Les complications arrivaient maintenant. Je n'avais pas la moindre idée de ce que je devais faire. Je me retrouvais avec un PC sans doute déchargé, un chat que j'avais enlevé, une veste qui me retournait l'estomac et des Volturi que j'avais stupidement provoqués. Je me posais dans une impasse pour me reposer. Bambou s'éloigna un peu de moi. De toute évidence, l'odeur de la veste l'insupportait, ce que je ne comprenais que trop bien. Déposant l'orginateur sur le couvercle d'une benne à ordures, je mis machinalement les mains dans les poches de la veste, ce que je regrettais instantanément. Je les ressortis immédiatement après avoir senti quelque chose sous mes doigts, inquiète qu'il s'agisse de vieux mouchoirs usagés. Ce furent de gros billets qui tombèrent des poches. De vrais billets ! Des euros ! Et pas des billets de cinq ! Il y en avait pour une fortune, au moins mille euros ! Je regardais Bambou pour qu'il m'explique mais il se contenta de miauler. Cela payait donc si bien d'être mendiant ?
Secouant la tête, je décidais de parer au plus pressé : j'avais désormais de quoi subvenir à nos besoins. Souriante, je décidais de confier à Bambou le choix du restaurant. A ma grande surprise, ses yeux brillèrent et il se dirigea vers la sortie de l'impasse. Avait-il compris ? Soudain, je réalisais qu'il fallait d'abord que je m'habille. Je ne pouvais pas aller au restaurant vêtue d'une simple chemise de nuit et d'une veste de mendiant. J'avais beau ne pas trop prêter attention à mon apparence, il y avait des limites. Bambou pesta d'impatience mais quand il comprit que cela signifiait dire adieu à l'odeur pestilentielle, il se radoucit et accepta sans broncher. Apparemment, il ne voulait pas que l'odeur lui gâche son repas.
En nous dirigeant vers une boutique, mon cœur se mit à battre. Qu'allais-je dire ? En quelle langue m'exprimer et comment expliquer ma tenue...inappropriée ? Et si les vendeurs étaient des espions des Volturi ? Et si on se retrouvait sans lasagne juste parce que j'avais voulu mettre des vêtements ? J'allais reculer mais Bambou me fit signe d'avancer. Ce chat commençait décidément à prendre beaucoup d'importance dans ma vie. A peine entrée dans la boutique, je fus à la fois gênée et rassurée par la réaction de la vendeuse à mon égard. Son visage afficha une telle grimace qu'elle n'avait pas pu être prévenue de mon arrivée potentielle. J'avais donc une longueur d'avance sur les Volturi. J'attrapais rapidement quelques vêtements, pas le temps de les choisir vraiment, ainsi que des chaussures. Je me précipitais en caisse, Bambou sur mes talons, lorsque je vis mon reflet dans le miroir. Le choc fut si brutal que je titubais. Mes longs cheveux bruns étaient sales, mon teint encore plus cadavérique que d'habitude et des cernes se dessinaient sur mes yeux. Sans compter ma dégaine... L'idée qu'Aro puisse me voir dans cet état me retourna l'estomac. Je réalisais alors que je ne pourrais pas me changer dans la rue, aussi décidais-je de me diriger directement dans la cabine d'essayage, au grand effroi de la vendeuse que j'ignorais. La sensation de chaleur que me procura les vêtements me mit du baume au cœur.
Après avoir payé mes achats puis jeté ma chemise de nuit et la veste de Jake, Bambou et moi nous dirigeâmes vers un hôtel restaurant. Je pris une chambre en demandant que le dîner nous soit monté à l'étage puis réalisait que je m'étais machinalement exprimée en anglais, que ce soit avec Jake, avec la vendeuse ou avec le réceptionniste. Je n'avais même pas fait attention à un éventuel accent pour m'aiguiller sur l'endroit où nous nous trouvions. Instantanément, je m'en voulus. Et ce, d'autant plus lorsque le repas nous fut servi. En effet, nous avions eu droit à une petite surprise avec le repas. Et pas des moindres ! Caius Volturi en personne nous faisait l'honneur de nous livrer notre plat. Trop aimable...
- Caius, quel bon vent t'amène ? tentai-je tandis que Bambou se précipitait sur le repas
- Va te laver... soupira Caius
- Pardon ? bredouillai-je avant de comprendre
Bambou et Caius se regardèrent d'un air entendu et levèrent les yeux au ciel. Humiliée, je me précipitais sous la douche. Caius semblait d'assez bonne humeur. En effet, au lieu de fracasser la porte, de me crier dessus ou de grimacer quant à mon odeur, il avait seulement soupiré. C'était bon signe. Avais-je une chance de survivre ? Peut-être qu'Aro l'avait envoyé me chercher car je lui manquais ? ... Mais non, impossible ! Pourquoi Aro enverrait-il Caius ? Ce devrait être Démétri, éventuellement accompagné par Félix, Jane et/ou Alec. Pourquoi Caius ? Pendant que je me shampouinais les cheveux, j'essayais de trouver une raison à sa présence ici mais n'en vit aucune, à part le fait que Caius voulait savoir la fin de mes écrits. Mais ce n'était pas très logique. Il pouvait me torturer pour me "motiver" à écrire alors pourquoi se fatiguer à se déplacer ?
Ne trouvant pas de réponse, je réfléchissais à ce que je devais faire. Si Caius n'était pas énervé, il valait mieux ne pas tenter de fuir et écouter ce qu'il avait à me dire. Je sortis donc de la douche et me rendis compte que les nouveaux vêtements que j'avais enfilés dans la cabine d'essayage sentaient déjà horriblement mauvais. J'avais laissé les autres vêtements propres dans la chambre, là où se trouvaient Caius et Bambou... Bambou ! D'un bond, je déboulais dans la chambre, uniquement vêtue d'une serviette, songeant que Caius avait pu profiter de ma douche pour me prendre mon nouveau meilleur ami. Mais ce dernier finissait de dévorer notre repas (il ne m'avait rien laissé, le bougre !) tandis que Caius était assis sur le lit. La vision horrifiée qu'il me lança me fit comprendre que mes chances de séduire Aro étaient totalement inexistantes. Etrangement, je gardais la tête haute, pris les vêtements propres et retournais dans la douche, en m'efforçant de ne pas penser à Aro mais plutôt de résoudre l'énigme sur la présence de Caius. Le fait qu'il soit encore là et que je sois toujours en vie signifiait qu'il voulait me parler. Sa réaction vis-à-vis de mon corps entouré d'une serviette permettait d'écarter toute romance. Alors que voulait-il me dire ? Me parler de Jake ? Il ne semblait ni excité d'avoir un nouveau jouet, ni énervé par l'hygiène du chien garou. Avait-il seulement eu mon message ? Fatiguée de réfléchir, je m'habillais en hâte et le rejoignais, les cheveux trempés.
- Désolée pour l'attente... bredouillais-je
- Assieds-toi, il faut qu'on discute, répondit-il sans me regarder, les yeux rivés sur Bambou
- De quoi voulez-vous me parler ? demandais-je une fois assise
- D'amour...
- ... HEIN ?
- Qu'y-a-t-il de si choquant ? répondit-il vexé
- Mais... euh.. C'est-à-dire que ... Voyez-vous... J'AIME ARO ! hurlais-je, paniquée par sa future réaction suite à mon rejet mais incapable d'aller dans son sens
- Et que veux-tu que cela me fasse ?
- ... Vous êtes en train de dire que vous vous moquez de mes sentiments ?
- Bien évidemment !
- Alors pourquoi vouloir me parler d'amour ?
A peine cette phrase prononcée que je paniquais : il se moquait de mes sentiments... Allait-il me forcer ? Non, impossible, il avait été écœuré en me voyant dans ma serviette... Mais il avait insisté pour que je me lave... Alors que des scénarios catastrophes défilaient dans ma tête, Caius soupira à nouveau et décréta :
- J'aime Marie
- Ah ?
- Et elle ne m'aime pas...
- Ah ?
- C'est tout ce que tu as à me dire ? se vexa-t-il
- C'est-à-dire que ... j'ignore qui est Marie et pourquoi vous m'en parlez à moi.
- Parce que tu vas trouver un moyen pour que Marie m'aime, sinon je te tue.
- Oui, présenté comme cela, c'est beaucoup plus clair... Mais pourquoi moi ? Vous pourriez demander à Chelsea de jouer sur ses liens ou à Corin de la rendre heureuse en votre présence...
- Je ne peux pas demander de l'aide aux Volturi
- Mais pourquoi ? Vous êtes Roi !
- Aro se moquerait de moi...
- Ah... Et... Aime-t-elle quelqu'un ?
- Oui...
- Mince ! Ca se complique. Savez-vous de qui elle est amoureuse ?
- Oui...
- Bien, nous progressons... Et donc ? Qui est-ce ?
- Lui ! répondit Caius en désignant du menton quelqu'un près de moi
Je me retournais mais ne vis que Bambou. Je cherchais du regard où pouvait être ce mystérieux amoureux quand soudain, je compris... Marie, ce devait être le nom de la folle qui mettait Aro en troisième position. Impossible ! En fuguant avec le chat, je m'étais donc mise la future reine de Volterra à dos... De mieux en mieux ... Plus le temps passait et plus ma mort se rapprochait. Je n'avais plus qu'à prier d'obtenir rapidement un super pouvoir, faute de quoi, je finirais au menu du jour...
Mes chances de survie étant nulles, je décidais de tenter le tout pour le tout :
- Je veux bien t'aider, si tu m'aides en retour... lui dis-je en le tutoyant, étant donné que je n'avais plus rien à perdre
- Pardon ?
- C'est très simple : tu veux Marie, je veux Aro ! Je te propose de nous entraider.
- Je suis vampire et non sorcier.
- Haha... Très spirituel...
- Comment veux-tu que je t'aide à séduire Aro ? Il faudrait qu'il perde tout bon sens pour s'éprendre de toi !
- Je te signale qu'il est n°3 dans la liste de Marie... Je sais que Bambou est le n°1 mais j'ignore si tu es en deuxième place... Il faudra évincer TOUS tes rivaux donc, si Aro est amoureux de moi et si Marie réalise que Bambou est un chat, cela te fait déjà deux rivaux de moins...
- Hum... Effectivement ! Très bien, je ferai mon possible.
- ... Tu es sérieux ? Tu acceptes mon marché ? murmurais-je sans trop y croire
- Oui ! C'est même une excellente idée ! Si nos gardes me voient à côté de Marie tandis qu'Aro se tient aux tiens, ils comprendront ENFIN qui est le vrai Roi, car on ne peut nier que tu n'es pas digne d'une Reine !
- Je devrais être blessée par ta phrase mais je me suis arrêtée à "Aro à mes côtés". Donc je te remercie pour cette douce vision !
- ... Et donc, que fait-on ?
- Pourquoi pas un double mariage ?
- Ne devrait-on pas les séduire avant ?
- Ah... Oui, c'est vrai ! Je vais un peu vite ! Très bien, il faut d'abord que je sache quelle place tu occupes dans le coeur de Marie et que j'identifie tes rivaux. Pour cela, je dois rentrer au château. Sauf que si j'y retourne, je risque de me faire tuer...
- Je me charge de cela.
- Parfait ! Il faut que tu trouves le moyen de me mettre dans la même chambre que Marie. Ainsi, je pourrai lui vanter ton mérite : après tout, tu as retrouvé son précieux chat !
- En effet ! Je suis rassuré, je craignais que tu ne sois sotte mais je remarque avec plaisir que tu as des idées. Il se pourrait même que je te regrette un peu lorsqu'Aro te tuera...
- Euh... Tu as oublié ? Tu dois m'aider à séduire Aro...
- Oui, je sais mais cela ne veut pas dire que tu survivras. Aro est relativement facile à séduire mais il se lasse vite... Il est un peu comme les enfants qui s'amusent davantage à déballer leur cadeau plutôt qu'à s'intéresser au cadeau en lui-même. Et comme il craint toujours pour son pouvoir, il élimine rapidement toute menace potentielle. Rien de pire qu'une femme jalouse, m'a-t-il confié un jour.
- Ah... Il faudra que je règle ce détail plus tard. Pour l'instant, il faut trouver un plan pour que je retourne à Volterra et que je partage la chambre de Marie.
- Aucun problème là-dessus. Aro a bien ri avec ton histoire de chien garou et avait déjà décidé de te changer de chambre. Je n'aurai pas grand chose à faire.
- Ah... OK ! Bon, et bien... On y va ?
- Il faut te changer d'abord. Et surtout, te coiffer !
- Serait-il également possible de me nourrir ? tentais-je pendant que mon ventre gargouillait
Pour toute réponse, Caius leva les yeux au ciel et me fit signe de commander au room service. Bambou se lécha les babines et me suivit, tandis que Caius décrochait son téléphone et sortait dans le couloir. Peu m'importait qui il appelait : j'allais manger, séduire Aro et trouver un moyen pour rendre cette folle amoureuse de Caius. La journée s'annonçait meilleure qu'elle n'avait commencé ! Les miracles existent !
