans doute pas à s'arrêter s'il commençait. Son regard remonta en même temps que ses mains sur sa peau douce et chaude.
Il ne remarqua le piercing qu'au moment où il passa la main dessus. Un délicat anneau doré était passé dans le téton gauche, que la lumière faisait briller.
Il grogna, sa gorge douloureuse. Il ne put résister à l'envie de le prendre dans sa bouche. Il retraça l'anneau du bout de sa langue plusieurs fois avant d'appliquer un peu plus de succion, et peut-être même effleurer sa peau de ses dents. Raphaël s'agrippa à ses épaules, le bruit de ses gémissements couvrant la rumeur lointaine de la musique.
Il ne comprit pas tout de suite que l'odeur entêtante était celle de quelque chose qui était en train de brûler.
- Fire, lâcha-t-il, entre deux baisers.
- Oui, grogna Raphaël en réponse.
Les flammes jaunes derrière lui attirèrent son regard. Il se redressa brusquement.
- No, fire ! Your shirt is burning !
Il y eut un moment de confusion. Raphaël ne sembla pas comprendre ce qu'il venait de dire, tout juste bascula-t-il contre lui, son visage enfouit dans son cou, le souffle court, la prise sur ses épaules douloureuse. Le feu sur la table basse s'accéléra. Avec sa prothèse, il doutait d'avoir assez de force pour se débarrasser du poids mort sur ses jambes et il doutait qu'asperger le petit incendie avec de l'alcool soit une si bonne idée, non plus que la glace changerait grand chose.
Ses yeux se posèrent sur la baguette de Raphaël, posée négligemment à côté d'eux. Il n'hésita qu'une fraction de seconde avant de la prendre. Elle était plus longue et plus souple que la sienne, la poignée étrange dans sa main. Son geste fut raide mais la baguette accepta tout de même sa magie. Ce ne fut pas son meilleur Aguamenti.
Les flammes s'éteignirent dans un grésillement et l'obscurité s'accentua.
Raphaël se redressa lentement. Ses joues rouges étaient un détail étrange au milieu de son expression perdue. Il ne put s'empêcher de rire, ce qui sembla l'aider à reprendre ses esprits. Un plis apparut entre ses sourcils tandis que son regard faisait d'étranges aller-retours entre le bazar sur la table basse – son maillot de corps largement brûlé, les bougies fondues et l'eau qui goûtait sur le sol –, sa main qui tenait encore sa baguette et son visage. Son rire finit par se mêler au sien, sa mélodie de celle qu'il saurait reconnaître même s'il devenait sourd, surtout maintenant qu'il pouvait sentir ses épaules tressauter sous ses doigts.
- Tu es encore plus beau quand tu ris, souffla-t-il, son regard perdu dans le sien.
Raphaël lui sourit, l'embrassa délicatement, puis il se leva, ses deux mains tendues devant lui.
Son cœur s'accéléra. Ses mains ne tremblèrent pas quand il les glissa dans celles de Raphaël. Il le guida à reculons en direction du couloir. Malgré la pénombre, il devina trois portes et de nombreuses photographies accrochées au mur. La chambre de Raphaël était au bout du couloir. Il lâcha une de ses mains pour pousser la poignée.
Si Raphaël n'avait pas été torse-nu devant lui et proche – si proche – il aurait sans doute observé la pièce de plus près, mais il y avait un lit, et une douce lumière, et c'était vraiment tout ce qui comptait maintenant.
Il tira sur la main de Raphaël pour l'attirer contre lui. Leur baiser lui rappela ceux de l'Opéra Garnier, à la différence qu'il pouvait presser ses paumes contre de la peau nue, les muscles de Raphaël étant les seuls repères dont il avait besoin. Il faisait le plus délicieux des bruits à chaque fois qu'il touchait ses tétons, inhalait presque douloureusement quand leurs bassin glissait l'un contre l'autre et il semblait avoir oublié qu'il voulait prendre son temps.
Les mains de Raphaël remontèrent ses côtes, ses pouces accrochant chaque os saillant comme s'il vérifiait qu'elles étaient toutes là.
- Il faut vraiment que tu manges plus, gronda-t-il.
- And you need to talk less, répliqua-t-il, son pouce pressant sur son piercing.
Le gémissement qu'il lui arracha laissa un goût de trop peu. Il agrippa une pleine poignée de ses fesses pour le plaquer encore plus contre lui. Sa prothèse ne lui permettait pas de le manœuvrer comme il le voulait. Il manquait de force, et un peu d'équilibre.
Raphaël les fit pivoter. Il se retrouva dos au lit, ce qui était une excellente idée. Il sentit des doigts au niveau du premier bouton de son pantalon.
Son cœur s'accéléra.
Raphaël recula un peu.
- Je peux ?
Il faillit lui demander s'il était sérieux, mais cela ne servirait qu'à repousser le moment où il serait débarrassé de son pantalon – et Raphaël du sien –, ce qui était simplement inacceptable.
- Please.
Raphaël l'embrassa lorsqu'il défit le premier bouton, puis ses lèvres glissèrent le long de sa gorge au suivant. Quand son front se posa sur son épaule, sa tête tournait un peu, ses doigts sur ses hanches allaient sans doute laisser des marques et il ne pouvait rien faire de plus que fixer les mains de Raphaël entre eux.
Ils grognèrent à l'unisson quand son érection fut enfin libérée de sa prison. Le tissu qui le recouvrait encore était tendu et d'un vert plus foncé à certains endroits.
Raphaël toucha son pénis du bout des doigts, lui arrachant un gémissement.
- Raphaël.
Il tourna la tête contra son cou, sa respiration haletante.
- Je sais, mon amour.
Ses mains retrouvèrent ses hanches – vraiment, il ne savait plus s'il devait être soulagé ou excédé – puis les fit glisser un peu plus bas, repoussant le tissu de son pantalon. Il se mit à trembler quand ses doigts trouvèrent la peau nue de ses fesses.
Une autre fois, il n'aurait pas manqué d'être satisfait de lui-même – ça avait été un achat impulsif et il avait hésité jusqu'à la dernière minute avant de le mettre – sauf qu'une sensation intense de chaleur traversa son corps. Ses poumons se vidèrent, le désir si intense dans ses veines que son propre poids devint trop pour ses muscles.
Il se sentit basculer en arrière.
- Désolé, désolé !
Raphaël passa un bras dans le bas de son dos pour l'aider à s'asseoir sur le bord du lit tandis qu'il peinait à reprendre son souffle. Il avait l'impression que son cerveau venait de faire plusieurs looping dans sa boîte crânienne et il ne s'était pas tout à fait remis dans le bon axe.
C'était comme s'il allait s'évanouir, sauf qu'il était parfaitement conscient.
Puisque la pièce n'avait pas l'air de vouloir cesser de tourner, il ferma les yeux. Les mains tremblantes de Raphaël balayaient lentement sa taille, mais il ne semblait pas plus calme que lui.
- Je croyais que tu devais me ménager...
Le rire de Raphaël était étranglé.
- Tu triches.
Il passa deux mains sur son visage pour terminer de reprendre ses esprits. Il ouvrit les yeux sur un drôle de tableau. Raphaël agenouillé devant lui, son visage plaqué contre sa hanche, son pantalon retenu par la prothèse au milieu de ses cuisses, le tissu vert qui couvrait son érection plus tendu que jamais.
Raphaël finit par se redresser. Il lui jeta un regard prudent.
- Désolé pour ça.
Il haussa un sourcil.
- Je mentirais si je ne reconnaissais pas que c'était un peu l'effet que je cherchais.
Il n'avait pas été tout à fait certain que la soirée se termine de cette façon, aussi avait-il prévu des arguments en sa faveur.
Raphaël secoua la tête, son regard étrange. Il attrapa son visage avec ses deux mains et le guida vers ses lèvres. Il réussit à ce que leur baiser ressemble plus à ceux qu'ils avaient échangés dans le salon, ce qui était une sorte d'exploit. Sans un mot, Raphaël fit glisser son pantalon le long de ses jambes, ses mains caressant la gauche comme si elle était encore fait de chair et non de bois.
Il le débarrassa de sa chaussette, ce qui était lui parut presque plus intime que tout ce qui avait précédé.
Finalement, sa main se stoppa au niveau des boucles qui maintenaient sa prothèse en place. Il mit fin au baiser pour croiser son regard.
- Avec ou sans ?
Il ferma les yeux. S'il n'aimait pas que quiconque voit sa prothèse, il haïssait encore plus l'idée de l'enlever pour exposer son moignon.
Oh, bien sûr, Raphaël avait un coup d'avance sur le reste de l'humanité, parce qu'il l'avait vu à l'apogée de sa vulnérabilité lors de leur toute première rencontre.
Je t'aime tellement, Regulus.
Il rouvrit les yeux.
- Sans, murmura-t-il.
Raphaël hocha la tête. Il défit la première boucle, son regard rivé au sien. Les deux autres suivirent, allégeant la pression sur sa cuisse, puis il tira lentement. La prothèse fit un bruit un peu mat, et un peu métallique, quand il la posa au sol.
Il déglutit quand Raphaël embrassa son moignon.
Il ne s'attarda pas, mais le message était clair : il n'était pas plus dégoûté par l'absence d'une partie de sa jambe que par ses cicatrices ou encore par le fait que la Marque des Ténèbres était tatouée sur son bras, dix ans auparavant.
Raphaël se leva, déposant un baiser sur ses lèvres au passage. Il repoussa ses mains pour l'aider à déboutonner son jean.
- A mon tour, dit-il.
Ce ne fut qu'une histoire de seconde avant que Raphaël soit quasi nu devant lui, les muscles de ses jambes aussi bien définis que ceux du reste de son corps. Il ne lui laissa pas le temps de s'extasier.
- Allez !
Il le saisit sous ses aisselles et le projeta au milieu du lit avec une facilité qui n'aurait pas manqué de l'indigner s'il ne s'était pas retrouvé coincé entre Raphaël et le matelas avant qu'il n'ait eu fini de rebondir contre les oreillers. Ils reprirent leurs baisers et leurs caresses, leurs gestes de plus en plus délibérés à mesure que le corps de l'autre devenait familier. Raphaël embrassa chacune de ses cicatrices avec une ferveur si proche de l'adoration qu'il faillit bien pleurer à plusieurs reprises, et pas seulement de frustration quand Raphaël ignora son érection délibérément sur son chemin entre son épaule gauche et la morsure sur sa cheville droite, emportant son dernier vêtement dans son exploration.
Il le fit basculer sur son dos dès que l'occasion se présenta. Il pressa son moignon entre ses jambes puis appliqua sa langue sur son piercing, jusqu'à ce qu'il le supplie d'arrêter.
- Pas comme ça, gémit-il. Je veux...
Il le débarrassa de son boxer bleu, ce qui eut le mérite de le faire taire.
Il savait ce qu'il voulait.
La première fois, Nigel, je te veux complètement nu dans mon lit et à l'intérieur de moi.
Un frisson le secoua.
- There's a spell... dit-il, cherchant la baguette magique de Raphaël des yeux.
Raphaël fouilla une seconde dans le tiroir de sa table de nuit puis plaça un petit flacon dans sa main, son regard provocateur malgré le fait qu'il semblait incapable de reprendre son souffle, que son visage et son torse donnaient l'impression de rougeoyer dans la pénombre.
- Tu ne veux pas de baguette. Tu assumes.
Il s'affaissa contre lui pendant une longue minute, juste pour rassembler les dernières miettes de son sang-froid.
Merlin, il allait finir par le tuer.
- Tu... ?
- Je devrais m'en sortir, grogna-t-il.
Il enduisit ses doigts de lubrifiant, rageant en silence de les voir aussi tremblants. Cela faisait longtemps – trop longtemps –. Il savait ce qu'il avait à faire, même s'il s'était prêté qu'une poignée de fois à l'exercice, parce que ce n'était définitivement pas la façon la plus rapide de procéder. Et puisqu'il avait promis à Raphaël qu'il prendrait tout le temps qu'il fallait ce soir, il eut l'impression de le préparer pendant une éternité.
Quand il effleura sa prostate, un peu par erreur, la vague de chaleur qui le traversa – insignifiante comparée à la précédente – leur servit d'avertissement à tous les deux.
Ils étaient si près du précipice à force de s'exciter l'un l'autre, puis de battre en retraite, qu'il était plus que temps d'en venir aux faits.
- Vas-y, gémit Raphaël.
Il ne le fit pas répéter deux fois. Il dut manœuvrer un peu pour trouver une position qui accommodait son moignon. La chaleur qui l'enveloppa aurait pu lui faire perdre la raison. Il dut lutter pour garder les yeux ouverts.
Il voulait contempler l'expression de Raphaël quand ils seraient liés le plus intimement possible, et ne jamais, jamais, oublier cette première fois.
Raphaël arqua son dos et sa nuque, les dents serrées, un gémissement passa ses lèvres. Il s'agrippa à ses fesses, ses chevilles croisées dans le bas de son dos. Il attendit qu'il rouvre les yeux, parfaitement immobile, ignorant comme il le pouvait la nouvelle petite voix dans son cerveau qui scandait moove, moove, moove au rythme des battements de son cœur.
Raphaël hocha la tête.
Il l'embrassa, un peu maladroitement, puis commença à bouger. Il était trop tard pour lentement et sensuel et tendrement. Ils étaient enfin sur la dernière droite après un marathon de plusieurs semaines.
Il lui fallait encore arriver deuxième.
- Touch yourself, grogna-t-il contre la peau de sa gorge.
Raphaël obtempéra.
Il eut un léger soupir de soulagement quand son orgasme lui arracha un cri qui ressemblait beaucoup à son prénom.
Il crut que son cœur explosait quand la projection le frappa de plein fouet, plus puissante que toutes les autres combinées, le plaisir de Raphaël aveuglant mêlé au sien.
Il eut juste le temps de basculer à son tour avant de s'affaisser sur Raphaël.
Il fut incapable de bouger pendant un très long moment, les vagues de chaleur successives qui le traversaient éloignaient à chaque fois la possibilité d'un répit.
C'était comme un orgasme sans fin, mêlé à tout un tas d'émotions qu'il n'arrivait pas à nommer mais qui faisaient vibrer son cœur. Il n'y avait pas d'échappatoire. Tout juste pouvait-il s'accrocher à Raphaël en attendant que la tempête passe et espérer qu'il ne serait pas devenu fou alors.
- Ne lutte pas, Regulus, souffla-t-il, ses mains caressant son dos avec douceur.
Il ne put que gémir en guise de protestation, les mots hors de sa portée. Un sanglot lui déchira la poitrine sans crier gare, précédent de quelques secondes des larmes brûlantes qu'il fut incapable de retenir.
Raphaël le serra si fort contre lui qu'ils devaient donner l'impression d'avoir fusionné.
Les larmes se tarirent vite, le laissant vidé de ses dernières forces, le corps encore secoué de tremblements.
Raphaël le fit basculer sur son dos.
- Ça va aller ?
Le bout de son nez poussa le sien gentiment. Il rouvrit les yeux au prix d'un immense effort. Raphaël le détaillait, les traits de son visage détendu, des traces de larmes sur ses joues et un léger sourire aux lèvres. Il tira sur son épaule pour l'inciter à se pencher davantage et pouvoir l'embrasser délicatement.
Il soupira de contentement quand ils se séparèrent, ce qui fit rire Raphaël doucement.
- J'en déduis que c'était satisfaisant ? demanda-t-il, son regard brun pétillant.
Il haussa les sourcils.
- J'ignorais que tu étais devenu adepte de l'euphémisme.
Raphaël se rallongea tout à fait contre lui. Même si ses muscles ne s'étaient pas transformés en caoutchouc, il aurait sans doute été incapable de se dégager.
Ce qui n'était pas grave, parce qu'il ne comptait pas bouger.
- Tu as une mauvaise influence sur moi, répondit Raphaël, son oreille plaquée contre son cœur, ses yeux fermés.
Il le détailla en silence. Sa peau était à nouveau dorée, ses tâches de rousseur formaient des constellations qu'il comptait apprendre par cœur, un jour. La seule preuve sur la nature des activités de la soirée – outre sa langueur et la fine pellicule de transpiration sur sa peau – étaient ses lèvres enflées.
Les siennes pulsaient au rythme des battements de son cœur, comme à peu près tous ses muscles.
Merlin, le sexe n'avait jamais était aussi fantastique avant.
- Ça va toujours être aussi intense ? demanda-t-il, bien plus tard, tandis que l'appel de l'inconscience se faisait de plus en plus fort.
Raphaël resserra ses bras autour de sa taille.
- Ça dépendra de toi, dit-il, légèrement moqueur.
Il grogna. Autrement dit, s'il ne faisait pas en sorte que Raphaël perde le contrôle sur son empathie, alors c'est qu'il ne s'y prenait pas de la bonne façon.
Raphaël embrassa son torse puis releva la tête vers lui. Il rouvrit les yeux.
- Reste cette nuit ?
Il n'avait pas envisagé autre chose une seule seconde. Il hocha la tête et Raphaël lui sourit.
La lumière fut éteinte, des couvertures rabattues sur leurs corps enlacés. Il essaya de résister le plus longtemps possible, inquiet que tout cela ne soit qu'un rêve et qu'il se réveille dans sa petite chambre de bonne le lendemain.
...
Plus tard – quand le soleil commença à se lever sur Paris, enveloppant la ville lumière d'or – il fut réveillé par des lèvres gourmandes sur sa nuque, des mains aventureuses et une demande de ne pas bouger soufflée à son oreille. Raphaël massa ses épaules, son dos, ses fesses et ses jambes, effaçant les courbatures de la veille – et peut-être de dix années passées courbé –. Sa peau devint comme liquide, ses muscles lui donnèrent l'impression de fondre sur ses os et il eut presque la sensation que sa jambe gauche était intacte à nouveau.
Il eut l'impression d'être le bien le plus précieux d'un dieu.
Bientôt, les lèvres de Raphaël remplacèrent ses mains. Il redessina à nouveau ses cicatrices du bout de sa langue, récompensant ses frissons et ses gémissements en pressant ses hanches contre le matelas d'une main ferme. Les baisers humides le long de sa colonne vertébrale furent ponctués de je t'aime qui lui donnaient l'impression que son cœur vibrait.
Quand Raphaël l'embrassa là où personne ne l'avait jamais embrassé, là où il n'aurait jamais pensé à embrasser quiconque, il eut l'impression que le désir le consumait de l'intérieur, réduisant ses veines en cendres.
Son oreiller devint une bouée de sauvetage, la seule chose à laquelle il pouvait se raccrocher. Chaque battement de son cœur se mit à chanter Raphaël dans ses oreilles tandis qu'il le ruinait avec sa langue en lui, puis ses doigts, puis, enfin, son pénis.
La délivrance ne vint pas aussi vite qu'il l'aurait voulue. Raphaël garda le contrôle pendant une éternité, bougeant en lui avec lenteur et détermination, l'empêchant de toucher sa propre érection avec des gestes tendres, lui promettant que son orgasme ne serait que plus extraordinaire s'il se montrait patient. Raphaël l'amena jusqu'au point de basculement plusieurs fois, le maintint en équilibre, avant de le faire redescendre, ignorant ses supplications.
A la fin, il se retrouva sur le dos, Raphaël entre ses jambes – Raphaël au plus profond de lui, Raphaël dans sa tête, dans son cœur, dans chacune de ses cellules – et il ne fallut que quelques caresses de plus pour que son orgasme l'emporte.
Cette fois, il eut vraiment l'impression de perdre connaissance et d'être ramené à lui par l'empathie de Raphaël, la projection des vagues réconfortantes, à des années lumières de ce qu'il avait ressenti quand leur rôle avait été inversé.
Cela ne l'empêcha pas de prendre autant de temps pour se remettre, son regard perdu dans celui de Raphaël.
Plus tard encore, il y eut un bain relaxant, le meilleur pain perdu qu'il lui avait été donné de goûter – Kreattur ou non – et une journée entière passée à se toucher, presque constamment, d'une façon ou d'une autre.
Plus que le reste, ce furent les marques de tendresse innombrables qui finirent par le convaincre que ce qu'il vivait été bien réel.
Même si c'était sans doute trop beau pour durer.
Juste à titre indicatif : qui a découvert le pot-aux-roses dans ce chapitre ? xD
Behind the Scene :
- Je me suis rendue très triste par deux fois à l'écriture, je vous laisse deviner quand.
- Je suis retombée sur la chanson "Halo" de Beyoncé il y a quelques jours. Je crois que si je devais choisir une BO pour cette histoire, ça serait celle-ci.
- Le consentement, c'est sexy. Regulus a pas encore eu le mémo (ah, les ravages du patriarcat...)
Comme d'habitude, je suis curieuse d'avoir votre avis sur :
- Ce premier anniversaire (qui rend Regulus tout euphorique, il est si chou !)
- Raphaël et ses secrets (rangez vos couteaux, je n'ai pas eu de préavis non plus!)
- Mon chouchou officiel, j'ai nommé Alexis Delacour (cet enfant est un véritable rayon de soleil, vous n'avez pas idée!)
- Nigel Sky AKA Regulus Arcturus Black, ladies and gentlemen !
- Regulus, donc, qui baisse officiellement les armes (Raphaël est pas au bout de ses surprises…)
- Cette première fois, à mi-chemin entre tendresse et passion brûlante (c'est la première fois que je me prêtais à l'exercice, je ne vous cache pas que c'est galère, ces deux pronoms « il »).
Et bien entendu, si vous avez des théories concernant le(s) lien(s) entre ce Spin-Off et le reste de mon UA maison, je suis tout ouïe.
Je vais pas vous mentir, le moyen le plus efficace pour me motiver à poster le prochain chapitre est une review !
On se dit à dans (normalement?) un mois par ici et à dans deux semaines du côté de Supernova !
Orlane.
Mis en ligne le 11/09/2021
