Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses et plus courageux·ses que Godric lui-même. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.

Attention : Rated M et relation M/M. Thématique du suicide, de la dépression et de l'addiction. Vous lisez en connaissance de cause.

Liyly:
Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Bien vu pour Reggie et Alexis alors ! Raphaël vous réserve encore quelques surprises ! Effectivement, l'histoire se passe un peu avant Supernova (pour le moment, wink wink). J'ai assez hâte de vous faire lire ce que j'ai prévu pour ce côté là de l'histoire ! Il n'est pas impossible que mes deux idiots m'aient offert de belles scènes (et de sacrées surprises!) Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Juliette :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Ah, Alexis a ses raisons pour protéger Maellyn (stay tuned) et il n'est pas impossible que son empathie n'y soit pas pour rien !
Les Black ne font pas dans la demi-mesure donc oui, Regulus est chaud bouillant pendant cette soirée. Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Nyanna :
Coucou ! Merci beaucoup pour ta review ! Merci pour tes compliments sur le dernier chapitre. Je suis contente d'avoir réussi à te faire sentir autant de choses ! C'est mignon que tu ne puisses pas choisir entre Nigel et Regulus ^^ (ça lui va bien aussi, je suis d'accord).
Raphaël n'est pas un roc sans failles, non. On va dire qu'il a pris soin de pas trop les montrer jusque là parce qu'il avait peur d'effrayer Reggie pour commencer et parce que ce n'est pas plus facile pour lui que pour les autres.
Sorry pour la mention de Sirius. Ça sera loin d'être la dernière !
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Cassiopee:
Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Rholalala, je suis trop contente (et fière, aussi) que l'histoire entre Raphaël et Regulus te mette dans tous tes états ! Si je suis parfaitement honnête, ils me font fondre aussi (et, promis, d'autres belles déclarations sont sur le feu wink:wink). Il n'est pas impossible que j'avais prévu une telle commande de la part de mes lecteurices concernant Alexis !
Merci pour tes compliments sur la première fois entre ces deux idiots. Ce que tu relèves faisait partie de mes objectifs à l'écriture alors c'est super chouette que tu y ais été sensible !
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !


Des mercis et des bisous de loin à Liyly, Juliette, lune patronus, Tiph l'Andouille, Sun Dae V, feufollet et Cassiopee pour leur review. Avoir votre retour est toujours aussi précieux ! Keur:keur:keur sur vous !


Bonjour à toutes et à tous !

Bien ou pas ?:)

De mon côté, ça va pas trop mal. J'ai enfin apprivoisé mon emploi du temps. Je connais le nom de presque tous mes élèves et je ne tarderai pas à être noyée sous les copies, donc le quotidien a définitivement repris le dessus !

Niveau écriture, j'ai connu des moments plus productifs, mais faut dire que j'ai été ralentie par une scène à réécrire sur ce chapitre. J'avance toutefois gentiment sur Supernova. Avec un peu de chance, j'aurai terminé le 26 avant les vacances (fingers crossed).

Cela étant dit, je vous laisse avec le nouveau chapitre ! Je l'aime quand même beaucoup, principalement parce que mon chouchou n'est pas loin et que, vraiment, c'est un vrai rayon de soleil ! Bonne lecture !


Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et ses retours enthousiastes ! Je vais donc redire une fois de plus : sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Black Sunset

Spin-Off : Gravity

Chapitre 8


Gravity : A mutual physical force of nature that causes two bodies to attract each other.


Eugène avait parfois les idées les plus absurdes.

Merlin seul savait pourquoi, il avait décidé de changer certains rayons de place – soit disant pour accommoder les stocks, même s'il le soupçonnait de se venger parce qu'il avait réussi à esquiver la corvée de l'inventaire cette année –.

Eugène était un mauvais joueur.

Il rassembla les livres sur la Botanique en une pile bien nette, prenant garde à ne pas abîmer les herbiers qu'il avait déniché, trois ans de cela, et qui valaient une petite fortune. En parcourant les étagères, il réalisa qu'il en avait encore pour deux bonnes heures. Il était en nage sous son costume à force de monter et descendre de l'échelle, ce qui s'ajoutait au fait que Paris connaissait un mois de mai aux températures estivales – il regrettait sa baguette un peu plus que d'habitude –.

Son cœur loupa un battement quand il découvrit la petite silhouette dissimulée par l'ombre d'une étagère, ses bras croisés sur sa poitrine.

- Tu m'as fait peur, marmonna-t-il. Que puis-je faire pour toi ?

Le gamin fit un pas vers lui, quittant l'obscurité pour la demi-pénombre de la librairie.

Il se figea en le reconnaissant.

S'il ne l'avait pas encore rencontré en personne, il était devenu familier avec son visage. L'air de famille avec Raphaël était encore plus saisissant en vrai, même si ses cheveux légèrement cuivré et ses yeux d'un vert très clair invoquaient plutôt l'image de Lucie, sa mère.

- Alexis ? Je... Que... Ton père est dans les parages ?

L'adolescent ne répondit pas, mais il continua à le détailler avec attention. L'expression sur son visage était celle qu'il avait appris à associer avec l'empathie de Raphaël.

Il plissa les yeux. Il n'était pas sûr d'aimer l'idée qu'un gamin de onze ans et demi fouille son cœur.

- Tu cherches un livre ? demanda-t-il, juste pour vérifier son hypothèse.

Alexis haussa un sourcil moqueur puis pivota sur ses talons.

Il ne put que le suivre tandis qu'il disparaissait au bout du rayon d'un pas vif. La cloche au-dessus de la porte tinta puis il se mêla aux passants, sa petite silhouette impossible à retrouver.

- Qu'as-tu dit à ce pauvre gamin ?!

- Rien.

- Pourquoi s'est-il enfui comme ça alors ?

Il serra les dents.

- Aucune idée.

Pendant le reste de l'après-midi, il fut incapable de penser à autre chose qu'à sa rencontre surprise avec Alexis Delacour. Cela faisait un peu plus d'un mois qu'il avait appris l'existence du fils de Raphaël. Son prénom était désormais mentionné à chaque fois qu'ils se voyaient – Raphaël adorait son fils – et il s'était plus vite fait à l'idée qu'il ne l'aurait cru possible. Toutefois, il savait que les présentations n'étaient pas à l'ordre du jour – et qu'elles seraient précédées par une rencontre avec Lucie avant tout –. Deux choses, donc.

Alexis était venu de son propre chef dans la librairie.

Qu'importe ce qu'il avait découvert dans son cœur grâce à son empathie, cela lui avait donné envie de s'enfuir en courant.

C'était surtout ça qu'il n'arrivait pas à oublier.

S'il ne s'expliquait toujours pas comment Raphaël pouvait l'avoir choisi lui plutôt que n'importe qui d'autre, il s'était toutefois résigné face à ses chances de le faire changer d'avis. Raphaël était trop obstiné pour commencer et s'il n'avait pas réussi à partir, deux mois de cela, il savait qu'il en serait physiquement incapable maintenant.

Non, il attendrait que Raphaël se lasse, ou retrouve la raison, ou que les Aurors viennent pour le jeter à Azkaban, mais il avait décidé de rester.

Toutefois, il refusait de se voiler la face. Si Alexis le haïssait – pour ce qu'il était ou pour ce qu'il avait été – ou si Lucie décidait qu'il représentait un risque pour lui, Raphaël choisirait son fils.

Et il ne lutterait pas. Il ne rendrait pas Alexis misérable en lui imposant sa présence ou en le privant de son père de quelque façon que ce soit. Ses propres parents l'avaient choisi trop souvent par défaut alors que Sirius et lui auraient dû être leur priorité. Il ne le souhaitait à personne, encore moins à un gamin comme Alexis, dont l'innocence semblait encore parfaitement intacte.

Il se demanda à plusieurs reprises s'il ne ferait pas mieux de téléphoner à Raphaël pour le prévenir qu'il ne pourrait pas le rejoindre chez lui ce soir. D'ici à ce qu'il puisse le revoir – quand Alexis serait de retour à Beauxbâtons la semaine prochaine –, Raphaël aurait eu tout le temps de réaliser qu'il y avait un problème et de prendre les bonnes décisions à ce sujet.

Il déplaça les livres méticuleusement, esquiva les clients autant que possible pour le reste de la journée, tout cela pour que ses pas le mènent vers la station de métro qu'il fréquentait bien plus souvent qu'avant. Il descendit deux arrêts plus tôt pour marcher un peu le long de la Seine. Il faisait vraiment beau, ce qui lui donna envie de retirer sa veste de costume et de remonter ses manches pour profiter du soleil, et tant pis si quelqu'un remarquait ses cicatrices.

Merlin, il les préférait à sa Marque des Ténèbres.

Sa pensée le ramena aussitôt vers Alexis, et Lucie, et le reste de la famille de Raphaël. En plus de son fils, il avait deux nièces – Fleur, qui terminait elle aussi sa première année à Beauxbâtons, et Gabrielle, de neuf ans sa cadette –. Il ne les avait jamais rencontrées, ce qui ne l'empêchait pas de redouter cette possibilité. Non pas qu'il avait peur des enfants – il ne saurait sans doute pas s'occuper d'un bébé, mais s'ils étaient capables de parler, ils pouvaient se débrouiller – mais plutôt qu'il avait peur de les corrompre malgré lui, d'une façon ou d'une autre.

Il avait tué.

Il avait torturé.

Parmi ses victimes, il y avait eu des enfants innocents.

De tels actes étaient lourds de conséquences et tous ses regrets n'y changeraient rien. Son âme était fracturée, sa magie empoisonnée par la Magie Noire.

Raphaël le fréquentait en toute connaissance de cause et il avait pu le faire parce qu'il était un adulte – déraisonnable, mais un adulte tout pareil –. Puisqu'il avait un fils, il lui revenait de le protéger et de prendre les bonnes décisions pour lui.

Et s'il s'obstinait à se montrer impossible, peut-être qu'il serait obligé de l'y aider.

Il se frotta le visage de ses deux mains.

Merlin, ni lui, ni Raphaël, n'avait pensé à tout dans cette histoire.

Quand la rue de Raphaël fut en vue, il s'obligea à faire le vide dans sa tête et dans son cœur. Cela ne ferait pas une grosse différence si Raphaël décidait d'utiliser son empathie à pleine puissance, mais il pourrait au moins dissimuler une partie de son trouble.

Il ouvrit l'appartement avec la clé que lui avait donné Raphaël, un mois de cela, et qui permettait de lever le complexe sortilège de verrouillage en place sur la porte. Puisqu'il ne venait jamais quand Raphaël n'y était pas, il ne comprenait pas trop l'intérêt d'un tel accessoire, mais il s'évertuait à l'utiliser pour éviter une interminable séance de moqueries.

Il accrocha sa veste à une patère en entrant, puis se débarrassa de ses chaussures. Il remonta le couloir en silence, dénouant sa cravate d'une main pour être un peu plus à l'aise. Après une telle journée, il ne rêvait que d'une douche fraîche.

Peut-être qu'il abuserait de l'hospitalité de Raphaël et qu'il se laisserait tenter par un bain.

Le spectacle dans le salon le décida à différer ses plans.

Un tapi en mousse avait remplacé la table basse devant le canapé. Les deux fenêtres étaient ouvertes en grand, une brise délicate faisait voltiger les rideaux. Raphaël était la tête en bas, ses jambes tendues au-dessus de lui, son corps maintenu en équilibre par la seule force de ses bras, ce qui faisait ressortir les muscles de ses bras et de ses épaules.

Il s'appuya contre le mur du couloir et croisa les bras sur sa poitrine pour continuer à l'observer.

Puisqu'il passait beaucoup de temps chez Raphaël – la majorité de ses soirées, et de ses nuits, quand ses gardes s'alignaient avec les heures d'ouverture et de fermeture de la librairie – il avait découvert beaucoup de choses au cours des dernières semaines.

Raphaël était particulièrement matinal, ce qui ne l'empêchait pas de se montrer grognon s'il n'avait pas emmagasiné sept heures de sommeil et il ne lui fallait que quelques minutes le matin pour être prêt le matin– magie ou non –. Il consommait une quantité inquiétante de café et il passait beaucoup de temps au téléphone avec ses proches. Il aimait prendre des photos – il semblait s'être donné pour mission de lui voler le plus de portraits possibles –, il écoutait beaucoup de musique, il ne loupait jamais les épisodes de Star Trek – il avait essayé de lui expliquer l'histoire mais honnêtement, il n'avait rien compris – et de Mac Gyver – qui semblait avoir un don pour s'attirer des ennuis à l'aulne de son frère – et il faisait du sport plusieurs fois par semaine.

De la course à pied, sur des distances qui lui donnaient mal aux jambes rien que d'y penser, et il ne disait pas seulement cela parce qu'il avait une prothèse. Toutefois, il n'était pas vraiment surpris. Vu l'obstination surnaturelle de Raphaël, évidemment qu'il s'adonnait à une activité physique qui était essentiellement un concours de volonté entre son esprit et son corps.

Quant à l'autre discipline – du yoga – il n'était pas certain de comprendre en quoi cela l'aidait à mieux maîtriser son empathie, mais il devait reconnaître que c'était loin d'être déplaisant à regarder, surtout quand Raphaël décidait de se passer de t-shirt comme aujourd'hui.

Tout en conservant son équilibre, Raphaël reposa ses jambes tendues au sol avec délicatesse, puis il se redressa, son bassin plaqué au sol, son dos cambré, son torse offert.

Son regard s'arrêta sur son piercing et il se lécha les lèvres malgré lui.

- Je sais que tu es là, Regulus.

Il eut un sourire en coin. Évidemment qu'il l'avait remarqué. Il pourrait être la personne la plus discrète de l'univers, son empathie était un radar redoutable.

- Est-ce la raison pour laquelle tu frimes ?

Raphaël poussa sur ses bras et remonta son bassin, son corps formant une sorte de triangle. Il eut toutefois le temps de voir le coin de ses lèvres frémir.

- J'ai presque terminé.

Il abandonna le couloir pour venir s'appuyer contre la table, ce qui lui offrait une encore meilleure vue.

- Prends ton temps.

Raphaël croisa son regard quand il releva la tête et il haussa un sourcil en réponse. Il savait que son petit-ami avait terminé son service en milieu d'après-midi. Il avait eu tout le temps de faire son yoga pendant qu'il était encore à la librairie et il semblait s'être arrangé pour qu'il puisse le surprendre.

Non pas qu'il allait s'en plaindre, surtout après la mauvaise journée qu'il avait passé.

Raphaël réalisa encore plusieurs postures – comme il les appelait –, dont une compliquée qui semblait exiger une souplesse certaine, lui confirmant au passage qu'il essayait de l'impressionner par sa maîtrise de ce sport étrange. Comme à chaque fois, il termina en tailleur, les mains jointes devant son cœur.

Il lui avait expliqué que le yoga allait au-delà de l'exercice physique, que le but était aussi d'agir sur l'esprit. La pratique était donc sous-tendue par une philosophie millénaire, qui était devenue une forme de magie en Inde.

Quand Raphaël se leva enfin, il avait l'air parfaitement détendu, son visage lisse habillé d'un léger sourire juste un peu satisfait.

Une fois à son niveau, Raphaël enveloppa son visage et l'embrassa, tendrement d'abord, puis un peu plus sensuellement quand il mit à profit le fait qu'il était torse nu pour caresser la peau offerte, ses mains trouvant tous les endroits qui le faisaient frissonner et qu'il avait soigneusement catalogué au fil des semaines précédentes.

Ils se séparèrent avant que leurs souffles ne s'emballent.

- Alors, ai-je réussi à te convaincre d'essayer ?

Même quand il possédait encore deux jambes, l'idée qu'il puisse s'adonner à une activité pareille n'aurait pas manqué de lui faire lever les yeux au ciel, mais sa prothèse la rendait encore plus ridicule – même si Raphaël semblait convaincu que cela ne poserait pas de problème, moyennant quelques ajustements –.

Il eut un sourire en coin.

- Peut-être que tu aurais pu y parvenir si tu avais été complètement nu, mais puisque ce n'était pas le cas...

Raphaël plissa les yeux et son expression devint dangereuse.

Il déglutit.

Merlin, il allait falloir qu'il réfléchisse avant de dire des choses pareilles, parce que Raphaël n'était pas du genre à se défiler.

Son expression devait trahir sa réflexion, car Raphaël éclata de rire.

- Merci pour l'astuce. Je vais y réfléchir.

A la façon dont ses yeux bruns brillaient, ses joues devinrent brûlantes. Son cerveau eut la bonne idée d'imaginer ce que cela pourrait bien donner, les images du corps de Raphaël plié de façon improbable encore si fraîches dans son esprit. Une posture en particulier ne manquerait pas de transformer la représentation en une véritable épreuve de sang-froid...

Il ravala difficilement un gémissement.

Raphaël l'embrassa à nouveau, trop brièvement à son goût.

- Je suis très flatté, mon amour, mais je t'assure que tu n'aurais rien à m'envier.

Il en doutait beaucoup, parce qu'il était incapable de prendre ne serait-ce qu'une de ces positions impossibles et que son corps était loin d'être comparable à celui de Raphaël. La question ne se poserait sans doute jamais, parce qu'il comptait bien se méfier quand il arriverait ici.

- Tu as l'air fatigué, dit Raphaël, les sourcils froncés.

Il haussa les épaules.

- Eugène m'a fait échanger les rayons de Botanique et de Potion de place... J'ai connu tâche moins pénible.

Raphaël entoura sa taille de ses bras, l'attirant un peu plus contre lui. Il s'abandonna dans l'étreinte. L'odeur de Raphaël chassa une partie de la tension qui saturait ses épaules.

Il fit de son mieux pour ne pas se demander si c'était la dernière fois qu'il pouvait la respirer à pleins poumons.

- Préparer le dîner va m'occuper un moment. Ça te laisse le temps de prendre un bain si tu veux.

Un sourire étira ses lèvres. Il se demandait parfois si Raphaël n'était pas un Légimens en plus d'être empathe.

- Bonne idée, souffla-t-il.

- Mes idées le sont souvent, dit-il avant d'embrasser son front, puis de le libérer.

Il marqua un temps d'arrêt dans le couloir qui menait à la salle de bain. Le pan de mur qui faisait face à la porte de la chambre d'Alexis ressemblait à une célébration du temps passé entre le père et le fils. Des dizaines de photographies sorcières – toutes carrées – étaient accrochées un peu au hasard sur le mur. Alexis était sur chacune d'elle. Son âge variait, tout comme le lieu où la photographie avait été prise, mais il était évident qu'elles immortalisaient un bon souvenir. A la base du mur, il y avait également des dessins colorés – l'œuvre d'Alexis quand il avait été plus petit –.

Il n'avait jamais rien vu de tel et il ne pouvait s'empêcher d'être surpris à chaque fois par cette étrange galerie.

Il revit la silhouette d'Alexis disparaître dans la foule et ses entrailles se contractèrent.

Il se détourna avec un soupir. Le Souaffle n'était pas dans son camp – s'il l'avait été un jour –. Raphaël – et Lucie – aurait le dernier mot, qu'il accepterait sans discuter, parce qu'il avait perdu ce droit-là le jour où il avait pris la Marque des Ténèbres.

Quelques minutes plus tard, il se glissa dans un bain d'eau tiède parfumée aux huiles essentielles de sauge, romarin et lavande – ce qu'utilisait Raphaël quand il revenait de ses interminables footings –.

Il ferma les yeux. Ses anciens exercices d'Occlumentie lui permirent de faire le tri dans ses pensées. Il enferma le souvenir de sa rencontre avec Alexis dans un coin de son crâne – avec toutes ces autres choses auxquelles il n'aimait pas penser –.

Si cela devait être sa dernière soirée avec Raphaël, alors il allait la savourer.

Il commençait à somnoler quand trois coups furent frappés à la porte.

- Je peux entrer ?

Il rouvrit les yeux.

- Bien sûr.

Raphaël avait enfilé un de ses maillots de corps, mais puisqu'il avait une tasse à la main et le livre qu'il avait commencé le weekend dernier, il était déjà pardonné.

- Tu es parfait, souffla-t-il en tendant une main pour attraper la tasse de thé.

Raphaël eut un sourire satisfait, son regard brun pétilla.

- Ça infuse depuis moins d'une minute.

A l'odeur, il miserait sur le thé noir à la bergamote que Raphaël avait acheté au salon de thé qu'il fréquentait. Il posa la tasse sur le bord de la baignoire en attendant de pouvoir boire, puis attrapa la main libre de Raphaël. Il n'eut qu'à tirer un peu dessus pour qu'il s'agenouille à côté du bain, son visage à portée du sien.

Il devait cuisiner quelque chose à base d'épices car il sentit la brûlure du piment sur sa langue. La main de Raphaël abandonna sa mâchoire pour sa nuque puis passa sous l'eau.

Il accentua la pression sur sa langue en même temps que son pouce pressait sur son téton.

Le gémissement qui s'échappa de sa gorge précéda un violent frisson. Raphaël eut un soupir appréciateur en réponse.

Son cœur se mit à battre plus vite, diffusant une agréable chaleur dans ses veines.

Que lui faudrait-il faire pour convaincre Raphaël d'oublier ce qui était en train de cuire et de le rejoindre dans l'eau ?

Il n'eut pas le temps de trouver de réponse à sa question car un bruit strident résonna depuis le salon.

Raphaël grogna.

- Je déteste cet engin, l'informa-t-il contre ses lèvres.

- Là tout de suite, moi aussi.

La sonnerie sembla se faire plus insistante. Raphaël se redressa avec un soupir, récupérant sa main au passage. Sa grimace d'excuse lui fit hausser un sourcil.

- Je suppose que je vais être obligé de terminer seul...

Les joues de Raphaël devinrent rouges, son regard accusateur.

Il se leva.

- Tu n'as pas intérêt.

La sonnerie retentit à nouveau.

- Par Adèle !

Raphaël quitta la salle de bain au pas de course. Son lointain « Allo ? » semblait un peu sec.

Il garda l'oreille tendue pendant quelques minutes, au cas où le coup de fil serait bref, ce qui ne fut malheureusement pas le cas. Entre son thé et son livre, il fit de son mieux pour ignorer sa frustration.

Quand Raphaël revint frapper à la porte, longtemps après, ce ne fut que pour lui dire que le repas était presque prêt.

Il termina de se laver rapidement, joua les équilibristes en sortant de la baignoire, puis réajusta sa prothèse. Il enfila le pyjama qu'il avait accroché derrière la porte le matin même.

Il évitait de penser à ce genre de détails, car cela avait tendance à lui donner le tournis.

Comme toujours, l'odeur qui venait de la cuisine était alléchante. Ce qui ressemblait à une quiche était posée sur la table. Son assiette était déjà servie.

Il doutait de pouvoir avaler une telle part en plus de la salade.

Raphaël plissa les yeux.

- Surprends-moi, Regulus, en quoi ton déjeuner a-t-il consisté ?

Puisque Raphaël n'était pas passé pour le traîner dans leur boulangerie habituelle, il s'était contenté de grignoter un gâteau ou deux.

Plus facilement un que deux, d'ailleurs.

- Tu es parfois prodigieusement agaçant, grinça-t-il en prenant place.

Raphaël haussa un sourcil.

- Parce que j'ai raison ?

Il planta sa fourchette dans sa part de quiche avec hargne et refusa de répondre. Raphaël n'avait pas besoin de s'entendre dire une chose pareille.

D'ordinaire, Raphaël saluait ses regards noirs d'un rire moqueur – la dernière personne à avoir eu l'habitude de faire la même chose était Sirius – mais, cette fois, son expression devint sérieuse.

- Il faut que tu prennes plus soin de toi, Regulus.

Il serra les lèvres. Raphaël n'était pas devenu un Soigneur par hasard. Cela semblait être dans sa nature de prendre soin des autres – combien de fois l'avait-il vu rendre service à de parfaits inconnus, sorciers ou moldus ? –. Depuis leur premier rendez-vous, il appelait souvent la librairie les jours où il ne pouvait pas manger avec lui pour lui arracher la promesse qu'il avalerait plus que quelques gâteaux au déjeuner.

- Je n'ai jamais eu un gros appétit, éluda-t-il.

La contrariété lui coupait facilement toute envie de manger. Étant donné qu'il avait grandi au milieu des disputes entre Sirius et leur mère, Kreattur avait été obligé de développer un trésor d'imagination et de patience pour le faire manger.

- Oh, donc tu ne t'interdis pas de manger pour te punir de quoique ce soit ?

Il se figea.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

Raphaël passa ses mains sur son visage, ébouriffant ses cheveux au passage. Il croisa tout de même son regard avant de répondre.

- Tu ne m'as jamais donné l'impression de te forcer quand on mange ensemble. Par contre, ta culpabilité devient systématiquement plus intense.

Un goût métallique dans sa bouche lui donna envie de vomir. Son regard fusa malgré lui vers le couloir – vers la porte cachée à son extrémité –. La petite voix dans son oreille lui souffla à nouveau de partir – pieds nus, en pyjama, peu importait – sauf que, cette fois, il remarqua un détail qui lui avait échappé toutes ces années.

Cette petite voix, ce n'était pas celle de n'importe qui.

Elle avait les intonations deWalburga Black.

Combien de fois Sirius avait-il été privé de repas quand il ne se comportait pas comme le parfait héritier qu'il refusait d'être ?

Combien de fois avait-il reçu la même punition quand il se montrait trop tendre, trop sensible, trop différent du petit garçon qu'elle voulait qu'il soit ?

Deux bras entourèrent ses épaules, suivi d'un visage dans le creux de son cou.

- Respire, Regulus.

La pression de sa main au-dessus de son cœur ramena son attention au niveau de sa poitrine. Ses poumons lui donnaient l'impression d'être en feu. La pièce tournoyait.

La première inspiration fut un râle douloureux.

Il serra les paupières et s'agrippa à Raphaël.

Il avait à la fois envie d'être ailleurs – n'importe où le plus loin possible – et de ne plus jamais bouger.

Il avait vaguement conscience que Raphaël murmurait quelque chose à son oreille, sans qu'il ne soit capable de comprendre quoique ce soit, sa voix noyée par les battements affolés de son cœur.

Sa respiration finit par redevenir presque normale, même si sa gorge était serrée. Il relâcha peu à peu les avant-bras de Raphaël.

- Je suis désolé, mon amour, souffla Raphaël, avant d'embrasser sa joue.

Il rouvrit les yeux, essuya rapidement les quelques larmes qui s'échappèrent.

Raphaël le libéra et s'installa à côté de lui. Il tira doucement sur sa main droite pour l'inciter à lui faire face.

Cela lui demanda beaucoup plus de courage que cela aurait dû.

Raphaël le dévisageait avec intensité, son front plissé et ses lèvres serrées.

- Ça va aller ?

Ce fut à son tour de passer une main lasse sur son visage.

- Je ne sais pas... Je... Peut-être que je n'irais jamais bien, Raphaël.

Il hocha lentement la tête.

- Je sais.

Il secoua la tête à sa réponse. Il ne comprenait définitivement pas ce que Raphaël voyait en lui pour s'accommoder de toutes ses tares – et, Merlin en soit témoin, la liste de ces dernières était particulièrement longue –.

- Je serais là quand ça ira et quand ça n'ira pas, Regulus. Et je suis sûr que tu seras là pour moi aussi. Tu l'as déjà été.

Il faillit ne pas comprendre à quoi il faisait référence, puis le souvenir de l'après-midi qui avait suivi leur deuxième rendez-vous lui revint. Il posa sa main sur le bras marqué de cicatrices de Raphaël.

Il recouvrit sa main avec la sienne, serra doucement.

- Et concernant Alexis ?

Raphaël fronça les sourcils.

- Qu'est-ce qu'Alexis a à voir là-dedans ?

Il prit une profonde inspiration, juste un peu tremblante, tandis que son cœur recommençait à se débattre.

- Ce que j'ai fait... Ce que je suis, c'est... Alexis est un enfant. Ton enfant. Je...

Raphaël secoua la tête, une lueur étrange dans son regard brun.

- Il t'a fait une si bonne impression que ça, alors ?

Il ouvrit la bouche, puis la referma, sans un son. Aurait-il dû dire à Raphaël qu'il avait vu Alexis dès son arrivée ?

Une étincelle amusée s'alluma dans les yeux de Raphaël. Les coins de sa bouche frémirent.

- Le téléphone, toute à l'heure, c'était lui.

Oh.

- Il t'aime bien.

Il sentit ses yeux s'arrondir.

- Il m'aime bien ?

- Ne sois pas si surpris. C'est mon fils, il est un excellent juge de caractère.

De toute évidence, il n'avait pas plus de discernement que son père.

- Et c'est tout ce qu'il a dit ?

- Oui. Il avait un méchant mal de tête, alors on a pas parlé longtemps.

Il lui glissa un étrange clin d'œil dont il ne sut quoi faire. Raphaël retrouva son sérieux.

- J'espère qu'un jour, tu parviendras à te confier sur ta vie d'avant, mon amour, parce que c'est évident que ça continue à te ronger de l'intérieur... En attendant, peux-tu me promettre de manger au moins deux vrais repas par jour ? Pour moi ?

Il serra les lèvres. Deux repas par jour semblait être une demande raisonnable. A une époque, il réussissait sans mal à en avaler trois.

- Promis, dit-il finalement.

Le sourire de Raphaël sembla effacer les vingt dernières minutes. Il l'embrassa rapidement avant de retrouver sa place. Il dut agiter sa baguette magique pour réchauffer leur part de quiche. L'odeur fit gronder son estomac.

Il termina son assiette sans le moindre problème.

- Je te promets qu'elle ne va pas te mordre.

Il grogna, ce qui fit rire Raphaël. C'était facile à dire pour lui. Il connaissait Lucie depuis sa première année à Beauxbâtons. Ils étaient de très bons amis.

Merlin, ils élevaient un enfant ensemble !

Il n'était pas celui qui allait devoir lui faire bonne impression – à minima – et gagner sa confiance – au moins un peu –, tout cela quand il était convaincu que n'importe quelle personne saine d'esprit devrait rester loin de lui.

Raphaël passa un bras autour de ses épaules et l'attira contre lui.

- Si rencontrer une de mes amies te met dans cet état-là, je n'imagine même pas ton niveau de stress quand je vais te présenter à mes parents.

A l'éventualité de rencontrer en personne George et Simone Delacour – surtout Simone d'ailleurs –, il eut l'impression qu'il allait vomir.

Merlin, il n'avait pas été aussi nerveux le jour où il avait demandé la main d'Emily Rosier à son père !

La sonnerie de la porte d'entrée résonna depuis le bout du couloir. Raphaël l'embrassa rapidement, comme pour lui souhaiter bon courage – ou bonne chance – et se leva pour ouvrir. Il profita du bref moment de solitude pour essayer de retrouver son calme, une oreille tendue en direction du couloir pour jauger l'approche de l'inéluctable, sans grand succès. Il n'avait que trop conscience de l'importance de cette rencontre avec la mère d'Alexis : elle pouvait très bien décider qu'elle refusait qu'il passe du temps avec l'adolescent – même en présence de Raphaël – et il était terrifié à l'idée.

Raphaël avait bouleversé sa vie pour le meilleur – il n'avait jamais été aussi heureux – et s'il devait arrêter de le fréquenter – de le voir, de lui parler, de respirer son odeur, de s'endormir bercé par les battements de son cœur près de son oreille, de le toucher –, il n'était pas sûr qu'il y survive.

Même s'il ne se laisserait pas le choix. Si ses pêchés lui coûtaient Raphaël, ce ne serait qu'une parfaite punition, amplement méritée, bien qu'un peu sadique.

J'ai tué et j'ai torturé.

Il ravala du mieux qu'il pu sa culpabilité et il se redressa quand il aperçut une nouvelle silhouette dans l'encadrement de la porte.

Lucie Bernard était grande, mince et gracieuse. Son visage fin était encadré par de longs cheveux bruns, légèrement cuivrés – dont Alexis avait hérité –. Tout, de ses pieds à sa tête, témoignait d'un bon goût certain. Elle portait des talons aiguilles noirs – que Narcissa aurait adoré –, une sorte de costume pour femme qui mettait ses jambes en valeur, ses doigts étaient manucurés de rouge et son maquillage était impeccable – accentuant ses pommettes bien dessinées et ses yeux vert clair –.

Côte à côté, Raphaël et elle formaient un couple bien assorti.

Sauf que Raphaël n'avait pas été assez amoureux d'elle pour l'épouser malgré sa grossesse, douze ans de cela.

Raphaël qui l'aimait, lui.

La vie était étrangement faite.

Il se leva, sa main droite tendue devant lui.

Elle lui rendit son regard critique, puis serra sa main.

- Enchantée, Nigel. J'ai énormément entendu parler de toi.

Le tutoiement n'était pas très surprenant mais il lui faudrait un moment pour s'y faire.

Après tout, il était presque sûr qu'il avait vouvoyé ses parents, même si la grammaire anglaise était bien différente de celle française.

- Ravi de te rencontrer également.

Il ne pouvait pas vraiment dire que Raphaël lui avait beaucoup parlé d'elle. S'il l'évoquait plus volontiers depuis qu'il lui avait avoué qu'il avait un fils, il n'avait glané que quelques détails au fil des trois derniers mois, ce qui ne l'aidait pas à envisager cette soirée sereinement.

Lucie était un peu plus âgée que Raphaël, elle était journaliste, elle était mariée avec un certain Charlie et ils avaient une fille de quatre ans – Sophie –. Apparemment, elle avait un sens de l'humour bien à elle, ce qu'il redoutait un peu – surtout si Raphaël lui avait beaucoup parlé de lui –.

Il resta donc planté entre le canapé et la table basse sans réussir à décider ce qu'il était censé faire dans cette situation.

Les divorces étaient très rares dans le monde Sang-Pur. Personne ne s'était donné la peine d'écrire un chapitre « rencontre de la mère des enfants de votre promis ».

Lucie le fixa, insistante, pendant quelques secondes supplémentaires après qu'elle eut lâché sa main, puis elle se détourna pour rejoindre Raphaël dans la cuisine.

Il était évident que Lucie était une habituée. Elle n'hésitait pas devant les placards, pas plus qu'elle n'avait besoin de demander à Raphaël en quoi elle pouvait lui être utile. Tandis que son petit-ami terminait de servir l'apéritif – un cocktail quelconque pour tout ce qu'il était capable de dire –, Lucie versa un paquet de gâteaux dans un bol puis ouvrit un bocal d'olives.

- Tu as fait du canard confit ? demanda-t-elle, après avoir entrouvert le four.

- J'ai acheté du canard confit.

Lucie plissa le nez, ses bras croisés sur sa poitrine.

- Tu ne serais pas en train d'essayer de m'amadouer, n'est-ce pas ?

Raphaël lui tendit son verre, un large sourire aux lèvres.

- Bien sûr que si. Est-ce que ça marche ?

Lucie accepta le verre mais refusa de répondre à la question, ce qui ne fit qu'accentuer le mauvais pressentiment qu'il nourrissait pour cette soirée.

Non pas qu'il était incapable de se montrer charmant – il pouvait se forcer –, mais il n'avait pas envie de retomber dans le jeu de rôle qui l'avait enfermé pendant des années quand il devait donner le change dans le monde Sang-Pur.

Il doutait que Lucie apprécie sa véritable personnalité.

Raphaël revint dans le salon, deux verres à la main, Lucie et ses bols sur ses talons.

Ils s'installèrent autour de la table basse. Lucie lovée dans le fauteuil en face de lui, ses escarpins oubliés sur le parquet, son regard souvent revenu sur lui.

Fidèle à son habitude, Raphaël se chargea de faire la conversation, évoquant le travail de Lucie – son rédacteur-en-chef était détestable –, Sophie – elle avait hâte qu'Alexis soit en vacances – et Charlie – qui venait de commencer la rédaction de son prochain livre –. Naturellement, Lucie était plus au fait que lui du quotidien de Raphaël aux Anges – elle lui donna l'impression de connaître tous ses collègues – et de ses autres centres d'intérêts – même si elle ne comprenait pas plus que lui quel plaisir il pouvait trouver à courir sur d'aussi longues distances –.

- D'après Charlie, la librairie d'Eugène Lechat est très réputée auprès de l'Institut Magique.

Il força un sourire.

- Ils font appel à nous quand ils cherchent des ouvrages très précis. C'est assez rare qu'on ne les trouve pas.

- Que tu ne les trouves pas, tu veux dire ?

Il ne menait pas tout seul les recherches – Eugène avait son propre réseau – mais c'était sa spécialité de dénicher des premières éditions ou des ouvrages sur des sujets pointus – en particulier ce qui touchait de près ou de loin à la magie noire –.

- Ce n'est pas l'activité principale de la librairie, éluda-t-il.

Il adorerait passer son temps à traverser tout Paris en quête d'ouvrages parfois disparus depuis des années. Toutefois, il avait vendu plus d'exemplaires du dernier livre de cet idiot de Gilderoy Lockhart qu'autre chose la semaine passée, ce qui était une réalité qu'il essayait d'oublier au risque de devenir encore plus acariâtre que son patron.

Une fois que leurs verres furent vides, ils passèrent à table. Le confit de canard lui donna l'impression de fondre dans sa bouche et les pommes de terre étaient savoureuses. Il aurait sans doute bien plus apprécié le repas sans le goût amer qui persistait dans sa bouche, lui coupant un peu l'appétit.

- Comment êtes-vous devenus amis, tous les deux ? demanda-t-il, soucieux de montrer qu'il faisait l'effort du jeu des questions-réponses.

L'expression de Lucie s'adoucit aussitôt, son regard vert devient un peu brillant. Raphaël, lui, se racla la gorge, comme embarrassé, ce qui le fit froncer les sourcils.

- Je l'ai consolé le soir de sa première rentrée. Il était tout recroquevillé au fond d'un couloir parce que son empathie était en roue libre. Je me suis rapidement attachée…

Dans son esprit, le couloir ressemblait à ceux, sinistres, des cachots de Poudlard. Il sentit son cœur se serrer dans sa poitrine en imaginant Raphaël, plus jeune – aussi jeune qu'Alexis – à la merci de son don.

Un battement de paupières, et il le vit plus vieux, son teint blafard, les yeux injectés de sang, son avant-bras maculé de marques rouges.

Un frisson glacé remonta sa colonne.

Si Raphaël ne lui avait pas reparlé de ses antécédents avec la drogue, il n'avait pas pu s'empêcher d'aller chercher des réponses dans la littérature moldue à ce sujet. Ce qu'il avait découvert le laissait penser que l'overdose de Raphaël n'avait rien eu à envier à sa petite aventure dans la grotte.

Merlin, il avait goûté ce désespoir-là.

Il comprenait.

Égoïstement, je suis heureux que tu ais survécu.

Lui aussi.

Éternellement.

L'éclat de rire moqueur de Lucie le tira de ses pensées. A sa droite, l'expression de Raphaël s'était faite accusatrice, accentuant sa ressemblance avec Alexis.

- Ne fais pas cette tête, Raph ! Tu es le premier à dire que pleurer est le meilleur moyen de réguler nos émotions.

Il ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel au rappel. Quand bien même avait-il plus pleurer ces trois derniers mois que les dernières années, il continuait à haïr l'exercice.

- Tu ne pleures jamais !

Le sourire de Lucie se fit provocant.

- C'est parce que je n'ai pas d'émotions à réguler, n'est-ce pas ?

Raphaël secoua la tête sans pour autant lâcher son amie des yeux. Quelque chose dans la qualité de leur silence lui confirma qu'ils se connaissaient suffisamment pour poursuivre une partie de leur conversation en silence. Il baissa les yeux vers son assiette seulement à moitié vide, l'estomac plus lourd qu'une poignée de secondes plus tôt.

La main de Raphaël sur sa cuisse lui tira un sursaut.

- Lucie fait partie des personnes que je ne peux pas vraiment sentir, dit-il.

Il fronça les sourcils.

Depuis que Raphaël lui avait avoué qu'il était un empathe, il avait écumé la librairie à la recherche d'un livre sur le sujet, sans beaucoup de succès. Les rares auteurs qui abordaient le sujet semblaient convaincus qu'il s'agissait d'un mythe. Il était donc voué à décortiquer les mécanismes de ce don seul, aidé pour cela des quelques confessions de Raphaël sur le sujet.

Pour tout ce qu'il avait cru comprendre, il était quasiment impossible de se protéger du pouvoir d'un empathe – lui encore moins que les autres –. Que Raphaël ne puisse pas sentir les émotions de Lucie était inédit.

Cette dernière lui glissa un clin d'œil.

- Désolée, tu n'es pas le seul à être spécial, Nigel.

Toute une enfance dans le monde Sang-Pur ne fut pas de trop pour le sauver d'un léger fard. Raphaël ne dut pas s'y tromper car il serra sa cuisse doucement avant de reprendre.

- Je ne suis pas d'accord. Les personnes comme Nigel sont bien plus rares que les personnes comme toi.

Lucie croisa les bras sur sa poitrine.

- D'accord, il y a ta mère et moi.

Cette fois, Raphaël éclata de rire.

- Il y a bien plus que ma mère et toi. J'aurais tendance à dire deux personnes sur dix. Et puis, tu ne comptes pas vraiment. Alexis n'a aucun problème à sentir tes émotions.

Il n'écouta que d'une oreille les protestations de Lucie, trop perturbé par la nouvelle information qu'il venait de glaner.

Deux personnes sur dix.

Il avait été un peu désemparé la première fois où Raphaël était venu le trouver à la librairie parce que son empathie lui pesait – le lendemain de leur deuxième rendez-vous –. S'il avait désormais une ou deux astuces pour l'aider, il doutait encore d'être la meilleure personne pour cela. Après tout, ses propres émotions étaient particulièrement intenses – ce qui accentuait la pression sur l'empathie de Raphaël alors que le contraire semblait plus indiqué – et il n'avait jamais eu à consoler d'autres personnes avant lui. Il doutait de chaque geste et de chaque mot, craignant d'empirer la situation, terrifié à l'idée que Raphaël replonge dans la drogue par sa faute.

Lucie avait dû dire quelque chose de drôle, car Raphaël éclata de rire. Avec son regard brillant, ses joues rouges et son sourire lumineux, il était magnifique.

Les battements de son cœur devinrent douloureux, comme si sa poitrine était trop étroite pour les contenir.

En vérité, il ne comprenait toujours pas pourquoi Raphaël l'avait choisi lui plutôt qu'une Lucie ou n'importe qui d'autre, surtout si autant de personnes se révélaient imperméables à son empathie.

Je t'aime tellement, Regulus.

Toute cette histoire était incompréhensible. La part rationnelle de son cerveau – la seule qui n'avait pas été compromise par son éducation Sang-Pur et qu'il n'avait eu de cesse d'aiguiser au fil des années – ne parvenait pas à prédire autre chose qu'une catastrophe au long terme – quelques mois, un an tout au plus –.

Il serra les paupières pour faire taire la petite voix au fond de son crâne sans succès.

You don't deserve him.

Ses émotions durent le trahir – encore – car Raphaël lâcha sa cuisse pour enlacer ses doigts avec les siens. La culpabilité lui serra le ventre quand il reconnut de l'inquiétude dans son regard brun. Il força un sourire pour le rassurer en le voyant plisser les yeux, une question silencieuse écrite dans le froncement de ses sourcils.

Et peut-être qu'il se détesta un peu pour ça aussi.

Lucie le détaillait à nouveau, son regard vert plus dur, ses lèvres plissées en une moue sévère.

Méfiante.

Il en aurait soupiré de soulagement. De toute évidence, Raphaël n'était pas capable de regarder la vérité en face – l'amour rend aveugle – mais cela ne semblait pas être le cas de Lucie. Avec un peu de chance, elle trouverait les mots pour réussir là où il avait lamentablement échoué quelques mois de cela – Raphaël avait tout à perdre à le fréquenter –. Il n'aurait même pas besoin de mentir pour la pousser à des mesures drastiques.

Après ce dont il s'était rendu coupable, aucune personne saine d'esprit n'allait accepter qu'un enfant le fréquente.

C'était la solution de facilité, mais il était un lâche fini.

Dans la pièce, le silence s'étira, un peu plus oppressant à mesure que les secondes s'égrainaient. Son éducation Sang-Pur lui avait appris l'art de la conversation, il aurait pu trouver une parade.

Il n'en fit rien.

Ce fut Lucie qui se dévoua après avoir lancé un regard vers Raphaël.

- Tu as des frères et sœurs, Nigel ?

Il ne fut pas surpris par le changement de ton. Lucie s'était bien gardée d'aborder des sujets trop personnels depuis le début du repas alors que le but de ce dîner était de lui permettre de déterminer si, oui ou non, il pouvait fréquenter son fils.

- Un grand frère, répondit-il. Nous n'étions pas proches.

Raphaël pressa sa paume contre la sienne, comme pour le contredire en silence. Lucie but une gorgée de vin avant de reprendre.

- Et je suppose que tu n'as jamais eu à t'occuper d'enfants dans ta vie ?

Il haussa les épaules. Même si l'occasion se serait présentée, personne ne l'aurait laissé s'occuper d'un bébé ou même d'un bambin. Il était un garçon, pour commencer, et, de toute façon, il y avait des Elfes pour ce genre de choses.

- J'ai été préfet pendant trois ans, reprit-il par soucis d'honnêteté. J'ai eu à distribuer mon lot de retenues à celles et ceux qui ne respectaient pas le règlement d'Hogwarts, guère plus.

Son badge n'avait été qu'une obligation de plus à laquelle il s'était plié. Cela avait eu l'avantage de lui offrir un laisser-passer quand il revenait de ses rendez-vous clandestins avec d'autres garçons et il avait aimé les moments de solitude une fois le château assoupi.

Peut-être en avait-il profité pour agacer Sirius en s'en prenant à lui, ses amis et au reste des Gryffondors, mais seulement parce qu'il n'avait rien trouvé d'autre pour exister aux yeux de son frère.

A la façon dont Lucie jeta un regard prudent à Raphaël, il sut que la prochaine question ne lui plairait pas.

- Quel genre d'éducation as-tu reçu ?

- Lucie !

Lucie fit claquer sa langue dans sa bouche.

- J'ai besoin de savoir, Raph ! La majorité des Sang-Purs sont restés coincés au siècle dernier et les plus fanatiques d'entre eux s'imaginent encore au Moyen-Âge !

Il ne pouvait pas tellement lui refuser ce point-là. Walburga et Orion n'avaient jamais levé la main sur Sirius et lui, mais ils n'avaient pas hésité à utiliser des sortilèges humiliants ou à les priver de repas pour les mettre dans le droit chemin, tandis que les brimades avaient été quasi-constantes.

Les deux amis s'affrontèrent en silence. Raphaël finit par soupirer à sa droite, vaincu.

Lucie croisa à nouveau son regard.

- Alors ?

Il releva le menton.

- Très stricte. Rien qui ne doit être recommandé de ce côté-ci de la Manche.

Chaque année, il lui revenait de trouver de la place dans la librairie pour les derniers essais sur l'éducation écrits par de grands médicomages, des précepteurs éclairés voir même par des personnages politiques en mal de publicité. Les quelques coups d'œil qu'il avait risqué au cours des sept dernières années lui avaient confirmé que l'éducation Sang-Pur était pour le moins désuète.

- Rien que tu ne ferais subir à mon fils, donc ?

Raphaël jura entre ses dents. Sa pomme d'Adam lui donna l'impression d'avoir doublé de volume quand il déglutit.

Il avait encore du mal à se convaincre que Raphaël était son petit-ami et qu'il l'aimait assez pour vouloir le présenter à son fils. Ce n'était pas demain la veille qu'il allait revendiquer un quelconque titre de beau-père.

- Alexis est le fils de Raphaël, grinça-t-il. Je ne pense pas que cela soit ma place d'interférer dans son éducation.

Il ne doutait pas que Raphaël soit un excellent père et qu'Alexis avait beaucoup de chance. Lui-même se savait incapable d'être une figure paternelle pour quiconque. Puisqu'il n'était attiré que par les hommes, il doutait d'être un jour confronté à cette possibilité.

Dans tous les cas, sa réponse dut convenir à Lucie car son expression s'adoucit un peu. Elle joua avec son verre de vin avant de reprendre.

- Aimes-tu les enfants ?

S'il était tout à fait honnête, il ne s'était jamais posé la question. Il espérait qu'il aurait aimé les siens si son mariage avec Emily Rosier avait eu lieu mais pour ce qui était des enfants en général ?

- Je ne sais pas. Je… Je supporte mal le bruit que font les tous petits et je ne saurais pas m'occuper d'un bébé.

Il revit la silhouette d'Alexis disparaître dans la foule, presque un mois plus tôt. Il n'avait pas vocation à devenir la gouvernante de sa fille Sophie, juste de passer un peu de temps avec le fils de Raphaël.

- Toutefois, Alexis va avoir douze ans, n'est-ce pas ? C'est un adolescent. Il n'est pas encore raisonnable, mais il peut être raisonné.

Sa formule tira un éclat de rire à Lucie et Raphaël. Il les vit échanger un regard complice.

- Ce gamin est une vraie tête de mule, ce pour quoi je blâme les gènes de son père. Je te souhaite bonne chance pour parvenir à le raisonner sur quoique ce soit, Nigel.

A sa plus grande surprise, l'interrogatoire de Lucie en resta là. Raphaël embrassa sa joue quand il se leva pour servir le dessert, ce qui devait signifier qu'il s'était montré convaincant. A son plus grand agacement, le poids dans son estomac s'allégea et il n'eut aucun mal à terminer sa part de tarte au citron.

Sans qu'il ne sache vraiment comment, il se retrouva dans le salon, Lucie assise à sa droite, ses jambes repliées sous elle, tandis que Raphaël préparait un café.

Elle lui semblait moins hostile qu'une heure plus tôt, ce qu'il comptait bien rectifier.

Il s'était promis de lui avouer la nature de son rôle dans la guerre. Il doutait que Raphaël le lui ait dit – sans doute estimait-il que cela revenait à trahir sa confiance – mais il avait réfléchi à la question depuis sa brève rencontre avec Alexis. Il ne pouvait pas faire comme si Regulus Black et Nigel Sky étaient deux personnes différentes.

Ce n'était pas parce qu'il avait réussi à ne pas se faire arrêter à la fin de la guerre qu'il pouvait échapper aux conséquences.

- Si je suis tout à fait honnête, je n'ai pas été ta plus grande fan ces derniers mois, mais je crois que je t'aime bien, Nigel.

Il eut une grimace dure.

- Je crains que tu ne changes très vite d'avis...

- Pourquoi ?

Il prit une profonde inspiration.

- Raphaël t'a-t-il précisé que j'avais été un Mangemort pendant la guerre ?

Le silence tomba sur la cuisine. Lucie eut un mouvement de recul, ses yeux firent un aller-retour entre lui et Raphaël.

Il n'eut pas le courage de tourner la tête dans sa direction pour voir sa réaction. S'ils n'avaient pas ré-abordé le sujet depuis leur deuxième rendez-vous, il n'avait pas le luxe d'oublier. Chaque matin, la vue des cicatrices sur son visage – de comment il les avait obtenues, et surtout pourquoi – était un rappel sans complaisance.

Lucie se composa une expression neutre.

- Pas aussi explicitement, dit-elle prudemment. Il m'a peut-être confié qu'il avait des suspicions sur ton rôle pendant la guerre contre Voldemort, mais c'était l'année dernière.

L'année dernière.

Raphaël lui avait confié qu'il n'avait pas été dupe longtemps – sans doute parce que son empathie était une informatrice redoutable – quant à son rôle pendant la guerre. Si cela avait été le cas depuis aussi longtemps, il comprenait encore moins pourquoi il s'était autant obstiné.

J'ai tué et j'ai torturé.

- Ce ne sont plus des suspicions. Ce sont des faits. Peut-être que ça aurait dû faire partie de ce petit interrogatoire.

Elle croisa les bras sur sa poitrine.

- Je n'ai pas pour habitude de demander un extrait du casier judiciaire de ses petits-amis. Je lui fais confiance. Il a toujours pris les bonnes décisions concernant Alexis, je ne vois pas pourquoi ça changerait.

- Donc le fait que j'ai tué et torturé des moldus ne te dérange pas ?

Elle resta silencieuse pendant plusieurs secondes, son regard braqué au-dessus de son épaule.

- Ce n'est pas ce que j'ai dit, reprit-elle finalement.

Il approuva sa réponse d'un signe de tête. Si Raphaël l'aimait, et si Alexis l'aimait bien, peut-être que Lucie allait être la personne objective dans cette étrange famille.

- Toutefois, j'ai trop fréquenté la mère de Raphaël pour oublier que cette guerre était loin d'être aussi manichéenne que certains aiment penser.

Il retint difficilement une imprécation. Simone Delacour ne lui simplifiait décidément pas la tâche !

- Peut-être qu'elle a tort.

Lucie gloussa.

- Il y a plus de chance que les moldus découvrent l'existence du monde magique si tu veux mon avis.

Il serra les dents. Les rares fois où les français évoquaient la guerre contre le Seigneur des Ténèbres – principalement à la radio, quand revenait Halloween – ils semblaient tous convaincus de trois choses : le Royaume-Uni n'avait pas su prendre les bonnes mesures à temps, ils avaient failli exposer le monde magique à plusieurs reprises et les Mangemorts étaient des Mages Noirs qui méritaient chaque seconde passée à Azkaban. « Tous » excluant bien sûr la famille Delacour et toutes les personnes qui les fréquentaient.

- A quel âge as-tu reçu la Marque ?

La colère fit crépiter sa magie le long de sa peau.

- Non ! Cela n'a pas d'importance ! Mon âge ne change rien. J'ai fait ce que j'ai fait, en pleine possession de mes facultés. C'est trop facile de se dédouaner sur les autres.

Lucie leva les mains devant elle.

- Très bien ! Tu vas avoir une discussion fascinante à ce sujet avec Simone, mais c'est comme tu veux. Quand es-tu arrivé en France, dans ce cas ?

Il ne voyait pas le rapport. Lucie devrait plutôt lui demander le nombre de personnes qu'il avait tué, ou à quel point il était versé dans la Magie Noire ou combien d'Impardonnables il maîtrisait. Pas quand il s'était exilé.

- Été 1981.

Lucie haussa ses deux sourcils.

- Arrête-moi si je me trompe, mais c'était plusieurs mois avant la chute de Voldemort, non ?

- Oui.

Elle fronça les sourcils.

- Comment as-tu obtenu le statut de réfugié avec la Marque des Ténèbres ?

Il se figea. Il n'avait pas pensé qu'elle prendrait un tel raccourci. En tant que sorcier britannique, surtout pendant la guerre, il n'avait pas eu d'autres choix que de faire une telle demande. L'autre alternative consistait à rester dans le monde moldu, sans d'autres justificatifs qu'un passeport britannique moldu au nom de « John Doe » puisqu'il avait certifié aux autorités moldues de son pays que sa mémoire n'était jamais revenue.

Il avait découvert à cette occasion que la France était un pays très procédurié. Il avait dû remplir des dizaines de parchemins, faire la queue pendant des heures au Ministère – tout en craignant d'être reconnu par un compatriote – et il avait été interrogé non moins de trois fois sous Veritaserum, expliquant encore et encore qu'il avait oublié qui il était après son accident. Par chance, ils avaient été nombreux à chercher l'asile en France à cette période. Le gouvernement français n'avait pas essayé d'enquêter au Royaume-Uni pour en apprendre plus sur son compte – sa couverture n'aurait pas fait long feu –. Il était convaincu que l'absence de Marque sur son avant-bras gauche avait été décisif.

- J'ai perdu ma Marque en même temps que ma jambe, éluda-t-il.

Lucie plissa les yeux.

- Le tatouage n'est-il pas censé se trouver au niveau du bras gauche ?

Il commençait à regretter d'avoir insisté pour mettre le sujet sur la table.

- Si, mais j'ai eu un accident. Quand je me suis réveillé, la Marque avait disparu.

- Juste comme ça ?

- Juste comme ça.

Son expression devint dangereuse.

- Je n'aime pas trop qu'on me prenne pour une conne, Nigel. Voldemort était un puissant Mage Noir. Je doute que la Marque des Ténèbres puisse disparaître, juste comme ça. C'était servir ou mourir en trahissant.

Ses entrailles se glacèrent.

Lucie ignorait à quel point elle avait raison. La seule façon de se débarrasser de la Marque était de mourir, ce qui n'avait cessé d'agacer les Aurors à l'époque.

- Nigel ?

Il pouvait sentir le regard de Raphaël à l'arrière de son crâne comme s'il y avait planté la pointe de sa baguette magique. Sans le savoir, Lucie venait de l'embusquer sur le dernier sujet qu'il souhaitait évoquer avec quiconque, même pas avec Raphaël.

Il risqua un regard sur sa gauche. Raphaël était appuyé contre la table, les bras et les jambes croisées, son expression fermée et ses lèvres serrées. Il ignorait si la lumière lui jouait des tours, mais il avait la nette impression qu'il avait blanchi.

Il haussa un sourcil impérieux quand il croisa son regard.

Son cœur s'accéléra d'un coup. Ses mains se mirent à trembler.

Il échoua à ravaler la boule qui venait de se former dans sa gorge.

- Je ne sais pas ce qui s'est passé, répéta-t-il en serrant les paupières. Quand je me suis réveillé, la Marque avait disparu.

En vérité, il lui avait fallu attendre plusieurs semaines, et le retour partiel de sa mémoire, pour réaliser son absence. D'après les infirmières, la Marque n'avait jamais existé.

Lucie ne sembla pas convaincue, mais elle n'insista pas. Elle fit mine d'étudier sa montre.

- Oh, je n'avais pas vu l'heure. Juste avant que j'y aille, j'ai une dernière question : Raphaël m'a dit que tu n'avais de baguette. Est-ce vrai ?

Il s'obligea à croiser son regard.

- Oui.

- Très bien. Je ne suis pas aussi généreuse que Simone avec ça. J'estime que tous les Mangemorts devraient être bannis du monde magique comme le fait si bien le MACUSA ou, à défaut, être privé de baguette pour le restant de leur jour. Sans baguette, je doute que tu sois capable de blesser mon fils.

Ils étaient au moins d'accord là-dessus.

Lucie récupéra ses chaussures, embrassa Raphaël – lui faisant promettre de l'appeler, plus tard –. La porte d'entrée se referma en douceur.

Raphaël ne l'avait pas lâché du regard. Il enfouit son visage dans ses mains, ses coudes enfoncés dans ses cuisses.

Merlin, il avait été incapable de prédire comment cette rencontre allait se dérouler, mais il aurait plus facilement pensé qu'il lui serait revenu de partir pour laisser Raphaël et Lucie discuter entre eux.

Le silence s'éternisa, plus lourd à chaque seconde qui s'égrenait.

- Tu ne t'es pas contenté de faire croire à ta famille que tu étais mort, n'est-ce pas ?

Une part de lui voulait suivre l'exemple de Lucie et disparaître. Il n'avait pas d'autre choix que de penser à sa mission suicide – qu'il avait été incapable de mener à bien – tous les jours, entre ses cicatrices et sa prothèse. Il réussissait plus ou moins à vivre avec – le poids des souvenirs ou les regrets de ne pas être resté au fond de ce lac, il ne savait pas très bien – mais en parler ?

Impossible.

Son moignon se mit à le brûler. Il se redressa lentement, sa main gauche agrippée à sa cuisse.

Un seul coup d'œil vers Raphaël lui confirma qu'il était incapable de fuir.

- Ça ne change pas grand-chose. Ils pensent que je suis mort alors que je suis vivant.

- Apparemment, ça a fait une sacré différence quand même. Que s'est-il passé ?

Son ton était décidé.

Ce n'était pas bon signe.

- Je ne sais pas.

Raphaël s'esclaffa, son expression mauvaise.

- S'il te plaît, Regulus, ne me mens pas.

Fichu empathe.

Avec n'importe qui d'autre, il aurait pu inventer une histoire incroyable, dans laquelle il était un sorcier prodigieux, plus versé en Magie Noire que le Seigneur des Ténèbres lui-même, ce qui lui avait permis d'inventer un rituel pour se débarrasser de sa Marque.

Ou, plus simplement, il aurait pu prétendre qu'il était si doué en Métamorphose – ce qui n'était même pas un mensonge – qu'il avait réussi à la dissimuler aux yeux des autorités françaises – il se souvenait des tests, il n'aurait pas eu la moindre chance – mais sans baguette magique, c'était peu crédible.

Il ne restait que la vérité.

Il déglutit.

Raphaël était sans doute la personne qui en savait le plus sur Nigel Sky et Regulus Black. Il n'était plus à une confession près.

Une crampe déchira son moignon. Il retint difficilement une grimace.

Raphaël plissa les yeux.

Il soupira, vaincu.

- D'après les soigneurs moldus, mon cœur s'est arrêté deux fois pendant l'opération, grinça-t-il. La deuxième fois, ils ont dû me réanimer pendant plus de trente minutes avant qu'il ne reparte. C'est pour ça qu'ils ont dû couper ma jambe, parce que j'étais trop instable. J'ai également perdu beaucoup de sang. Je ne sais pas ce qui a été décisif, mais quand je me suis réveillé, la Marque avait disparu.

Le visage de Raphaël prit une délicate teinte verdâtre, ce qui lui confirma qu'il avait bien fait de ne pas préciser qu'il s'était réveillé trois mois plus tard, sa mémoire un champ de coton, sa magie encore moins puissante que celle d'un nouveau-né et la résolution de se laisser mourir chevillé au cœur.

Les soigneurs moldus ne lui avaient pas laissé le choix.

- Dans tous les cas, Marque ou pas, ça ne change rien.

Cela eut au moins le mérite de sortir Raphaël de sa torpeur. Il secoua la tête, son expression rancunière.

- Est-ce que tu peux arrêter avec ça, juste cinq minutes ? On a déjà établi que je sais que tu as été un Mangemort ! Tout comme je sais que tu as tué et torturé ! J'ai fait mon choix en connaissance de cause.

- Et pourtant, tu continues à faire comme si ça n'avait pas d'importance ! N'importe qui d'autre refuserait que j'approche son enfant !

- Que veux-tu que je fasse, Regulus, hein ? Que je te dénonce ? Parce que je suis trop égoïste pour ça.

Oh, une part de lui espérait sans doute que Raphaël mette fin à sa cavale. Cela serait parfait : après l'avoir manipulé pour qu'il devienne son ami, puis son amant, découvrant nombre de ses secrets au passage... Sa trahison serait comme un coup de grâce.

Le gouvernement français se ferait une joie de le renvoyer de l'autre côté de la Manche. Il rejoindrait son frère et sa cousine dans les cellules d'Azkaban.

S'il était encore vivant le jour où le Seigneur des Ténèbres retrouverait ses pouvoirs, il aurait sans doute le droit au même sort que les Londubat, sauf qu'on ne lui laisserait pas la vie sauve.

- De deux choses l'une, Regulus. Soit tu estimes que ta place est à Azkaban, auquel cas, tu sais aussi bien que moi où trouver les autorités, françaises ou britanniques. Soit tu penses que d'une façon ou d'une autre, tu as assez expié. Dans tous les cas, tu te trompes si tu crois que je vais faire le choix pour toi.

C'était peut-être la première fois qu'il décelait une vraie pointe de colère chez Raphaël. Il aurait préféré qu'elle s'accompagne d'insultes et de mot blessants, pas d'une franchise si juste qu'il était renvoyé à sa propre lâcheté.

Rien – absolument rien – ne l'avait empêché de se rendre, pendant toutes ces années. Il s'était toutefois interdit d'être heureux – parce qu'il ne le méritait pas –. Raphaël avait anéanti ses résolutions en l'espace de quelques mois. Il n'aurait pas le courage d'y renoncer maintenant.

Des mains glacées se refermèrent autour de son cœur. La douleur fit vibrer ses tympans et lui donna envie de vomir.

La vérité, c'était qu'il savait ce qu'il aurait dû faire – ce qu'il devrait faire – mais qu'il en était incapable, ce qui faisait de lui un lâche fini, en plus d'un Mangemort et d'un meurtrier.

Merlin, tout aurait été tellement plus simple s'il était mort comme prévu dans cette grotte !

Pour la première fois depuis des années, sa magie se mit à le brûler le long de sa peau. Il n'eut pas le temps de reprendre son souffle qu'elle lui échappait.

Les verres sur la table basse explosèrent.

Sa nausée s'accentua.

Il enfouit son visage dans ses mains tremblantes.

La peau de son front était moite. Sa respiration sifflante.

Quelques secondes plus tard, les bras de Raphaël l'entourèrent avec une douceur qu'il ne méritait certainement pas. Malgré lui, il se raccrocha à son odeur.

- Je suis haïssable.

- Je t'aime, dit-il en réponse, avant d'embrasser sa tempe.

La pression des doigts autour de son cœur diminua, ce qui n'empêcha pas le sanglot qui torturait sa poitrine de lui déchirer la gorge. Raphaël l'attira un peu plus contre lui, une de ses mains caressait son dos avec douceur.

Une unique larme s'échappa de ses paupières brûlantes.

- Tu devrais me détester.

- Crois-moi, tu te détestes assez tout seul pour nous deux. Je t'aime, tu ne feras pas changer d'avis là-dessus.

Avec un soupir, il libéra son visage et rouvrit les yeux. Raphaël était agenouillé devant lui, son front à nouveau plissé, ce qui commençait à être un peu trop récurrent. Il se sentit un peu coupable pour ça aussi.

- Es-tu heureux avec moi, malgré tout ? demanda-t-il.

Le sourire timide qui étira ses lèvres était le plus rare de tous, et sans doute son préféré.

- Heureux comme rarement je l'ai été, mon amour.

Sa gorge se serra.

- D'accord.

Il se pencha pour poser ses lèvres sur les siennes avec douceur.

Sur l'échelle de l'univers, c'était ridicule – et ça ne rachèterait aucun de ses crimes – mais s'il réussissait à rendre Raphaël heureux, aussi longtemps que cela lui était permis alors peut-être – peut-être – qu'il pourrait se pardonner, juste un peu.

Raphaël lui sourit, plus largement cette fois, et il reprit sa place sur le canapé. A son expression, il devina que leur discussion était encore loin d'être terminée.

Merlin, il ignorait si cela était la faute de son éducation, ou le simple fait qu'il soit empathe, mais il refusait de laisser des non-dits derrière eux.

- Tu penses que j'ai tort de te laisser fréquenter Alexis, n'est-ce pas ?

Il hocha la tête lentement.

- Pourquoi ?

- Parce que c'est un enfant. Il finira par croire la même chose que toi. Que ce que j'ai fait, ce n'est pas si grave, parce que ce n'était pas vraiment de ma faute.

Raphaël haussa un sourcil, une étrange moue sur ses lèvres.

- Ce n'est pas tout fait ce que je pense mais soit. Pourquoi ça serait un problème ?

- N'es-tu pas censé le mettre en garde contre ce qui est mal et le pousser à faire le bien, ou quelque chose comme ça ?

Ses parents étaient complètement passés à côté de ce concept quand ils les avaient élevés, Sirius et lui.

Enfin, ce n'était pas tout à fait vrai. Ils avaient juste la mauvaise définition de bien et de mal.

- Tu veux dire, ne suis-je pas censé lui inculquer des valeurs comme le pardon, la tolérance et le droit à l'erreur ?

- Ce n'est pas...

Raphaël plaqua une main sur sa bouche avec un soupir.

- Je crois que tu ne réalises pas à quel point je peux sentir tes remords, Regulus. C'est impossible qu'Alexis passe à côté. Il n'ira pas s'imaginer qu'être Mangemort est une expérience incroyable. D'autant que je doute que Voldemort recrute encore.

Pour tout ce qu'il en savait, le Seigneur des Ténèbres n'était pas vraiment mort, ce qui signifiait sans doute qu'il finirait par revenir, mais ce n'était pas la question. Il repoussa la main de Raphaël avec douceur.

- Et s'il te demande comment tu peux fréquenter un meurtrier ?

- Et bien nous aurons une très longue discussion sur la guerre au Royaume-Uni. Ma mère s'est assurée que j'en sache sans doute beaucoup trop sur la question, je devrais m'en sortir.

Il était vraiment agaçant à avoir réponse à tout.

- Et si jamais je lui fais du mal ?

- Je refuse de croire que je serais amoureux de toi si cela avait la moindre chance de se produire.

Il secoua la tête. Ce n'était pas un argument.

- Toujours pas convaincu, hein ? Je te rappelle que tu n'as pas de baguette magique et je suis certain qu'Alexis court bien plus vite que toi.

Il en avait eu la démonstration un mois plus tôt. Il eut un bref éclat de rire, juste un peu étranglé.

- Et si ça peut te rassurer, Lucie n'hésitera pas une seconde à prévenir les autorités sorcières si quoique ce soit se produit.

Savoir qu'il n'aurait pas le droit à l'erreur et que quelqu'un d'autre que Raphaël – qui semblait incapable de se montrer rationnel le concernant – lui procurerait un aller-simple pour le Royaume-Uni s'il représentait une menace pour Alexis apaisa une partie de ses craintes.

Il allait tout faire pour qu'une telle chose ne se produise pas, mais dans le cas où il échouerait, Alexis serait en sécurité.

Raphaël enlaça ses doigts avec les siens, comme il l'avait fait des centaines de fois. Il aimait le contraste entre sa peau doré et la sienne, plus blanche.

- C'est tout ?

Il releva les yeux pour croiser son regard, notant au passage son sourire en coin.

- Comment ça ?

- Tu es juste inquiet pour la sécurité et le bien-être de mon fils ?

- Évidemment. C'est un enfant.

Le monde Sang-Pur l'avait forcé à grandir plus vite qu'il ne l'avait voulu. S'il pouvait éviter la même chose à Alexis, il n'allait pas se dérober.

- Rien à voir avec le fait que je n'ai présenté que deux autres personnes à Alexis avant toi ?

Ses entrailles se contractèrent. Raphaël lui avait confié ce détail deux semaines plus tôt, quand il lui avait annoncé qu'il aimerait vraiment qu'il rencontre Alexis, de façon officielle cette fois.

Alexis est la personne la plus importante de ma vie, mon amour, et ce que je ressens pour toi... Je pense qu'il est temps.

Il avait soigneusement évité de repenser à cette conversation, parce qu'il ignorait ce qu'il était censé répondre à une telle déclaration, puisqu'il ne savait toujours pas comment nommer ce qu'il ressentait pour Raphaël.

Il avait failli lui demander, plusieurs fois, ce que les vagues d'émotions qui lui donnaient l'impression que son cœur s'illuminait dans sa poitrine signifiaient, sans jamais trouver le courage de prononcer sa question à voix haute.

Pour le moment, Raphaël était la personne la plus importante dans sa vie, plus importante que n'importe qui avant lui – lui-même et son frère compris –.

L'autre raison pour laquelle il évitait de trop repenser à tout cela était qu'il avait très bien compris le sous-entendu de Raphaël. Il n'avait pas pour habitude de présenter toutes ses conquêtes à son fils. Cet arrangement entre eux durait depuis plus de trois mois. Raphaël ne donnait pas l'impression de vouloir changer d'avis à son sujet – au contraire –. Il s'était résigné quant à son incapacité à le quitter.

La fin n'était toujours pas en vue. Il n'avait pas la moindre idée de ce que l'avenir lui réservait, encore moins de ce qu'il était censé faire.

- Je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler, éluda-t-il.

Le sourire en coin de Raphaël s'élargit. Il se rapprocha un peu plus de lui.

- Non ? Parce que juste de toi à moi, tu es le premier que Lucie ne terrifie pas. Je ne suis pas prêt de te laisser partir.

- Tant mieux.

Il n'eut qu'à se pencher un peu pour l'embrasser. Quelques minutes plus tard, il était installé à califourchon sur les genoux de Raphaël – ce qui lui permettait à chaque fois d'apprécier le fait que sa nouvelle prothèse lui permette de plier la jambe –. Les trois derniers mois lui avaient fait réaliser à quel point tous ses rendez-vous à Poudlard n'avaient été qu'une course contre la montre, tant il avait eu peur d'être surpris par un professeur ou un préfet. Dans le refuge qu'était l'appartement de Raphaël, ils pouvaient s'embrasser pendant des heures s'ils le voulaient. La seule menace était ce fichu téléphone, qu'il commençait à avoir en horreur.

Il eut un soupir appréciateur quand Raphaël commença à déboutonner sa chemise. Sa main se posa sur l'emplacement de son cœur avec douceur, puis il mit fin à leur baiser pour la remplacer par ses lèvres. Ses bras entourèrent sa taille et il ne bougea plus.

Il lui fallut quelques secondes pour sortir de l'étrange état second dans lequel il basculait parfois – tout le temps – quand il embrassait Raphaël. Il eut la nette impression d'être traversé par une onde tiède – chargé de soulagement et de peur mêlés –.

Il embrassa les cheveux de Raphaël avec douceur.

- C'était il y a presque huit ans, souffla-t-il. Je vais bien.

Raphaël resta silencieux, tout juste resserra-t-il ses bras.

Il voulut lui expliquer ce que les soigneurs moldus lui avaient dit. Que son arrêt cardiaque avait sûrement été causé par le choc, le surplus d'eau dans ses poumons et la grande quantité de sang qu'il avait perdu. Il avait subi de nombreux tests pendant sa convalescence, qui avaient tous donné les mêmes résultats : il était en parfaite santé. Selon toute vraisemblance, son cœur était même plus solide que la moyenne pour être reparti deux fois dans de telles conditions.

Il doutait que cela réussisse à le convaincre.

Son regard se posa sur la baguette magique qu'il avait abandonné sur la table de cuisine. Il lui fallut deux essais pour réussir son Accio, mais le morceau de bois fini par s'envoler pour atterrir dans sa main tendue.

Sa magie crépita agréablement le long de sa peau, comme à chaque fois qu'il touchait la baguette de Raphaël. Puisqu'elle était à l'image de son propriétaire, elle l'aimait bien.

Il la pressa dans la main de Raphaël, ce qui lui fit relever les yeux vers lui.

- Fais ton truc de Soigneur, qu'on en parle plus.

Raphaël eut un sourire incertain, mais il le libéra un peu, juste assez pour pouvoir agiter sa baguette au-dessus de son cœur. De nombreuses tâches de couleurs apparurent sur sa peau, quelques nuages aussi – qui semblaient pulser au même rythme que les battements qui résonnaient à ses oreilles –.

Les plis sur le front de Raphaël disparurent au fur et à mesure qu'il marmonnait un nouveau sortilège et que le précédent n'avait rien révélé d'inquiétant.

- Tout est en ordre, Médicomage Delacour ? demanda-t-il quand Raphaël abaissa sa baguette.

Pour toute réponse, Raphaël le fit basculer sur la gauche, lui arrachant un glapissement surpris, ce qui le fit beaucoup rire. Il n'eut pas le temps de se vexer parce qu'il se retrouva coincé entre le canapé et Raphaël.

Vu le nombre de fois où il eut l'impression que son cœur allait exploser dans les heures qui suivirent, c'était une excellente chose qu'il ne soit pas cardiaque.

...

Il avait presque l'impression d'être de retour à Poudlard.

Le lac près duquel ils s'étaient installés pour pique-niquer était ridicule comparé au Lac Noir, le belvédère qui le surplombait n'avait pas l'envergure du château et les montagnes étaient absentes à l'horizon, mais c'était la plus proche expérience que Paris pouvait lui offrir.

Du reste, le ciel était bleu, la nature luxuriante, les cygnes glissaient sur l'eau tout près, la rumeur de la ville était devenue très lointaine...

La journée avait des airs de vacances.

- Encore un point pour moi ! Tu es devenu nul, Papa !

- Ça, ou je te laisse gagner pour te faire plaisir.

Alexeeis fit tournoyer sa raquette entre ses doigts, une expression moqueuse sur son visage qu'il commençait à bien connaître.

Raphaël ramassa l'étrange balle au sol et la renvoya vers son fils, pour ce qui devait être la centième fois de l'après-midi. Alexis réussit à la récupérer in extremis mais échoua à marquer le point suivant, ce que Raphaël salua par un éclat de rire.

La complicité entre le père et le fils était encore plus saisissante en vrai, ce qui était fascinant à observer, surtout quand sa propre relation avec Orion Black avait été teintée d'une indifférence presque paralysante.

Ce n'était sans doute pas anodin qu'il n'avait rien ressenti quand il était mort subitement. Plus de dix ans plus tard, il n'était pas bien sûr d'avoir des souvenirs de moments partagés avec lui. Orion avait passé le plus clair de son temps dans son bureau – au manoir ou sur le Chemin de Traverse – à rédiger des contrats magiques. Ses seuls plaisirs avaient été la musique et les cigares. Parfois, il sortait de sa réserve pour donner une leçon de morale à Sirius – souvent assortie de maléfices vicieux –, ce dont il n'avait jamais eu l'honneur.

Dans tous les cas jamais – jamais –, il n'avait partagé un jeu avec son père. Ce n'étaient pas des choses qui se faisaient au sein de la société Sang-Pur. L'éducation revenaient principalement aux femmes et les enfants étaient encouragés à s'amuser entre eux. Sirius étant souvent puni, il ne lui était resté que les livres et les occasionnelles récréations dans les parcs des Manoirs de toutes les familles des Vingt-Huit Consacrées.

Il essaya de se replonger dans le dernier essai de Métamorphose qui avait accroché son œil à la librairie, sans grand succès.

Son cerveau était trop préoccupé par ce qui avait précédé le duel sportif du père et du fils pour lui permettre de se concentrer sur les applications de la constante de Mirzakhani à la cinquième loi de Gamp.

Parce que, pour tout ce qu'il était capable de dire, ce deuxième contact avec Alexis s'était très bien passé. Ils s'étaient donnés rendez-vous à l'entrée du parc, Raphaël s'était contenté de l'embrasser sur la joue – ce qu'Alexis avait salué en levant les yeux au ciel – puis ils s'étaient installés au bord du lac pour déjeuner.

Il s'était forcé à faire la conversation, choisissant le terrain neutre de Beauxbâtons. Il avait donc appris qu'Alexis préférait les Illusions et les Sortilèges, qu'il se débrouillait en Métamorphose et qu'il avait les Potions en horreur. Il avait également découvert qu'il n'y avait pas d'examens de fin d'années à Beauxbâtons. Alexis savait déjà qu'il passerait en deuxième année sans problème. Il avait donc qu'une seule hâte : que les vacances commencent, surtout qu'il devait se rendre deux semaines au Japon avec son père.

Il l'avait surpris à plusieurs reprises à le dévisager, son expression lui rappelant celle de la librairie, mais il supposait que c'était inévitable.

Raphaël avait raison. Alexis était un gentil garçon – plus gentil que la majorité de ceux avec lesquels il avait grandi –, il semblait curieux de tout, il avait l'esprit vif. Il était bien parti pour faire un adulte dont ses parents seraient fiers.

La partie de badminton dura encore une longue demi-heure, pendant laquelle la remarque d'Alexis concernant les mérites de Raphaël à ce jeu se révéla exacte. Il se faisait mener, malgré toutes ses tentatives ridicules pour rattraper la balle.

Il semblait toujours la manquer de quelques centimètres.

Il posa son livre pour étudier le jeu avec plus d'attention. Tandis qu'Alexis avait une chance insolente – il réussit à relancer la balle alors qu'il ne regardait même pas dans la bonne direction –, Raphaël ne parvenait que deux fois sur trois à frapper au bon endroit.

Quand il tomba sur ses fesses sans grâce, il ne put que rire à l'unisson avec Alexis. Raphaël tourna la tête vers lui, les yeux plissés. Quelques secondes plus tard, la balle arrivait droit sur lui.

Seul les réflexes durement acquis quand il était Attrapeur lui permirent de l'intercepter avant qu'elle ne touche son front.

Il eut un sourire satisfait face à l'expression surprise de Raphaël.

- Je demande une mi-temps, grogna-t-il, tout en déposant sa raquette près de lui. Il y a un stand de glaces plus loin, je reviens.

Et juste comme ça, il se retrouva seul avec Alexis.

L'adolescent reprit sa place sur l'herbe. Le soleil accentuait les reflets cuivrés dans ses cheveux et il était presque certain qu'il avait plus de tâches de rousseurs qu'un peu plus tôt.

Il était aussi en nage.

Il rafraîchit l'eau dans la bouteille en verre d'un simple geste du poignet, puis lui servit un verre.

- Merci.

Le silence retomba entre eux. Il prit une profonde inspiration. Si le monde Sang-Pur lui avait bien appris quelque chose, c'était l'art de la conversation. Alexis était un adolescent, il pouvait donner le change en attendant le retour de Raphaël.

- Tu as vraiment bien joué, dit-il en faisant tourner l'étrange balle entre ses doigts.

Il n'arrivait pas à sentir de magie à sa surface même si, sans baguette, il ne pouvait être sûr de rien. Il la lâcha une première fois au-dessus de la raquette de Raphaël, puis une deuxième. A la troisième, la balle changea de trajectoire juste avant de la toucher.

Il releva les yeux vers Alexis, un sourcil levé.

Le fils de Raphaël eut un sourire espiègle.

- Maman a peut-être ensorcelé la raquette.

Ainsi, Lucie n'aurait pas dénoté à Serpentard.

- Tu lui diras que son sortilège de répulsion est juste un peu trop prévisible. Il y a un enchantement qui permettrait de le rendre plus instable. C'est beaucoup plus discret.

Le sourire d'Alexis s'étira.

- Pourquoi elle devrait se fatiguer quand Papa n'a rien remarqué ?

Il approuva sa réponse d'un signe de tête.

- Tu n'as pas tout à fait tort.

Alexis termina son verre d'eau.

- Tu ne vas rien dire à mon père, pas vrai ?

Il eut un bref éclat de rire.

- Je suis presque sûr qu'il va vouloir prendre sa revanche avant la fin de l'après-midi. Je suis curieux de voir s'il va enfin s'en apercevoir.

Il était surtout curieux de voir s'il allait refaire les mêmes cascades qu'un peu plus tôt. Si son silence lui permettait de marquer des points avec Alexis, il n'allait pas s'en plaindre.

- Est-ce que ta jambe te fait encore mal ?

La question le prit au dépourvu. Très peu de personnes s'étaient permises de lui faire une remarque à ce sujet, et il était presque sûr que c'était parce qu'ils étaient encore plus mal à l'aise que lui à la possibilité. La majorité des adultes faisaient comme s'ils n'avaient rien remarqué. Seuls les enfants le détaillaient avec insistance.

- Parfois, souffla-t-il, sa main gauche serrant son moignon par habitude. Beaucoup moins depuis que ton père m'a procuré cette prothèse.

Alexis se redressa fièrement.

- Papa est un super Soigneur.

Même lui qui haïssait les Soigneurs en règle générale ne pouvait qu'être d'accord avec une telle déclaration.

- Tu voudrais être un Soigneur, toi aussi ?

Alexis haussa les épaules.

- Je sais pas trop. J'aime bien les dragons aussi, alors je me disais que je pourrais peut-être devenir dresseur. Ou briseur de sort. C'est ce que veut faire ma cousine Fleur plus tard, et ça a l'air cool quand elle en parle.

La réponse de l'adolescent en le surpris pas vraiment. Il était encore très jeune, il avait le temps de trouver sa voie. Dans tous les cas, il ne semblait pas parti pour choisir un métier qui l'obligerait à rester derrière un bureau ce qui, étant donné l'énergie qu'il avait déployée un peu plus tôt, n'était pas étonnant.

- Tu as toujours voulu être libraire ?

- Pas vraiment. J'ai toujours aimé les livres, mais je pensais que je serais obligé de faire le même métier que mon père, alors je crois que je ne me suis jamais posé la question...

Ses parents ne lui auraient pas laissé le choix, de toute façon. Les Black étaient notaires de père en fils depuis quatre générations. En tant qu'héritier, il lui revenait de reprendre l'étude de son père le moment venu, surtout que son oncle Cygnus n'avait eu que des filles. D'une certaine façon, il avait eu de la chance qu'il meurt si jeune, suivi de près par Cygnus. Il n'y avait plus eu personne pour lui transmettre les ficelles du métier dans sa famille à sa sortie de Poudlard, même si la guerre ne lui aurait guère laissé le temps de les apprendre.

Il secoua la tête.

- Si j'avais vraiment voulu, j'aurais pu devenir Attrapeur professionnel. J'étais plutôt doué à Hogwarts.

Le professeur Slughorn l'avait présenté au sélectionneur de l'équipe des Pies de Montrose,à l'époque, et ce dernier avait été prêt à convenir d'une date pour des essais officiels dans son centre d'entraînement.

Il avait refusé. Son directeur de Maison lui avait fait savoir, en un mot plutôt qu'en cent, qu'il pensait qu'il était un idiot.

Alexis le dévisageait, les yeux plissés. Il ne dut pas trouver la trace d'un mensonge, parce que sa bouche s'entrouvrit.

- Pourquoi tu l'as pas fait ?

- Pas fait quoi ?

L'arrivée de Raphaël, trois cornets de glace à la main, leur arracha le même sursaut. Alexis se remit plus vite.

- Tu m'avais pas dit que Nigel aurait pu être Attrapeur professionnel !

Raphaël dévisagea son fils, puis lui, les sourcils haussés très hauts.

- Toi, tu jouais au Quidditch à Hogwarts ?

Il fit de son mieux pour ne pas se vexer. Avec deux empathes en face de lui, il n'y avait pas l'ombre d'une chance qu'ils ne le remarquent pas.

- J'ai permis à ma maison de remporter la Coupe des Maisons trois ans de suite.

Il avait coiffé les Gryffondors au poteau, lors de la dernière année de son frère, ce qui avait rendu James Potter blanc de rage.

Raphaël semblait encore sceptique, mais il lui tendit sa glace – vanille et caramel – avec un clin d'œil entendu.

Seule la pointe de ses oreilles chauffa.

Entre deux bouchées de glace – pistache pour Raphaël et chocolat pour Alexis –, ils se lancèrent dans un comparatif approfondi des différentes équipes britanniques. Il n'avait jamais suivi le championnat quand il vivait encore là-bas, et il s'en tenait plus éloigné que jamais depuis son arrivée à Paris. Il découvrit donc plusieurs détails qui lui avaient échappé ces dernières années, comme l'avènement de Gwenog Jones comme l'une des meilleurs batteuses de ces dernières années – sans doute de sa génération –. Malgré son jeune âge, elle était déjà pressentie pour devenir la Capitaine de l'équipe des Harpies de Holyhead.

- Elle est redoutable. Mes côtes se souviennent encore d'elle, et elle n'était qu'en deuxième année à l'époque. Je ne serais pas surpris d'apprendre que Hufflepuff soit devenu imbattable pendant quelques années avec une joueuse pareille dans leur équipe.

Les Batteurs ne faisaient pas tout, bien sûr. Poufsouffle avait également deux Poursuiveurs talentueux et un bon gardien. C'était l'équipe qui leur avait donné le plus de fil à retordre lors de sa dernière année à Poudlard. S'il n'avait pas attrapé le Vif d'Or aussi vite, il n'était pas certain qu'ils auraient pu tenir longtemps.

- Tu as joué contre Gwenog Jones à Ogwarts ? répéta Alexis.

- Une seule fois. J'ai attrapé le Vif d'Or juste avant que son Cognard ne me percute de plein fouet.

Entre l'impact de la balle et sa chute, cela lui avait valu un séjour de plusieurs jours à l'infirmerie.

Alexis en oublia sa glace pendant de longues minutes. Il se mit à lui citer plein de noms de joueurs, ce qui lui permis de réaliser que ses anciens camarades avaient été nombreux à percer dans le Quidditch après la fin de la guerre. Parmi ceux-là, un d'entre eux avait porté la Marque. Il s'abstint de tout commentaire à ce sujet.

Une fois sa glace terminée, Raphaël s'allongea sur l'herbe. Sa tête trouva naturellement sa place sur sa cuisse droite, comme très souvent quand il regardait la télévision le soir.

Alexis fit la moue.

- Tu ne veux pas faire une deuxième partie avec moi ?

- Tu as épuisé ton vieux père. Plus tard, peut-être, pour la revanche.

Puisqu'il avait déjà fermé les yeux, il ne put voir le sourire satisfait d'Alexis.

- Je vais aller voir les animaux en attendant, alors.

- Fais attention aux oies...

L'expression d'Alexis se ferma.

- J'avais quatre ans !

- Et tu n'es toujours pas serein quand tu croises leur route. Ces oiseaux sentent la peur.

Alexis lui tira la langue avant de se lever d'un bond. Raphaël se redressa moins d'une minute après son départ. Il récupéra sa raquette et la balle, puis sortit sa baguette magique.

- Que fais-tu ?

Raphaël marmonna un premier sortilège avant de lui répondre.

- Je veux bien accorder à Alexis que je n'ai pas joué à ce jeu depuis l'été dernier, mais je ne suis pas devenu si nul, tout comme il n'est pas devenu un champion de la discipline. Je suis certain que Lucie est derrière ça. Et que ce sale petit traître est parfaitement au courant.

Il pouvait se tromper, mais il avait l'impression que cela ne devait pas être la première fois qu'une telle chose se produisait. Il fit de son mieux pour feindre une surprise sincère.

- Pourquoi aurait-elle fait une chose pareille ?

- Parce qu'elle a un sens de l'humour bien à elle. Ah ha ! Sortilège de répulsion ! Je m'en doutais !

Les poils de ses bras se dressèrent quand il lança son finite incamtatum, ce qui devrait largement régler le problème. Raphaël entreprit ensuite d'ensorceler la raquette d'Alexis, se montrant un peu trop enthousiaste avec son propre sortilège de répulsion.

Il ne donnait pas cinq minutes à Alexis pour réaliser la supercherie.

Raphaël agita une dernière fois sa baguette avant de lui prendre son livre des mains puis de l'embrasser. Il se laissa basculer en arrière, l'entraînant avec lui, ce que Raphaël approuva d'un soupir. Après ça, leur baiser devint un peu moins sage.

C'était vraiment une bonne chose que Raphaël soit si doué en Illusion, parce qu'il était fort possible qu'ils se seraient fait sortir du parc autrement.

Peut-être même arrêtés.

Quand il rouvrit les yeux, une éternité plus tard, son souffle était un peu court. Raphaël le dévisageait, la tendresse dans son regard faisait ressortir les paillettes d'or qu'il commençait à connaître aussi bien que la carte du ciel. Il répondit à son sourire, sans plus être surpris de sentir son cœur se mettre à rayonner dans sa poitrine, juste sous la main de Raphaël.

- Je t'aime, souffla Raphaël.

Sa gorge se serra, ce qui se produisait de plus en plus souvent. S'il se refusait à réfléchir à ce moment-là, sans doute qu'une réponse passerait ses lèvres. Peut-être pas un « je t'aime » mais très certainement un « moi aussi ».

Sauf qu'il n'était toujours pas sûr que cela soit ce qu'il ressentait pour Raphaël. Il ne voulait pas se tromper.

Si Raphaël remarqua son hésitation, il ne la commenta pas. Il l'embrassa une fois de plus avant de poser sa tête sur son torse, puis de fermer les yeux. Il laissa ses doigts jouer dans ses cheveux châtains – qui commençaient à être un peu longs –.

- Ne t'endors pas, dit-il.

- Je ne pense pas qu'Alexis m'en laisse le temps. Il ne devrait pas tarder.

Il doutait aussi que le petit parc zoologique puisse retenir l'attention d'un adolescent très longtemps. Il ferma les yeux à son tour, bien décidé à savourer le goût de Raphaël sur ses lèvres et son poids contre son flanc, puisqu'il s'en faudrait de plusieurs jours avant qu'il ne puisse les retrouver.

- Alexis t'aime vraiment bien, tu sais ?

- J'ai cru comprendre que j'avais marqué des points avec cette histoire d'Attrapeur.

Raphaël rit doucement.

- Je vais avoir besoin de preuves concernant ce détail, d'ailleurs. Mais même sans ça, Regulus.

Cette déclaration eut des effets étranges sur ses entrailles.

- J'en suis honoré dans ce cas.

Il n'aurait pas pu supporter d'être un obstacle entre Raphaël et son fils, surtout pas après avoir été témoin de leur complicité et de la confiance absolue – et de l'amour - qu'ils se portaient.

Plus tard, Raphaël se redressa, précédant le retour d'Alexis de quelques minutes. Ce dernier exigea une deuxième partie de badminton dès son arrivée.

Ils ne jouaient pas depuis une minute qu'Alexis se tourna vers lui, son expression accusatrice.

- Tu lui as dit !

Raphaël eut une imprécation.

- Tu savais ?!

A cette seconde, le père et le fils avaient exactement le même visage, et presque la même posture. Il éclata de rire.


Vous pensiez que Raphaël et Regulus étaient choux ? Laissez-moi vous dire qu'ils ne sont rien à côté de Raphaël, Regulus ET Alexis !


Behind the Scene :

- Confinement oblige, je me suis aussi remise au footing (histoire de ne tuer aucun élève), ce qui explique sans doute pourquoi Raphaël court aussi.

- J'en profite pour faire de la pub pour « Yoga with Adrienne » sur youtube pour celleux qui voudraient s'y mettre parce que, vraiment, c'est trop ma chouchoute !


Comme d'habitude, je suis curieuse d'avoir votre avis sur :

- Cette première entrevue avec Alexis qui trouble profondément Regulus (Raphaël a encore du travail pour lui faire comprendre qu'il mérite d'être aimé).

- Regulus heureux et amoureux (vraiment, même s'il percute pas encore complètement, ça lui fait un bien fou tout pareil).

- Raphaël, qui prend soin de lui (et qui est décidé à ce que Reggie fasse pareil)

- Cette première rencontre avec Lucie (qui aurait pu être une formalité si l'autre idiot n'était pas une dramaqueen, spécialisé en auto-sabotage).

- Les petites confessions non prévues de Regulus sur l'année qui a suivi son accident (c'est ça de jouer au con).

- Alexis Delacour, mon petit chouchou, et cette jolie relation père-fils (je les adore tous les deux).

- Ce beau moment au parc, qui est comme un avant-goût des années à venir (promis, promis, promis).

Je pense qu'il n'y a plus tellement de zones d'ombres sur les liens entre cette partie-ci de Black Sunset et le reste, donc quels sont vos prognostiques pour la suite ?


On n'oublie pas de laisser une review avant de fermer la page ! Sans déconner, ça prend deux minutes !


J'ai beaucoup plus de boulot cette année, donc il est fort possible que la prochaine mise à jour soit dans un mois et demi. A dans trois semaines du côté de Supernova !

Orlane.

Mis en ligne le 09/10/2021